AP1 - L'entreprise de Paul Fabra

Vécue et vue par Dominique Michaut

La une du journal Le Monde du 9 novembre 1974 comporte sur trois colonnes un début, long au regard des pratiques actuelles de la presse française, d’un article à suivre en page intérieure. Signataire : Raymond Barre. Titre : L’économie objective. Objet : compte rendu de lecture de L’Anticapitalisme / Essai de réhabilitation de l’économie politique, 432 pages, éditeur Arthaud, auteur Paul Fabra.[1] Ce dernier est alors dans sa quarante sixième année et je suis, à cette époque lorrain d’adoption, dans ma trente deuxième. Quelques jours après avoir pris connaissance du compte rendu de Barre dont j’avais étudié le très utilisé manuel d’économie politique en deux tomes, je me rends à la plus grande librairie de Metz. Ne connaissant de Fabra que sa signature réputée de journaliste spécialisé en questions monétaires, je découvre d’abord, d’après la photographie imprimée en quatrième de couverture, un élégant quadragénaire au regard perçant. Ensuite, ce qui retient bien davantage mon attention d’insatisfait de la théorisation des prix et des marchés et de l’interventionnisme keynésien qui m’avait été enseignée, la lecture, avant même d’avoir payé mon achat, du texte de cette quatrième de couverture me confirme que je me trouve en présence d’unfort téméraire entrepreneur : « Ce livre ne vise à rien de moins qu’à un renversement de la perspective de la pensée économique actuelle. La société contemporaine est encore analysée selon les modèles abstraits qu’en avaient proposé à la fin du XIXe siècle, les économistes néo-libéraux. Leurs constructions artificielles forment aujourd’hui la base de la doctrine enseignée sous le nom de science économique dans toutes les universités d’occident. On a appelé hédonistes ces économistes parce que, pour eux, l’origine de la valeur se trouvait dans le besoin ou, si l’on préfère, dans le désir de consommation, ce qui les a amenés à poser l’axiome – sur lequel repose notre moderne « société de consommation » – que, dans l’échange, « le fait principal est la demande et le fait accessoire l’offre » (Léon Walras, 1874). Ce principe est contraire aux exigences de notre époque. Il est en train de s’écrouler sous les coups des évènements. Conceptuellement, il s’oppose du tout au tout à la tradition de l’école classique anglaise qui, avec le grand David Ricardo, fonda l’économie politique au début du XIXe siècle, en reprenant et en « critiquant » les idées exprimées par Adam Smith en 1776 dans La Richesse des nations. / Ce qui frappe depuis lors dans l’histoire de la pensée économique, c’est, à part quelques découvertes partielles, son caractère régressif qui fait songer à ce qui advint de la physique et de la biologie tant que les savants n’en revinrent pas « aux sources mêmes de la connaissance » (Jacques Monod). / C’est au nom de la théorie de la valeur-travail, reprise par Marx mais mal interprétée par lui (il faisait du travail la « substance » de la valeur), qu’on repousse ici l’explication marxiste du profit (et du salaire…). On ne devra pas s’étonner que les mêmes arguments permettent de réfuter le marginalisme des néo-libéraux, car ces derniers, en répudiant aussi l’héritage ricardien, sont à leur tour retombés dans les pièges tendus par la pensée préscientifique d’Adam Smith. C’est de fond en comble qu’il faut réviser l’économie politique, faute de quoi il sera difficile d’éviter que la société ne cède à la tentation de solutions imaginaires : la Révolution ou son contraire, la contre-Révolution. »

Bigre, bigre ! Mais encore ? Me voilà embarqué dans la lecture de ces 432 pages comportant une préface de l’auteur, quinze chapitres répartis en trois parties, sept appendices. Je dois à la vérité de confesser une impossibilité et une difficulté. L’impossibilité a été, dès la préface et les cinq premiers chapitres lus une première fois crayon en main, de m’en tenir à la conviction passive du bien fondé de cette entreprise de réhabilitation : je commençais à prendre conscience des origines de mon insatisfaction d’économiste en herbe. La difficulté a été de venir à bout d’un premier parcours complet, toujours crayon en main, de ce « livre foisonnant » (Barre). J’y ai trouvé trop à apprendre et à reprendre et à noter pour être capable de faire plus vite. Un échafaudage auxiliaire m’a gêné. Des questions me venaient à l’esprit et je ne trouvais pas la réponse assurée à bon nombre d’entre elles. Mais l’affinité était là ; ma conviction devenait de plus en plus active ; de moins en moins enclin aux conformités académiques, je ne voyais naïvement que des avantages aux appels du grand large. Au printemps 1976, j’écrivis à Paul Fabra et nous nous rencontrâmes pour la première fois à Paris le 21 octobre de cette même année.

Pourquoi, bientôt quatre décennies après la première parution de l’opus magnus de Fabra, « la base de la doctrine enseignée sous le nom de science économique » non seulement n’a pas été remplacée par une autre mais aussi ne semble pas encore en voie de l’être ? Une partie de la réponse tient au manque que le présent traité entreprend de combler. Une autre partie se trouve en usant d’une grille d’analyse fournie par Karl Popper (1902-1994), éminent expert en cette sorte d’affaire. Si le remplacement prescrit par Fabra avait fait l’objet de réfutations convergentes, la mise de côté de cette prescription serait épistémologiquement normale. Rien de tel jusqu’à présent : aucun texte ni même aucun propos oral visant à établir l’irrecevabilité de la refondation proposée. La démonstration que cette proposition n’est pas scientifique, faute de conforter une base doctrinale qui le serait, s’imposerait pour détourner d’un égarement et, en outre, son élaboration ne nécessiterait pas d’y consacrer beaucoup de temps. Mais cette démonstration devient totalement impossible en s’en tenant à une base doctrinale qui, elle, n’est pas scientifique. Voyons bien que ce constat prouve que cette base est ascientifique. Compte tenu du nombre d’années écoulées depuis 1975, de la notoriété de Fabra, des efforts faits par lui pour diffuser son Essai de réhabilitation et du nombre croissant de thèses et d’articles et de livres économiques, cette preuve est aujourd’hui expérimentalement validée. Une option foncièrement ascientifique continue à prévaloir dans cette discipline, avec ce que cela comporte non pas d’amoralité mais, ce qui ne revient pas du tout au même, de manquement à la moralité scientifique. L’objet du délit étant une part de la vie sociale et, de plus, une part très structurante de cette vie, ce manquement est aussi à la moralité civique, personne ne peut faire qu’il en aille autrement. Le corps social et chacun de ses membres en subissent les conséquences néfastes. L’entreprise de Paul Fabra, qui serait elle-même néfaste si les considérations cruciales qui la fondent étaient ascientifiques, ne pouvait pas échapper à ces difficultés. Elle ne doit pas rester sans suite à cause d’elles. Trop en dépend comme je vais m’efforcer de le faire un peu plus complètement apparaître.

Dans ce qui vient d’être observé, il n’y a rien, strictement rien, établissant que le concurrent Fabra a effectivement retrouvé la voie d’accès à la « science économique digne de ce nom ». Renseigner davantage sur les caractéristiques majeures de l’entreprise de ce concurrent n’en conduit pas moins à faire état de fortes présomptions de ce succès.

Cette entreprise est intellectuelle. Quand, dans les considérations suivantes, il est autrement question d’entreprise, il s’agit exclusivement de la seule organisation qui n’existe que par et pour la pratique des échanges marchands, l’entreprise commerciale.

Première phrase de la préface de L’Anticapitalisme (les soulignements sont mon fait) : « Ce livre n’est pas à proprement parler un livre d’économie politique bien qu’il propose, sur un certain nombre de points fondamentaux touchant cette matière, des solutions à des questions qu’on se posait depuis longtemps. » Autrement dit : je ne vous livre pas un cours de science économique mais des élucidations et des réfutations pour contribuer à « de fond en comble (…) réviser l’économie politique ». Commençons par le fond, le reste personne n’en verra jamais le bout, ce qui compte c’est l’essentiel qui fait le plus gros des résultats, me suis-je souvent répété depuis les premiers mois de 1975. Ce bon sens, conseillé avec vigueur par Peter F. Drucker, ne m’a pas empêché de divaguer mais m’a souvent aidé à revenir à du moins mauvais.

L’économie politique objective, produit de l’entreprise de Paul Fabra, comble complètement le fossé, parfois abyssal ainsi que de très nombreux praticiens l’ont souvent déploré (des livres entiers écrits à ce sujet), entre la théorie économique et la problématique de la vie d’entreprise. Ce n’est pas en soi une preuve que cette économie politique est fondamentalement véridique. C’est néanmoins une forte présomption que Fabra a bel et bien réouvert la bonne voie d’accès : une authentique science économique a forcément cette caractéristique car il n’y a très évidemment pas deux vérités, l’une théorique dans des manuels et l’autre expérimentale sur le terrain.

Après la première puis la seconde édition française de L’Anticapitalisme,[2] son auteur a poursuivi sa livraison en la combinant à celle d’éclairages de l’actualité économique, principalement sous la forme de chroniques – à l’heure où j’écris ces lignes, Paul Fabra est en train de travailler à la millième de la série, d’abord publiée, à partir du 26 mars 1985, par Le Monde puis, à partir du 30 avril 1993, par Les Echos. Les inflexions de cette œuvre de plusieurs milliers de pages parues sous cette forme et d’autres n’ont strictement rien changé à ce que son auteur a mis au jour d’essentiel en écrivant son Essai de réhabilitation de l’économie politique. Un renversement de ce qu’il y a de plus fondamental dans la conception de l’économie, qui fait autorité depuis l’accréditation quasi officielle de ses bases doctrinales, est possible et nécessaire. Sa condition sine qua non est une révolution épistémologique, libératrice de l’accès à une théorisation, dont l’assise soit enfin authentiquement scientifique, de l’économie de marché et, ce faisant, des lois objectives du capitalisme. L’Anticapitalisme,titre provenant du constat que ces lois ne font pas partie de « la doctrine enseignée sous le nom de science économique », démontre la possibilité et la nécessité de cette révolution libératrice au moyen, méthodologiquement[3] indispensable, d’une enquête critique sur l’histoire de la théorie économique. Critique et monumentale. Y sont réfutés, outre Marx (1818-1883) et le socialisme antilibéral ainsi que Walras (1834-1910) et l’économisme néoclassique, Keynes (1883-1946) et la macroéconomie étatiste à qui nous devons beaucoup du mauvais passif que le bilan d’ouverture du XXIe siècle comporte. Keynes a écarté, Fabra en fait bien sûr état, un point essentiel de réfutation de sa Théorie générale en arguant qu’à long terme nous serons tous morts, une désinvolture – après moi le déluge ! – qui mérite de passer à la postérité comme étant l’une des plus déshonorantes infractions à la moralité scientifique et civique ci-dessus évoquée.

Un fait relatif à cette enquête magistrale n’a jusqu’à présent pas encore assez retenu l’attention. Soit un journaliste solidement installé dans l’indépendance ainsi que rompu au rassemblement et au traitement scrupuleux des documents qui nourrissent son investigation. Cette indépendance et ce scrupule font très résolument partie de sa déontologie, comme c’est le cas, ô combien, de Paul Fabra. Ce journaliste est beaucoup mieux à même de réussir une enquête critique sur l’histoire de la théorie économique qu’un professionnel tacitement assermenté à une tradition doctrinale diplômante. Cette réussite est, en l’occurrence, d’autant plus remarquable que la manière jusqu’alors inédite de procéder à une telle enquête en fait une mine d’or didactique.

L’exploitation à ciel ouvert de cette mine ne commencera cependant qu’au moyen de la reconstruction qui est le but de l’entreprise de Paul Fabra : celle d’un enseignement positif d’une économie politique enfin fondamentalement objective et prenant appui, pour ce faire, sur des évitements des pièges de la conceptualisation préscientifique de l’économie. Il y a, par exemple, parmi ces évitements ceux qui sont relatifs à la demande et à la concurrence, deux notions dont tout le monde entend presque quotidiennement parler. Les deux paragraphes suivants traitent chacun de l’un de ces évitements parce que ces réglages conceptuels donnent un aperçu de ce qu’est la pensée économique s’efforçant d’en revenir « aux sources mêmes de la connaissance » et, ce faisant, renseignent sur le produit reconstruit par le téméraire entrepreneur.

L’usage de la monnaie et de façons de s’exprimer incitent à voir dans la demande une catégorie parallèle à l’offre, voire une catégorie primordiale par rapport à l’offre, voire l’inverse pour ce qui est de la primauté. Ce parallélisme, et partant l’une ou l’autre de ces primautés, sont des illusions d’optique. Toute demande est, dans la pratique de l’échange marchand, une offre en contrepartie. Il n’y a strictement aucune exception à cette règle dans toutes les sortes d’échanges marchands, dont celles qui procurent aux particuliers leurs revenus et aux entreprises leurs chiffres d’affaires. Le cœur marchand de l’économie est l’offre en échange de l’offre. Ou, comme l’on voudra et qui revient au même quant aux conclusions à en tirer, la demande en échange de la demande. La question même du quoi, entre l’offre et la demande, est primordial par rapport à l’autre n’a pas lieu d’être. Elle n’est pas plus sensée que de chercher quoi, de l’avers et l’envers d’une pièce de monnaie ou d’un billet de banque, est primordial par rapport à l’autre. Si, dans la manière de s’exprimer, l’usage est de faire plus souvent état de l’offre et de la demande que de la demande et de l’offre, y recourir ne présente aucun inconvénient pourvu qu’il soit bien gardé présent à l’esprit que la demande dont il s’agit n’est rien d’autre qu’une offre en contrepartie. Si l’usage le plus courant se trouvait avoir été inversé, il faudrait y recourir en gardant toujours présent à l’esprit que ce qui est alors le second terme énoncé, l’offre, n’est rien d’autre qu’une demande en contrepartie. Loi de Say (Jean-Baptiste, 1767-1832), explicitement approuvée par Ricardo (1772-1823) puis remise en cause par Walras et ensuite par Keynes : l’offre crée la demande. Cette loi s’énonce tout aussi bien en constatant que l’offre crée l’offre, un résumé en trois mots de l’évidence, qui n’a pas échappé à l’industriel et professeur français d’économie politique Jean-Baptiste Say, que la prospérité d’une population dépend avant tout de la quantité, de la diversité et de la qualité des entreprises que cette population fait fonctionner. Partant, cette prospérité dépend de la connaissance et du respect volontaire par cette population des lois objectives du capitalisme dont la mise au jour et l’exposé didactique, indispensable à ce respect volontaire, font la raison d’être de l’entreprise de Paul Fabra.

La pratique de la concurrence, c’est-à-dire de concours, est celle non pas d’un processus mais de deux, qui ne vont pas forcément l’un sans l’autre. L’un est d’élimination, avec les précarisations des perdants qui en résultent – fermeture –, l’autre d’émulation, avec les diversifications qu’elle suscite – ouverture. Un moyen de distinguer ces deux processus est de parler de concurrence sélective dans le premier cas, de concurrence créatrice dans le second. L’une et l’autre de ces sortes de concours coexistent dans les activités non seulement économiques mais tout autant politiques, scientifiques, artistiques, didactiques, etc. Quand, dans la mentalité collective et les mœurs qu’elle façonne, la concurrence sélective est dominante, c’est au détriment de la concurrence créatrice, moins de soins étant apportés à son enseignement et à son exercice. C’est aussi en résultat d’une manipulation qui a sa raison d’être : ne pas mettre en cause des pratiques plus pseudo libérales et pseudo démocratiques que ce serait le cas si la sélection éliminatrice des moins aptes à faire partie d’un effectif était moins souvent donnée pour être l’alpha et l’oméga de toute concurrence. Du côté de la théorie économique, le modèle de la concurrence pure et parfaite est de même facture imaginaire que la demande qui prime l’offre (Léon Walras dans les deux cas). Ses hypothèses irréalistes en font un modèle d’aconcurrence créatrice. Outre que fait partie du modèle, ce qui n’est déjà pas réaliste, la plus complète liberté d’entrée sur le marché d’un nouvel offreur – aucune entente, aucun corporatisme, aucun protectionnisme, aucune compétence, aucun obstacle financier –, l’atomicité et l’homogénéité de l’offre sont deux autres caractéristiques de ce modèle. La concurrence créatrice de diversifications et de captations de parts de marché très inégales s’en trouve exclue. L’économiste austro-américain Schumpeter (1883-1950) a justement remis en cause, cela fait partie des « découvertes partielles » dont la quatrième de couverture de l’édition Arthaud de L’Anticapitalisme évoque, les avantages présumés de la concurrence dite parfaite. Il l’a fait en montrant que, à supposer que cette prétendue perfection puisse exister, son efficacité serait moindre que celle de la concurrence réelle. Cela l’a conduit à mettre en avant et à rendre fameuse la « destruction créatrice »... mais créatrice aussi de trop de précarisations évitables si, comme c’est aujourd’hui le cas plus encore qu’hier, la doctrine en vigueur de la concurrence n’intervertit pas le primordial et le secondaire. La question suivante met sur la piste de ce « renversement de perspective ». Où veut-on en venir avec, dans les activités économiques, de la concurrence effective dont la caractéristique jugée primordiale est son imperfection par rapport à son modèle prétendu pur ? La caractéristique primordiale de toute concurrence, tant sélective que créatrice, est, dans tous les domaines d’activité, son degré de loyauté. Rendre cette caractéristique secondaire participe à la manipulation défavorable à davantage, voire à autant qu’avant, de pratiques faites plus authentiquement libérales et démocratiques, par élévation délibérée de leur degré de loyauté. L’un des résultats de cette manipulation est que trop d’exclusions en résulte. Au lieu de s’en porter mieux, l’économie et le reste de la vie sociale s’en portent plus mal. L’évitement de ce piège, grande trappe à précarisations en tous genres, est grandement facilité par la tournure d’esprit que l’économie politique réhabilitée par Paul Fabra conduit à cultiver et qui n’a rien, rigoureusement rien, d’ascientifique et, quoi qu’il puisse en sembler à première vue, d’utopique.

La pensée économique est périlleuse parce que son manque de perspicacité est réducteur de la qualité de la vie du corps social et de chacun de ses membres. L’effort permanent de prise en compte de ce danger de tous les instants est une caractéristique distinctive de l’entreprise de Paul Fabra et de son produit phare, l’économie politique objective. Elle est aussi une caractéristique inhérente à la moralité scientifique. Cet effort n’établit pas que cette économie politique est scientifique mais, là encore, il se trouve que cette prise en compte permanente est nécessaire à la reconstruction des fondations d’une science économique digne de ce nom.

Il faudrait tout un appareillage documentaire, qui n’ajouterait rien à l’utilité didactique du présent traité, pour exposer quelles élucidations, dans quel contexte et en quels termes, ont pour inventeur, comme cela se dit des trésors, Paul Fabra seul. Si un chercheur désire le faire, il le pourra en s’astreignant d’abord à la lecture inquisitrice de L’Anticapitalisme ou mieux, s’il maîtrise bien le latin moderne, de Capital for Profit / The Triumph of Ricardian Political Economy Over Marx and the Neoclassical,[4] dernière version révisée par son auteur. Capital for Profit mais dans le cadre de la mécanique des véritables échanges marchands, et non pas dans celui, fallacieusement libéral, d’offres déloyalement confiscatoires de pouvoir d’achat en contrepartie d’offres alors forcément dispensatrices des confiscations imposées. L’échange, rien que l’échange mais tout l’échange, entre aussi, et à bien des égards d’abord, le service du financement à proprement parler permanent d’une entreprise, son capital, et la totalité des profits périodiques de cette entreprise. Afin que cette dynamique produise pleinement ses effets normaux dont les principaux sont le plein emploi (chapitre 4 du présent traité, sur le capital, le profit et l’emploi) et la maximisation du revenu global non pas du capital mais du travail (chapitre 5, sur le salaire et la répartition). Succès finalement triomphal, tant scientifique que moral et social, de Ricardo ? Oui mais. Mais au moyen, fourni par Fabra, de deux « solutions à des questions qu’on se posait depuis longtemps » au sujet du travail salarié et du profit, l’un et l’autre tour à tour instruments d’abus de pouvoir et de contre-pouvoir. L’une de ces solutions consiste à éliminer enfin la confusion relative au travail, cette confusion ayant été formellement mal dissipée par Ricardo alors qu’elle est la clé de voûte sans laquelle aucune théorie économique ne tient logiquement debout (chapitre 2, sur la marchandise, du présent traité). L’autre solution consiste à constater enfin que le profit, rémunération d’une sorte de placement d’épargne, est le terme d’un échange marchand, ce alors qu’une typologie explicite des échanges marchands et de leurs termes (même chapitre 2), ainsi que d’autres précautions méthodologiques qu’il est préférable d’énoncer formellement (chapitre 1, sur l’économie), ne se trouvent pas dans les Principes de Ricardo (disparu prématurément) et ne font pas partie des « découvertes partielles » depuis lui. Ces deux solutions sont des évidences qu’un enfant ayant atteint l’âge de raison voit sans peine en tant que telles, quand on les lui fait observer, mais qui demandent à « nos cerveaux gris d’avoir trop lu » (Valéry) l’effort de se défaire de ce qui les obscurcit. Avant que des contre-enquêtes confirment que c’est bien, historiquement et logiquement, ces deux solutions qui ont permis à la pensée économique de retrouver enfin le chemin de la science, rendons à leur fournisseur ce qui lui revient dès maintenant. C’est lui qui a eu la très courageuse idée, somme toute radieuse ainsi que le lecteur approbateur du contenu du premier chapitre de ce livre en conviendra, de la possibilité et de la nécessité de reprendre pour point de départ un schéma abandonné. C’est lui qui, par un intense effort critique, a déblayé le terrain et entamé la reconstruction. C’est lui qui a pourvu à la diffusion urbi et orbi de l’invitation, très solidement argumentée et foncièrement optimiste, à se faire ouvrier sur le chantier de cette reconstruction.

L’économie politique objective. Ce dernier adjectif réserve une surprise qui découle on ne peut plus logiquement de la refondation opérée. Le capitalisme, le conservatisme, le libéralisme, le progressisme et le socialisme, dans cet ordre ou dans n’importe quel autre dont l’inverse, ne font qu’un quand ils sont tous les cinq objectivistes. Ce n’est pas tout. Cet un est positivement et congénitalement moral. Tant en théorie qu’en pratique, l’économie objective, l’économie raisonnable et, allusion à ce qui a été ci-dessus indiqué au sujet de la concurrence, l’économie loyale ne font qu’une. De plus, cette économie est économe parce qu’elle a retrouvé le bon sens : elle consiste aussi à faire des économies.

Ces quatre affirmations sont apparemment trop prometteuses d’un monde meilleur. Les démonstrations des deux premières font partie du chapitre lui aussi premier du présent traité et, pour les deux dernières, c’est l’ensemble du traité qui en produit la démonstration. Mais voici tout de suite des considérations, elles aussi au nombre de quatre, qui plaident en faveur du bon aloi de cette caractéristique majeure de l’entreprise de Paul Fabra.

Première considération. Xi se dit libéral. Xi prend pour de la science économique ce qui n’en est pas. Xi prête de son plein gré son concours aux menées stratégiques et tactiques de la guerre économique. Xi se ment et trompe son monde en disant qu’il est libéral. Il n’y a, en matière de libéralisme, que la vraie science économique et la vraie paix de même qualification qui, comme M. de la Palisse n’aurait pas manqué de le remarquer, sont véridiques. Deuxième considération. Xj se dit socialiste. Xj se méprend aussi sur ce qu’est et n’est pas la science économique. Xj prête aussi de son plein gré son concours aux menées stratégiques et tactiques de la guerre économique. Xj se trompe et ment à son monde. Il n’y a, en matière de socialisme, que la vraie science économique et la vraie paix de même qualification qui, comme M. de la Palisse n’aurait pas manqué de le remarquer, sont véridiques. Troisième considération. Les antisocialismes, les antiprogressismes, les antilibéralismes, les anticonservatismes et les anticapitalismes ont, eux, en commun d’être subjectivistes : d’abord et finalement des jugements de valeur moyennant, si possible du mathématisme, toujours du psychologisme, au besoin de la partialité moralisatrice, de toute façon la mise à l’écart des réalités objectives qui infirment ces jugements. L’économisme, le créditisme, l’étatisme et les utopismes ont, entre autres, la même caractéristique. Quatrième considération. La science, la vraie, c’est épatant mais il lui faut la paix, la vraie, pour que leur association libère. La révolution de l’économie politique objective passe certes par des dérangements d’habitudes conceptuelles et comportementales mais c’est afin d’engendrer les apaisements de mœurs dont elle est grosse.

N’en faisons pas vantardise, cela ferait obstacle. Ne négligeons néanmoins pas de faire de cette fécondité un très substantiel motif d’acharnement à la conspiration d’un « renversement de perspective de la pensée économique ». Et ne tenons pas pour accessoire une autre présomption de la réouverture par Fabra de la voie d’accès à la science économique épistémologiquement digne de ce nom. Le Karl Popper dont il a été ci-dessus question est plus particulièrement celui de La Logique de la découverte scientifique et de La Connaissance objective.[5] Il y a cependant aussi celui, dans les années 1960, de La Société ouverte et ses ennemis. Un temps marxiste, cette grande figure de la philosophie politique et de l’épistémologie scientifique en est venue à voir dans la Misère de l’historicisme un obstacle philosophique, scientifique et politique majeur. L’histoire des idées et des pratiques économiques, ainsi que plus largement politiques, est une recherche à tâtons des clés de « la société ouverte, contrôlée par la raison, où la volonté de l’individu peut librement s’exercer » (Popper) ; les avancées et les reculs de cette recherche ont leurs causes mais cette causalité n’est pas historiquement prédéterminée. Ce n’est pas un sens de l’histoire qui a fait se succéder Montesquieu (1689-1755), Smith (1723-1790), Ricardo (1772-1823), Tocqueville (1805-1859), Marx (1818-1883), Walras (1834-1910) et Keynes (1883-1946) mais c’est, pour ces trois derniers, leur croyance dans un sens de l’histoire qui a gauchi leurs œuvres. D’historicisme, il n’y a pas la moindre once dans l’entreprise de Paul Fabra et son produit. Cette absence ne prouve en rien la scientificité de cette entreprise et de ce produit. Mais la très argumentée démonstration de Popper lève tout doute à ce sujet. Il est épistémologiquement indispensable que l’économie politique soit foncièrement non historiciste pour être scientifique. En cette même matière, il est méthodologiquement nécessaire qu’une politique économique ne soit pas sous l’influence d’un sens de l’histoire, qui est une toute autre affaire que la connaissance de l’histoire, pour être aussi objective que possible et aussi favorable que possible au bien commun.

La révolution de l’économie politique objective, par ce qu’elle exige de faire on ne peut plus délibérément, ne se produira pas que « sous les coups des évènements ». Les expériences qui ne servent à rien sont légions et le bienfait des échecs est sévèrement conditionnel. En économie aussi, une crise ne prémunit de sa répétition qu’au moyen de la mise au jour et de l’accréditation de ses vraies causes. L’entreprise de Paul Fabra, c’est aussi cela : contribuer à cette mise au jour et plaider en faveur de cette accréditation. Pour faire exactement le point sur ce qu’a été, depuis la révolution industrielle, la grande pathologie économique, il faut des appuis eux-mêmes exacts dont les principaux sont aujourd’hui relégués aux oubliettes. L’économie qui va bien, mais est mal pensée, va mal et l’économie qui va mal, mais est bien pensée, va bien : dans les deux cas, le lendemain et le surlendemain le confirment.

Ce qu’exige de faire délibérément le « renversement de perspective » doit-il l’être d’abord entre les quatre murs de laboratoires de recherche et de salles de cours ? Ce d’abord n’est que l’un des scénarios parmi d’autres possibles. Y compris en périodes de basse conjoncture, – goodbye Mr Keynes, in the long term you are really dead and  we will only keep of you a few pieces of your writing. Y compris en périodes de basse conjoncture, les dépenses publiques de fonctionnement, tous octrois de subventions inclus, entièrement financées par tout ou partie des recettes fiscales, constituent un grand progrès dont il est impossible de prédire tous les effets sur la mentalité collective à cause du discours pétri de bon sens que l’adoption et le maintien de cette norme nécessitent. D’autres prescriptions susceptibles de figurer au programme d’un parti politique et dans la plateforme revendicative d’une confédération syndicale peuvent être une thérapie de choc. Cinq renonciations, étayées par des observations rapportées dans le corps du présent traité, font partie de la normalité économique et sont relatives aux entreprises. Renonciation, grosse de toute une série de conséquences positives, au but du maximum de bénéfice ; renonciation à l’imposition des bénéfices (ce qui ne veut pas dire des revenus) ; renonciation à la non distribution de l’intégralité de ces derniers (obligation légale de la distribution intégrale des bénéfices) ; renonciation à la fiction des cotisations patronales ; renonciation à toute subvention publique aux entreprises. Le premier gouvernement d’un pays de grand poids économique qui obtiendra des entrepreneurs de ce pays la première de ces renonciations en faisant entrer en vigueur les quatre autres contribuera à une réévaluation si radicale de ce qui est et n’est pas économiquement normal – objectif, raisonnable, loyal – que la révolution de l’économie politique objective s’en trouvera grandement avancée. Passer outre à ce que des groupes de pression veulent que des choix politiques ne soient pas est d’autant moins difficile que la cohérence et l’objectivité de ces choix proviennent d’une conception de l’économie ayant ces qualités. À condition d’être soutenue par des esprits que leur affinité rapproche et incite à prendre des initiatives de promotion positive d’une telle conception, la dissipation des fumées toxiques de l’économisme subjectiviste ne fait aucun doute et sa survenance est susceptible de se révéler après coup avoir été soudaine.

Les réformes qui viennent d’être évoquées ne sont pas les seules dont les principes sont exposés dans le corps du présent traité. Ce dernier, au demeurant, n’a pas pour ambition de dresser un inventaire exhaustif des plus importants travaux d’assainissement de l’infrastructure économique de la vie sociale. Ce qu’il expose suffit néanmoins à établir que l’économie politique réhabilitée par Paul Fabra ne porte non seulement pas au tout ou rien mais aussi, ce qui est encore plus important, ni au pessimisme sur la condition humaine ni au fatalisme. Les « constructions artificielles » qui « forment aujourd’hui la base de la doctrine enseignée sous le nom de science économique » contribuent à rendre la subjectivité des agents économiques conforme à l’image qu’elles en donnent et, fort malheureusement compte tenu de l’indigence de cette image, y parviennent, aggravant de grandes crises de confiance et favorisant à plus petite échelle une myriade d’autres troubles réducteurs de la qualité de vie de presque tout un chacun. Dont ceux de ces troubles qui proviennent de l’inaptitude des plus hautes autorités publiques à faire confiance à la population et à son industriosité vues, premièrement et finalement, selon ce que l’image indigente en décrit. Si, conformément à sa vocation, l’économie politique objective devient l’orthodoxie en vigueur, alors sa tutelle – toute conception dominante de l’économie en est une – aura forcément pour effet d’accroître sensiblement la proportion d’individus et d’organismes, privés et publics, ayant faits la bonne affaire de s’être faits durablement confiance. Il ne peut pas en aller autrement parce que plus d’objectivité économique fait notamment davantage de contrats d’échange marchand loyal et, partant, davantage de concurrences elles mêmes plus loyales dans tous les domaines d’activité.

Supposons, pour pourvoir à la diffusion du produit phare de l’entreprise de Paul Fabra, une campagne prenant pour arguments principaux que ce produit constitue un contrat de confiance rénovateur du contrat social et un projet de société optimiste. Ces arguments sont-ils mensongers ? Pour qu’ils le soient, il faudrait que l’économie, l’objectivité et la morale ne soient pas ce qu’en rappelle le premier chapitre du présent traité et qu’au moins un autre point clé de ce même traité soit un sophisme. La lucidité à laquelle ces vérifications poussent est de grande portée. La révision entreprise par Fabra de « l’origine de la valeur », sous-entendu d’échange dans une transaction marchande, est portée par, et augmente, un appétit de révision d’autres valeurs, extension dont on ne voit pas qu’une civilisation puisse faire l’économie afin de pourvoir à sa transformation en une autre de plus haute qualité.

Depuis le milieu des années 1970, le cours de la pensée économique dominante, d’occidentale devenue mondiale, n’est pas seulement resté régressif –adjectif utilisé dans la quatrième de couverture citée : « Ce qui frappe depuis lors dans l’histoire de la pensée économique, c’est … son caractère régressif ». Sous des couverts successifs dont le dernier en date est l’aujourd’hui omniprésente et déjà vacillante globalization, le cours de la pensée économique est devenu encore plus régressif. Si ce n’était pas le cas, notre société, très largement et très inévitablement sous la coupe de ses idées économiques et de leurs applications, ne connaîtrait pas une telle conjonction de dérives tant monétaires, financières, tarifaires, entrepreneuriales, salariales, fiscales que gouvernementales, électorales, environnementales, éditoriales, médicales, langagières, policières, juridiques, éducatives, sportives, administratives, notamment. Avec, en cause de ces déclins désespérants, le pseudo libéralisme des Xi et le pseudo socialisme des Xj. Pas question de haïr pour autant les Xi, les Xj et la modernité : c’est vain, c’est présomptueux quant à sa propre perspicacité, tout un chacun ne dispose au quotidien, depuis sa première inspiration jusqu’à sa dernière expiration, que d’une modernité. Mais bel et bien question, presque de jour en jour plus pressante, de trouver comment faire barrage à la prospérité de l’affairisme et à l’emprise de l’étatisme, l’un et l’autre beaucoup plus servis que desservis par la propension, qui n’en finit pas de renaître, à l’égalitarisme.

Ce tout contemporain fait un paquebot rutilant et qui prend l’eau. Le gigantesque bâtiment, dont l’équipage est fort pourvu en économistes et fort dépourvu en économes, n’est certes pas un dériveur facile à dévier de sa course. Parons quand même à la manœuvre, sinon pour nous au moins pour les suivants, sans nous contenter de déplorer que ce paquebot énorme, dont le sillage est maculé de pollutions colossales, a des soutes surchauffées dans lesquelles de modernes prolétaires transpirent jusqu’au sang et des plages abritées où beaucoup de ceux à qui la fortune a souri prennent des bains de soleil en jouant au poker menteur.

Ces figures de rhétorique sont-elles excessives ? Presque tout le monde juge aujourd’hui normal qu’il soit fait grand cas du « capital humain » au lieu des salariés ou du salariat, des « ressources humaines » au lieu des relations salariales, des expertises en « ingénierie sociale » au lieu de l’art de l’administration civile. Nous, enfants d’une ascendance qui en est venue au vrai progrès de l’abolition légale de l’esclavage, appartenons à des générations qui, comme nos façons de dire et d’agir en attestent, ont insidieusement conforté l’exploitation de l’homme par l’homme. Si ce n’était pas le cas, nous n’aurions pas fait deux choses dont l’une appelle l’autre. Nous n’aurions pas fait de l’humain le pendant d’un financement ou d’un équipement ou d’une ressource parmi les autres. Nous n’aurions pas fait des corps sociaux des objets de manipulations par des bêtes de concours sélectif qui, tels des médecins pensant voir mieux que leurs patients conscients ce que chacun d’eux ressent et pressent, ont l’outrecuidance de prétendre mieux connaître que ces corps sociaux quels sont leurs savoirs et leurs besoins en toute matière. Trop étant à l’encan de ces égarements calamiteux, la manœuvre qui s’impose n’est pas seulement une correction de cap mais un transbordement.

L’entreprise de Paul Fabra est une recherche aboutie sur la nécessité et la possibilité de ce transbordement. L’effort de lire jusqu’au bout au moins le premier chapitre du présent livre en vaut la peine. Oui, c’est vrai, plutôt grande est la probabilité que ce soit d’assez difficile à très difficile. Il se dit que c’est trop haut pour être accessible. Il ne se constate pas assez que nous sommes trop bas. Et que la facilité nous étouffe. L’évidence n’en est pas moins là. Ce n’est pas par plus de facilités et d’esbroufes que nous et les suivants réduirons les grandes difficultés qui obèrent la qualité du présent et du futur. Rejoindre Paul Fabra dans son entreprise est exigeant mais vaut le coup et le coût de s’en donner le mal. Au remplacement de l’orthodoxie économique par celle que cette entreprise prescrit, la science y gagne, la paix y gagne, trois pathologies, l’économique, la politique et l’écologique, y perdent beaucoup de leur virulence.

L’économisme ambiant n’est pas que le produit malsain d’un hédonisme et d’un empirisme vulgaires. Il est lui-même l’instigateur d’un narcissisme dans lequel toute une civilisation est en train de se perdre. Notre modernité, regorgeant de techniques appelées technologies et repue de prospérité en trompe l’oeil, a été diaboliquement rendue si éprise d’elle-même qu’elle s’est enfermée dans sa bulle à maints égards de plus en plus féodale, ce qui était le but du stratagème. Là, en effet, elle n’a pas besoin de renoncer à se complaire dans les hallucinations qu’un mélange d’affairisme, d’étatisme et d’égalitarisme lui procure. Or parmi ces hallucinations se trouve la pire qui soit : notre monde est en crise parce qu’il est en train d’accoucher d’une autre civilisation. Faux. Il est en crise sous l’effet d’une accumulation accélérée d’insalubrités dont personne ne sait quand, depuis quelques changements de lune jusqu’au terme d’une longue série de générations, les réactions qu’elle engendrera accoucheront d’une renaissance.

L’homme Paul Fabra, qu’on se rassure, n’a bien entendu pas que des qualités. Il n’empêche que, c’est ainsi – je peux, du fond de mes propres imperfections et néanmoins en toute tranquillité, mettre au défi qui que ce soit de prouver qu’il n’en va pas ainsi –, sa lucidité courageuse a ouvert une voie de sortie de la bulle. Hâtons-nous, nous le devons aux suivants.

DM, juin 2008

Novembre 2008. Paul Fabra m’a souvent dit qu’il s’était lancé dans l’enquête dont L’Anticapitalisme est le rendu pour trouver une réponse solide à la question : que vaut une unité monétaire ? Ce n’est qu’il y a peu de jours qu’une réponse à une autre question, en ce moment de retour sur le devant de la scène, m’est apparue : quel est l’un des systèmes monétaires international auquel l’économie politique objective conduit ?


[1] Premier tirage en mai 1974. En mai 1975 paraissait chez l’éditeur Dopersa à Barcelone, Anticapitalismo / Ensayo de rhabilitacione de la economica politica.

[2] Seconde édition, en format de poche, dans la collection Champs Flammarion, en 1979. Ces deux éditions sont complètement épuisées. Il est vraisemblable que des bibliothèques spécialisées continuent à procurer l’accès à l’une ou l’autre. Il y a, de toute façon, la Bibliothèque nationale française. Les références de l’édition américaine, en 1991, sont indiquées plus loin.

[3] L’usage devenu très courant de l’adjectif « méthodologique » et du substantif « méthodologie », en lieu et place de « méthodique » et de « méthode », fait partie des dérives en cours. Même remarquepour « technologique » et « technique ». Le synonyme de « méthodologie » est « épistémologie ».

[4]1991, Rowman & Littlefields Publichers, Inc. Avant-dernière phrase de la quatrième de couverture : « Fabra questions how long a society can last that believes in the primacy of consumption rather than the primacy of work ». Si le loisir nous en est donné, ce sera à une réédition en français et en anglais, possiblement via la toile (le web), de larges extraits de Capital for Proft à laquelle nous pourvoirons d’abord. PF & DM.

[5] Première parution française en 1982 de La Logique de la découverte scientifique chez Payot, en 1991 puis 1998 de La Connaissance objective respectivement chez Aubier puis dans la collection Champs Flammarion, en 1979 des deux tomes de La Société ouverte et ses ennemis aux Éditions du Seuil, en 1988 de Misère de l’historicisme chez Agora.