Politique économique : les réfractaires, les indécis et les braves

Date: 
01 octobre 2013

1/5. La focalisation efficace

En politique économique aussi, la loi de Pareto dite des 20-80 s’applique. Une petite partie des causes — 20 % ou moins — fait le plus gros des conséquences — 80 % ou plus. La vox populi demande aux gouvernants d’être d’autant plus efficaces que le poids à soulever est lourd. Pour y parvenir, il faut la focalisation des forces vives du pays sur ce qui produit le plus gros du résultat, au cas d’espèce rien de moins qu’un bien meilleur état général de l’économie nationale. Sur quoi de précis et principal se concentrent les réfractaires au premièrement et deuxièmement ? Sur quoi se rabattent ceux que les appels à se déclarer franc partisan de cette stratégie laissent indécis ? Les piles de livres, d’articles et de rapports bons à faire toujours plus peuplés et gaspilleurs les poulaillers de cocottes en papier éloignent du bon sens et atrophient l’efficacité.

2/5. Le propulseur et le gouvernail

Ces réfractaires cataloguent le premièrement illusoire ou contreproductif. Les indécis le trouvent trop incertain ou trop simple pour être victorieusement soutenable. Il serait mal établi que le chômage reculerait si le stock national de capital social augmentait plus vite que le stock des dettes des entreprises pendant que, deuxièmement, le plus important résultat budgétaire serait rendu chroniquement excédentaire. Ces réfractaires et indécis attentent au bon sens des économes avertis.[1] Ils n’en ont pas moins raison quand ils tiennent pour assuré qu’au bloc du premièrement et du deuxièmement beaucoup d’accastillage est à ajouter pour faire une politique économique assez complètement appareillée. Mais ils ne veulent ou ne peuvent pas voir que ce bloc est le propulseur et le gouvernail du navire qui mène le plus salubrement à la prospérité.[2]

3/5. Austérité et prospérité

Du deuxièmement, les réfractaires et les indécis retiennent la compression des dépenses publiques qu’ils appellent volontiers austérité, histoire de la faire passer pour réactionnaire, sans faire cas du premièrement qui est la source la moins polluante de la prospérité. La compression prescrite en deuxièmement est celle des charges publiques, ce qui ne revient pas au même que des dépenses publiques car la prescription est d’abord de maintenir ou rétablir un haut niveau d’investissements publics. De plus, il y a la recommandation d’un relèvement temporaire de ce niveau en période de basse conjoncture. Dans le couplage du deuxièmement au premièrement, l’austérité par élimination de doublons structurels et de subventions n’est qu’un moyen.[3] Le résultat certain de ce couplage sévère est l’élévation ravivée de la prospérité médiane.[4]

4/5. Sortir des griffes

Dans le premièrement, il y a l’augmentation du stock de capital social par les placements directs des ménages et des associations privées non commerciales, fondations comprises. Dans le deuxièmement, il y a la préconisation d’un livret du trésor public où les mêmes ménages et associations déposent de leur épargne et en tirent une rémunération. Quand ces deux financements seront devenus exclusifs dans leurs catégories, la sortie des griffes des investisseurs institutionnels et de l’étatisme aura été achevée. La société civile deviendra un foyer plus actif de subsidiarité, en abandon du libéralisme plongé par les économistes néoclassiques dans une mixture d’individualisme, d’utilitarisme et de mathématisme rompant avec l’harmonie de la liberté économique selon le député Frédéric Bastiat et le ministre des finances Léon Say.[5]

5/5. Le parti des braves

Tournons-nous vers le subsidiarisme, ce mot qui très significativement n’a pas encore cours. Soyons conceptuellement rigoristes. Rallions le parti des braves.[6] Les réfractaires et les indécis ne jouent carte sur table avec lui que quand ils expriment pourquoi ils le jugent mal armé. Mais se mettre à l’abri du rempart du silence est plus confortable, en attendant que vienne l’accoutumance aux concepts rigoristes et aux réformes susbidiaristes dans le champ de compétence du parti des braves.[7] Et bien que ces braves osent entrer dans la cour des grands de la théorie économique sans y avoir été autorisés par ses surveillants attitrés ! Les réfractaires et les indécis ont derrière le rempart du silence d’autant plus de temps devant eux pour se perpétuer que les braves peinent aussi à se faire plus nombreux dans les gradins et sur la piste de l’arène des joutes politiques.

Apostille

De Denis Kessler dans un entretien publié le 30 septembre 2013 par Les Echos : « Il faut bien comprendre que la politique monétaire, si elle peut apporter un soutien temporaire, ne remplacera jamais une bonne politique économique. »  C’est plus fondamental qu’il ne semble à première vue. Les braves, les indécis et les réfractaires n’ont pas de motifs réciproquement recevables pour être en désaccord sur tout dès qu’il est question d’économie. Au contraire, ils ont le devoir de prendre acte de leurs convergences sur ce qu’est une bonne politique économique et de transmettre le consensus dégagé aux jeunes gens qui vont prendre la relève.  Au demeurant, les braves aussi ne sont pas d’accord sur tout dès qu’il est question d’économie. C’est leur accord sur le propulseur et le gouvernail (2/5 ci-dessus) qui les rend membres d’un parti de fait ; non une politique économique complètement appareillée et non un même jeu de propositions premières de science économique. Le rempart du silence n’en est pas pour autant plus facile à faire tomber tant il faut de dévouement pour coopérer à montrer où se trouve pour l’essentiel le bon sens en cette affaire de société et pourquoi il est désastreux que de la théorisation en détourne.


[1] Bien qu’avec des ratés qui auraient pu être évités, l’Allemagne, arrachée au fascisme congénitalement exterminateur non seulement par son écrasement militaire mais aussi civilement par son ordolibéralisme, est en train de fournir à l’Europe et au monde une preuve expérimentale de ce bon sens. Pour la France, une grande vertu géopolitique de la stratégie du premièrement et du deuxièmement est de lui fournir un terrain d’entente renforcée avec l’Allemagne, ce terrain devenant alors aussi d’envol d’une doctrine enfin originellement et originalement européenne de l’Union européenne. Les braves dont il est question à la fin du présent article le comprennent et appellent à rejoindre leur parti aussi pour cela.

[2] La rentabilité des placements en capital social serait trop élevée. Les réfractaires et les indécis ont sur ce point trois progrès à faire. 1) User d’une vraie définition de la rentabilité, comme de la productivité et de la profitabilité, sans plus se méprendre sur l’équation qui est la grande régisseuse de l’économie de marché puisqu’elle va de la répartition du revenu global, laquelle détermine le revenu total du travail (chapitre 8), jusqu’aux prix auxquels les entreprises vendent et ce d’autant plus étroitement que la concurrence est résolument axée par les autorités de marché sur la comparabilité des offres et des résultats (chapitre 11). 2) Abandonner le tour de passe-passe de la plus-value de liquidation d’actions négociables faite élément de ce qu’a été la rentabilité de la détention de ces parts sociales. 3) Rapprocher telle ou telle de ces rentabilités du rapport, que nous proposons d’appeler « travaillabilité », entre la masse salariale annuelle et le capital qui en est le fonds de roulement permanent.

[3] À l’austérité, qui se doit permanente dès lors qu’elle touche au bien public, manque la bravoure de son administration sans une chasse impitoyable aux doublons structurels et aux prébendes institutionnalisées. Il en va de même des subventions dispensées aux entreprises ainsi que de toutes celles qui rendent partiellement factices les prix du travail dans la moitié basse de leur échelle.

[4] L’élévation ravivée du pouvoir d’achat du revenu médian, pensions de retraite par répartition comprises. La sévérité nécessaire à cette fin est d’abord conceptuelle, faute de quoi il est impossible qu’elle soit faite réelle. Les économistes français sont bien trop désinvoltes sur ce point crucial. Une trop faible quantité et variété d’emplois est le produit d’âneries. Dans Les Echos du 24/9/2013, ce titre : Immobilier : la fiscalité, motivation première de l’investissement locatif. Craignons qu’il puisse être justement écrit : « la fiscalité, motivation première des placements des ménages » ; « la fiscalité, motivation première des embauches » ; etc. La fiscalité, c’est du transfert et non pas, quoi qu’en professent des experts pourtant patentés, de l’échange marchand. Pas d’économie principalement de marché sans que cette sorte d’échange en soit le gros moteur et la fiscalité une contrainte. À la place de cette économie ne s’est jamais trouvée et ne se trouvera jamais qu’une autre principalement ou quasi totalement administrée par une oligarchie qui pressure et manipule le reste de la population.

[5] Cette rupture sous couvert de continuation ne fait aucun doute quand, après avoir lu les œuvres complètes de Frédéric Bastiat (1801-1850) et avoir étudié selon plusieurs sources la doctrine et les agissements de Léon Say (1826-1896), petit-fils de Jean-Baptiste (1767-1832), l’examen porte sur les Éléments d’économie politique pure de Léon Walras (1834-1910) et sur leur postérité, le marginalisme des courbes d’indifférence, de la concurrence pure et parfaite, de l’équilibre général, entre autres constructions imaginaires qui épatent la galerie par l’algébrisation qui leur sert de laissez-passer scientifique. En élaboration professorale imbibée de mixture néoclassique, version marginalisme autrichien, Capitalisme, socialisme et démocratie de Joseph Schumpeter (1883-1950) a pour ultima verba son annexe, La marche au socialisme, expression qui « signifie purement et simplement que les affaires du peuple sont transférées du secteur privé au secteur public » indique ce théoricien non seulement de la désormais fameuse destruction créatrice mais aussi d’un pronostic d’effondrement de la société capitaliste autrement que l’a prédit Marx (1818-1883, plus tonitruant que les néoclassiques alors en gestation et pas moins esbroufant qu’eux et Auguste Comte (1798-1857) sur le laissez-passer scientifique). Dans ce que passe en revue Schumpeter, il n’y a pas la subsidiarité concrétisée par les financements directs exclusivement fournis par les ménages et les associations non commerciales, comme si c’était impraticable ou sans importance systémique et dénué d’harmonie sociale

[6] En argent, ce ralliement ne coûte rien mais pas en travail personnel, comme donne à le constater la note 2 ci-dessus. La paresse renforce le rempart du silence, évoqué une phrase plus loin que celle à laquelle le présent commentaire est attaché. Alors que c’est le siège de ce rempart qu’il faut aux braves établir et renforcer. Des lustres (5 ans) sont nécessaires à leur parti pour construire la machinerie de son stratagème. Des décennies d’usage de cette machinerie pourront se révéler nécessaires rien que pour ouvrir une première brèche dans le rempart du silence. Le secrétariat de l’Atelier Paul Fabra se tient à la disposition des tentés par le ralliement au parti des braves pour indiquer quel est au juste ce stratagème et où en est l’avancement de sa mise en œuvre, ainsi que pour répondre à toute autre demande d’information.

[7] En désaccord avec ceux qui jugent préférable de s’en tenir à Ricardo (1772-1823) ou à n’importe qui d’autre, de même qu’en résistance à ceux qui prônent un élargissement de ce champ de compétence : l’économie politique strictement définie, ce qui est déjà beaucoup à cultiver au moins mal (chapitre 1).