Les assurances dites sociales sont, en fait, de nature économique

Date: 
05 octobre 2013

Non seulement les assurances dites sociales sont, de fait, économiques, mais qui est économique n’est pas par nature asocial, amoral, ou insécuritaire [1]. L'opposition social/économique est inutile et faire perdre l'essentiel : au cœur de l’économique, il y a le marchand c'est à dire celui qui échange des marchandises. Tous les emplois rémunérés sont marchands sans aucune exception, contrairement à ce que tant de fonctionnaires et d’élus s’obstinent encore à nier. Faire de l'économique un mal par nature - l'horreur économique - c'est faire de chacun d'entre nous un être asocial, amoral dans les relations marchandes. C'est aussi justifier un centralisme étatique renforcé au nom d'un "réquilibrage" factice entre social et économique.  Le cas de la retraite est emblématique à cet égard et est abordé de manière incisive par Jacques Bichot.

Avec cette fois pour coauteur Arnaud Robinet et pour préfacier Xavier Bertrand, Jacques Bichot nous a envoyé La mort de l’État providence / Vive les assurances sociales ! Le professeur Bichot l’a fait, dit sa dédicace manuscrite, « En hommage à [… votre] action dans le cadre des ateliers Paul Fabra », sans crainte que la pensée et la politique travaillées dans ce cadre fournissent une alternative solide à telle ou telle de ses analyses, rendons-lui à notre tour cet hommage : vivent les contributions à l'esprit de l'Atelier Paul Fabra !

Des argumentations roboratives reprises dans ce nouveau livre sur un volet de grande portée de la réforme du marché du travail et sur la retraite par répartition sont irréfutables et salubres. C’est au point que s’imposera vraisemblablement à l’Atelier Paul Fabra, après bouclage de ses prescriptions de réforme du marché du capital, de demander à Jacques Bichot l’autorisation d’intégrer le verbatim de ces argumentations dans les propositions majeures de politique économique (chapitre 3). Nous y reviendrons par un compte-rendu d’étude in extenso de Vive les assurances sociales !

Premières notes d'étude du Bichot & Robinet



[1] Adjectif que Le Robert date de 1989 avec pour acception : « caractérisé par l’insécurité ».

 

Pourquoi ne m'a-t-il pas été appris dès le lycée...

Pourquoi ne m'a-t-il pas été appris dès le lycée que tous les emplois rémunérés sont marchands et qu'est-ce cela changerait si tous les Français admettaient que tout salarié est à ce titre partie prenante dans un échange marchand ?

Deux questions, deux réponses

Question 1 : Pourquoi ne m'a-t-il pas été appris dès le lycée que tous les emplois rémunérés sont marchands ? Un indice de malfaçon dans notre culture économique se trouve dans un détail apparemment insignifiant. Les marchandises sont, selon l’expression consacrée, des biens et services. En réalité et depuis la nuit des temps, les marchandises sont des services et des biens, biens dont ventes et livraisons et réparations sont des services. Les deux services primordiaux dont découlent tous les autres échanges marchands sont les fournitures rémunérées de travail humain et de financement par mises en principal de prêts ainsi que, dans les entreprises, par mises en capital. Au lieu de faire état, dans ce qui est à proprement parler économique, des biens et des services, il est plus conforme à la réalité de faire état des services et des biens. Les échanges marchands, à savoir ceux dont l’un des deux termes au moins est une marchandise, constituent un sous-ensemble définissable des échanges sociaux parce que l’ensemble des marchandises est lui-même définissable. En y regardant de plus près, la malfaçon apparemment mineure se révèle être un vice majeur de fabrication. L’inévitable et indispensable théorisation de l’économie la plus admise ne comporte pas encore dans son commencement logique la théorie de la marchandise, avec la division de l’ensemble d’abord défini des marchandises en autant de principales catégories homogènes qu’il y en a. Et pour catégories primordiales, les services du travail humain et des services de financement. D’où ici le chapitre 2 de la section Science économique, chapitre comme les autres pensé en français et restant à mieux écrire en français d’abord (des jeunes gens qui font ou ont fait des études littéraires et en communication écrite sans en être devenus des infirmes de l’esprit scientifique sont les bienvenus pour contribuer à ce mieux !).

Question 2 : Qu'est-ce que cela changerait si tous les Français admettaient que tout salarié est en cette qualité partie prenante dans un échange marchand ? Beaucoup de professeurs et de membres des professions médicales et autrement vouées au secours d’autrui ainsi qu’à la sécurité et à la justice, entre autres mais particulièrement dans la fonction publique, se mettent à part des travailleurs du secteur marchand, là où les employeurs tirent d’une activité commerciale de quoi continuer à payer du travail. Outre que dans les professions médicales c’est souvent hypocrite car activité commerciale il y a même dans les établissements publics de soins, ces Français se mettent à part alors qu’eux aussi sont parties prenantes à de l’échange marchand au titre de leur emploi. Dégager l’intérêt général des intérêts catégoriels en est rendu plus difficile. Simplifier et éliminer des inégalités qui contreviennent à l’équité en est aussi rendu plus difficile. Les Français sont pourtant épris d’égalités. Mais en matière économique, trop d’entre eux ne reconnaissent pas l’égalité naturelle dont il est ici question. La politique économique de la France sera moins encombrée de dénis de réalité, au point d’exposer ce pays au déclin, quand la mentalité française se sera faite plus réaliste et sincère sur ce qui est inévitablement et salutairement marchand et non marchand. Pour nous Français, traditionnellement brasseurs d’idées universalistes, il y faudra un nouveau catéchisme économique… par avance repoussé tant par les plus idéologues que par les moins courageux, ce qui fait hélas beaucoup de monde dans toutes les catégories socioprofessionnelles de la France ne voulant très sottement plus de nouveau catéchisme que de facture non francophone : Paris School of Economics en réplique servile à la London School of Ecoonomics comme s’il ne pouvait plus y avoir de génie économique et politique à la hauteur des défis à relever que de facture anglophone.

NB. Il est en tout état de cause fautif de parler d’emplois marchands, pour distinction d’avec les emplois non marchands. C’est comme par paresse puisqu’il suffit de distinguer les emplois dans les entreprises et hors des entreprises pour éviter d’entretenir l’illusion qu’il peut n’y avoir aucun échange marchand de fait dans un emploi rémunéré. Que ceux qui l’ont compris s’appliquent à en tenir compte dans leur façon de s’exprimer et les journalistes finiront par suivre.