Les deux régulateurs du générateur économique

Date: 
25 mars 2014

Au sein de chaque nation, qu’elle soit ou non confédérale, les revenus proprement dits sont exclusivement pour les uns du travail et pour les autres de placements. Ils ont pour générateur l’ensemble des échanges économiques, tant domestiques que par-dessus les frontières. En aval du générateur, l’ensemble des transferts économiques constitue un répartiteur additionnel, au final entièrement alimenté par des prélèvements sur les revenus ainsi que par des legs[1]. Le générateur intègre et interconnecte deux régulateurs :

  • EPCE : Emploi > Profit > Capital > Emploi ;
  • RPP’ : Rentabilité, Productivité, Profitabilité.

Le régulateur EPCE[2] rétablit d’autant plus vite le plein-emploi que l’autofinancement n’ampute pas le profit P : un profit systématiquement distribué rend plus attractif les nouvelles mises en capital C. Disposant de ressources financières stables, les entreprises sont à même d’investir et d’embaucher, ce qui fait remonter l’emploi E. Quant au régulateur RPP’[3], il ajuste aux contraintes de rentabilité R et aux performances de productivité P les niveaux de profitabilité P’, les contraintes R provenant en bonne part du régulateur EPCE. La productivité nationale P commande l’évolution du total national des revenus. Les augmentations des autres productivités P sont répercutées par la concurrence en diminutions de profitabilités P’ de ventes des entreprises[4]. La baisse asymptotique de la profitabilité nationale P’ rend l’économie de marché productrice de la maximisation du revenu total du travail sous contrainte d’un taux moyen suffisant de rentabilité R des placements. Alors cette maximisation est conjointe :

a) au plein-emploi plus longuement que du sous-emploi ;
b) au rapprochement incessant de leurs niveaux suffisants des prix auxquels les entreprises vendent à leurs clients ;
c) aux revenus de vrais placements en remplacement progressif des retraites par répartition qui ont l’inconvénient incorrigible de ne pas participer à l’allongement des périodes de plein-emploi.

Mais il y a une condition générale à l’obtention de ces résultats. L’entier et prompt fonctionnement des régulateurs du générateur économique doit être devenu délibérément préféré à la course aux plus-values. Le capitalisme de rendement, au sein duquel les coopératives ont leur place, doit avoir politiquement prévalu sur le mercantilisme de plus-value[5]. En d’autres termes, le capitalisme du profit suffisant et du plein-emploi doit avoir stoppé l’essor du libéralisme d’enrichissement maximum des propriétaires, des cadres supérieurs et des politiciens de plus haut rang[6].

DM, AL

[1] Dont les legs imposés par voie fiscale tels que les prélèvements du trésor public sur les successions et, quand cette ponction est jugée trop peu réductrice de la disparité des patrimoines privés, l’adjonction d’un impôt sur la fortune avec ses lourds effets pervers dont l’emploi fait les frais. La création de richesse économique est exclusivement fournie par le générateur qui, en même temps, pourvoit à la distribution des revenus avant toute redistribution par le répartiteur. Ce qui envoie à une problématique si cruciale qu’elle est de civilisation. Quels sont les mécanismes de la distribution avant toute redistribution ? Sont-ils pour certains de leurs rouages intangibles et pour d’autres modulables ? Le capitalisme de rendement tend-il à rendre les effets de ces mécanismes plus justifiés que le capitalisme de plus-value ? La maximisation dans la pente naturelle (logique) de l’économie de marché est-elle celle des revenus de placement et des patrimoines qui les procurent ou bien celle du revenu total du travail ? Il est évidemment impossible qu’une défense de l’intérêt général et une politique économique soient aussi pertinentes que possible sans avoir dans leurs assises des réponses justes à ces questions

[2] Le schéma du régulateur EPCE est un triangle isocèle inscrit dans un cercle. Les trois sommets sont l’emploi E, le profit P, le Capital C, C et P étant tels que définis aux chapitres 5 et 6. Le sens de fonctionnement est celui de la rotation des aiguilles d’une montre. Le plus important pour en revenir au plein-emploi reste à faire tant que la proportion moyenne de capital dans le financement des entreprises reste stable et à plus forte raison baisse. Le meilleur moyen d’obtenir l’augmentation de cette proportion n’est pas l’autofinancement par les bénéfices non distribués mais au contraire des rendements effectifs des placements en capital plus élevés, assorties d’augmentations de capital social plus fréquentes et plus élevées.

[3] L’image qui donne le mieux l’idée de ce qu’est la relation RPP’ est celle d’une balance Roberval dont le fléau pivote autour d’un axe monté sur vérin. Un plateau est celui de la rentabilité R, le fléau pivote autour de la productivité P que l’évolution des techniques fait monter, l’autre plateau est celui de la profitabilité P’. Les définitions de R, P et P’ sont telles qu’à toute rentabilité R est égale à une productivité P multipliée par une profitabilité P’. C’est aussi sûr que quand sur un relevé bancaire la somme des débits est différente de la somme des crédits, alors le solde final est différent du solde initial.

[4] Adam Smith, Jean-Baptiste Say et David Ricardo ont fait cas de la tendance à l’égalisation des rentabilités (taux de profit sur capital) entre les secteurs d’entreprises de même nationalité (secteur miniers, manufacturier, financier, des transports, du négoce de gros et de détail, entre autres). Aujourd’hui, cet enseignement est en déshérence. Ce n’est pas pour autant que la tendance en question n’est plus une loi économique naturelle. L’économie définie dégage complètement que la régulation RPP’ intervient non seulement entre secteurs d’entreprises et entreprises du même secteur mais aussi jusqu’aux niveaux les plus fins de même appartenance des fournitures vendues par les entreprises : proposition 11.9.

[5] On peut aussi parler d'anticapitalisme de plus-value puisque son financement le plus utilisé par les entreprises ainsi que les spéculateurs les plus actifs est le crédit et non pas le capital. Le capitalisme de rendement est très durablement soutenable parce qu’il a systémiquement deux supériorités. Il réduit considérablement la fuite en avant dans les gaspillages et l’obsolescence programmée. Il allonge non moins considérablement la durée entre deux crises généralisées. Cela, qui n’en fait certes pas une panacée, ouvre néanmoins une perspective dont bien des gens sentent qu’elle est tenue scandaleusement obturée depuis l’avènement de la finance moderne (années 1980).

[6] Le sous-emploi chronique peut être principalement dû à un prélèvement public (impôts + emprunts) si lourd et croissant qu’il entrave de plus en plus le fonctionnement de la relation EPCE, avec pour résultat un stock national de capital social (au sens de cette expression en droit des sociétés commerciales) qui n’est pas à la hauteur nécessaire au relèvement du stock lui aussi national d’emplois durables. Il est dans ce cas désolant de devoir constater que la classe politique qui a les mains sur les manettes de la politique économique d’un tel pays se révèle incapable d’expliquer à ses électeurs pourquoi les charges publiques (dépenses de fonctionnement, subventions, amortissement financier de l’endettement) doivent être baissées, vigoureusement et durablement baissées : parce qu’elles sont devenues une cause principale de sous-emploi. C’est on ne peut plus logiquement que rentre dans la prescription d’activation des régulateurs EPCE et RPP’ ce qui a été trop vite appelé « la règle d’or », à savoir en plus abouti le respect concomitant de deux règles de gestion des finances publiques.


Cette synthèse sera reprise dans L'introduction à l'économie définie / 2. La méthode de l'économie définie.