115 - Lundi 16 novembre 2009, épisode 11

Le feuilleton de science économique, épisode 11

Théorie de la marchandise

Tout échange marchand a pour termes soit deux marchandises en cas de troc, soit une marchandise et une quantité de monnaie. Ceci implique que l’ensemble des échanges marchands n’est défini que si l’ensemble des marchandises l’est aussi.. Une théorie de la marchandise repose alors sur la réponse aux deux questions suivantes :
• Quelles sont les caractéristiques communes à toutes les marchandises et à elles seules ?
• Quelles sont les catégories principales de marchandises et, partant, les catégories homogènes d’échanges marchands ?

Aucune des théories économiques en cours ou passées ne prend appui sur une théorie explicite de la marchandise. Il est alors impossible de délimiter le champs de l’économie : le travail est-il une marchandise, le savoir est-il un marchandise, la santé est-elle une marchandise, … ?.
Les propositions du chapitre 2 du traité de science économique fournissent les réponses à ces questions. Ce bulletin en propose un aperçu.

Toutes les marchandises sont concrètes

Les patrimoines sont constitués, entre autre de biens immeubles et meubles. Ces biens sont concrets. Il y a aussi des placements financiers qui sont des services fournis. Ces services sont tout aussi concrets.
Contrairement à un préjugé tenace, toutes les marchandises sont aussi concrètes les unes que les autres. Le travail (ouvrage) en contrepartie duquel le boulanger perçoit un salaire est aussi concret que le pain vendu par ce boulanger, y compris quand ce travail est du nettoyage et du rangement. Le virement d’une somme d’argent prêtée contre intérêts est concret.

Le travail du conducteur d’une moissonneuse est tout aussi concret que le grain ensilé. Un logiciel et un service d’un fournisseur d’accès à Internet sont tout aussi concrets qu’une voiture et son entretien achetés à un garagiste. Etc.
Les prétendus « services immatériels » sont en réalité autrement matérialisés. Il n’existe pas de marchandise qui soit un service virtuel ou un bien virtuel. 

Toutes les marchandises ne sont pas stockables

La distinction entre biens et services ne recouvre pas celle, plus fondamentale en analyse économique, entre flux et stocks de marchandises et de monnaies ayant cours. Le fait d'être stockable ne compte pas parmi les caractéristiques des marchandises.
Une marchandise n'est pas non plus forcément soit un bien, soit un service, en dépit de ce que l’expression « biens et services » annonce implicitement.
Toute marchandise a cinq caractéristiques.

Caractéristique 1

Une marchandise a été mise en vente et n’a pas encore trouvé preneur.
Nos domiciles sont meublés d’objets qui ont été des marchandises et dont certains sont susceptibles de le redevenir. C’est bien entendu aussi le cas du domicile lui-même.
En revanche, la salade que le jardinier cueille pour sa consommation ou pour la donner à son voisin n’a pas été une marchandise faute d’avoir été mise en vente. Si la salade a été donnée, elle n’en est pas moins à ce moment là un terme d’échange marchand faisant l’objet d’un transfert.

Caractéristique 2 

Une marchandise est toujours le produit d’une dépense d’énergie humaine.
La caractéristique 2 est évidente pour le travail échangé contre un salaire. Ce travail, comme le travail bénévole, est toujours le produit d’une dépense d’énergie humaine. Or du travail, il en faut toujours, ne serait-ce que pour mettre en vente.
Une propriété ayant une valeur vénale et dont une personne a hérité n’a rien coûté à cette personne. Pour faire de cette propriété une marchandise, il faudra le temps de trouver un acheteur et d’aller jusqu’au terme de la transaction : il faudra inclure le travail de sa mise en vente. Tout travail, au sens par défaut de ce mot en science économique (épisode 9), est outillé et nécessite souvent d’autres fournitures que l’outillage proprement dit.

Caractéristique 3 

Une marchandise comprend toujours la fourniture d’un service et parfois d’un bien.
De nombreuses marchandises ne comportent aucunement la fourniture d’un bien. Mais aucune marchandise ne comporte que la fourniture d’un bien.
Banques et compagnies d’assurances vendent des marchandises tout aussi réelles que des constructeurs d’automobiles ou d’ordinateurs. La différence est que les prestations de services des entreprises du secteur dit « tertiaire » ne comportent pas la fourniture d’un bien comme dans les cas des entreprises du secteur dit « secondaire » ou « primaire ».
La marchandise primaire est le travail rémunéré (épisode précédent). Ce travail est toujours un service vendu à un employeur, y compris quand le rôle de l’employeur et le rôle de l’employé sont joués par le même individu (cas des travailleurs dits indépendants, entre autres ; même quand ils ne tiennent pas une comptabilité professionnelle distincte de leur comptabilité personnelle, des flux et des stocks distincts existent).

Quand on achète un terrain, une maison ou une machine, il est tout à fait acceptable dans la vie courante de considérer que la transaction n’a porté que sur un bien. En analyse économique, il en va différemment.

Diviser l’ensemble des marchandises en services d’une part et en biens d’autre part ne respecte pas la réalité. La prestation d’un vendeur est un service. La garantie qui fait partie de la vente d’une marchandise est une prestation de service. Les prix de vente s’en trouvent affectés. Tout comme dans la vie courante, il n’y a donc aucune nécessité théorique de classer les marchandises selon qu’elles comportent ou non la fourniture d’un bien. 

L’épisode suivant 

Caractéristiques 4 et 5 de toute marchandise.

DM & AL

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