127 - Mardi 27 avril 2010, épisode 24

La comptabilité économique

1. Le propre d'une comptabilité économique est d'enregistrer et de totaliser des valeurs d'échange marchand.

Ces valeurs sont exprimées sous la forme de quantités d'une même monnaie.

Soit D1 un décompte qui ne porte que sur des montants d'impôt ou de subvention. Soit D2 un décompte qui ne porte que sur des montants d'achats ou de ventes réputés hors taxes. D1 porte autant que D2 sur des valeurs d'échange marchand. D1 est tout aussi économique que D2.

2. L'un des instruments nécessaires à la tenue d'une comptabilité économique est assez souvent une « comptabilité matière ».

On appelle ainsi l'enregistrement de quantités physiques. Dans cet enregistrement se trouve toujours celui d'un stock départ et des quantités entrées par produit.

Quand l'enregistrement des quantités sorties s'y ajoute, le dispositif est dit constituer un « inventaire permanent ». Le comptage périodique des quantités en stock n'en reste pas moins nécessaire.

Sur la période du… au…, quelle quantité de ce produit a-t-elle été vendue ou consommée ? Seule une comptabilité matière fournit la réponse.

3. Il y a, en première analyse, autant de catégories de comptabilité économique que de niveaux d'observation économique.

Le niveau le plus global est celui de la « macronomie ». Une comptabilité nationale est macronomique. Une comptabilité régionale l'est également.

Le niveau intermédiaire est celui de la « mésonomie ». La comptabilité commerciale dite générale est mésonomique.

Le niveau le plus fin est celui de la « micronomie ». La comptabilité dite analytique est micronomique.

4. La comptabilité commerciale et la comptabilité publique sont deux des quatre catégories de comptabilité mésonomique.

Les deux autres sont la comptabilité associative et la comptabilité personnelle.

En toute rigueur, la comptabilité familiale est une comptabilité associative. Les transferts des revenus des parents à la cellule familiale y sont tenus pour implicites. Mais ils sont explicites quand Françoise et François tiennent séparément une comptabilité personnelle et ensemble une comptabilité familiale.

La distinction des catégories de comptabilité mésonomique est nécessaire. L'articulation d'une théorie générale de la comptabilité économique l'est également. Soit, par exemple, une disposition spécifique à la comptabilité commerciale. Elle est néanmoins de plus en plus appliquée en comptabilité associative et publique. Un manque de discernement s'en trouve répandu.

Plus à ce sujet

5. La théorie de la comptabilité macronomique a pour socle la théorie de la comptabilité mésonomique. 6. La théorie d’une comptabilité micronomique a pour socle la théorie de la comptabilité mésonomique. 7. La théorie de l’analyse financière a elle aussi pour socle la théorie générale de la comptabilité économique. 8. Une norme de comptabilité économique est, ou n’est pas, de bon aloi. 9. Un petit nombre d’énoncés paraît devoir suffire à l’articulation de la théorie générale de la comptabilité économique.

DM

Définition d'une comptabilité économique

Vous dites "le propre d'une comptabilité économique est d'enregistrer et de totaliser les valeurs d'échanges marchands". Dans une société commerciale, l'utilité première d'une comptabilité est de déterminer le montant du profit à distribuer aux actionnaires. Ensuite des normes comptables définissent quelques chiffres importants qui traduisent l'activité de l'entreprise.

La comptabilité publique ignore la valeur des échanges marchands. En effet, chaque dépense de l'Etat est comptabilisée comme une production de même valeur que la dépense à l'origine de cette production. De plus, l’État ne prétend pas que les services qu'il rend seraient évalués comme s'ils étaient des "échanges marchands". Selon votre définition, la comptabilité publique ne serait donc pas une "comptabilité économique".

Définition d'une comptabilité économique

Telle qu'a été mon expérience de plusieurs dizaines d'années en entreprises, j'ai pour ma part et comme bien d'autres vu dans la comptabilité dite commerciale, éléments de contrôle de gestion compris, d'abord l'instrument indispensable pour savoir où on en est. Historiquement, cette comptabilité a été longuement de tiers seulement : fournisseurs, clients. Progressivement, et surtout après la relativement récente invention du bilan, de mémoire autour de 1780 ou 1800 (la date exacte et le nom du découvreur se trouve dans l'encyclopédie Quillet... dont un exemplaire qui m'a beaucoup servi se trouve chez un des mes enfants à l'autre bout de la France).

Vous croyez pouvoir avancer que la comptabilité publique ignore les valeurs d'échange marchand. Dans cette comptabilité comme dans sa soeur commerciale, des salaires bien d'autres achats sont pris en compte. Ces salaires, comme partout ailleurs, sont la contrepartie d'un échange marchand. Leurs valeurs comptabilisées sont d'échange marchand. Leurs paiements procurent à leurs destinataires du pouvoir d'achat. Les autres achats sont à des prix qui constituent autant de valeurs d'échange, marchand puisque c'est en contrepartie d'une marchandise même quand il s'agit complètement d'un service tel que du nettoyage de bureaux ou les intérêts de la dette publique.

Comme les individus, les collectivités publiques n'existent pas que par et pour la pratique des échanges marchands. Il n'en reste pas moins qu'elles sont, comme les ménages, des échangistes à titre marchand. Une comptabilité publique est économique pour les mêmes raisons primordiales qu'une comptabilité de ménage l'est.

L'économie, telle que nouus la définissons, chapitres 1 et 2 de la section Science économique, est la pratique des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges -- des transferts de valeurs d'échange marchand, de pouvoir d'achat. C'est par définition que ces transferts ne peuvent être comptabilisés que sous la forme de la valeur d'échange qui a été transmise, par exemple du contribuable au Trésor public ou de ce dernier à qui vous voudrez d'autre.

Ce qui est choquant dans notre approche est que, dans la fameuse trilogie production - distribution - consommation, nous excluons la production et la consommation. Pourquoi, vous le trouverez en proposition 5 du chapitre 1. Fort probablement, votre malaise par rapport à ce qui vous a été appris ne va vraiment pas s'en trouver soulagé. Car c'est sur le chiffrage en unités monétaires de la production nationale que la comptabilité de même qualification est axée. Envisagez qu'on se passe de cette prétention et qu'on mette à la place du PIB le RG, revenu global dont une part est constituée par le revenu total du travail (dont celui des fonctionnaires) et l'autre part par les revenus des placements (dont les profits, tels que nous les définissons en proposition 1 du chapitre 6, font partie). Cherchez alors les vérités certaines qui s'en trouveront mises à l'écart pus considérez ce qui s'en trouvera nettement rapproché de la réalité que détermine non pas ce qu'on a par trop dit être l'économie mais ce qu'elle est en tant que pratique des échanges marchands et des transferts de valeurs d'échange marchand, pratique qui tient son homogénéité systémique au fait que parmi les échanges en général, dont ceux d'idées, il y a un sous-ensemble définissable d'échanges en contrepartie.

Cela ne fait pas du tout de l'économie une sphère dont les dons, les vols, les impôts, les successions, les allocations, bien d'autres subventions -- les transferts -- sont absents. Ils y sont présents chaque fois qu'ils portent sur le pouvoir d'achat procuré par les objets qui ont une valeur d'échange marchand, tels que les quantités de monnaie ou la maison héritée ou la collection ayant une valeur vénale léguée, etc. Des entités autres que des entreprises qui ne livrent qu'aux échanges marchands, de concert avec d'autres entités qui elles ne se livrent qu'à des transferts d'objets qui ont une valeur d'échange marchand, cela n'existe pas.

Par rapport aux considérations mal fondées, quant à l'analyse primitive des faits, sur la production et la consommation qui seraient toujours un acte économique (réfléchissez bien, c'est un point de vue qui conduit tout droit à l'économisme), la distinction entre échanges économiques et transferts économiques est conceptuellement et politiquement beaucoup plus utile. Jusqu'à quel point est-il socialement progressiste de réduire le champ des premiers, les échanges, pour étendre le champ des seconds, les transferts ?

Si vous vouliez que nous parlions un peu de ces choses par téléphone, faites moi connaître par secretariat@atlierpaulfabra.org un numéro et un moment ad hoc.

La compta nationale n'est pas une comptabilité

La comptabilité nationale comptabilise certains de ses achats. En particulier, les achats aux entreprises par l’État résultent évidemment d'échanges marchands. J’admets aussi que les versements de salaires résultent, eux aussi, d'échanges marchands. 
 
Mais nul ne peut savoir la valeur de la production de l’État. En effet, faute de marché, il est impossible de donner un prix à la valeur des services fournis par l’État. Ce prix est-il nul? Ou ce prix est-il le coût de production? L'économiste Rothbard soutenait que la valeur des prestations de l’État était nulle. Cette thèse de Rothbard ne peut pas être réfutée.
 
Vous écrivez "Car c'est sur le chiffrage en unités monétaires de la production nationale que la comptabilité de même qualification est axée.". Il n'est pas possible d'établir une comptabilité dans une ignorance complète de la valeur de la production de l'Etat. La comptabilité nationale n'est donc pas une comptabilité, au sens de la comptabilité des entreprises. Elle est seulement un enregistrement de versements et de paiements.

Notes à propos de la compta nationale

La comptabilité nationale n'est pas une comptabilité économique dès lors qu'on voit l'économie à partir d'une définition qui en soit une. Mais c'est un débat dont il faut se demander s'il est possible qu'il puisse déboucher sans se mettre d'accord sur la notion de production et, partant, sur son inclusion dans ou son exclusion du champ de l'économie définie.

La comptabilité publique comptabilise des achats. Tenons d'un côté l'objet comptabilité publique, d'un autre côté la cuisine idéologiquement assaisonnée dite de la comptabilité nationale. La comptabilité publique est aussi économique que celle d'entreprise ou de ménage.

La valeur d'échange marchand du principal ou de la totalité de la production d'une association non commerciale est, par définition, nulle alors que son utilité, ou valeur d'usage, peut être considérable. Mais nous vivons, par intoxication d'origine néoclassique, sous l'idée que tout ce qui a une utilité, et partant toute production car n'importe laquelle a utilité, a ou est susceptible d'avoir une valeur d'échange marchand.

Les fonctions régaliennes sont assumées au moyen de productions qui n'ont pas de valeur d'échange marchand. Ce constat n'implique rien, c'est le moins qu'on puisse en dire, qui contrevient à un ordre librement consenti par le corps social dès qu'il a suffisamment progressé en civilisation pour ce faire. En revanche, il fait apparaître ce que l'idée même de chiffrer cette production en unité monétaire, unité dont la raison d'être est l'échange marchand, a de mal pensée et de contrevenant, elle, à un ordre librement consenti.

En écrivant que c'est sur le chiffrage en unités monétaires de la production nationale que la comptabilité de même qualification est axée, je n'ai pas voulu signifier que j'approuvais cette orientation. Tout au contraire, je la désapprouve complètement à cause des constats rapportés dans les deux précédents paragraphes.

Valeur de la production des services de l'État

Une chose, un bien, un service peut avoir de la valeur. La question de la valeur en économie fut un long débat au 19e siècle. L'économiste Carl Menger proposa de définir la valeur comme le résultat d'un jugement individuel de préférence. C'est ainsi que la valeur d'une chose est subjective. Chaque individu donne une valeur différente à chaque chose.

L'économiste Rothbard énonça le concept de la "préférence démontrée". Un acheteur achète un bien à un certain prix. Pour lui, ce bien vaut plus que le prix qu'il verse au vendeur. Sinon, il n'aurait pas acheté. C'est la seule preuve objective de l'existence de la valeur d'une chose. L’acheteur achète a tel prix et le vendeur vend à ce prix. Cette préférence démontré existe lorsque l’acheteur a un choix.

Lorsque l’État fournit gratuitement les services de ses fonctions régaliennes, la question se pose de savoir quelle est la valeur de ce service rendu. Vous écrivez "Les fonctions régaliennes sont assumées au moyen de productions qui n'ont pas de valeur d'échange marchand. Ce constat n'implique rien, c'est le moins qu'on puisse en dire, qui contrevient à un ordre librement consenti par le corps social dès qu'il a suffisamment progressé en civilisation pour ce faire.".

Vous posez la question du consentement des citoyens. Il n'existe aucune preuve que chaque citoyen aura consenti aux impôts aux services rendus par l’État. Il n'existe non plus aucune preuve que chaque citoyen aurait consentit a l'existence et a l'autorité de l’État. Un bulletin de vote n'est pas un mandat. Un élu n'est donc mandaté par aucun électeur. Le Code électoral ne prétend pas que le mandat électif serait donné par les électeurs. Bien au contraire, le Code électoral stipule que le mandat électif est donné par le "peuple". Or la Constitution affirme sans preuve que l’État représenterait le "peuple". L'élu est donc un mandataire de l’État et non pas des électeurs.

Revenons maintenant à la question de la valorisation de la production des services rendus par l’État. Lorsque vous dites que "ce constat n'implique rien", j’entends que nous n'avons pas d'information à ce sujet. L'établissement d'une comptabilité, sans connaitre avec objectivité la valeur de la production, est contestable.

Positions de base de l'Atelier sur la valeur et plus

Toute chose a une utilité, ou valeur d’usage. En distinguant cette valeur de celle d’échange, marchand comme Michaut ne manque presque jamais de le préciser, Adam Smith a beaucoup fait progresser la question de la valeur. Puis est venue l’école néoclassique dont Carl Menger fut l’un des fondateurs. La distinction en a été comme floutée.

L’Atelier ne reprend pas cette atténuation, bien proche de la répudiation. La valeur d’usage, universelle, est une chose de largement à complètement subjective. Les valeurs d’échange des marchandises en sont une autre, fort souvent indépendante comme Ricardo l’a établi sans, après les coups de canon tirés par Marx, être suivi – ce qui a été fait par escamotage de sa distinction entre marchandises (composées comme Michaut propose à juste titre de les qualifier) à proprement parler rares et reproductibles à volonté par l’industrie humaine.

Comme vous le savez, le cas général est devenu la marchandise rare alors que Ricardo y voyait à juste titre l’exception qui confirme la règle. Le très grand désordre dans lequel l’économie de marché a été mise vient beaucoup de là. On ne peut pas vraiment comprendre ce qui, à contre courant, se travaille à l’Atelier sans en tenir compte.

Je ne crois vraiment pas qu’on puisse dire qu’un client qui achète le fait par ce qu’il estime la valeur de ce qu’il se procure supérieure au prix. Tout au moins pour l’acheteur final, cette valeur est d’usage. Smith et Ricardo ont eu raison de faire remarquer, par un fameux exemple sur le diamant et l’eau, que la valeur d’usage qui décide l’acheteur en fonction de ses besoins ou fantaisies n’est pas commensurable avec la valeur d’échange en contrepartie d’une autre marchandise (troc) ou d’une quantité de monnaie. L’Atelier s’y tient et pour ma part je considère que c’est impératif en économie politique objective.

Vous dites « Lorsque l’État fournit gratuitement les services de ses fonctions régaliennes, la question se pose de savoir quelle est la valeur de ce service rendu. » La question se pose de savoir quelles sont ses utilités et éventuelles désutilités. Hors aberrations dans la quelle la comptabilité nationale plonge, la question ne se pose pas de savoir quelle est la valeur d’échange marchand de ces prestations pour la simple raison qu’elles n’en ont pas, de cette valeur .

L’établissement d’un PIB est plus que contestable : elle est un tour de passe passe. J’ai moi-même résisté à l’idée que l’évolution du RG, revenu global, somme du revenu total du travail et du revenu total des placements (dernière formulation heureuse de Michaut), suffit complètement à instruire deux questions. La population de ce pays est-elle en train de devenir plus prospère et moins prospère ? Les poids respectifs des dépense publiques, de la dette publique et des impôts sont-ils à la hausse, stables ou à la baisse ?

On peut même soutenir avec de bons arguments que la base 100 du PIB, plus grande par construction que celle du RG, est mensongère. Après avoir résisté à ce douloureux constat pour les élus en général, je m’y rends… avec prudence dans mes déclarations publiques parce que les corps intermédiaires, médias compris, ne sont pas encore prêts à supporter cette chanson.

Car je suis élu et, en tant que tel, je ne peux pas laisser passer sans protestation votre affirmation que l’élu siégeant au Parlement ou exerçant la fonction de Maire n’est pas un mandataire de ses électeurs. Qu’il ne se conduise pas toujours ainsi est une affaire entendue, ô combien ! Qu’il doive se conduire comme ça est cependant une affaire tout aussi entendue par les électeurs et il est bon qu’il en aille ainsi : quand j’envoie quelqu’un faire une commission ou n’importe quoi d’autre, ce n’est pas pour qu’il n’en fasse qu’à sa guise ou à celle d’un fournisseur, l’administration publique en l’occurrence.

Les preuves que les citoyens consentent à l’impôt sont comme le nez dans la figure. Votre négation, elle-même étayée par aucune preuve, me donne à penser que vous n’avez pas fait, en tant que candidat, une campagne électorale puis que vous avez tenu permanence, en tant qu’élu. Car si vous l’aviez fait, vous auriez accumulé les attestations du fait que les contribuables ne remettent pas en cause le principe de l’impôt mais, ce qui ne revient pas du tout au même, des applications faites de ce principe.

Peut être estimez-vous que les fonctions régaliennes dont Michaut a fait état sont inutiles, voire néfastes. Mais alors allez jusqu’au bout : toute association non commerciale, famille comprise, n’a pour raison d’être que d’opprimer et de faire en sorte que ses patrons, pour ainsi dire, vivent au crochet de leurs membres. Je puis vous garantir que ce n’est pas du tout dans cette direction qu’on s’efforce à l’Atelier Paul Fabra d’œuvrer.

Si vous n’avez pas lu les premiers chapitres de L’Anticapitalisme de Fabra, faites-le. On en trouve encore des exemplaires par Internet sur bien des sites, dont ceux spécialisés en livres d’occasion. Croyez-moi, c’est plus solide, beaucoup plus solide, que du Rothbard.

 

Valeur d'échange, consentement à l'impôt

La valeur d'échange d'une chose est le prix qu'a payé un utilisateur pour l'acquérir. La "valeur d'usage" de cette même chose n'existe que pour son utilisateur. Cette valeur d'usage est subjective. Cette valeur d'usage provient d'un jugement de préférence de cet "utilisateur". Ce jugement de préférence provient d'une comparaison entre la chose et une autre chose. Un jugement n'est pas un nombre. Mais grâce aux comparaisons avec la monnaie, cette valeur d'échange peut être égale à un nombre. Je ne crois pas être en désaccord avec vous sur la différence entre la valeur d'usage et la valeur d'échange.

 
A la caisse du supermarché, le client préfère évidement le contenu de son caddie plutôt que le billet de 50 euros au fond de sa poche. Le client donne à la caissière le billet de 50 euros et y trouve un avantage. La valeur d'usage des marchandises achetées est donc, pour lui, supérieure aux 50 euros. En payant le client, démontre avec certitude qu'il préfère la marchandise plutôt que le prix payé. Je suis donc surpris par votre phrase "Je ne crois vraiment pas qu’on puisse dire qu’un client qui achète le fait par ce qu’il estime la valeur de ce qu’il se procure supérieure au prix.". Vous dites ensuite, "Tout au moins pour l’acheteur final, cette valeur est d’usage. ". Oui, pour le client final, la valeur de la marchandise achetée est sa valeur d'usage.
 
Vous me répondez aussi sur la question du mandat d'un élu. Le Code Civil définit, sur plusieurs pages, la nature d'un mandat ordinaire. Un mandat est une forme particulière de contrat. Un mandant donne à son mandataire une mission à exécuter.  Je donne un mandat à un mandataire afin qu'il aille récupérer ma lettre recommandée au bureau de Poste. De même, un actionnaire donne, au Directeur Général d'une société commerciale, la mission de gérer au mieux l'argent qu'il lui confie. Le Directeur Général de la société est le mandataire social de la société. Chaque actionnaire lui donne un mandat de gestion. Chaque acte de gestion exécuté par le Directeur Général est fait au nom de chaque actionnaire. Les actionnaires sont unanimes sur ce point.
 
Un bulletin de vote n'est certainement pas un mandat au sens du Code Civil. Il s'ensuit qu'un élu n'est pas mandataire d'aucun électeur, au sens du Code Civil. Le Code Électoral confirme cette analyse juridique. En effet, le Code Électoral ne stipule jamais que le mandat électif proviendrait d'un quelconque électeur. Bien au contraire, le Code Électoral stipule comment le mandat électif est organisé par l'État, est définit par l'État, est rémunéré par l'État. On peut légitimement en déduire que le mandat électif est donné par l'État à l'élu. L'élu reçoit son pouvoir de l'État, et non pas directement du peuple. 
 
Ensuite, à mes critiques sur l'existence d'un consentement, vous me répondez que les citoyens consentent au principe de l'impôt. Plusieurs méthodes seraient imaginables pour découvrir s'il existerait, ou n'existerait pas, un tel "consentement des citoyens" à payer l'impôt. 1. faire un sondage Sofres en poser cette question du consentement à l'impôt. 2. permettre aux citoyens de ne pas payer l'impôt. 3. faire une referendum sur cette question. Mais, dans aucun de ces cas, vous n'obtiendrez un consentement unanime au principe de l'impôt. L'unanimité est, à mon avis, une exigence essentielle à la liberté.
 

La valeur est un bon sujet pour s'entraîner à être conséquent

En premier lieu, nous nous rendons à l'évidence que le contenu d'un caddie de supermarché a une valeur d'usage, ou utilité. Presque tout, pouvant ou non donner lieu à un échange marchand, a une telle valeur. Presque tout car il y a, en effet, une exception : les euros laissés à la caisse pour acheter le contenu du caddie. Leur valeur d'usage est réduite à leur valeur d'échange marchand : voir Science économique / La marchandise et là particulièrement la proposition 2.6.

En deuxième lieu, nous croyons pouvoir tenir le raisonnement suivant – je vous cite gdm, en ajoutant un numéro à vos trois arguments – : « 1 À la caisse du supermarché, le client préfère évidement le contenu de son caddie plutôt que le billet de 50 euros au fond de sa poche. 2 Le client donne à la caissière le billet de 50 euros et y trouve un avantage. 3. La valeur d'usage des marchandises achetées est donc, pour lui, supérieure aux 50 euros. »

Le 1 n'est que façon arbtraire de parler. Que le client préfère ce qu'il veut, ça le regarde. Le fait objectif est qu'il ne peut devenir honnêtement propriétaire du contenu du caddie qu'en déboursant 50 €.

Le 2 n'est aussi que façon arbitraire de parler. Outre que le client ne donne pas mais échange, ce qui ne revient pas au même, la notation «  y trouve un avantage » est pour rattraper une explication dominée par la subjectivité des échangistes à titre marchand. Les 50 € sont des prix d'achat du magasin augmentés d'une marge pour, entre autres choses, payer la caissière et dégager un bénéfice qui permettra de rémunérer le capital (Science économique / Le capital) participant au financement de l'entreprise qui exploite ce magasin.

Le 3 est, à raison de son « donc », un paralogisme (une faux raisonnement fait de bonne foi) ou un sophisme (un faux raisonnement généralement de mauvaise foi). La valeur d'usage du contenu du caddie, que ce soit aux yeux du client ou de n'importe qui d'autre, n'est pas quantifiable dans une unité commune à tous les articles qui composent le contenu du caddie, ainsi que d'une façon plus générale à tout ce qui a une valeur d'usage et qui ne se réduit pas à une valeur d'échange marchand comme c'est exclusivement le cas pour la monnaie. Cette valeur d'usage, outre qu’elle est éminemment subjective comme gdm en prend acte ainsi que que variable non seulement d'un client à l'autre mais aussi pour la même personne d'un jour à l'autre – cette valeur d’usage, disé-je, est incommensurable avec la valeur d'échange que les 50 € constituent. Affirmer que la valeur d'usage du contenu du caddie est supérieure (ou égale) à la valeur d'échange de ce contenu est tenir fallacieusement ces deux valeurs pour commensurables et passer outre au fait que la valeur d'usage d'une monnaie ayant cours est réduite à sa valeur d'échange. CQFD.

Si vous voulez bien nous suivre jusqu'à ce que l'argumentation de Science économique / Les prix soit montée sur le site, vous aurez en main la preuve que le contenu du caddie a une valeur d'échange objective.

Bien sûr qu'il faut à un chaland des motifs pour se porter acheteur. Bien sûr que les relations marchandes sont des relations humaines avec ce que tout cela implique. Mais la science économique est, comme exposé en Science économique / L'économie, l'étude de ce qui est spécifique à la pratique des échanges marchands et des transferts de propriétés qui ont une valeur d'échange marchand. Les motifs du chaland pour se porter acheteur ne sont pas spécifiques à cette pratique car s'y trouve un mélange dont personne ne peut faire certainement le tour car cela échappe à toute science objective (Karl G Jung a bien démontré ce point). Les relations humaines dans lesquelles les relations économiques s'insèrent sont elles aussi non spécifiques à la pratique des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges.

L’économie politique objective n’a dans son champ ni l’étude des comportements individuels ni celle de la condition humaine. Pour cela, il y a d’autres disciplines qui : 1) comme toute chose je le répète, ont leur valeur d’usage, c’est-à-dire leur utilité, 2) sont dans l’incapacité de produire de la réfutation recevable de ce que l’économie politique objective révèle du réel et du réalisable, 3) peuvent être dans l’incapacité de tenir compte de cette révélation car cela les écroulerait. Dans ces autres disciplines, il y a les économies politiques subjectives, particulèrment exposées aux états 2) et 3).

Si je ne parviens pas à suffisamment bien assimiler ces points, qui sont méthodologiques (= épistémologiques), jusqu’à les garder constamment présents à mon esprit, je ne comprends pas comment l'économie politique objective, alias pour nous « la science économique » tout court et au singulier, peut être articulée.

Y réfléchir avec assez de connaissance de l'histoire de la pensée économique conduit d’abord à nous plaindre ; puis à chercher ce qu’on peut faire de positif en faveur de ce que nous avons entrepris. L'économie politique classique d’avant Marx n'a pas suffisamment usé de la discipline de la définition (Science économique / L'économie / 1.1) pour assez complètement franchir le seuil qui fait entrer en science économique, alias l'économie politique objective. Après la critique de Marx et sa tentative inaboutie de reconstruction, l'économie politique néoclassique, puis à sa suite la macroéconomie keynésienne, ont fait pire, bien pire : elles sont construites sur les primats de la subjectivité et de la mathématisation en bâclant l’analyse primitive du réel objectif, ce qui l'a fait basculer dans le mathématisme, le scientisme, l'économisme où les affaires de mœurs (mariages, divorces, délits, entre autres) relèvent des catégories des prétendues sciences économiques – c'est un fait vérifiable non seulement à la lecture des revues spécialisées et aux thèmes des travaux que le Nobel d'économie a distingué depuis qu'il existe mais aussi à l'emploi d'expressions qui font florès telles que par exemple « marché électoral », « entreprise France », « économie de la connaissance », « économie de la santé ».

Dans ces conditions, c'est actuellement et peut être pour longtemps encore ramer complètement à contre-courant que de s'échiner à faire franchir à la pensée économique la plus enseignée les barrages qui la tiennent éloignée du transbordement de ses fondamentaux dans une embarcation dont la coque soit une science exacte. Rien que de prononcer ces deux derniers mots à propos d'économie a de quoi vous faire ranger parmi les zozos dont il ne faut pas parler de ce qu'ils s'efforcent de faire, y compris dans les milieux qui se veulent les plus authentiquement libéraux, socialistes, centristes, philanthropes, etc.