142 - Vendredi 24 septembre 2010, épisode 39

Le jeu boursier est-il perfectible ?

Les épisodes 39 et 40 de notre feuilleton de science économique ouvrent une piste que les développements sur le profit, à suivre, exploreront plus avant.

Définition du capital, 8/10

Appelons « actions négociables » celles dont le mode de liquidation le plus usuel est leur vente à un repreneur.

1. Les actions cotées en bourse sont celles dont la négociabilité est la plus ouverte.

La liquidation d’actions négociables non cotées est, en règle générale, plus difficile.

Cette difficulté est considérablement accrue quand il s’agit de participations minoritaires non rémunérées. Ce cas est souvent celui de sociétés qui ne le sont qu’en droit : le copropriétaire majoritaire et chef de l’entreprise use de limitations statutaires de la cessibilité des parts sociales, ainsi que de pouvoirs en blanc, afin que l’entreprise reste, en fait, en nom propre.

Ce travestissement a pour pendant les sociétés par actions restituables dont les dirigeants ont mis en sommeil le mode de liquidation propre à cette sorte de copropriété et, ceci va avec cela, le service du dividende.

2. La publicité de la valeur exploitée par action renforce le lien entre cette valeur et le cours de cette action.

Actuellement, le nombre d’actions, généralement au côté de celui du « volume » (nombre de titres échangés sur une période), figure bien dans les cotes publiées. Mais ni le montant du capital exploité, tel qu’il est au passif du bilan d’ouverture de l’exercice en cours, ni le quotient de la division de ce montant par le nombre d’actions ne s’y trouvent. Rien n’est fait pour que la valeur exploitée par action (4 de l’argumentation de la proposition 4.1.6) soit le niveau vers lequel la négociabilité d’une action cotée ramène son cours chaque fois que ce dernier s’en est sensiblement éloigné.

Supposons en vigueur la publicité de cette valeur. Supposons également en vigueur la publicité du taux de dividende par rapport à cette valeur. Les comparaisons objectives que ces deux publicités constituent renforcent tôt ou tard deux tendances. L’une, due à la concurrence mieux organisée des entreprises sur le marché du capital, est la moindre dispersion des dividendes par rapport aux valeurs exploitées correspondantes. L’autre, due à la négociabilité en bourse elle-aussi mieux organisée, est le renforcement du lien organique entre le cours d’une action et la valeur exploitée de cette action.

3. La capitalisation boursière d’une société est égale au produit du cours de son action par le nombre de ses actions.

Dans les lexiques dont sont maintenant pourvus les sites internet dédiés à la bourse « enfin facile », on trouve à « valeur actionnariale » l’énoncé « création de valeur par l’entreprise ». Cette dernière est dite aussi  « création de valeur pour l’actionnaire ». Il s’agit principalement de la plus-value, comme par ailleurs la très insistante mise en avant de la capitalisation boursière en atteste : ses indices (CAC 40, Dow Jones, etc.) sont devenus, les seules grandeurs économiques aussi largement publiés et commentés du lundi au vendredi toute l’année durant !

Plus-values et rendements jouent inévitablement un rôle sur les sous-ensembles du marché du capital que les marchés d’actions constituent. Ces rôles sont tout aussi inévitablement subordonnés l’un à l’autre. Quand, en règle générale, la recherche de la plus-value est dominante, le rôle du rendement est auxiliaire et inversement.

Laquelle de ces deux dominations est, en règle générale, préférable à l’autre ? Comment la faire prévaloir ? On aimerait que les partisans de la « refondation du capitalisme » se prononcent sur ces questions. Mais, sans une vision qui a pour sous-ensembles cohérents les théories renouvelées de l’entreprise, du capital, du profit et de l’emploi, un réalisable manque pour le faire.

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4. Les plus-values sont des transferts.
5. Le procédé des stock options n’a pas cours en économie de plein-échange.
6. D’autres techniques financières n’ont pas cours en économie de plein-échange.
7. Quelles actions, restituables ou négociables, sont les plus favorables à la déconcentration, la désintermédiation et la rentabilisation de la copropriété d’entreprise ?

DM