180 - Vendredi 13 juillet 2012

Jusqu’à quand la crise va-t-elle durer ?

Les synthèses, surtout en peu de paragraphes, sur l’histoire des faits économiques de ces dernières décennies ne sont pas si fréquentes pour considérer comme de routine celle qui fait prédire à Jean-Marc Vittori : « Voilà pourquoi la crise va se prolonger bien au-delà de trente ans ».

Nous recommandons d’autant plus la lecture de cet article qu’il incite à s’interroger avec du recul sur les survenances de nature à mettre fin à cette crise multi décennale, née avec la suspension, le 15 août 1971, de la convertibilité en or du dollar (convertibilité restreinte par les accords de Bretton Woods à des banques centrales ayant accumulé du dollar). Ce recul aide à voir qu’il n’est pas évident du tout que les effets les plus ravageurs du dérèglement qui depuis les années 1970 tient lieu d’ordre monétaire international ne pourront être résorbés par le simple biais d'une rénovation monétaire et transocéanienne. Jugeons-en au cas de la zone euro.

Discipline budgétaire et relance

Dans la problématique à laquelle la zone euro est confrontée, la discipline budgétaire et la relance viennent au premier rang. Cela ne procède pas d’une illusion collective dans lequel le Vieux Continent se laisse piéger par le Nouveau Monde. Des solutions victorieuses apportées en Europe, à compter de cette année et sur les décennies à suivre, dépendra pour bonne part le cours de l’histoire mondiale non seulement monétaire mais aussi plus largement économique et géopolitique. Les Américains le sachant, ils ajustent en conséquence leurs manœuvres ouvertes, ainsi que fort probablement secrètes, pour renoncer le plus tard possible aux privilèges exorbitants que leur confèrent les coups de force dont le statut actuel du dollar procède.

Des deux problèmes, celui de la discipline budgétaire et de la relance, c’est sur ce dernier que les changements les plus décisifs sont possibles et nécessaires. En arriver à des dépenses publiques de fonctionnement délibérément et constamment maintenues nettement inférieures au produit des impôts ne se pourra qu’à une condition. Il faudra, cela n’est pas davantage une illusion d’optique, qu’une vraie solution durable du problème de la croissance européenne aille de pair avec la nouvelle discipline budgétaire européenne.

Principe actif de la relance durable

Répétons le, jusqu'à ce que ce soit vraiment entendu. Le principe actif, comme on dit en médecine, de la solution durable du problème de la relance est la rémunération effective du placement en capital, pour des raisons exposées sur le site de l’Atelier Paul Fabra (au plus court, en section Politique économique). Des centaines et des milliers de milliards d’euro de chiffres d’affaires supplémentaires sont d'autant plus solidement établis qu'ils proviennent de placements de l’épargne des ménages européens dans du nouveau capital social émis par des entreprises européennes.

Et pourtant, nos clairvoyants experts des banques centrales cherchent à relancer l'économie en baissant les taux. L'expérience du Japon dans ce domaine, soutenu pour ce faire par la Fed, ne leur a donc rien appris.

L’économie de marché à crédit est impuissante à revenir structurellement au plein-emploi et à la stabilité des taux de change. Il est amusant de relever les critiques actuelles portées à l'économie capitaliste au moment où cette dernière est devenu non pas capitaliste mais créditiste. Le capitalisme, quant à lui, est attaché un haut taux de capitalisation des entreprises — au rebours du créditisme qui se fonde sur le moins possible de capital et donc le plus possible de crédit. En capitalisme véritable, les prêts des banques deviennent financés à plus de leur moitié par une fraction de leur capital, capital pleinement rémunéré et détenu par des particuliers. Ceci change considérablement les conditions dans lesquelles, par de la création monétaire trop débridée, se gonflent les bulles pourvoyeuses de désastres pour la plus grande partie des populations concernées, notamment en matière de logement mais aussi plus généralement de pouvoir d’achat et d’emploi.

Jusqu’à ce que les sourds entendent et admettent

Il n'est pas exclu que le nombre de décennies de la crise en cours se révèle avoir été celui qu’il aura fallu pour que nos experts se rendent à la solution la plus saine et efficace du problème de la croissance en zone euro : la distribution complète des bénéfices des entreprises ; l'imposition de ces bénfices seulement auprès de ceux à qui ils sont distribués ; la publicité des rendements des placements en capital proprement dit ; d’autres réformes favorables à l’instauration d’une économie de plein-échange. Là il est adroit de passer outre à l’américanisme ambiant, surabondant et caricatural en France.

Puisque nous sommes européens, dépensons-nous afin que ce soit d’abord en Europe que ce grand changement prenne corps, sans nous lasser de répéter au besoin pendant plusieurs dizaines d’années encore les mêmes refrains, jusqu’à ce que les tenants de l’orthodoxie économique et du succès à l’arraché de l’euro les écoutent, les admettent et les mettent en application.

DM, AL