L'Anticapitalisme : le profit dans le schéma général de l'échange

 

Extraits du chapitre 6, Le profit dans le schéma général de l’échange

[7 paragraphes après le début de ce chapitre, après un premier membre de phrase pour transition :]

[« … sous peine de nullité, l’explication du profit doit être globale, c’est-à-dire valoir dans toutes les hypothèses, aussi bien dans celle des coûts croissants, constants et décroissants. Il ne sert à rien – je dirai davantage : il n’est pas honnête – de soutenir que le profit ne fait son apparition que par différence : que le salaire étant égal au produit marginal du travail, un profit ne se dégage que dans le cas où le produit marginal est inférieur au produit moyen (hypothèse du coût croissant) ; une théorie qui ne vaut que sous cette condition est radicalement insuffisante pour expliquer le phénomène le phénomène le plus important, non seulement du capitalisme, mais de toute économie accumulatrice de capital, et cela indépendamment de la propriété juridique des moyens de production. Ce qui montre la légèreté de l’école marginaliste, c’est la façon cavalière dont elle traite ce phénomène : tantôt elle laisse entendre que la valeur du « produit marginal » inclut le profit, tantôt qu’elle ne l’inclut pas. Quel que soit le parti qu’elle prend, elle est obligée de se livrer à de pénibles contorsions pour introduire in fine le profit dans un système qui ne l’implique pas par construction. De ces ingénieuses mais inopérantes manœuvres de rattrapage, l’œuvre de Milton Friedman, considéré comme le représentant le plus pur du néo-libéralisme (New New Economics !) fournit l’illustration le plus extrême. !Que la théorie marginaliste, enseignée officiellement dans toutes les universités d’Occident, n’offre pas d’explication du profit, et en soit réduite à voir en lui un « résidu » qu’on attribue à un facteur aussi vague et subjectif que la « faculté entrepreneuriale » (entrepreneurial capacity) », en dit long sur son inaptitude à rendre compte des phénomènes économiques et, par conséquent, à servir d’instrument de pensée pour guider l’action.

« Ce n’est pas à dire … que cette faculté entrepreneuriale joue un rôle mineur. Son rôle est déterminant pour le progrès économique. Réciproquement, elle se développe avec le maximum d’efficacité dans un système fondé sur le mécanisme de l’échange. »

[24 pages plus loin] :

De quoi dépend le taux de profit

Qu’est-ce qui détermine en définitive le taux moyen de profit dans une société donnée à un moment donné ? J’ai déjà, fera-t-on remarquer, implicitement répondu à cette question. À la suite de maints autres exégètes de Ricardo, j’ai fait dépendre le taux de profit de la proportion selon laquelle est partagé le revenu brut. Nul doute que cette interprétation soit juste [mise en gras de DM] mais elle laisse sur notre faim d’explication. [4 longs paragraphes après :] Si, par exemple, il faut dix ans pour renouveler complètement le stock-capital, le taux de profit s’établira autour de 10 % [italiques de l’auteur ci-après] et c’est ce taux qui déterminera par récurrence la proportion selon laquelle s’effectuera le partage du revenu brut (comme je l’ai déjà montré [ci-dessus] en raisonnant sur un exemple ultra-simplifié).

[DM – Cette contradiction est une preuve que ce raisonnement « sur un exemple ultra-simplifié » (une cueilleuse de fruits totalement automatique) est paralogique, tout comme cette façon d’enquêter sur le réel n’est pas méthodologiquement recevable. Si Ricardo a « fait dépendre le taux de profit de la proportion selon laquelle est partagé le revenu brut », il a eu tort et sa théorie de la répartition est défectueuse. Pourquoi ?

[C’est simple à énoncer, plus long à étudier de près. Le profit étant un élément des revenus de placement et le revenu total des placements étant un déterminant de la répartition du revenu global (chapitre 8), le profit n’est pas déterminé par cette répartition.

[Paul Fabra des années 1970 s’est trompé en voyant « une reconstitution qui s’effectue grâce au profit ». Les profits sont des revenus de placement au même titre que les intérêts perçus par les épargnants. Ils ne reconstituent rien. Ils rémunèrent un service, comme parallèlement un salaire rémunère un service. C’est cette fonction de revenu des profits et la rétroaction EPCE (chapitre 7) qui, en économie de plein-échange, règle la hauteur du taux moyen de profit sur capital « dans une société donnée et à un moment donné ».

[Cela n’empêche pas que Paul Fabra a fait franchir un seuil à l’économie politique objective, ou science économique au singulier, sur le profit. Tant que ce dernier n’est pas vu pour la contrepartie marchande d’une mise en capital, autrement dit comme le terme d’un échange marchand, la recherche ne porte pas sur ce qu’il y en économie de principal marchand qui régule et est régulé par le profit, ou est susceptible de réguler et d’être régulé par lui pour davantage de bien commun. C’est alors fort dommageable car dans ce principal marchand il y a l’emploi procurant les revenus du travail.

[À partir de 1985 au moins, Paul Fabra a tenu ce dernier point pour ce qu’il est : de la plus haute importance. Ses deux recueils de chroniques, Le Diable et le chômage (1998, chroniques écrites de mars 1985 à décembre 1997), et Le capitalisme sans capital (2010, chroniques écrites de janvier 2000 à décembre 2009) en attestent, comme en atteste son livret d’une cinquantaine de page : Capitalism with Capital : the Recipe for Full Employment.

[Ces publications attestent que Paul Fabra a pris position sur le maximum de profit comme sur « la création de valeur pour l’actionnaires » : ce sont des postulats de théorisation et d’action qui, enfreignant le principe aristotélicien et ricardien de l’égalité de l’échange, éloignent de l’économie de plein-échange et, partant, de plein-emploi.]