L'Anticapitalisme : l'étrange philosophie de Walras

Extrait du chapitre 3, L'économie libérale est-elle individualiste ?

L'étrange philosophie de Walras

En réalité, l’économie politique a cessé de se donner comme objectif le bien-être social à la fin du XIXe siècle avec Walras qui ne reconnaît de loi, dans l’univers économique, que celle dictée par la subjectivité. C’est lui qui écrit [1] cette phrase étonnante qui constitue l’expression même de l’individualisme bourgeois : « La distinction entre la valeur d’échange, fait relatif et objectif, et la rareté, fait absolu et subjectif, est l’expression rigoureuse de la distinction entre valeur d’échange et la valeur d’usage. »[2]

Ainsi pour Walras et son école, dans laquelle on doit ranger tous les économistes « occidentaux » de notre époque, le fait absolu autour duquel doit toute la vie économique doit s’ordonner, c’est la subjectivité. Comment une société peut-elle s’établir dans un monde où ce qui est contingent n’est pas ce qui est individuel et tient au caractère de chaque sujet, mais dans ce qui tient aux rapports des individus entre eux ? C’est ce que notre auteur ne nous dit pas, ou plutôt nous dit mal. Professant une telle idéologie – se réclamant bien sûr de la rationalité économique qu’en réalité elle trahit complètement - notre société est à la fois uniforme et cacophonique comme le serait une pièce de théâtre ou tous les personnages s’appelleraient « Moi  », et crieraient tous en même temps Moi, Moi, pareils aux enfants des petites classes qui répondent tous simultanément à l’appel de leurs noms.

 


[1] Treizième leçon de ses Éléments d’économie politique pure, intitulée De la mesure, de la valeur et de la richesse.

[2] C’est moi qui souligne (fait relatif et objectif vs fait absolu et subjectif).