C101 - Autres considérations initiales de méthode

1. Le principe de la recherche de la vérité est simple.

Une théorie est une suite d’énoncés qui expriment une relation entre plusieurs termes. Autrement dit, une théorie est une suite de propositions. Une proposition qui décrit un aspect du réel est vraie quand cette description est conforme aux faits. Une théorie, si partielle soit-elle, est elle-même complètement vraie quand aucune de ses propositions n’est contredite par une proposition vraie, que cette dernière fasse ou non partie de la théorie exposée.

Karl Popper a fait figurer Un complément à la critique du relativisme (1961) à la fin de La société ouverte et ses ennemis.[1] On y lit : « La principale maladie philosophique de notre temps est le relativisme intellectuel et le relativisme moral qui, au moins pour une part, en découle. Par relativisme, ou scepticisme si l’on préfère ce terme, j’entends la doctrine selon laquelle tout choix entre des théories rivales est arbitraire : soit parce que la vérité objective n’existe pas ; soit parce que, même si l’on admet qu’elle existe, il n’y a en tout cas pas de théorie qui soit vraie, ou (sans être vraie) plus proche de la vérité qu’une autre ; soit parce que, dans les cas où il y a deux théories ou plus, il n’existe aucun moyen de décider si l’une est supérieure à l’autre. / … / Certains des arguments invoqués à l’appui du relativisme découlent de la question même : « Qu’est-ce que la vérité », à laquelle le sceptique convaincu est sûr qu’il n’y a pas de réponse. Mais, à cette question, on peut répliquer d’une façon simple et raisonnable – qui ne satisferait probablement pas notre sceptique – qu une affirmation ou un énoncé sont vrais si, et seulement si, ils correspondent aux faits.[2] / Que veut dire « correspondre aux faits » ? Bien qu’un sceptique ou un relativiste puisse trouver aussi impossible de répondre à cette question qu’à la précédente, c’est en réalité aussi facile et même presque banal. Par exemple, tout juge sait bien ce qu’un témoin entend par vérité : c’est justement ce qui correspond aux faits. / … / Il faut distinguer nettement entre savoir ce que signifie la vérité et avoir un moyen, un critère, pour décider si un énoncé est vrai ou faux. / … / La plupart d’entre nous ne connaissent pas les critères qui permettent de savoir si un billet de banque est authentique ou faux. Mais, si nous trouvions deux billets portant le même numéro, nous aurions de bonnes raisons de déclarer que l’un des deux [au moins] est faux : assertion qui ne serait pas privée de signification par l’absence d’un critère d’authenticité. / … / C’est, à mon avis, l’exigence d’un critère de la vérité qui a fait croire à tant de philosophes qu’il était impossible de répondre à la question : « Qu’est-ce que la vérité ? ». Mais l’absence de ce critère ne rend pas la notion de vérité dénuée de sens, pas plus que l’absence d’un critère de la bonne santé ne rend dénuée de sens la notion de santé. En l’absence de tout critère, un malade peut chercher à retrouver la santé, et un homme qui s’est trompé rechercher la vérité. / Un des résultats directs des travaux de Tarski sur la vérité est le théorème logique : il ne peut y avoir de critère général de la vérité. Ce théorème est fondé, et il repose sur la notion même selon laquelle la vérité est la correspondance avec les faits : c’est-à-dire sur une notion pour laquelle nous n’avons pas de critère. L’exigence déraisonnable des philosophies du critère, si on l’avait respectée en l’occurrence, nous aurait empêchés à jamais d’aboutir à ce résultat logique – qui est d’une grande importance. / … / Certes, il y a dans le scepticisme et le relativisme un fond de vérité, à savoir qu’il n’existe pas – en effet – de critère général de la vérité. Mais on n’a pas le droit d’en conclure que le choix entre des théories rivales est arbitraire. Cela veut simplement dire que nous pouvons nous tromper dans ce choix : que nous sommes faillibles. / … / C’est une illusion de croire à la certitude scientifique et à l’autorité absolue de la science ; la science est faillible parce qu’elle est humaine. Mais cela ne donne pas raison au scepticisme ni au relativisme. Nous pouvons nous tromper, certes ; il n’en résulte pas que le choix que nous faisons entre plusieurs théories est [nécessairement] arbitraire, que nous ne pouvons apprendre, et nous rapprocher de la vérité. »

Début 2008, Raymond Boudon a enrichi la collection encyclopédique Que sais-je ? des Presses Universitaires de France par Le relativisme [3]. Le constat qu’il n’y a pas de critères généraux du vrai et de la scientificité y est exposé, avec une référence philosophiquement plus prestigieuse et didactiquement plus savoureuse à colporter que celle utilisée par Popper dans l’extrait ci-dessus cité. Boudon le fait dans un passage [4] qui vaut d’être complètement cité (les notes de bas de page sont des ajouts pour le besoin de la présente citation, les soulignements sont le fait de l’auteur de ce texte) :

« Deux arguments principaux peuvent être opposés au relativisme cognitif. [5]

1 / Comme l’indique Kuhn,[6] la sélection des idées scientifiques fait apparaître sur le court terme l’action de facteurs irrationnels. Cela n’exclut pas que, sur le long terme, cette sélection soit rationnelle. Lavoisier a objectivement raison contre Priestley, même si la discussion de la théorie du phlogistique [7] de Priestley fait apparaître que les prises de position des hommes de science impliqués dans le débat furent souvent inspirées par des motivations de caractère irrationnel. C’est donc seulement si l’on néglige la distinction entre le court et le long terme que l’on peut appliquer le principe du tiers exclu [8] et déclarer que la, discussion entre savants n’étant pas exclusivement rationnelle, la sélection des idées scientifiques doit être tenue pour irrationnelle. Mais, dès lors que l’on prend cette distinction en compte, la question de savoir si les discussions entre savants sont rationnelles ou non est disqualifiée de par sa formulation même.

2 / Il en va de même s’agissant des conséquences qui ont été tirées de l’impuissance de la philosophie des sciences à déterminer les critères de démarcation entre science et non science. On n’a jamais réussi à identifier les critères en question. Mais on peut appliquer à la scientificité une remarque décisive de Kant sur la vérité [9]  : ce n’est pas parce qu’il n’existe pas de critères généraux du vrai que celui-ci n’existe pas. Rechercher les critères généraux du vrai, ironise-t-il, c’est chercher à traire un bouc. Pourtant, la vérité n’est pas une illusion.

Kant veut dire qu’il n’existe pas d’ensemble fini de critères qu’on pourrait appliquer à la manière d’une checklist pour déterminer si une théorie est vraie. En revanche, on peut, dans bien des cas, trancher avec certitude en faveur d’une théorie contre une autre. C’est ce que nous enseigne l’histoire des sciences. On peut accepter la théorie proposée par Torricelli et Pascal du phénomène physique qui devait donner naissance au baromètre et rejeter les théories d’inspiration aristotélicienne parce que la première rend mieux compte des phénomènes observés et n’introduit pas l’idée que la nature aurait horreur du vide. Dans d’autres cas, ce sont d’autres critères qui permettront de trancher entre théories concurrentes. Ainsi, les critères qui permettent de choisir entre les théories expliquant l’extinction des dinosaures sont pour partie différents de ceux qui permettent de trancher entre les théories de Priestley et de Lavoisier. C’est bien parce qu’il est possible de déterminer à partir de raisons solides si l’on doit préférer une théorie à une autre que certaines théories disparaissent irréversiblement au profit de théories jugées préférables au vu de critères bien définis et variables d’un cas à l’autre.

On peut appliquer à la scientificité la remarque de Kant sur la vérité. Il n’y a pas davantage de critères généraux de la scientificité que de la vérité. Dès que des théories peuvent donner lieu à des comparaisons aboutissant à un arbitrage indiscutable, elles donnent le sentiment d’être scientifiques. Mais il est difficile d’aller au-delà dans la précision. Il n’y a pas de critères généraux de la scientificité, mais la scientificité existe. »

Ce qui vaut pour la vérité et la scientificité vaut pour l’objectivité. Annoncer qu’une économie politique est objective, ou ce qui revient au même qu’une théorie économique est scientifique, est abusif dans une circonstance et ne l’est pas dans une autre. C’est abusif s’il est affirmé ou sous-entendu que la preuve incontestable de sa complète vérité est établie ou même peut l’être. Ce n’est pas du tout abusif si les méthodes retenues et leurs mises en œuvre sont scientifiquement recevables. De plus, en ce cas, c’est nécessaire pour les situer dans l’histoire des progrès de la raison.

La conséquence la plus dommageable du relativisme absolu est d’éliminer du champ de conscience la culture des vertus de l’objectivité.

3. En économie aussi, la méthode du pur descriptif d’abord est fallacieuse.

Dans Le relativisme dont deux pages viennent d’être citées, Raymond Boudon, au début de son troisième chapitre, titré Expliquer les croyances, pose la question : « Faut-il accepter d’autre part l’opposition souvent proclamée entre connaissance normative et connaissance descriptive ? »

Économie : du grec oikonomia, de oïkos « maison, domaine » et nomos « loi, règle, norme ». Les règles de gestion du domaine à partir duquel on se livre, d’une façon ou d’une autre, à du négoce.

Tout au moins en théorie économique, le descriptif est très souvent, voire toujours, du normatif, positif ou négatif. De toute façon, décrire est en soi prescrire de voir les choses ainsi et partant, dans les affaires économiques, de les administrer en fonction de ce qu’on tient, explicitement ou implicitement, pour normal et anormal.

Il résulte du refus de cette réalité une méthode fallacieuse : vouer en premier lieu la théorie économique – la science économique, l’économie politique – à la description afin d’en assurer la scientificité. Il est impossible de satisfaire cette exclusivité. Y prétendre est un prétexte dissimulateur d’une contre vérité destinée à faire passer des préjugés pour des explications et du particulier pour du général.

Cela étant, décrire et prescrire n’obligent pas à s’impliquer affectivement. Pour expliquer, comme le préfixe de ce verbe l’indique, il faut se tenir à l’extérieur : ex, hors de.

4. L’indéfinition est indispensable pour se laisser aller à ses préjugés.

L’usage de définitions proprement dites s’impose à la théorie économique pour les mêmes raisons qu’en d’autres disciplines. La négligence de ces raisons est cependant particulièrement tentante dès qu’il est question d’économie. Cette négligence est, en effet, indispensable pour se laisser aller à ses préjugés. Or ces préjugés sont sociaux. Ils participent étroitement à ce que je suis ou crois être au quotidien. C’est pourquoi ils sont toujours difficiles, et souvent impossibles, à ne plus faire siens.

La négligence des raisons qui commandent l’usage de vraies définitions est plus aisée à pratiquer que son contraire. Cette négligence ne suffit pas encore à frapper pas d’inanité les enseignements de l’économie qui en usent systématiquement et elle permet de rendre d’avance impossible de se mettre d’accord sur des observations objectives qui empiéteraient sur des divergences pour y substituer de la convergence.

Le libéralisme philosophiquement mal fondé et l’antilibéralisme économique ont en besoin d’indéfinitions pour défendre leurs positions respectives.

5. L’indéfinition favorise la pétition de principe.

L’indéfinition favorise la pétition de principe, c’est-à-dire le raisonnement qui tient pour vrai ce qu’il s’agit de démontrer.[10] L’effort d’attention aux faits nécessité par la définition, au sens de ce concept en logique mathématique, ouvre la voie de la démonstration alors que la pétition de principe obstrue cette voie. Prenons un exemple.

Je tiens pour vrai que la loi de l’offre et de la demande régit principalement la formation de tous les prix, j’en tire des courbes et des équations et d’autres sortes de considération puis je (me) dis qu’il est « donc », alors que je ne l’ai pas démontré, bien vrai que la loi de l’offre et de la demande régit principalement la formation de tous les prix.

L’évitement de cette pétition de principe vient de lui-même dès que l’attention a été assez aiguisée par, entre autres moyens, l’effort de vraies définitions. Cet effort entraîne à ne pas laisser échapper que « principalement » ne signifie pas « complémentairement » et qu’il s’agit, en l’occurrence, de tous les prix et non pas d’une partie d’entre eux. Pour le reste, un seul cas suffit à s’aviser que ce « principalement » et ce « tous » n’est pas bien observé.

Soit une denrée agricole. Son prix baisse quand son offre excède sa demande et monte dans le cas contraire. Le constater ne prend pas en compte une question majeure. Qu’est-ce qui détermine la valeur objective d’échange de cette denrée quand il y a ni excès ni insuffisance de son offre sur sa demande [11] ? Même question autrement formulée : que représente la valeur objective d’échange à partir de laquelle il y a éventuellement sous enchérissement ou surenchérissement ? Même si ce n’est que dans le cas des denrées agricoles, la réponse avérée à cette question achève l’évitement de la pétition de principe de la loi de l’offre et de la demande censée régir principalement la formation de tous les prix.

Jusqu’à en venir à voir dans cette célébrissime loi un ajustement qui a généralement plus pour effet de déformer les prix que de les former ? On ne peut que convenir qu’il est de bonne méthode de ne rien postuler qui fasse obstacle à une réponse positive à cette dernière question dès le début puis tout au long d’une enquête sur la loi systémique de l’offre marchand en échange de l’offre marchand.[12]

Une théorisation au moyen d’indéfinitions et à base de pétitions de principe ainsi que d’abus du principe du tiers exclu – abus très fréquent dans l’analyse de la nature et des effets de la concurrence – a pour elle que les préjugés qu’elle conforte facilitent son accréditation. Tenus par les colporteurs d’une telle théorisation, les propos sur ce que la théorie économique ne peut pas avoir de commun avec les « sciences dures » sont irrecevables au regard de ce que ces sciences admettent de méthodologiquement plus élémentaire : savoir de quoi au juste il est question. Ces propos et leurs colporteurs n’en ont pas moins pour eux de véhiculer une pétition de principe de plus qui facilite leur accréditation.

6. La mathématique de la science économique est d’abord littéraire.

En économie notamment, mieux valent des concepts sans équations de docteur en physique que toutes les équations qu’on voudra traitant de notions. La définition de la définition est un instrument mathématique logiquement indispensable au bon usage du reste de la palette des outils mathématiques dont, en premier lieu, la règle de trois. C’est, de toute façon, un exercice mathématique que le choix de mots et l’assemblage de phrases en s’efforçant au plus d’exactitude et de complétude dans l’observation dont on est capable, ainsi qu’au moins de non contradictions, de pétitions de principe et d’autres sophismes. S’y adonner en tant qu’auteur et lecteur est faire de la mathématique littéraire. L’arithmétique, les géométries et l’algèbre font, elles et entre autres, partie de la mathématique mécanique. En la matière qui est ici la nôtre, faire de la mathématique littéraire est indispensable pour que l’usage complémentaire d’instruments de mathématique mécanique participe à la résolution exacte de problèmes objectifs. Ne pas pousser cet effort assez loin ouvre la voie à plus de corruptions qu’il pourrait en être évitées. Beaucoup de mathématique mécanique en recherche économique ne deviendra un progrès qu’après assez de mathématique littéraire. Progrès non seulement scientifique mais aussi social : la mathématique littéraire, une fois établie et autant que besoin plus didactiquement exposée, tombe sous le sens commun alors que la mathématique mécanique ne tombe sous le sens que de la minorité de ses adeptes.

Il est certain que si la rigueur géométrique des discours économiques faisant le plus autorité avait notablement progressée, par exemple depuis les années 1850 ou 1950, la pathologie économique s’en serait trouvée, de façon quasi mathématique, fortement réduite.

7. Le bon usage de la règle de trois, notamment dans les calculs de proportions, n’est pas aussi simple qu’il y paraît.

La règle de trois est très utilisée en économie, comme par exemple dans le travail de l’ingénieur, du cuisinier et du médecin. Dans Le relativisme, ouvrage ci-dessus cité, Raymond Boudon nous aide à prendre conscience qu’il y a tout lieu de s’attendre à ce que cette utilisation se prête à des consensus sur des idées fausses.

« Dans une célèbre expérience, J. Tooby et L. Cosmides [13] ont posé à des médecins la question suivante : « Une maladie a un taux de prévalence de 1 / 1 000. Il existe un test permettant de détecter sa présence. Ce test a un taux de faux positifs de 5 %. Un individu est soumis à ce test. Le résultat est positif. Quelle est la probabilité pour que l’individu soit effectivement atteint ? »

La question a suscité des réponses fausses et pourtant largement partagées. Une majorité de médecins croient en effet que, dans les conditions décrites, le sujet positif au test a 95 % de chances d’être réellement atteint par la maladie. Si l’on fait la moyenne des réponses des médecins, le sujet positif au test se voit attribuer 56 % de chances d’être malade. Quant à la réponse correcte …, elle est donnée par un peu moins d’un médecin sur cinq, exactement 18 %.

… le taux de prévalence étant de 1 / 1 000, sur 100 000 personnes on dénombre en moyenne 100 malades et 99 900 sujets sains ... Or ces 99 900 personnes non malades ont 5 chances sur 100 d’être déclarées positives. D’où il suit qu’il y a un peu moins de 5 000 « faux positifs » parmi les 100 000 personnes. Ainsi, la probabilité d’être malade quand on est positif est de 100 / (5 000 + 100), soit un peu inférieure à 2 %.

En économie, nombreux sont les cas de rapprochements de pourcentages qui n’ont pas la même base 100 ou pas des bases assimilables l’une à l’autre, les proportions par rapport à des agrégats qui permettent de les minorer ou de les majorer, les corrélations qui donnent l’impression de relations de cause à effet qui n’existent pas ou qui comportent un intermédiaire décisif dont on ne fait pas état, les problèmes de répartition réputés sans solution objective.

L’adage est bien connu : on peut tout faire dire aux chiffres y compris, parfois, la vérité ; aux chiffres et aux équations et aux modèles économétriques. L’une des clés de l’économie politique plus pertinente, et partant des politiques économiques elles-mêmes plus pertinentes, gestions des affaires privées et publiques comprises, est bien sûr davantage d’attention critique prêtée à ce qui se dit le plus couramment d’une part, le plus savamment d’autre part.

8. La pensée économique n’est portée à son plus haut point de rigueur scientifique qu’en faisant explicitement état des conventions majeures de dénomination qu’elle utilise.

Les clauses verbales les plus typiques de la théorie économique sont réputées être « toutes choses égales par ailleurs » et « tôt ou tard ». En fait, la clause mathématique la plus nécessaire à l’élaboration de la théorie économique authentiquement scientifique est : « convenons d’appeler… » – suit un mot ou un expression – « l’ensemble… » – suit une définition en compréhension. Ceci afin qu’il soit d’emblée tiré au clair ce dont il est question au juste. Fastidieux ? Oui pour ceux dont ce n’est pas la tournure d’esprit mais seulement jusqu’à l’engendrement, par le couple convention - définition, de constatations logiques concrètes dont il devient on ne peut plus évident que leur négligence est fautive.

Et si un couple convention - définition engendre des contrevérités ? On en change jusqu’à en trouver un fécond en évidences qui résistent à leurs mises à l’épreuve. C’est énormément de travail préalable à la livraison de cette sorte de sélection, authentique recherche fondamentale qui est très loin de n’avoir pour utilité qu’un progrès intellectuel.

Cette recherche est une chasse à l’équivoque. Dès qu’elle trouve un terme dont l’emploi dans un sens univoque fait progresser la science économique, alors contribuer à cet avancement ordonne de faire de ce sens univoque une convention par la clause, explicite ou tacite, « convenons de n’appeler… que… ». En théorie économique aussi, tirer d’une notion un concept nécessite souvent le recours à la convention de sens univoque.

Ce qui est exposé dans cet ouvrage à partir de son troisième chapitre donne à constater que le procédé de la convention univoque aide beaucoup à tirer un concept d’une notion qui est, pour ceux qui y voient un mal, source de résolutions extrémistes aux conséquences effroyables et, pour ceux qui y voient une fatalité ou un bien, d’erreurs de gestion aux conséquences désastreuses. Cette notion et ce concept de très grande importance ont pour nom « capitalisme ».

L’un des moyens de (se) convaincre tout à fait que la chasse à l’équivoque est, en économie, pratiquement utile consiste à se livrer à l’exercice suivant. Comparer mentalement des résultats qualitatifs de deux gestions usant du plus possible de notions pour l’une et de concepts pour l’autre. Comme cela se dit familièrement, en provenance des champs de course, « il n’y a pas photo » : la plus progressiste, moralement et socialement, ne fait pas de doute.

9. Le droit scientifique est rigoureux.

J’ai le droit de dire, si j’en suis convaincu, que ce phénomène, quelle que soit sa nature, participe à la configuration des activités économiques ou en résulte. En revanche, je n’ai jamais le droit scientifique d’affirmer que ce phénomène est inhérent à tout ou partie de ces activités sans le démontrer d’une façon ou d’une autre.

Il n’y a de science économique épistémologiquement digne de ce nom qu’étant astreinte au respect de cette discipline pour tout ce qu’elle admet de principal. Une application particulièrement importante de ce principe est celle dont le point suivant fait état.

Personne n’a jamais démontré et ne démontrera jamais que l’inclination à la maximisation du profit est inhérente à l’entreprise commerciale et, partant, au capitalisme.

Qu’elle soit savamment articulée ou spontanée, une théorisation de l’économie qui repose sur l’affirmation de cette inclination n’est pas scientifique sur ce point clé. Si s’ajoute à cela que des définitions, au sens de ce concept en logique mathématique, ne s’y trouvent que de manière résiduelle, voire ne s’y trouvent nullement pour tout ce qu’y est admis de principal, alors il ne fait aucun doute que cette théorisation est foncièrement ascientifique.

10. Refus de postulats ascientifiques et libéralisme convergent.

9 et 10 février 2009. Cher ami,

Tu viens de m’écrire ta conviction que, pour comprendre l’économie, il faut prendre en considération d’abord la part subjective du comportement humain. Il se trouve que je viens de lire, dans le Tocqueville aujourd’hui de Raymond Boudon (2005, éditions Odile Jacob), la proposition que voici. Les sciences sociales, « cherchent souvent à fonder leur légitimité sur le postulat selon lequel le comportement humain devrait être analysé comme le produit de déterminismes sociaux ou culturels » (haut page 98).

Je te renvoie à la lecture de ce livre et au Que sais-je ? sur Le relativisme du même auteur. Ce dernier établit solidement le caractère non scientifique et non libéral de ce postulat. La prochaine fois que nous parlerons de ce qu’il faut d’abord considérer en économie et en politique, je te demanderais si tu as pris connaissance de cette argumentation et, dans l’affirmative, ce que tu en tires pour éviter les fausses bonnes idées qui « voilent la pensée » (Tocqueville).

En sciences sociales, et donc en théorie économique notamment, le comportement humain doit être analysé en premier lieu pour sa part objective, quitte à ce que cela mène aux constats des rôles que l’intersubjectivité joue. Dans le Fabra – Michaut que tu nous fais l’honneur d’étudier tout en maugréant, sacré gaulois, la subjectivité collective n’est pas du tout absente. C’est à elle que les disparités des rémunérations du travail sont attribuées. Ce n’est pas peu. Les prix des prestations salariées sont primordiaux. Une base de l’économie politique objective est la reconnaissance de la subjectivité collective qui régit la répartition du revenu total du travail.

Paradoxalement (contradiction apparente), le postulat dénoncé par Boudon ne conduit pas à cette reconnaissance. À sa place, on trouve de prétendues explications qui ne résistent pas à leur confrontation avec la réalité. Plus largement, on trouve un déterminisme qui n’est ni scientifique ni libéral ainsi que nos incapacités collectives en matière d’économie en apportent la preuve expérimentale.

Pour en sortir, il y a un parti à prendre, à des fins d’abord théoriques puis pratiques : l’objectivité d’abord ou, comme tu voudras, l’objectivisme. Mais, pour cette dernière notion, dans l’acception indiquée dans le premier chapitre de L’économie raisonnable. C’est très important car cette acception n’exclut pas la prise en compte d’arbitrages subjectifs.

Tu vas donc, je l’espère, te lancer dans la lecture de Boudon et, c’est humain, y chercher en premier lieu ce qui conforte ton point de vue.

Dans Tocqueville aujourd’hui tu trouveras souvent utilisée, jusqu’à plusieurs fois par page, l’expression « … raisons et … motivations » ou, moins souvent, l’inverse, les motivations d’abord et les raisons ensuite. Au début du chapitre V de ce livre, page 85, en science sociale une loi conditionnelle « ne peut être tenue pour plausible qu’à partir du moment où on peut la considérer comme le produit de motivations et de raisons psychologiques compréhensibles de la part des individus concernés. » Tu vas être tenté, pour sauver la thèse de la priorité à la subjectivité des acteurs, d’objecter quelque chose du genre : « Tu vois bien que Boudon est obligé d’avoir recours à la notion psychologique de motivation dont tu dis qu’il ne faut pas, en économie, faire usage prioritairement alors qu’il y faut, selon Fabra et toi, n’en faire aucun usage du tout sur plus d’un point primordial. »

Le Robert 2009 résume ce qu’est, en psychologie d’aujourd’hui, une motivation en faisant état « des forces qui déterminent le comportement ». Si c’est ce déterminisme que Boudon 2005 a en tête, alors il se contredit lourdement. L’une des preuves que ce n’est pas le cas se trouve en bas de la page 94 et haut de la suivante. Dans un contexte qui ne laisse aucun doute sur l’entière approbation de l’auteur de ce livre tout exprès écrit pour la manifester, on y lit ce début de paragraphe : « Sur la base de sa critique des causes occultes des idées générales, Tocqueville adopte une méthodologie centrée sur l’idée que les croyances et les comportements des individus obéissent à des raisons et à des motivations compréhensibles plutôt qu’à des forces sociales, culturelles, psychologiques ou biologiques. »

M. Boudon aurait pu aussi bien écrire, et à mon avis aurait mieux écrit (l’art est difficile, la critique est facile) : … Tocqueville adopte une méthode centrée sur l’idée que les croyances et les comportements des individus obéissent souvent à des mobiles compréhensibles par eux plutôt qu’à des forces sociales, culturelles, psychologiques ou biologiques. Des mobiles, des motifs, des raisons, comme on voudra. Autrement dit des considérations objectives d’abord. Jusqu’au certain ou au plausible qui suffit aux besoins d’une théorie vouée à l’action. Sans pousser plus avant vers les nébulosités qui de nouveau « voilent la pensée » du réel.

Avec la difficulté que des préjugés colportés par des savants en viennent à être tenus pour compréhensibles quand on les prête à d’autres qu’à soi. Exemple, emblématique. Si on est dans les affaires, c’est paraît-il avant tout pour y gagner le plus d’argent possible. Donc, doit enchaîner l’enquêteur rigoureux, si vous êtes ou si vous étiez dans les affaires, c’est ou ce serait vous aussi pour avant tout y gagner le plus d’argent possible. La réponse est parfois affirmative mais pas systématiquement. Et quand bien même, elle serait toujours affirmative, il y a le fait indéniable que n’importe qui jouit de la liberté de choisir le complexe de motifs pour lesquels il est dans les affaires et de le modifier à sa guise. Le libéralisme, c’est fondamentalement ça aussi. Cette dignité, comme le dit fort justement Boudon et comme l’a fort bien perçu le pape du management Peter F. Drucker, l’économiste qui entre en équations et le politicien qui entre en péréquations la piétinent en postulant qu’on est forcément dans les affaires pour en tirer le plus d’argent possible ou un quelconque autre plus possible à son profit ou à celui de sa caste. Ces économistes et politiciens ne veulent pas entendre parler de ce déni de réalité parce qu’ils pressentent, fort raisonnablement au demeurant, que s’ils y renoncent il leur faudra s’élever dans « le respect de l’Autre » (Boudon 2008, Le relativisme). L’antilibéralisme, c’est fondamentalement le refus de cette élévation.

Antilibéralisme viscéral. Source de haine. Haine active, genre crucifixion. Haine passive en faisant usage de l’arme du silence. Audace libérale d’un projet salvateur de la dignité humaine. Éthique de la responsabilité individuelle. Moyennant la renonciation au postulat fatal de telle ou telle force qui détermine nos comportements dont, tu ne manques jamais une occasion d’en faire grand cas, ceux de nos politiciens. En laissant à nos docteurs en économie les conjectures, sidérantes quand on prend du recul pour en juger, qui, sacré nom d’une pipe nous avons le résultat sous les yeux, enferment dans des faux semblants et non pas libèrent la capacité de faire mieux.

Tu toléreras que j’allonge cette lettre en citant de nouveau Tocqueville aujourd’hui et en me permettant d’insérer dans cette citation, en italiques, un isme de plus et sa caractérisation, en caractères droits. Depuis le bas de la page 91, les soulignements étant mon fait : « … le marxisme, le néoclassicisme économique, alias le marginalisme, alias l’école psychologique, le freudisme et des mouvements récents comme le culturalisme ou la sociobiologie ont en commun de voir le comportement humain comme induit par des forces échappant au contrôle du sujet. Pour le freudisme, l’homme est animé par des instincts logés au fond de l’« inconscient ». Le marxisme, le voit comme mû par des forces sociales qui produisent en lui des images déformées du réel. Pour le néoclassicisme économique, ou comme on voudra le néolibéralisme, l’homme est enchaîné à la maximisation de ses plaisirs et de ses gains moyennant la minimisation de ses peines et de ses dépenses, comme s’il ne jouissait pas de la liberté de choisir, comme cela arrive très souvent, la maximisation du mal qu’il se donne moyennant un gain qu’il juge raisonnable. Du même homme le structuralisme analyse son comportement comme dicté par des structures opérant anonymement. Le culturalisme voit l’homme comme croyant ce qu’il croit et faisant ce qu’il fait parce que des forces culturelles l’incitent à agir et à penser comme on le fait dans la culture à laquelle il appartient. La sociobiologie explique le comportement humain par le câblage du cerveau et analyse ce câblage comme variable sous l’effet de l’évolution biologique. Il est possible que l’évolution biologique ait produit des effets sur l’organisation du cerveau humain. Mais notre ignorance à ce sujet est abyssale, et il est certain qu’il est possible d’expliquer une multitude de données en se passant entièrement de ce type de conjectures. / Tous ces mouvements d’idées partagent le postulat que les causes responsables du comportement humain sont aussi peu accessibles au sujet que les causes responsables des processus physiologiques dont il est le siège. De surcroît, à la différence des causes qui président aux processus physiologiques, beaucoup de ces causes supposées sont inobservables. »

En économie, et plus largement dans la vie sociale, une idée reçue par tout un courant de pensée tenue pour libérale est que l’interaction des intérêts particuliers fait l’intérêt général, le bien commun. Il faut, c’est méthodiquement indispensable, se demander si cette automaticité présumée fait partie de l’observable. Une présomption, un préjugé et un postulat ne sont fréquemment, en ces matières, qu’un même acte, autrement désigné, de fermeture mentale. Où sont les bonnes raisons de ne pas s’en méfier beaucoup ? … DM

11. Rien d’assez rationnel ne peut remplacer les commentaires doublement méthodiques d’une théorie économique.

Les commentaires d’une théorie économique, quels que soient à première vue ses qualités et ses défauts, sont doublement méthodiques quand :

1) ils partent de la première proposition que cette théorie expose puis examinent les suivantes dans l’ordre où elles sont énoncées, quitte, bien entendu, à faire apparaître qu’un autre ordre est plus pertinent ;

2) pas plus les approbations que les interrogations, les réfutations, les substitutions et les adjonctions sont privilégiées :

  • les approbations de préférence à l’aide de reformulations qui aident à rendre évident et à mémoriser ;
  • les interrogations sur ce qui paraît devoir être approfondi ou abordé sous un autre angle ;
  • les réfutations de ce qui est admis alors que c’est irréel ou irréaliste ou contradictoire avec ce qui est par ailleurs admis ou ce qui devrait par ailleurs l’être ;
  • les substitutions proposées afin d’éliminer une erreur ou une insuffisance d’analyse ou d’expression ;
  • les adjonctions, dont des illustrations, qui accroissent l’utilité de l’investigation.

Faute de concours fournis en se pliant à ces règles, la « sélection rationnelle des idées » (Boudon) progresse moins vite en matière de théorie économique et, partant de pratiques économiques. D’autres avancées, dans bien des domaines dont ceux de l’éducation et de la protection de l’environnement, s’en trouvent retardées.

12. Une théorie économique est établie aussi rationnellement que possible en étant formellement constituée de propositions non seulement explicitement énoncées mais aussi énoncées avant leur analyse et, le cas échéant, leur démonstration.

Les observations clés dont l’articulation constitue une théorie se trouvent, à force de regarder de ses propres yeux et par le truchement de lectures, de réfléchir crayon en main, de s’égarer jusqu’à retrouver des repères perdus de vue. Pour chacune de ces observations, il n’y a pas d’autre moyen de la mettre méthodiquement à l’épreuve de la raison que de la formuler aussi concisément et précisément qu’on s’en rend capable afin d’en vérifier la recevabilité par l’analyse qu’on en fait et, le cas échéant, la démonstration qu’on en tente.

On ne rend compte, aussi exactement que possible, de ce travail qu’en y laissant apparente la forme que l’usage de la raison leur a donnée et qui paraît devoir être didactiquement la plus appropriée à cause de son naturel.

De la « sélection rationnelle des idées », Boudon note qu’elle « se déploie … de façon nécessairement lente pour une raison essentielle, à savoir que la critique d’une idée n’a guère d’efficacité en elle-même dès lors qu’elle se heurte à l’« opinion » et au « pouvoir social ».[14] On peut une fois de plus illustrer l’analyse de Tocqueville par un exemple qui lui est postérieur de façon à souligner l’importance de sa pensée pour l’intelligence de nos sociétés : celui des innombrables essais critiques, qui de Viktor Kravchenko à Alexandre Soljenitsyne, ont dénoncé le système soviétique, son efficacité et sa cruauté. Ils n’ont ébranlé que les non-croyants : ceux qui n’étaient pas convaincus que le système communiste constituât une réelle alternative au système libéral, à la fois viable et préférable à ce dernier. » Les mises en exploitation rationnelle, somme toute à peine entamée, de l’œuvre de Ricardo, mort en 1823, par le « pouvoir social » anglais et celle de l’œuvre de Tocqueville, mort en 1859, par le « pouvoir social » français, attestent elles aussi des longues durées nécessaires au progrès de la raison dans le gouvernement des affaires de la cité. Aucun subterfuge didactique ou médiatique n’accélérera ce processus : la libération des fausses bonnes idées sans en consentir l’effort ne se peut pas.

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Au regard du jeu de propositions premières de théorie économique que le présent ouvrage expose, la remise en perspective effectuée par Boudon, dont il faut lire au moins la partie la plus récente de l’œuvre pour en prendre la mesure, soulève trois questions de fond. Avec, anthropologie : propos exempts de contradiction et non imaginaires sur la nature humaine ; sociologie : propos ayant même les mêmes qualités sur les sociétés humaines :

  • Ce jeu de propositions est-il, dans la limite de son objet, en pleine continuation de ce qu’il y a de mieux aboutie dans l’anthropologie et la sociologie de Tocqueville, Durkheim et Weber ?
  • Si c’est le cas, cette continuation est-elle, dans sa spécialisation, la plus nécessaire qui soit à l’anthropologie et à la sociologie libérales ?
  • Existe-t-il une autre anthropologie et une autre sociologie dans la droite ligne desquelles une économie politique objective se trouve ?

Ces trois questions sont surplombées par une autre, tirée du constat que le libéralisme philosophique est logiquement antérieur au libéralisme politique comme au libéralisme économique. Avec libéralisme philosophique : propositions premières du libéralisme ; libéralisme politique : propositions additionnelles en matière de dévolution et d’exercice des pouvoirs ; libéralisme économique : propositions additionnelles en matière de pratique des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges [15] :

  • Qu’est-ce que le libéralisme philosophique épistémologiquement le plus perspicace oblige à faire de la théorie des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges ? Certes un sous-ensemble des idées relatives à l’organisation de la vie sociale. Mais satisfaisant quels principes logiquement antérieurs ?


[1] Seuil 1979 pour la traduction française abrégée. Les passages cités sont extraits de cette traduction, page 186 et 188 du tome 2.

[2] Souligné par Popper. Il en va de même des soulignements suivants.

[3] Numéro 3803 dans cette collection. Sur les qualités de cet auteur, note de bas de page 11. L’usage fait dans le présent appendice d’apports de cet auteur a été autorisé par lui le 19 février 2009. De plus, l’ensemble de cet appendice ayant été approuvé par lui, un éventuel ajout sera d’autant plus volontiers soumis à son appréciation que ses travaux en épistémologie des sciences sociales sont une contribution majeure à la levée des obstacles qui détournent de l’entrée en économie politique objective.

[4] Pages 32 et 33.

[5] Relativisme cognitif : négation de la possibilité pour la connaissance d’accéder au réel.

[6] Thomas S. Kuhn (1900-1967), philosophe américain. Les Références de l’ouvrage de R. Boudon renvoie à La structure des révolutions scientifiques, 1962, Flammarion.

[7] Feu considéré comme un des matériaux ou principes de la composition des corps. Joseph Priestley, 1733-1804,  Antoine Laurent de Lavoisier, 1743-1794.

[8] Principe du tiers exclu, dit aussi du milieu exclu : entre deux propositions contradictoires, l’un est vraie et l’autre fausse si, et si seulement, l’exclusion d’une troisième proposition est recevable.

[9] L’extrait cité comporte ici une parenthèse donnant, en allemand, une référence précise dans l’œuvre monumentale d’Emmanuel Kant, 1724-1804.

[10] Il est aujourd’hui fréquemment utile, voire tout à fait nécessaire, de préciser que le concept de pétition de principe est distinct de la notion de position de principe et qu’une position de principe procède de considérations parmi lesquelles il y a ou non une pétition de principe ou plusieurs.

[11] Parler, dans ce contexte, de « demande » est une commodité pour distinguer l’une des deux offres en présence. La demande marchande, en tant que catégorie générale opposée à l’offre marchande, n’existe pas, contrairement à l’illusion qu’en donne l’usage de la monnaie. Parlons, c’est pratique, de l’offre et de la demande mais, quand il s’agit d’échanges marchands, n’oublions à aucun instant qu’il s’agit toujours d’une offre en échange d’une offre.

[12] Note précédente. Loi de l’offre et de la demande : un des éléments de la loi de l’offre en échange de l’offre.

[13] En note de bas de page 46 de l’ouvrage cité, références à une étude publiée par ces deux chercheurs en 1992.

[14] L’opinion et le pouvoir social au sens de ces mots dans l’œuvre de Tocqueville, et particulièrement dans le second De la démocratie en Amérique. Le passage cité se trouve aux pages 189 et 190 de l’édition Odile Jacob du Tocqueville aujourd’hui de Raymond Boudon.

[15] Cette acception de la notion de libéralisme économique fait de ce dernier un sous-ensemble du libéralisme politique. C’est nécessaire. Dissocier le libéralisme économique du libéralisme politique est un déni de réalité.