C301 - Le contrepoids à l'abus des fins personnelles

Auguste Detoeuf a fait figurer dans ses Propos de O.L. Barenton, Confiseur, Ancien Élève de l’École Polytechnique [1] cet aphorisme :

« Le désintéressement est la condition de durée de la Société moderne. C’est d’ailleurs ce qu’on y rencontre le moins. »

Le même auteur, qui a été un grand patron, donne à lire dans la partie Un peu d’économie politique de son recueil :

« L’économie d’aujourd’hui est fondée sur la Société anonyme, sur le Syndicat et sur l’État. Elle est un équilibre mobile entre ces forces. Dans chacun de ces organes, la puissance d’agir est déléguée par une masse à un ou plusieurs individus. La tentation est grande pour eux d’utiliser cette puissance, au moins en partie, à des fins personnelles. Le désintéressement est nécessaire. Être désintéressé, ce n’est pas mépriser l’argent, c’est avoir pour mobile essentiel le désir d’accomplir une tâche d’intérêt commun. Si ce désir est dominant, l’ordre existe ; sinon le désordre naît. 
« – Fumisterie, disent les hommes d’argent.
« – Hypocrisie, soutiennent les hommes de puissance.
« – Utopie, déclarent les mieux veillants.
« Ils ont tort : on fabrique des hommes désintéressés. (…) C’est cette espèce d’hommes que la Société doit former pour s’assurer un squelette. En aura-t-elle la force ? ».

La réponse à cette question dépend beaucoup de ce que l’économie politique la plus enseignée affirme sur l’entreprise, le profit, la plus-value, le salaire. Dès la réponse à la question, nécessairement primordiale : l'entreprise, qu'est-ce que c'est ?

[1] Les Éditions d’Organisation pour le compte des Éditions du Tambourinaire. La préface de Pierre Brisson est datée du 21 août 1947. On y apprend qu’une première parution à petit tirage date de 1938.