Je vous comprends bien, mais...

L’une des histoires le plus volontiers racontées par Paul Fabra ferait sous la plume d’un adroit versificateur une fable qui en dit plus et mieux qu’une longue dissertation.

Un enfant encore assez jeune pour être à l’âge où l’on commence à savoir additionner entretient avec l’arithmétique la plus élémentaire un rapport qui chaque jour inquiète davantage ses parents et son maître d’école. Deux plus trois ne font cinq qu’au petit bonheur la chance, ce qui donne le plus souvent sept ou neuf ou deux ou dix.

Les parents, en accord avec le maître d’école, décident d’avoir recours à une pédagogue éminente. Au cours d’un énième cours particulier, la pédagogue perd patience. Elle explose, d’une main tapant violemment sur la table et ô déshonneur de l’autre main armant une gifle :

— Tu ne comprends donc rien à ce que je me tue à t’expliquer ?

— Si, si madame, je vous comprends bien, mais je ne vous crois pas !