Huit questions principales

Deux fois quatre

En économie définie, les quatre points cardinaux sont par ordre alphabétique la concurrence, l’emploi, la monnaie, les revenus. À chacun de ces points, deux questions d’intérêt général se posent.

  • Par la concurrence, les prix, salaires et dividendes compris, sont-ils de plus en plus régulés par des comparaisons réalisables sans avoir de calcul à faire ? Si c’est de moins en moins le cas, comment se pourrait-il qu’il n’en résulte pas de plus en plus d’échanges économiques inéquitables ?
  • Sur l’emploi, quelle rétroaction est la mieux à même d’établir ou de rétablir le bienfait de l’absence de chômage structurel ? Quelles règles de gestion des finances publiques pourvoient le mieux à l’obtention de ce bienfait ?
  • Sur la monnaie, les mêmes règles et la concurrence axée sur la comparabilité des prix procurent-elles le plus gros du nécessaire à la conservation dans la durée du pouvoir d’achat des placements en livrets d’épargne, titres de prêts, parts de capital social, capital d’entreprises individuelles ? Qu’en est-il alors des taux de change avec les devises les plus utilisées en commerce international, ainsi que des balances commerciales nationales avec Le lancinant problème de la balance des paiements (titre d’un livre que Jacques Rueff fit paraître en 1965) ?
  • Pour les revenus, quelles tendances affectent normalement leurs totaux nationaux ? Si la répartition complète de ces totaux n’est pas réglée par une clé inviolable, où y a-t-il un partage arbitraire et qu’implique son assomption ?

La morale et le moral

Les réponses les plus largement accréditées à ces deux dernières questions, celles sur les revenus, orientent la morale et le moral les plus répandus dans la population. Elles font l’opinion dominante sur ce qu’il est préférable que les transferts imposés par le législateur soient et ne soient pas en application de l’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793.[1]

Les réponses les plus certaines aux huit questions principales paraissent très difficiles à trouver dans la jungle des faits et des idées. Toutefois peu à peu ces difficultés s’amenuisent pour qui se rallie à la méthode de l’économie politique définie.



[1] Cet article 13 : « Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable ; elle doit être répartie également entre les citoyens, à raison de leurs facultés. » Mais en une telle matière « également », qu’est-ce à dire ? Proportionnellement aux revenus du contribuable ou moyennant des barèmes progressifs ? En une telle affaire, les choses qui se voient et ne se voient pas (Bastiat) rendent douteux que la progressivité du taux moyen d’imposition par foyer fiscal contribue en définitive davantage au bien commun et à la suffisance des rentrées fiscales que la proportionnalité de ce même taux. Dans ce que font les Propositions premières de science économique dont il est ci-après question, il y a de fournir les critères d’équité du prix par catégorie d’échange économique. Sans cela l’idée d’échange économique équitable reste tenue dans des nuages d’où pleuvent des erreurs prises pour des vérités faute d’instruments ad hoc d’observation de la réalité (erreur, par exemple, du partage du temps de travail qui ne peut tourner qu’au partage du chômage ; erreur, autre exemple, de la baisse du coût du travail le moins bien rémunéré qui ne peut qu’engendrer de la fracture sociale et de l’addiction aux subventions). Les critères d’équité des prix par catégorie d’échange économique sont politiquement nécessaires à la sélection des actions publiques que la société civile a le plus intérêt à demander et à repousser en matière économique. Une loi organique de gestion des finances publiques, du type de la LOLF française de 2011, et une réforme fiscale dont les attendus ne font pas explicitement référence à la théorisation économique qui les inspirent sont démocratiquement défaillantes puisqu’elles reviennent à réaliser un projet politique tenu caché. Mutatis mutandis, il en va de même des programmes des partis politiques et des plateformes revendicatives des syndicats, les patronaux compris bien entendu. L’amélioration du « dialogue social » et la « refondation sociale » sont avant tout des affaires économiques et non pas de patronage.