Les transferts économiques

Des dons, les impôts et la plupart des vols sont eux aussi des actes économiques. Le mot « transfert » convient bien à leur étiquetage générique.[1] C’est toutefois à trois conditions.

  • Primo, la permutation de propriétés étant propre aux échanges économiques, il doit être convenu d’apposer l’étiquette « transfert » quand en première instance il y a un changement de propriétaire et non pas deux comme dans un échange économique.
  • Secundo, l’expression « revenu de transfert » doit être vue comme étant contradictoire. Uniquement qui travaille en échange d’un salaire et, ou, place en échange de la perception d’intérêts ou de bénéfices est titulaire d’un revenu proprement dit.
  • Tertio, il est cohérent de qualifier d’économiques les seuls transferts qui portent sur un objet pouvant être l’un des deux termes d’un échange économique : de l’argent, un bien, une prestation de service.[2]

Appeler « revenu minimum » ou « revenu de solidarité » une allocation montre que la confusion entre transferts et échanges est préjudiciable. Percevoir un secours et recevoir une lettre d’embauche ne reviennent jamais au même. Atténuer la différence est injuste à l’égard de ceux qui s’appliquent à soulager la collectivité de leur poids. Un revenu est une chose, une subvention en est une autre.

Les échanges économiques sont des actes différents des transferts eux aussi économiques. L’ensemble des actes économiques a pour sous-ensembles d’une part les échanges eux-mêmes à proprement parler économiques, d’autre part les transferts eux aussi à proprement parler économiques.



[1] Nos dictionnaires donnent pour premier sens au mot « transfert » : action de déplacer quelqu’un ou quelque chose d’un endroit à un autre. Dans le vocabulaire juridique, « transfert » désigne l’action de transmettre un droit de propriété. Plus-values et moins-values sont des transferts bien qu’ils résultent d’échanges. L’établir et en tirer les conséquences principales font partie de ce que l’économie définie procure, au rebours de ce que la doxa aujourd’hui en vigueur masque.

[2] Pour exemple de transfert économique par prestation de service : l’agriculteur qui fait usage d’un tracteur avec un équipement ad hoc pour dégager bénévolement de la neige de la voie publique. Autre exemple : les particuliers et les associations qui s’astreignent à la corvée elle aussi bénévole du ramassage de détritus dans un lieu de promenade, sur une plage ou une aire de jeu. Ces prestations sont de nature à pouvoir être vendues à un organe public ou un autre propriétaire. L’impôt est un transfert : ce qui a été possédé par un contribuable devient la propriété du trésor public. Les cotisations à un régime de retraite dite par répartition sont des transferts : ce qui était possédé par les cotisants devient en première instance la propriété du régime qui, après ponction de frais de gestion, utilise ce prélèvement pour servir des pensions viagères ; les générations cotisantes sont aux générations ainsi pensionnées comme des enfants qui subviennent à leurs parents, ce qui est différent de ce qui se passe pour les retraites dites par capitalisation ; ces dernières sont dans leur principe par échanges économiques et non pas par transferts. Mais ce dernier point est repoussé par qui campe dans le refus de faire entrer les dividendes dans un échange économique entre les placeurs en capital social et les exploitants de ce placement. L’économie définie montre que ce refus refoule une reconnaissance qui assainit considérablement le système des échanges économiques : voir, en prenant le temps de bien s’en imprégner, les argumentations de cet assainissement en propositions premières de science économique et en propositions majeures de politique économique.