Ad — Un épargnant heureux

Un épargnant a placé, et continue à placer, de l’argent dans des augmentations de capital social. Cela lui rapporte des dividendes sensiblement plus élevés qu’autrefois.  Les entreprises dont il est l’un des copropriétaires lui remettent, tous les trois à six ans, des actions gratuites que la réévaluation prudente de leurs actifs leur permet d’émettre ; cela protège cette épargne de la perte que l’érosion monétaire (l’inflation) fait subir. Une petite partie de son portefeuille de placements en capital social est en actions cotées en bourse, la plus grosse partie l’étant en actions non négociables qui lui permettent de récupérer sa mise dans un délai de trois mois au plus.

Ces actions non négociables, que nous disons restituables, existent déjà. Mais elles sont devenues beaucoup plus répandues depuis qu’un nouveau capitalisme a été instauré par la réforme qui a rendu les dividendes sensiblement plus élevés qu’autrefois.

— Je n’ai jamais entendu dire que les actions sont pour les unes négociables et pour les autres restituables. Est-ce seulement à des initiés à vos choix de vocabulaire que votre appel à la réforme du plein-emploi s’adresse ?

— Les actions sont, de fait, des parts de capital social ou, plus brièvement dit, des parts sociales. Mais il y aurait des parts sociales qui ne seraient pas des actions parce qu’elles ne sont pas négociables, de gré à gré ou en bourse. En vérité, ces titres de placement d’épargne ont un autre mode de liquidation : leur remboursement à leur valeur comptable par la société dont elles ont constitué une part du capital social, à charge pour cette société d’obtenir de nouvelles souscriptions qui compensent ces restitutions d’argent. On fait mieux apparaître cette vérité en désignant par « actions » aussi bien les parts de capital social qui sont négociables que celles qui sont restituables.

— C’est conséquent s’il s’agit d’en arriver à un dispositif qui a pour effet de rapprocher sans cesse les rendements respectifs de ces deux sortes de placement. Admettons que « la réforme qui a rendu les dividendes sensiblement plus élevés qu’autrefois » comporte un tel dispositif. Ce n’est cependant pas lui qui suffira à faire admettre une substantielle augmentation des dividendes puisque cette dernière aura forcément pour effet d’entraîner à due concurrence une diminution de salaires.

— Ce ne serait vrai que si la hausse des dividendes avait été alimentée par une hausse des bénéfices des entreprises. Si vous le voulez bien, ne discutons de salaires qu’après avoir vu comment une plus entière rémunération du placement en capital peut être instaurée.