Af – Dette et croissance

— Alors, comment commence la déclaration de mobilisation générale ?

Voici : « Je veux d’abord exposer à mes compatriotes pourquoi et comment la France doit réduire puis contenir sa dette publique.

L’excès de dette publique

« La dette publique ne doit être qu’à raison de dépenses d’équipement, à l’exclusion de toute dépense de fonctionnement. Quand cette condition n’est plus remplie, l’excès de dette publique d’un pays étouffe la croissance de l’économie de ce pays, avec ce que cela comporte de négatif pour l’emploi.

« Les causes de cet étouffement n’ont rien de mystérieuses. L’une des plus importantes est la suivante. Davantage de dette publique nécessite davantage de placements en titres de cette dette. Par rapport à ce qui pourrait être sans cet alourdissement, il y a moins de placements en financements d’initiatives privées. Or, en dépit de ce que les antilibéraux se refusent à voir, ce sont ces initiatives privées qui, bien qu’elles ne soient pas les seules nécessaires au bien commun, sont par leur diversité, leur persistance et leur masse les plus déterminantes de l’essor durable de l’économie. Le retour à davantage de croissance qui, tôt ou tard, survient dans un pays dont la dette publique ne participe plus du tout au financement de dépenses de fonctionnement en atteste.

« Le premier large accord auquel j’appelle en matière économique est sur la raison principale, que je viens de résumer, de l’élimination, certes progressive mais à terme définitive, du facteur de ralentissement de la croissance que constitue l’excès de dette publique. Cette élimination est nécessaire afin que la France entre et reste dans le cercle vertueux du plein-emploi. »

L’autel de l’austérité

— Affirmer que « les initiatives privées, bien qu’elles ne soient pas les seules nécessaires au bien commun, sont par leur diversité, leur persistance et leur masse les plus déterminantes de l’essor de l’économie » suscite le regain des propos qui font le plus obstacle au libéralisme économique. Ton personnage ne peut pas l’ignorer.

— Ces initiatives sont, en effet, réputées avoir pour ressort la maximisation d’intérêts patrimoniaux qui compriment la progression du plus grand nombre des salaires et creusent des inégalités de revenu et de fortune. Mon personnage en est conscient et il va y venir. Pour l’instant, il poursuit ainsi :

« Ce qui est nécessaire n’est cependant pas pour autant suffisant. En l’occurrence, les générations en activité ne peuvent pas être sacrifiées sur l’autel de l’austérité, en expiation des facilités excessives que les prédécesseurs se sont accordés et en préparation d’un mieux pour les successeurs. Un regain de croissance peut être obtenu, et partant doit être obtenu, en même temps que le déficit public est allégé. Voici comment.

Une bonne nouvelle mais virtuelle

« Les entreprises de toute taille et de toute ancienneté sont d’autant mieux armées pour créer de l’emploi que dans leur financement la proportion de capital non seulement est élevée mais aussi est maintenue élevée au fur et à mesure de leur développement — et plus élevée encore aux moments où il leur faut se reconvertir, même en partie. Les syndicats de salariés qui privilégient davantage de crédit, et partant relativement moins de capital, dans le financement des entreprises défendent mal, sur ce point, les intérêts de leurs adhérents.

« Si, par un effort collectif dont je vais vous dire les principes, la proportion de capital dans le financement des entreprises françaises est nettement augmentée, cependant que les possibilités d’endettement à plus d’un an des entreprises restent inchangées en valeur absolue, alors en peu de temps le manque d’emplois commence à régresser et cette régression se poursuit tant que cet effort est maintenu.

— C’est une bonne nouvelle. Mais elle est virtuelle. Des habitudes de pensée et d’action bloquent sa réalisation.