D - L'autofinancement ampute

L’autofinancement est une règle de gestion dont l’origine remonte au temps où  les comptes du propriétaire d’une entreprise étaient confondus avec ceux de l’entreprise. Cette règle est devenue un article de foi qu’il est encore sacrilège de remettre en cause : une part des bénéfices d’une société commerciale doit être affectée à son autofinancement.

Si la part de bénéfice affectée à l’autofinancement est abolie, les dividendes s’en trouvent augmentés sensiblement — on peut s’attendre à ce que ce soit souvent du double. Les copropriétaires se rendent alors mieux compte de la rentabilité de leur placement. C’est tout l’argent qui leur appartient, et qui n’appartient qu’à eux, qui leur revient en ce cas. En retour, l’entreprise se trouve en meilleure position pour faire placer en augmentation de son capital un montant supérieur à celui des dividendes qu’elle a versés.

L’autofinancement par les bénéfices donne aux managers, administrateurs compris, un pouvoir par lequel ils outrepassent leurs droits. Les décisions arbitraires qu’ils prennent sur le report à nouveau font du prix du placement en capital un prix administré. Les actionnaires sont privés d’une partie de leur pouvoir individuel de décision par rapport à cette autre façon de faire : chaque actionnaire décide s’il augmente sa participation et à quelle hauteur, possiblement supérieure aux dividendes qu’il a reçus répétons-le.

Mais voilà, confessons-le : nous venons de pécher gravement contre ce qui est actuellement considéré être l’esprit du capitalisme. Le refus de dilution en est un autre élément. J’ai acquis X % du capital social d’une entreprise. Cela me fait propriétaire de X % de la situation nette de l’entreprise quand elle sera vendue ou liquidée. Mais je n’ai accepté de devenir actionnaire de cette société que si ma part relative de copropriété n’est pas diluée. La pratique de l’autofinancement préserve l’exercice du refus de dilution. Aux tenants par principe de cet exercice, il y a au moins un argument à faire valoir. De petites entreprises sont devenues des entreprises moyennes puis, parfois, de grandes ou très grandes, parce que leurs copropriétaires, souvent avec parmi eux leurs fondateurs, ont préféré la dilution de leurs parts relatives de copropriété à un manque de capital nouveau contrariant l’expansion et la consolidation de l’affaire.