H - L'impact social du profit suffisant

L’instauration de la pleine rémunération du capital change le statut du profit. Les taux nationaux de profit sur capital sont des prix moyens sans cesse ramenés à leur niveau suffisant pour : établir le plein-emploi, et le rétablir chaque fois qu’il est compromis ; procurer du complément de retraite, voire du remplacement de retraite par répartition. Il devient couramment admis que c’est par la rentabilité suffisante d’une entreprise que ses dirigeants et le reste de son personnel assument l’une de leurs responsabilités sociales majeures.

Usons ci-après de l’expression « capitalisme nouveau » pour faire part d’autres caractéristiques majeures du capitalisme du profit suffisant.

En capitalisme nouveau, il continuera heureusement à exister beaucoup de transferts privés et publics de termes d’échange marchand (privés : successions, dons d’argent, plus-values et moins-values[1]) ; publics : impôts, allocations[2], autres subventions). Mais la salubrité de la primauté des échanges marchands sur les transferts d’argent, et de biens ayant une valeur marchande, y sera plus largement admise.

L’État-providence, en ayant eu pour effet d’atténuer cette primauté, a exposé la société à un danger qui s’est réalisé. Les filets de protection mis en place ont contribué à faire passer pour tolérables l’économie de casino et le capitalisme façon Monopoly, au point de faire prendre pour un modèle social progressiste le train hôpital attelé à la locomotive de la cupidité et de l’aubaine faites fatalités.



[1] Un particulier vend un titre de propriété à un prix différent de celui auquel il l’a acheté. Ce prix est l’un des deux termes d’un échange marchand. La différence entre ce prix de vente et ce qu’a été le prix d’achat est un transfert dont la hauteur et le sens, plus-value ou moins-value, est susceptible d’être exclusivement déterminé par l’état du marché.

[2] Un « revenu de solidarité active », RSA, est une allocation et non pas à vrai dire un revenu. L’expression « revenu de transfert » est, en économie objective, contradictoire. D’Albert Camus : « Ne pas nommer les choses correctement ajoute au malheur du monde » — cité dans L’économie pour les nuls (First Éditions) du Pr Michel Musolino qui, dans ce même passage (p. 333), prescrit « une sérieuse injection de « qualitatif » à l’économie pour qu’elle reprenne des couleurs et du sens » ; mais c’est premièrement plus de « distinctif » élémentaire qu’il faut, par exemple en n’appelant pas « revenu », procuré par de l’échange marchand, un transfert ou un chiffre d’affaires. Une refondation heureuse du capitalisme ne peut que passer par ce genre de remise en ordre.