A.2.3.1. Faire osciller le poids des investissements publics en fonction de la conjoncture.

— Première règle de contribution du prélèvement public à la croissance —

1. À l’échelle des économies nationales, la base 100 la plus significative est le total des revenus avant impôts. Les poids dont il est ici question sont par rapport à ce total dont le PIB fait approximativement fonction.

Les revenus de placements sont la plus petite part de ce total, les revenus du travail la plus grande, dès qu’assez de croissance a eu cet effet, comme l’expose le chapitre La répartition. Mais si cet effet et une autre répartition, celle du revenu total du travail que le chapitre Le salaire expose, sont tenus hors de ce que la politique économique et la gestion des finances publiques d’une nation prennent en compte, il devient inévitable que dans cette nation prolifère des redistributions publiques qui vont à l’encontre de ce qui rend justes et fastes les distributions par les revenus proprement dits.[1]

2. La dépense publique est constituée de charges et d’investissements. Seuls les investissements d’une entité, rappelons-le, augmentent les propriétés — le patrimoine — de cette entité.

Rappelons également que l’amortissement des emprunts publics, à savoir l’acquittement des intérêts et le remboursement du principal, fait entièrement partie des charges publiques. Cet amortissement, futur au moment de l’emprunt, n’enlève rien à son effet d’éviction immédiate : les nouveaux emprunts publics d’aujourd’hui font aujourd’hui moins de financement par les ménages des investissements privés, avec la baisse de la contribution de ces derniers à la croissance et la création d’emplois.

3. Tant que la relance permanente par de nouveaux placements en capital social reste entravée, la priorité en matière de croissance est la levée de ces entraves. Lesquelles entraves persistent tant que la pleine rémunération du placement en capital n’a pas été instaurée.

Comment procéder à cette instauration est exposé au chapitre suivant, à rebours de la croyance en la viabilité systémique du capitalisme avec le minimum de capital, le maximum d’autofinancement, les cotisations patronales — cette fiction qui rend apparemment fondée la revendication perpétuelle d’une baisse du coût du travail —, l’embrouillamini hautement toxique des produits financiers dérivés, la création monétaire pour repousser à plus tard les assomptions de responsabilité. Les réformes prescrites dans les chapitres à suivre sont de grande portée curative mais elles n’empêchent pas que, comme avant qu’elles soient faites, surviennent des périodes pendant lesquelles de nouveau le chômage remonte.

4. Une augmentation temporaire du poids des investissements publics participe au raccourcissement des périodes de remontée du chômage. Alors, malgré l’épargne mobilisée par le financement de cette augmentation temporaire, la relance permanente ci-dessus évoquée fait basculer plus vite dans la décrue du chômage.

Car l’épargne et sa fraction placée en titres d’emprunt et de capital ne sont pas inélastiques. Elles le sont d’autant moins que les rémunérations et les sécurités de ces placements sont poussées aux niveaux qui rendent leur plus grosse part suffisamment attractive tout en étant faiblement exposée à des pertes et que l’élimination du surpoids des charges publiques a fait disparaître l’anticipation de l’augmentation du poids des impôts.

5. Le basculement dans la décrue du chômage rend possible la baisse conjoncturelle du poids des investissements publics. User de cette possibilité est de bonne politique économique pour la raison suivante.

La prospérité d’un pays est portée à son plus haut en évitant aussi bien l’atrophie que l’hypertrophie des prestations publiques, globalement considérées et par catégorie de prestation (d’où des arbitrages faisant que gouverner et légiférer n’ont vraiment rien d’une sinécure). En période de décrue du chômage, la baisse du poids des investissements publics participe à l’évitement de l’hypertrophie. En période de plein-emploi, la stabilisation de ce même poids participe à l’évitement du contraire, l’atrophie des prestations publiques.

6. Ces considérations conduisent à faire délibérément osciller le poids des investissements publics.  Alors de cette oscillation résulte la stabilité sur longue période de ce poids.

Explicitement assumée et effectivement réalisée, cette stabilité est un facteur de confiance dans la solidité d’une économie nationale. En complément de la relance permanente par des placements directs en nouveau capital social, cette stabilité au long cours rend plus supportables des allègements et des refus d’alourdissement des charges publiques, cette autre contribution majeure à l’évitement de l’hypertrophie des prestations et du prélèvement publics. Cette stabilité doit être établie à un assez haut niveau pour éliminer les retards les plus préjudiciables et prévenir par ordre décroissant d’utilité publique l’accumulation d’autres retards.

7. Vouloir l’oscillation du poids des investissements publics est une option principale de politique économique. La classe politique d’une nation est d’autant plus poussée à la faire sienne que l’opinion publique le lui demande.

La cause de l’inaptitude de personnalités politiques à faire émerger dans l’opinion publique de nettes majorités sur les options techniques majeures de politique économique n’a rien de mystérieuse. Ces personnalités sont trop vagues et leurs vues trop peu convaincantes sur ce qu’est une économie nationale en bon état et la dynamique qui la fait telle. Aucune technique de communication n’est à même de remédier au manque de concepts bien définis et aux résolutions mal ajustées.


[1] Revenus proprement dits donc, par définitions qui en soient vraiment, avant tout transfert et exclusivement par la voie des échanges marchands. Comment la répartition du revenu global est-elle réglée par le système établi par ces échanges ? Qu’est-ce que, pour leur part, les inégalités de rémunération du travail règlent ? Les économistes qui répondent le plus justement à ces questions fournissent aux partis et aux personnalités politiques une compétence indispensable à la pertinence de leur doctrine économique. Que le corps électoral ne puisse que rester durablement indifférent à ces réponses et à ce qu’elles impliquent n’est pas crédible. Ce qui rend l’économie de marché systémiquement faste n’est à repousser que par ceux qui l’ont définitivement jugée être vouée à la ruine quelle que soit la manière de la pratiquer. Pour les autres, qu’ils se demandent ce que voici. Le partage du revenu global entre ses deux composants et le partage que les inégalités de salaire régissent sont-ils au plus important de ce qu’il revient à la science économique d’élucider ? N’est-ce pas indispensable  afin de ne pas se méprendre sur ce qui fait une économie de marché bien réglée ? Le gouvernement d’une nation est-il économiquement compétent si sa doctrine est entachée d’une telle méprise ?