5.4. Appelons « quasi-capital » un financement permanent d'entreprise ne provenant pas directement d'un épargnant au moins.

1. L'intermédiation dans les placements d'épargne en financement permanent d'entreprise confisque du pouvoir.

Les sociétés A à G ont des actionnaires qui sont tous des épargnants. Ces derniers disposent, de ce fait, de pouvoirs. Leurs arbitrages sont rendus au moyen de comparaisons. Les conditions sont remplies pour que de la concurrence loyale prenne part à l'exercice de la propriété de ces sociétés.

Mais voici que la société G, au moyen d'une augmentation de son capital, prend le contrôle complet de A. Puis elle acquière successivement les sociétés B à F.  Des arbitrages autrefois rendus par les épargnants ont disparus.

La liberté d'entreprendre ne pourvoie pas d'elle-même à son bornage.

2. Les actions détenues par un investisseur institutionnel sont du quasi-capital.

C'est, plus généralement, le cas des actions détenues par toute entreprise. C'est, également, le cas des actions détenues par une entité publique.

Rien de public n’est financé par du capital strictement dit.

Les mesures des emprises respectives de l’entreprenariat privé et de l’entreprenariat public décrivent un état du système économique d’un pays. Mais ces mesures peuvent être comme un train qui en cache un autre. Il y a aussi les mesures des emprises respectives de l’entreprenariat privé dont le financement permanent est au moins pour sa moitié du capital strictement dit et de l’entreprenariat en général (privé + public) dont le financement permanent est au moins pour sa moitié du quasi-capital.

3. La nécessité de la distinction entre « capital » et « quasi-capital » est certaine.

Pour qu'il en aille autrement, il faudrait que l’extension du recours à du quasi-capital à la place d’une nouvelle mobilisation de capital strictement dit soit sans effets systémiques. Or les confiscations de pouvoir et les réductions de concurrence dont cette extension est le moyen sont de tels effets.

Un oligopole de maisons mères financées par du capital strictement dit et finançant par du quasi-capital presque toutes les entreprises de plus de dix salariés a des propriétés systémiques. Au pôle opposé, rien que des sociétés commerciales financées, comme les entreprises en nom personnel, par du capital strictement dit, donc sans participations croisées ni filiales (ce qui ne veut pas dire sans réseaux d’entreprises franchisées), a nécessairement des propriétés systémiques différentes.

4. Une définition du capital qui ne conduit pas à la distinction entre « capital » et « quasi-capital » est trop peu restrictive.

La pratique de l’économie de marché qui n’est pas éclairée par cette distinction est, elle, trop peu rigoureuse. C’est pour la même raison. Comme ce qui tient lieu de définition du capital, cette pratique est trop exposée à un déni de réalisé et de réalisable.

Ce réalisé ou ce réalisable est le train caché par un autre dont il est question au point 2 ci-dessus. La dynamique d’un régime économique dans lequel les entreprises sont de plus en plus financées par du quasi-capital n’a forcément pas les mêmes qualités que la dynamique du régime concurrent dans lequel le financement permanent des entreprises n’est que très marginalement ou pas du tout assuré par du quasi-capital.

Une proposition à suivre, sur les régimes économiques de base, tire parti de ce constat.