5.6. Le taux de capitalisation d’une entreprise importe plus que le montant de son capital.

1. Appelons « taux de capitalisation d’une entreprise » le rapport entre son capital et le total de son bilan (= du passif ou de l’actif).

Le capital d’une entreprise assure le financement permanent de cette entreprise. Il le fait d’autant mieux que le rapport qui vient d’être défini, exprimé en pourcentage, se rapproche de 100.

Rien de la mathématique de l’accumulation exponentielle n’entre dans la détermination de ce rapport. Notons, à charge d’y revenir, que l’accumulation, au moyen de placement en capital, plus rapide que celle fournie par le placement dans un livret d’épargne, sans prendre le risque que la cotation d’une action en bourse fait encourir, sans priver de la faculté d’une liquidation aisée à tout moment, n’est pas forcément destinée à rester marginale en économie de marché.

2. Le remplacement de la mention obligatoire « Société… au capital de … » par « Société… capitalisée à …. % (……. €) » présente deux avantages.

Elle renseigne mieux les parties concernées sur la solidité financière de l’entreprise. Elle stimule, par les très faciles et fréquentes comparaisons auxquelles elle invite, l’élévation du stock national de capital.

L’extension de cette publicité pourrait être progressivement étendue, par le Code du commerce, aux entreprises en nom propre. L’efficacité de cette mesure s’en trouverait renforcée.

3. La propriété juridique d’une entreprise est une chose, sa propriété économique en est une autre.

Cette autre est en proportion de son taux de capitalisation. Il n’y a pas d’exception à cette règle. Elle vaut aussi bien pour, par exemple, le cabinet d’un dentiste que n’importe quelle société dont les actions sont cotées en bourse.

Un jeune agriculteur achète entièrement à crédit une exploitation. Juridiquement, il en est le nouveau propriétaire et réellement il ne le devient qu’au fur et à mesure de l’amortissement de ce crédit. Notons qu’il lui faut, à cause des traites qu’il doit honorer, se montrer sauvage sur les rendements dès le début de sa prise en main de cette exploitation. Il en va de même des jeunes médecins qui créent ou reprennent un cabinet dans les mêmes conditions, d’un jeune notaire, d’un jeune boulanger, d’un jeune patron marin pêcheur, etc. Les causes du manque de capital de proximité sont en même temps celles d’une qualité de vie amoindrie par rapport à ce que cette qualité serait si ce manque était sensiblement réduit.

4. L’apporteur de capital d’une entreprise en nom propre n’est réellement propriétaires que d’une proportion de chacun des actifs inventoriés au bilan. 

Les apporteurs de capital d’une société commerciale sont dans la même situation.

Cette proportion est le taux de capitalisation. Selon que, par exemple, ce taux est environ un quart, une moitié ou un trois quarts, les fournisseurs de crédits globalement considérés détiennent économiquement le complément. Comment cela pourrait-il ne pas avoir d’effets  importants ?

5. La sécurité du placement en capital est certes fonction de toute une série de variables.

Mais l’une de plus grand poids est la hauteur même du taux de capitalisation – la solidité du bilan.

Entre un placement en capital qui rapporte un dividende de 9 % avec un taux de capitalisation de 40 % et un autre un dividende de 6 % avec un taux de capitalisation de 80 %, lequel présente la meilleure combinaison entre son rendement et sa sécurité ?

6. Un marché est, de toute façon, ce que l’on en fait.

Si la publication des taux de capitalisation est assurée, les épargnants qui placent en capital et qui perçoivent des dividendes, en viennent très vite à utiliser un indice qui est le produit du taux de dividende par le taux de capitalisation. Dans le précédent exemple chiffré, 9 fois 40 font 360 et 6 fois 80 font 480.

Ajoutons la publication de taux moyens de dividende et de capitalisation. Supposons que les deux placements en capital dont les indices rendement sécurité sont de 360 et de 480 font partie d’un ensemble dont le même indice est de 490, 7 fois 70. La direction de l’entreprise exploitante du placement dont l’indice est de 360 en déduit que c’est sur le taux de capitalisation qu’il faut qu’elle progresse cependant que la direction de l’entreprise exploitante du placement dont l’indice est de 480 en déduit que son « dividende » (profit par action) est un peu trop faible.

7. De proche en proche la dispersion des dividendes et celle des taux de capitalisation s’amenuisent.

Cela se fait de proche en proche par les arbitrages d’épargnants et d’entrepreneurs mieux informés.

Les autorités de marché ont alors bien fait leur travail : imposer la publication d’un tout petit nombre de chiffres faciles à interpréter et à comparer afin qu’il en résulte les tendances qu’il est d’intérêt général de rendre actives.

8. Il n’y a que dans une économie interentreprises au comptant que les taux de capitalisation de n’importe quelle entreprise à n’importe quelle entreprise deviennent directement comparables.

Quand ce n’est pas le cas et compte tenu des poids différents du crédit fournisseur, par rapport aux totaux de bilan, d’un secteur à l’autre, la comparaison ne devient pleinement significative que sectoriellement.

Une économie où le crédit fournisseur est la règle dans le commerce entre entreprises et des collectivités publiques avec les entreprises, et le paiement comptant l’exception, pallie de cette façon la hauteur insuffisante du stock national de capital.