5.11. Il y a quatre régimes économiques de base.

Une typologie générale des régimes économiques fait partie des implications de la définition du capital.

1. Le centralisme le plus complet est établi par la nationalisation de toutes les entreprises. 

Le financement permanent d’une entreprise nationalisée à 100 % est totalement du quasi-capital.

2. La propriété privée d’entreprise se prête au centralisme quand l’administration de la concurrence n’y fait pas obstacle. 

La constitution de trusts, de cartels et de holdings, avec des financements permanents de sociétés de sociétés par du quasi-capital et éventuellement des participations croisées, centralise du pouvoir économique.

3. Le libéralisme le plus complet est établi par la propriété directe de toutes les entreprises.

En libéralisme économique non amalgamé à un autre régime, il n’y a plus du tout de quasi-capital. La coopération interentreprises a, dans une telle configuration, possiblement beaucoup recours à des contrats de franchise.

4. Centralisme et libéralisme sont les pôles d’un axe typologique.

Selon que la fréquence de la propriété d’entreprise exclusivement directe est plus ou moins forte et étendue aux plus grandes sociétés commerciales, le degré de libéralisme est plus ou moins élevé. Plus le degré de libéralisme ainsi apprécié est faible, plus le degré de centralisme est fort et inversement.

5. Un autre critère typologique des régimes économiques est le taux moyen de capitalisation des entreprises.

Quand ce taux est inférieur à 50 %, plus de crédit que de capital participe au financement des entreprises. Les néologismes « créditisme » et « créditiste » sont utilisables pour désigner ce fait structurel.

Inversement, quand le taux moyen de capitalisation est supérieur à 50 %, plus de capital, et, plus ou moins marginalement, de quasi-capital que de crédit participe au financement des entreprises. Le substantif « capitalisme » et l’adjectif « capitaliste » sont utilisables pour désigner ce fait structurel.

6. Créditisme et capitalisme sont les pôles d’un second axe typologique. 

L’indication d’un pourcentage rend plus précis l’usage de la distinction entre créditisme et capitalisme. Des taux moyens de capitalisation de 20 ou 40 % font un créditisme à 80 ou 60 %. Des taux moyens de capitalisation de 60 ou 80 % font du capitalisme à 60 ou 80 %. Selon ces degrés, il n’y a pas lieu de s’attendre à ce que cela revienne à peu près au même.

7. Ces considérations conduisent à une typologie en quatre classes des régimes économiques. 

1 – Centralisme créditiste alias créditisme centralisé ;

2 – centralisme capitaliste alias capitalisme centralisé ;

3 – libéralisme créditiste alias créditisme libéral ;

4 – libéralisme capitaliste alias capitalisme libéral.

° Le modèle d'économie libérale issu des propositions de Léon Say

8. Ce qui importe le plus en organisation économique n’est que partiellement pris en compte par cette typologie.

Dans ce qui est de plus grand poids en organisation générale de la vie économique, il y a, en effet, notamment la monnaie et les taux de change d’une devise en une autre.

En science économique, quand suffisamment de définitions assez étroites ont-elles été posées, et d’explications expérimentalement vérifiables ont-elles été produites, pour qu’il ne soit pas logiquement prématuré de commencer à traiter normativement des affaires monétaires ? C’est plus loin que là où en sommes dans le présent traité.

9. Quel est le régime de base le moins exposé aux crises d’origine financière et le plus apte à procurer le plein-emploi ?

Le capitalisme libéral est le plus riche d’indépendances. Ses structures le dotent de beaucoup plus de cloisons étanches que chacun des autres régimes. Est-il pour autant le plus apte à procurer le plein-emploi plus souvent et longuement que le sous-emploi ? Quels revenus est-il dans sa pente logique de maximiser : ceux des placements, jusqu’à présent communément dits « du capital », ou ceux du travail, ou ni l’un ni l’autre ?

Il apparaît hautement probable que la formation de bulles, l’inflation et la déflation résultent d’infractions à ce que la théorie la plus prudente de la monnaie, du crédit et des finances publiques prescrit. Est-il vraisemblable que leur prévention puisse être efficace sans le recours délibérément accepté à une orthodoxie tant en matière monétaire que plus complètement économique ?