1.4. L'économie définie n'a pour objet que ce qui est spécifique aux échanges marchands et aux transferts de termes de ces échanges.

[Rédaction provisoire. Introduire la distinction entre l'économie indéfinie et l'économie définie ; la considération du positionnement de la seconde par rapport à la première ; la vertu propre à la seconde.]

Les échanges marchands et les transferts de termes d’échange marchand alimentent des échanges et des transferts de même sorte. C’est pourquoi la pratique de ces échanges et de ces transferts détermine l’existence d’un système.

Bien que les marchandises ne sont échangées, le plus courrament par monnaie interposée, que contre les marchandises, ce système n’est pas fermé. Outre qu’il y a création incessante de nouvelles marchandises, des écosystèmes naturels, des savoirs techniques et des organisations sociales, dont un appareil juridique, font notamment partie de l’environnement de ce système et participent à son pilotage. En retour, des effets de son fonctionnement altèrent son environnement.

Pour être acheteur il a fallu être vendeur ou bénéficiaire d’un transfert et le cumul débité du compte en banque d’un particulier ou d’une entreprise privée ne peut pas dépasser indéfiniment le cumul crédité. Il existe, à coup sûr, au moins un mécanisme d’autorégulation économique. Or ce qui fait un écosystème est d’être doté d’au moins un tel mécanisme. Le système économique l’étant, il est un écosystème. Cet écosystème, lui artificiel comme l’est par exemple un ouvrage de génie civil, étant ouvert sur son environnement, ses autorégulations n’assurent qu’une partie de son pilotage.

Ce pilotage ne peut être lui-même qu’un ensemble flou de copilotages émetteurs d’impulsions dont la cohérence n’a rien d’automatique. Une caractéristique majeure de l’appareil économique est d’être un système social avec tout ce que cela comporte d’inégalités et d’irrégularités. Une autre caractéristique majeure est d’avoir pour sous-systèmes une organisation monétaire et une organisation fiscale avec tout ce que ces dispositifs comportent d’inévitablement approximatif. Ces seules observations donnent à penser qu’il est de très hautement improbable à résolument impossible que la notion même d’équilibre général appliquée au système économique soit pertinente, sauf à faire sur le papier de ce système ce qu’en réalité il est impossible qu’il soit.

L’objet de la science économique est le système ouvert que la pratique des échanges marchands et des transferts de termes d’échange marchand établit.

Autre que la question du quoi étudier est celle du pourquoi s’adonner à cette étude. La quête de ce qu’il faut faire et ne pas faire pour le plus avoir et le mieux être de la majorité des moins fortunés et le désir de faire un point approfondi sur les responsabilités sociales que la vie économique met de fait à la charge de la minorité la plus fortunée sont, entre autres, des éléments de réponse à la question du pourquoi. Pour ce qui est de la question du comment, seules, bien sûr, des considérations de méthode en traitent. La proposition 1.1 et le dernier paragraphe du commentaire de la proposition 1.2 (« une méthode s’impose ») sont des éléments de réponse à la question du comment. Les commentaires ci-après sur la prédictibilité et l’objectivité en sont d’autres. Etc.

La science économique est un enjeu de société. Si dès ses premiers attendus elle projette sur la vie économique, et plus largement sociale, un imaginaire alors sa consécration encombre cette vie de dénis de réalité.

Les manques respectifs et assez souvent complémentaires de rigueur conceptuelle dans la gestion des affaires économiques publiques et privées font système. Une fonction majeure de la théorie économique est de mettre au jour les points d’appui objectifs (qualificatif plus avant commenté) de la critique de ces manques puis l’ouvrage au long cours de leur comblement. Des politiques, les entreprises et les syndicats en ayant aussi, en synonyme aux désignations « théorie économique » et « science économique », l’appellation « économie politique » reste heureuse.

L’économie étant un système, le parti pris idéologique ou trop exclusivement pragmatique d’un chef de gouvernement et de ses ministres en charge des affaires « économiques et sociales » ne peut, faute d’une vue assez complète et exacte du système tel qu’il serait préférable qu’il soit, déboucher que sur le recours à des expédients avec tout ce que cela peut comporter d’incohérent. À l’échelle nationale ainsi qu’à celle encore plus globale d’une communauté de nations, une politique économique non étayée par une économie politique pertinente tourne à la navigation à vue par temps de brouillard, la multiplicité des informations et des commentaires faisant écran à la prise de repères certains. Pour qu’une telle politique soit systémiquement pertinente et médiatiquement convaincante, il faut que l’économie politique dont elle procède soit si fondamentalement objective et cohérente qu’elle décrive un réalisable ayant ces qualités car ce sont elles qui font sa capacité à débusquer « au-dessus de la mêlée » le plus important à maintenir et redresser dans le réalisé actuel. En tout état de cause, les plans et les catalogues de réformes « économiques et sociales » restent trop peu méthodiquement élaborés quand ils n’ont pas pour préambule l’énoncé, initialement fourni ou approuvé par leur commanditaire, d’une politique économique digne de ce nom.

Bien que cela soit à première vue surprenant, une politique digne de ce nom est un concept et non une notion. Ce concept est défini quelques paragraphes plus loin.

Un des moyens d’établir que des caractéristiques du système économique peuvent faire l’objet d’une théorie vraie consiste à s’assurer que la théorie de base de la comptabilité commerciale est vraie.

La théorie de base, c’est-à-dire les distinctions primordiales. Ces dernières sont exposées au chapitre 3, sur l’entreprise. Un moyen, préalable ou complémentaire, consiste à s’assurer que les deux théorèmes ci-après démontrés sont vrais.

L’affirmation de l’inexistence de lois économiques objectives est irrecevable parce qu’il est impossible de prouver cette inexistence. L’affirmation que les plus importantes lois mises en avant par un courant de pensée économique ne sont pas objectives peut être recevable car il est possible, le cas échéant, de le prouver.

Des économistes perpétuent le déni de réalité qui consiste à soutenir que leur discipline ne peut pas être une science expérimentale. Outre le théorème de dépendance, les deux autres théorèmes un peu plus avant démontrés, ainsi que le rappel à suivre de l’évidence du désamorçage, prédisent des conséquences expérimentalement vérifiables. Telle économie de marché plutôt que telle autre a des conséquences théoriquement prédictibles et expérimentalement vérifiables. Remonter des constats de l’économie telle qu’elle est pratiquée à un schéma conceptuel de l’économie telle qu’elle devrait normalement être pratiquée n’est impossible que quand la normalité théorisée est fondamentalement imaginaire. Quand ce n’est pas le cas, à force d’observations exactes et d’évitements de pétitions de principe, la normalité prescrite par la théorie devient prédictive de conséquences expérimentalement vérifiables dans le laboratoire in vivo de la pratique des échanges et des transferts. Partir du réel objectif et du réalisable de même puis y revenir sans cesse fait partie du protocole de la science économique. Cette dernière s’en trouve alors dotée d’un statut épistémologique assimilable, mutatis mutandis, à celui de la médecine expérimentale chère à Claude Bernard.

La science économique, quand cette appellation n’est pas usurpée, est une collection cohérente d’observations, de vérifications, de prescriptions et de prédictions le plus possible objectives. L’adepte de cette science s’en trouve condamné à ne répondre, en sa qualité d’économiste, qu’à une partie et un aspect des questions que la vie économique soulève. Pas de science, dont l’économique, sans l’acception et la confession de ses limites.

N’importe quelle personne ou instance, dont un gouvernement, qui a une solution à fournir à n’importe quel problème économique se méprend lourdement pour ce qui est aussi de son efficacité. Cette dernière, personnelle ou collective, consiste toujours à concentrer son attention et son action sur ce qu’on juge être l’essentiel, ce qui se fait nécessairement au détriment de l’accessoire : De minimis non curat praetor. Pour qu’il en aille autrement, il faudrait non seulement que le temps et l’argent ne soient pas ce qu’ils sont mais aussi que partout une faible part de ce qui produit – typiquement, 20 % – ne soit pas la cause d’une forte part de ce qui est produit – typiquement 80 %. Cette loi, dite des 20/80, s’applique à tout le réel et c’est elle qui fait qu’en toute chose existe l’essentiel et l’accessoire ainsi qu’en toutes affaires humaines des comportements plus ou moins efficaces. Une politique n’est digne de ce nom qu’à la condition d’être une concentration sur le tout petit nombre de questions qui font le plus gros des résultats. Cela importe aussi beaucoup en économie. Non seulement sa pratique mais aussi sa théorie doivent en tenir compte.

Une définition de l’économie emporte une définition des actes économiques. Vendre avec succès est inconditionnellement un acte économique ; acheter l’est donc. Acquitter un impôt l’est aussi ; percevoir un impôt l’est donc. En revanche, donner, comme voler, n’est que conditionnellement un acte économique : l’objet donné, ou volé, doit être de l’argent ou un autre terme d’échange marchand.

Le don ou le vol d’un savoir est-il toujours, certaines fois, ou jamais un acte économique ? C’est selon qu’un savoir est lui-même toujours, certaines fois ou jamais une marchandise. Le chapitre suivant élucide ce point.

La théorie économique tire de la notion de richesse le concept de richesse marchande en convenant de dire de n’importe quel terme non monétaire d’échange dont la contrepartie est ou aurait pu être une quantité de monnaie qu’il est une richesse marchande. Cette convention pose l’identité de l’ensemble des termes non monétaires d’échange marchand et de l’ensemble des richesses marchandes. Cet unique ensemble ne comprend évidemment pas que des objets tels que des biens immobiliers, du pain, des vêtements et des machines mais aussi des prestations de service achetées à des entreprises. Ce n’est pas tout. La production et la commercialisation des précédentes richesses nécessitent les prestations de service de travailleurs. Quand ces prestations ont pour contrepartie un salaire, elles font partie des termes non monétaires d’échanges marchands et donc de l’ensemble des richesses marchandes. Dans l’ordre de causalité, ce sont ces dernières richesses qui viennent en premier, avant le champ cultivable, la maison, le pain, les vêtements et les machines, entre autres produits du travail.

Un demandeur d’emploi est un offreur de richesse marchande en attente de trouver preneur.

Les richesses marchandes ne sont rares que pour la partie d’entre elles dont les quantités ne peuvent pas être augmentées par l’industrie des hommes. Définition en compréhension. Faute de tirer de la notion de rareté le concept de rareté économique, admettre que toutes les richesses marchandes sont rares introduit dans la théorie des échanges marchands un déni de réalité et une pétition de principe.

Les discours qui affirment que les entreprises sont seules créatrices de richesse, outre qu’ils omettent généralement de donner à entendre qu’il ne s’agit que de richesse marchande, ne tiennent pas compte du fait que la prestation de service d’un fonctionnaire est, comme celle fournie par tout autre salarié, une création de richesse marchande. Illustrons cette dernière observation par une démonstration qui, prenant en compte une capacité que seules les entreprises ont, élucide un aspect crucial de la problématique de la création de richesse marchande.

Cette démonstration est celle d’un théorème de différence. À montants égaux, les placements dans le financement permanent (capital) ou long (plusieurs années) d’une entreprise sont davantage créateurs de richesses marchandes que les impôts et les placements dans le financement de la dette publique. Précisons d’abord qu’une richesse marchande est toujours un produit 1) d’une dépense outillée d’énergie humaine, 2) qui a été mis en vente avec succès. Cette seconde caractéristique fait que, sur la période et le territoire considérés, il y a autant de créations de richesse marchande que d’achats, dont en premier lieu ceux de prestations salariées et avec, entre autres, les achats, effectués par paiements d’émoluments, des produits du travail des fonctionnaires et des élus rémunérés. Soit P le placement d’un montant M dans le financement permanent ou long d’une entreprise. P finance un flux temporaire de premiers achats donnant à l’entreprise les moyens d’établir un flux durable de ventes, ce flux alimentant lui-même un flux durable d’achats qui augmentent d’autant les créations de richesse marchande. Soit I un impôt de montant M. Cet impôt finance un flux temporaire d’achats qui sont autant de créations de richesse marchande.[2]Soit P’ le placement de montant M dans le financement de la dette publique. P’, étant le substitut d’un impôt supplémentaire, ne sert également qu’à financer un flux temporaire d’achats qui sont autant de créations de richesse marchande.[3]Soit V la valeur totale des richesses créées en au moins deux ans au moyen de P. Sur la même période, il faut, avec n > 1,n fois I pour que la valeur totale des richesses créées au seul moyen d’impôts soit égale à V. Toujours sur la même période, il faut, avec n’ > 1, n’ fois P’ pour que la valeur totale des richesses créées au seul moyen de placements en emprunts publics soit égale à V (l’écart entre n et n’ tient à ce que P’ fait l’objet d’un achat au moyen du service d’intérêts). Un placement P qui se révèle raté est, au pire, l’équivalent, pour ce qui est de la création de richesses marchandes, d’un impôt ou d’une autre sorte de don de même montant. Tous les placements de type P n’étant pas ratés, sur une période de deux ans au moins une somme de P est davantage créatrice de richesses que la même somme de I et que la même somme de P’.

Allons plus loin. Appelons maintenant M le maintien de la création nationale de richesses marchandes ; tant que M, la prospérité générale est étale. Appelons D les dépenses de fonctionnement [4]du secteur public, hors entreprises qui en font partie, toutes fournitures de subventions publiques comprises. Une réciproque du théorème de dépendance (page 17) est que l’augmentation du poids de D relativement au volume des ventes des entreprises nécessite plus de recettes fiscales ou, et, plus d’épargne placée en titres d’emprunt public (il y a une exception qui, quand elle existe, n’a jusqu’à présent concerné qu’un pays à la fois ; ce qui suit ne vaut qu’en partie de la même façon pour ce pays). Il en résulte de moindres contributions au financement permanent et long des entreprises. Le théorème de différence (page 21) a pour conséquence que l’augmentation du poids relatif de D est elle-même réductrice de la création de richesses marchandes par rapport à ce que cette création serait sans cette augmentation. Aux théorèmes de dépendance et de différence s’ajoute un théorème de réduction : si le poids relatif de D augmente alors la création de richesses est réduite par rapport à ce qu’elle serait sans cette augmentation. Cette dernière, trop longtemps poursuivie, en vient à compromettre M puis à faire basculer dans un déclin de plus en plus manifeste de la prospérité nationale. La ligne rouge a été franchie quand une partie du financement de D a commencé à être empruntée au-delà de quelques semaines. Le franchissement dans l’autre sens de cette même ligne rouge nécessite la réduction de D au montant des recettes fiscales compatibles avec au moins M, quitte à devoir réduire des taux d’imposition.

En sus de la reconnaissance démontrable qu’un pays est appauvri par une croissance trop rapide de D, deux assimilations, fréquemment et justement utilisées dans des conversations privées, facilitent la vulgarisation de cet aspect de la problématique de la création nationale de richesses. La limitation des dépenses publiques de fonctionnement aux recettes fiscales est la version nationale de ce qu’est pour un ménage l’évitement du déficit car le financement de ce déficit appauvrit ce ménage. Seconde assimilation : la réduction de D pour franchir dans l’autre sens la ligne rouge est, elle, la version nationale de ce qu’est pour un ménage l’effort d’économies importantes, voire drastiques, pour mettre fin à l’appauvrissement provoqué par le financement des déficits de ce ménage.

L’économie, parce que double pratique d’échanges marchands et de transferts de termes de ces échanges, expose tous ses acteurs à mal juger de ce qui relève avec le minimum d’inconvénients durables respectivement de ces échanges et de ces transferts.

Bien juger de ce qui relève avec le minimum d’inconvénients durables respectivement des échanges marchands et des transferts se révèle parfois délicat mais est aussi en bonne part régi par l’évidence du désamorçage. Qualifions de primaires les échanges marchands dont un terme est la prestation d’un investisseur en capital ou d’un travailleur. Des subventions publiques aux entreprises pallient des carences dans la pratique entrepreneuriale des échanges primaires alors qu’il serait d’intérêt général d’éliminer durablement les causes de ces carences. Autrement dit, ce palliatif désamorce la recherche du résultat à obtenir par le plein jeu des échanges marchands alors que ce résultat peut, le plus souvent sinon toujours, être obtenu de cette manière quand les conditions décrites du quatrième au septième chapitre du présent ouvrage sont remplies. Outre les « baisses de charge » consenties aux employeurs, les subventions publiques directement versées aux salariés du bas de l’échelle des rémunérations désamorcent elles aussi la formation et l’évolution normales des salaires, tous sans exception termes d’échanges marchands. L’évidence du désamorçage s’applique aussi à d’autres transferts publics. Quand les partis politiques et les syndicats de salariés sont financés par des subventions publiques, leur financement normal par leurs seuls adhérents s’en trouve désamorcé et la main mise de la fonction publique sur la vie du corps social s’en trouve renforcée d’autant.

L’homme est à tout instant de sa vie astreint à travailler, c’est-à-dire à dépenser son énergie, dans tous ses agissements sans aucune exception, distractions et repos compris. Cette astreinte existe en toute indépendance d’une quelconque production de l’esprit humain. Cette astreinte est donc objective, cet adjectif étant le plus approprié à la signification concise de l’indépendance constatée. L’échange marchand, le transfert de propriété et la monnaie existent en toute indépendance d’une production de l’esprit d’un homme vivant (et, de plus, d’un mort connu). Ces existences sont donc pour nous objectives, cet adjectif étant, dans ce cas aussi, le plus approprié à la signification concise de l’indépendance constatée. Etc. C’est dans ce sens courant, voir dictionnaires, que le qualificatif « objectif » et le substantif « objectivité » sont utilisables aussi en théorie économique.

L’objectivité a une vertu qui lui est propre. Le dialogue sur la morale et l’économie, à partir de la page 38, examine ce point. Cet examen établit que seule une doctrine de l’objectivité en économie qui prend explicitement en compte le rapport très étroit entre l’objectivité, la morale et l’économie est assez substantielle tant rationnellement que didactiquement et socialement.

Une théorie des échanges marchands a un caractère nettement plus objectif que subjectif quand elle reste centrée sur les phénomènes spécifiques aux échanges marchands. Cela la rend indépendante de la subjectivité des échangistes. Où sont, en effet, les causes et les conséquences psychiques, les morales comprises, spécifiques aux aspects économiques de la vie sociale ? Ces causes et ces conséquences spécifiques existeraient si, par exemple, l’appétit de pouvoir d’achat était d’une autre nature que l’appétit de pouvoir ; le désir de posséder par l’échange marchand d’une autre nature que le désir de posséder ; le besoin satisfait par le moyen de l’échange marchand d’une autre nature que le besoin satisfait par l’autoconsommation de sa production ; la mentalité économique d’une autre nature que la mentalité sociale ; etc.

Convenir de ces inexistences est cohérent avec les trois constats suivants :

L’homme tire de sa subjectivité tout ce qu’il produit, dont, par le truchement de l’intuition d’indépendances par rapport à ses états de conscience, ses observations objectives et leurs applications.

Moins ces dernières participent à la vie économique et politique, plus la mentalité ambiante est rendue perméable aux exploitations subjectives abusives et aux avilissements qui en résultent.

Au seuil d’une investigation menée selon la méthode indiquée page 15(dernier paragraphe du commentaire de la proposition 1.2), rien ne permet d’exclure que la subjectivité collective soit normalement un déterminant principal du prix d’au moins une catégorie de marchandise.

L’histoire critique des idées économiques apprend que l’effort d’objectivité interdit un recours, dans cette discipline aussi, et en conditionne un autre. Elle interdit le recours positif aux élucubrations qui, si apparemment mathématiques qu’elles aient pu être rendues, ne reposent en définitive que sur des préjugés. Elle conditionne le recours aux mathématiques supérieures à une préalable et rigoureuse « analyse primitive des faits ».

Cette dernière expression et la condition qu’elle sert à exprimer se trouvent sous la plume de Paul Valéry rendant compte de sa lecture critique de Léon Walras.L’analyse primitiveque le présent ouvrage expose utilise quatre principaux instruments et porte sur trois matières principales. Les quatre principaux instruments sont : 1) la définition, au sens de ce concept en logique mathématique ; 2) la délimitation du champ d’étude par la définition de l’économie ; 3) la division de l’ensemble des marchandises en sous-ensembles homogènes ; 4) la conceptualisation de ce qu’est objectivement la seule institution qui n’existe que par et pour la pratique des échanges marchands, l’entreprise. Les trois matières principales sont : 1) la valeur d’échange, c’est-à-dire le prix, de chaque grande catégorie de marchandise ; 2) l’emploi ; 3) la répartition entre profits et salaires. Le tout constitue un jeude propositions premières de science économique ou, plus complètement désigné, de propositions premières d’économie politique objective. Du champ de la science économique, ce tout ne couvre que la partie fondamentale de la théorie objective des échanges marchands ou, ce qui désigne mieux la teneur de cette partie, la théorie générale des prix, de l’emploi et de la répartition. Ce tout constitue aussi une initiation à l’économie.

Par les idées qu’il sème en masse, l’enseignement est désormais un grand pouvoir en matière d’économie. C’est pourquoi on ne voit pas que le degré de qualité sociale de l’économie pratiquée puisse être sensiblement relevé sans être précédé ou rapidement accompagné par celui du degré d’objectivité de l’économie pensée dès le stade des initiations scolaires et des propédeutiques universitaires.

Mais aussi, avant ce relèvement, bien des améliorations très substantielles peuvent être apportées et doivent être conservées là où elles l’ont déjà été. Les trois théorèmes et l’évidence du désamorçage en attestent d’autant plus que quelques considérations de bon sens sur le thème de la création des richesses marchandes suffisent à faire majoritairement approuver par le corps électoral ce que ces théorèmes et cette évidence enseignent. Dans un pays en paix où ce discours grand public n’est pas ou plus de mise, qu’y a-t-il d’accessoire à ce qu’il le devienne ou le redevienne ?

Au moins depuis la première moitié du 19èmesiècle, il se répète que l’économie est la production, la distribution et la consommation de richesses. Cette affirmation colporte une indéfinition de l’économie. Les commentaires de la proposition suivante disent pourquoi.



[1]Proposition 2.11, page 53.

[2]L’impôt finance aussi des subventions publiques qui elles-mêmes financent des achats. Une subvention octroyée à une entreprise pour financer, en partie ou en totalité, un actif, au sens comptable de ce mot, devient un placement P mais à titre gratuit et à fonds perdu. Le théorème de différence ne vaut que pour la partie des impôts qui ne servent pas à prodiguer ce type de subvention. Pour ce qui est du caractère généralement dommageable de cette sorte de transfert, voir page 23 le passage relatif à l’évidence du désamorçage.

[3]Le théorème de différence ne vaut que pour la partie de la dette publique qui ne sert pas à octroyer le type de subvention indiqué dans la précédente note de bas de page. Le renvoi à l’évidence du désamorçage, page 23, concerne aussi la partie de la dette publique qui a servi ou va servir à octroyer ce type de subvention.

[4]La distinction entre dépenses de fonctionnement et d’équipement fait l’objet d’une note en bas de la page 36.