7.3. L’existence d’une relation entre stock national de capital et état de l’emploi est certaine.

1. Un stock national de capital est un agrégat réel.

Dans un pays, des entreprises exercent tout ou partie de leurs activités et y sont domiciliées. La somme des fonds permanents qui, aux passifs de leurs bilans, appartiennent à leurs propriétaires et ne sont pas du quasi-capital constitue le stock de capital de ce pays.

2. Deux impossibilités établissent l’existence d’une relation entre ce stock et l’état de l’emploi.

Pour que cette relation n’existe pas, il faudrait en premier lieu que les créations et les expansions d’entreprises de toute taille au seul moyen d’apports en capital, pour ce qui est de leurs ressources financières à plus d’un an, ne soient pas créatrices d’emploi chaque fois que leur activité le nécessite.

Il faudrait, en second lieu, qu’à l’échelle de pays entiers aucune corrélation ne puisse être observable entre le stock national de capital par tête d’habitant et le degré de satisfaction de l’aspiration primordiale.

3. La baisse de la teneur en emplois directs d’une augmentation du stock national de capital ne peut être qu’asymptotique.

De plus en plus de machines et, comme cela se dit désormais en agriculture d’intrants, fait baisser dans maints secteurs d’activité le nombre d’emplois directement créés au moyen de nouvelles mobilisations de ressources financières à plus d’un an par les entreprises. Ce n’est pas pour autant que ces apports financiers en viendront à ne plus être directement créateurs d’emplois. C’est bien, en revanche, à cause de cette baisse que plus de machines et d’intrants rend nécessaire davantage de mise en capital, sauf à ce que plus d’équipement devienne une source de dysfonctionnements systémiques par excès de recours à l’endettement.

4. La relation entre la croissance de l’endettement des entreprises et leur création d’emplois existe aussi.

Mais cette croissance, quand elle est plus forte que celle du stock de capital a une limite fatale. Hors sa petite part, toutes entreprises confondues, constituée par des obligations directement souscrites par des épargnants, elle est fournie par des banques commerciales et d’autres entreprises (crédit fournisseur). Inexorablement le seuil de trop d’insolvabilités se rapproche puis est franchi.

5. Alors l’emploi recule cependant que plus de capital n’a pas cet effet.

Ce que nous appelons les « crises du capitalisme » sont, pour l’essentiel, des excès de recours à l’endettement qui provoquent la formation d’une chaîne de manques d'autonomie. Une baisse de la satisfaction de l’aspiration primordiale ne peut qu’en résulter, dans un cortège de drames personnels dont la multiplication déprime le corps social.6

6. L’inclination au « soutien de la demande » par la désépargne élude une évidence.

L’épargne dépensée en achats à des entreprises soutient l’activité marchande. L’épargne placée en capital la soutient tout autant dans un premier temps puis plus longuement. Dans un premier temps, c’est parce que ces placements financent des achats à des entreprises et abondent des fonds de salaire permettant de créer des emplois. Plus longuement, c’est à cause des fonds de salaire : ils participent au maintien des emplois qu’ils ont permis de créer et qui, par la dépense des salaires correspondants, alimente les ventes des entreprises.

7. La relation entre le capital et l’emploi vient au premier rang des réalités économiques sur lesquelles l’exercice du pouvoir politique doit être centré.

Tant que ce centrage n’est pas instauré, le corps électoral reste, à juste titre, habité par une intuition : les élus aux plus hautes fonctions et les grands commis de la fonction publique et de la finance ne font pas ce qui est en leur pouvoir afin que davantage de satisfaction de l’aspiration primordiale soit obtenue.

8. Sur le marché de l’emploi apparaît très nettement ce qu’a d’artificieuse la distinction entre offre et demande en matière d’échange marchand.

Un employeur qui recrute offre du salaire et demande de l’ouvrage. Le travailleur qui vient à un entretien d’embauche offre de l’ouvrage et demande du salaire. Tant que dure le contrat qui oblige réciproquement un employeur et un employé, ce qui s’échange est une offre de salaire contre une offre d’ouvrage aussi bien qu’une demande de salaire contre une demande d’ouvrage.

9. La problématique de l’emploi a conduit à la notion d’ « employabilité » : la capacité d’un individu à être employé.

Mais ce n’est là que l’une des deux faces de cette problématique. De l’autre face, il est souvent dit qu’elle est celle « l’offre d’emploi ». C’est cependant une convention boiteuse. Qui se juge employable et le fait savoir à un employeur fait bel à bien à ce dernier une offre d’emploi… ou, comme on voudra, une demande d’emploi.

10. Au côté de l’employabilité, il y a de fait l’ « employeurabilité » : la capacité d’une entité à employer.

Que l’employeurabilité d’une entreprise ne dépende pas que de son taux de capitalisation ne fait aucun doute. Elle n’en dépend pas moins principalement, au rebours de la préférence créditiste pour le minimum de capital et le maximum de crédit dans le financement des entreprises, plus néfaste que faste par ses conséquences.

11. Mettre l’accent davantage sur l’employabilité que sur l’employeurabilité est partial.

Cela procède de l’idée que c’est d’abord aux individus de s’adapter aux employeurs. En réalité il est nécessaire que l’adaptation soit premièrement celle des emplois aux individus et, en réciprocité, des individus aux emplois qui leur sont fournis.

12. Ne pas prendre ces choses dans cet ordre est contreproductif.

Il n’y a pas un droit des employeurs à se faire fournir par un système de formation des employés sur mesure. Il y a un devoir des employeurs à former, à partir de leurs appréciations équitables (Fayol) des prédispositions et des acquis des individus qu’ils prennent la responsabilité d’employer.

Un faible taux de capitalisation nécessite de l’entreprise qu’elle se décharge le plus possible de ce devoir sur la collectivité en général et sur son appareil de formations initiales et complémentaires en particulier.

13. Il y a un premièrement et un deuxièmement dans une politique nationale de l’emploi économiquement réaliste.

Le premièrement est le centrage sur l’employeurabilité des entreprises. Ce centrage comprend l’attention portée à la relation entre le stock de capital et l’état de l’emploi.

Le deuxièmement est la multitude des impulsions qui améliorent l’employabilité et ne peuvent être qu’en partie institutionnalisées par les pouvoirs publics parce que le bien commun commande qu’en règles générales les individus soient considérés comme devant se prendre en charge et les finances publiques soient gérées comme une famille qui par principe exclut le surendettement.

14. Ce premièrement met la science économique face à un devoir majeur.

Il existe ou il n’existe pas dans la cybernétique que l’échange de propriétés cessibles tend à établir et faire fonctionner une autorégulation dont le plein exercice a pour objet l’emploi vu sous le jour de la capacité des entreprises à en créer autant que la population en demande. Un devoir majeur de la science économique est d’élucider ce point.

15. Chercher cette élucidation dans des statistiques est méthodologiquement inadéquat.

L’économétrie est inévitablement le produit d’une théorisation de l’économie. Si cette théorisation ne comporte pas très explicitement la spécification d’une autorégulation dans laquelle le stock national de capital stricto sensu (1 ci-dessus) et l’état de l’emploi interagissent ou sont susceptibles d’interagir, alors c’est à la place un faisceau d’autres facteurs qu’elle met en avant en faisant peu ou pas du tout cas de cette interaction.

16. Il y a pire

On passe à de l’absurde avec l’affirmation qu’il n’y a pas de relation entre le stock national de capital stricto sensu (1 ci-dessus) et l’état de l’emploi pays par pays « parce que » les statistiques ne rapprochent pas la variation de ce stock par habitant de celle de cet état. En vérité et à notre connaissance, les statistiques macronomiques ne rapprochent pas encore cette variation et cet état.

Relation entre nouvelles mises en capital et création d'emplois

La relation entre nouvelles mises en capital et création d'emplois serait douteuse parce que non statistiquement prouvée. Il n'y a pas qu'une appréciation fausse de l'indépendance, impossible, entre la théorie économique qui fait le plus autorité et la statistique économique qui conduit à tenir cette assertion pour elle-même fort douteuse. Il y a également l'histoire des faits économiques.

 

Dans cette histoire se trouve, en effet, celle de la réforme fiscale de Reagan en 1986, entre bien d'autres faits passés qui confirment l'existence, de bon sens, entre les nouvelles mises en capital et la créationd d'emplois.

En déduire que de la niche fiscale est le meilleur moyen de stimuler la création d'emplois par de nouvelles mises en capital relève, comme le dirait Jacques Bichot, de l'action paramétrique. Comme le chapitre sur l'emploi  des présentes Propositions premières de science économique le montre, des mesures organiques prises par les pouvoirs publics sont plus appropriée à la stimulation permanente, et ouvertement structurelle aux yeux de tous, des mises en capital.