10.1. Appelons constamment « intérêt » et « profit » les rémunérations respectives de la fourniture d’un crédit et d’un placement en capital.

1. Appeler « intérêt » la rémunération de la fourniture d’un crédit est depuis longtemps systématique.

En revanche, ne plus appeler « intérêt » également la rémunération du placement en capital est plus récent. Jusque dans la première moitié du 20e siècle, fréquents ont été les propos des économistes d’où il ressort que la rémunération du placement en financement permanent d’une entreprise, c’est-à-dire en capital strictement dit, fait, à leurs yeux, partie de la famille des intérêts.

2. Les revenus de placement sont pour les uns des intérêts et pour les autres des profits.

L’administration fiscale n’éprouve aucune difficulté à faire distinguer par les contribuables ce qui dans leurs revenus de placement est constitué d’une part d’intérêts et d’autre part de profits strictement dits, à savoir de bénéfices distribués par une entreprise en échange du placement dans le capital strictement dit de cette entreprise.

3. Une différence majeure entre le placement en capital et en crédit est relative à la croissance.

Soit deux pays pour lesquels l’épargne placée est à très peu près identique. Mais dans l’un des deux pays la proportion de ce stock qui est placée en capital est beaucoup plus grande que dans l’autre, de même que les taux de capitalisation des entreprises sont eux aussi beaucoup plus élevés. Pour autant que d’autres facteurs ne jouent pas en sens contraire, la croissance de l’économie de ce pays sera supérieure. Ce qui vaut, à cet égard pour deux pays pendant le même laps de temps, vaut pour un pays d’une période à l’autre de son histoire économique.

4. Cette différence est l’une des raisons pour lesquelles il y a lieu, en théorie économique, de distinguer nettement le capital en contrepartie de profits et le crédit en contrepartie d’intérêts.

Inversement, qui tient pour malencontreux que la croissance devienne ouvertement alimentée avant tout par de nouvelles mises en capital, dont en particulier davantage de mises directes en capital social, est porté à faire peu de cas de cette raison. Les grands fournisseurs de crédit ont intérêt à cultiver et faire cultiver ce point de vue, favorable à la prospérité de leurs affaires.