11.11. Les prix auxquels une entreprise vend sont suffisants quand, pour cette entreprise, les rentabilités directes de même appartenance sont égales.

1. Les concepts de rentabilité directe R, productivité directe P et profitabilité directe P’, tels que ci-dessus définis, sont univoques.

La relation RPP’ d’autant plus active qu’il y a moins d’obstructions à la concurrence par la comparabilité est précis, tout comme le sont ceux de productivité directe et de profitabilité directe. Il en résulte qu’il est factuellement faux, en règle générale, que les prix ou des prix auxquels une entreprise vend ne sont ni excessifs ni insuffisants quand les profitabilités directes de même appartenance sont égales.

En exception à la règle générale, des centres de production de marge de même appartenance peuvent avoir des productivités égales, ou bien sûr à peu près égales. En ce cas mais en ce cas seulement, des prix de vente sont à leur niveau suffisant quand des profitabilités de même appartenance sont égales.

2. Quand une entreprise est juridiquement constituée en société, la rentabilité effective de son capital est, année après année, le rapport entre les dividendes qu’elle fournit et le capital exploité — réalité différente du capital tel que coté en bourse notamment.

Ce qu’est cette rentabilité dans les entreprises en nom personnel se trouve en faisant comme si l’exploitant distinguait toujours ce qui lui revient en tant que travailleur d’une part et que propriétaire d’autre part.

J’ai dans mon patrimoine des actions de la société S cotées en bourse X. Est-ce x par action qui est exploité par S ? Oui si seulement la division des fonds propres (capital social + réserves) de S par le nombre d’actions donne un montant égal, ou à peu près égal, à X.

3. Les prix auxquels une entreprise juridiquement constituée vend sont excessifs ou insuffisants dès lors que :

  1. la rentabilité effective de son capital est insuffisante ou excessive par rapport à ce qui est en moyenne suffisant pour établir ou maintenir le plein-emploi dans le pays où elle est domiciliée, voir relation EPCE ;
  2. la totalité de son bénéfice (net tant que l’entreprise est redevable d’un impôt sur ses résultats) n’est pas distribuée pour une part en complément de salaire(s), pour une autre part en rémunération effective du placement en capital social.

4. L’autre condition principale est qu’au sein de l’entreprise les rentabilités directes de même appartenance soient identiques.

Plus ces rentabilités sont dispersées, plus dans les prix auxquels l’entreprise considérée vend certains sont excessifs et d’autres vraisemblablement insuffisants. On peut aussi dire : plus il y a de fait des subventions internes par inégalités des rentabilités directes de même appartenance.

Souvent, quand les prix qui sont de plus grande influence sur la compétitivité pourraient être baissés à condition que d’autres soient relevés, les prix à baisser sont moins nombreux que les prix à relever. C’est un effet de la loi dite des 20/80 : une petite proportion des ventes fait la plus grosse part du chiffre d’affaires et de la production de marge.

5. Des suppressions d’emploi sont évitables par la réduction volontaire des inégalités de rentabilité directe de même appartenance.

Faute de cette réduction volontaire, un centre de production de marge sur-rentable est de fait dispensateur de subventions consommées par un centre de production de marge sous-rentable ou plusieurs. Dès lors que la concurrence a pour effet la réduction de la sur-rentabilité et qu’il est trop tard pour relever de la sous-rentabilité, supprimer des emplois devient fréquemment inévitable.

Ce piège est d’autant plus redoutable que la production de marge la plus rentable est fréquemment la moins profitable. Une direction générale, faute de s’astreindre à pratiquer et faire pratiquer au sein de l’entreprise la distinction entre profitabilité et rentabilité, est exposée à faire de bonne foi le contraire de ce qui serait pour tous le plus salubre : investir davantage dans la production de marge la moins profitable mais la plus rentable, se dégager de la production de marge la plus profitable seulement après avoir cherché comment la rendre plus rentable.

6. L’évolution de la structure de ses ventes devient indifférente à une entreprise qui égalise ses rentabilités directes de même appartenance.

Que la clientèle de cette entreprise augmente ou réduise ses achats sur telle ou telle section de l’offre de cette entreprise devient alors, en effet, sans incidence sur la rentabilité de l’ensemble de l’offre.

Ce n’est qu’à cette condition que les qualités et les quantités de mises en vente par les entreprises sont des offres pleinement arbitrées par la demande. C’est aussi l’une des conditions principales auxquelles les entreprises respectent effectivement la liberté de choisir de leurs clients.

7. L’entreprenariat qui se veut équitable sans intégrer à sa gestion les conditions auxquelles les prix d’une entreprise sont suffisants se fie trop à ses bons sentiments.

Une entreprise verbalement gérée pour dégager le plus possible de bénéfice peut en fait l’être pour, exercice après exercice, atteindre au plus près l’objectif de résultat final mis par sa direction générale au départ de son processus de décisions budgétaires et de fixations d’objectifs. Si dans cette entreprise et ne serait-ce que très tacitement, les conditions principales qui rapprochent ses tarifs de vente de leurs niveaux suffisants sont admises, alors sa gestion est susceptible de se révéler pour tous (clients, salariés, détenteurs de parts de capital) plus équitable que là où les étendards de « l’économie sociale et solidaire » et du « commerce équitable » flottent à la proue et à la poupe du navire.