6.3. Le profit, toujours servi par une entreprise, dépend et se distingue des bénéfices de cette entreprise.

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[Le texte de la section Science économique auquel le bulletin 147, 23/11/10, a renvoyé a été déplacé dans l'archive de ce bulletin.]

1. C’est, plus précisément, des bénéfices nets que les profits dépendent et se distinguent.

La différence positive entre produits et charges est un bénéfice brut quand l’entreprise doit acquitter un impôt sur le bénéfice, ainsi que quand elle a versé des dons non comptabilisés parmi les charges. Le bénéfice net est alors après déduction de ces transferts.

En l’absence de ces derniers, ce qui vaut ci-après pour le bénéfice net vaut pour le bénéfice tout court.

2. Le bénéfice net d’une entreprise est divisible, au plus, en quatre parts.

Dans l’ordre alphabétique des désignations ci-dessous utilisées, ces quatre parts sont :

1) une affectation A à l’autofinancement de l’entreprise, abondement aux réserves obligatoires comprises ;

2) un complément C de salaire pour intéressement au bénéfice de l’entreprise d’une partie ou de la totalité du personnel ;

3) un profit P distribué au(x) propriétaire(s) de l’entreprise (en partie ou en totalité provenant d’au moins un « report à nouveau » positif sur exercice antérieur) ;

4) un trop-perçu T ristourné aux clients dont le montant des achats a été enregistré.

3. La doctrine de répartition des bénéfices nets qui prévaut aujourd’hui est celle des trois parts.

Ces trois parts sont l’une « pour l’entreprise » – l’affection A – ; l’autre pour les salariés – le complément C – ; la troisième pour le(s) propriétaire(s) de l’entreprise – le profit P.

4. La prédétermination des proportions entre ces trois parts est souvent tenue pour normale.

Considérer que le plus conforme à la justice distributive est que ces trois parts soient égales revient à prescrire une telle prédétermination. Une autre manière de prédéterminer la répartition des bénéfices nets est de fixer des quotités dont l’une au moins est différente des autres, avec, par exemple : 50 % pour la part A « compte-tenu du plan d’investissement de l’entreprise », 30 % pour la part C car les salariés sont, sic, « le capital humain », 20 % pour P car, met-on en avant sans se soucier d’une infraction à la justice commutative, le plus gros de « la création de valeur pour l’actionnaire » est la plus-value qui sera réalisée à la liquidation de tout ou partie des parts de copropriété.

5. Quelle justice, commutative ou distributive, est en cette matière la plus appropriée ?

Les échanges marchands sont des commutations de propriétés cessibles. C’est pourquoi la justice commutative a vocation à régir ces échanges, sinon en totalité au moins en bonne part. Partant de ce constat, la répartition des bénéfices des entreprises soulève des questions de fond.

Que peut-il y avoir de commutativement juste dans cette répartition ? Est-ce à raison de ce qui entrave le moins les fonctions stimulatrices et régulatrices du profit ? Ces fonctions, par ce qu’elles comportent de plus objectif, ont-elles une importance sociale de première grandeur, bien que masquée par la petitesse du total de la part des bénéfices des entreprises allouée aux profits relativement à la masse des salaires tous emplois compris ?

6. Des écarts donnent à réfléchir.

Quand la distribution ne porte que sur le bénéfice net du dernier exercice clos et que les trois parts sont égales, le taux de profit sur capital est trois fois plus petit que le taux de bénéfice sur la même base. Il faut alors, dans le cas d’une société, pour un P de 4 % sur capital servi aux actionnaires, 12 % de bénéfice net sur capital – et 18 % de bénéfice brut sur la même base avec un prélèvement fiscal du tiers du bénéfice brut. Quand P est le cinquième du bénéfice net, pour un 2,5 % sur capital servi aux actionnaires, il faut 12,5 % de bénéfice net – et, au même taux d’imposition des bénéfices, 18,75 % de bénéfice brut sur la même base.

Les écarts entre profit et bénéfice net, ci-dessus respectivement de 1 à 3 et de 1 à 5, sont indépendants de l’imposition des entreprises sur leurs bénéfices : c’est en premier lieu sur eux que nous attirons ici l’attention.

7. Alors que le bénéfice est toujours un reste, le profit n’en est pas forcément un.

Un conseil d’administration ou le propriétaire d’une entreprise en nom propre qui, en vue du calcul du montant du profit, fixe un taux qu’il juge convenable fait que ce montant n’est pas le reste d’une soustraction. Ce procédé a pour conséquence qu’il n’y a pas alors, en vérité, de marge de profit, au sens ici donné au substantif « profit », cependant qu’il y a bien toujours une marge de bénéfice.

8. Remarquons l’un des cas dans lesquels le profit est un reste proportionnel au bénéfice net.

Dans ce cas, la part C est proportionnelle au bénéfice net B et il n’y a qu’une seule autre part, la P qui est ce qui reste de B après déduction de C. Alors la part B est elle aussi proportionnelle au bénéfice net.

Est-ce, convient-il de se demander, la généralisation de cette répartition qui porte à leur plus faut les fonctions régulatrices et stimulatrices du profit ?

9. Le remède à un inconvénient de la part C est évident.

Le complément de salaire C a un effet, d’autant plus important qu’il est relativement élevé : différents salaires, tels que touchés au mois le mois, ne sont plus exactement comparables. Il en va de même du treizième mois ou plus ainsi que d’autres primes et avantages en nature. Des réglages en chaîne s’en trouvent plus approximativement et lentement faits.

Le remède est évident. Ce sont les salaires annuels, tous leurs composants compris, qu’il faut prendre l’habitude de comparer, quitte à les diviser par douze pour que leurs ordres de grandeur soient plus significatifs pour tout un chacun.

10. Le trop-perçu T n’en est vraiment un qu’à toute une série de conditions.

Sans entrer dans une analyse historique de l’orientation donnée, dans les années 1840, à la notion de « trop-perçu » par les fondateurs du mouvement des coopératives de consommation, les Équitables Pionniers de Rochdale, notons qu’il faut à l’évitement de son détournement une panoplie de dispositions statutaires qui fixent notamment :

1) la nomenclature des parts entre lesquels le bénéfice de fin d’exercice doit être réparti ;

2) pour chacune des parts autres que la part T, dont en premier lieu les parts P et C, les définitions du taux et de l’assiette de leurs calculs respectifs ;

3) l’interdiction de s’engager à rendre régulière, exercice après exercice, la part T ;

4) les règles de gestion décrites en arguments de la proposition 4.1.9.

Alors, mais alors seulement, la part T devient ce qui reste occasionnellement du bénéfice après ses autres répartitions. D’après ce que nous en savons, reprendre sur ces bases toute une part de l’inspiration coopérative reste à faire.

Réactions à la proposition 4.2.2

La proposition 4.2.2 mérite un triple approfondissement :

- la définition du profit. Selon l'atelier Paul Fabra, on appelle « profit » le revenu de la propriété ou de la copropriété d’une entreprise. Toutefois, Paul Fabra in "Le capitalisme sans capital", p. 53 "Le profit n'est pas un gain de jeu où l'on parie sur la volatilité des cours. Il est un élément de l'échange (épargne investie contre flux attendu de bénéfices). L'échange exclut le principe de maximation du profit". Sur ce dernier point, David Ricardo n'est pas d'accord :" Chacun étant libre d'employer son capital là ou il le désire, il cherche naturellement à l'employer de la façon la plus avantageuse; il sera bien entendu insatisfait d'un profit de 10 pour cent si, en déplaçant son capital, il peut obtenir un profit de 15 pour cent. Ce désir incessant qu'a tout capitaliste d'abandonner une affaire moins profitable pour une autre plus avantageuse, tend fortement à égaliser tous les taux de profit dans des proportions telles que selon l'estimation des parties, il y ait compesation pour tout avantage dont disposeraient ou sembleraient disposer certains par rapport à d'autres". Au passage, David Ricardo ne se risque pas à une définition du profit; l'auteur "des principes de l'économie et de l'impôt" développe une approche fonctionnelle.

Selon Jean - Paul Betbèze in "Les 100 mots de l'économie", pp. 16 et 17, "Le profit c'est ce qui reste et qui permet de continuer. C'est ce qui reste après que l'on a encaissé les ventes et décaissé les charges. Une part importante de ce profit brut demeure dans l'entreprise pour compenser l'usure des équipements, c'est la dotation aux amortissements. Une deuxième part se trouve sous forme de liquidités à la clôture des comptes de l'entreprise pour payer les dividendes. Ils sont là pour fidéliser les actionnaires et envoyer des messages positifs aux marchés. Une troisième est mise en réserve, et s'ajoute à la dotation aux amortissements;

- les parts du profit. L'argumentation de la proposition 4.2.2 en recense quatre. En réalité trois sont opérationnelles : l'une réservée à l'entreprise, l'autre aux salaires, la dernière aux actionnaires. 

Jean - Paul Belbèze en voit aussi trois (cf. ci - dessus) en excluant les salaires.

David Ricardo en décèle deux : "Ni le fermier qui cultive la qualité de terre déterminant le prix ni le manufacturier qui fabrique les biens, ne sacrifient une part de leur produit pour acquitter la rente. La valeur totale de leurs marchandises n'est répartie qu'entre deux composantes : les profits du capital et les salaires".

La dernière enquête de l'Expansion (numéro de décembre 2010) en voit aussi deux : les salaires et les profits du capital.

- l'introduction de la justice commutative ou distributive dans la répartition du profit. C'est une question qui relève plus de choix polititiques qu'économiques. En définitive, la part réservée aux salaires doit - elle plus importante que celle relative aux dividendes? David Ricardo prône un profit maximal pour le capitaliste, non pour assurer son oisiveté, mais pour l'inciter à investir, moyen le plus sûr de créer la prospérité.

Approfondir oui mais pas comme ça

J’espère, Jean-Bernard que ni notre amitié, ni notre collaboration car tu es membre du secrétariat de l’Atelier, ne pâtiront du titre et de la teneur de ma réponse.

1°) Tu avances que selon l’Atelier, on appelle « profit » etc. Ce n’est pas vrai. Les Propositions premières proposent de n’appeler « profit » que, comme préalablement elles proposent de n’appeler « capital » que. Il y a là plus qu’une nuance.

2°) Le sens univoque donné au substantif « profit » vaut reconnaissance de son statut de terme d’un échange marchand. Ce sens est pleinement compatible avec ce que Paul Fabra dit du profit dans la citation que tu reproduis, le rejet du principe de maximisation dudit profit compris.

3°) Les économistes néoclassiques et avec une large partie de l’opinion publique voient dans l’entreprise une quasi personne qui a pour but le maximum de profit. Cette vue a le statut d’un postulat et non pas d’une démonstration établissant qu’il en va forcément ainsi. Dans la citation de Ricardo que tu reproduis, cet auteur prend en considération les épargnants qui placent pour noter que de leurs arbitrages résultent une tendance à l’égalisation des taux de profit sur capital. Il n’en résulte pas que Ricardo a fait sien avant l’heure le postulat néoclassique ni qu’il a eu l’intention d’en produire une démonstration : c’est une tendance à l’égalisation qu’il fait apparaître et non pas un impératif pour les entreprises de maximisation.

4°) Une implication évidente de la tendance à l’égalisation des taux de profit sur capital, quand elle est assez active (il y faut une organisation du marché du capital et plus largement de la concurrence voulue afin qu’il en aille ainsi), est qu’une entreprise ne peut pas rester durablement avec des résultats qui lui procurent une rentabilité très nettement supérieure ou inférieure aux autres. Dans ces conditions, ce n’est pas au plus possible de profit que les entreprises sont astreintes mais à un quantum. Cette différence est de nature et non pas de degré.

5°) Ce qu’a de mieux ou moins bien venu une définition d’un objet économique par rapport à d’autres énoncés ne se trouve qu’à condition de prendre appui sur une définition de la définition (je renvoie sur ce point à la proposition 1.1 qui ne doit pas au hasard d’avoir été placée là). Partant de là, il faut la discussion de ce qui doit être retenu des autres énoncés parce que les faits et la logique y obligent. Ce n’est pas, m’apparaît-il dans ton commentaire, une telle discussion qui est amorcée.

6°) Qu’est-ce qui est réfutable dans l’énoncé « N’appelons « profit » que le revenu de la propriété ou de la copropriété d’entreprise » ? Tant que je ne le vois pas, l’attitude raisonnable est se dire : voyons si cette convention univoque aide à rendre plus clair ce qui se passe de plus faste et néfaste au bien commun sur la scène économique ?

7°) Ton second point fait état des « parts du profit ». La proposition que tu commentes n’utilise heureusement pas cette expression : ce serait contradictoire avec la proposition 4.2 et incohérent avec la 4.2.1. Dans la 4.2.2, c’est de distribution des bénéfices dont il est notamment question pour bien faire ressortir que les profits, au sens univoque précédemment donné à ce substantif, en procèdent et s’en distinguent.

8°) La deuxième citation de Ricardo ne dit pas ce que tu fais lui dire. Qui annonce que la valeur totale des marchandises vendues par les entreprises n’est au final répartie qu’entre deux composants : les profits du capital, alias les revenus du capital, et les salaires, alias les revenus du travail, n’annonce pas que ces revenus respectifs sont les deux parts du revenu du capital !

9°) L’enquête de L’Expansion ne voit que deux parts de quoi ? Si c’est de « valeur ajoutée », ce n’est pas de « profit », sauf à donner tellement de sens aux mêmes mots clés du vocabulaire économique qu’ils servent aussi bien à tenir vrai le faux que faux le vrai.

10°) Les échanges marchands sont au cœur de la vie économique. Ces échanges sont des commutations de propriétés cessibles. C’est cela qui fait que de la justice commutative et de l’injustice idem s’exercent dans la vie économique et ne constituent pas une question qui relève plus de choix politiques qu’économiques – une opposition qui, comme le suggère fort heureusement l’expression « économie politique », est en soi contestable.

11°) Une masse salariale est répartie entre 2 % de salariés qui touchent 20 fois la rémunération moyenne des autres. Une autre masse salariale est répartie entre 2 % de salariés qui touchent 400 fois la rémunération moyenne des autres. Tu fouilles dans la partie Politique économique du site et tu trouves une formule de calcul qui t’aidera à prendre la mesure de ce qui en résulte dans un cas et dans l’autre. Cela fait, tu constateras, cas d’école en main, que la vie économique pose aussi au moins un problème de justice distributive et d’injustice de même.

12°) C’est toi qui prête à Ricardo la prescription d’un profit maximal pour les capitalistes afin de les inciter à investir. Tu parais ne pas voir ce que ce « maximal » entraîne, moyennant l’identité implicite et factuellement fausse « épargnants propriétaires et copropriétaires d’entreprises = entreprises ». La conséquence est l’approbation du postulat néoclassique sur le « maximum de profit but de l’entreprise » et la pétition de principe qui va avec. Du profit, il en faut très évidemment pour qu’il y ait du capital, comme de l’intérêt il en faut tout aussi évidemment pour qu’il y ait du crédit. Dans le cas du profit, c’est-à-dire de la rémunération du service du placement en capital, combien en faut-il à l’échelle d’une économie nationale, pour ce qui la concerne elle aujourd’hui ? Répondre le maximum revient, voire condamne, à soutenir que 1°) même en tant que principe n’ouvrant pas la voie d’une quantification un tant soit peu précise, il n’existe rien qui rende suffisant le total des profits, 2°) le cours naturel du capitalisme est la maximisation du revenu total du capital, 3°) ce cours naturel est par conséquent également celui de la minimisation du revenu total du travail. Ce qui est à suivre dans les Propositions premières et que sur le fond Paul Fabra approuve sans réserve est que ce 1° est faux et que ces 2° et 3° sont à l’envers de ce que le capitalisme est en mesure d’être.

Ce renversement de perspective est-il réfutable ? En instruisant cette question, nous retroussons les manches pour mettre les mains dans le cambouis de ce qui fait l’essentiel social de l’économie politique, autrement dit de la science économique. Mais en bordures de ce chemin, il y a beaucoup de fausses pistes et d’eaux troubles dans lesquelles noyer le poisson.

Toutes les considérations au moyen de la terminologie par trop polysémitique et pusillanime que l’histoire des idées économiques nous a léguée, et dans laquelle le présent de cette histoire se vautre avec un manque croissant d’esprit critique, nous retardent. C’est pourquoi j’ajoute à la première phrase de ma réponse cette supplique : approfondissons en nous assurant d’avoir bien compris le fond ; en réfléchissant à ce fond plus par nous même que par ce que d’autres ont donné à entendre ; en préférant l'accumulation d'arguments logiques que le recours à des arguments d'autorité ; en usant d’une terminologie tout à la fois consacrée par l’usage mais d’une manière sensiblement plus rigoureuse qu’il est d’usage de le faire ; ou que des auteurs dont nous admirons ont l’œuvre ont réussi à le faire.

Je sais, c’est ambitieux mais nous n’avons pas le choix pour tenter de léguer en économie politique et en politique économique plus de mieux que ce que nous avons-nous-même reçu en héritage. Qui veut bien prendre le temps d’y réfléchir par soi-même avec assez de recul ne peut qu’en convenir : l’économie ne deviendra plus saine que si cette ambition est cultivée.

DM

La réponse de Dominique

La réponse de Dominique permet de repréciser un caractère essentiel de l'économie objective: le profit s'inscrit dans le schéma de l'échange: il ne tombe ni du ciel, ni par construction, d'une exploitation des salariés.

Je me permet de remettre ici l'image illustrant ce fait; image incluse dans la définition de "profit" dans le dictionnaire du site. Il faut aussi voir celle de revenu qui lui est associée. Toutes les définitions se tiennent.

Echange marchand : profit