6.6. La normalisation de la publicité des taux de profit sur capital améliore l’organisation du marché du capital.

1. L’argumentation à suivre s’ajoute à une précédente.

Cette argumentation précédente est celle qui est portée à l’appui de la proposition 5.10 : des normes relatives au capital participent à l’assainissement permanent de l’économie de marché.

Ce que nous appelons « capital exploité », pour distinction d’avec « capitalisation boursière », découle de ce qu’indique l’argument 4 de la proposition 5.7 au sujet de la valeur exploitée par action.

2. Les « fonds propres » d’une entreprise de la terminologie comptable et le « capital exploité » par cette entreprise désignent le même objet.

Cet objet, également souvent appelé « capitaux propres », est constitué de fonds permanents qui appartiennent au(x) propriétaires(s) de l’entreprise. Contrairement à ce que ces appellations laissent entendre, ils n’appartiennent pas à l’entreprise.

3. À proprement parler, il n’y a de « fonds propres » qu’aux bilans des particuliers et des associations non commerciales.

Les prétendus « capitaux propres » des entreprises sont du capital dont tous les composants, dont les réserves obligatoires et statutaires, appartiennent au(x) propriétaire(s) de l’entreprise.

4. Cet objet existe aussi bien dans le cas des sociétés commerciales que dans celui des entreprises en nom personnel.

C’est un argument suffisant pour en faire la base 100 de la normalisation de la publicité des taux de profit sur capital. Une caractéristique que doit, en effet, avoir cette publicité est de valoir pour toutes les sortes d’entreprise car le marché du capital a un périmètre plus étendu que celui du seul capital social.

5. Dans une entreprise en société, le taux de profit sur capital exploité et le taux de « dividende » par rapport à la valeur exploitée par action sont les mêmes.

Le numérateur et le dénominateur du second taux sont le résultat de la division de ceux du premier par le nombre d’actions.

6. Les taux annuels de profit sur capital exploité se prêtent non seulement à leur comparaison directe entre eux mais aussi avec des taux annuels d’intérêt.

Tous ces taux sont des prix. Or il n’y a vraiment concurrence marchande que là où il y a comparaison facile des prix : plus cette facilité est réduite et moins la concurrence pousse à la discipline des prix.

Il n’y a que par trop approximativement « économie de marché » quand à son organisation manque une norme de publicité des taux de profit sur capital, symétrique à ce qu’est pour les intérêts le TEG, taux effectif global.

7. Un « dividende » servi sans indication de son taux par rapport à la valeur exploitée par action acquitte un prix sans dire quel est ce prix.

Ce manquement rend la concurrence, sur le seul marché du capital en première analyse, moins régulatrice que ce qu’elle devient quand il y est mis fin en le comblant. Toujours en première analyse, ce comblement rend service aux actionnaires et aux propriétaires d’entreprise en nom propre.

8. La manière d’annoncer les prix du placement en capital est un élément important d’organisation économique.

À tout pourcentage de profit P sur capital C correspond un coefficient C/P. Par exemple, à un profit sur capital de 5 % l’an correspond un coefficient de 20, 100/5. Selon que le pourcentage augmente ou baisse, le coefficient varie en sens contraire. Un Price Earning Ration (PER) est un coefficient de cette sorte.

La préférence donnée à P/Ce, avec Ce pour Capital exploité, ou Cb/P, avec Cb pour Capitalisation boursière, ne revient pas au même. La préférence pour P/Ce, y compris pour les sociétés dont les titres sont cotés en bourse, va de pair avec la volonté de l’incitation aux placements en capital pour les rentes qu’ils procurent et le service d’intérêt général qu’ils constituent. La mise en avant de Cb/P va, elle, de pair avec la priorité donnée à la recherche de plus-values sur le marché des valeurs mobilières.

9. Pour compléter ou remplacer un régime de retraite par répartition par des rentes du placement en capital, une condition évidente s’impose.

Il faut que, dans le stock national de capital, la proportion de capital-qualité-retraite soit assez élevée. Il faut donc encourager le service du revenu, sous contrainte de la conservation de la valeur d’échange de l’épargne placée.

La normalisation de la publicité du taux de profit sur capital ici prescrite est de nature à y contribuer.

10. Le taux moyen de profit sur capital est directeur.

Conjointement à d’autres paramètres mais d’une façon qui ne peut pas être accessoire, le taux moyen profit sur capital est, pays par pays, directeur en partie du taux d’épargne par rapport au revenu global, plus complètement de la part de cette épargne qui est placée en capital. Ce faisant, il est directeur en partie de ce qui résulte de ce taux, plus complètement de ce qui résulte de cette part.

C’est considérable. Dans ce résultat, il y a rien de moins que l’emploi, ainsi que le chapitre suivant le montre analytiquement.

11. La position prise à l’égard de la normalisation des taux de profit sur capital est révélatrice d’un choix.

De plus en plus, échec historique de l’économie planifiée aidant, les alternatives de ce choix commencent de la même façon : « Je suis d’accord pour que toute une part de l’économie soit de marché ». Puis elles divergent : « Je suis d’accord / ne suis pas d’accord pour que les taux de profit sur capital participent ouvertement, grâce à la normalisation qui en facilite les comparaisons, à la régulation de cette part de l’économie ».

12. Où sont les arguments recevables en faveur du « pas d’accord » ?

Comment se peut-il que le « capitalisme » où le « pas d’accord » prévaut ne soit ou devienne pas un régime sous la coupe de ceux qui ont intérêt à ce que la concurrence y soit lacunaire et, au fil du temps, en peau de chagrin ?