6.8. La publicité des taux moyens de profit sur capital incombe aux pouvoirs publics.

1. Un ratio est une valeur relative économiquement significative.

Tout ce qui est ci-dessus admis sur le capital et le profit fait partie de ce qui est à prendre en compte pour rendre ces ratios conceptuellement pertinents et, partant, statistiquement justes dans la limite des marges d’erreurs inhérentes à l’usage d’échantillons.

2. La nationalité des entreprises est fonction du lieu de leur siège.

La nationalité des profits est celle des entreprises qui les ont servis, quelle que soit la nationalité des épargnants qui reçoivent ces profits.

3. Quand une entreprise ne sert pas de profit, la rentabilité de son capital n’est jamais négative.

Cette rentabilité est alors toujours nulle, bien qu’il soit tentant de considérer qu’elle est négative quand l’entreprise perd de l’argent. Revoir au besoin, sur ce point, ce qui oblige à reconnaître que pertes et profits ne sont pas économiquement symétriques : argument 8 de la proposition 6.2.

4. Illustrons cette propriété des taux moyens de profit sur capital.

Soit deux entreprises dont le capital de début d’exercice est de même montant. Au titre de cet exercice, l’une sert du profit à hauteur de 8 % de son capital, l’autre fait des pertes à même hauteur. La rentabilité moyenne du capital pour ces deux entreprises est de 4 % et non pas de 0 %.

5. Dans tout pays, il existe une rentabilité moyenne du capital.

Pour autant que la distribution de la totalité des bénéfices soit devenue de règle, d’année en année la rentabilité moyenne du capital des entreprises de tout pays fluctue. Cela se produit sans que sur longue période (plusieurs générations) une baisse tendancielle, annonciatrice d’une économie de marché restant viable sans profit, se fasse jour (la question des tendances divergentes qui affectent normalement la rentabilité moyenne du capital et la profitabilité moyenne des entreprises est examinée au chapitre suivant).

6. De quoi ces fluctuations peuvent être mieux régulatrices dès lors qu’elles sont connues ?

Pour répondre à cette question, il faut supposer connue et largement diffusée, année après année, la rentabilité moyenne du capital des entreprises du pays considéré. La théorie de l’emploi et la théorie de la répartition des revenus entre ceux des placements et du travail, quand elles sont articulées sous cette supposition, établissent que de la connaissance largement répandue de la rentabilité moyenne du capital d’un pays et de ses fluctuations est cybernétiquement essentiel et socialement faste. C’est au point qu’il apparaît alors que les pouvoirs publics qui tiennent cette connaissance largement répandue pour auxiliaire en économie de marché – et, à plus forte raison, pour négligeable – commettent une faute de diligence et que cette faute est lourde par ses conséquences.

7. De quoi les rentabilités moyennes du capital par secteur d’activité des entreprises de même nationalité est-elle régulatrice ?

Que les hôpitaux (qui sont tous de fait des entreprises) soient chroniquement moins rentables que l’industrie pharmaceutique ou les compagnies d’assurance et qu’il en aille de même des exploitations agricoles et de « la grande distribution » ou de la construction automobile n’est pas sans conséquences. D’une part les rentabilités sectorielles du capital menacent des emplois et compriment des revenus quand elles sont sensiblement inférieures à la moyenne nationale. D’autre part les rentabilités sectorielles du capital qui sont sensiblement supérieures à la moyenne nationale signalent des marges plus élevées que ce qu’une meilleure organisation de la concurrence produirait.

8. Dans cette meilleure organisation, il y a celle de la concurrence de toutes les entreprises entre elles sur le marché de leur financement permanent.#81

Qui dit marché, en l’occurrence du placement en capital contre profit périodique, dit prix et qui dit concurrence dit prix rendus directement comparables. Si, entreprise par entreprise, les taux de profit sur capital font partie du secret des affaires et si la rentabilité moyenne du capital par secteur d’activité et tous secteurs confondus des entreprises de même nationalité sont un point aveugle de l’appareil statistique et des coups de projecteur des médias, le moins qu’on puisse dire est que l’organisation générale de la concurrence reste par trop lacunaire.

Mais il y a un autre argument, encore plus décisif.

9. Supposons les activités d’un pays réparties en deux secteurs.

Admettons que la rentabilité moyenne du capital est dans le secteur 1 de 4 %, dans le secteur 2 de 12 %, ces deux secteurs réunis de 7 %. Si la rentabilité moyenne du secteur 2 est abaissée à cette moyenne, ce secteur reste attractif pour le placement en capital. Si, en même temps, la rentabilité moyenne du secteur 1 est relevée jusqu’à devenir égale à la moyenne de 7 %, ce secteur devient plus attractif pour le placement en capital. Au final, c’est plus de capital, et non pas autant qu’avant, qui devient mobilisable grâce à l’égalisation des rentabilités sectorielles du capital des entreprises de même nationalité.

Par un calcul algébrique d’optimisation, il se démontre que ce qui vaut à cet égard pour deux secteurs vaut pour autant de secteurs qu’il convient aujourd’hui d’en distinguer dans le pays considéré. D’où la généralisation que le sous-titre suivant résume.

10. La réduction de la dispersion des taux sectoriels de profit sur capital favorise la croissance du stock national de capital.

Rien que ce constat suffit à justifier l’attribution de l’estimation et de la publicité des rentabilités moyennes du capital, ou taux moyen de profit sur capital, aux pouvoirs publics. Il la faut, en effet, cette mesure d’organisation car, en rendant l’incessant rapprochement des taux de profit sur capital de leur moyenne nationale plus actif, elle favorise l’augmentation du stock national de capital et l’emploi supplémentaire que cette augmentation donne le moyen de créer.