6.7. Disons de l’un des taux de profit qu’il est une « rentabilité » et de l’autre une « profitabilité ».

1. D’une part, le profit est la rémunération du placement en capital.

D’autre part, le profit est obtenu au moyen de ventes, lesquelles, portant toutes sur des marchandises composées, sont effectuées par la mise en œuvre des actifs financés par un passif dont un capital fait partie. C’est pourquoi il existe deux taux significatifs de profit.

2. Ces deux taux ont le même numérateur, le profit, et des dénominateurs différents.

Pour l’un, le dénominateur est le capital dont le profit rémunère la fourniture. Pour l’autre, le dénominateur est le montant des ventes ou d’un autre flux tel qu’une marge grâce auquel le profit a été obtenu.

3. Un moyen littéraire évite la confusion à laquelle l’expression « taux de profit » expose.

Ce moyen consiste à qualifier le taux de profit considéré. Il s’agit, en effet, soit de taux de profit sur capital, soit de taux de profit sur vente ou « valeur ajoutée », soit de tous les taux de profit en l’absence de leur qualification « sur … ».

4. Il y a également le recours à l’algèbre.

Avec C de Capital, V de Ventes ou de Valeur élémentaire, P de profit : ») :

P / C : taux de profit sur capital : rentabilité du capital ;

P / V : taux de profit sur ventes ou « valeur ajoutée » : profitabilité de l’activité commerciale considérée.

5. Ce recours à l’algèbre facilite deux observations.

1) Les taux de profit P / C et P /V ayant le même numérateur, il existe un troisième terme V / C qui commande leur rapport : P / C = P / V fois V / C.

2) Rien n’autorise à admettre qu’un taux de profit P / C varie en toute circonstance dans le même sens que le taux de profit P / V correspondant. Du fait de leur relation V / C, il y a, tout au contraire, lieu de s’attendre à ce que la tendance de longue période qui affecte l’un ne soit pas la tendance qui affecte l’autre.

6. Le profit étant une marge quand il est le reste d’une différence, remarquons l’existence de deux familles de taux de marge.

L’une de ces familles est celle des taux de marge sur stock. L’autre est celle des taux de marge sur flux.

Un taux de profit sur capital est un ratio de la famille des taux de marge sur stock. Un taux de profit sur ventes est un ratio de la famille des taux de marge sur flux.

7. L’emploi du mot « rentabilité » pour désigner aussi bien un ratio de la première famille que de la seconde prête à confusion.

Un moyen d’y pallier use du mot « rentabilité » en le faisant suivre d’un qualificatif. Les taux de marge sur stock, et avec eux les taux de bénéfice et de profit sur capital, sont dits être des « rentabilités financières ». Les taux de marge sur flux, et avec eux les taux de bénéfice et de profit sur chiffre d’affaires, sont dits être des « rentabilités commerciales » ou « économiques ».

8. Ces qualifications sont préjudiciables et inefficaces.

Ces qualifications sont préjudiciable parce qu’elles incitent à tenir pour vraies des fausses oppositions. Le financier est, pour le meilleur et pour le pire, un sous-ensemble strict de l’économique. Ce qui est commercial n’est pas non financier, même en cas d’apports en industrie et de troc.

Ce moyen est inefficace parce que cette qualification est souvent omise. Au moyen de cette omission, très nombreux restent les cas dans lesquels une marge exprimée en proportion d’un stock ou d’un flux continue à être appelé « rentabilité » tout court. Et c’est ainsi que les faibles taux de marge de ventes sont tenus pour être les moins rentables alors qu’il arrive souvent qu’ils le sont le plus.

9. Mieux vaut n’appeler « rentabilité » que les ratios de la famille des marges sur stock et « profitabilité » que les ratios de la famille des marges sur flux.

Dans cette convention, un bénéfice et un profit sur capital sont des rentabilités, comme un taux de marge brute sur stock de marchandises à revendre en l’état. Ce même bénéfice ou profit sur chiffre d’affaires ou « valeur ajoutée » est une profitabilité, comme un taux de marge brute sur prix d’achat ou de vente.

Nous constaterons plus avant que ces définitions de la rentabilité et de la profitabilité aident beaucoup à dégager plusieurs lois économiques de toute première importance.

Plus évidemment, ces définitions aident, en entreprise, à éviter des erreurs de gestion. Les profitabilités les plus basses ne sont plus assimilées aux rentabilités les plus basses. La recherche de ces dernières est plus volontiers orientée vers les offres de plus forte profitabilité.