8.15. Le revenu global vient au premier rang des agrégats macronomiques les plus significatifs.

1. N’appelons pas ça « revenu ».

Le ça est la pseudo définition qui se trouve dans des précis de vocabulaire économique à : « Revenu. Ressources monétaires nouvelles qui permettent de consommer sans s’appauvrir, à patrimoine constant ». C’est ainsi qu’on en vient à faire l’amalgame des revenus et des transferts, notamment en usant de la dénomination « revenu de transfert », contradictoire en français manié en fonction des réalités qui l’on façonné.

2. En économie politique objective, c’est par définitions qu’un revenu n’est pas un transfert.

C’est aussi par définition que, contrairement à ce que donne à entendre la citation ci-dessus, tout ou partie d’un revenu peut être par troc. Un cas dans lequel cela se pratique encore couramment est celui des fractions de salaire entier qui sont des « avantages en nature ».

3. Des échanges marchands sont inévitablement vecteurs de transferts sous la forme de plus-values et de moins values.

Parmi ces échanges, outre ceux qui portent sur des tableaux de maître et d’autres (collections de) raretés, il y a les transactions immobilières et boursières. Notons que pour ces dernières, c’est jusqu’à présent comme s’il était inscrit dans le marbre des tables des lois économiques que les dividendes ne suffisent pas à rendre attractif le placement en capital de sociétés dont les titres de copropriété sont cotés en bourse.

4. Ce marbre est à cet endroit de l’ardoise.

Après un coup d’éponge, un nouveau « paradigme » peut y être aisément inscrit. Les prescriptions en matière de publicités organiques des chapitres 5et 6et en matière de distribution de bénéfices, proposition 6.5, le montrent. Il suffit de les supposer suivies pour s’apercevoir que le marché du capital et, par ricochet, le marché de l’immobilier peuvent par ces réformes systémiques être faits moins générateurs de transferts et plus stimulateurs de spéculations fastes du point de vue de l’intérêt général (sur les deux sortes de spéculation financière, arguments 10 à 13 de la proposition 5.5).

5. Faire état des « revenus primaires » est superflu.

Le « revenu primaire », indique le précis ci-dessus cité, est l’ « ensemble des revenus perçus par les ménages comme contrepartie à leur activité productive » – perçus en produits de leur vente de marchandise élémentaire. L’adjectif « primaire » pour qualifier du revenu n’aurait sa raison d’être que s’il existait des « revenus secondaires ». Les autres « ressources monétaires nouvelles » proviennent sans exception de transferts dont n’importe quelle plus-valuefait partie.

6. Le titulaire d’un prétendu « revenu » de solidarité est allocataire.

En dernier ressort, c’est seulement au moyen des revenus que des transferts de cette sorte peuvent être alloués.

7. Le « revenu national » est la « somme de tous les revenus primaires perçus par les ménages ».

C’est ce qu’on lit dans le précis ci-dessus cité, comme en bien d’autres manuels et sur le site de l’Insee. Autrement dit, le « revenu national » est le revenu global, RG, probablement d’aussi près qu’il est statistiquement possible de l’évaluer.

8. Ce qui se dit de plus court et exact sur l’état actuel de l’art des « comptes de la nation » conduit à se poser une question.

Ce plus court et exact se trouve, dans le précis déjà cité, à : « Comptabilité nationale. Ensemble des comptes de la nation présentés dans un cadre keynésien standardisé » (le soulignement est notre fait ; comptabilité nationale et comptabilité publique sont distincts). En quoi un « produit national » et un « produit intérieur » ont un sens économique et civique ?

9. Avant d’instruire cette question, faisons une remarque inquiétante.

Dans la comptabilité nationale, standardisée comme il vient d’être dit, il y a non seulement des agrégats de « produit » mais aussi de « production ». Laissons pour l’instant de côté ce qui conduit à spécifier que la « production nationale s’oppose à la production intérieure ». Pour la simple raison qu’il n’y a pas de production sans produit et inversement, du spécieux est à soupçonner.

10. Qu’est-ce donc que la « production » dans ce contexte ?

C’est « l’activité socialement organisée destinée à créer des biens ou des services habituellement échangés sur un marché et/ou obtenus à l’aide de facteurs de production s’échangeant sur un marché. ». Cet « et/ou », souligné par nous, fait la différence entre « produit » sans lui et « production » avec lui… mais pas toujours car on a vite fait de s’y perdre. Les considérations suivantes font apparaître qu’est ainsi introduit dans les comptes de la nation du non conforme au réel à proprement parler économique.

11. Un « produit national » agrège à la « valeur ajoutée » par les entreprises une évaluation du « produit » des administrations publiques et de tout autre emploi.

Cela se fait en prenant notamment en compte « les services rendus par les salariés des administrations publiques nationales évalués d’après les salaires et les prestations qui leur sont versées et les cotisations sociales payées pour eux » (ce « pour » est façon de laisser entendre que les cotisations dites patronales ne sont pas salariales ; c’est faux, nous y revenons au chapitre suivant).

12. L’idée même d’évaluer en unité monétaire le « produit » des administrations publiques n’est pas économiquement pertinente.

L’unité monétaire est celle de la mesure de la valeur d’échange marchand. La production des administrations publiques a une valeur d’usage. Ce n’est pas pour autant qu’elle a une valeur d’échange marchand. Le fait même qu’elle ne soit pas vendue la prive d’une telle valeur.

13. Dans un « produit intérieur », il n’y a pas le « produit » des administrations publiques.

La masse salariale des administrations publiques n’en est pas moins une somme de revenus du travail et partant une création de richesse marchande – accès à plus sur ce point en 13 ci-dessous. Que cette masse soit considérée « nationale » mais pas « intérieure » est abscons.

14. De la base 100 opaque s’en trouve mise en circulation.

En qualité d’informés par des références aux agrégats les plus utilisés des « comptes de la nation présentés dans un cadre keynésien standardisé », électeurs et élus désirant comprendre quel sens a dans ces statistiques la notion de « produit », et ce qui la différencie éventuellement de la notion de « production », s’y perdent et dans leur très grande majorité y renoncent. Cela fait incontestablement d’un « produit intérieur », qu’il soit brut ou net, ou d’un « produit national », idem, une base 100 opaque mais, panurgisme aidant, quand même intensivement exploitée sous la forme du souverain « PIB », le « produit intérieur brut », venu au monde en anglais sous le nom de GDP, Global Domestic Product.

15. La production de richesse marchande n’a que deux origines.

L’une de ces origines est le service du travail, l’autre le service du placement d’épargne, quand l’un et l’autre sont en contrepartie d’un revenu, comme indiqué plus haut dans ce passageet cet autre.

16. Qui ou quoi crée produit : une création est une production, une production est une création.

Les expressions « création de richesse marchande » et « production de richesse marchande » désignent très exactement le même phénomène. Le reste de la production humaine, dont celle des fonctions publiques régaliennes qui coûtent de l’argent comme coûte de l’argent de faire vivre une famille, est par définition non marchande, non pas seulement sur le papier mais d’abord dans la réalité. Il en va de même de toute la production naturelle hors la production humaine.

C’est à se demander s’il faut être économiste pour ne pas le voir puis pour passer à côté de ce qu’il en résulte d’à proprement parler économique.

17. La production de richesse marchande n’a qu’une destination.

Du revenu et rien que du revenu est la destination commune des deux origines de la création de richesse marchande. Cela provient du fait que les marchandises ne sont échangées que contre les marchandises, proposition 2.1, bien que ce soit le plus souvent par monnaie interposée et étant entendu : 1)qu’il s’agit exclusivement de la marchandise définie et répartie en catégories homogènes au chapitre 2, 2) que les entreprises sont les seules entités qui doivent tout ce qu’elles possèdent, comme en prend acte au chapitre 3 l’une des propositions.18

18. Ces deux origines et cette unique destination ne sont pas incorporables aux « sciences économiques ».

La théorisation néoclassique et la macroéconomie, afin de voir dans la monnaie une marchandise comme les autres (presque ou complètement selon les auteurs) ne peuvent comporter, sans contradiction avec ses affirmations subjectivistes sur l’échange marchand, ni la définition de la marchandise ni la répartition en catégories homogènes qui lui est logiquement associée, ni une conception de l’entreprise asservie à cette que cet « agent économique » a d’objectivement spécifique – comme plus généralement elles ne peuvent pas, sans se renier, s’astreindre à la discipline de la définition au sens de ce concept rappelé en 1.1. Leur champ d’étude s’en trouve expurgé de faits élémentaires créés par la pratique des échanges marchands indépendamment de toute subjectivité. Les origines et la destination de la création de richesse marchande faisant partie de ces faits, force est de substituer à leur réalité une version qui en tient lieu : ce sont les entreprises qui créent les richesses marchandes et c’est d’elles que la diffusion de cette création part.

19. Ce bon sens apparent conforte les idéologies pourvoyeuses de la raison d’être de cette famille d’approches de l’économie.

Dans le minimum à savoir de l’histoire de la pensée économique, il y a que la parade bourgeoise à l’attaque idéologique de Marx a, sous couvert du recours aux mathématiques des dérivées, été elle-même idéologique et a, sous couvert de continuation, contredit sans vraiment réfuter .ce que Ricardo a justement tenu pour primordialement intangible sur la question de la valeur. L’Anticapitalisme est, à notre connaissance (Contrepoint, Lonjon, Mattret, Michaut… Rocard), le livre qui établit le plus solidement ce point de toute première importance quant aux idées qui ont fait et continuent à faire des politiques économiques nationales et internationales ce qu’elles persistent à être, avec des ruptures trop partielles et désordonnées pour éviter d’aller de crise en crise.

20. Ce qu’il a été universitairement convenu d’appeler « sciences économiques » est le terreau de la science économique.

Les « sciences économiques » usent de notions dont sont extractibles des concepts constitutifs des articulations de la science économique. Cette extraction a pour effet de faire passer du registre des notions, dont l’imprécision ne fournit pas de raisons objectives pour repousser la précision des concepts, au registre des concepts dont la précision fournit des raisons objectives pour repousser l’imprécision des notions.

21. Une fatalité en résulte.

Le rempart du silence s’impose aux « sciences économiques » pour se tenir à l’abri de ce que l’économie politique objective prescrit de remplacer. Entre ces « sciences » et cette économie politique, il y a ce qui est justement appelé en histoire des savoirs exacts une « rupture épistémologique ».

22. Un résultat d’une des origines et de la destination unique de la création de richesse marchande concerne les fonctionnaires.

Les fonctionnaires et autres salariés de la fonction publique, tout comme les employés de maison entre autres, participent au côté des salariés des entreprises à la création de richesse marchande.

23. Quelle a été l’évolution de la contribution du pays P à la création de richesse marchande ?

Au vu des constats qui viennent d’être exposés, la réponse coule de source : l’évolution de la somme, pour le pays P, des revenus de ses ressortissants et, à raison de leurs placements, de leurs associations non commerciales.

24. Il y a et il faut plein d’individus et d’organes improductifs de marchandise composée.

Il n’y a cependant pas d’individus et d’organismes qui soient improductifs de valeur d’usage. Monnaie mise à part car sa valeur d’usage est réduite au fait d’avoir une valeur d’échange – sous sa forme de billets avec lesquels il est interdit de refuser un paiement au moins jusqu’à un certain montant pour des raisons fiscales, elle n’est pas faite pour tapisser les murs et au demeurant la loin interdit également cet usage –, toute production possède une valeur d’usage et rien qu’une marchandise a en sus une valeur d’échange marchand. Il n’en résulte évidemment pas que toute production est, même potentiellement, celle de marchandise.

25. C’est notamment le cas de la production de beaucoup d’idées, de dévouements, de chefs d’œuvre.

Le fait que personne ne produise et n’use que de choses achetées s’ajoute à ces considérations. Une idée n’est pas en soi une marchandise. Ci-dessus, la proposition 1.5et le chapitre 2sont logiquement indispensables à l’analyse primitive de faits dès qu’il est question d’économie.

26. Il est normal que les dépenses publiques aient pour plafond un pourcentage du revenu global, RG.

Pour que la discussion de ce plafond, qui est un choix collectif évidemment de grande importance, soit ouverte à tous, mieux vaut que le total des impôts soit également rapproché du revenu global, RG. Que cet agrégat soit appelé « revenu global en <nom de pays> » ou autrement pourvu que le concept de revenu soit utilisé dans cette désignation est, bien sûr, très accessoire par rapport au fait que ce qu’il comporte, ayant sa réplique dans la vie familiale, se comprend bien par tout quidam.

27. Il en va de même de l’endettement public.

La réalité n’est pas approchée au plus près quand l’expression en pourcentage de l’endettement public n’a pas elle aussi pour base 100 le revenu global, RG. Quand un prêteur a besoin de mesurer le poids de l’endettement d’une famille, c’est par rapport aux revenus de cette famille qu’il le fait à juste titre d’abord et souvent uniquement.

28. Le statut économique d’une nation est celui d’une famille.

Un individu, une famille et une nation ont en commun de ne pas exister que pour la pratique d’échanges marchands, au contraire des entreprises. Il en résulte que les « produits intérieurs » (PIB, PIN) et les « produits nationaux » (PNB, PNN), ne seraient des agrégats économiquement pertinents que s’ils avaient leurs répliques, tout aussi économiquement pertinentes, dans une famille.

29. Que vaut l’idée d’évaluer en unité monétaire le plus possible de la production d’une famille, tous ses membres compris ?

Cette idée est économiquement insensée pour la simple raison que beaucoup de cette production, et souvent l’essentiel selon le point de vue qu’on adopte puisque les relations familiales et amicales sont des productions, n’a pas de valeur d’échange marchand. La velléité d’évaluer de la même façon du bien être et du patrimoine sans valeur vénale est encore plus saugrenue, jusqu’à devenir franchement absurde quand on y prétend aux « prix de marché ».

30. La sanctuarisation du PIB n’a été adossée ni à une théorie claire de la répartition du revenu global, RG, ni à un remède efficace au chômage de masse.

La sanctuarisation du RG peut être adossée d’une part à une théorisation claire des évolutions normales du revenu total des placements, RP, et du revenu total du travail, RT. Elle peut l’être d’autre part à une politique de l’emploi axée sur la levée des entraves au plein exercice de la relation EPCE (chapitre précédent).

31. Cela ne peut pas aller sans un grand effet sur la substance donnée au contrat social par ses parties prenantes.

Mais cela contrevient substantiellement à l’absolutisme des rapports de force en matière de relations sociales en général et économiques en particulier ; d’où, dès le stade de l’intuition, de la résistance à de l’opposition farouche à ce progrès de civilisation.

32. Les évolutions du revenu global et de sa structure font partie des publicités organiques.

Le corps social en a besoin pour mesurer un aspect de la satisfaction de son aspiration primordiale. Le corps social en a également besoin à cause de ses deux refus d’évolution sur longue période de la répartition du revenu global.

33. Privilégier, parmi les agrégats macronomiques exprimables en unité monétaire, le revenu global est un message envoyé à ses compatriotes.

C’est, de la part d’un gouvernement, de l’administration publique, d’un syndicat, etc., une attestation : « L’évolution des revenus vient, aussitôt après l’emploi, au premier rang de nos préoccupations économiques. » C’est aussi une prise de position en rupture avec le technocratisme qui a produit le culte opaque du PIB : «  La production de richesse marchande de notre pays, c’est la somme de nos revenus et de ceux des placements de nos associations non commerciales, rien de plus, rien de moins. ».