8.1. Appelons revenu global la somme du revenu total des placements d'épargne et du revenu total du travail.

Ci-dessous, les arguments 1 à 8 sont communs avec ceux de la proposition 2.17.

1. N’appelons « revenu » que la contrepartie de l’échange d’une marchandise élémentaire.

La marchandise élémentaire est un service soit du travail soit du placement d’épargne.

Quand cette marchandise est le service du travail, sa contrepartie est un revenu génériquement dénommable « salaire ». Quand elle est le service du placement, sa contrepartie est un revenu constitué d’intérêts et, ou, de profits.

2. Les revenus du travail ne sont perçus que par des particuliers.

Assimiler à un « revenu » le produit des ventes d’une entreprise ou le produit des impôts fait perdre de vue ce que les revenus des particuliers ont de spécifique.

Dire d’une allocation perçue par un particulier qu’elle est un revenu (de transfert) a le même effet.

3. Seuls les particuliers et les associations non commerciales épargnent.

Assimiler à une « épargne » les réserves constituées par les entreprises fait perdre de vue ce que l’épargne des particuliers et des associations non commerciales a de spécifique.

4. Les revenus de l’épargne sont perçus par des particuliers et des associations non commerciales.

Par leur épargne des particuliers et des associations non commerciales se mettent en mesure de vendre le placement de cette épargne. Cette vente est celle d’une marchandise élémentaire.

Les chiffres d’affaires des entreprises proviennent de la vente de marchandises composées. Les recettes fiscales sont des transferts imposés et non pas des contreparties d’échanges marchands.

5. Rien de dû à un établissement financier, et plus largement à une entreprise, n’est un revenu.

Les intérêts payés par les établissements financiers à des particuliers ou des associations non commerciales sont, pour ces derniers, des revenus. Les cotisations encaissées par une association non commerciale, comme tout autre don ayant une valeur vénale, sont des transferts et non pas des revenus de cette association. C’est cohérent avec le fait qu’une famille est, en droit naturel et positif, une association non commerciale.

6. Un particulier ou une association non commerciale qui met en location un bien immobilier crée de ce fait une entreprise.

Les loyers,rents en anglais, constituent le chiffre d’affaires de cette entreprise. Le profit est égal au loyer diminué : 1) de frais directement générés par le fait de louer, 2) d’une dotation aux amortissements qui est destinée à pourvoir à la part de l’entretien du bien qui incombe à son propriétaire (si ce bien est uniquement un espace foncier non clos, il peut n’y avoir aucun amortissement à effectuer).

7. Aucune plus-value ne fait partie des revenus, aucune moins value ne réduit des revenus.

Les plus-values mobilières et immobilières, comme les moins-values, affectent la valeur vénale de patrimoines, font varier des capacités de placement, influent sur des montants de loyers. Parler à leur sujet, notamment en commentaire du niveau des cours de bourse, d’un « effet » d’enrichissement ou d’appauvrissement peut faire sens mais c’est à condition de bien garder présent à l’esprit que hausses et baisses du débit global de richesses marchandes n’en sont pas affectées.

8. Une réalité primordiale est liée aux revenus.

L’économie est faite pour les particuliers et leurs associations non commerciales et, en premier et dernier ressort, par eux. Attribuer à d’autres entités, entreprises comprises, les prérogatives de celles et ceux par et pour qui l’économie est faite déforme une réalité primordiale à laquelle l’existence des revenus est liée.

9. Le revenu global, RG, est, par définition, égal au revenu total des placements d’épargne, RP, et au revenu total du travail, RT.

Noter RG = RP + RT ne revient cependant pas à dire que c’est l’addition de RP à RT qui détermine RG.

10. Toute variation de RP par rapport à RG est accompagnée d’une variation en sens contraire de RT par rapport à RG.

Si, par exemple, le RP passe de 15 % à 10 % puis remonte à 20 % du RG, alors le RT passe de 85 % à 90 % puis redescend à 80 % du RG.

11. La répartition « classique » est entre trois classes sociales.

Ricardo l’a écrit dès le premier paragraphe de la préface de ses Principles of Political Economy and Taxation : « The produce of the earth (…) is divided among three classes of the community ; namely, the proprietor of the land, the owner of the stock or capital necessary for its cultivation, and the labourers [travailleurs] by whose industry it is cultivated. »

12. Quelle est l’évaluation économiquement la plus pertinente des « produits de la terre » ?

Ces produits sont pour Ricardo (les …) « –all that is derived from its [the earth] surface by the united application of labour, machinery, and capital ». Deux précisions manquent pour que l’ensemble de ces produits soit aussi défini qu’ils le sont en réalité. Il ne s’agit que de produits échangés à titre marchand. Ces échanges ne comportent pas ceux dont les coéchangistes sont deux entreprises alors que leur volume et leur importance sont très grands.

Tenir compte de ces observations conduit à tirer de la notion de production marchande, et par conséquent de production marchande et non marchande, le concept de « revenu » puis, comme cela est fait à la fin de ce chapitre, à voir que l’évaluation économiquement la plus pertinente des « produits de la terre » est la somme des revenus.

13. La répartition « classique » est dynamique.

Le deuxième paragraphe de la même préface commence par ce membre de phrase : « But in different stages of society, the proportions of the whole produce of earth which will be allowed to each of three classes, under the names of rent, profit, and wages, will be essentially different; (…). ».

14. Les dénominations « rente de situation » et « rente d’acheteur » sont malencontreuses.

Les « sciences économiques » enseignent qu’une « rente de situation » est un ajout « à la rémunération normale des facteurs de production » ; une « rente d’acheteur », le plus souvent dite « du consommateur », est un « gain implicite réalisé par qui était prêt à acheter plus cher ». La réalité de ces phénomènes n’est pas contestable. Prendre en compte leur existence dans ces termes n’en est pas moins malencontreux pour deux raisons.

15. Première raison : les gains ainsi appelés « rente » sont des captations de transferts.

Ces transferts obtenus ou supportés par des vendeurs augmentent ou diminuent des valeurs d’échange marchand, à savoir des prix. Les voir en usant du substantif « transfert » plutôt que du substantif « rente » aide à l’analyse de la problématique créée par la coexistence d’échanges marchands et de transferts de pouvoir d’achat.

16. Seconde raison : la connotation idéologique des rentes, au sens propre de ce mot en français, en est confortée.

Ce qui a été exposé dans le chapitre précédent sur l’emploi et ce qui va être indiqué plus avant sur les deux types de retraite viennent au premier rang de ce qui montre que c’est malencontreux.

17. Ce qui reste au propriétaire foncier qui loue est du profit, comme ce qui revient en échange à tout propriétaire d’une entreprise.

Quand cette entreprise, au lieu d’être une exploitation agricole ou forestière ou minière, est une manufacture ou un négoce ou un transporteur etc., le profit qu’elle procure est lui aussi de nature à procurer une rente, c’est-à-direun revenu périodique d'une propriété placée auprès d’un coéchangiste mis en devoir de procurer ce revenu autant que faire se peut. Cette réalité, qui est très loin de n’être apparue qu’avec la Révolution industrielle, impose le remplacement par deux rôles économiques des trois classes de la répartition « classique ».

18. Consultons nos dictionnaires.

Un revenu constitutif d’une rente est appelé en anglais annuity, pension, private income, alors que le sens propre et le plus courant de rent est « loyer ». L’anglais distribution a pour premier sens le français « répartition » : distribution of wealth se traduit, au plus près de la sémantique propre à ces deux langues, « répartition des richesses ».

19. Des « agents » jouent sur la scène économique plusieurs rôles.

Le développement économique accentue deux tendances. Le même individu est de plus en plus, durant une grande part de sa vie, salarié, épargnant, propriétaire d’au moins un bien-fonds, copropriétaire d’entreprises au pluriel, locataire de plusieurs objets, membre de plusieurs associations non commerciales ayant compte en banque, et, bien sûr, contribuable même quand il est exonéré d’impôt sur le revenu. Les deux rôles de salarié d’une entreprise et de copropriétaire de cette entreprise sont de plus en plus fréquents.

20. L’amalgame de ces deux rôles n’est pas justifié.

Les tentatives contraires, surtout dans le secteur dit en France de « l’économie sociale », le font ressortir. La logique des échanges marchands pousse à la distinction des rôles afin que du système ouvert comportant des autorégulations plus actives puisse en résulter. Cette poussée est nécessaire au progrès de la séparation des pouvoirs dans la sphère économique aussi.

21. Ricardo a considéré que la mise au jour les lois qui régissent la répartition du revenu global est ce que l’économie politique doit principalement s’efforcer de faire.

Le troisième paragraphe de la préface ci-dessus citée est on ne peut plus explicite : « To determine the laws which regulate this distribution, is the principal problem in Political Economy: much as the science has been improved by the writings of Turgot, Stuart, Smith, Say, Sismondi, and others, they afford very little satisfactory information respecting the natural course of rent, profit, and wages ».

22. Cette invitation de Ricardo reste à honorer.

Des syndicalistes, les uns d’une confédération salariale et les autres d’une confédération patronale, des économistes et des juristes, des électeurs et des élus, les uns et les autres de sensibilités politiciennes concurrentes, des magistères et des fidèles, des diplomates sur le front des dissensions internationales, des financiers et des industriels aimeraient se mettre d’accord sur le cours naturel de la répartition du revenu global en économie de marché. Quand ils y parviendront, ce sera sur ce qui fait une économie de marché principalement normale et anormale qu’ils se seront accordés. Pour eux, il y aura du neuf sous le soleil.