8.4. Le revenu total du travail tend à être ce qui reste du revenu global après constitution du revenu total des placements.

1. Puisque, par définition, RG = RP + RT, il n’y a que deux solutions possibles au problème de la répartition.

Solution 1 : la proportion RT / RG est celle qui détermine la proportion RP / RG. Solution 2 : la proportion RP / RG est celle qui détermine la proportion RT / RG.

2. Seule la seconde solution est cohérente avec ce que la proposition précédente indique.

Cette indication est celle des deux refus par lesquels le corps social gouverne la répartition du revenu global RG sur longue période.

3. Le statut méthodologique et politique de l’équation RT = RG – RP est le même que celui de la relation EPCE.

Il est aussi le même que celui de la possible suffisance du revenu total des placements.

4. Le profit (chapitre 6) procède, entreprise par entreprise, d’une différence entre les produits et les charges dont des salaires font généralement partie.

Mais cette détermination est à l’échelle mésonomique (proposition 1.7). La répartition du revenu global, RG, est un phénomène macronomique. Avec « = » signifiant « détermine », une relation de type A – B = C vraie à l’échelle mésonomique ou micronomique ne l’est pas forcément à l’échelle macronomique, et inversement. Une autre relation, de type A fois B = C, dont il est question à partir de la proposition suivante, ne fonctionne pas dans le même sens à l’échelle de la macronomie et aux échelles de la mésonomie et de la micronomie.

5. À échelle mésonomique, il y a échanges entre le service du placement en capital et les profits périodiques.

Simultanément, à échelle macronomique et pour autant que le plein-échange prévaille, il y a : 1) régulation du taux moyen de profit sur capital par l’état de l’emploi : relation EPCE ; 2) détermination du revenu du travail, RT, par ce qui reste du revenu global, RG, une fois déduit le total des profits et des intérêts constitutifs des autres revenus de placement : RT = RG – RP avec « = » signifiant « est déterminé par ».

6. Il est exact de considérer que les profits amputent d’autant les salaires à une première condition.

Cette condition est de voir que cela se passe à échelle macronomique. Là le total des profits participe d’autant à l’amputation du total des revenus du travail, revenus dont une partie est perçue par d’autres salariés que ceux des entreprises.

7. Les bénéfices réalisés par une entreprise, et partant les profits versés par elle, n’amputent pas forcément les salaires du personnel de cette entreprise.

Mais faisons bien attention. Là on est à l’échelle mésonomique. Les salaires payés par une entreprise peuvent avoir été et rester au niveau de ceux des employeurs qui rémunèrent le mieux leur personnel. Entreprise par entreprise, il n’y a pas davantage forcément d’amputation des profits, ni même des bénéfices, par n’importe quelle augmentation de la masse salariale.

Il y a évidemment, entreprise par entreprise, une relation entre la marge avant frais de personnel, les frais de personnel et les bénéfices. Des augmentations du poids, par rapport à cette marge, de ces frais sont susceptibles d’avoir pour conséquence une baisse de ces bénéfices ou une perte. Des réductions de ce poids sont susceptibles d’avoir l’effet inverse. Un manque croissant d’emplois, dans l’ensemble de l’économie, favorise ces réductions et, par elles, les augmentations de bénéfices et de profits qu’elles permettent.

La proposition macronomique « le revenu total de la propriété ampute d’autant le revenu total du travail » est juste. Les propositions mésonomiques « le bénéfice d’une entreprise ampute d’autant la masse salariale de cette entreprise » et « le profit perçu par le(s) propriétaire(s) d’une entreprise ampute d’autant la somme des salaires du personnel de cette entreprise » sont fausses.

8. Faire une généralité de la réduction du « coût du travail » pour augmenter la « compétitivité » n’est pas recevable.

La notion de « compétitivité » n’a un sens économique que si elle sert à désigner par un mot la comparaison de rapports entre qualité et prix (valeur d’usage et valeur d’échange) et non pas de prix seulement. Estimer que la comparaison des offres est sur les prix seulement revient à amputer la concurrence de l’une de ses dimensions. La règle générale est qu’il faut plus de qualité pour augmenter la compétitivité, afin que ce ne soit pas aux dépens d’autrui mais quitte à ce que ce soit au détriment de rendements plus élevés.

9. Il est exact de considérer que les profits amputent d’autant les salaires à une seconde condition.

Cette seconde condition est de nouveau macronomique. Elle consiste à reconnaître que, pour élever le total des salaires et le salaire médian plus que proportionnellement au revenu total des placements, RP, il faut qu’il y ait assez de profits pour drainer assez d’épargne vers son placement en titres de propriété d’entreprises afin de hisser et maintenir le stock national de capital à la hauteur nécessaire au plein-emploi.

10. Toute une part de ce qu’il revient, à la science économique d’installer de plus favorable au progrès social en découle.

Dans cette installation, il y a en premier lieu le profit vu en tant que contrainte imposée par la cybernétique des échanges marchands, au lieu du bénéfice vu en tant que raison d’être de l’entreprise standard – laquelle, quand elle n’est riche que de ses bénéfices est en réalité pauvre ainsi qu’inévitablement sa destinée finit par le prouver. Il y a en second lieu la relation EPCE. Il y a en troisième lieu la théorie de la répartition quand elle a pour pivots les deux refus indiqués par la proposition précédente et l’équation dont il va être maintenant question.