8.12. La tendance de longue période de la productivité des placements est à la hausse.

 

1. Les innovations techniques qui ont pour effet d’élever des rendements sont une cause de cette hausse.

C’est si connu et avéré qu’il n’est pas ici la peine d’y insister. Gardons cependant présent à l’esprit que parmi les techniques qui élèvent des rendements, il y a celles de commercialisation et d’administration, avec pour instruments des ordinateurs reliés par des réseaux… dont désormais un réseau de réseaux où Teilhard de Chardin aurait vu un nouveau grand instrument de « l’hominisation » qu’il a théorisée.

2. L’essor fulgurant de cette instrumentation a incité à faire grand cas de « l’économie de la connaissance ».

La pratique des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges, à savoir l’économie telle que définie au premier chapitre de ce traité, exploite du savoir accumulé depuis qu’elle est apparue aux temps préhistoriques. L’accélération de cette accumulation ne change fondamentalement rien à ce qui rapproche ou éloigne l’économie pratiquée de l’économie de plein-échange.

3. Les améliorations de qualité contribuent à la hausse de la PDP.

Les besoins des chalands, et partant la concurrence entre les offreurs à titre marchand, portent sur les rapports entre qualités et prix. Les améliorations de qualité, plus que proportionnelles aux différentiels de prix des offres comparées, élèvent la PDP. Dans le numérateur qui détermine la PDP rentre, en effet, le revenu total du travail, RT. Plus de qualité nécessite plus de qualifications professionnelles que les entreprises ne parviennent à mobiliser qu’en procurant des salaires assez élevés à cette fin.

4. La hausse de la PDP s’accompagne de plafonnements de productivités mésonomiques.

Un exemple de ces plafonnements est la location d’un espace foncier. L’entreprise que cette location constitue a pour profitabilité P’ le rapport entre le profit qu’elle procure et le loyer ; pour productivité P le rapport entre le loyer et la valeur vénale du bien loué ; pour rentabilité R, le rapport entre le profit et la valeur vénale du bien loué. Quand l’assainissement permanent de l’économie de marché à laquelle cette entreprise appartient n’est pas trop déréglé, ces trois termes de la relation RPP’ sont stables.

5. Il en va de même de productivités micronomiques.

Des rotations de stock de marchandise vendue par des entreprises ont des limites physiques qui ne peuvent être éliminées qu’en supprimant le stock. Mais alors il en résulte des services qui, n’étant plus fournis, en viennent tôt ou tard à l’être par d’autres entreprises dont les prix de ces fournitures comportent le coût du stockage qu’elles rétablissent.

6. Les plafonnements de productivité ne touchent pas les entreprises qui exploitent un espace foncier.

Dans ces entreprises entrent celles qui sont d’exploitation agricole ou forestière. Dès lors que cette exploitation, avec ses propres bilans et comptes de résultat, se trouve dans un pays d’évolutions techniques qui font croître des rendements, sa productivité P est vouée à croître asymptotiquement et sa profitabilité P’ à décroître de même.

7. Les rendements décroissants ne freinent pas ipso facto la hausse de la productivité des placements, PDP.

Les rendements décroissants, en exploitation de gisements par exemple – fait différent des rendements qui croissent de moins en moins – augmentent, là où il est inévitable ou devenu viable de les assumer, des investissements à consentir et des augmentations de coûts. Diversifications de productions et de débouchés aidant, au moins un parallélisme entre ces augmentations et la hausse des prix de ces fournitures s’établit tôt ou tard. De plus, au mieux en contribution positive à la hausse générale de productivité telle qu’ici définie, des augmentations de qualité de ces fournitures par rapport à d’autres qui leur sont substituables sont obtenues ou finissent par l’être.

8. La concurrence ne fait pas que stimuler la hausse de rendements.

Elle stimule tout autant les diversifications et les ouvertures de débouchés. À leur moyen de nouvelles contributions au ralentissement ou à l’accélération de la hausse générale de productivité sont fournies.8

9. L’augmentation du pouvoir d’achat des salaires fait partie de l’aspiration primordiale (7.1).

C’est, en outre, avec un plus grand poids des bas et moyens salaires parce que c’est eux qui concernent le plus directement la plus grosse partie de la population tirant revenu de son travail.

10. Le désir de cette augmentation contribue à la hausse de la productivité des placements, PDP.

La causalité dont l’équation RT = RG – (RDP * (RG / PDP)) rend compte est connue des populations qui ont vécu, et continuent à vivre, le dépassement par les bas salaires de leurs niveaux si misérables que la durée de vie s’en trouve sensiblement réduite. Par cette expérience, ces populations sont disposées aux myriades d’initiatives entrepreneuriales qui contribuent à la hausse de la PDP.

11. « C’est nous qui faisons croître la productivité des placements ».

« C’est nous et tous les autres salariés des entreprises, au moyen des infrastructures publiques et d’autres fonctions régaliennes, sous l’aiguillon de la concurrence et pour le bien commun, qui sommes moteurs de la croissance de la productivité des placements ». Les entrepreneurs ont économiquement raison de penser ainsi et de le faire savoir alors qu’ils ont tort de croire et donner à croire que les entreprises sont créatrices de richesse marchande, et à plus forte raison les seules créatrices (la raison de ce tort est plus avant rappelé dans l’argumentation de la proposition 8.15).

12. La hausse de la PDP est pérenne sur très longue période.

Les causes multiples de hausse de la PDP ont pour conséquence que, dans les pays où le revenu par tête est le plus élevé, le remplacement sur longue période de la tendance à la hausse de la PDP par une tendance à la stabilité ou à la baisse est très peu probable.

13. Il y a cependant d’un pays à l’autre des pourcentages de hausse de la PDP pouvant aller temporairement plus que du simple au double.

On ne peut pas s’attendre, en économie ouverte, à ce que la PDP d’un pays A, où le revenu par tête est actuellement nettement plus élevé que dans un pays B, puisse ordinairement s’élever autant en A qu’en B. En tout état de cause, la même augmentation en équivalent monétaire du pouvoir d’achat du revenu par tête en A qu’en B fait un plus faible taux de croissance en A qu’en B. Sous l’effet d’une moindre hausse de la PDP le revenu par tête d’habitant du pays A ne peut ordinairement plus augmenter en pourcentage autant que celle du pays B dans sa phase d’émergence.

14. Le libre-échange en commerce international crée et entretient la tendance à l’égalisation vers le haut des PDP nationales.

Il le fait en exposant à d’autant moins de crises, dont des guerres, et d’incessantes interventions palliatives de déséquilibres exponentiels de balances commerciales, qu’il est placé en prolongement du plein-échange marchand à usage domestique.

Cette perspective n’implique pas l’uniformisation de toutes les mœurs. Au contraire, trop de cette uniformisation réduit la qualité et la variété de ce que le génie humain produit.

[15. Une flèche montante, orientée vers la droite, représente trop approximativement la tendance de la PDP.

Mieux vaut que la tige de la flèche soit ondulée. Quand nous disposerons de ce dessin, il conviendra de le faire figurer dans le tableau qui se trouve en argumentation de la proposition suivante.]