8.3. Deux refus d’évolution sur longue période gouvernent la répartition du revenu global.

 

1. Ces deux refus sont le produit de la morale naturelle.

La création et la pérennité d’entreprises privées soumettent le corps social à un apprentissage qui le conduit à prendre des positions sur les mœurs économiques viables de génération en génération. Au fil du temps, le corps social intègre ces positions à ce que sa mentalité comporte de plus stable.

2. Le corps social refuse que les taux de rapport des placements d’épargne s’élèvent de génération en génération.

Si cela se produisait, l’égalité RG revenu global = RP revenu total des placements + RT revenu total du travail ferait que la part relative du RT dans le RG s’abaisserait tendanciellement. Les périodes de quelques années où cette baisse tendancielle paraît s’amorcer débouchent inexorablement sur des réactions du corps social qui ont pour effet de remonter la part relative du RT dans le RG.

3. Le corps social refuse que si le revenu global, RG, augmente, le revenu total du travail, RT n’augmente pas lui aussi.

Le sens commun sait, par le raisonnement et expérimentalement, que l’augmentation de RG a deux causes : assez de placements nouveaux pour qu’elle puisse être obtenue, assez de travail nouveau car il est indispensable pour donner cet effet aux placements.

4. Ces deux refus procèdent de deux volontés collectives.

L’une de ces volontés est de tenir le revenu total de placement, RP, pour possiblement suffisant. L’autre de ces volontés est de tenir le revenu total du travail, RT, pour irrémédiablement insuffisant.

5. L’assomption de ces deux volontés en fait des éléments explicites de contrat social.

La science économique contribue à cette assomption en faisant de ces deux volontés un pivot normatif de sa théorie de la répartition du revenu global.

6. L’augmentation de RT, le revenu total du travail, ne se décrète pas.

Un gouvernement qui veut forcer cette augmentation n’a pour moyen d’action que le niveau nominal des salaires. S’il oblige à une hausse de ce niveau, il prend le risque, d’autant plus certain que la hausse est importante, de déclencher la propagation d’une augmentation générale des prix nominaux qui a pour effet de laisser finalement revenir l’évolution du pouvoir d’achat du salaire moyen au cours qui aurait été le sien sans cet à-coup.

7. Il n’y a pas de limite assignable à l’augmentation, de génération en génération, du pouvoir d’achat du salaire moyen.

Pour qu’il y ait une telle limite, il faudrait qu’elle concerne d’abord l’élévation du rapport entre qualité et prix des services et des biens marchands en quoi consiste le revenu global, RG. Or c’est, concurrence aidant, cette élévation qui est sans limite assignable, malgré sectoriellement des baisses temporaires de qualité plus que proportionnelles à la baisse des prix.

C’est l’un des nombreux points à côté desquels Malthus est passé et qu’il faut aux encore très nombreux malthusiens se refuser à considérer pour le rester.