1.6. L'économie doit être d'abord étudiée sous l'hypothèse de la perfection monétaire.

[Rédaction provisoire]

L’économie est très largement monétarisée. Les échanges marchands se font presque toujours par usage d’une monnaie et les subventions sont souvent des transferts de sommes monétaires. C'est une commodité indispensable : il suffit de songer au handicap très considérable que le troc généralisé et le paiement des impôts en nature constitueraient pour s’en faire une idée. Mais cette indispensable commodité a des inconvénients qui ne disparaîtraient que si les monnaies ayant cours étaient des conservatrices de valeur d’échange telles que, aussi bien dans le temps que dans l’espace, une perte ou un gain de pouvoir d’achat ne résulterait jamais de leur détention et de leur circulation.

Conservation non seulement dans le temps mais aussi d’un espace monétaire à l’autre : système monétaire international, commerce international.

En matière monétaire, l’hypothèse de la perfection consiste à supposer qu’il puisse exister un système assurant la conservation, sans aucune perte ni aucun gain tant dans l’espace que dans le temps de la valeur d’échange de chaque monnaie régie par ce système.

La science économique doit-elle être construite d’abord sur l’hypothèse de la perfection monétaire pour ultérieurement, dans l’ordre logique de ses développements, mettre au jour, parmi les organisations monétaires observées et concevables, celle qui éloigne le moins de la perfection monétaire ? La réponse négative amenuise, et à la limite annihile, la capacité de la pensée économique à (re)produire cette mise au jour.

Le choc d’un « changement de paradigme » touchant au socle non monétaire de la science économique a nécessairement des prolongements dans la manière de traiter les questions monétaires. Cela étant, rien n’exclut la survenance préalable d’un choc salutaire de « changement de paradigme » propre à la sphère monétaire et financière.

Bien qu’ils soient l’un et l’autre irréalistes, le modèle de la concurrence pure et parfaite et l’hypothèse de la perfection monétaire n’ont pas du tout le même statut méthodologique. Ce modèle (page 308) conforte une pétition de principe (page 13). Cette hypothèse neutralise une variable afin d’en tirer le constat de ce qu’un système monétaire doit perturber le moins possible.

Les échanges et les transferts de richesses marchandes (concept défini plus haut) ne sont pas des instruments de la détention et de la circulation de quantités de monnaie. C’est le contraire. La réponse positive à la question de la perfection monétaire respecte le fait que la monnaie n’est qu’un instrument d’échanges et de transferts de richesses marchandes, avec les stockages y compris de longue durée que l’usage de cet instrument implique.

Bien que posséder plus ou moins d’argent que son voisin soit effectivement être, sur ce point, plus ou moins riche que lui, ce n’est évidemment pas l’argent qui constitue une richesse en soi mais c’est le pouvoir d’acheter, de placer et de donner que l’argent procure. Il y a là plus qu’une nuance. Sans cette distinction et d’autres qui peuvent sembler à première vue plus spécieuses, la pensée économique est condamnée à ne pas parvenir à se dégager de préjugés, dont ceux qui ne tiennent somme toute qu’à la façon de s’exprimer au quotidien.

L’usage intensif du crédit implique fait que toute une part de l’usage de la monnaie est mise au service de cet usage. C’est pourquoi il faut s’attendre à ce que la solution au problème de la moindre imperfection monétaire comporte tout un volet relatif aux taux d’intérêt.

Ces taux sont des prix. Le sixième chapitre du présent ouvrage est consacré à ces prix de grande importance non seulement monétaire mais aussi relative à la régulation de l’ensemble du système économique.

Parmi les grandes pathologies économiques, l’une des plus lourdes, et en certaines circonstances de loin la plus grave, est ce qu’il est convenu d’appeler l’inflation. Cette dernière sévit en étant nichée ou généralisée. Quand elle est nichée, elle n’affecte, par exemple, que les prix des actifs ou même que ceux de l’immobilier. Quand elle est généralisée, elle affecte les prix de toutes les marchandises. Dans ces deux cas, les hausses de prix constatées sont en réalité, on ne le répétera jamais trop, des baisses de valeur d’échange d’au moins une monnaie et souvent de plusieurs enchaînées les unes aux autres. La cause est toujours une émission débridée de monnaie et de crédit. Le remède, tant dans le cas de la rémission que de la guérison, est lui aussi forcément toujours le rétablissement d’un bridage de cette émission.

Dans Les Echos du 19 juin 2008, la chronique de Favilla, titrée Inflation à double détente, commence ainsi : « L’inflation est de retour : dans notre vie quotidienne, elle se fait sentir dans les prix de l’essence et de l’alimentation. Ces hausses affectent l’ensemble de la planète et leurs causes sont faciles à identifier : excès de demande, insuffisance d’offre. » Cet excès et cette insuffisance sont des causes non pas immédiates mais fallacieuses. Leur invocation fait partie du rituel instauré par la pétition de principe décrite dès la page 13du présent livre. Au demeurant, dès le début de son paragraphe suivant, la même chronique fait état des causes effectives : « Cette pluie de dollars a stimulé l’économie mondiale, mais a constitué un réservoir d’inflation. » Cette fois encore, les causes effectives sont des émissions débridées de monnaie et de crédit. Cette fois encore, l’excès en cause est celui de l’éloignement délibéré avec la moindre imperfection monétaire. Pour des motifs géopolitiques stratégiques. Bien entendu sous couvert de dires d’experts.

Nous constaterons au chapitre 5 que l’analyse de base du placement en capital, de sa rémunération et de sa liquidation doit prendre en compte l’érosion de la valeur d’échange de l’unité monétaire.