2.11. Les marchandises ne sont échangées que contre d'autres marchandises bien que, le plus souvent, par monnaie interposée.

Si seul le troc était pratiqué, toute marchandise ne s’échangerait immédiatement que contre une autre ou plusieurs autres marchandises. Une vente en contrepartie d’une quantité de monnaie ou un achat au moyen d’une quantité de monnaie ne font qu’introduire une commodité et un délai. Cette commodité, ce délai et les autres usages des monnaies modifient la pratique des échanges marchands. Les affaires monétaires ont été, sont et resteront au moins potentiellement à l’origine de désordres, voire de catastrophes. Cela ne change rien au fait que les marchandises ne sont échangées que contre d’autres marchandises (voir aussi l'interview à l'express de Paul Fabra).

Dire que « les marchandises ne sont échangées que contre d’autres marchandises » conduit à trois observations importantes.

Première observation

Les subventions sont des transferts des pouvoirs d’achat qui proviennent nécessairement de la vente de marchandises. Pour qu’il y ait des achats, il faut qu’il y ait d’abord eu des ventes.
Il faut apporter ici une précision de vocabulaire : « Demande » signifie « achats » et « Offre » signifie « ventes ».

Pour qu’il y ait de la demande, il faut d’abord qu’il y ait eu de l’offre. Plus précisément, pour qu’il y ait de la demande de produits finis, il faut qu’y ait d’abord eu l’offre de la marchandise primaire, c’est-à-dire d’emplois contre salaires. Encore plus précisément, pour qu’il y ait davantage de demande de produits finis, il faut avant tout qu’il y ait davantage d’offres d’emplois procurant un pouvoir d’achat lui-même orienté à la hausse. Ceci correspond à la loi de Say, dite aussi loi des débouchés : l’offre crée la demande.

Deuxième observation.

L’augmentation durable du volume et de la qualité des échanges marchands dépend de l’augmentation elle-même durable du volume et de la qualité des échanges de marchandise primaire.
Il n’y a véritablement croissance économique que quand il y a au moins autant de créations que de disparitions d’emplois privés stables et que le pouvoir d’achat des salaires augmente (voir le chapitre 5). 
Pour arriver à cette fin, il faut mettre en place une politique économique fondée sur une théorie cohérente des prix des marchandises. C’est ce que nous établirons au chapitre 4 en étudiant la formation du prix du placement en capital dans une conception de l’économie débarrassée du postulat du maximum de profit.
 

Troisième observation.

Les parties prenantes aux échanges marchands sont toutes à la fois offreuses et demanderesses. Cela apparait plus clairement encore dans le cas du troc. Cela reste vrai quand l’un des deux termes de l’échange marchand est une quantité de monnaie. Dans ce dernier cas, pour l’une des deux parties, l’offre est d’une marchandise et la demande est d’une quantité de monnaie. Pour l’autre partie, c’est l’inverse : l’offre est d’une quantité de monnaie et la demande d’une marchandise.
Qui sont, l’offreur et le demandeur dans le cas de l’employeur et de l’employé ?
L’employeur est demandeur d’un service et offreur d’un salaire. L’employé est demandeur d’un salaire et offreur d’un service.
L’usage mettant davantage l’accent sur le salaire que sur sa contrepartie, on considère que l’offreur est l’employeur et le demandeur l’employé ou le chercheur d’un emploi. Mais cet usage est partial et il le resterait s’il était inversé.