2.8. Aucun des moyens élémentaires de production n'est une marchandise.

Le travail, en tant que dépense d’énergie, n’est pas une marchandise

Ce point a été traité dans la proposition 2.2.

Le savoir n’est pas une marchandise

Le savoir n’est pas en lui-même une marchandise parce qu’il ne suffit jamais d’en posséder pour être en mesure d’en faire un objet de commerce. Il faut toujours y ajouter du travail nouveau, ne serait-ce que pour trouver un acheteur et pour lui fournir la chose convenue.

Supposons, pour exemple, une personne dont le bagage de connaissances soit hors du commun ainsi que l’art d’en tirer des exposés particulièrement clairs et convaincants. Cette personne ne peut tirer des revenus de ses connaissances et de son art que si elle publie, professe ou conseille. Toutes ces activités nécessitent de sa part un travail nouveau.

Réciproquement, un savoir ne s’achète pas ; il s’acquiert par un effort personnel. Bien sûr, cette acquisition peut passer par l’achat d’une prestation d’enseignement, mais cet achat ne garantie pas par lui-même l’acquisition du savoir. Joseph E. Stiglitz, dans Un autre monde (Fayard, 2006, pages 160 et 161)  indique que : « …le savoir est ce que les économistes appellent un "bien public"  : potentiellement, tout le monde peut en bénéficier. (…) ».
Thomas Jefferson, troisième président des Etats-Unis, l’a dit de façon bien plus poétique en assimilant le savoir à une bougie : « …quand elle en allume une autre, sa lumière ne diminue pas. »
Cette expression est non seulement plus poétique mais aussi moins équivoque que l’appellation « bien public ». L’image de la bougie souligne que le savoir en lui-même ne peut même pas faire l’objet d’un échange puisque sa possession ne se transfère pas d’un co-échangeur à un autre. Il peut encore moins être l’objet d’un échange marchand.

Les ressources naturelles ne sont pas des marchandises

Une ressource naturelle n’est pas en elle-même une marchandise. Sa présence ne suffit jamais pour être en mesure d’en faire un objet de commerce. Même s’il n’y a qu’à cueillir ou pêcher puis à mettre en vente, encore faut-il le travail nouveau de la cueillette ou de la pêche puis de la mise en vente.

Supposons, pour exemple, un pittoresque village situé au seul endroit qui permet d’admirer un paysage naturel exceptionnel. Les villageois s’avisent qu’ils pourraient tirer de substantiels revenus de ce don que la nature leur a fait. Au terme d’une homérique bagarre juridique avec les autorités de tutelle de leur commune, ils obtiennent l’autorisation d’installer et de faire fonctionner des péages aux entrées de leur village. Après plusieurs années pendant lesquelles il fallut amortir d’une part les notes d’honoraires des avocats qui gagnèrent la bataille juridique, d’autre part l’investissement nécessité par l’installation des postes de péage, leur entreprise commune devint bénéficiaire. Le paysage exceptionnel se révéla être une ressource naturelle qui, comme toute autre ressource naturelle, n’était pas en elle-même suffisante pour en faire un objet de commerce.