Ab - La démonstration va commencer

Lucien Contrepoint, © Atelier Paul Fabra, 12ième semaine de 2011

Deuxième dialogue de politique fiction

François — Si tu veux introduire du vraiment neuf et payant dans ton programme économique 2012, il faut que je te fasse une démonstration.

Nicolas — Si c’est compréhensible par la majorité des électeurs, je vais comprendre.

François — Et si c’est séduisant pour la majorité des électeurs, tu vas être séduit. Le point de départ est l’aspiration primordiale.

Nicolas — C’est quoi ce truc ?

François — L’aspiration économique socialement primordiale. Quel en est l’objet ?

Nicolas — Mieux vaut dire que cet objet est celui sur lequel un gouvernement peut faire quelque chose auquel la population aspire. Sur ce que nous avons cru pouvoir être une accélération de l’augmentation du pouvoir d’achat, nous avons été piégés par la crise. Je ne suis pas très chaud pour remettre le couvert.

François — Si je te dis l’emploi tu réponds quoi ?

Nicolas — Je vois bien qu’aucun électeur ne fera d’objection à ce qu’un candidat dise : « Il y a une solution au problème du chômage qui n’a pas encore été utilisée et qui marche à coup sûr ». Encore faut-il que ce soit vrai et crédible. Tu m’entends bien : non seulement vrai mais aussi crédible.

François — Je vais te démontrer que c’est bien le cas. Mais il y a une vérité préalable dont le déballage par un président se représentant demande un sacré culot.

Nicolas — Le culot, ce n’est pas ce qui me manque.

François — Je le sais mais réfléchis. Pour être crédible il faut d’abord indiquer pourquoi cette vérité a échappé.

Nicolas — Je réfléchis plus vite que tu sembles le croire. Il n’y a qu’entre les mains des économistes qu’une vérité de ce genre peut avoir échappé.

François — Les économistes se sont autoentretenus dans des erreurs qui leur ont laissé échappé de la vérité de premier rang.

Nicolas — Pas de panique, restons calmes. Tu peux compter sur eux pour trouver des trucs tordus qui leur sauvent la face. Si leur corporation a vraiment fait ce que tu laisses entendre, elle soutiendra vite qu’au fond il y a longtemps que tout le monde sait qu’il faut faire comme ça mais que le moment n’était pas encore venu. Tu peux être sûr qu’il en ira de la même façon du côté du Medef et des syndicats de salariés, entre autres corps constitués.

François — Tu es donc prêt à clamer que tu n’as pas fait une bonne politique de l’emploi parce que tu n’as pas été mieux conseillé ?

Nicolas — Je suis prêt à clamer que j’aurais fait une politique économique donnant de meilleurs résultats si j’avais été mieux conseillé par des économistes au fait des développements les plus récents de leur science. Encore faut-il que tu me fournisses ce qui permet de dire ça et d’être cru par la vox populi.

François — Cette fourniture n’est pas la première à te faire. Un grand candidat à la présidentielle, avec les passages à la télé que cela implique puis le face à face final, doit être en mesure d’expliquer pourquoi il est désormais assuré que sur la question de l’emploi les économistes ont fait fausse route.

Nicolas — L’actualité est chargée, le temps passe à train d’enfer. Il faut que tu arrives à m’apprendre ce pourquoi en moins d’une demi-heure et cela de telle façon qu’une fiche relue en vitesse me suffise à bien plaider.

François — Je rédige cette fiche et je reviens te voir avec. Il va de soi que c’est SGDG.

Nicolas — C’est-à-dire ?

François — Sans Garantie Du Gouvernement, pardi !

Certifié conforme à la fiction, à suivre, LC