Aj – Le mode impératif

Lucien Contrepoint, © Atelier Paul Fabra, 25ième semaine de 2011

Dixième dialogue de politique-fiction

Nicolas — Ton « mode impératif », de quoi s’agit-il ?

François — Auprès des instances et des militants de l’UMP, et par ce truchement de l’opinion publique française, tu déclines l’autorégulation E’PCE’’ sur le mode impératif.

Nicolas — Cela ne peut marcher que si je prends moi-même appui sur une autorité jugée crédible.

François — L’innovation est une autorité. Les Français sont en l’attente d’une innovation qui change la donne sur la question lancinante de l’emploi et de la hausse du plus grand nombre des salaires réels.

Nicolas — Me vois-tu aller disant, début 2012 : « C’est tout récemment seulement qu’une prescription nouvelle en matière de politique économique a été portée à ma connaissance. Voici en quoi elle consiste et pourquoi j’ai choisi de la soumettre au verdict des urnes. » ?

François —La sincérité est l’une de tes forces. Étudions ce que ce scénario peut donner. Tu tiens, et tu fais tenir, sur l’économie des « il faut que » chacun suivi d’un « parce que » touchant la vie quotidienne des Français et la prospérité de la France.

Nicolas — Et j'y mets plein de « France », « français », « française » pour couper l’herbe sous le pied du FN ?

François — Tu le fais parce qu’il est faux que la déréglementation financière, qui a touché la France à partir de 1983 puis a soulevé la vague appelée « mondialisation », a définitivement raboté les marges de manœuvre des États et de leurs coopérations.

Nicolas — Il faut que le rendement du placement en capital varie dans le même sens que le chômage de longue durée pour que le système économique revienne au plein-emploi. C’est un point clé de la doctrine à laquelle tu m’as initié. Prononce à ton tour ce jugement : « Il faut que… » ?

François — « Il faut que le rendement du placement en capital varie dans le même sens que le chômage de longue durée pour que le système économique revienne au plein-emploi. »

Nicolas — C’est bien ce qu’il me semblait. C’est un propos de professeur. Venant d’un politique, c’est indigeste.

François — Je ne t’ai pas conseillé de commencer par là.

Nicolas — Quel est donc le premier de tes « il faut » ?

François — Pour l’instant, ma préférence va à : « Il faut que la France devienne la nation championne de la relance sans effet pervers ».

Nicolas — À partir de cet « il faut » initial, je déroulerais quoi ?

François —.Il faut que les entreprises françaises soient en mesure de se financer majoritairement par du capital et non par de l'endettement. C'est le moyen le plus sain de création d’emplois par les entreprises.

Nicolas —.Le capital est devenu pour toi quelque chose de précis. C’est loin d’être le cas pour le plus grand nombre des Français.

François — Il faut que la société française et sa classe politique se mettent à voir plus précisément ce qui est capital en économie. La voie de la relance sans effet pervers est de ce côté. L’entreprise est, dans l’économie, l’entité capitale puisque de l’appareil constitué par les entreprises d’un pays dépend la hauteur et la distribution des revenus dans ce pays. Dans l’entreprise, la grandeur capitale est celle de son financement permanent par son propriétaire ou ses copropriétaires parce que cet apport est le moyen systémiquement le plus sain de tout le reste, dont la création et le maintien d’emplois.

Nicolas — Je doute qu’une campagne présidentielle suffise à ce que la France se mette à voir plus précisément et plus consensuellement ce qui est capital en économie, même si cette campagne est suivie d’un quinquennat bien dans sa ligne.

François — Vois qu’il y a une place à prendre et que le corps électoral attend qu’elle en vienne enfin à être prise. Cette place est celle d’un président de la République française qui, en tant que candidat, a énoncé des définitions renouvelées du capitalisme et du libéralisme économique, puis pendant son quinquennat a décliné par des réformes systémiques ce que ces définitions impliquent.

Nicolas — Tout dépend de ces définitions puis de ces réformes. Si elles sont dans la ligne de ce que l’opinion publique attend et qui est objectivement bon pour le pays, c’est jouable.

François — Le capitalisme est un état de l’économie de marché dans lequel les entreprises sont financées davantage par du capital que par du crédit fourni par des banques et d’autres entreprises. Le contraire du capitalisme, c’est le créditisme.

Nicolas — Il ne peut pas t’échapper que le travail à faire pour rendre cette définition du capitalisme appétissante est colossal.

François — Le libéralisme économique est un état de l’économie de marché dans lequel les entreprises sont la propriété directe des particuliers et de leurs associations non commerciales. Le contraire du libéralisme, c’est le centralisme, dont celui pratiqué non seulement par les pouvoirs publics nationaux mais aussi par les entreprises propriétaires d’autres entreprises.

Nicolas —Ce que tu appelles le libéralisme, par opposition au centralisme, remet à la population elle-même un pouvoir accru de stimulation et de régulation de l’appareil entrepreneurial, c’est bien ça ?

François — Oui. Mais je m’empresse d’ajouter que c’est problématique. Il faut que les particuliers et leurs associations non commerciales fassent plus souvent une bonne affaire qu’une mauvaise en plaçant une partie de leur épargne en titres de copropriété d’entreprises, c’est-à-dire en actions.

Nicolas — Et là tu sors la montée à 100 % de l’impôt sur les bénéfices non distribués et un unique barème de l’impôt sur le revenu selon qu’il s’agit d’un revenu du travail ou de placement.

François — Je sors également un train de réformes organiques concernant le taux de profit sur capital et une promotion, sans avantage fiscal à la clé, des actions restituables, placées en capital variable.

Nicolas — En gros, ça consiste en quoi ces réformes sur le taux de profit ?

François — Le chiffrage des taux de profit sur capital n’est pas normalisé. S’il l’était, de façon assez simple pour constituer une base fiable de comparaison, ces taux deviendraient des repères dont le grand public a besoin pour rendre ses arbitrages en matière de placements. Ce qu’il faut bien voir à ce sujet…

Nicolas — Ne prends pas la peine de m’en dire plus pour l’instant. Ce que les électeurs et ceux qui sollicitent leurs suffrages connaissent le moins mal est l’état actuel des choses. Ce qui les branche le plus est ce dont on leur propose de sortir. Toute ton affaire, ça revient à sortir de quoi ?

François —D’un excès de confiscations financières par des appareils. Les résultats de l’économie française seraient bien meilleurs avec nettement moins de ces confiscations.

Nicolas — Faisons porter sur ce thème notre prochain entretien de politique-fiction. Tu t’en tiendras à ce que tu crois être celles de ces confiscations que tu juges principales et qu’un gouvernement peut faire sensiblement reculer en un quinquennat. De mon côté, je te dirai ce qui est de nature à me faire hésiter à me lancer dans cette aventure.

Certifié conforme à la fiction, à suivre, LC