C'est trop bon pour n'être publié que sur le site, Lucien Contrepoint

Lucien Contrepoint, LC, est le pseudonyme d’un docteur ès sciences économiques, ancien élève de l’Éna, élu de haut rang en hiérarchie politicienne, sociétaire de l’Atelier. Le texte suivant est l’un de ceux par lesquels LC fait état du pourquoi de son recours à un pseudonyme. S'il trouve le temps de fournir durablement ce qu'il annonce, la vitalité de l'Atelier et la qualité de ce que son site donne à étudier progresseront nettement. DM

La lecture du chapitre sur la répartition m’a d’abord déboussolé, c’est le moins que je puisse en dire. Mais le choc était trop grand pour qu’il soit honorable de m’en tenir là. Je l’ai relu, à plusieurs reprises, tout en revenant plus d’une fois sur le chapitre précédent, relatif à l’emploi, puis ici et là sur les deux précédents, qui ont pour sujets le capital et le profit

Le verdict, qui pour l’heure hélas n’engage que moi à ce que je crois comprendre, est : excellent ! Je veux cependant éviter autant que faire se peut d’en dire ici et maintenant davantage, par peur que ce davantage fasse passer mon appréciation pour insignifiante à force de paraître excessive. Particulièrement du chapitre sur la répartition, je vais en relire comme on reboit d’un vin exceptionnel.

Je dois indiquer que pour instruire mon jugement, je me suis à plusieurs reprises entretenu longuement par téléphone avec Dominique Michaut. Il m’a notamment exposé en détail ce qu’il a chevillé, « mais ce n’est encore qu’en l’état d’un brouillon » dit-il, sur le salaire et l’intérêt. Et arrivé là, je ne peux pas retenir une expression de l’enthousiasme qui est maintenant le mien : c’est époustouflant d’évidences, c’est d’une importance politique – sociale, de civilisation – de très grande magnitude.

Il y a tout lieu de s’attendre à ce que le chapitre sur le salaire soit, sur le fond et en sa forme, aussi réussi que ses deux précédents sur l’emploi, qui m’a impressionné, et sur la répartition, qui m’a très impressionné. C’est pourquoi, quand le moment sera venu, ainsi que Michaut et Lonjon le disent, « de monter sur le site » les argumentations des Propositions premières de science économique sur l’intérêt, avant les suivantes sur la monnaie puis les prix de vente des entreprises…

… je conseille vivement que dès ce moment :

1/ les chapitres 7, 8 et 9 soient rassemblés dans un ouvrage sobrement titré Théorie de l’emploi, de la répartition et du salaire en économie politique objective – et malicieusement sous-titré « Réplique à la Théorie générale de Keynes » ?

2/ Paul Fabra écrive l’introduction de cet ouvrage, de manière telle qu’il lui soit possible d’en tirer facilement de l’article court mais de fond à faire passer dans la presse française où il garde à coup sûr de bonnes introductions ;

3/ de chercher et trouver, en exhibant non seulement le tapuscrit mais aussi la liste des gens de presse que Fabra est susceptible d’approcher pour faire passer de l’article sur cet ouvrage, un éditeur ayant grand pignon sur rue et acceptant au moins, cela l'exposerait à un remarquablement faible risque financier, une parution en livre électronique lisible sur ordinateur et tablette de lecture sur papier à encrage lui-même électronique (ô Gutenberg… !) ;

4/ Lonjon et Michaut écrivent, pour cet ouvrage, un bref avertissement renseignant le lecteur sur le lien qu’il y a entre ce volume et le site de l’Atelier, notamment à raison de l’indexation à disposition sur le site et des consultations à faire au même endroit, accessible sans bourse délier à qui dispose d’une connexion internet, pour voir comment cette théorie de l’emploi, de la répartition et du salaire s’insère dans une suite, portant sur l’économie (globalement considérée), la marchandise, l’entreprise, le capital, le profit, l’intérêt, la monnaie, les prix (de vente des entreprises) – par antiphrase : excusez du peu !

De mon côté, je vais dès les jours prochains retrousser les manches.

Ce sera d’abord pour continuer à faire passer à Michaut des indications de correcteur ainsi que de lecteur faisant la chasse aux ruptures de « rapport de la forme au fond » dont Paul Valéry, Michaut me l’a appris, a fort remarquablement signalé la constance dans un bon ouvrage de mathématique et par conséquent, à cause de la rigueur commune, dans un bon traité d’économie politique objective – d’EPO comme on dit à l’Atelier [ce signalement de Valéry se trouve dans son compte-rendu de lecture de Walras, DM]. Une constance, soit dit au passage, qui est l’une des caractéristiques d’un bon texte de loi et en bonne spécification de norme ; ce que Fabra, m’a rapporté Michaut, appelle justement « la bonne distance de l’auteur à son ouvrage ».

Le ton des dialogues dont il est ci-dessous question sera humoristique. Pendant tout le temps où ce sera assez suggestif, les interlocuteurs seront François F. et son chef Nicolas S.

Car, pour ce qui est de retrousser les manches, ce sera également en prenant part, de temps à autre, à la rédaction non seulement du bulletin dodécadaire mais aussi, plus continument, de dialogues de politique fiction qui, je l’espère et en tout cas je vais m’y efforcer, vont contribuer à rendre plus attrayante la didactique de la théorie économique remise d’aplomb.

Le débarquement sur la place publique de cette théorie renouvelée de la cave au grenier, débarquement qui est indispensable pour commencer à devenir politiquement exploitable (d’où le pseudo qui me sert de masque de fer car pour l’instant et sans doute pour longtemps encore je ruine ma carrière si je n’en use pas) ; ce débarquement, ai-je commencé à dire, ne se produira malheureusement peut être que dans des dizaines et des dizaines d’années, que très lentement de moins en moins marginalement (ce qui est un comble pour ce qu'il véhicule d'opposé au marginalisme... ! ). Mais dans les jugements les plus vilains de Keynes, il y a que « mieux vaudrait que l’avenir soit connu » – passons… – et qu’ « à long terme nous serons tous morts » – ne passons pas : c’est une question d’honneur.

Avec Michaut et bien d’autres dont probablement Fabra, j’adore ce trait d’esprit qui a été l’une des plus pertinentes conclusions de mai 1968. Au chaud des événements, il a été écrit sur un mur d’un amphi de la Sorbonne : « Dieu est mort. / Signé Nietzche ». L’ambiance étant redevenue moins torride, du bon sens plein d’humour a recouvré son droit d’expression en faisant suivre cette inscription par cette autre : « Nietzche est mort. / Signé Dieu ». En l’occurrence et au présent, c’est tout un réseau de courants de pensée économique, répandus dans toutes les factions électorales et syndicales à tous les étages de leurs appareils, qui est à envoyer aux archives de l’histoire des idées sociales et des pratiques politiques en le remplaçant par un autre courant scientifiquement et moralement de bien meilleur aloi. Il pourra y falloir encore beaucoup, beaucoup de temps et une faramineuse quantité d’abnégations individuelles et de travail, en français et en d’autres langues.

Je vous encourage très chaleureusement à tenir le cap, président et secrétaires de l’Atelier d'EPO, né pour ce qui est de l'Atelier et renée pour ce qui est de l'EPO en France et en français !

LC, 4 mars 2011