Demain l’économie, Ad

Août 2013

Chère Chloé, cher Rémy,

Les énoncés et les argumentations de deux règles de gestion générale du prélèvement public se trouvent sur le site de l’Atelier Paul Fabra. Je vous indiquerai plus tard où. La question traitée se loge au cœur de ce qu’il y a de plus éminemment politique dans la vie sociale. Il n’est pas prématuré que les électeurs que vous êtes s’y intéressent. Lire l’équivalent des huit pages A4 que le site lui consacre prend moins de temps qu’une séance de cinéma.

Encore faut-il que cette lecture ne vous rebute pas à peine commencée. Sa teneur se propagera dans votre génération si elle charpente des discours qui donneront envie de la colporter.

Mais voici que cette teneur a une caractéristique qui fait obstacle à sa diffusion. Elle fait usage de distinctions qui ne sont pas encore, ou trop peu encore, monnaie courante dans le commerce des idées économiques et les pratiques au quotidien tirées de ce commerce. En l’occurrence, cela commence avec le concept de prélèvement public. Il est posé pour distinction d’avec les prélèvements obligatoires. Sa définition est : somme des impôts, qui font partie des prélèvements obligatoires, et de l’épargne placée en titres d’emprunt public, placements qui eux ne font ordinairement pas partie des prélèvements obligatoires (ordinairement : sauf pour d’éventuels montants que le législateur impose aux ménages de prêter au trésor public, c’est déjà arrivé).

Wikipédia n’est pas une encyclopédie sûre des distinctions plus ou moins bien posées qui font la trame de notre culture. Ce n’en est pas moins un instrument dont des indices sont à tirer. Dans cette somme, il n’y a pas encore d’article sur le prélèvement public alors qu’il y en a un sur les prélèvements obligatoires.

Une distinction qui n’est pas encore courante soulève une question et jette un défi. Qu’apporte cette distinction ? Le défi est d’y réfléchir par soi-même, en faisant table rase de préjugés. Or nous sommes rarement appelés à réfléchir par nous-mêmes à des concepts, c'est-à-dire des idées précises… pour distinction d’avec des notions, c’est-à-dire des idées vagues, de très loin les plus nombreuses et les plus spontanées. De cette rareté à ce qui rend une lecture rebutante, il y a très souvent moins que la distance de la coupe aux lèvres.

Les auteurs de lectures rebutantes à cause de cela encourent tous le reproche de ne pas avoir assez travaillé ou, pour les plus bosseurs d’entre eux, assez bien travaillé. Ils auraient dû rendre leurs propos plus faciles à comprendre. Ce n’est cependant pas parce qu’ils ont manqué de talent pour s’y appliquer avec plus de succès que les pistes qu’ils ouvrent doivent être systématiquement tenues pour impraticables. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement aux yeux du receveur du propos quand la mentalité du receveur comporte assez de ce qui est évident aux yeux de l’émetteur du propos.

« Vous, teneurs de ce discours de gestion générale, considérez évident que le concept de prélèvement public est économiquement plus important que non seulement celui de prélèvements obligatoires mais aussi que ceux de recette publique et de dépense publique. Commencez donc par nous en convaincre par des considérations concrètes. » Réponse : nous avons réfléchi par nous-mêmes, d’abord dans l’ignorance du chemin à prendre pour y voir plus clair. Commencez donc par en faire autant. Acceptez que nous posions comme en axiome la définition du concept de prélèvement public et entrez dans l’argumentation que cette distinction et d’autres à suivre permettent d’articuler. Si vous n’y trouvez rien qui vous fait apparaître nettement préférable de voir ainsi et d’agir en conséquence, alors tenez l’axiome pour mal choisi, ou mal exploité selon ce que votre intuition ou votre raison vous en dit. Mais allez jusque là. Ne nous demandez pas de vous amener là où vous n’avez encore jamais été tout en refusant de vous y laisser conduire parce qu’un examen à passer ou une autre circonstance ne vous y oblige pas. Demain l’économie en nettement meilleure santé au mépris de ce courage, c’est douteux, très douteux, extrêmement douteux.

D’autres considérations sur le thème de la distinction contribuent à rendre tolérable puis aimable la teneur du passage que j’ai commencé à vous prescrire de lire puis de faire lire. J’ai l’intention de vous les présenter avant de vous indiquer où ce passage se trouve.

DM