Théorie de la valeur

01/03/2011, DM

Une théorie de la valeur fait partie des fondements de l’économie politique objective. Reposant sur la distinction entre valeur d’usage et valeur d’échange, introduite à notre connaissance dans la pensée économique par Adam Smith dans un passage incidemment soumis à la sagacité du lecteur, cette théorie tient en peu de propositions :

  1. Toute chose a une valeur d’usage, ou utilité.
  2. Seules les marchandises et les monnaies ont une valeur d’échange en contrepartie d’une propriété cessible.
  3. Les monnaies sont des instruments dont la valeur d'usage est réduite au fait d'avoir une valeur d'échange. S'il y a un grand tas de billets ayant cours sur la table, il n'entre pas dans son usage conforme à la raison d'être de l'un de ces billets de servir à faire du feu, tapisser les murs, emballer des objets fragiles, etc., ce qui somme toute et force de la loi à l'appui fait du signe monétaire un objet dont la valeur d'usage est réduite à la valeur d'échange. C'est au point que toute théorisation qui amenuise cette évidence, ou à plus forte raison la contredit en voyant dans la monnaie une marchandise comme les autres, est dès ses prémisses, aussi mathématisée qu'elle ait été faite, paralogique et idéologique.
  4. Un déterminant commun de toutes les valeurs d’échange en contrepartie d’une propriété cessible, ou valeur d’échange marchand, ne peut pas être postulé car cela revient à en préjuger et à enfermer dans une pétition de principe qui maintient l'économie politique en l'état de la chimie du temps du phlogistique.
  5. Ce déterminant existe si, et si seulement, l’étude catégorie après catégorie de marchandise de la formation de leur valeur d’échange l’établit.
  6. Que ce déterminant n’existe pas ou qu’il existe ne modifie rien d'essentiel, voire rien du tout, à la pratique des échanges marchands dès lors que cette dernière est consciemment gouvernée par la rétroaction naturelle EPCE, chapitre 7 ; la répartition également naturelle du revenu global, chapitre 8 ; la répartition du revenu total du travail en salaires par groupes de qualifications professionnelles et individuelles, chapitre 9.
  7. Accréditer un déterminant commun ou principal des valeurs d'échange marchand autrement que de la manière indiquée en 5 a la conséquence méthodologique préalablement indiquée en 4, ainsi qu'en 3 quand monnaies et marchandises sont mises sur le même plan. Avec la rareté, c'est à une scientifiquement scandaleuse accréditation de ce genre, contrevenant à la recherche de la vérité et propageant du faux, que l'enseignement de l'économie procède. Dans ce qui suit en étayage de cette critique les mises en caractères gras sont mon fait. Dès les premières pages du premier chapitre de son Économie politique, première édition en 1955, celui qui a été dit être dans les années 1970 « le meilleur économistes de France », jugement qui lui a valu d'être premier Ministre (1976-1981), le professeur Raymond Barre assène : « L’activité humaine présente un aspect économique quand il y a lutte contre la rareté ». Dès les premières pages du premier chapitre de L’Économie pour les nuls, première édition en 2007, le professeur Michel Musolino assène : « Sur terre la gratuité n’est plus de mise depuis qu’Adam et Ève ont été chassés du paradis terrestre et chaque satisfaction semble devoir se payer [depuis que l’homme, ayant mangé le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, porte en son for intérieur le tribunal de sa conscience, est-il permis de considérer]. Les économistes ont donné un nom à cette malédiction : la rareté. Voilà le concept de base de l’économie, et il est bien simple : il n’y a pas sur terre, à l’état de nature, assez de biens, de ressources, pour satisfaire tous les besoins des hommes ». En fait de malédiction, il y en a en cette affaire deux. Une ressource naturelle, « facteur de production », est sans limite assignable et cela suffit à repousser la malédiction préjugée de la rareté universelle : l’intelligence humaine. Nos professeurs d’économie restent en grande majorité sous le coup d'une malédiction les ayant faits régresser par rapport à Ricardo qui, lui aussi dès les premières pages du premier chapitre de ses Principes, a formellement réfuté la thèse de la rareté élevée au rang de cause universelle des valeurs d’échange marchand. Idéologie, quand tu nous tiens...

À propos d’une valeur d’échange marchand et à plus forte raison de la valeur d’échange idem, l’expression « valeur-travail » est impropre parce que le travail en tant que dépense d’énergie humaine n’est jamais une marchandise, seul le travail en tant que produit de cette dépense – travail-ouvrage – étant susceptible d’en être une. En revanche, l’expression « valeur objective d’échange marchand » est sensée chaque fois que le réel ou le réalisable dont il est question s’y prête. Quand c'est le cas, le principe aristotélicien de l'égalité de l'échange marchand  est conceptuellement respecté. Pratiquement, il tend à l'être d'aussi près que possible quand les conditions qu'il revient à la théorie des valeurs d'échange marchand de spécifier sont remplies, étant entendu que cette théorie est celle des prix et non pas du prix.

Dans cet effort de spécification et de concrétisation, gardons toujours présent à l'esprit que la marchandise primaire est le travail en tant que produit d’une dépense d’énergie humaine – travail-ouvrage –, ainsi que Ricardo en a eu très manifestement conscience même s’il n’a pas su (avant de mourir prématurément d’une otite) : 1)  accorder son vocabulaire avec ce constat initial et final afin que la postérité voit que l’expression « valeur-travail », dont il n’use pas, est impropre alors que celle de « valeur objective d’échange marchand » est recevable chaque fois que le réel ou le réalisable dont il est question s’y prête ; 2) montrer de façon incontournale par cette même postérité que le revenu du travail, salarié par salarié, est le produit de deux répartitions dont l’une forme le revenu total du travail, chapitre 8, et l’autre l’inégalité des salaires, chapitre 9.