L'Anticapitalisme

Quatrième de couverture de la première édition de L'Anticapitalisme de Paul Fabra, livre sous-titré, en indication de son genre et de son objet, Essai de réhabilitation de l'économie politique (Arthaud, Paris, 1974, 432 pages) :

Ce livre ne vise à rien de moins qu’à un renversement de perspective de la pensée économique actuelle. La société contemporaine est encore analysée selon les modèles abstraits qu’en avaient proposé à la fin du XIX° siècle, les économistes néo-libéraux. Leurs constructions artificielles forment aujourd’hui la base de la doctrine enseignée sous le nom de science économique dans toutes les universités d’Occident. On a appelé « hédonistes » ces économistes parce que, pour eux, l’origine de la valeur se trouvait dans le besoin ou, si l’on préfère, dans le désir de consommation, ce qui les a amenés à poser l’axiome – sur lequel repose notre moderne « société de consommation » – que, dans l’échange, « le fait principal est la demande et le fait accessoire l’offre » (Léon Walras, 1874). Ce principe est contraire aux exigences de notre époque. Il est en train de s’écrouler sous les coups des évènements. Conceptuellement, il s’oppose du tout au tout à la tradition de l’école classique anglaise qui, avec le grand Ricardo, fonda l’économie politique au début du XIXe siècle, en reprenant et en « critiquant » les idées exprimées par Adam Smith en 1776 dans La Richesse des nations.

Ce qui frappe depuis lors dans l'histoire de la pensée économique, c'est, à part quelques découvertes partielles, son caractère régressif qui fait songer à ce qui advint de la physique et de la biologie tant que les savants n'en revinrent pas « aux sources mêmes de la connaissance » (Jacques Monod).

C’est au nom de la théorie de la valeur-travail, reprise par Marx mais mal interprétée par lui (il faisait du travail la « substance » de la valeur), qu’on repousse ici l’explication marxiste du profit (et du salaire…). On ne devra pas s’étonner que les mêmes arguments permettent de réfuter le marginalisme des néo-libéraux, car ces derniers, en répudiant aussi l’héritage ricardien, sont à leur tour retombés dans les pièges tendus par la pensée préscientifique d’Adam Smith. C’est de fond en comble qu’il faut réviser l’économie politique, faute de quoi il sera difficile d’éviter que la société ne cède à la tentation de solutions imaginaires : la Révolution ou son contraire, la contre-Révolution.

Voir aussi le compte rendu de lecture de Raymond Barre. Une version actualisée de L'Anticapitalisme a été éditée en 1991, en anglais, sous le titre : Capital for Profit / The Triumph of Ricardian Political Economy Over Marx and the Neoclassical, ouvrage qui a fait l'objet en 1993 d'une édition brochée parue sous le titre Capitalism versus Anticapitalism.