Livres auxiliaires

Actualités

Depuis le 21 octobre 2013, par ordre alphabétique de leurs titres (dernières actualités parues en colonne de gauche de l'Accueil)

Canada, assistanat, Copernic, fait en France

Date: 
10 janvier 2014

Compte-rendu de Roland Verhille sur sa dernière étude quantitative

Canada : redressement spectaculaire et durable de l'économie

AtelierPaulFabra sur l'assistanat

Le chemin social-démocrate reste à trouver, chronique d'Éric Le Boucher

AtelierPaulFabra à propos de Copernic

En 2014, on attend Copernic, Favilla du vendredi 10 janvier

Fait en France

Ce même jour sur France 2, un sujet du journal de 20 heures a été la reprise de Lejaby par Les Atelières. Sur le ton de l’annonceur d’une fatalité déplorable avec à la clé un problème très difficile à vraiment bien régler, le journaliste qui traita ce sujet fit part du besoin de recapitalisation de cette société coopérative.

Quand en France deviendra-t-il ordinaire de considérer ce qui suit ? La capitalisation d’une société commerciale, à savoir la proportion de capital social dans son financement[1], vient au tout premier rang des augmentations à obtenir tant que son poids n’est pas à la hauteur de deux aspirations. L’une est celle des travailleurs, l’autre des actionnaires, avec ce qu’elles ont d’identique, de légitime et d’indissociable : la sécurité de leurs revenus respectifs.

Marginaliser cette réalité se fait par des sophismes qui ont toujours pour arguments des éléments d’économie politique, souvent sous la forme de règles de gestion disparates.[2] Or l’économie politique la moins mystificatrice et la moins partiale, ainsi que la moins fallacieusement mathématique, aura forcément une caractéristique qui ne fait aucun doute[3]. Elle sera la plus exactement définie.



[1] Comptablement, le passif de son bilan.

[2] De ces règles de gestion, des plus idiotes aux plus sages, tout le monde en a. La politique, entendue comme art de gouverner et se gouverner, est une pratique universelle. L’économie politique n’est pas qu’à raison d’affaires nationales et internationales.

[3] Les économistes de toute obédience qui excluent constamment que leurs analyses et préconisations soient gangrénées par de la sophistique économique font comme si cette certitude n’existait pas.

 

Contreparties, responsabilités, comptes

Date: 
17 janvier 2014

Contreparties

AtelierPaulFabra a commenté sur le thème des contreparties la chronique d'Éric Le Boucher  :
Et si le patronat devenait aussi social-démocrate ?

Responsabilités

AtelierPaulFabra a commenté sur le thème de la responsabilité le point de vue du président du Medef, Pierre Gattaz :
Assurance-chômage : la réforme que vous voulons

 

Comptabilité

AtelierPaulFabra a signalé un aspect de notre travail à Éric Schüller :
La comptabilité analytique : le partenaire indispensable de l'entreprise

 

Rappel

Encouragement à persévérer dans cette voie

Date: 
31 juillet 2014

Un historien ayant une bonne connaissance des avatars principaux de la pensée économique nous écrit avoir éprouvé beaucoup de plaisir à produire un article de mise en perspective de, qualifie-t-il, la « nécessaire et ingrate » reconstruction conceptuelle de l'économie politique sur :

Introduction à l’économie définie >>> L’accréditation

Date: 
09 août 2014

Qu’adviendra-t-il de l’avènement du plein-emploi par le plein échange ? L’économie politique qui en sera le soutènement deviendra-t-elle communément enseignée ? Rien aujourd’hui ne permet de le prévoir.

En revanche, dans la préparation de cet avènement quelques nécessités ne font aucun doute.

Introduction, propositions, prescriptions

Date: 
05 juillet 2014

Les parties de l’introduction ne sont pas numérotées. La numérotation des parties du livre de science économique est par des chiffres, tandis que la numérotation des parties du livre de politique économique est désormais par des lettres.

La faillite contagieuse de l’État providence

Date: 
21 octobre 2013

La loi naturelle des justes prix

Date: 
02 juillet 2014

Les prix dont il s’agit sont ceux auxquels les entreprises vendent. La loi qui les fait justes est naturelle. Mais cette loi de marché, contournable par des obstructions aux comparaisons de tarifs et de rentabilités sans avoir de calcul à faire, est une découverte qui n’a pas encore fait son chemin.

Le plein échange salarial prescrit par Jacques Bichot

Date: 
26 août 2014

Les deux régulateurs du générateur économique

Date: 
25 mars 2014

Au sein de chaque nation, qu’elle soit ou non confédérale, les revenus proprement dits sont exclusivement pour les uns du travail et pour les autres de placements. Ils ont pour générateur l’ensemble des échanges économiques, tant domestiques que par-dessus les frontières. En aval du générateur, l’ensemble des transferts économiques constitue un répartiteur additionnel, au final entièrement alimenté par des prélèvements sur les revenus ainsi que par des legs[1]. Le générateur intègre et interconnecte deux régulateurs :

  • EPCE : Emploi > Profit > Capital > Emploi ;
  • RPP’ : Rentabilité, Productivité, Profitabilité.

Le régulateur EPCE[2] rétablit d’autant plus vite le plein-emploi que l’autofinancement n’ampute pas le profit P : un profit systématiquement distribué rend plus attractif les nouvelles mises en capital C. Disposant de ressources financières stables, les entreprises sont à même d’investir et d’embaucher, ce qui fait remonter l’emploi E. Quant au régulateur RPP’[3], il ajuste aux contraintes de rentabilité R et aux performances de productivité P les niveaux de profitabilité P’, les contraintes R provenant en bonne part du régulateur EPCE. La productivité nationale P commande l’évolution du total national des revenus. Les augmentations des autres productivités P sont répercutées par la concurrence en diminutions de profitabilités P’ de ventes des entreprises[4]. La baisse asymptotique de la profitabilité nationale P’ rend l’économie de marché productrice de la maximisation du revenu total du travail sous contrainte d’un taux moyen suffisant de rentabilité R des placements. Alors cette maximisation est conjointe :

a) au plein-emploi plus longuement que du sous-emploi ;
b) au rapprochement incessant de leurs niveaux suffisants des prix auxquels les entreprises vendent à leurs clients ;
c) aux revenus de vrais placements en remplacement progressif des retraites par répartition qui ont l’inconvénient incorrigible de ne pas participer à l’allongement des périodes de plein-emploi.

Mais il y a une condition générale à l’obtention de ces résultats. L’entier et prompt fonctionnement des régulateurs du générateur économique doit être devenu délibérément préféré à la course aux plus-values. Le capitalisme de rendement, au sein duquel les coopératives ont leur place, doit avoir politiquement prévalu sur le mercantilisme de plus-value[5]. En d’autres termes, le capitalisme du profit suffisant et du plein-emploi doit avoir stoppé l’essor du libéralisme d’enrichissement maximum des propriétaires, des cadres supérieurs et des politiciens de plus haut rang[6].

DM, AL

[1] Dont les legs imposés par voie fiscale tels que les prélèvements du trésor public sur les successions et, quand cette ponction est jugée trop peu réductrice de la disparité des patrimoines privés, l’adjonction d’un impôt sur la fortune avec ses lourds effets pervers dont l’emploi fait les frais. La création de richesse économique est exclusivement fournie par le générateur qui, en même temps, pourvoit à la distribution des revenus avant toute redistribution par le répartiteur. Ce qui envoie à une problématique si cruciale qu’elle est de civilisation. Quels sont les mécanismes de la distribution avant toute redistribution ? Sont-ils pour certains de leurs rouages intangibles et pour d’autres modulables ? Le capitalisme de rendement tend-il à rendre les effets de ces mécanismes plus justifiés que le capitalisme de plus-value ? La maximisation dans la pente naturelle (logique) de l’économie de marché est-elle celle des revenus de placement et des patrimoines qui les procurent ou bien celle du revenu total du travail ? Il est évidemment impossible qu’une défense de l’intérêt général et une politique économique soient aussi pertinentes que possible sans avoir dans leurs assises des réponses justes à ces questions

[2] Le schéma du régulateur EPCE est un triangle isocèle inscrit dans un cercle. Les trois sommets sont l’emploi E, le profit P, le Capital C, C et P étant tels que définis aux chapitres 5 et 6. Le sens de fonctionnement est celui de la rotation des aiguilles d’une montre. Le plus important pour en revenir au plein-emploi reste à faire tant que la proportion moyenne de capital dans le financement des entreprises reste stable et à plus forte raison baisse. Le meilleur moyen d’obtenir l’augmentation de cette proportion n’est pas l’autofinancement par les bénéfices non distribués mais au contraire des rendements effectifs des placements en capital plus élevés, assorties d’augmentations de capital social plus fréquentes et plus élevées.

[3] L’image qui donne le mieux l’idée de ce qu’est la relation RPP’ est celle d’une balance Roberval dont le fléau pivote autour d’un axe monté sur vérin. Un plateau est celui de la rentabilité R, le fléau pivote autour de la productivité P que l’évolution des techniques fait monter, l’autre plateau est celui de la profitabilité P’. Les définitions de R, P et P’ sont telles qu’à toute rentabilité R est égale à une productivité P multipliée par une profitabilité P’. C’est aussi sûr que quand sur un relevé bancaire la somme des débits est différente de la somme des crédits, alors le solde final est différent du solde initial.

[4] Adam Smith, Jean-Baptiste Say et David Ricardo ont fait cas de la tendance à l’égalisation des rentabilités (taux de profit sur capital) entre les secteurs d’entreprises de même nationalité (secteur miniers, manufacturier, financier, des transports, du négoce de gros et de détail, entre autres). Aujourd’hui, cet enseignement est en déshérence. Ce n’est pas pour autant que la tendance en question n’est plus une loi économique naturelle. L’économie définie dégage complètement que la régulation RPP’ intervient non seulement entre secteurs d’entreprises et entreprises du même secteur mais aussi jusqu’aux niveaux les plus fins de même appartenance des fournitures vendues par les entreprises : proposition 11.9.

[5] On peut aussi parler d'anticapitalisme de plus-value puisque son financement le plus utilisé par les entreprises ainsi que les spéculateurs les plus actifs est le crédit et non pas le capital. Le capitalisme de rendement est très durablement soutenable parce qu’il a systémiquement deux supériorités. Il réduit considérablement la fuite en avant dans les gaspillages et l’obsolescence programmée. Il allonge non moins considérablement la durée entre deux crises généralisées. Cela, qui n’en fait certes pas une panacée, ouvre néanmoins une perspective dont bien des gens sentent qu’elle est tenue scandaleusement obturée depuis l’avènement de la finance moderne (années 1980).

[6] Le sous-emploi chronique peut être principalement dû à un prélèvement public (impôts + emprunts) si lourd et croissant qu’il entrave de plus en plus le fonctionnement de la relation EPCE, avec pour résultat un stock national de capital social (au sens de cette expression en droit des sociétés commerciales) qui n’est pas à la hauteur nécessaire au relèvement du stock lui aussi national d’emplois durables. Il est dans ce cas désolant de devoir constater que la classe politique qui a les mains sur les manettes de la politique économique d’un tel pays se révèle incapable d’expliquer à ses électeurs pourquoi les charges publiques (dépenses de fonctionnement, subventions, amortissement financier de l’endettement) doivent être baissées, vigoureusement et durablement baissées : parce qu’elles sont devenues une cause principale de sous-emploi. C’est on ne peut plus logiquement que rentre dans la prescription d’activation des régulateurs EPCE et RPP’ ce qui a été trop vite appelé « la règle d’or », à savoir en plus abouti le respect concomitant de deux règles de gestion des finances publiques.


Cette synthèse sera reprise dans L'introduction à l'économie définie / 2. La méthode de l'économie définie.

L’économie définie > Filiation

Date: 
30 septembre 2014

L’économie politique selon Thomas Piketty

Date: 
23 août 2014

Thomas Piketty écrit, dans la conclusion de son livre Le capitalisme au XXIe siècle :

« Je n’aime pas beaucoup l’expression « science économique », qui me semble terriblement arrogante et qui pourrait faire croire que l’économie aurait atteint une scientificité supérieure, spécifique, distincte de celle des autres sciences sociales. Je préfère nettement l’expression « économie politique », peut-être un peu vieillotte, mais qui a le mérite d’illustrer ce qui me paraît être la seule spécificité acceptable de l’économie au sein des sciences sociales, à savoir la visée politique, normative et morale. Depuis ses origines, l’économie politique cherche à étudier, scientifiquement, ou tout du moins rationnellement, de façon systématique et méthodique, quel doit être le rôle idéal de l’État dans l’organisation économique et sociale d’un pays, quelles sont les institutions et les politiques publiques nous rapprochant le plus d’une société idéale. Cette prétention invraisemblable à étudier le bien et le mal, qui est une matière dont chaque citoyen est le spécialiste, peut faire sourire, et elle est le plus souvent usurpée, ou tout du moins exagérée. Mais en même temps elle est nécessaire, et même indispensable, car il est trop facile pour les chercheurs en sciences sociales de se placer en dehors du débat public et de la confrontation politique, de se contenter de jouer les commentateurs et les déconstructeurs de tous les discours et de toutes les statistiques. Les chercheurs en sciences sociales, comme d’ailleurs tous les intellectuels, et surtout tous les citoyens, doivent s’engager dans le débat public. Cet engagement ne peut pas se contenter de se faire au nom de grands principes abstraits (la justice, la démocratie, la paix dans le monde). Il doit s’incarner dans des choix, des institutions et des politiques précises, qu’il s’agisse de l’État social, des impôts ou de la dette. Tout le monde fait de la politique, à la place qui est la sienne. Il n’y a pas d’un côté une fine élite de responsables politiques, et de l’autre une armée de commentateurs et de spectateurs, tout juste bons à mettre un bulletin dans l’urne une fois tous les cinq ans. L’idée selon laquelle l’éthique du chercheur et celle du citoyen seraient irréconciliables, et qu’il faudrait séparer le débat sur les moyens et celui sur les fins, me semble être une illusion, compréhensible certes, mais pour finir dangereuse. Trop longtemps, les économistes ont cherché à définir leur identité à partir de leurs supposées méthodes scientifiques. En réalité, ces méthodes sont surtout fondées sur un usage immodéré des modèles mathématiques, qui ne sont souvent qu’une excuse permettant d’occuper le terrain et de masquer la vacuité du propos. Trop d’énergie a été dépensée, et l’est toujours, dans de pures spéculations théoriques, sans que les faits économiques que l’on cherche à expliquer ou les problèmes sociaux ou politiques que l’on cherche à résoudre aient été clairement définis. »

Sur « Le capital au XXIe siècle » de Thomas Piketty

Mutualité actuarielle et mutualité universelle

Date: 
07 novembre 2013

Parcours d'acquisition

Date: 
21 décembre 2013

Assembler une nouvelle économie politique de base se fait d’abord à tâtons puis, de décennie en décennie, plus sûrement. Peu à peu, la nécessité d’organiser l’ouvrage en deux sections principales se confirme. Une étape est franchie quand la table des matières de chaque section se révèle bien adaptée à la poursuite de l’assemblage. Le temps est alors venu de commencer à préparer l’appareillage didactique[1] : quel parcours d’acquisition de cette économie politique ?

De la plus longue à la plus courte

Dans l’ordre décroissant de longueur des sections :

  1. La plus longue a pour objet la science économique. Des concepts strictement définis y sont tirés de notions pour la plupart fréquemment utilisées.
  2. La section consacrée à la politique économique vient après. Elle dispense des préconisations que l’efficacité commande de centrer sur la petite proportion d’actions qui fait le plus gros des résultats (loi dite des 20/80).
  3. La plus courte section sera une introduction ou un texte autrement nommé qui en fera fonction.

De la plus courte à la plus longue

Le parcours d’acquisition qui, en règle générale, nous paraît le plus adapté commence bien entendu par l’introduction, puis il se poursuit par celle des deux autres sections qui est la plus courte :

  1. Petite section : introduction, courte mais néanmoins assez développée pour tenir lieu de préface de l’une et l’autre des deux autres sections ;
  2. moyenne section : politique économique, avec des renvois à quelques propositions et argumentations de science économique ;
  3. grande section : science économique, de base et strictement définie.

Tout citoyen est concerné par la politique économique. Elle fait incontestablement partie de l’indispensable à la vie en société ouverte. La théorie économique se situe en amont, sa fonction préventive et réparatrice de dérives souvent complexes justifiant que des spécialistes s’en fassent docteurs — des spécialistes distingué(e)s parce qu’ayant étudié de près les distinctions qui structurent le réel et le réalisable économiques et n’ayant pas renoncé à continuer à le faire.

Cours d’économie définie

Un cours d’économie politique, gratuit, ouvert à qui se porte volontaire pour le suivre, ne nécessitant pour être suivi que de disposer d’une connexion au net, se met aisément en place quand les leçons sont déjà établies sous la forme de pages web. Nous nous en rapprochons, mais nous n’en sommes pas encore là. Certes, il y a dans notre boîte à outils de quoi monter une série de liens et de questions à choix multiples dispensant un tel cours. Mais l’introduction n’est encore qu’à l’état d’ébauches alors qu’il nous faut pourvoir à son montage sans suspendre les travaux tant sur la moyenne section que sur la grande.[2]

Nous considérerons la version initiale de la petite section comme terminée quand le cours la couvrira entièrement. Cela passera vraisemblablement par des retouches de son texte, ou même des refontes complètes de plusieurs de ses passages. Il en ira de même pour la deuxième puis la troisième section au fur et à mesure de l’extension du cours.


[1] L’usage de l’adjectif « pédagogique » au-delà de ce qu’est originellement la paidagôgia, à savoir l’éducation des enfants, fait ombrage à la fréquence de l’emploi de « didactique » — didaktikos : qui sert à enseigner, à former. C’est avec un effet de bord qui connote « didactique » avec ce qu’exprime « dogmatique ». Une économie politique de base et strictement définie vise à être moins dogmatique, dans la connotation originelle de cet adjectif, en étant plus authentiquement scientifique que les assemblages qu’elle a pour ambition de remplacer. Son introduction dans l’enseignement public et la pratique politique n’en est pas pour autant facilitée. Le contraire est bien plus vraisemblable, même en cas de catastrophe économique ou d’origine largement économique.

[2] En 2014, une/la série de ces ébauches sera constituée d’articles dont le titre comportera toujours « économie définie ».

 

Politique économique > Revenus du travail

Date: 
25 septembre 2014

Entre fournisseur et client, les relations normales sont de subordination réciproque. — Trois grandeurs font la structure des revenus du travail. — Le pouvoir d’achat que la rémunération du travail procure est appelé à croître. — La hausse du pouvoir d’achat des rémunérations du travail est à la charge des employeurs. — Une autre grandeur qui fait la structure des revenus salariaux est la rémunération minimale du travail. — La troisième grandeur qui structure les revenus salariaux est la série des écarts de rémunération du travail. — Ou bien les écarts entre les rémunérations du travail ont une fonction qui leur est propre. — Ce qui est susceptible d’arriver chez tout employeur de plus d’une personne révèle l’existence d’une possibilité. — Les égalités et les inégalités de rémunération du travail sont des clés de répartition des masses salariales. — Le poids d’une masse salariale nationale n’est pas modifiable par la puissance publique. — L’élévation du pouvoir d’achat de la rémunération médiane du travail est à la portée de chaque nation. — Les hautes rémunérations du travail amputent celles qui leur sont inférieures.

Protocole de participation

Date: 
11 décembre 2013

Le site de l’Atelier Paul Fabra est un instrument de participation et non pas seulement de publication. L’objet travaillé n’est cependant rien de moins qu’une économie politique de base, la plus déterminante du futur des politiques économiques tant publiques qu’entrepreneuriales. C’est encore plus ambitieux, beaucoup plus ambitieux, car ces politiques sont principalement déterminées par un socle théorique à reconstruire là où il se révèle non scientifique.

Réglages délicats

En un tel ouvrage, l’expérience a confirmé qu’un protocole de participation ne peut bien fonctionner que s’il a pour support un protocole relationnel et promotionnel. Les réglages à opérer sont toutefois délicats. Ils doivent être compatibles avec l’avancement sur le fond d’abord. Ils doivent également rester ouverts à quiconque accepte d’intervenir, tout en veillant à ce que cela ne tourne pas aux déballages stéréotypés et aux joutes vaines. Cette modération gardienne du respect de la ligne éditoriale est au cas d’espèce potentiellement plus chronophage que l’avancement sur le fond et l’amélioration de la forme le permettent.

Insistons quelque peu sur ce dernier point, l’amélioration de la forme. L’écriture de pages perspicaces de science et de politique économiques est bien loin d’être une sinécure ! La bonification de la lisibilité et l’élévation de la qualité littéraire par la besogne de prescriptions de corrections font partie au premier chef de ce qui est à obtenir de quelques correspondants. Justement parce que ces concours-là sont particulièrement besogneux tout en étant les plus exigeants sur le partage d’un même état d’esprit, ils sont aussi les plus difficiles à mobiliser.

Mode d’emploi

Accepter l’enregistrement sur le site de son prénom et son nom, de son adresse de courrier électronique et d’un mot de passe confère le statut de correspondant :

  • Un correspondant le reste, passivement ou activement, tant qu’il ne se désinscrit pas à la réception du bulletin (dix à douze fois par an, lien de désinscription en bas de chaque bulletin envoyé).[1]
  • Quand un correspondant se connecte au site en tant que tel, en bas de la plupart des pages du site apparaît la fonction [Ajouter un commentaire].
  • L’utilisation de cette fonction entraîne automatiquement l’apparition du titre donné à la missive postée dans la rubrique Participations, en colonne de gauche de l’Accueil, au-dessous de la rubrique Actualités. Ce titre est alors possiblement les premiers mots de la première phrase de la missive.
  • Le caractère ¤ en début de titre est réservé au marquage indiqué ci-dessous.

Nouvelles pages

Ainsi le webmestre éditorial constate en rubrique Participations l’arrivée d’une correspondance. S’il juge cette dernière constructive — ce qui ne veut vraiment pas dire exempte de toute réprobation ou contestation ! —, la suite qu’il lui donne comporte entre autres actions les deux suivantes :

  1. Reprise du texte envoyé dans une page attenante Appréciations, questions, réponses. L’apport de cette nouvelle catégorie de page se révèlera à son usage. Les correspondants y verront mieux que leurs interventions ont bien été prises en compte. La cohérence des réponses apportées sera plus aisément estimable. Et surtout, ces contributions seront plus sûrement intégrées aux livres travaillés.[2]
  2. Marquage du titre, tel qu’il apparaît dans la rubrique Participations, en le faisant précéder du caractère ¤. Ce titre aura pu être changé par le webmestre éditorial, mais alors le correspondant en sera informé par un courriel.

Ce traitement de ce qu’il est convenu d’appeler sur le web les « commentaires », et plus anciennement le « courrier des lecteurs », montrera progressivement ce qu’il apporte sur la page où il a été inauguré.


[1] La réception du bulletin n’est pas encore réservée aux seuls correspondants. Le bulletin a été primitivement un moyen de faire connaître l’existence de l’Atelier Paul Fabra et d’attirer à lui des correspondants. Ce n’est plus le cas, le bulletin étant devenu quasi uniquement d’information sur l’avancement des travaux de construction, de réfections et d’essais (ces derniers par les articles de la « Revue »). D’autres moyens d’entrer en relation et d’accroître progressivement la notoriété du site commencent à prendre le relais par la mise en œuvre d’un protocole relationnel et promotionnel différent du trop sommaire et naïf d’abord retenu. L’envoi du bulletin deviendra réservé aux seuls correspondants ; qu’ils le soient de façon putative ou effective ; et quand c’est de façon effective, que ce soit par des participations ponctuelles ou régulières, selon leurs possibilités et envies de cette période de leur vie ainsi que de leur situation dans le parcours d’acquisition (indications à venir sur ce parcours).

[2] Des appréciations et questions relatives à une page du site parviennent au webmestre éditorial sans que leurs émetteurs usent du mode d’emploi ci-dessus décrit. Il est alors plus expéditif que ces participations alimentent directement la page ad hoc Appréciations, questions, réponses — page créée également afin que le mode d’emploi n’ai pas pour effet d’être trop contraignant. Quand l’alimentation directe est utilisée par le webmestre éditorial, l’intervenant : 1) en est avisé, 2) reste propriétaire de son intervention dont il peut à tout instant obtenir la modification ou la suppression.

 

Que révèlent les bases 100 du PIB et du RDB ?

Date: 
06 février 2014

Les ratios de meilleur aloi ne sont pas encore les plus utilisés

Où le PIB et le RDB sont manifestement des bases 100 contestables

 


 

Rentabilités, productivités, profitabilités

Date: 
27 janvier 2014

D’autant plus que les problématiques de la répartition normale des revenus et de la formation elle aussi normale d’un grand nombre de prix s’en trouvent plus justement comprises et assumées,

  • nous sommes pour une science et une politique économiques qui reposent notamment sur des définitions génériques et strictes de la rentabilité, la productivité et la profitabilité,
  • ces définitions étant valides à tous les niveaux d’analyse économique, des plus macro (nations et groupes de nations) aux plus micro (ce produit vendu par cette entreprise), chaque fois qu’autour d’une productivité P une rentabilité R et une profitabilité P’ s’ajustent — relation RPP’ ;
  • encore trop souvent injustement mais inévitablement, les termes de cette relation jusqu’à présent sous-enseignée servant à motiver un grand nombre quotidien de créations et de suppressions d’emplois au niveau méso, celui des entreprises juridiquement constituées (en sociétés de plus en plus couramment) :

11.7. Les entreprises dans l’entreprise ont des actifs directs, tous très exactement financés de la même façon.  *

11.8. Des rentabilités, productivités et profitabilités directes sont de même appartenance.

* Avec, en note de bas de page [1], une contestation de la pertinence du price earning ratio, ce coefficient qui contribue au mauvais fonctionnement de la concurrence. Le capitalisme en son meilleur état n’est décidément pas l’actuel.

Science économique > La monnaie

Date: 
16 septembre 2014

De quoi la monnaie est-elle un instrument ? — Il n’y a en matière monétaire aucune orthodoxie. — Une monnaie inspire d’autant plus confiance qu’elle est de fait arrimée à des points forts de politique économique. — Ce plus haut de protection par la politique économique est doublement plafonné. — L’autre manipulation est celle des taux de change. — Parvenir à une telle unanimité ne peut être que très laborieux.

Ce sommaire est celui de l’argumentaire, qui cite Jacques Rueff et Paul Fabra, de la proposition 12.1 : Instrument empirique et ne pouvant que le rester, la monnaie est serve.

Suite sur les prix de vente par les entreprises

Date: 
30 octobre 2013

Deux pas suivants sont à faire pour ne pas trébucher dans l’escalier qui conduit au tracé complet du tableau gigogne de contrôle de gestion et de décision des prix auxquels une entreprise vend :

Une loi naturelle tenue sous le boisseau

Date: 
03 mars 2014

Une loi naturelle reste cachée dans les replis de l’économie de marché. Le législateur la rendra plus active en recentrant la concurrence sur la comparabilité — un concept dont la rareté actuelle en analyses et prescriptions économiques est révélatrice[1] :

  • C’est cette loi qui justifie le plus rationnellement pourquoi le droit de la concurrence et sa jurisprudence doivent permettre l’empêchement ou le démantèlement de concentrations. Une banque universelle est une concentration, comme l’est une compagnie d’assurances qui a créé ou avalé en son sein une banque, une agence de voyage, demain un opérateur en télécommunications, un constructeur de maisons individuelles, un réseau de cliniques et de maisons de retraite. De même, une super-centrale d’achats concentre des négociations tarifaires. Etc.
  • C’est aussi cette loi qui recèle la résolution d’un problème de gestion réputé sans solution non arbitraire : celui de la répartition des coûts communs à plusieurs sections productrices de marge au sein d’une même entreprise.
  • Et c’est encore cette loi qui ouvre la perspective d’un assainissement de la pratique des « prix de transfert », ces montants qui entre établissements d’un même groupe se créditent à l’instar de ventes et se débitent à l’instar d’achats.

Les énoncés les plus exacts de cette loi restent encore de prime abord ésotériques. Commençons donc par constater que la concurrence est défaillante quand elle ne réduit pas les inégalités des rentabilités directes de même appartenance.



[1] La critique de la néoclassique concurrence pure et parfaite (dont celle de Schumpeter, notamment afin de faire valoir la destruction créatrice qui a rendu fameux le nom de cet économiste) n’a pas encore débouché sur une reprise en main théorique puis juridique de la concurrence telle que la comparabilité des prix et des qualités d'offres à des fins semblables en soit la clé de voûte.

 

Économie définie : le pari, la méthode, le consensus

Date: 
15 février 2014
  • Cahier d'introduction en trois parties :
    • en haut de la première partie, une mention provisoire a été remplacée par un exergue ;
    • la deuxième partie sera écrite selon le plan qui vient d'y être inséré ;
    • La métrique de la troisième partie sera la même que celle des deux autres.

Articles

Depuis décembre 2012, un nouvel article est généralement annoncé dans l'encadré Actualités de la page Accueil.

Le champ de ruines des idéologies fondées sur un système économique

                «  Il m’a semblé qu’en ces temps d’incertitudes, lorsque le passé se dérobe et que l’avenir est indéterminé, il fallait mobiliser notre mémoire pour essayer de comprendre le présent »[1].  Cette phrase que Robert Castel a placée en tête de son ouvrage consacré à La métamorphose de la question sociale, me paraît convenir parfaitement au stade actuel de la recherche de Dominique Michaut et de son équipe.

                C’est pourquoi je propose que  nous remontions plus précisément au XVIIIe siècle. C’est à cette époque, en Angleterre que commence la Révolution industrielle qui est toujours à l’œuvre de nos jours et dans le cadre de laquelle  doit se penser toute réflexion sur l’économie. Tout a commencé avec une invention, la machine à vapeur, mise au point par plusieurs inventeurs allant du Français  Denis Papin à l’Anglais James Watt. On peut dater du dépôt par ce dernier de son brevet en 1769 le début de cette Révolution industrielle. On peut remarquer qu’il n’est pas étonnant que ce soit finalement un Anglais qui ait rendu cette machine véritablement opératoire, car l’Angleterre disposait de réserves de charbon abondantes. Il y avait là, au propre  comme au figuré, un terrain favorable à l’utilisation de cette invention et donc au développement de l’industrie.

                Très vite il apparut nécessaire de réfléchir sur les phénomènes humains qui étaient la conséquence de ce rapide développement. Ce fut le mérite d’Adam Smith (1723-1790) qui publie  en 1776 les Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, considéré comme le «  manifeste «  de l’économie politique classique. Il n’est pas indifférent de noter au passage  qu’ Adam Smith était professeur de philosophie morale à Glasgow et que les Recherches étaient, à l’origine, destinées à être simplement un chapitre de l’autre ouvrage important qu’ il avait déjà  publié en 1759, la Théorie des sentiments moraux. Les réflexions d’Adam Smith sont reprises, en particulier, par un autre Anglais, David Ricardo (1772-1823) qui publie en 1817, Des principes de l’économie politique et de l’Impôt. Ce dernier ouvrage revêt une importance particulière dans l’histoire de la pensée économique, car c’est à partir de lui que vont diverger 2 approfondissements antagonistes de l’économie politique, d’une part celle de l’école néo-classique, d’autre part celle de l’école marxiste.

                Léon Walras (1834-1910), qui  publie en 1874 les Eléments d’économie politique pure est    considéré comme  le chef de file de l’école néo-classique laquelle renouvelle la réflexion des économistes classiques tout en restant dans un cadre libéral.  Karl Marx (1818-1883) dont l’œuvre majeure, Le Capital, qu’il laisse inachevé et est publié de 1867 à 1894 établit  une critique radicale du système économique dominant,  rejette le cadre libéral et pour mettre fin à « la lutte des classes », propose comme remède « l’appropriation collective des moyens de production ». La mise en place en Russie en 1917 d’un régime qui se réclame ouvertement des idées de Marx établi une « dictature du prolétariat «  et prétend instaurer ce système sur l’ensemble de la planète, donne à cet antagonisme entre  les 2 systèmes économiques un caractère total qui va dominer la majeure partie du XXe  siècle. Cet antagonisme est encore aggravé en 1949 par l’avènement en Chine d’un régime se réclamant des mêmes options. Il faut attendre, en novembre 1989 la chute du mur de Berlin suivi  en 1991 de la disparition de l’URSS, pour que soit levée l’hypothèque que constituait les régimes politiques se réclamant des idées de Karl Marx.

                On aurait pu croire que l’économie de type libérale avait définitivement assuré sa prédominance sur l’économie mondiale, d’autant plus qu’elle avait su, de son côté et tout particulièrement dans les années d’après le Seconde guerre mondiale, notamment sous l’impulsion de John Maynard Keynes (1883-1946) dont les idées sont développées dans son principal ouvrage, la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936), permettre une certaine dose d’influence de l’Etat afin de corriger les excès d’une économie trop strictement régie par les lois de la concurrence. Mais, dans la période qui a suivi la chute du mur de Berlin, l’économie mondiale, notamment sous l’influence de l’école monétariste de Chicago animée par Milton Friedman (1912-2006), a, au contraire, abandonné les idées keynésiennes pour revenir à un libéralisme sans contraintes  se traduisant par une dérégulation. Cette croyance aux vertus du « tout marché » ont conduit le système économique mondial, libéré de tout garde-fou, à la crise qui s’est traduite en septembre 2008  par la chute de la banque Lehmann-Brothers aux États-Unis.  Cet événement peut être considéré « comme le symétrique de la chute du mur de Berlin », selon les propres termes d’un éminent responsable français du monde financier[2].

                Après les bruits et les fureurs du XXe siècle, le monde des grandes idéologies[3] fondées sur un système économique déterminant une organisation complète de la société est désormais un champ de ruines. Pourtant, sans remonter au déluge,  depuis les débuts de la Révolution industrielle dans laquelle nous nous sommes placés, des milliards, sûrement plus, d’opérations économiques allant des plus modestes comme les achats quotidiens d’un foyer, comme des plus considérables, achats d’entreprises ou réalisations de grands travaux, ont eu lieu et ont permis le prodigieux développement que l’économie mondiale  a connu. N’y a-t-il  pas à travers ces opérations quelques règles fondamentales qui se dégagent et qui permettent, sur ce champ de ruines, d’édifier un édifice conceptuel, peut être encore modeste, mais qui nous permette de repartir de l’avant ? Et, suivant en cela les traces du fondateur de l’économie politique Adam Smith qui «  dans le civil » enseignait la philosophie morale, n’y a-t-il  pas dans cette refondation à prendre en compte la dimension morale et à réfléchir à une éthique de l’économie qui pendant 2 siècles a été singulièrement oubliée ?

                 C’est la tache nécessaire et ingrate à laquelle s’est attaqué Dominique Michaut et son équipe de l’Atelier Paul Fabra.  Les lignes qui précédent ne  veulent être qu’un encouragement  à leur action.

PV, juillet 2014

 



[1] Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale, Une chronique du salariat, page 11, Fayard, Paris, 1995.

[2] [Note de l’auteur] Il s’agit de François Villeroy de  Galhau, membre du directoire de BNP, lors des Semaines sociales de Lyon, novembre 2008.

[3] [Note Michaut] De nos entretiens avec l’auteur, il ressort qu’il utilise ici le terme « idéologies » pour désigner des doctrines générales de la condition humaine, partant des relations sociales et du devenir de l’humanité, au moyen d’assertions qui rapprochées des verdicts de l’expérimentation de leur système, vaut désormais à ce terme que son sens péjoratif est devenu dominant.

 

Non à l'économétrie de camouflage

Version Le Cercle Les Echos

« Mesurer pour comprendre »

Le livre Crise financière / Pourquoi les gouvernements ne font rien comporte, entre parenthèses, une précision souvent omise : « … un ratio de 80 % du revenu disponible brut (53 % du PIB) »[1]. Le PIB étant de loin la base 100 la plus utilisée à l’échelle macroéconomique, cette précision vaut indépendamment de la grandeur mesurée.

Rendons-nous sur le site web de l’Insee. Notons que la devise de cet établissement public a de quoi laisser songeur : « Mesurer pour comprendre ». L’économétrie repose forcément sur des catégorisations tirées d’une théorisation. Comprendre les lignes de force s’impose d’abord afin de mesurer en vérité et en conséquence mieux informer. Mais cette probité est contrebattue par ce qui sera relevé à la fin du présent article.

Le RDB, le PIB, leur rapport

Le « revenu disponible brut », RDB, lit-on sur le site de l’Insee, « est à la disposition des ménages pour consommer et épargner. Il comprend l'ensemble des revenus d'activité, des revenus du patrimoine et les prestations sociales, auxquels sont soustraits les impôts directs et les cotisations sociales. »[2] Quant au PIB, produit intérieur brut, la même source indique qu’il est « le principal agrégat mesurant l'activité économique. Il correspond à la somme des valeurs ajoutées nouvellement créées par les unités productrices résidentes une année donnée, évaluées au prix du marché. »[3]

Quand 80 % de RDB est égal à 53 % de PIB, le rapport entre le PIB et le RDB est de 80 / 53 = 1,51. Arrondissons à 1,5. En ce cas, un point de PIB fait la même valeur absolue qu’un point et demi de RDB ; un point de RDB la même valeur absolue que les deux tiers d’un point de PIB (1 / 1,5).

Les bases 100 les plus élevées, le RTP

Dans les proportions qui viennent d’être indiquées, un déficit des finances publiques de 3 % du PIB est de 4,5 % du RDB (3 x 1,5). Une somme des impôts et autres cotisations obligatoires de 40 % du PIB est de 60 % du RDB (40 x 1,5). D’où, à des fins de manipulation de l’opinion et d’autocensure, l’usage privilégié du PIB. Les bases 100 les plus élevées sont celles qui se prêtent le mieux aux camouflages. Cela vaut non seulement pour le PIB mais aussi pour le RDB, voici pourquoi :

Le RDB est plus et moins que le vrai total des revenus du travail et de la propriété (des placements, du patrimoine) — appelons ci-après ce vrai revenu global du travail et de la propriété, RTP. Le RDB ne comporte pas que des revenus proprement dits, à savoir des contreparties en échange de la fourniture par les particuliers de travail et de placements ainsi que de la fourniture de placements par les associations privées non commerciales (caritatives, cultuelles, culturelles). Le RTP n’a pas d’autre composant que les contreparties rémunératrices qui viennent d’être dites. Le RTP n’est ni diminué par des débours quels qu’ils soient ni augmenté par des remboursements quels qu’ils soient. Le RTP est hors tout transfert public ou privé tant en entrée (subventions reçues, récurrentes ou exceptionnelles) qu’en sortie (subventions fournies, imposées ou bénévoles). Dans une société où l’usage de toute une palette de secours en arrive à être scolairement jugé plus sain quand aucun de ces secours n’est assimilé à un revenu, le RTP devient la base 100 privilégiée en économétrie nationale et régionale. C’est, au demeurant, le RTP et lui seul qui fait l’assiette de l’impôt sur les revenus.[4]

Le rapport entre RDB et RTP

Les impôts directs et les autres cotisations obligatoires sont soustraits du RDB et non du RTP. Les « prestations sociales », dont aucune ne fait partie du RTP, sont ajoutées aux « revenus d’activité » et aux « revenus du patrimoine » dans le calcul du RDB. Le RDB n’est donc égal au RTP que quand les prélèvements soustraits sont d’un montant total lui-même égal aux « revenus de transfert » ajoutés.

Cela se peut si en finances publiques le produit des impôts et des placements publics couvre la totalité des charges[5] publiques, amortissement financier de la dette publique compris (cet amortissement : intérêts et remboursements). Quand, en faisant de cette possibilité une astreinte calamiteuse tant qu’assez de croissance n’aura pas rendu son respect socialement supportable, un pays peut[6] se trouver dans une situation telle que RDB / RTP = 1,2 et PIB / RDB = 1,5. Alors, PIB / RTP = 1,5 x 1,2 = 1,8. Alors également, un déficit des finances publiques de 3 % du PIB est de 5,4 % du RTP (3 x 1,8 = 5.4) tandis qu’une somme des impôts et autres cotisations obligatoires de 40 % du PIB est de 72 % du RTP (40 x 1,8 = 72).

L’économétrie fatalement engagée

Comme le professeur Frédéric Teulon l’a fait dans son Vocabulaire économique[7], il est tout à fait de bon aloi d’enseigner que l’économétrie est une « application des méthodes mathématiques et statistiques à l’étude des phénomènes économiques ». Toutefois ajouter sans plus « Les économètres construisent des modèles qui permettent de rendre compte du fonctionnement d’une économie et de tester des hypothèses » pèche par omission.

Pour ce qui est de tester des hypothèses, oui bien sûr quoique certaines hypothèses seulement. Mais aussi, fort évidemment : au moyen des catégorisations et des relations théorisées en amont de la programmation informatique du modèle. Il n’y a pas de données tirées de l’observation de la réalité économique hors d’un cadre théorique, si frustre ou sophistiqué que ce cadre soit, si partiaux ou impartiaux que ses attendus soient. Il n’y a pas d’économétrie non engagée. Il n’y pas d’économétrie pourvoyeuse de tableaux et de prédictions qui suffisent à certifier qu’elle est sur la voie la plus scientifique qui soit. Oui à l’économétrie car elle très manifestement indispensable[8]. Non à l’économétrie de camouflage, celle qui mesure et corrèle à tour de bras tout en se racontant volontiers l’histoire à dormir debout qu’elle le fait indépendamment d’une schématisation préétablie.[9]

DM, février 2014


[1] Emplacement 1741 en édition numérique lue sur Kindle.

[4] Les montants annuels de cette assiette, ce faisant les chiffrages successifs de l’agrégat que nous appelons ici RTP, font ils partie de la Banque de données macroéconomiques de l’Insee ? Il semble bien que non. Ce qui s’en approche le plus paraît être le Revenu imposable (lien vers sa définition). Mais : a) il ne tient pas uniquement compte des revenus proprement dits puisque les plus-values perçues en font partie, b) il n’est pas brut puisqu’il intègre des abattements fiscaux. Faut-il en conclure que Les comptes de la Nation, autrement dit la Comptabilité nationale, a été et reste élaborée sans s’aviser que le RTP est une réalité économique primordiale dont la répartition entre T, le travail, et P, les placements alias « le capital » n’a rien de subsidiaire ? Le moins que l’on puisse dire est qu’il y a des indices concordants en ce sens. L’origine théorique de cette anomalie ne fait aucun doute. Si vous avez dans votre bibliothèque les deux tomes du manuel de Raymond Barre, Économie politique (PUF), tirez le deuxième et consultez la table des matières. Au titre II de la troisième partie, La théorie générale du revenu global, il n’y a rien sur la répartition. Par acquit de conscience, voyez l’index alphabétique. Là l’entrée « Répartition » renvoie à la deuxième partie, Le revenu national : sa répartition. Sur l’histoire des idées économiques, on y apprend plein de choses à rapprocher, pour qui c’est le métier ou une prédilection, de ce que nos propositions premières de science économique exposent dans leur huitième chapitre, bien plus rapide à étudier, La répartition. Plus rapide et à la portée de qui n’a pas fait d’études supérieures en économie et possède la sagesse de constater que si l’économie pratiquée ne vas pas assez bien ce ne peut être qu’en conséquence de ratés intellectuels.

[5] Charges par distinction d’avec investissements. Le salaire d’un enseignant est une charge, la construction d’une école est un investissement. N’est, à proprement parler selon nous, un investissement économique que ce qui augmente un patrimoine de nature à pouvoir être vendu, que la propriété de ce patrimoine soit publique ou privée.

[6] Attention : c’est d’un possible dont il s’agit. N’ayant trouvé sur le site de l’Insee ni le concept de RTP (quelle que soit sa dénomination, bien entendu) ni de la quantification paraissant assez aisée à retraiter, le rapport 1,2 est une supposition. De même, n’est qu’une hypothèse pour illustration numérique le 40 % de PIB en prélèvements obligatoires (qui est en soi un amalgame contestable parce que les impôts n’ont pas la même fonction que des primes d’assurance et des abondements à un régime de retraite par répartition). Notons que si le RTP est supérieur au RDB, les taux d’épargne par rapport au RDB sont plus grands que par rapport au RTP.

[7] Première édition en 1991, collection Que sais-je ?

[8] Notamment sous la forme de comptabilités en partie double, mais pas seulement : qu'est-ce que le business reporting si ce n'est de l'économétrie limitée au périmètre d'un contrôle de gestion et d'un business plan ? Là aussi du camouflage va bon train, comme nous avons plus particulièrement entrepris de le faire apparaître dans le chapitre 11 de nos propositions premières de science économique.

[9] La Comptabilité nationale est née keynésienne et jusqu’à présent le reste beaucoup au moyen des formations à l’économie et à l’économétrie par d’abord la modélisation qu’elle constitue — d’abord avec d’autant plus de zèle que sa perpétuation s’en trouve mieux assurée.

 

Ricardo, l'écomiste citoyen

Par Daniel Bastien, Les Echos du 16 août 2013

Sur « Le capital au XXIe siècle » de Thomas Piketty

Par Dominique Michaut avec renvoi et en réplique à Roland Verhille

Thomas Piketty est devenu une figure de proue d’une économie politique utilisatrice d’une grande masse de statistiques réputées être révélatrices de vérités. Or cette réputation ne peut être que fallacieuse, pour la raison suivante.

Les statistiques retenues sont, ou ne sont pas, établies que sur des réalités élémentaires homogènes et exactement étiquetées. Si elles le sont, les proportions et les évolutions mesurées sont vraies, mais ce se ne sont pas les ratios de proportion et d’évolution qui attestent de ces vérités. Si les statistiques retenues ne sont pas établies que sur des réalités élémentaires homogènes et exactement étiquetées, alors il y a manipulation afin de faire dire à des chiffres ce qu’une théorisation préalable a commandé de leur faire dire. Bien entendu, cela ne vaut pas que pour l’économie politique façon Piketty.

Que la considération méthodologique qui vient d’être résumée paraisse ou non trop abstraite — en plus ramassé : on peut tout faire dire aux chiffres, y compris parfois la vérité ! — je recommande vivement la lecture attentive de l’article de Roland Verhille :

Le capitalisme, Thomas Piketty et ses errements

Si le placement en capital social rapporte 5 % l’an, ordre de grandeur de longue période retenu par Piketty, et que le taux annuel de croissance du revenu total du travail salarié est de 1,5 % l’an, autre ordre de grandeur de longue période retenu par Piketty pour la croissance, il n’en résulte pas que dans le revenu global la part qui provient du placement en capital social augmente plus vite que celle qui provient du travail salarié. Il est plus probable que le contraire se produise parce que notamment : 1) une proportion substantielle de ce que rapporte le capital social aux détenteurs de ses parts est consommée, en particulier dans le cas où ce capital social est de qualité retraite et qu’il faut faire face à la baisse des pensions par répartition qui ont pour inconvénient rédhibitoire que leur financement ne participe pas à la création d’emplois ; 2) le revenu du travail participe également à la constitution de l’épargne qui est placée en augmentations de capital social, 3) la productivité du capital social — entreprise en société par entreprise en société, rapport entre les montants de ses ventes et son capital social — augmente en moyenne au moins autant que le taux de croissance.

D’ici ce qu’aura été le verdict à partir de 2100, l’économie politique de Thomas Piketty contribue au manque d’emplois de la façon suivante. Elle n’attire pas l’attention sur le fait qu’il peut falloir durant tout le XXIe siècle, et peut-être même bien plus longuement, des taux annuels de dividende (base 100, un stock : le capital social exploité et non pas la capitalisation boursière quand il y en a une[1]) — il peut falloir des taux annuels de dividende nettement supérieurs au taux annuel de croissance du revenu total du travail (base 100, un flux : ce qu’a été ce total l’année précédente), ce pour qu’il y ait comblement du manque d’emplois, contrairement à ce que la France des quinze premières années du XXIe siècle n’a pas réussi à faire. Et cela même si tout capital social devenait uniquement composé de parts remboursables mais non négociables, et donc non utilisables pour arrondir le magot par de la plus-value (M. Piketty juge-t-il ce sociétariat, légalement établi en France depuis le milieu du XIXe siècle, proudhonien et à ce titre suspect ?). En tout état de cause, le pouvoir d’achat que les plus bas salaires procurent en 2014 ne seraient pas si nettement supérieurs à celui des plus bas salaires de 1914 si le législateur avait stupidement fait en sorte que, par de la taxation, les taux annuels de bénéfice net sur capital exploité des entreprises ne dépassent pas le taux annuel d’augmentation de la masse salariale nationale. Grand diable, pourquoi donc pousser ses compatriotes et leurs amis américains à vouloir que cette stupidité soit commise ? L’épate du grand brassage statistique pour en arriver là ? J’espère avoir très anormalement mal lu Le capital au XXIe siècle.

Dans les faits économiques élémentaires que Verhille prend en considération dans sa critique de la thèse de Piketty, il y a ce que les économètres appellent les « revenus primaires » : dans les revenus strictement dits, les uns sont en échange de placements (tout prêt contre sa rémunération en est un), les autres en échange du travail fourni. Aucun transfert (allocation, impôt) n’augmente ni ne diminue les revenus strictement dits. Aucune plus-value (une plus-value est un transfert bien qu’elle s’obtienne par échange, mais c’est là une observation qui n’est pas à première vue évidente) — aucune plus-value n’augmente les revenus de placements strictement dits.

Pourquoi, dans ces conditions, l’agrégat macroéconomique  le plus en vue n’est pas que la somme des revenus strictement dits ? Pour qui et quoi serait-il malencontreux de désigner cet agrégat « Revenus en <espace géographique>, <période> » ? C’est ce montant, et lui seul, qui devrait être la base 100 la plus utilisée pour informer sur l’évolution : 1) de l’économie conjointement aux statistiques de taux de chômage, 2) des charges publiques et des impôts, 3) des poids respectifs du total des revenus de placement et du total des revenus du travail. « La vérité », tel fut le dernier mot de Frédéric Bastiat sur son lit d’agonie.

Roland Verhille fait partie de ceux qui ont depuis longtemps repéré ce qui rend, comme par péché originel, lourdement tendancieux le PIB et d’autres comptes nationaux. [2] Ce n’est en définitive rien d’autre que les propensions à l’étatisme et à la bureaucratie des inventeurs de ces quantifications puis de leurs continuateurs. Encore plus dans le cas du capitalisme selon Piketty et consorts, Verhille est tout à fait fondé à le rappeler à la fin de son article. Cependant, dans son approche critique tient-il assez compte de ceci : peut-il y avoir de la quantification mieux établie sans au préalable de la théorisation plus juste ?

DM, 24 août 14

P.S. – Théorisation plus juste ? Il faudrait en parler le moins possible publiquement parce que ce serait top effarouchant. Et pourtant les choses sont ainsi : il faut en passer par des mises au point du genre de celle que la note ci-dessous évoque. Avec entre autres les concepts de rentabilité, de productivité et de profitabilité remis d’aplomb, la menace dont serait grosse l’accumulation de patrimoines privés ne se présente pas du tout d’une façon telle que la parade « idéale » serait la fiscalisation prescrite par Thomas Piketty et alliés. Or cette remise d’aplomb est inévitablement une élaboration théorique destinée à remplacer toute une part du corpus théorique nécessaire à l’établissement des catégories statistiques qui sont en réalité les plus significatives.  



[1] Piketty comme tant d’autres use d’une inversion qui passe hélas aujourd’hui pour techniquement correcte. Elle consiste à préférer le Price Earning Ratio PER — à un taux de dividende avec au numérateur le dividende par action (= par part sociale) et au dénominateur une valeur de la part. Quand le PER, rapport entre le cours de l’action et le dividende par action, augmente alors des poches de capitalistes sont réputées se gonfler ; et quand il baisse se dégonfler. C’est une façon de crier : la loi, l’inévitable loi, c’est le capitalisme de plus-value, hors de ça point de salut, tout le monde à la bourse (mais si vous êtes petit par l’entremise d’au moins un intermédiaire), le capitalisme de rendement strictement dit cela ne vaut, et encore, que pour la veuve de Carpentras. Car cette dernière constate qu’aux hausses et aux baisses du PER ne correspondent pas nécessairement des variations dans le même sens et de même amplitude du taux de dividende par rapport à la mise, approximativement corrigée de la dévaluation monétaire, de son défunt mari ou d’elle-même. Cette mise est dans son esprit une contribution à la création d’emplois permanents et la rente que, bon an mal an, cette mise lui rapporte est une fraction du produit de cette création — rente qui à ses yeux innocents est dans son principe aussi légitime qu’un intérêt ou un salaire. Mais il se dit que l’économie politique selon la veuve de Carpentras est réactionnaire (alors que les penchants politiques de ladite veuve ne sont que supputés). Reste à prouver que c’est elle qui civiquement a tort et la finance aujourd’hui moderne définitivement raison. Piketty ne s’avance pas de ce côté, sa tasse de thé c’est la fiscalité correctrice de tout ce qui à ses yeux n’est pas « idéal » — par la répétition de cet adjectif une phrase exagérée de sa Conclusion fait froid dans le dos : « Depuis ses origines, l’économie politique cherche à étudier, scientifiquement, ou tout du moins rationnellement, de façon systématique et méthodique, quel doit être le rôle idéal de l’État dans l’organisation économique et sociale d’un pays, quelles sont les institutions et les politiques publiques nous rapprochant le plus d’une société idéale. »

[2] Ce n’est pas parce que des statistiques macroéconomiques, dont celles d’origine fiscale, sont incontestablement utiles que l’idée même de comptabilité nationale est pertinente. Dans une comptabilité en partie double, crédits et débit des comptes de flux — flux consolidés dans un compte de résultat —, ont pour contrepartie généralement des débits ou crédits de comptes de stock — stocks consolidés dans un bilan. Les comptabilités de cette sorte sont dans leur principe économiquement justifiées dès lors qu’il s’agit d’une entité participante à des échanges et des transferts économiques : une entreprise, une association privée à but non commercial, un ménage, un organe public. Mais qu’en est-il, par exemple, de la France et de ses régions ? Est-ce elles qui sont parties prenantes dans des échanges et transferts économiques ? Puisque qu’en réalité ce n’est pas elles, comment l’application à un espace géographique du principe et des procédés communs aux comptabilités en partie double peut-elle ne pas être un contresens économique ? Et des statistiques économiques portant sur un espace géographiques doivent-elles être montées en un système qui est inévitablement le produit d’une conception générale de l’économie contestable ?

 

Années précédentes

1999

Les banques centrales jouent-elles à la baisse de l'or ? - Paul Fabra

Les Echos n° 17899 du 14 Mai 1999 • page 64


En quoi le public est-il aujourd'hui concerné par les ventes d'or auxquelles procèdent un nombre grandissant de banques centrales ? La question est à nouveau posée par l'annonce que vient de faire la Banque d'Angleterre qu'elle vendra plus de la moitié de son stock.

L'effet dépressif sur le marché a été d'autant plus grand qu'au cours des semaines précédentes, le président Clinton et Robert Rubin, son secrétaire au Trésor à l'époque, ont « proposé » ainsi que Jacques Chirac que le FMI liquide entre 5 % et 10 % de ses réserves et cela pour financer des remises de dettes accordées aux pays les plus pauvres. Reste à savoir, comme on va le voir, si les bénéficiaires les plus évidents de la vente des bijoux de la famille internationale seront les plus pauvres.

Pour le printemps de l'an 2000, une autre et plus lourde épée de Damoclès pèse sur le marché : la vente programmée, mais non encore décidée, de quelque 1.400 tonnes aujourd'hui considérées comme « excédentaires » par les autorités politiques helvétiques. Mais, jusqu'à nouvel ordre, celles-ci doivent demander la permission au souverain populaire. Le 18 avril dernier, une première étape a été franchie : les électeurs suisses ont approuvé un changement de la Constitution. Il abolit la référence à l'or pour définir le franc suisse.

Une première réponse à la question posée ci-dessus s'impose : la partie du public qui possède de l'or subira les conséquences de ces diverses opérations sous la forme d'une diminution probable de la valeur d'une partie de ses avoirs. Probable seulement : si, par exemple, le futur référendum suisse ne recueillait pas la majorité (aujourd'hui, il l'aurait sans doute, mais demain ?), la tendance des cours pourrait brusquement se retourner... Si on s'en tient là, on est enclin à conclure que, pour le citoyen ordinaire, cela revient à une tempête dans un verre d'eau. Pour lui, l'évolution des prix de l'or n'est pas une affaire cruciale. Et c'est tant mieux. Le temps est heureusement révolu, même en France, où l'on confondait l'épargne avec le bas de laine. Et la fiscalité (une taxe de 8 % sur toutes les ventes, anonymes ou non) se charge de compléter la dissuasion.

En revanche, il importe au plus haut point que le citoyen connaisse la motivation des banques centrales. Elle n'a rien de mystérieux. Mais rien non plus n'illustre mieux une dérive qui nous promet un monde financier _ il domine aujourd'hui toute la vie économique _ de plus en plus « volatil », c'est-à-dire de plus en plus chaotique. Tel est le prix à payer pour la conversion des banques centrales à la règle de Mammon qui de Wall Street et de Harvard a imposé sa loi sur le monde : tirer profit de la moindre parcelle de cash. D'où le fatal paradoxe : surabondance de « liquidités » veut dire que plus personne, même pas les banques centrales dont c'est la raison d'être, n'est liquide.

Banques centrales et autorités politiques ne font pas mystère de leur objectif. Le but recherché est de « convertir l'or en actifs plus rentables ». Cela est écrit noir sur blanc dans le projet de loi relatif à la réforme de la Banque nationale suisse. Le souci ainsi mis en avant de gagner de l'argent se concilie très mal avec la mission d'une banque centrale. Deux redoutables questions en découlent. Peut-on encore parler de « réserves » destinées à asseoir la confiance sur la longue période ? La notion de réserve implique la priorité donnée à la sûreté sur la rentabilité. Du même coup, c'est la notion et la réalité même de la monnaie qui sont atteintes, comme si un monde bâti non plus sur le capital mais sur l'endettement excluait à la limite l'existence de la moindre portion d'encaisse entièrement disponible.

Par destination, la monnaie est l'instrument à travers lequel on éteint les dettes. Symboliquement, sa représentation légale la plus pure est un billet de banque. Un billet de banque n'est pas un « placement », il ne rapporte aucun intérêt. Mais dans un monde où les dettes sont remboursées au moyen d'autres emprunts, y a-t-il encore une place pour la monnaie proprement dite ? C'est bien à cette question que les banques centrales répondent _ négativement _ en recherchant des « actifs plus rentables ». Mais un monde où la monnaie a été remplacée par le tout-crédit ressemble dangereusement à un château de cartes.

Avant même de vendre son or, aucune n'est allée plus loin que la Banque nationale suisse, naguère réputée pour sa prudence. Elle a converti massivement les avoirs en devises qu'elles détenait surtout sous forme de bons du Trésor américains à moins d'un an d'échéance _ l'actif le plus liquide en dehors de la monnaie elle-même _ en obligations d'Etat (américain, allemand, japonais et néerlandais). La Banque d'Angleterre fait savoir qu'elle emploiera de la même façon les recettes provenant de la liquidation de son stock métallique. Voilà la composante en passe de devenir l'une des plus importantes de l'actif d'une banque centrale qui se veut moderne : des titres publics à long terme, étrangers ou nationaux, et, comme tels, sujets à de fortes fluctuations de valeur. Les tribulations du marché obligataire l'ont montré à l'envi depuis 1994. Cependant, l'actif d'une banque centrale sert de contrepartie à la masse monétaire, laquelle figure à son passif. Le risque systémique (celui qui affecte tout l'appareil bancaire et financier dans son ensemble) est démesurément accru si cet actif est risqué.

Ainsi les banques centrales se rendent-elles corps et âme à la religion de l'« assets and liabilities management » (gestion active des actifs et du passif). Elles se comportent comme de vulgaires holdings qui font plus de profit en plaçant judicieusement leur trésorerie qu'en produisant pour leur clientèle. Mais comment, dans ces conditions, peuvent-elles assumer leur rôle de gardiennes du bon fonctionnement des marchés ? Hypothèse qui n'a rien de théorique, qu'arriverait-il si plusieurs d'entre elles avaient besoin en même temps, comme c'est toujours le cas dans une crise, de mobiliser leurs « réserves » ? La vente simultanée des titres longs feraient monter brusquement les taux. La panique s'ensuivrait. La seule parade envisageable est pire que le mal : racheter à guichet ouvert les titres d'Etat, comme des économistes renommés, Paul Krugman en tête, enjoignent sans vergogne la Banque du Japon de le faire ! Le remède ainsi préconisé n'est qu'une renonciation absolue à toute régulation monétaire : la fuite en avant vers l'abîme de la combinaison inflation-déflation. Economistes et gestionnaires modernes formés aux doctrines enseignées (de ce point de vue, pas de différence notable entre Keynes et Milton Friedman !) sont incapables de maîtriser un pareil phénomène totalement étranger aux modes de pensée dont ils sont nourris.

Ce qui pose problème est l'état d'esprit qui préside aux ventes massives d'or, pas les ventes d'or elles-mêmes. En ce sens que, déjà, la gestion moderne et désormais universelle des stocks d'or est en passe de devenir le comble du risque.

Sur les conseils intéressés des « investments banks » de New York _ là se trouve une bonne partie du vrai pouvoir monétaire et financier _, les banques centrales se sont mises à « rentabiliser » leurs avoirs métalliques mais à petit gain. Elles prêtent à taux faible _ environ 1,9 % _ de l'or physique auxdits établissements ainsi qu'aux « hedge funds », à commencer par le fameux Long-Term Capital Management, sauvé in extremis de la faillite cet été par la Fed, et... aux mines d'or elles-mêmes. Depuis le Moyen Age, on n'empruntait plus des « commodities », on y revient par des moyens qui paraissent modernes à cause de leur sophistication technique. Lesdits emprunteurs, donc, de métal jaune vendent à terme cet or qu'ils ne possèdent pas et, dans le cas des sociétés minières, qu'ils n'ont pas produit. Voilà déjà une première source de bénéfice à cause du prix à très court terme incluant un taux d'intérêt supérieur à celui auquel ils se sont eux-mêmes endettés (1,9 %). Une autre tient au caractère hautement spéculatif : les cessions ainsi effectuées le sont à découvert. Autrement dit, ils jouent à la baisse de l'or comme ils avaient joué naguère avec les résultats que l'on sait à la baisse du yen. Cela s'appelle le « gold carry trade ». Par ce procédé, d'énormes profits ont été encaissés par les « hedge funds » et les producteurs d'or... grâce à la baisse. Tant en France qu'en Allemagne, on exclut officiellement toute vente des réserves métalliques de change. Soit. A condition de ne pas mettre le doigt dans l'engrenage en consentant au petit jeu des prêts d'or.

PAUL FABRA

2002

L'incroyable message d'un membre de la Fed, Paul Fabra

Les Echos n° 18802 du 13 Decembre 2002 • page 60.


L'incroyable message d'un membre de la Fed

Il se pourrait bien que le capitalisme soit plus malade qu'il n'est généralement admis _ et cela au coeur même du système, aux Etats-Unis. Un des facteurs les plus déterminants du pourrissement souterrain n'est autre que l'empire de l'économiquement correct, plus pesant et paralysant encore que ne peut l'être l'emprise sur les esprits du politiquement correct.

Un discours prononcé le 21 novembre dernier devant le National Economists Club de Washington par un des gouverneurs du système de Réserve fédérale (Fed) sur le thème « Déflation : s'assurer qu'elle n'arrivera pas ici » (« Deflation : Making Sure "It" Doesn't Happen Here ») fit immédiatement sensation dans les milieux financiers du monde entier, où il a abondamment circulé. Par contraste, comme le lecteur a pu, si je puis dire, s'en apercevoir, il n'a pratiquement suscité aucune réaction ni parmi les hommes politiques, ni dans la presse. Pourtant, son auteur n'est autre qu'un des économistes américains de la moyenne jeune génération les plus en vogue, recruté il y a moins de deux ans par Alan Greenspan pour venir renforcer le « board » de la Fed et le saint des saints de la politique monétaire, le FOMC (Federal Open Market Committee), l'enceinte où l'on fixe le taux de l'intérêt directeur. Les propos tenus par Ben S. Bernanke étaient, le mot n'est pas trop fort, explosifs.

Explosifs mais accordés à une pensée économique qui, depuis un certain temps, a coupé pratiquement tout lien avec ses racines, qui sont le travail et l'épargne de millions et de millions d'hommes et de femmes. La gestion économique est assimilée à un jeu. L'économiquement correct a fini par détruire l'esprit critique. Ceux qui pourraient l'exercer au nom de l'intérêt du public sont terrorisés à l'idée de passer pour des béotiens ou des empêcheurs de tourner en rond.

Pour comprendre en connaissance de cause les « remarques » (c'est ainsi qu'il a dénommé son discours) faites par Ben Bernanke, il faut savoir, ou se rappeler, que l'événement sans doute le plus traumatisant, et aussi le plus interpellant, de toute l'histoire du capitalisme moderne (disons, depuis la fin du XVIIIe siècle), à savoir la grande dépression des années 1930 née aux Etats-Unis, est devenu lui-même un objet privilégié de l'économiquement correct. Les conclusions que la pensée dominante croit pouvoir en tirer expliquent presque entièrement les décisions concrètes prises depuis le début de 2001 _ à commencer par la politique monétaire de la Fed _ pour s'opposer aux conséquences de la récession et de l'éclatement de la bulle financière.

Un tel parti est d'autant plus scandaleux que tous les économistes qui ont essayé d'expliquer les causes et la durée exceptionnellement longue du cataclysme d'il y a soixante-dix ans _ Bernanke est l'un d'eux _ ne peuvent pas passer sous silence, dans leurs articles et dans leurs livres, que les questions ainsi posées n'ont en réalité encore reçu aucune réponse qui fasse l'unanimité. Il n'empêche que, pour peu qu'on veuille s'en donner la peine, il n'est pas difficile de faire un premier tri entre les explications qui peuvent tenir la route et celles qui paraissent trop spectaculaires pour être vraies. Sont de nature à nous aider puissamment à départager le clinquant et le plus profond les événements que nous vivons depuis que la dernière et la plus énorme de toutes les bulles boursières (plus enflée encore que celle qui éclata à Wall Street un certain mois d'octobre 1929) commença à se défaire. C'était en mars 2000, quand le Nasdaq chuta brutalement.

Quel crédit accorder aux interprétations qui, pour expliquer les difficultés actuelles, ne feraient intervenir ni la montée vertigineuse de l'endettement des grands groupes (et d'autres, plus modestes) par rapport à leur base en capital, ni cet autre facteur décisif de détérioration qui aura été la distribution de fausses richesses via des cours de Bourse gonflés.

Tous ces facteurs débilitants étaient déjà à l'oeuvre au lendemain des années 1920 qu'on appelle « folles ». Cependant, les économistes les plus en vue ont fait admettre une autre explication. C'est tout juste si Milton Friedman et son associée Anna Schwatz mentionnent l'endettement dans leur célèbre ouvrage paru en 1963. Pour eux, la cause essentielle de la déflation-dépression des années 1930 se trouve dans la contraction soudaine de la masse monétaire, qui se serait produite à cause d'une politique monétaire « restrictive ». Dans un livre (1976) bien connu des spécialistes, Peter Temin, professeur au MIT, s'est attaché à réfuter la thèse « monétariste ». Non seulement, la monnaie n'est pas la « cause », mais la contraction n'a pas eu lieu. La réalité est que les prix ont d'abord baissé, et ensuite la masse monétaire s'est ajustée. Ce savant est saint Jean-Bouche d'Or !

Le sophisme, c'est de comparer la quantité de monnaie en circulation au volume d'eau dans une baignoire : dépendant du débit plus ou moins fort du robinet actionné par la banque centrale ! La masse monétaire est entièrement déterminée par les besoins de monnaie tels qu'ils sont exprimés par les agents économiques. Si je décide de vendre mon appartement, autrement dit de le « monétiser », j'augmente à due concurrence la masse monétaire. On n'abaisse pas le chômage en augmentant cette dernière !

Bernanke dit qu'il ne croit pas à la menace de déflation, « mais, ajoute-t-il, il serait imprudent de ma part d'en écarter totalement la possibilité ». Mais alors, d'où vient que cette menace apparaît aujourd'hui un peu plus crédible qu'elle ne l'était, par exemple, au début de l'année 2001, quand une vague possibilité de récession se faisait jour ? Depuis cette époque, la Fed n'a-t-elle pas énergiquement abaissé son taux de base ? Il a été ramené à 1,25 %, et son objectif non dissimulé est d'inonder le marché de liquidités. Et qu'a fait, quoi qu'on dise, la Banque du Japon, dont le taux, lui, est bel et bien tombé à 0 % ?

Spécifiquement, le propos de Bernanke est de nous dire _ pour nous rassurer ! _ que, même s'il est réduit à cette situation, un institut d'émission n'en est pas pour autant réduit à l'impuissance : « (...) Une banque centrale qui s'est vu forcée de ramener son taux à 0 % conserve des munitions. Elle détient encore un pouvoir considérable pour accroître la demande et l'activité économique. »

A supposer donc que, « malgré toutes les précautions prises » pour maintenir la stabilité et l'intégrité des marchés financiers, la déflation vienne se saisir de l'économie américaine, eh bien, la Fed pourra « élargir ou bien l'échelle de ses achats ou bien la palette des actifs dont elle se porte acquéreur ». Comme on le sait, une banque centrale « crée » de la monnaie en achetant sur le marché des actifs. Mais elle ne doit pas faire courir de risques à sa propre monnaie ! C'est pourquoi elle n'achètera pas volontiers des obligations à moyen ou long terme si les taux montent. Elle préférera des bons du Trésor à trois ou six mois.

C'est qu'une banque centrale doit aussi se tenir prête à vendre ses actifs à tout moment. C'est par ce moyen que, en cas de menace d'inflation, elle résorbera les liquidités qu'elle juge excédentaires. Or la politique d'achat à tout-va que préconise Bernanke en cas de déflation porte en elle le risque contraire d'une inflation galopante comparable à celle qu'a connue l'Allemagne de Weimar en 1923 !

Bernanke n'y va pas de main morte : il préconise, pour tordre le cou à la déflation, des achats de bons à deux ans, éventuellement étendus à des obligations ayant six ans d'échéance. Si cela n'est pas suffisant, il voit bien la Fed acheter des titres plus longs et consentir des prêts aux banques pour qu'elles achètent des obligations émises par les sociétés. Mais elle pourrait aussi acheter des titres de Trésors étrangers. On dira que les banques centrales européennes achètent bien des titres de la dette publique américaine ! Faut-il rappeler que de telles opérations sont à l'origine de l'inflation mondiale latente, celle qui a permis le gonflement des bulles ?

Dans son zèle, Bernanke ne s'arrête pas en chemin : la Fed pourrait financer des réductions drastiques d'impôts, l'équivalent, dit-il, du largage de billets de banque du haut d'un hélicoptère ! Et pourquoi, ajoute-t-il, l'Etat ne pourrait-il pas simultanément acheter des « actifs privés », des sociétés ?

PAUL FABRA

2003

La route de la déflation est toute tracée, Paul Fabra

Les Echos n° 18929 du 20 Juin 2003 • page 44.

Au moment où cette chronique de 2003 a été mise en ligne sur le site - décembre 2011 - elle s'est avérée rétrospectivement d'une redoutable prémonition. (APF).


La route de la déflation est toute tracée

Paradoxalement, la confiance apparemment retrouvée dans les Bourses de valeur apporte de l'eau au moulin de ceux qui mettent radicalement en doute l'efficacité des remèdes de cheval contre la déflation, déjà appliqués en grand aux Etats-Unis et qu'à l'unisson, toutes les forces politiques, patronales et syndicales de l'Europe réclament à hauts et à cris. Seuls les marchés financiers y trouvent un réconfort. Le voeu unanime, c'est d'abord et avant tout, de jouir de bas taux d'intérêt, à l'américaine. Par peur de provoquer un frisson dans le dos plutôt que de réchauffer l'espoir, personne ne pense, ou n'ose dire ce qui, sur ce chapitre, est en train de revenir au même : à la japonaise. Sans crier gare, une configuration de type japonais est pourtant installée au coeur de l'Europe.

Déjà l'abaissement, le 5 juin, par la BCE de son taux directeur ramené de 2,5 % à 2 %, apparaît comme un point d'orgue dans un mouvement decrescendo de plus en plus accéléré. Les stratèges dévalués de la Bourse font miroiter à leurs clients les premiers signes d'une prochaine reprise économique, inexistants à ce jour. Le vaste marché obligataire joue exactement l'hypothèse inverse. Il n'a jamais connu de succès plus fulgurant.

Un instant de raison, faisons abstraction du prestige attaché au grand emprunteur historique qu'est l'Etat moderne, à la qualité éminente de sa signature, à la parfaite négociabilité des reconnaissances de dette qu'il vend aux détenteurs de liquidités de tous poils, etc. Oublions aussi ce qu'il convenu d'apprendre à l'université, ou qu'on a lu dans les journaux, sur les vertus roboratives pour l'activité d'un déficit public. Voilà notre esprit du même coup nettement mieux disposé à saisir pour ce qu'il est ce phénomène, rien de moins que monstrueux mais indolore, qu'est la succion systématique par le Trésor public, pour les besoins de financement des dépenses déficitaires du budget, de l'épargne des ménages et des entreprises. Cette épargne est la source des investissements et, partant, de la croissance à venir. Bloquée dans des titres de la dette publique, elle perd sa qualité d'épargne pour la collectivité, faisant défaut, à jamais, pour la reproduction et l'élargissement de économie productive.

Pour l'essentiel, la dette a financé le train de vie quotidien de l'Etat. Le titre qui la représente ne doit sa valeur qu'à sa faculté de soustraire, au nom de l'Etat et au bénéfice du créancier de l'Etat, une fraction des revenus de la production future. Seulement au moyen de nouveaux prélèvements (impôts supplémentaires ou emprunt de renouvellement) sur lesdits revenus à venir, l'Etat débiteur s'acquittera des intérêts, sans parler même du remboursement du principal.

Le vaste marché des titres d'emprunts publics a toutes les apparences d'un marché financier capitaliste, à ceci près qu'il n'en est pas un. Il n'est soutenu par aucun mécanisme de capitalisation dans l'économie réelle. En réalité, il fonctionne, sur grande échelle, par répartition. A partir d'un certain seuil d'absorption-neutralisation de l'épargne (on a certainement déjà dépassé la moitié), la marche de l'économie s'en trouve forcément ralentie, voire pratiquement stoppée.

Comment une économie hautement sophistiquée (selon nos critères) peut-elle tomber en déflation ? La question ne devrait plus se poser. Nous avons sous les yeux, depuis environ cinq ans, un exemple : le Japon. Le processus à l'oeuvre y est visible à l'oeil nu. Sans doute ne veut-on pas le voir. A quoi, le lecteur ne manquera pas d'objecter : il reste que la situation, au Japon, est très différente. En particulier, et c'est vrai, le système bancaire, dans son ensemble, y est très gravement malade. Les banques ne sont plus en position d'apporter leur concours à un mouvement de reprise. Elles sont littéralement paralysées par l'énorme masse de crédits irrécouvrables (les « bad loans ») qu'elles portent à leur bilan.

A telles enseignes qu'on se trouve en présence d'un énorme paradoxe. Dans un pays où le coût de l'argent est tombé à rien et où les banques commerciales s'approvisionnent en liquidités pratiquement à guichet ouvert auprès de la Banque centrale _ ce qui n'empêche pas le mentor américain, en la personne aujourd'hui du sinistre Ben S. Barnanke, l'âme damnée de Greenspan, de lui « conseiller » de pousser plus loin encore l'inflation monétaire ! _, le crédit est fermé pour les PME.

L'erreur fatale de diagnostic, c'est de prendre les « bad loans » et les suites qui en découlent pour la cause de la déflation. Ils n'en sont que les inévitables conséquences. C'est parce que, il y a déjà douze ans, la bulle immobilière a éclaté au Japon en même temps que la non moins gigantesque bulle mobilière, que les prêts bancaires consentis aux promoteurs immobiliers se sont révélés irrécouvrables. Tout ce temps perdu, dira-t-on, pour résorber les mauvaises dettes ! Qu'attend le Premier ministre Koïzumi pour entreprendre les réformes « structurelles » qui permettront d'assainir le système bancaire ?

Mais, dans le monde réel, les « bad loans » ne sont qu'accessoirement l'héritage d'un passé aberrant. Dans une économie happée par le siphon de la dette publique, ils s'en fabrique tous les jours. Pour l'essentiel, que font les banques nippones des énormes liquidités que la Banque du Japon leur avance, moyennant un intérêt quasi nul (de l'ordre de 0,001 %) ? Elles achètent à tout va des titres de la dette publique ! Dans son édition du 30 mai, le « Financial Times » parlait de la « frénésie » du marché monétaire japonais. Une émission d'obligations à deux ans d'échéance, lancée au taux de 0,039 % avait été « sursouscrite » 115 fois, le total des demandes (« bids ») s'élevant à l'équivalent de 40 % du PIB du Japon. Mais qui dit mieux qu'un placement qui vous rapporte 40 fois plus que ce qu'il vous coûte (rapport entre 0,039 % et 0,001 % ! Quelle activité de production vous promet un pareil profit ?

Pathétique est la rétractation que vient de faire, à l'âge de 91 ans, le plus influent des économistes « néo-libéraux » du XXe siècle. Dans une confession faite à notre confrère londonien déjà cité (édition des 7/8 juin), Milton Friedman exprime ses doutes sur le bien-fondé de la politique « monétariste » dont il fut l'instigateur. L'erreur fatale de sa théorie tient à une mauvaise métaphore. Elle compare un institut d'émission au robinet d'une baignoire dont on peut régler à sa guise le débit. Mais l'analyse (naguère conduite par les économistes de l'Europe continentale...) démontre qu'une banque centrale est totalement incapable de ce réglage. La quantité de monnaie en circulation dans l'économie réelle dépend exclusivement de la demande des usagers. Si je vend ma maison, j'augmente d'un seul coup la masse monétaire. De combien ? Tout dépendra du prix de la maison.

D'où l'idée folle, devenue quasiment la doctrine officielle de la Fed par la bouche de Bernanke depuis son discours prononcé le 21 novembre 2002 (notre chronique du 13 décembre) : pour écarter la menace de déflation (disons : pour faire remonter le prix des maisons, s'ils se mettent à plonger), on inondera, s'il le faut, le marché de liquidités. Du nouvel exposé de Bernanke fait dans la capitale nippone le 31 mai pour chapitrer les autorités locales, les marchés ont tiré la conclusion suivante, déchaînant du même coup une spéculation déjà très vive : la Banque du Japon, dûment admonestée, et la Fed elle-même, sont disposées à se porter acheteuses autant qu'il le faudra d'obligations d'Etat à plus deux ans d'échéance (et au-delà) pour faire baisser coûte que coûte les taux à long terme ; mécaniquement, les taux diminuent quand le cours des créances montent. La course aux plus-values correspondantes est sans risque si les autorités monétaires mènent elles-mêmes la danse. C'est l'activité économique qui en fera les frais.

PAUL FABRA

Où va le système dollar ? En arrière ! - Chronique de Paul Fabra

Si la Réserve fédérale des Etats-Unis osait faire ce qu'elle souhaiterait faire _ distribuer sans intermédiaire du pouvoir d'achat aux ménages, soutenir directement les cours de Bourse _, elle s'apercevrait vite que ce n'est pas du pouvoir d'achat qu'elle a prodigué. Elle n'en a tout crûment pas le pouvoir. De ce point de vue, son pouvoir est un non-pouvoir. Elle pourrait créer autant de monnaie qu'il lui prendrait fantaisie d'en émettre. C'est du reste ce qu'elle dit être prête à faire. Le monde financier a pris note que la plus haute autorité monétaire n'hésiterait pas, s'il le faut, à « injecter » des liquidités dans l'économie, massivement, et par tous les moyens, quasiment illimités, qui sont à sa disposition. Mais après ? L'usage qui serait fait de tout cet argent, à quoi pourrait-il servir ?

« To inject money into the economy », au cas, évidemment improbable, d'une évolution à la japonaise de la situation économique et financière aux Etats-Unis, tel était le sujet de la fameuse conférence prononcée le 21 novembre dernier par le plus récemment nommé des gouverneurs siégeant au conseil d'administration de la Fed, mais non des moindres. Le protégé d'Alan Greenspan : Ben S. Bernanke (notre chronique du 13 décembre : « L'incroyable message d'un membre de la Fed »).

Le professeur de Princeton ne cache pas la nature des opérations préventives qu'il préconise contre la déflation. L'abc de la culture monétaire tient en une seule proposition, dont tout le reste découle : pour émettre de la monnaie (laquelle figure à son passif), une banque centrale doit acheter _ et, donc, faire entrer dans ses actifs _ des créances diverses. D'emblée, on comprend que la valeur d'une monnaie, fût-ce la monnaie du pays le plus riche et le plus puissant de la terre, dépend en fin de compte de la valeur que l'on attribue aux actifs en contrepartie desquels elle est mise en circulation.

Pour créer des liquidités, la Réserve fédérale pourrait même, dit-elle, faire des avances à taux zéro aux banques, gagées sur des titres d'emprunts divers émis par des sociétés privées (dont on connaît, aujourd'hui, l'extrême fragilité des bilans !). Dans son zèle émetteur, le professeur-gouverneur est amené à formuler une proposition qui, déflation ou pas, pourrait faire son chemin. Il prône un large et nouvel abaissement des impôts. Mais l'opération serait financée par l'institut d'émission au lieu de l'être, comme c'est le cas général aujourd'hui, par un déficit budgétaire accru (c'est-à-dire au moyen d'emprunts obligataires du Trésor) ! Lui-même qualifie comme elle doit l'être une telle suggestion : « Un allégement fiscal financé par voie de création monétaire serait dans son essence la même chose que la fameuse métaphore de Milton Friedman : l'hélicoptère qui déverse sur la population une nuée de billets de banque ». CQFD.

Cependant, une proposition aussi outrageuse pourrait d'une façon ou d'une autre rejoindre la triste réalité. Là où ils existaient, les surplus budgétaires se sont évanouis, avec les plus-values boursières. Aux Etats-Unis, un autre facteur, impérieux, pousse au déficit. Désormais, l'ensemble de la politique, à commencer par la politique budgétaire, devra se plier aux exigences d'un réarmement accéléré.

Or la perspective de voir à nouveau les Trésors publics augmenter leurs emprunts sur le marché risque de tourner très vite au cauchemar. Après la débâcle des marchés d'actions, les économies occidentales, dans leur ensemble, sont certainement incapables de supporter le choc d'une remontée des taux à moyen et long terme. Compagnies d'assurances et banques résisteraient-elles à un krach obligataire ? Dans les pays anglo-saxons, la grande majorité des fonds de pension sont d'ores et déjà hors d'état de satisfaire aux engagements pris.

Pour éloigner la menace lancinante d'une crise obligataire, va-t-on assister à la fin d'une certaine « culture » monétaire qui aura façonné le fonctionnement du capitalisme occidental depuis la fin des années 1970 : l'exaltation de l'indépendance des banques centrales ? Celles-ci vont-elles redevenir, à des degrés divers, des auxiliaires des Trésors publics ? Bernanke, encore lui, ne cache pas sa « solution préférée » : la Réserve fédérale devrait garantir au Trésor des taux bas.

La méthode est éprouvée : les autorités monétaires se porteraient elles-mêmes acheteuses, si besoin est, d'une partie des titres publics mis en vente « sur le marché ». Cela se fait déjà au Japon. Autre précédent, plus préoccupant encore : c'était la pratique officielle aux Etats-Unis entre 1941 et 1951. En vertu de l'accord passé entre le Trésor américain et la Fed, la Seconde Guerre mondiale aura été financée à des taux extrêmement bas, descendus parfois au-dessous de 2 % pour le long terme. Après tout, la Banque du Japon et la Banque de Chine sont déjà les auxiliaires du Trésor américain en lui achetant des titres à titre de « réserves... monétaires ». Pourquoi pas la Réserve fédérale ? Ce genre de mondialisation implique une distorsion permanente du marché obligataire et des mouvements de capitaux.

Les questions obsédantes commencent à recevoir une réponse.

Plan Bernanke ou pas, les autorités monétaires continueront, comme elles le font déjà aux Etats-Unis et au Japon, d'« inonder » l'économie de liquidités. En pratique, cela veut dire que l'institut d'émission fournit à des taux très bas (1,25 % aux Etats-Unis, pratiquement 0 % au Japon) des réserves liquides aux banques. Qu'en font celles-ci, particulièrement pendant les époques où les demandes solvables de crédit sont faibles ? Elles achètent des obligations du Trésor. C'est aussi de cette façon que la bulle boursière a été fortement stimulée. Les achats des banques maintenaient les taux des valeurs à revenus fixes à un niveau artificiellement bas. Bon pour les actions. Un certain temps.

On évalue à plus de 17.000 milliards de dollars la « valeur » perdue à la Bourse entre le mois de mars 2000 et la fin septembre 2002. Une façon de voir les choses serait de dire que cette valeur n'a jamais existé. Dans l'économie réelle, toute valeur procède de la dynamique de l'échange. En vendant sa production sur le marché, toute entreprise se rembourse de ses frais, à commencer par ses frais de salaires et, si l'économie d'échange fonctionne bien, elle encaisse en outre un profit. Point à la ligne. C'est une imposture de prétendre que les « liquidités » injectées par la banque vont stimuler la demande. Ce n'est pas parce que les salaires sont exprimés en monnaie qu'il faut croire qu'en créant de la monnaie ex nihilo on fournit un pouvoir d'achat susceptible de relancer la consommation ou l'investissement. Comme on vient de le voir, les liquidités ainsi offertes se portent sur l'achat de « reconnaissances de dette » émanant du Trésor public et y resteront bloquées. Tout pouvoir d'achat disponible provient des revenus non encore dépensés d'une production et d'une vente qui ont déjà eu lieu.

Il reste que, pendant des années, les surcapitalisations boursières gonflées ont littéralement déterminé une bonne partie de l'activité économique. Elles ont entraîné des investissements gigantesques, induit des courants d'échange, suscité des moeurs nouvelles en matière de rémunérations. Les comptes en portent la trace, des années durant les sociétés devront amortir des « survaleurs » (goodwill) qui ont contribué à leur détresse financière présente. Cependant, la vie économique continue, il faut vendre (pour payer les créanciers en plus des fournisseurs), mais aussi acheter. Plus question d'échanger des actions surévaluées contre d'autres un peu moins surévaluées. L'économie retrouve la plus vieille discipline du marché : la liquidité, c'est la disponibilité. Tout argent bloqué dans des placements invendables ou vendables à perte a cessé, en totalité ou en partie, de représenter un pouvoir d'achat potentiel. Or aujourd'hui, la masse de pouvoir d'achat mobilisable s'est très fortement contractée. Appelons cela déflation ou autrement, voilà la réalité.

 

PAUL FABRA

 

2005

Le mythe de la création de valeur, Paul Fabra

Chronique parue dans les Echos du 4 novembre 2005. 

Cette chronique fait partie de l'ensemble des dernière publications de Paul Fabra publiées dans son dernier livre : Le capitalisme dans capital.

 

Le mythe de la création de valeur

La plus-value encaissée par l’actionnaire a pour contrepartie un pouvoir d’achat amoindri des salariés.

Au troisième trimestre de cette année, le taux de chômage en Espagne est tombé au-dessous de la moyenne européenne. Cela n’était encore jamais arrivé depuis son entrée (1986) dans la Communauté européenne. Pas question, évidemment, de minimiser ce résultat, ni de dédaigner l’exceptionnel dynamisme de l’économie espagnole. Mais il s’agit aussi d’un bon poste d’observation pour s’interroger sur les limites, voire, jusqu’à un certain point, l’illusion des performances économiques actuelles dans l’Europe de l’Ouest, sans parler des États-Unis.

Il y a à peine plus d’un demi-siècle qu’une vaste classe moyenne formant la majorité de la population s’est développée de l’autre côté des Pyrénées. Vivace y est la mémoire des transformations sociales profondes qui en sont résultées ; tout aussi aiguë la conscience que les espoirs légitimes qu’elles avaient suscitées se sont soudainement et inexplicablement évanouis pour beaucoup de jeunes.

Dans toute l’histoire de l’Espagne, aucune tranche d’âge n’a été mieux préparée que celle qui a maintenant entre 25 et 40 ans, née donc entre 1965 et 1980 (la date charnière de la mort de Franco remonte à novembre 1975). Aucune non plus ne fut plus nombreuse, ce fut là-bas celle du baby-boom, ni élevée avec plus d’enthousiasme familial dans l’idée de construire une société et une économie modernes.

Aujourd’hui, plus de la moitié des contrats d’embauche signés par des jeunes l’ont été pour une durée déterminée, le plus souvent six mois (la loi va changer). Pas plus de 40 % des personnes en âge de travailler et ayant fait des études supérieures occupent un poste de travail correspondant à leur niveau de formation. Sous le titre « La génération des mille euros », notre confrère El Pais, dans son édition du dimanche 23 octobre, consacre un long article d’exploration aux nombreux jeunes et moins jeunes gens et filles qui passent d’un boulot précaire et loin de leurs aspirations à l’autre. En moyenne, ils gagnent quelque 1 000 euros par mois.

Certes, le modèle de vie a changé, mais « on finit par s’en lasser », dit Carolina (l’inventrice du néologisme « mileurista »). Elle partage à Barcelone un petit appartement avec trois copines : « Tu peux décider de partir loin, sans consulter personne et rompre avec tout. » Dans les années 1960 et dans les années 1970, il naissait en Espagne quelque 650 00 bébés par an. Ce chiffre est tombé à 366 00 en 1997. Le taux de fécondité a chuté de 3 à 1,1 enfant par femme, le plus bas du monde. Ce n’est pas qu’elles n’en désirent plus, mais le nombre d’années à vivre n’est pas assez long pour arriver au « statut » (notamment matériel) qu’elles jugent désormais nécessaire pour songer à procréer. Caroline (qui revient, émerveillée et envieuse, de Berlin où ses amies allemandes vivent tellement mieux qu’elle !) et ses colocataires sont stupéfaites par la montée « météorique » du prix d’achat des logements et par celle des loyers. Leurs pouvoirs d’achat s’en trouvent rognés d’autant.

Sur cette triste lapalissade arrêtons notre courte investigation espagnole. Son mérite est précisément de faire voir à l’oeil nu un trait distinctif de l’économie contemporaine. On ne cesse d’y parler de création de valeur là où il n’y en a aucune du point de vue économique. Il est évident que le gonflement de la bulle immobilière ne crée, à l’échelle de l’économie tout entière, aucune valeur supplémentaire. Disons plus clairement : aucun pouvoir d’achat en sus de celui qui est périodiquement créé par le système de production des biens et services. Comment n’en serait-il pas de même pour la fameuse shareholder value (la valeur actionnariale) ? Sauf, bien sûr, dans le cas où elle se confondrait avec une augmentation des profits distribués résultant du développement économique de l’entreprise. Mais la shareholder value (alias plus-value) provient de l’une des deux origines suivantes. Ou bien, elle découle d’une énième compression de la masse salariale, créant un effet d’optique d’élévation de la productivité (on divise le chiffre d’affaires par un nombre réduit de salariés !). Neuf fois sur dix, ce genre d’opération traduit la véritable nature du principe sacro-saint, mais injustifié, de la maximisation du taux de profit  : une confiscation partielle et illégitime de la rémunération du travail. A priori injustifié parce que, quoi qu’on puisse prétendre, il n’est qu’une seule manière de s’assurer d’un profit maximisé : s’affranchir d’une façon ou d’une autre de la concurrence pour se mettre en position de manipuler les prix de vente.

Cela nous conduit tout droit à la deuxième origine habituelle de la shareholder value. Par exemple, les fusions et acquisitions visent à tirer parti des « synergies » existant entre les sociétés concernées. Synergie est le mot passe-partout pour désigner la création d’une position plus ou moins monopolistique, en attendant l’écrasement des concurrents de plus faible envergure. Dans les deux cas, la plus-value encaissée par l’actionnaire a pour contrepartie un pouvoir d’achat amoindri des salariés.

D’où l’enjeu crucial du droit de la concurrence européen. Dans notre chronique du 28 octobre 2005, L’Europe dépossédée, nous nous élevions contre le projet de la commission Barroso de faire disparaître la notion d’abus de position dominante, qui sert à la Commission européenne pour s’opposer à telle ou telle fusion ou acquisition. Cette notion (inconnue du droit américain) était inspirée de la doctrine « ordo-libérale » élaborée dans les années 1930 et 1940 par les libéraux allemands pour préparer l’après hitlérisme. La fameuse « économie sociale de marché », qui servit de modèle pour l’institution du marché commun européen, en découle. S’en prendre aux positions dominantes sur le marché et veiller à la liberté d’action des PME avait un objectif autant politique qu’économique. Il s’agissait de barrer la route à la constitution de groupes privés trop puissants, et cela en vue de permettre le bon fonctionnement de la démocratie. Celle-ci n’est-elle pas de nos jours anesthésiée et amputée par les lobbies ?

Autre critique adressée par la commissaire à la Concurrence, Neelie Kroes, à la jurisprudence fondée sur la méfiance à l’égard des positions dominantes sur le marché : la préoccupation de promouvoir l’« efficacité économique » n’y est pas assez affirmée. Mais, pour les Neelie Kroes et leurs émules, le critère de l’efficacité, c’est la poursuite sans entrave de la maximisation du profit.

2007

 

 

2007/09/21 - Des inégalités destructrices, Paul Fabra

Chronique parue dans les Echos du 21 septembre 2007. Le paragraphe en caractères gras est ce que les journalistes appellent la fenêtre.

Cette chronique fait partie de l'ensemble des dernière publications de Paul Fabra publiées dans son dernier livre : Le capitalisme dans capital.

Des inégalités destructrices

Assimilées à une « création de valeur », les plus-values sont en réalité un bon d’achat sur les biens et services qui creusent les inégalités comme jamais.

Dois-je en faire la confession, je ne me voyais pas écrire un article pour dénoncer les « inégalités » ! Non pas que j’aie jamais nié leur existence, mais le phénomène ne m’apparaissait pas en soi comme constituant dans les pays d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord un obstacle à l’élévation graduelle et générale du niveau et de la qualité de vie. À la limite, au contraire. Il est normal que, dans une société en mouvement où la libre entreprise est l’un des plus puissants et des plus évidents ressorts du progrès économique, surgissent de notables disparités de revenus et de patrimoines ; normal aussi, jusqu’à un certain point, que celles-ci se perpétuent par l’héritage à travers les générations. Enfin et surtout, on voit aussi par expérience (notamment en France et dans certains pays scandinaves offerts en modèles) que l’obsession de l’égalité engendre une pression sociale diffuse contraire à l’esprit de liberté.

Cependant, les conditions dans lesquelles se pose le problème semblent bien avoir changé du tout au tout. Serions-nous, en France, au premier chef (en compagnie des États-Unis) en train de franchir un seuil à partir duquel l’accaparement par une petite minorité d’une part exorbitante du revenu national entrave l’épanouissement de la société et bride l’amélioration du pouvoir d’achat du grand nombre constatée tout au long de l’histoire du capitalisme ? Une faille béante se serait-elle ouverte dans le système ?

La synthèse la plus accessible – mais où la grosse lacune n’est pas comblée – du pénible débat en cours sur le pouvoir d’achat, on la trouve sans doute dans les publications du Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale (CERC). Cette cellule composée d’une petite vingtaine de personnes, dont six à temps plein, est présidée par Jacques Delors (rapporteur général : Michel Dollé). L’insigne mérite des rapports du CERC, et notamment du 7e d’entre eux, publié fin 2006, est de rendre lisible pour tout citoyen de bonne volonté les travaux savants de l’Insee et d’en tirer des conclusions claires et mesurées, quoique, hélas, souvent dramatiques.

L’augmentation des disparités de salaires entre les exécutants (l’expression n’est pas du CERC) et les cadres est un phénomène relativement nouveau en France. « Le principal facteur d’inégalité, dit le CERC, est la durée d’emploi sur l’année. » L’alternance de périodes en emploi et de périodes de chômage que connaissent nombre de salariés « réduit leur salaire annuel » et « cette réduction n’est pas toujours atténuée par le " salaire différé " que constitue l’allocation chômage ». Ainsi, les salariés plus ou moins condamnés à l’intermittence pourraient recevoir en moyenne un revenu d’activité 11 ou 18 fois (selon qu’il est un homme ou une femme) inférieur à celui d’un travailleur à temps plein. Jésus constatait avec satisfaction que l’ouvrier de la onzième heure est payé comme s’il avait travaillé toute la journée. Ses besoins ne sont pas changés par la durée de son occupation. Une thèse que les grands économistes classiques, Adam Smith (1728-1790) et son successeur, David Ricardo, ont faite leur.

Tout un pan du programme présidentiel sur la « sécurité sociale professionnelle » (appellation due à la CGT, qui en est la véritable inspiratrice) se rapproche de cette vision évangélique. La perte d’un emploi serait traitée comme un accident de parcours durant lequel la victime ne devrait pratiquement rien perdre de son revenu. L’idée maîtresse ou présentée comme telle est de prévoir un accompagnement adéquat pour une recherche active d’un nouveau travail. Appliqué dans un contexte français, un tel système (encore baptisé « flexisécurité » à la danoise) ne risque-t-il pas de provoquer une nouvelle et redoutable escalade de l’assistanat généralisé ? Réponse sarkoziste : on va changer le contexte.

Ce qui est radicalement nouveau est la rémunération disproportionnée accordée à quelques milliers de personnes : les gestionnaires mixtes, à la fois salariés et actionnaires du nouveau capitalisme : « Alors que, écrit le CERC,  Rockefeller avait autrefois préconisé aux États-Unis que le salaire des dirigeants d’entreprise ne dépasse pas 40 fois celui de leurs ouvriers, le salaire moyen du PDG américain est passé de 85 fois le salaire moyen d’un salarié en 1990 à 500 fois en 2000. L’évolution a été similaire en Europe, et particulièrement en France »[1].

Le changement de fond en comble de la donne a pour origine le tournant brutal pris par les marchés financiers à la charnière des années 1970 et 1980. Traditionnellement, ils étaient mus par l’attrait des dividendes réguliers augmentant (tel était du moins le principe évoqué) au rythme du développement de l’entreprise concernée et de la croissance économique ambiante. Ils le sont aujourd’hui par l’attente frénétiquement préparée (par les achats de ses propres actions, par des fusions acquisitions, etc.) de plus-values. Ces plus-values, on les assimile désormais à une « création de valeur » . Elles constituent, en réalité, un « bon d’achat » sur les biens et services existants et qu’en général elles n’ont en rien contribué à produire ! Cela dit, la comptabilité nationale les enregistre comme des gains en capital, pas comme des revenus du capital.

Pourtant, c’est bien ces plus-values qui ont permis à une petite classe de la société de mobiliser un énorme pouvoir d’achat. Ce pouvoir d’achat a échappé entièrement au partage que décrit la comptabilité nationale de la « valeur ajoutée » (en quelque sorte le revenu global de l’activité économique) entre les deux principaux ayants droit : les propriétaires du capital et les salariés. L’Insee et le CERC décrivent ce partage comme stable sur la longue période, en gros 60 % pour les salariés, 30 % pour les entreprises (amortissement, paiement des intérêts, rémunération des actionnaires). Si on tient compte des plus-values, les « capitalistes » reçoivent nettement plus, et cela au détriment des premiers. Le jeu de bascule s’opère via l’inflation du prix d’achat et de la location des logements.

D’où viennent les fonds en quelque sorte surnuméraires qui ont provoqué l’énorme bulle immobilière (y compris, bien sûr en France) ? D’où vient ce facteur majeur de la perte de pouvoir d’achat de maints ménages et de leur migration forcée loin des lieux de travail ? Les plus-values financières en sont l’origine. L’ironie de l’histoire est qu’on en prend conscience au moment où la bulle, touchée par le credit crunch, menace de se dégonfler.

[1] Voir aussi l’étude Les hauts revenus en France, 1998-2006. Une explosion des inégalités, Camille Landais (Paris School of Economics).

 

2008

Concurrence, concurrence, Paul Fabra

Les Echos n° 20188 du 06 Juin 2008 • page 15


Selon toute apparence, aux yeux de « The Economist », cela ne compte pour rien que le Japon soit parvenu à contenir le chômage et à préserver pour l'essentiel le pouvoir d'achat de sa population, et cela tout au long d'une dépression déflationniste qui aura duré une douzaine d'années et n'est pas encore complètement disparue. Pour rien non plus que ces résultats auront été obtenus avec des salaires versés et payés en totalité par des entreprises prenant au sérieux les responsabilités du secteur marchand : pas question, au pays du Soleil-Levant, de primes pour l'emploi et autres allégements de charges subrepticement reportées sur le contribuable. Leur point d'honneur _ un levier impondérable à retenir pour hisser hors du marécage une loi informe de modernisation économique ! _ est de supporter elles-mêmes les aléas de la conjoncture. Du point de vue de la gestion d'ensemble d'une société en crise, l'engagement des chefs d'entreprise permet un déploiement dans la clarté des énergies disponibles.

Eh bien, non ! Ce n'est pas sur cet aspect sociopolitique (et, comme tel, on suppose, dépassé !) des choses que s'attarde l'hebdomadaire de l'« economically correct ». Dans sa dernière livraison (celle de la semaine du 31 mai au 6 juin), au nom de la concurrence, il enjoint le Japon de mettre au goût du jour la gouvernance de ses entreprises.

Pour acclimater pour de bon l'économie de la concurrence tous azimuts au Japon, la bonne méthode, selon « The Economist », n'est pas de porter la réforme en priorité aux relations inter-organisations. Rien de sérieux ne sera fait si la compétition, sous toutes ses formes, n'est pas introduite d'abord au sein de la population. Et de désigner le champ d'expérimentation : le Japon doit laisser les jeunes salariés entrer en concurrence avec les anciens. La cible est bien choisie. Un peu beaucoup d'air frais ne ferait sans doute pas de mal à la société nippone dans ce domaine.

Notre propos n'est pas de nous pencher sur ce cas. Alors, pourquoi avoir commencé par rappeler le relatif mais impressionnant succès du Japon dans la gestion de la longue crise ? Parce que cette gestion réussie ne s'est pas faite au nom de la concurrence. Mais, n'en déplaise à notre confrère britannique, en est-elle moins significative pour cela ? Levons une ambiguïté : à l'intérieur du marché japonais, les entreprises ont continué à se faire concurrence, souvent sur le mode féroce. Ce n'est pas de cela dont il s'agit. La question posée et à laquelle aucune société développée ne peut échapper est la suivante : la concurrence doit-elle être considérée comme un principe universel d'organisation ?

Qu'est-ce finalement que la fameuse flexibilité du contrat de travail et de tout ce qui en dépend, le salaire au premier chef, sinon une formidable tentative visant à mettre directement en concurrence les demandeurs d'emploi face aux employeurs, ces derniers concourant par ailleurs entre eux pour attirer les meilleurs ? On dira qu'en dernière analyse il ne peut pas en être autrement. Certes, mais à une réserve près. La coutume, codifiée ou non par la loi, entre aussi en jeu. Le Code du travail à la française en est une illustration hypertrophiée. Cela ne retire rien à son importance, souvent décisive (et bénéfique). Face à la régulation par la concurrence, partout et toujours l'usage (une fois encore, entériné ou non par la loi) s'impose, lui aussi, comme une règle.

Un célèbre exemple historique, que certains lecteurs jugeront biaisé (il l'est), a le mérite de faire apparaître l'enjeu au premier coup d'oeil. Il concerne une des grandes tragédies du XIXe siècle. La misère des campagnes irlandaises et la grande famine qui vida littéralement le pays d'une bonne moitié de ses habitants. Comme il arrive toujours en pareil cas, les bonnes âmes imputaient ces malheurs au caractère des Irlandais, paresseux et insouciants quand la faute n'incombait pas in fine à l'influence de l'Eglise catholique (elle y était bien un peu pour quelque chose !). Infiniment perspicace, John Stuart Mill en attribue l'origine à la nature des baux consentis aux agriculteurs par les propriétaires terriens. Le montant de la « rente » (loyer) que les premiers versent aux seconds est, écrit-il, entièrement « déterminé non pas par la coutume mais par la concurrence ».

La surface cultivable est limitée, les familles sont nombreuses et, n'ayant aucun droit au renouvellement du bail, le chef de la famille n'a aucune incitation à travailler mieux et à réduire les naissances. Les propriétaires n'ont aucun mal à extorquer un loyer de plus en plus exorbitant. Ils n'ont qu'à laisser jouer à plein la compétition acharnée à laquelle se livrent entre eux les paysans, ces locataires précaires, en vue d'obtenir le droit révocable de cultiver un maigre lopin de terre. Examinant la situation pitoyable des métayers dans certaines régions de France (où, pour les mêmes raisons, ceux-ci rétrocèdent beaucoup plus que la moitié de la récolte au propriétaire), Frédéric Bastiat _ oui, Bastiat _, parle des ravages causés par une « concurrence excessive ». A cette situation, Stuart Mill, bravant les préjugés de ses compatriotes (les mêmes que ceux que nous leur connaissons aujourd'hui) oppose la prospérité des campagnes toscanes. Quand les paysans n'y sont pas propriétaires de leur petit champ, le loyer est fixé par la coutume. Aucun propriétaire n'oserait chercher à exiger davantage. Il se rendrait odieux dans le voisinage. Il serait déshonoré. Aucun paysan honnête n'accepterait de travailler pour lui.

Supposons qu'au Japon, pendant les longues années de vaches maigres, le marché du travail ait été ouvert à la compétition. Les patrons auraient sans vergogne dégraissé les effectifs. Les plus qualifiés des employés auraient retrouvé un emploi et un bon (voire un haut) salaire ; la masse aurait travaillé à temps réduit et au rabais... Parions qu'aucune société ne résistera jamais à la longue à de tels ferments de dislocation.

Il existe évidemment une contrepartie à la gestion coutumière délibérément pratiquée par les sages de Tokyo. Le taux de profit auquel aspirent les fonds japonais les plus dynamiques ne dépasse pas 8 %. La moitié seulement, constate désapprobateur notre confrère de Londres, de la norme adoptée par les firmes d'Amérique du Nord et d'Europe.

Voilà au moins les termes de l'alternative clairement définis.

2009

Articles 2009 par ordre alphabétique de leur titre (la date de parution se trouve généralement dans l'url de l'article, sous la forme AAAA-MM-JJ ou AAAAMMJJ)

Appréciations et suggestions, Lucien Contrepoint

 

 

Les appréciations et les suggestions suivantes m’engagent à les argumenter plus avant ou à les amender si cela m’est demandé. Je le ferais de préférence sur le site par « Ajouter un commentaire » à la présente note. Je souhaite par conséquent que le même moyen soit utilisé pour une éventuelle poursuite de discussion des points ci-dessous abordés – une poursuite car les suggestions (passages 2 à 7) ont été longuement discutées avec Dominique Michaut qui a largement influencé leur rédaction.
– 1 –
Je crois avoir maintenant bien compris le système de l’économie de marché que les Propositions premières de science économique théorisent. Sur le fond, c’est d’une évidence éblouissante. C’est donc, très gros obstacle, blessant aux yeux qui ont été éduqués en économie à ne pas regarder dans cette direction.
Le procédé des propositions commentées allant du général au particulier est excellent. Il oblige à ordonner et à recouper. Il facilite le dégagement des points cruciaux, l’affûtage d’un vocabulaire, la recherche de la vérité. Il est sans doute indispensable pour prendre au mieux en compte la géométrie du réel et du réalisable là où en économie cette géométrie existe et ne peut pas être contrariée impunément.
Il n’en reste pas moins que la propreté du site laisse encore à désirer et que maints passages manquent de limpidité. Des dispositions sont à prendre pour en arriver à hisser de bout en bout la qualité de la forme à la hauteur de la qualité du fond.
Le secrétariat de l’Atelier fait le pari que la lecture sur écran deviendra aussi courante et appréciée que la lecture sur papier l’a été. Ce que ce changement de support par défaut modifiera ne se révélera que progressivement. Il est cependant plausible que 1) du bon texte sur papier restera du bon texte à l’écran et inversement, 2) les mises en page sur papier tendront à être faites à l’image des mises en page sur écran. En attendant que l’expérience confirme ou infirme, ne pas faire rentrer de la fausse science dans l’amélioration de la qualité formelle d’un site dédié à la vraie science économique et à ses applications.
– 2 –
Les propositions logiques et politiques que l’Atelier édite portent, somme toute, sur l’économie juste.
S’efforcer de recenser les principes économiques justes n’a rien de déplacé, tout le monde en convient. Qualifier de juste l’économie dont on tient pour justes les principes actifs n’est pas plus déplacé, convenons-en.
Du juste est doublement au cœur de la problématique économique. D’une part le juste de la justesse est plus ou moins présent dans la théorie économique de base à laquelle on se réfère. D’autre part le juste de la justice est plus ou moins présent dans les pratiques économiques. La justesse selon les manuels d’économie fournissant désormais les critères de la justice économique au quotidien, la relation de cause à effet entre cette justesse et cette justice devient de plus en plus étroite.
Le devoir civique de penser plus justement l’économie s’en trouve renforcé.
La manière la plus méthodique d’accomplir ce devoir est de se livrer à un exercice de géométrie. Une non-conformité au réel ou au réalisable et une contradiction interne y sont des vices de fond. Des manques de limpidité et des considérations superflues y sont, entre autres, des vices de forme.
Les seules critiques utiles à cet exercice sont des preuves. Sur le fond, ce sont des preuves de non-conformité et de contradiction. Sur la forme, ce sont des preuves par l’exemple de reformulations, plus fluides notamment.
S’adonner à cet exercice a pour but d’en tirer les prescriptions de nature à faire émerger une économie plus hautement autorégulée qu’actuellement, particulièrement afin qu’il y ait un retour rapide au plein-emploi chaque fois que ce dernier est compromis. Mais ces prescriptions, fruits du renouvellement radical de la pensée économique que Paul Fabra a initialisé, sont souvent renversantes par rapport à ce qui est aujourd’hui le plus largement admis. C’est pourquoi il faut au progrès de leur soutien des gens qui se livrent à leur examen et, quand ils en sont venus à en approuver le système, prescrivent autour d’eux de s’y intéresser.
Le but de ce progrès est celui de l’Atelier Paul Fabra : la diffusion et la mise en application des principes de l’économie juste. L’amorçage de ce progrès est sa phase la plus difficile. Les premiers examinateurs ne disposent que d’eux-mêmes pour persévérer dans leur instruction. Les auteurs aussi ne disposent, pendant cette phase, que d’eux-mêmes pour améliorer leurs textes.
La connaissance des principes de l’économie juste ne fait que confirmer ce dont on peut se douter avant de l’acquérir. Ce n’est que quand cette connaissance commencera à devenir couramment enseignée qu’elle entamera sa carrière publique.
Rien ne permet d’exclure que ce commencement surviendra dans fort longtemps encore. Les critiques utiles n’en sont pas moins des contributions au raccourcissement de cette durée si elles sont positivement exploitées. Le site et l’organe dont il est le moyen de communication ont été établis et seront améliorés pour servir de supports à cette exploitation positive.
Ces considérations me conduisent à trois choses.
L’une est de constater que nous n’en sommes qu’à la phase d’amorçage (quand cette phase sera dépassée, le dire).
La deuxième chose est d’estimer que l’exploitation politique de cette approche radicalement renouvelée est prématurée : encore bien trop peu d’électeurs et de meneurs préparés à y croire.
La troisième chose est de suggérer que dans un prochain train de modifications du site vienne :
1) La reprise en page d’accueil, sous le titre Le devoir de penser plus justement l’économie, de l’argumentation ci-dessus en retrait, tout en conservant en deuxième partie de cette page l’excellent titre L’avenir de la pensée économique est le nôtre pour, après un paragraphe commentant ce constat, présenter le bulletin ainsi que la procédure à suivre afin d’en obtenir l’envoi (je ne commente pas la priorité qu’il faut évidemment accorder au bulletin).
2) Le remaniement du bandeau de haut de page de telle façon que la mention L’économie juste y figure accolée à la raison sociale Atelier Paul Fabra – le premier paragraphe de l’argumentation ci-dessus en retrait est là pour parer à la tentation de juger ridicule de faire grand cas de la notion d’économie juste ainsi que pour répondre très vite à la question : qu’appelle-t-on « économie juste » sur ce site ?
3) En Sommaire les premières balises de chemins Présentation / Théorie / Pratique / Périodiques / Événements avec :
Présentation pour accès à Origines et Organisation ;
Théorie pour accès à Propositions premières de science économique (bon titre) ;
Pratique pour accès à Propositions majeures de politique économique (titre que je recommande à cause de sa symétrie facile à mémoriser et en vue d’une recomposition mieux charpentée de la partie actuelle Politique économique) ;
Périodiques pour accès à Bulletins et Articles (de préférence à Revue) ;
Événements à condition d’y reprendre et compléter des annonces parues dans le bulletin.
 
Théorie, actuellement Science économique, avant Pratique, actuellement Politique économique, et non pas après, ce qui laisse au visiteur du site la latitude de commencer à explorer la Pratique avant la Théorie mais qui ne crée pas de doute sur notre conviction, de bon sens, que l’avènement de l’économie juste a pour préalable un renouvellement profond de la théorie économique.
– 3 –
Il est clair qu’il faut maintenant à l’Atelier un secrétaire général (SG) en titre qui soit le rédacteur en chef du contenu de son site, bulletin compris. Il faut également des procédures complètement établies et strictement respectées.
Toutes les modifications et les extensions de contenu et de mise en page doivent être 1°) revues par au moins une autre personne que son premier artisan ; 2°) soumises au SG en tant que tel ; 3°) mises en ligne telles que le SG l’a décidé.
Ce 3° nécessite du militaire pour être rendu effectif. Rien d’attribuable à la rédaction du site ne doit être publié sans qu’un bon à paraître ait été donné par le SG. Quand ce bon à paraître est apposé sur le haut d’un projet, qu’il ait été peu ou prou ou pas modifié par le SG, l’ordre de publier ainsi n’est plus discutable qu’après son exécution.
Quand le chemin qui mène à un texte commence par Théorie ou par Pratique ou par Périodiques / Articles, le nom de l’auteur figure à côté du titre. Ce nom est, le cas échéant, suivi par « sous la direction de » ou « assisté par ». Quand l’un de ces contenus a été retravaillé par une autre personne que l’auteur, le titre reste inchangé et ce titre est suivi d’une mention du genre « Modifié(es) par » le cas échéant suivi par « sous la direction de » ou « avec l’assistance de ».
– 4 –
Quand il y a changement de SG :
1) En sus des textes en ligne écrits par Paul Fabra, les pièces suivantes sont maintenues aisément accessibles aux utilisateurs du site : les Propositions premières de science économique et les Propositions majeures de politique économique révisées par le précédent SG, les feuilletons de science économique et de politique économique dont ce précédent SG a été le rédacteur en chef, les versions PDF aux formats A4 et liseuse électronique de ces ouvrages.
2) Le SG suivant procède ou fait procéder à une révision suivante des deux jeux de Propositions sans en changer les titres. L’ordinateur connecté à Internet en donnant désormais la possibilité, il y aurait grand dommage à ne pas user de cette possibilité pour faire passer à la postérité de substantielles contributions à la théorie et à la pratique de l’économie juste.
3) Les autres décisions relatives au catalogue édité par l’Atelier sont prises par le conseil d’administration sur proposition du SG.
– 5 –
Soit M un morceau de contenu du site. M, après révision, se lit en un quart d’heure au plus.
Les destinataires du bulletin décadaire sont informés de la révision de M et sollicités pour rédiger un commentaire d’appréciation et d’autant de critique utile de M qu’ils prennent le temps d’en travailler. Toutes les pages révisées et nouvelles comportent la possibilité d’y Ajouter un commentaire.
J’userai de cette possibilité en proposant le cas échéant ici et là une réécriture, sans hélas pouvoir prétendre être un maître dans l’art de tenir un discours positif convaincant sur ce qui n’est pas dans l’air du temps.
– 6 –
Autres suggestions, au présent de l’indicatif.
Le bas du bulletin comporte, en sus de l’indispensable lien Ne plus recevoir le bulletin, un autre lien qui permet de Faire parvenir le bulletin à une personne dont on connaît l’adresse de courrier électronique et à qui, en conséquence, on ouvre automatiquement un accès personnalisé.
Le bas du bulletin indique également 1) que tout destinataire du bulletin dispose d’un accès personnalisé sur le site, 2) comment, pour utiliser cet accès et en cas d’oubli, obtenir l’identifiant associé à l’adresse de courrier électronique à laquelle le bulletin est reçu.
La révision complète du contenu du site est entrecoupée de campagnes d’augmentation du nombre de destinataires du bulletin. Certaines de ces campagnes ont pour cibles les professeurs d’économie de l’enseignement secondaire et les jeunes gens nouvellement entrés dans la vie active.
– 7 –
Les sociétaires de l’Atelier sont des destinataires du bulletin qui :
1) en sont venus à tenir pour principalement justes et utiles les Propositions premières de science économique et foncièrement salubres les Propositions majeures de politique économique ;
2) l’ont écrit en désirant ou en acceptant que cet écrit figure sur le site (un commentaire, un article) ;
3) ont été cooptés par le conseil d’administration, à terme composé de sociétaires uniquement.
Les choses étant ce qu’elles sont, le temps qu’il faudra pour que le nombre de sociétaire ne puisse plus être compté sur les doigts d’une main est imprévisible, comme, à plus forte raison, celui qu’il faudra pour que l’augmentation de ce nombre et de celui des destinataires du bulletin commence à s’autoalimenter – sortie de la phase d’amorçage. C’est toute une image de marque à établir et un bon paquet de tours de main à acquérir et à transmettre. Dont, il faut montrer l’exemple, un flux de commentaires entretenu par l’équipe de la première heure.
Qu’il faille encore des dizaines et des dizaines de bulletins pour en arriver là est en ligne avec ce que l’histoire des idées économiques a été jusqu’à présent. S’en rappeler dans les inévitables moments de doute.
Pour l’heure, tant que la révision complète que je recommande n’aura pas été terminée – cette révision n’étant somme toute que la finition d’une installation –, mieux vaut que des campagnes d’augmentation du nombre de destinataires du bulletin ne constituent que des pauses dans la poursuite de cette finition. Quand cette finition sera terminée, le contraire s’imposera : la recherche de nouveaux destinataires du bulletin entrecoupée de travaux sur les parties Théorie et Pratique du site jusqu’à la sortie de la phase d’amorçage.
Novembre 2009

 

 

Banques : ont-elles favorisé la croissance ?, Roland Verhille

Résumé

Aux yeux de beaucoup, les banques portent la responsabilité de la crise actuelle, pire que celles jamais connues au point d’entraver les activités économiques du monde entier et de gravement porter atteinte au sort de centaines de millions de gens. En réalité, elles n’ont été qu’agent d’exécution des États ayant dopé la croissance économique au moyen d’injections d’énormes quantités de monnaie distribuée par elles, ce qui est leur raison d’être. Les agents économiques gavés par les banques de cette monnaie empruntée auprès d’elles mais sans emploi en investissements productifs en ont utilisé une grande partie pour spéculer ; les banques se sont même lancées elles mêmes dans ces spéculations. Les bulles spéculatives ayant éclaté, ce qui est leur sort inéluctable, la monnaie prêtée par les banques mais empruntée par elles auprès des banques centrales est perdue (pas pour tous), d’où leur situation de faillite.

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Caritas in veritate : science économique et doctrine sociale de l’Église catholique

Introduction

Ces notes portent sur une partie du message que le « Souverain Pontife Benoît XVI » adresse par sa « Lettre encyclique Caritas in veritate (…) à tous les hommes de bonne volonté sur le développement humain intégral dans la charité et dans la vérité ».

L’article du 8 juillet 2009 de la Revue du site de l’Atelier Paul Fabra est le texte intégral, notes de renvoi comprises, de la version officielle en français de cette encyclique[1].

L’expression « plein épanouissement humain » est employée dans le corps de ce texte. Le contexte donne à penser que cette expression désigne la même notion que « développement humain intégral ».

Précédés d’une Introduction et suivis d’une Conclusion les chapitres sont au nombre de 6 : I. Le message de Popularum progressio II / Le développement humain aujourd’hui / III. Fraternité, développement économique et société civile / IV Développement des peuples, droits et devoirs, environnement / V La collaboration de la famille humaine / VI Le développement des peuples et la technique.

Chacune de ces parties est, à l’exception de la Conclusion, composée de passages (au moins un paragraphe, souvent plusieurs) numérotés en continu et non sous titrés. Il y a 77 passages. Les 7 premiers composent l’Introduction. Les notes de renvoi, elles aussi numérotées en continu, au nombre de 158, forment un corpus sur la doctrine sociale de l’Église catholique.

Cette doctrine est « caritas in veritate in re sociali » est-il indiqué au passage 5. Plus avant le passage 56 commence par :

« La religion chrétienne et les autres religions ne peuvent apporter leur contribution au développement seulement si Dieu a aussi sa place dans la sphère publique, et cela concerne les dimensions culturelle, sociale, économique et particulièrement politique. La doctrine sociale de l’Église est née pour revendiquer ce « droit de cité » de la religion chrétienne. »

L’expression « doctrine sociale de l’Église » est utilisée 21 fois dans cette encyclique le mot « mondialisation » 29 fois, « profit » 17 fois. Cette dernière fréquence est remarquable. La question du profit est l’une des plus structurantes d’une conception de l’économie. Il semble même qu’elle soit la plus structurante dès lors qu’il est reconnu que la liberté de l’offre, tant à titre marchand que non marchand et dans ces deux cas régulée par de la concurrence policée, est un principe nécessaire et bénéfique d’organisation générale de la vie sociale. Ainsi que cette encyclique en atteste de nouveau, cette reconnaissance, option fondamentale à laquelle tous les démocrates se rallient, est désormais l’un des pivots de la doctrine sociale de l’Église catholique.

Au cinquième chapitre, La collaboration de la famille humaine, le passage 60 a pour thème « l’aide au développement des pays pauvres » qui « doit être considéré comme un véritable instrument de création de richesse pour tous ». Le 61 « un meilleur accès à l’éducation » et le « tourisme international ».
Le 62 est consacré au « phénomène des migrations » qui « requiert une politique de coopération internationale forte et perspicace sur le long terme afin d’être pris en compte d’une manière adéquate ».
Le 63 traite du travail et le 64 des « organisations syndicales des travailleurs, qui ont toujours été soutenues et encouragées par l’Église ».
Le 65 de « la finance en tant que telle » qui doit redevenir « un instrument visant à une meilleure production des richesses et au développement » avec des « opérateurs financiers [qui] doivent redécouvrir le fondement véritablement éthique de leur activité » et aussi « en faisant appel à la responsabilité même de l’épargnant ».
Le 66 « des consommateurs et de leurs associations » dont « les coopératives de consommation, créées à partir du XIXe siècle grâce notamment à l’initiative des catholiques » – de catholiques, en fait.
C’est sur le 67, dernier de ce chapitre, que les médias ont le plus mis l’accent. Il y est affirmé « l’urgence de la réforme de l’Organisation des Nations Unies comme celle de l’architecture économique et financière internationale ». La dernière phrase du passage 67 et du chapitre 5 est :

« Le développement intégral des peuples et la collaboration internationale exigent que soit institué un degré supérieur d’organisation à l’échelle internationale de type subsidiaire pour la gouvernance de la mondialisation et que soit finalement mis en place un ordre social conforme à l’ordre moral et au lien entre les sphères morale et sociale, entre la politique et la sphère économique et civile que prévoyait déjà le Statut des Nations Unies ».

Dans le sixième et dernier chapitre, Le développement des peuples et la technique, dix passages d’un paragraphe (68 à 77), attirent l’attention sur le fait que « la liberté humaine n’est vraiment elle-même que lorsqu’elle répond à la fascination de la technique par des décisions qui sont le fruit de la responsabilité morale ». Le constat que « Le développement est impossible, s’il n’y a pas des hommes droits, des acteurs économiques et des hommes politiques fortement interpellés dans leur conscience par le souci du bien commun » conduit à se poser bien des questions, dont la suivante. De quel effort principal peut provenir la conception méthodiquement articulée de l’économie de marché qui fait le plus réellement et durablement partie du « bien commun » ?

Les présentes notes sont établies à partir d’une analyse normative des échanges marchands. Dans ce schéma, le salaire est la rémunération du produit du travail cependant que le profit est normalement la rémunération du placement en capital. L’une et l’autre de ces rémunérations sont elles-mêmes elles mêmes régulées par la concurrence quand il y a économie de marché normale.

A. L’intelligence et l’amour

L’une des citations courtes qui rend le mieux compte d’un progrès auquel Benoît XVI nous appelle se trouve à la fin du développement 30 :

« Il n’y a pas l’intelligence puis l’amour, il y a l’amour riche d’intelligence et l’intelligence pleine d’amour ».

Il ne semble pas que ce propos et d’autres de la même autorité sur le même thème soient déformés en résumant : il y a l’intelligence de l’amour et, indissociable, l’amour de l’intelligence.

Les développements 1 à 4 livrent une très remarquable méditation sur la direction « inverse et complémentaire » de la « veritas in caritate » de St Paul et de la « caritas in veritate » de la doctrine sociale de l’Église catholique. L’amour de l’intelligence participe, comme l’intelligence de l’amour, de l’une et de l’autre.

B. La prescription de la pensée économique objective

La science économique circonscrite à ce qui, dans la pratique des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges, est objectif applique la prescription énoncée par la troisième phrase du passage 4 :

« En aidant les hommes à aller au-delà de leurs opinions et de leurs sensations subjectives, la vérité leur permet de dépasser les déterminismes culturels et historiques et de se rencontrer dans la reconnaissance de la substance et de la valeur des choses ».

Sans autant d’objectivité que possible en analyse et en politique économiques (les phrases suivantes font partie du passage 3) « l’amour bascule dans le sentimentalisme. L’amour devient une coque vide susceptible d’être arbitrairement remplie. C’est le risque mortifère qu’affronte l’amour dans une culture sans vérité. Il est la proie des émotions et de l’opinion contingente des êtres humains ; il devient un terme galvaudé et déformé, jusqu’à signifier son contraire. La vérité libère l’amour des étroitesses de l’émotivité qui le prive de contenus relationnels et sociaux, et d’un fidéisme qui le prive d’un souffle humain et universel. »

C. Le travail dans le schéma de l’échange

Les passages 63 et 64, sur le thème du travail, s’accordent avec le constat qu’un salaire est le terme d’un échange marchand. Tout salaire, dont celui d’un prêtre (voir plus avant), est l’un des deux termes d’un échange marchand dont l’autre terme est l’ouvrage fourni par le salarié.

L’ouvrage fourni par le salarié et non pas, version consciemment ou inconsciemment marxiste, sa « force de travail » – expression utilisée une fois dans cette encyclique pour indiquer, fin du passage 62 :

« Il est bien évident que ces travailleurs ne doivent pas être considérés comme une marchandise ou simplement comme une force de travail ».

Le travailleur n’est pas une marchandise et, impératif moral et évangélique, aucun être humain ne doit plus le devenir. En revanche, le produit du travail, c’est-à-dire le résultat constatable de la dépense par le travailleur de son énergie, est, lui, une marchandise quand il est échangé contre le paiement de ce résultat. Un salaire est ce paiement.
Autrement dit le travail en tant que dépense d’énergie humaine n’est pas le terme d’un échange. Ce point, illustré par le schéma suivant, est de grande importance. Les produits de la dépense d’énergie humaine rémunérés par les employeurs sont la marchandise primaire. Cela vaut tout aussi bien pour les fonctionnaires et les permanents d’associations à but non commercial que pour les autres travailleurs. Les prix de cette marchandise primaire sont normalement destinés à participer à l’étalonnage des prix des marchandises vendues par les entreprises. Les salaires et l’emploi ne sont portés à leur maximum que si l’économie est délibérément conçue à cette fin. Il y a, dans tout pays, une crise structurelle des débouchés socialement les plus importants tant qu’il y a du chômage lui-même structurel.

Echange marchand : salaire

E. Le profit dans le schéma de l’échange

Le profit, quand ce mot désigne la rémunération effectivement versée au fournisseur du service du placement en capital d’une entreprise est, de même que le salaire, le terme d’un échange marchand.

Echange marchand : profit

Le deuxième chapitre, Le développement humain aujourd’hui, commence par le passage 21 où, dans cette encyclique, il est pour la première fois question de profit.

« Le profit est utile si, en tant que moyen, il est orienté vers un but qui lui donne un sens relatif aussi bien à la façon de le créer que de l’utiliser. La visée exclusive du profit, s’il est produit de façon mauvaise ou s’il n’a pas le bien commun pour but ultime, risque de détruire la richesse et d’engendrer la pauvreté. »

Comment faut-il comprendre cette déclaration ? Est-elle un oui conditionnel à la « visée exclusive du profit » dans le cas de l’entreprise capitaliste ? Ou bien est-elle l’amorce d’un refus du profit maximum dans le cas de toute entreprise commerciale, au motif que ce but « risque de détruire la richesse et d’engendrer la pauvreté » ?

Quoi qu’il en soit, le profit vu en tant que terme d’un échange marchand ne fait pas partie de l’encyclique. Une conséquence est qu’il en va de même de la relation entre le capital proprement dit (haut du passif du bilan d’une entreprise) et l’emploi via le profit rémunérant le service de la mise en capital. Cette conséquence est socialement déplorable car le plein-emploi n'est accessible dans un pays que quand les placements en fonds propres d’entreprises y sont assez élevés.

Différents autres passages paraissent confirmer que, à l’image de ce qu’est l’état actuel de la pensée économique la plus répandue, la doctrine sociale de l’Église :

1) ne fait pas encore explicitement la différence entre profit suffisant et profit maximum ;

2) ne met pas au premier rang de sa conception de la pratique des échanges marchands la relation entre l’épargne placée en nouveau capital et « l’accès au travail … pour tous », c’est-à-dire le plein-emploi.

Les trois dernières phrases du développement 38 traitant de ce qu’on appelle « l’économie sociale » ou « l’économie solidaire » sont :

« À côté de l’entreprise privée tournée vers le profit, et des divers types d’entreprises publiques, il est opportun que les organisations productrices qui poursuivent des buts mutualistes et sociaux puissent s’implanter et se développer. C’est de leur confrontation réciproque sur le marché que l’on peut espérer une sorte d’hybridation des comportements d’entreprise et donc une attention vigilante à la civilisation de l’économie. La charité dans la vérité, dans ce cas, signifie qu’il faut donner forme et organisation aux activités économiques qui, sans nier le profit, entendent aller au-delà de la logique de l’échange des équivalents et du profit comme but en soi. »

Qu’est donc la « civilisation de l’économie » si ce n’est la partie des mœurs civilisées qui consistent à pratiquer des échanges marchands ? De ces échanges, les termes sont les salaires, des profits et des intérêts qui font les revenus des individus – le gagne-pain familial et la ressource au moyen de laquelle les impôts sont payés et des dons sont faits. Il n’y a dans le principe de ces pratiques rien que la morale naturelle réprouve.

Prescrire de « donner forme et organisation aux activités économiques qui, sans nier le profit, entendent aller au-delà de la logique de l’échange des équivalents et du profit comme but en soi » procède de l‘adoption par la doctrine sociale de l’Église de l’association faite de nos jours entre économie de marché et recherche d’un profit maximum. Dans la terminologie utilisée par Benoît XVI, cette association s’écrit ainsi : la « la logique de l’échange des équivalents » est indissociable « du profit comme but en soi ».

Cette idée reçue laisse de coté une vérité objective qui n’a rien d’accessoire : la « logique de l’échange des équivalents » est satisfaite quand seulement l’existence d’un profit suffisant est admise. Quand, au contraire, on admet l’inéluctabilité de la recherche du profit maximum par l’entreprise privée, ce qui est poursuivi est en réalité l’inégalité de l’échange entre « l’entreprise privée tournée vers le profit » et ses clients. Il n’y a alors plus de logique de « l’échange des équivalents » et on ne peut plus dire en vérité que dans l’échange marchand entre une entreprise et l’un de ses clients chacune des deux parties reçoit son dû.

Dans cette encyclique comme dans le Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise catholique, l’idée qu’il puisse exister un profit suffisant n’en est pas pour autant tenue pour irréaliste. Dans la dernière phrase du passage 38, le « sans nier le profit » dans le cas des sociétés qui « entendent aller au-delà de l’échange des équivalents et du profit comme but en soi » en atteste.

Qu’est-ce qui, en matière de profit, relève du « bien commun » ? Le profit n’est-il pas une juste contrainte pour toutes les entreprises commerciales, de même que le versement de salaires est une juste contrainte pour tout employeur ? Ceci vaut aussi bien lorsque les entreprises « poursuivent des buts mutualistes et sociaux ». , Toutes les entreprises commerciales sont soumises à la même contrainte de profit en tant que rémunération de l’épargne qui y a été placée en financement à proprement parler permanent, c’est-à-dire en capital. Faudrait-il qu’en « justice dite commutative » une coopérative, comme en toute autre sorte de société commerciale, ne rémunère pas ou rémunère le moins possible le service de l’épargne placée dans le capital indispensable à son autonomie et à son essor ?

Au demeurant, la dynamique du « bien commun » commande-t-elle que les entreprises ou bien se financent le plus possible par elles-mêmes ou bien soient le plus possible financés par de nouveaux apports en capital librement consentis par des épargnants dont le plus grand nombre est soucieux de placements de père de famille loin d’être toujours indifférent « à la responsabilité sociale de l’épargnant » ? Faut-il au « bien commun » une masse de ces placements en amont de laquelle se trouve une frange d’investissements à haut risque dans des offres qui n’ont pas encore fait la preuve de leur viabilité ?

Le passage 9 indique bien que « L’Église n’a pas de solutions techniques à offrir ». Son clergé et ses fidèles ne s’en trouvent pas moins exposés à la contamination des idées générales sur le profit et son iniquité supposée. Ceci prédétermine des orientations techniques et politiques faisant se refermer des trappes à vérités.

F. La trappe du capital humain

C’est remarquablement le cas au sujet non seulement du profit mais aussi du capital. Extraits du passage 25 puis du passage 58 :

« Je voudrais rappeler à tous, et surtout aux gouvernants engagés à donner un nouveau profil aux bases économiques et sociales du monde, que l’homme, la personne, dans son intégrité, est le premier capital à sauvegarder et à valoriser. »
« Rappelons que la plus grande ressource à mettre en valeur dans les pays qui ont besoin d’aide au développement, est la ressource humaine : c’est là le véritable capital qu’il faut faire grandir afin d’assurer aux pays les plus pauvres un avenir autonome effectif. »

Un avenir autonome sera assuré aux pays les plus pauvre en assurant certes une meilleure formation dès l’école puis dans l’emploi. Mais il sera tout autant nécessaire de placer le stock local d’épargne disponible en fonds propres d’entreprises locales, c’est-à-dire en capital proprement dit, afin que ce capital s’élève jusqu’au niveau nécessaire (nombres d’entreprises bien capitalisées) au plein-emploi sans émigration.

Le « plein épanouissement humain » implique que la pensée économique et politique ainsi que le management d’entreprise ne mette pas sur le même plan l’humain et non seulement le financier, dont le capital proprement dit fait partie, mais aussi l’économique. L’usage ambiguë du mot « capital » dans l’encyclique ne respecte pas cette implication alors que, sur le fond, il n’est pas douteux que Benoît XVI la respecte.

Afin de mieux se faire comprendre de ses contemporains, trop concéder à leurs façons de déformer le réel que la pratique des échanges marchands instaure favorise la « vision réductrice de la personne et de sa destinée … que les pays économiquement développés et émergents exportent vers les pays pauvres, dans le contexte de leurs rapports culturels, commerciaux et politiques », ainsi que Benoît XVI le relève fort justement dans le passage 29.

G. Justice commutative et justice redistributive

Dans le même registre, la doctrine sociale de l’Église catholique se préoccupe du délicat sujet de la redistribution. On lit dans le passage 39 « que pour subsister l’ordre civil » a « besoin aussi de l’intervention redistributive de l’État ». Il ne s’agit pas seulement du besoin d’impôts pour les dépenses publiques. Ainsi que la qualification « redistributive » le laisse entendre, il s’agit de l’organisation et de la gestion par la puissance publique de transferts imposés de pouvoir d’achat de ceux qui en ont le plus vers d’autres qui en ont le moins.

L’adjectif « commutatif » est utilisé en droit pour ce qui est relatif à l’échange, notamment dans un contrat commercial. La « justice commutative » est située par le Petit Robert 2009 dans ces termes : « équivalence des charges et des obligations » et, répercutent les rédacteurs de ce dictionnaire, « opposé à justice distributive ».

La redistribution au bénéfice des plus bas revenus est une correction. Mais ce qu’il s’agit de corriger est-il inhérent à l’économie de l’échange marchand ou bien à son dévoiement ? Est-ce que l’institutionnalisation de la correction n’a pas forcément pour effet, au final, de renforcer ce dévoiement ? C’est en prenant en compte ces doutes que nous lisons Benoît XVI quand il écrit et souligne, passage 40 :

« La gestion de l’entreprise ne peut pas tenir compte des intérêts des seuls propriétaires, mais aussi de ceux de toutes les autres catégories de sujets qui contribuent à la vie de l’entreprise. »

La dérive dénoncée est avant tout une infraction au plein jeu normal des échanges marchands, c’est à dire au fonctionnement normal de l’économie. Toute gestion d’entreprise qui n’a plus pour axe ce fonctionnement normal, ce qui est actuellement de plus en plus fréquent, fait des victimes que davantage de respect de la « justice dite commutative » éviterait. Il en va de même de toute politique économique.

H. L’économisme fait obstacle à une éthique intégrée

Il y a illusion sur l’objectivité, l’utilité et l’intelligence de la science économique dès que l’on soutient qu’elle est l’ensemble des connaissances se rapportant aux activités des hommes ayant pour finalité la satisfaction de leurs besoins.

Un dictionnaire économique et financier de grande diffusion, réédité depuis 1975 et faisant autorité, assène :
« L’objet de l’économique est l’homme, dans ses rapports dialectiques avec la nature, en tant qu’agent appliquant son activité (travail) à celle-ci pour tirer les biens et services nécessaires à la satisfaction de ses besoins ».
Cette prétendue définition est scandaleuse par la confusion qu'elle implique entre doctrine sociale et doctrine économique et par l’inversion des valeurs qu’elle conforte. Toutes les activités de l’homme ont pour finalité la satisfaction de ses besoins. Si l'économie est la science de satisfaction des besoins, alors la spiritualité et la sexualité font partie de l'économie puisqu’elles sont au nombre des activités de l’homme ayant pour finalité la satisfaction de ses besoins. N'a-t-on pas proposé en France d'associer au PIB une mesure du bonheur ?

Extrait du passage 34 :

« À la liste des domaines où se manifestent les effets pernicieux du péché, s’est ajouté depuis longtemps déjà celui de l’économie. Nous en avons une nouvelle preuve, évidente, en ces temps-ci. La conviction d’être autosuffisant et d’être capable d’éliminer le mal présent dans l’histoire uniquement par sa seule action a poussé l’homme à faire coïncider le bonheur et le salut avec des formes immanentes de bien-être matériel et d’action sociale. De plus, la conviction de l’exigence d’autonomie de l’économie, qui ne doit pas tolérer « d’influences » de caractère moral, a conduit l’homme à abuser de l’instrument économique y compris de façon destructrice. À la longue, ces convictions ont conduit à des systèmes économiques qui ont foulé aux pieds la liberté de la personne et des corps sociaux et qui, précisément pour cette raison, n’ont pas été en mesure d’assurer la justice qu’ils promettaient. »

Ce que dénonce ici l’encyclique est l’économisme qui se fait passer pour science. La science économique dont il est ici question, c’est une autre chose dont la définition est énoncée quelques paragraphes plus loin.

Sur un fond d’économisme non fondamentalement remis en cause, les appels à la « responsabilité morale » font une éthique plaquée alors que d’éthique active à tous les instants et dans tous les compartiments de la vie économique il ne saurait y en avoir qu’intégrée à sa conception.
Un danger est que la doctrine sociale de l’Église catholique soit surajoutée au fonctionnement économique maintenu dans un état tel qu’il faut établir du social hôpital afin d’y soigner les blessures de l’économique. C’est un scénario d’autant moins humaniste qu’un grand nombre de ces blessures pourraient être évitées en se montrant plus exigeant en matière de « justice dite commutative ». 
Plus de « justice sociale » sans plus de « justice dite commutative » ne se peut pas.

I. La science économique que la doctrine sociale de l’Église catholique ne prend pas encore en compte

L’économie fait l’objet d’une authentique science quand cette dernière est l’étude de ce qui est spécifique aux aspects objectifs de la pratique des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges (des transferts de pouvoir d’achat peut-on aussi dire).
L'économie
Ainsi vue, la science économique n’est pas une étude de plus de l’homme, de sa condition, de ses besoins, de ses productions et de ses consommations. Elle n’est même pas une étude de ses comportements quand il est en train de se livrer à des échanges marchands et à des transferts de termes de ces échanges. Ces sortes d’investigation sont hors du champ de la science économique car la condition humaine et les comportements humains ne sont pas spécifiques à la pratique étudiée.
Cette science peut être dite en vérité authentique parce que son objet est défini au sens de ce qu’est une définition en théorie des ensembles non flous. 
Dans l’approche que cette définition oriente, les actes économiques sont, moyennant l’abandon de l’opposition imaginaire entre l’économique et le social, reconnus pour un sous-ensemble des actes sociaux, tout aussi moraux, c’est-à-dire relatifs aux mœurs, que ceux de ces actes qui n’ont pas trait à la pratique des échanges marchands et des transferts de pouvoir d’achat. 

J. La tentation de la sanctuarisation du don

Le Chapitre III / Fraternité, développement économique et société civile, commence, passage 34, par :
« L’amour dans la vérité place l’homme devant l’étonnante expérience du don. La gratuité est présente dans sa vie sous de multiples formes qui souvent ne sont pas reconnues en raison d’une vision de l’existence purement productiviste et utilitariste. L’être humain est fait pour le don ; c’est le don qui exprime et réalise sa dimension de transcendance. »

L’être humain, le réel oblige à en convenir, est fait par et pour des dons. Ces dons eux-mêmes, pour une grande partie, coûtent à d’autres êtres humains.

Si le don d’argent ou d’un autre objet ayant une valeur vénale est systématiquement réputé avoir une valeur morale plus élevée qu’un échange marchand, la tentation est grande de ranger ce qui est d’ordre marchand dans ce qui est consubstantiellement vil. C’est alors comme s’il avait été voulu par le Créateur que l’homme ne puisse trouver dans l’ordre économique rien « qui exprime et réalise sa dimension de transcendance ».

Qu’il soit ici permis d’illustrer malicieusement un point que ces notes abordent, dans l’espoir de mieux le faire comprendre car de fil en aiguille toute l’intelligence de la « civilisation de l’économie » en dépend :
Les salaires, avantages en nature compris, touchés par les membres du clergé d’une religion, sont des contreparties en échange. Comme pour tout autre travailleur rémunéré, cet échange est marchand. La marchandise fournie est un ensemble de résultats constatables demandés par l’employeur. La célébration de la messe dominicale est, dans le cas des prêtres desservant une paroisse catholique, le plus emblématique de ces résultats. Ce n’est pas dire que qui va à la messe achète une marchandise. C’est bien dire que quêtes et deniers sont des subventions fournies par les paroissiens – des transferts en l’occurrence facultatifs – afin, entre autres choses, qu’il soit possible de fournir un salaire aux prêtres. Comme dans le cas, cette fois via l’impôt ce don lui forcé, des fonctionnaires qui sont eux aussi fournisseurs des marchandises que sont les résultats constatables par leur employeur de leur travail.

Salaire marchand : salaire du clergé

K. L’économisme peut se faire amoral, la vie économique et la science économique ne le peuvent pas

Au début du passage 34, le Pape rappelle :

« La sagesse de l’Église a toujours proposé de tenir compte du péché originel même dans l’interprétation des faits sociaux et dans la construction de la société ».

Il cite, à l’appui de ce rappel, le Catéchisme :

« Ignorer que l’homme a une nature blessée, inclinée au mal, donne lieu à de graves erreurs dans le domaine de l’éducation, de la politique, de l’action sociale et des mœurs ».

Les artisans et les étudiants de la science économique, telle que définie  ci-dessus, doivent prendre en compte la tendance à mettre la morale scientifique entre parenthèses chaque fois que cela les arrange. Cette morale implique à son tour de ne pas considérer la science économique pour amorale par son objet. Cette science, il la faut, en effet, pour fournir des normes objectives de « justice dite commutative », notamment en matière de profits, de salaires et de prix de vente des entreprises, ces entités qui sont les seules faites par et pour la pratique d’échanges marchands.

Pour faire la science économique congénitalement morale, il ne faut surtout pas en faire un recueil fondé sur des considérations subjectives, même en se drapant dans les considération plus généreuses qui soient (et qui sont les plus généreuses toujours sur le compte du prochain…). En revanche, il faut en faire un recueil de repères objectifs qui prend part à l’instruction de choix de comportements individuels et collectifs. Comme nous l’avons vu ci-dessus, l’Introduction de l’encyclique a la grande sagesse d’y inviter.

L. Question aux hommes de bonne volonté

La teneur de la science économique telle que ci-dessus définie est-elle l’un des dons que l’homme doit faire l’effort d’accepter pour progresser en charité dans la vérité ?
Il ne faut pas s’attendre à ce que l’instruction de cette question soit facile. La science économique dont le support manque à la doctrine sociale de l’Église catholique est vexante.

Beaucoup de bonnes volontés sont installées dans la sous-estimation aussi bien des vertus de la « justice dite commutative » que des vices de la « justice distributive ». Il en résulte une surestimation de la nécessité de redistributions, domestiques pour les plus massives, internationales pour les plus spectaculaires sur le théâtre de la « mondialisation ». Cette surestimation repose elle-même sur des erreurs de conception sur ce qu’est la dynamique normale de la distribution opérée par les « échanges d’équivalents ». Un peu plus concrètement, c’est rien de moins que les conditions auxquelles les termes d’échange marchand sont équivalents, profits suffisants compris en cas de ventes par les entreprises, qu’il nous faut avoir le courage de réviser de fond en comble.

Oui, la science économique dont le support manque à la doctrine sociale de l’Église catholique et des autres autorités morales est vexante. Vexation d’être pris la main dans le sac du travestissement d’un échec de l’intelligence. Vexation d’avoir pris des positions qui n’échappent hélas pas au « risque mortifère qu’affronte l’amour dans une culture sans vérité » – en cette affaire, d’une culture trop relativiste en matière de vérités économiques de base.

 
Dominique Michaut & Antoine Lonjon
www.AtelierPaulFabra.org
Juillet – septembre 2009


[1] Lien direct sur cette partie du site : www.atelierpaulfabra/section3.

[2] L’encadrement réglementaire d’une élection, campagne électorale comprise, est un exemple de concurrence policée. Les réglementations des annonces commerciales et, plus largement, de la liberté d’entreprendre et d’association en sont d’autres exemples. 

Caritas in veritate, Benoît XVI

Référence au document original de la lettre encyclique de Benoît XVI: Caritas in veritate
Voir aussi le commentaire de l'atelier relatif à l'encyclique de Benoit XVI: http://www.atelierpaulfabra.org/reo/2009-09-23

 

LETTRE ENCYCLIQUE

CARITAS IN VERITATE

DU SOUVERAIN PONTIFE BENOÎT XVI

AUX ÉVÊQUES
AUX PRÊTRES ET AUX DIACRES AUX PERSONNES CONSACRÉES
AUX FIDÈLES LAÏCS
ET À TOUS LES HOMMES
DE BONNE VOLONTÉ
SUR LE DÉVELOPPEMENT HUMAIN INTÉGRAL DANS LA CHARITÉ ET DANS LA VÉRITÉ

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Conférence inaugurée à Lyon

Le thème est L'avenir de la pensée économique est le nôtre. Le fichier ci-joint est la présentation destinée à être affichée sur un grand écran quand les conditions matérielles le permettent. L'un des objectifs est de susciter, sur les points abordés, un débat avec et entre les participants.

Bien que cette présentation soit exploitable en son état à ce jour, son travail et son exploitation ne font que commencer. Son travail pour l'améliorer au fur et à mesure des retours d'expérience. Son exploitation en faisant l'offre de cette prestation ou en suscitant la demande.

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Des théories contredites par les faits, Raymond Boudon

Des théories contredites par les faits

En économie aussi, les théories contredites par les faits sont légions. Raymond Boudon écrit, dans Le juste et le vrai / Etudes sur l'objectivité des valeurs et de la connaissance (Hachette, Pluriel, octobre 2009), chapitre 2 La rationalité cognitive, page 130, en un paragraphe ci-dessous complèrement cité :
 

Surtout, une théorie contredite par les faits est rarement l'objet d'un rejet immédiat, s'agissant même d'une théorie scientifique. Car, comme l'indique la thèse dite de Duhem-Quine, lorsqu'une théorie est démentie par le réel, on ne peut savoir d'avance ce qui dans la théorie est responsable de cet état de choses. On est donc autorisé à penser qu'un rafistolage mineur peut suffire à réconcilier une théorie avec le réel. L'épistémologie parlerait ici d'hypothèses auxiliaires. C'est seulement lorsque tous les ravaudages auxquels on peut penser auront échoué qu'on se décidera à chercher une autre théorie.

 

Pcc, DM

 

Délais de paiement : l'État cédera-t-il ?, Paul Fabra

Résumé

Le raccourcissement des délais de paiement − en principe fixés par la loi depuis janvier dernier − serait de nature à remettre d’aplomb la gestion de maintes entreprises. Cette réforme capitale est en danger.

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Délais de paiement : les Affranchis !, Thierry Charles

Résumé

Dans le prolongement de l’excellent article de Paul Fabra, dans Les Echos du 12 mai, à propos de la réforme des délais de paiement, dont « de puissants lobbies ont juré la perte »1, intéressons-nous à présent à l’ambigüité (volontairement entretenue ?) qui règne autour du champ d’application des exclusions sectorielles, les fameux accords dérogatoires.

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Japon : l'hyperinflation claquemurée, Paul Fabra

Résumé

La bulle obligataire retient le potentiel hyperinflationniste d’une énorme dette publique. En absorbant les ressources de l’épargne, elle provoque la déflation.


Les Echos n° 20509 du 15 Septembre 2009 • page 11

Pour que l'on puisse se rassurer pour de bon sur les perspectives économiques et monétaires des pays occidentaux, il faudrait que les banques centrales annoncent leur intention de renoncer le plus tôt possible à leurs taux d'intérêt voisins de zéro. Mathématiquement, fixer le taux zéro d'intérêt directeur, c'est provoquer l'hyperinflation sur les marchés du crédit (le marché obligataire en est un). Je sais que cette opinion va à l'encontre de celle que professent la quasi-totalité des économistes. Tous, ou presque tous, restent adeptes du dogme estampillé par les deux Cambridge, celle d'Angleterre et celle de Nouvelle-Angleterre. La déflation étant à la fois considérée comme le mal absolu et supposée à la légère l'antithèse absolue de l'inflation, il ne faut pas hésiter pour écarter la menace de la première à braver le danger, par ailleurs apparaissant comme lointain, de la seconde. Il est inquiétant d'observer qu'aux Etats-Unis (c'est aussi le cas dans l'eurozone) le taux à 3 mois ne cesse de baisser. Il est descendu à 0,17 %, soit au-dessous de la moitié du taux correspondant (0,40 %) au Japon. Dans ce dernier pays, la banque centrale maintient depuis quinze ans à 0 % son taux directeur ; les gouvernements successifs ont lancé de gigantesques programmes de relance. L'endettement de l'Etat atteint 200 % du PIB. Toutes ces mesures prises souvent sous la pression de Washington ne sont pas venues à bout de la déflation.

Or les économistes américains, un prix Nobel (Paul Krugman) en tête - le Nobel étant la forme contemporaine de l'argument d'autorité ! - se sont laissé égarer dans leur analyse du mal japonais. Jusqu'où abaisser les taux d'intérêt ? Cette simple question leur a fourni un alibi ingénieux mais absurde pour les dispenser de s'interroger sur le bien-fondé de leurs présupposés. Le hic, disent-ils, est qu'il existe une « contrainte »pour toute politique monétaire : il est impossible de fixer un taux d'intérêt au-dessous de zéro (sous-entendu : même si l'économie se trouve dans un état de léthargie tel qu'elle en aurait besoin !). Voilà pourquoi le Japon en est arrivé au point où la politique monétaire est devenue ineffective : ce qu'ils dénomment « trappe à liquidité ». Mais qu'à cela ne tienne ! Krugman a des idées à revendre. Un jour, il a écrit et répète depuis, que, pour peu que la Bank of Japan annonce qu'elle se donne un « objectif d'inflation », les Japonais la croiront. Un taux zéro apparaîtra à leurs yeux négatif en termes réels (avec la perspective de rembourser en yens dévalorisés). Le truc est trouvé pour inciter les Japonais à s'endetter pour consommer davantage. Bref, à devenir américains.

Le propre de la finance moderne est d'empêcher de poser en termes financiers un vrai problème financier comme celui qui se pose à un Etat surendetté (à moins que ce ne soit une banque ou un grand groupe industriel). La raison en est précisément que la finance moderne suppose qu'il y aura toujours un prêteur. Au Japon, le public détient plus de 80 % du total de la dette de l'Etat nippon, les quelque 20 % restants figurant à l'actif de la Banque du Japon. Il n'y a pratiquement pas de souscripteurs étrangers. Ces titres ne rapportent presque rien : 1,3 % pour une obligation à 10 ans d'échéance. Pourtant, les taux déjà très bas restent orientés à la baisse. Cela fait monter le cours de celles qui sont déjà émises tout en abaissant encore leur rendement. Mais les Japonais ne confient plus leurs économies aux banques, ils préfèrent acheter des Japan Government Bonds (JGB). Surtout, ils sont patriotes. Ils accèdent à la demande de leur gouvernement, qui les prie de conserver leur épargne sous cette forme. Ils sauvent en attendant du même coup l'empire du Soleil-Levant de la faillite.

Supposons qu'à la demande du nouveau Premier ministre le gouverneur de la Banque du Japon accepte de suivre le conseil de l'illustre Paul Krugman. Il annonce un objectif annuel d'inflation de 4 % pour les six ans à venir. On en déduira que les obligations risquent fort de plonger et, à l'échéance, seront remboursées en monnaie de singe. Le patriotisme a ses limites. Le public vendra ses titres en masse. Où seront les acheteurs ? Pour éviter un effondrement qui entraînerait la chute du yen, la banque centrale se portera acquéreur. Du même coup, elle déclencherait une inflation galopante. L'énorme bulle obligataire et son ombre projetée, la déflation, sont le moyen qu'on a trouvé pour retenir la charge explosive accumulée par vingt-cinq ans (en comptant les années joyeuses du boom) de gestion inflationniste de la monnaie et du budget. 1985 : année où une élite revenue des universités américaines et anglaises avait en partie pris la relève dans la haute administration et les banques.

PAUL FABRA

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La culture du déficit, Paul Fabra

La financiarisation de l’économie banalise l’endettement, considéré comme un signe de souplesse et de maturité.

   Chaque fois que j’entends parler, dans les milieux responsables, de déficit « structurel », et ce fut le cas deux fois cette semaine (mercredi à propos du triplement du déficit budgétaire et jeudi à propos de celui de la Sécurité sociale), je me souviens de l’effet de surprise que Jacques de Larosière avait unjour créé dans un débat sur la bonne ou mauvaise gouvernance économique.
La répétition des idées à la mode commençait à ennuyer. L’ancien directeur général du Fonds monétaire demande la
parole. Il trancha : « Pour qu’il y ait déficit, il faut un prêteur. » 

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La mondialisation à reculons, Paul Fabra

La mondialisation à reculons

Les Echos n° 20549 du 10 Novembre 2009 • page 19


Comme pendant la Deuxième Guerre mondiale, les systèmes bancaires (instituts d'émission plus banques commerciales) sont devenus les auxiliaires des Trésors publics.

Rien de plus significatif et, avec un peu de recul, de plus alarmant que la réaction des marchés au statu quo annoncé la semaine dernière par la Fed, la BCE, la Banque d'Angleterre. La première nommée, celle qui donne le ton, y compris désormais à Francfort, a été particulièrement explicite : pas question de remettre en cause les taux bas « pour une longue période »(« for an extended period »). La formule magique qui rassure aujourd'hui l'économie néo-capitaliste et qui consacre sa tutelle. Un peu de recul historique - ce dont l'époque est radicalement incapable pour son malheur - montrerait clairement, oui clairement, que du point de vue financier, les Etats-Unis et les pays de l'eurozone (la troisième roue du monde « occidental », le Japon les a précédés dans cette voie) viennent de franchir, dans le sens de la descente, un deuxième palier. Ce deuxième palier, encore plus glissant, si cela est possible, que le premier (le passage aux changes flottants en février 1973) les rapproche du modèle de l'économie de guerre. L'économie américaine n'en est pas sortie d'un seul coup. L'Accord (avec un grand A) contre nature - au regard d'une économie de paix tournée vers le futur - passé à cet effet en 1942 entre d'une part la Fed chargée désormais de stabiliser les taux d'intérêt et d'autre part l'US Treasury n'aura été abrogé qu'au premier trimestre 1951.

Rien de plus opposé, à première vue, que la mondialisation assimilée à l'abondance des produits offerts à bon marché au consommateur roi et l'économie de guerre par nécessité génératrice de pénurie et de repliement sur soi. En effet, le contraste est évident pour ce qui concerne la pratique et les effets du libre-échange, à une réserve près que nos lecteurs connaissent bien. Pour être à la ­longue bénéfique à l'ensemble des nations participantes, le libre-échange supposerait rien de moins qu'une mobilité très réduite pour les moyens de production. Le contraire de se qui se passe. Aussi ce régime devient-il de moins en moins supportable pour les pays développés. Il y provoque une hémorragie de leur capital accumulé, la source de leur développement. Le libre-échange se commue en mercantilisme ou « guerre économique ». Le consommateur au bout de la chaîne n'aura pas le dernier mot. Les seigneurs de la guerre économique sont en position de rogner ses revenus.

Mais plus que par le développement des échanges, la mondialisation est affaire de financiarisation de l'activité économique. Le plus efficace rempart contre cette tentation fut le rétablissement par les accords de Bretton Woods d'un régime monétaire où la suprématie du dollar était tempérée par son lien « indéfectible » à l'or. En Europe occidentale, l'étalon-or fut même - hélas dans l'incompréhension générale - rétabli dans sa caractéristique principale qui est l'antithèse du trésor de guerre. Alors qu'aux Etats-Unis les résidents n'avaient pas le droit de posséder de l'or, les pays du Vieux Continent avaient remis la clef du coffre-fort à l'usager de base de la monnaie. Tout le monde pouvait acheter au prix fixe officiel de l'or. Au cas où la demande dépassait ­l'offre, les banques centrales (y compris les Etats-Unis) fournissaient l'appoint. Une politique américaine trop laxiste conduisit l'ensemble des pays occidentaux à répudier ce système. Avec la fin de l'étalon-or consommée en 1973, les changes flottants ­devenaient inévitables. Leurs fluctuations erratiques rendirent inéluctables le développement des techniques de couverture des changes, puis la spéculation pour la spéculation.

Le deuxième palier auquel nous venons de descendre est gros de dérives encore plus énormes. Elles nous éloigneront encore plus du libre-échange. Les banques ont gagné sur toute la ligne. Elles s'adonnent plus que jamais aux délices du « trading ». Pour restaurer un minimum de confiance en leur endroit, elles ont besoin de profits importants et réguliers, exempts de risques. Seule une visibilité artificielle peut la leur procurer. Les banques centrales la leur garantissent. Elle leur fournissent des liquidités sans limite à des taux voisins de 0 (comme pendant la guerre). Moyennant quoi, elles achètent (en France) des obligations du Trésor à 5 et 10 ans d'échéance qui rapportent entre 3,9 % et 4,05 %. Qui dit mieux ? Les banques se chargent de stabiliser le marché secondaire. Leur intérêt est d'acheter autant de titres qu'il en faut pour ce faire. La connivence entre le Trésor public et le système bancaire (instituts d'émission plus banques commerciales) est rétablie, pour diriger vers l'Etat et les grandes entreprises les ressources dont ces « entités » ont besoin.

 

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Le business et la morale, Paul Fabra

Les Echos n° 20404 du 14 Avril 2009 • page 17


Dans la perte totale de confiance entre les établissements de crédit _ là où la crise a commencé et s'est amplifiée _, se trouve sans doute la réponse essentielle à la question qui ne cesse de défrayer la chronique : la pratique des affaires et son bon fonctionnement ont-ils quelque chose à voir avec la morale ? La réponse est oui. Avec quelle simplicité et dans quel esprit il convient d'aborder le sujet, personne ne l'a mieux exprimé que le grand initiateur de l'art du management. Parlant des débats et colloques organisés autour du thème de l'« éthique de l'entreprise », Peter Drucker disait : rien que de chercher à en définir une qui lui soit spécifique, est l'aveu que ses dirigeants ont l'intention d'échapper peu ou prou aux lois et réactions d'un comportement honnête ordinaire, telles qu'elles sont connues (sinon toujours observées) par tout le monde, y compris par les businessmen et businesswomen.

Cependant, les conduites honnêtes ici qualifiées d'« ordinaires » dans le sens de « coutumières » et « allant de soi » ont beau continuer d'inspirer les actes de la grande majorité de la population, on a cessé dans nos pays occidentaux ultra sophistiqués d'y voir un facteur efficient, par exemple de la vie économique. Les pionniers et maîtres de la pensée économique _ les Adam Smith, David Ricardo, Jean-Baptiste Say _ n'ont pas manqué, eux, de s'appuyer sur ce facteur oublié.

On objectera la parabole de la main invisible. Très fréquemment, c'est en poursuivant son propre intérêt et non pas en cherchant délibérément à promouvoir celui de la société tout entière qu'un artisan, un commerçant, un industriel contribuera le plus efficacement au bien public. Mais à l'aide de cet exemple, Adam ne fait rien d'autre que de reconnaître une expérience universelle : s'il est bien un domaine où l'homme est par nécessité appelé à faire la part belle à la morale utilitaire (« ce qui est bien est ce qui m'est le plus favorable »), c'est de toute évidence celui de l'activité professionnelle. L'enjeu concerne directement l'instinct de conservation : « Gagner sa vie ». Et, de toute façon, l'agent économique, pour assurer son revenu, devra entrer par l'échange en relation avec autrui pour lui vendre le fruit de son travail. Or, l'échange est par nature une relation d'égalité. Chacun des deux coéchangistes doit s'y retrouver.

Au stade relationnel de l'échange, intervient si peu que ce soit, mais nécessairement, quelque chose qui ressemble à l'honneur professionnel. A dose plus ou moins perceptible, y entre le respect (voire l'amour) des autres et de soi-même. Celui qui en est totalement dépourvu sera tôt ou tard « grillé ». L'imaginaire public se complait dans telle ou telle illustration du caractère proprement sacré de la parole donnée portant tel ou tel marché au plus haut degré de perfection. A Anvers, les diamants les plus rares passent de main en main sans la moindre preuve écrite.

D'où vient qu'au cours des trente-cinq dernières années, sur les marchés financiers, mais pas seulement eux, la notion même d'honneur a pratiquement disparu ? Les produits, de plus en plus sophistiqués, se prêteraient de plus en plus à la fraude ? Mais comment expliquer (notre chronique précédente, publiée le 31 mars), que les agences de notation ferment les yeux devant une falsification pure et simple du classement (en degré de solvabilité) des crédits découpés en tranches à des fins de titrisation ?

Un principe cardinal de l'économie de marché était que « chaque transaction est une transaction indépendante » (Ricardo). Cela suppose que chaque transaction lie (au moins) deux personnes se déterminant l'une en fonction de l'autre. Or le primat donné depuis trente-cinq ans (à la suite de l'abandon de l'étalon-or de Bretton Woods) à la sphère financière sur l'économie productive provoque la disparition progressive du relationnel de plus en plus réduit au transactionnel. Auparavant, chaque directeur d'une agence bancaire de quartier décidait de l'octroi ou non d'un crédit à un client. Depuis, la majorité des cadres ne sont plus des agents économiques que de nom. Ils ont perdu toute autonomie. Les décisions sont prises au vu de statistiques (le crédit me sera accordé si j'entre dans telle catégorie d'emprunteurs déjà répertoriés). Il en résulte une formidable aliénation avec tout le pouvoir et tous les honneurs sans l'honneur _ mais avec beaucoup d'argent _ concentrés au haut de la pyramide. Imité dans le monde entier, le modèle américain des grands groupes a subrepticement dégénéré en une sorte de Gosplan éclaté.

PAUL FABRA

 

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Le dernier bilan de la Fed, Jean-Bernard Mattret

Résumé

Grâce aux minutes de la Réserve Fédérale2 et aux événements les plus récents au 9 avril 2009, il est possible d’expliquer le niveau et les variations que le bilan de la banque centrale américaine a connues.

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Le nouveau sens de la « liquidité », Paul Fabra

Les Echos n° 20460 du 07 Juillet 2009 • page 13


La domination des grands établissements financiers sur l'ensemble des marchés et, partant, sur l'activité économique est non pas diminuée, mais renforcée par la crise. Et cela pour une première et péremptoire raison : les Etats ont considérablement augmenté leur endettement. Les grandes banques d'investissement ont certes besoin d'eux pour se refaire une santé (si tel est le mot à employer). Mais, réciproquement, les Trésors publics dépendent d'elles pour placer et gérer leurs emprunts.

Quand on parle des Etats, il convient d'y inclure les banques centrales, même si la règle est aujourd'hui, en Occident du moins, qu'elles soient considérées comme des entités « indépendantes ». L'important est ce que tout le monde peut observer. Pour le meilleur ou le pire, gouvernements et instituts d'émission jouent le même jeu. Ils vont au secours des entreprises, ils se substituent aux défaillances des marchés. Leur complicité, si l'on peut dire, est particulièrement évidente _ et totale _ en ce qui concerne leurs relations avec les banques. L'institut d'émission leur fournit des liquidités à des taux d'économie de guerre (voisins de 0). Cela leur permet de gagner beaucoup d'argent en souscrivant massivement aux émissions du Trésor. Ces souscriptions massives ont pour effet que le Trésor public peut lui aussi, quoique plus modérément, abaisser les taux auxquels il emprunte. Une sorte d'agencement presque parfait, à cela près qu'on est complètement sorti du cadre de l'économie libre de marché.

Pour une autre raison, non moins impérieuse et non moins destructrice de l'ordre libéral et concurrentiel, la sphère financière entièrement responsable de la crise, en sortira, si on en sort, plus puissante sinon plus solide. La seule façon d'empêcher la faillite de grandes banques d'investissement aura été de favoriser leur achat par un concurrent. L'impératif absolu de solvabilité a encore accéléré le mouvement de concentration. Les établissements financiers sont encore plus gros qu'avant. C'est eux, pour ne citer que cet exemple, qui ont perverti jusqu'à la notion de « liquidité ». Il y a encore une vingtaine d'années, il s'agissait d'une qualité attachée à un actif qu'on pouvait vendre sans perte sur le marché (un bon du Trésor à trois mois, un emprunt à courte échéance émis par une société dorée sur tranche, etc.). La conception moderne de la liquidité, telle que les grands établissements financiers l'ont galvaudée, relève non plus de l'actif mais du passif. On entend par liquidité un accès facile au crédit. Comme bien d'autres, cette nouvelle façon de voir les choses a fait naufrage. Ce à quoi on assiste, c'est à une formidable et scandaleuse mobilisation. Pouvoirs publics et banques centrales sont sommés, par des moyens artificiels (le taux voisin de 0), d'assurer, pour les établissements financiers en tout cas, la liquidité new-look.

Rien ne serait plus urgent, pourtant, pour les économies du monde de l'Atlantique Nord, que d'en revenir à un ordre de priorité inverse : les banques au service de l'économie productive. Espérons qu'il ne sera pas trop tard quand on se sera avisé de ceci : le problème des délocalisations d'activité, cause importante de sous-emploi, serait en bonne partie résolu sans appel à un protectionnisme intempestif pour peu que les établissements financiers cessent de dicter leur loi. Ce sont eux qui poussent les grandes entreprises à ne pas se contenter d'un profit confortable mais non exorbitant.

Cette prise de pouvoir, on l'a répété souvent dans ces colonnes, a été consécutive à l'abandon du système des taux de change fixes définis par rapport au dollar-or de Bretton Woods. J'avais entamé dans ma chronique précédente une réflexion sur la « rationalité de la relique barbare ». L'idée était que la crise que nous connaissons n'a rien de fatal. Dans un ouvrage de grande tenue publiée pour la première fois en 1999 par la Cambridge University Presse (Etats-Unis) sous le titre « The Gold Standard and Related Regimes », son principal auteur, le professeur Michael Bordo, écrivait que l'étalon-or a été discrédité par des adversaires « passionnés »,à cela près que leurs arguments ne sont « ni vraiment convaincants ni vraiment exhaustifs ».

Pour ma part, je rappellerai ici que les démagogues du XXe siècle, à commencer par les nazis, avaient opposé au règne de l'or la création d'une monnaie dont la valeur serait garantie par le travail des hommes. Mais c'est justement ce que fait l'étalon-or. La valeur de référence est le coût de production de l'or. D'où découle « l' échelle » de tous les autres prix. A ce système subtil, on a substitué un régime de monnaie purement nominal incapable de faire naître un système de prix tant soit peu stable.

PAUL FABRA

 

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Le prix du modèle américain, Paul Fabra

L’incroyable penchant des banques pour le statu quo est l’obstacle à vaincre pour appliquer le programme Geithner.

Les Echos n° 20395 du 31 Mars 2009 • page 17


Le prix du modèle américain

On s'est trop vite consolé à Londres de l'échec qui a fait trembler jeudi dernier 25 mars le Trésor britannique. Mais c'est avec un argument qui, pour avoir facilement convaincu la communauté financière internationale, n'en est pas moins à côté de la plaque. Ce jour-là, donc, le Debt Management Office du Royaume-Uni n'a pas trouvé preneur pour la totalité des titres d'emprunt mis en adjudication. La nouvelle a fait frissonner les ministres des Finances du monde entier. Et si le financement des plans de relance devenait à son tour problématique ? Et si la méfiance quasi générale tournait à la fuite devant les monnaies ? L'alerte ne dura pas longtemps, car on a attribué l'échec au caractère tout à fait particulier de ces titres offerts à la vente à quarante ans d'échéance. Or il faut bel et bien s'inquiéter du mauvais accueil réservé à ce genre d'emprunt. Aussi longtemps qu'un Etat est capable de consolider la dette publique par des emprunts à long terme, le risque d'un dérapage majeur est à peu près inexistant.

Pour les mêmes raisons _ une idéologie économico-financière irrationnelle, enseignée à Harvard, à Cambridge ou à Dauphine _, les milieux dirigeants avaient été pris de court en juillet 2007 quand l'affaire des « subprimes » tourna brusquement au vinaigre. Le « programme d'investissement public-privé » lancé par le secrétaire américain au Trésor, Tim Geithner, porte encore la trace de cette méprise initiale. Ils y avaient vu comme un phénomène marginal. Or ce qui se passait alors sur les marchés était un retournement. Tout d'un coup, les investisseurs les plus sophistiqués _ parmi lesquels les banques d'investissement, qui avaient pourtant inventé la formule _ cessaient de faire confiance à toute une catégorie de dérivés de crédit (« collateralized debt obligations » ou CDO). Ces instruments sont considérés comme les plus « innovants » de la technique financière.

Cependant, ces prétendues « innovations » tenaient à une seule chose : à la croyance dans la hausse indéfinie des prix de l'immobilier. La bulle se dégonflant, il est apparu que les CDO et autres ABS (« asset-backed security ») _ ils encombrent encore les bilans des banques qui en avaient fait commerce entre elles _ reposaient sur un tour de passe-passe à la limite de la fraude. Voilà une banque qui, pour vendre en les « titrisant » les crédits immobiliers ou autres qu'elle a consentis à ses clients, les découpe en trois tranches. Seule la troisième tranche, « senior », qui promet un « return » relativement raisonnable (mettons 6 % par an) jouit d'une notation très avantageuse : un triple A. Les cash-flows en provenance du portefeuille d'actifs sont en priorité affectés à la rémunération des investisseurs de la tranche 3. Elle a pour répondant les débiteurs. Mais, pour inciter les investisseurs à se porter sur la deuxième tranche (« mezzanine ») et la première (« equity ») on promet(tait) des rendements mirobolants, par exemple respectivement 10 % et 30 %. Quand le cash-flow sous-jacent (à attendre des emprunteurs de base) a commencé à se ralentir, puis à diminuer, l'astuce a consisté à découper à son tour la deuxième tranche en trois sous-tranches dont la troisième a été qualifiée de... « senior ». Il ne restait plus qu'à convaincre, _ ce qui fut le cas général ! _ l'agence de notation d'attribuer à cette troisième sous-tranche le label convoité AAA. La qualité des deux autres « sous-tranches » s'en trouvait automatiquement rehaussée. Depuis lors, d'autres dérivés de crédit se sont développés : les CDS (« credit default swap ») : un casino où l'on parie sur la faillite ou la non-faillite de telle ou telle grosse entreprise. Le seul marché en expansion.

Comment attribuer une valeur à de tels actifs « toxiques » ? Pour parvenir là où son prédécesseur, Hank Paulson, avait forcément échoué, le secrétaire au Trésor a imaginé une parodie de marché. Alors que l'Etat fournira 90 % des fonds nécessaires au rachat des fausses créances par le partenariat public-privé, la puissance publique agira de concert avec cinq professionnels privés.

A la faveur de taux d'intérêt très bas, une croissance en partie factice s'est développée à nouveau aux Etats-Unis depuis 2003. Les investissements ont été mal orientés : appareil de distribution surdimensionné, logements de plus en plus éloignés du lieu de travail. Pour maintenir les hauts profits, on a comprimé la masse salariale mais incité les salariés à emprunter. Les banques qui ont financé ce capitalisme de pacotille sortent ruinées de l'expérience. Geithner voit le problème. La solution, il vient de la résumer : « Du capital [neuf], du capital, du capital. » Mais du capital neuf, c'est aussi un renouvellement des dirigeants. D'où l'incroyable penchant des banques exsangues pour le statu quo. Comme en France.

PAUL FABRA
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Le tout marché contre le capitalisme, Paul Fabra

Les Echos n° 20414 du 28 Avril 2009 • page 27


Jusqu'à ce jour, les mesures d'urgence prises par les autorités publiques (Instituts d'émission et gouvernements) pour remettre en état de marche les établissements financiers ont consisté à pousser plus loin, voire systématiser, les dérives les plus flagrantes auxquelles ont donné lieu les pratiques suivies par les banques. Cela est évident pour ce qui concerne leur liquidité. Or la détérioration de cette dernière se trouve à l'origine de la crise.

Dans une conférence qu'il a donnée le 17 avril à New York au Levy Economics Institute of Bard College sur le thème « Qui est principalement responsable de la crise du crédit ? », Henry Kaufman, un vétéran de Wall Street, unanimement respecté (et écouté par ceux qui veulent entendre), a dit : « La Fed [sous la conduite d'Alan Greenspan] n'a pas non plus reconnu le rôle crucial que les grands conglomérats financiers ont joué pour changer l'idée que se fait le public de la liquidité. Traditionnellement, cette qualité avait affaire avec l'actif du bilan [possession d'avoirs mobilisables à tout moment : ad nutum]. Mais au cours des dernières décennies, l'attention s'est reportée vers le passif : liquidité est devenue implicitement synonyme d'accès facile à l'emprunt ». C'est ce passage que je me propose de commenter ici : que font les instituts d'émission (Fed, BCE, Banque d'Angleterre, essentiellement) obligés d'intervenir dans l'urgence sinon assurer la liquidité des banques que celles-ci ne trouvent plus sur le marché ?

Ce qui est en cause ici est une prégnante idéologie du marché qui s'oppose frontalement à la logique du capitalisme. Les yeux ont du mal à s'ouvrir, tant l'idéologie en question est impérieuse (mais le monde universitaire et des grandes écoles de management donne _ enfin _ quelques signes de lucidité retrouvée !) et puissant le lobbying exercé par les grandes banques (« conglomérats ») d'investissement sur le pouvoir politique. La France n'a pas échappé à ce dévoiement. Réflexion d'un banquier : le statut de banque universelle a ceci de bon qu'il met à la disposition du trading l'argent des déposants.

Logique consubstantielle au capitalisme mais souvent reniée par ses partisans et ses acteurs (surtout depuis la « révolution financière » de notre temps) : la solidité du système entier tient à la solidité de chacune de ses composantes (entreprises d'abord, ménages ensuite d'un côté, finances publiques de l'autre). La régularité des paiements est nécessaire pour la bonne exécution des myriades de transactions qui lient les acteurs deux à deux et cela quelle que soit la dimension du marché (autre définition du capitalisme : économie contractuelle ou économie d'échange). Elle exige de chaque entité, a fortiori des banques, cette contrainte : les fonds propres doivent dépasser le montant des immobilisations. Ils ont aussi vocation à financer un volant minimum mais suffisant d'avoirs très liquides, mais de faible rendement.

A cela s'oppose l'illusion du tout-marché et de la globalisation ainsi résumée : tout est négociable, y compris le crédit par le biais de la « titrisation ». Sur un vaste marché, toute offre trouvera une demande. Dans une chronique publiée le 22 mars 2002 _ l'économie mondiale avait encore du mal à se relever du krach de la « nouvelle économie »_, on écrivait dans ces colonnes : « Une des techniques les plus efficaces de dégénérescence du capitalisme, la faculté ouverte aux établissements de crédit de transférer le risque sur autrui (le "marché"), est à nouveau en plein essor... L'expérience a montré de façon spectaculaire que soudain le système tout entier peut se bloquer : les acheteurs se dérobent tous en même temps ». L'idéologie du marché a triomphé : aucune banque n'a pris en compte dans son modèle le risque... de liquidité. Fait nouveau, « The Journal of Economic Perspectives », édité par l'influente American Economic Association, vient de publier un article écrit par trois professeurs (Harvard, Princeton) où il est montré que, par opposition aux titres individuels (une obligation, par exemple), les instruments de dette « structurés » (ou plusieurs types d'obligations sont « emballés » ensemble) sont beaucoup plus exposés au risque de la conjoncture.

Aux Etats-Unis, Goldman Sachs et JP Morgan relèvent la tête. Ils mettent en avant les performances encore inégalées de leurs tradings respectifs. Ils veulent rembourser l'Etat pour avoir de nouveau les coudées franches afin de rémunérer à leur guise les « compétences » (sic). Un retour en force des banques d'investissement se traduirait par une volatilité encore jamais vue des marchés. Mais comment l'économie réelle qui s'enfonce dans la récession retrouverait-elle un semblant de santé ? Par des restructurations sauvages laissées à la seule discrétion de managers qui auraient retrouvé leur liberté ?

 

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Les faux mystères de la répartition des revenus, 1, Dominique Michaut

Résumé

La répartition des revenus. Une répartition, qu’est-ce à dire ? Les revenus, qu’est-ce à dire ? Avant d’examiner ces questions, souvenons-nous que l’industriel et alors futur éminent économiste français Jean-Baptiste Say a titré son premier ouvrage, paru en 1803, le soulignement est mon fait : Simple exposé de la manière dont se forment, se distribuent et se consomment les richesses. Le plus simple d’abord. Si cela ne suffit pas à élucider l’aspect de l’économie qu’on étudie, alors autant de plus compliqué qu’il en faut. Mais pour en revenir au simple dont l’économie a vitalement besoin pour être faite aussi saine que possible. Car elle est une activité dont la nature sociale fait que sa théorie savante de base doit être tenue à la portée de tous.

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Les tabous tombés de l'outre-mer, Paul Fabra

Résumé

De l’épreuve, les Antilles et La Réunion pourraient sortir plutôt mieux armés pour affronter la crise.

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Les éleveurs victimes de la spéculation, Paul Fabra

Les éleveurs victimes de la spéculation

Les Echos n° 20431 du 26 Mai 2009 • page 15


A quel niveau et selon quelles méthodes doit être fixé le prix du lait vendu par quelque 103.000 producteurs (agriculteurs) bretons, normands, auvergnats, savoyards (...) aux industriels transformateurs, souvent de grands groupes ? Du fait du gouvernement (la Commission Attali était passée par là), à cette question il n'existe plus de réponse intelligible depuis avril 2008. Les syndicats d'exploitants agricoles viennent encore d'appeler leurs adhérents à manifester cette semaine leur colère contre le « diktat » de leurs clients, les industriels, dont les camions sont interceptés.

Personne, et c'est bien là le seul élément consolant de cette triste et significative affaire, ne voit cette nouvelle jacquerie comme une révolte « passéiste ». Les enjeux sont considérables même si, en termes de revenus individuels, leurs montants sont misérables. La possession d'un troupeau de quelque 70 vaches laitières ne rapporte guère plus au propriétaire exploitant, et souvent moins, qu'environ 1.100 euros par mois. Il y va de la crédibilité de la politique de la concurrence, en plein cafouillage, alors que vient d'être mise en place l'Autorité de la concurrence (elle succède au « conseil » du même nom), destinée à mettre la France « au diapason des autres grands pays de l'OCDE ». Il y va des dérives de la globalisation et des moyens éventuels à leur opposer.

A la faveur d'une volatilité aggravée des prix (voulue et, quand ils le peuvent, favorisée par les grands acteurs de marché), les régulateurs des marchés, pourtant chargés de veiller à leur bon fonctionnement, en sont arrivés à juger en soi suspecte toute existence d'un prix de marché unique. Certes, il peut se faire que ce soit là l'indice d'une entente interprofessionnelle. Mais cela n'empêche pas que c'est aussi, normalement, l'effet logique et principal d'une saine compétition entre les vendeurs. Où est l'avantage de la concurrence si je paie plus que mon voisin ?

Complication supplémentaire : des barèmes de prix convergents sont tellement dans l'ordre des choses que, lorsqu'un marché est incapable de produire ce résultat, souvent les acteurs cherchent ensemble à suppléer à cette défaillance. Au moyen, par exemple, de contrats de fourniture étalés sur plusieurs mois, sinon plusieurs années. Pour beaucoup d'agriculteurs, les ventes de lait sont la seule source permanente de trésorerie. Jusqu'en avril 2008, leurs représentants syndicaux négociaient avec ceux des transformateurs une sorte de prix national d'orientation pour le trimestre en cours. Cette pratique a dû être abandonnée. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), un rouage administratif (à ne pas confondre avec l'Autorité ci-dessus mentionnée), annonça elle-même à cette date la décision de l'interdire, au motif qu'elle constitue une entente. Une entente où tout le monde est mécontent ! En dépit, voire à cause du silence du ministre tutélaire, Christine Lagarde, le signal se voulait fort : voilà l'administration française gardienne du nouveau fétiche de la concurrence à l'américaine, style Clinton et Bush junior. On ne se demande pas si l'application en est possible. En France, les producteurs livrent du lait dont ils ne connaissent pas encore le prix à des industriels qui n'ont pas le droit de décider du volume de leurs achats. Ils sont obligés d'en faire la collecte complète. Tel est l'effet du régime des quotas européens.

Deux ans et demi en arrière, pendant l'été 2007, une euphorie insolite règne parmi les producteurs. Les prix sont en hausse : 370 euros pour 1.000 litres de lait, contre 210 et moins aujourd'hui. Les marchés mondiaux du beurre et de la poudre de lait, soit le quart environ du chiffre d'affaires des industriels, sont saisis de frénésie. Selon les experts, la raison en est l'« appétit » des pays émergents. Disons l'appétit universel de spéculation : dans le monde de la volatilité, tout produit a vocation à devenir... un bien d'investissement. Les marchés se sont retournés, comme pour le pétrole. Les industriels perdent maintenant de l'argent sur la poudre de lait. Ils se rattrapent sur le prix du lait. Aucun gouvernement n'a le courage de prendre la décision qui s'impose : réserver les marchés à terme sur les matières premières aux seuls professionnels, comme cela s'est fait pendant des siècles.

Paul FABRA

 

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Limites de l'économie virtuelle, Paul Fabra

Résumé

Les banques, incapables d’emprunter, ne peuvent intervenir sur les marchés qu’avec l’argent des contribuables ou celui des déposants. Que font-elles ?

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Non à la culture du résultat ! Paul Fabra

Dernière chronique régulière aux Echos de Paul Fabra

L'idéologie dominante, dérivée d'une approche purement quantitatiste de l'activité économique et de son résultat, est un frein considérable au progrès économique.

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Partage des revenus : mystère, Roland Verhille

Résumé

Le partage des revenus est un sujet d’actualité quasi permanente. Il suggère qu’un « deus ex machina » y procède, sans qu’on ait jamais mis la main dessus, même lorsqu’il est dit être « le capital ». La question est le plus souvent traitée comme étant la part revenant aux salariés dans le produit intérieur des activités économiques. Les organisations syndicales de salariés invoquent toujours sa décroissance, au bénéfice du « capital », ou du « profit ». Il y a là une grande curiosité, car contrairement aux habitudes de tout organisme assurant sa promotion en vantant ses succès, cette décroissance invoquée est à l’opposé des objectifs de ces organisations syndicales. Enfin, les « Comptes de la Nation » sont élaborés depuis des dizaines d’années qui devraient trancher la question, sans qu’elle le soit. Essayons donc de lire ces comptes.

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Rationalité de la relique barbare (1/2), Paul Fabra

Résumé

La complète irrationalité du dollar monnaie de réserve finira-t-elle par convaincre les élites dirigeantes de considérer d’un œil neuf toutes les « alternatives » ?

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Scénario maudit mais commode, Paul Fabra

Résumé

Le scénario maudit vers lequel les Occidentaux s’acheminent les yeux encore à demi-bandés s’apparente à la déflation à la japonaise. Son atout : laisser le gouvernail et les gros profits au monde financier !

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Travailler : pour qui ?, Roland Verhille

Résumé

Travailler est dans la nature humaine. Pourtant, le Président de la république a estimé nécessaire d’encourager à travailler. Quoi et qui donc en décourage ?

2010

Articles 2010 par ordre alphabétique de leur titre (la date de parution se trouve généralement dans l'url de l'article, sous la forme AAAA-MM-JJ ou AAAAMMJJ)

Brèves

La baisse du poids des dépenses publiques

La baisse du poids des dépenses publiques n’est pas un facteur de moindre croissance. C’est cependant à une condition. Des mesures doivent être prises pour qu’autant d’épargne qu’il en faut soit investie en capital proprement dit et puisse en partie redevenir au moins un complément de pension de retraite. Mais il faut politiquement à la prise de ces mesures un discours renouvelé sur le capitalisme. Ou, comme on voudra, sur le libéralisme économique. L’Atelier Paul Fabra est un des lieux où ce renouvellement est travaillé. Sans illusions, pensons-nous : du capital qualité retraite est un progrès encore plus exigeant que la maîtrise du poids des dépenses publiques.

Une refondation réussie du capitalisme

Une refondation réussie du capitalisme par un consensus gouvernemental est-elle aujourd’hui possible ? Certains progrès politiques sous la contrainte des évènements peuvent être enregistrés. Mais de nombreuse régressions peuvent aussi bien proliférer. Un assainissement radical de l’économie de marché paraît de moins en moins pouvoir se produire sans un assainissement préalable de sa théorie de base. De la « science économique » est désormais trop largement enseignée et trop intensivement médiatisée pour qu’il puisse en aller autrement.

Le diagnostic d’Adam Smith

Le diagnostic d’Adam Smith se révèle, bientôt 250 ans après avoir été posé, juste et trop court. L’un des contraires du libéralisme, depuis Marx souvent appelé « le capitalisme », reste le mercantilisme. Via Malthus qui a de bonne foi beaucoup confondu et Keynes qui a délibérément choisi de se réclamer de lui, l’économisme moderne garde tous les traits fondamentaux du mercantilisme dénoncé par Smith. Là où le diagnostic de ce dernier se révèle trop court est que le libéralisme a, en économie, deux autres contraires. Mais il faut des néologismes pour les désigner car l’économisme ambiant détourne d’en prendre conscience. L’un est le créditisme : où il faudrait du capital strictement dit et où les dépenses publiques de fonctionnement excèdent ce qui est fiscalement supportable par la population, il y a du crédit et, en conséquence, des pouvoirs excessifs conférés aux marchés financiers. L’autre est le rétentionisme : les entreprises retiennent une partie des bénéfices pour leur autofinancement et, avec tous les autres employeurs, retiennent une partie du salaire entier pour le bien de travailleurs réputés incapables de faire preuve d’assez de prévoyance. Le plein jeu des échanges marchands s’en trouve contrarié. Le plein-emploi en fait les frais.

La définition de la définition

La définition de la définition existe. Elle n’a rien d’une panacée. Son usage n’en est pas moins nécessaire en science économique.

Dans cette discipline, comme en toute chose, se pose la question de l’essentiel. Plus on y travaille dans la direction réhabilitée par Fabra, plus le choix se restreint. Les ersatz de définitions sont scientifiquement toxiques. Du coup, là où se trouve en politique économique l’essentiel devient de plus en plus brumeux. Sans, en premier lieu, de l’économie, du capital, du profit et du salaire strictement dits, la théorie économique devient un foyer d’enfumage de choix politiques.

Une pétition de principe en economie :

Une pétition de principe est la faute qui consiste à tenir pour acquis ce qu’il s’agit de démontrer. C’est, indique Le Robert historique de la langue française, la Logique de Port-Royal qui a traduit du latin cette expression pour désigner cette faute de raisonnement. En économie, les positions de principe qui reposent sur au moins une pétition de principe sont très courantes. Il faut à la théorie économique éviter ce paralogisme d’abord pour être scientifique.

La science économique n’est pas ...

La science économique n’est pas celle de la satisfaction des besoins des hommes. Elle est celle de la pratique des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges. De plus, elle est l’étude de ce qu’il y a normalement de plus objectif dans cette pratique.

Ne font pas partie des marchandises ...

Ne font pas partie des marchandises : le travail en tant que dépense d’énergie humaine, le savoir, les ressources naturelles et les monnaies ayant cours. Le nier expose aux dérives de l’économisme.

La division de l’ensemble des échanges marchands

La division de l’ensemble des échanges marchands en sous-ensembles homogènes évite un piège. Ce dernier consiste à se poser la question « d’où vient la valeur d’échange des choses » en supposant que la réponse puisse être la même pour tous les termes d’échange marchand.

Attribuer aux entreprises

Attribuer aux entreprises « capitalistes » le « but du maximum de profit » est toxique. Pour qu’il y ait ce maximum, il faut du bénéfice indûment tiré des poches des clients ou de la plupart des salariés. Il faut également des infractions à la concurrence loyale.

Ce qu’il est dans la pente naturelle de l’économie de marché de maximiser est à démontrer. Le postuler fausse la démonstration. Avoir répandu l’idée que « le but de l’entreprise est le maximum de profit » a conforté un autre préjugé : le plus possible de profits moyennant le moins possible de mises en capital et de salaires est dans le cours normal des choses.

La distribution obligatoire de tous les bénéfices

La distribution obligatoire de tous les bénéfices d’une entreprise est économiquement logique. Au cœur de l’économie se trouve, en effet, la pratique des échanges marchands.

Dans ces échanges, deux sont de base. Le travail et sa rémunération sont les termes de l’un. Le placement en capital strictement dit et sa rémunération par les bénéfices sont les termes de l’autre. Ces deux rémunérations sont exposées à faire l’objet de retenues qui les amoindrissent. Ce faisant, ces retenues amoindrissent les stimulations et les régulations que le plein jeu des échanges incombe à ces rémunérations. Le plein-emploi sans ce plein jeu est presque par définition une impossibilité.

Dépendance : les prodigues à la manoeuvre, Jacques Bichot

Hors d'un membre de phrase où M. Bichot n'émet pas de réserve sur l'emploi par les économistes, et de plus en plus d'autorités dont le magistère de l'Eglise catholique, de la notion de « capital humain » – Paul Fabra a été, à notre connaissance, l’un des premiers à la critiquer – , beaucoup de ce Décryptage est très remarquable, à commencer par la clarté du style fort adroitement mise au service de la saine vigueur du propos.

L'euro a besoin de l'Estonie, Paul Fabra

La rigueur estonienne, génératrice en temps normal de croissance forte et durable, montre à l'Europe la voie d'une possible gouvernance, alors que celle-ci est restée à l'état d'énigme décourageante.

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La France qui se bat contre sa désindustrialisation

Thierry Charles, directeur des affaires juridiques d’Allizé-Plasturgie, a cet été pris part à l’élaboration du Rapport sur le dispositif juridique concernant les relations interentreprises et la sous-traitance remise le 30 août dernier par Jean-Claude Volot au Ministre de l’Industrie et au Secrétariat d’Etat chargé des Petites et Moyennes Entreprises, Hervé Novelli.

Le 31 août, Usine Nouvelle en a informé ses lecteurs et mis à leur disposition, en fin de cet article titré Médiateur de la sous-traitance: des sanctions et une loi cadre, un lien qui donne accès à ce rapport. Les parties de ce rapport sur Les mauvaises pratiques (3.2, page 11) et La loi italienne de 1998 : un modèle ? (43.9, page 259) sont particulièrement instructifs.

Le 1erseptembre, Les Echos ont publié, de Thierry Charles, Sous-traitance : l’indispensable réforme.

M. Charles ne manquera pas de nous tenir informé des arbitrages gouvernementaux attendus pour la fin du moins d’octobre. Nous l’en remercions par avance. 

La conciliation de la rigueur et de la croissance, suite

Suite au bulletin 132

Mais un « soutien organisé aux entreprises », qu’est-ce à dire ? Les subventions et allègements de charges accordés aux entreprises participent à la dégradation des comptes publics !

Le mariage durable du « sérieux budgétaire avec l’expansion privée » passe par la satisfaction d’une condition sine qua non pour ce qui est de « l’expansion privée ». La proportion du stock français d’épargne placé directement en financement permanent des entreprises françaises, dont en premier lieu les petites et moyennes,  doit augmenter sensiblement. Là où, comme aux États-Unis, cette proportion est nettement plus grande qu’en France, la reprise s’annonce d’ores et déjà plus ferme.

Selon Éric Le Boucher, dans sa chronique Trop d’austérité (Les Echos du 11/6/10), le raisonnement qui établirait que la rigueur est bonne pour la croissance se résume ainsi : « les déficits alarment les ménages et les entreprises et les poussent à épargner, tandis qu’avec l’austérité les mêmes ménages et entreprises, dûment informés de ce qui les attend, vont continuer de consommer. » Cette argumentation est avancée en laissant entendre qu’après un « moment keynésien » pour enrayer la crise, une « heure ricardienne » serait en passe d’être ouverte.

Le financement de la dette publique, rendue exponentielle par l’accumulation de déficits, mobilise une partie croissante de l’épargne. Les entreprises s’en trouvent financées par relativement trop de crédits, dont celui qu’il est convenu d’appeler « fournisseurs », et trop peu de capital. On ne répétera jamais trop que leurs capacités à employer en contrats à durée indéterminée s’en trouve comprimée. L’épargne placée en obligations finançant principalement des dépenses publiques de fonctionnement soutient sensiblement moins la croissance que l’épargne placée en financement permanent d’entreprises.

La rigueur est bonne pour la croissance parce que, comme Ricardo a invité à en tenir compte, le prélèvement nécessaire au financement des dépenses publiques est égal, quand il y a déficit budgétaire, aux impôts augmentés des emprunts publics. C’est un fait certain alors que le raisonnement rapporté par Éric Le Boucher vise à ne pas sortir du postulat, repoussé par Ricardo quand il approuve Say sur la question des débouchés, de la primauté de la demande.

La rigueur est bonne pour la croissance parce que la réduction du poids des prélèvements obligatoires donne davantage de champ aux capacités industrieuses de la population. Ces capacités surabondent de carences et c’est pourquoi il faut des interventions publiques palliatives estiment les uns. Ces capacités sont un poumon naturel par rapport au poumon d’acier que les interventions publiques palliatives constituent estiment les autres. Des interventions publiques, il en faut mais c’est afin d’organiser le plein jeu des échanges marchands, dont en premier lieu ceux de ces échanges qui sont primaires : le travail contre sa rémunération par l’employeur et lui seul, le placement d’épargne dans les entreprises contre sa rémunération par les entreprises et par elles seules.

La conciliation de la rigueur et de la croissance est plus certaine si trois abolitions, soudaines ou progressives, font partie des réformes structurelles. L’imposition des bénéfices des entreprises est abandonnée. La distribution de la totalité des bénéfices des entreprises est instaurée. La fiction des cotisations patronales est supprimée.

Le fil conducteur du capital, Jean-Bernard Mattret

La livraison d’avril 2010 de la Revue Française de Finances Publiques comporte un compte-rendu de lecture par Jean-Bernard Mattret du dernier livre de Paul Fabra, Le capitalisme sans capital (coédité par Eyrolles et Les Echos, décembre 2009).

Paul Fabra développe une vision holiste de l’économie politique. Il efface la frontière entre microéconomie et macroéconomie. Il démontre que la financiarisation a mondialisé l’économie. L’endettement, public et privé, cause la crise économique. Le capital a décliné ou a disparu. 

Justement, dans l’œuvre de l’auteur peut-être le capital est-il le fil conducteur ? En 1974, l’Anticapitalisme dénonçait l’erreur de Karl Marx sur la notion de capital et livrait une histoire de la pensée économique d’Adam Smith à la fin des trente glorieuses. En 1998, Le diable et le chômage montrait comment la puissance publique causait la privation d’emploi[1].

En 2009, le capitalisme sans capital confirme le diagnostic sur le chômage. Une nouvelle fois, Paul Fabra avance la formule : « capitalisme avec capital = emplois ».  

Et pourtant, seulement, une définition fonctionnelle est proposée pour distinguer le capital des fonds empruntés. Il faut aller sur le site www.atelierpaulfabra.orgpour disposer d’une définition littérale du capital : « Convenons de n'appeler capitalque le financement à proprement parler permanent fourni directement à une entreprise de droit par un ou plusieurs épargnants. »

Au passage, on peut noter que le compte « capital » n’existe pas dans le secteur public.

Pour quelles raisons, le capital est-il une notion centrale? Car il crée l’emploi. Au demeurant, dans la mesure où les actifs d’une entreprise sont surévalués, seul l’emploi du capital peut apurer les « non-valeurs » qui figurent à l’actif du bilan. 

Or, Paul Fabra constate la disparition du capital et, plus généralement, des capitaux propres dans les entreprises, et, leur remplacement par la recherche du profit maximal dans le monde des entreprises en manipulant le capital, au moyen de l’effet de levier, ainsi que par la culture du déficit dans le secteur public et l’endettement. C’est ici que Paul Fabra livre des considérations sur le triple effet de levier :

- au niveau de l’entreprise. Ici, l’auteur montre que la recherche du profit maximum conduit les managers à racheter les actions de manière à réduire le capital. De la sorte, la rentabilité du capital correspondant au rapport entre les bénéfices et le capital peut être atteinte au prix d’un endettement accru ;

- au niveau de la monnaie. L’inconvertibilité du dollar en or rend possible la création monétaire, via la banque centrale américaine (Fed). La fixation de taux d’intérêt à court terme, proches de 0,  favorise le mouvement. The Economist du 7 janvier 2010 titre: ‘Once again, cheap money is driving up asset prices[2], une invitation à la réflexion sur la relation entre les taux d’intérêt et la surévaluation des actifs. Dans la même édition, le quotidien estime que les marchés financiers sont trop dépendants de stimuli gouvernementaux insoutenables[3] ;

- au niveau de la puissance publique. Paul Fabra envisage l’effet de levier du déficit. Au fond, il s’agit de l’effet multiplicateur de la dépense publique qui multiplie la dépense improductive; contrairement à l’espoir keynésien, elle n’entraîne aucun revenu supplémentaire. Au contraire, elle ampute l’épargne disponible. En définitive, la dépense publique possède un effet démultiplicateur[4] : elle appauvrit la nation.

En termes de finance publiques, les enseignements paraissent essentiels :

- l’effet d’éviction. Le financement de la dette publique absorbe une bonne partie de l’épargne qui pourrait se placer sous la forme d’actions. Conséquence : une remise en cause des politiques économiques qui laissent filer les déficits et la dette publique ;

- l’équivalence ricardienne entre l’impôt et l’emprunt. Paul Fabra rappelle que pour financer la dépense publique, l’emprunt comme l’impôt, conduisent à amputer, immédiatement, l’épargne disponible. 

 Pour sortir de la crise, l’auteur préconise la restauration de l’équilibre des comptes publics. En réalité, avec David Ricardo, il faudrait aller plus loin : « Aucun fonds d’amortissement ne peut être efficace pour réduire la dette, s’il ne provient pas de l’excédent du revenu public sur les dépenses publiques. Il est à déplorer que dans ce pays, le fonds d’amortissement ne soit qu’un mot ; car le revenu n’excède pas les dépenses. Les économies devraient être employées à ce pour quoi elles sont faites : à la création d’un fonds réellement efficace destiné au paiement de la dette. Si, quand éclatera la prochaine guerre, nous n’avons pas considérablement réduit notre dette, ou bien la guerre sera financée par des impôts alourdis d’année en année, ou bien, à la fin de la guerre, si ce n’est avant, la nation fera faillite. » 

Jean-Bernard Mattret

[1] Revue française de finances publiques n° 63, septembre 1998, chronique bibliographique, pp. 164 et 165.

[2] Le texte intégral de l’article figure sur le site Internet de The Economist, à l’adresse : http://www.economist.com/businessfinance/displaystory.cfm?story_id=15211520.

[3 ]Bubble warning. Le texte intégral de l’article est disponible sur le site Internet de The Economist, à l’adresse : http://www.economist.com/opinion/displaystory.cfm?story_id=15213157

[4] Paul Fabra. Le démultiplicateur. Voir chronique par Le Monde le 15 avril 1986. A rapprocher de l’article « Much ado about mltipliers » publié par The Economist le 24 septembre 2009 :

http://www.economist.com/businessfinance/economicsfocus/displaystory.cfm?story_id=E1_TQVDVPGT.

Par pragmatisme, ayez des principes ! Jacques Bichot

Sous ce titre, Jacques Bichot, économiste, professeur émérite de l’Université Lyon III, vice-président de l’Association des économistes catholiques, est l’auteur d’un remarquable Décryptage, y compris d'un point de vue strictement laïc. Cet article a été écrit en décembre 2009, deux à trois jours après la chronique de Paul Fabra qui l'a inspiré.

Premier paragraphe, intertitres, dernier paragraphe

« Un article de Paul Fabra dans Les Echos du 8 décembre, mérite toute notre attention. Il s’intitule : « Non à la culture du résultat ! » S’attaquer ainsi au pragmatisme dont se vantent si volontiers nos élites économiques et politiques requiert courage et clairvoyance. Mais comment soutenir une telle position en faveur des principes alors que la formidable croissance économique chinoise a démarré grâce au bon sens de quelques-uns de ses dirigeants, adeptes de la formule « peu importe que le chat soit blanc ou noir, pourvu qu’il attrape les souris » ?

Le pragmatisme, grand allié du dogmastime

Le pragmatisme en politique économique

« Mieux vaut donc nous appuyer sur des principes éprouvés, mûris au fil du temps, des succès et des échecs. En fait le « bon » pragmatisme, celui qui consiste à tenir soigneusement et honnêtement compte des faits, conduit à répudier le « mauvais » pragmatisme et à gouverner en suivant des principes. »
 

Accès à l'intégralité de l'article

http://www.libertepolitique.com/liberte-economique-et-solidarite/5727-pa

Pourquoi, en vue d'articuler une politique économique, s'appesantir sur le profit ?

(Pour renvoi à partir du bulletin 147)

Anticipons un peu deux bonnes nouvelles dont, dans le bulletin de l’Atelier, une assez prochaine série d’épisodes du feuilleton de science économique exposera les tenants et les aboutissants.

Première bonne nouvelle : une rétroaction provient de l’état de l’emploi E, passe par le profit P et, via le capital C, revient à l’emploi E. Seconde bonne nouvelle : il est réalisable de libérer cette rétroaction de ce qui l’entrave le plus et, partant, de substituer par paliers au traitement dit social du chômage une politique qui soit elle, en une génération au plus, créatrice d'autant d'emplois à durée indéterminée que la population en a besoin.

Mais – réponse à la question posée – beaucoup de ce progrès de toute première importance dépend d’une théorie du profit ouvrant la voie à une pratique économiquement plus pertinente de l’échange du placement en capital contre sa rémunération.

Plus vite nous nous ferons nombreux à comprendre, grâce à une conception mieux travaillée du profit et du capital, en quoi consiste un traitement efficace du manque d’emplois, moins tardera à émerger la prise de conscience collective que le plus important n’a pas été fait pour satisfaire l’aspiration économique socialement primordiale du corps social : assez d’emplois, une amélioration des conditions de travail et du pouvoir d’achat des salaires, pour ces derniers des écarts décents entre les plus bas et les plus hauts.

DM

Retour aux sources du capitalisme industriel, Thierry Charles

Le 15 janvier 2010, le ministre de l'industrie Christian Estrosi propose à Sofia Antipolis, lors de la clôture des Etats généraux de l'industrie, la création d'une « banque de l'industrie » qui pourrait contribuer à revigorer le capitalisme industriel : « Le capital qui a pour seule vocation de nourrir le capital mène droit dans le mur. Le capital doit être au service de l'économie réelle, de la production, des entreprises de l'industrie et des services, créatrices de valeur et d'emploi. Il est urgent de renouer avec le capitalisme industriel ».

Et tandis que la France en parle, que les Suisses font preuve de scepticismes (L’Agefi du 30 juin), les allemands agissent.

Le 28 juin 2010, l’Usine Nouvelle titrait : « Siemens va fonder sa propre banque ».Siemens veut ainsi offrir à ses propres clients un panel plus large de services, à la façon des constructeurs automobiles allemands. Pour Marc Langendorf, porte-parole de Siemens, il s'agit également« de soutenir davantage les clients du groupe dans leurs projets d'investissements, en aucun cas de faire concurrence aux banques traditionnelles. Nous ne proposerons pas de comptes aux particuliers. »

Autre raison invoquée par le conglomérat industriel, qui a déposé une demande de licence auprès de la BaFin, l'autorité allemande de régulation des services financiers, pour doter Siemens d'un établissement bancaire autonome et dont il serait l’actionnaire : « lors de crises, les difficultés éprouvées par les banques compliquent la vie des entreprises. Et Siemens ne veut pas confier ses liquidités, un pactole de neuf milliards d’euros, à n’importe qui ».[2]

Juste retour aux sources : les banques furent longtemps la propriété de groupes ou de familles industrielles avant d'être nationalisées (en France) et livrées à la dictature des marchés.

Alors qu'il devient de plus-en-plus évident que le système bancaire français (voire européen et/ou mondial) reste largement englué dans des concepts d'avant crise, une voie volontariste pourrait se dessiner, dans un cadre fédéré autour des intérêts communs de branches industrielles qui prendraient leur autonomie pour financer leurs différentes activités.

Utopie, Fantasme ? Qu’importe, car il y a bien urgence avant de ne plus avoir la capacité (ou l’envie ?) de financer notre industrie (les banques étant contraintes d'augmenter leurs capitaux propres, en conséquence leurs capacités de prêts se tendent) et à terme de ne plus avoir d’industrie du tout… à financer.

La concentration du monde bancaire depuis plus de 20 ans est extrêmement préjudiciable et contraire aux intérêts des entreprises industrielles.

Le 15 janvier 2010, le journal La Tribune rappelait que « la dernière création d'un grand établissement bancaire en France (ex nihilo et hors banque Internet) remonte à 1917, avec les Banques Populaires créées pour pallier déjà à l’époque les insuffisances des banques ».

S’il s’agit d’un petit événement en Allemagne, où il existe une certaine tradition en la matière[3], le sujet déconcerte encore en France, même si des projets de banques opérées par de grandes entreprises sont en gestation comme un peu partour en Europe.

En effet, de grands noms de l'industrie, associés à de plus petites entreprises, de nationalités différentes (françaises, britanniques, irlandaises, suisses et américianes, etc.), ont annoncé leur intention de créer une « coopérative bancaire », gérée par et pour les entreprises qui en seront les copropriétaires. Celles-ci pourront, en échange de l'apport d'une quote-part de capital réglementaire à la banque, obtenir d'elles des crédits(à noter que selon ses instigateurs la coopérative « n'a pas vocation à se substituer à l'offre bancaire, mais bien à la compléter »).

Le projet baptisé CFA (Corporate Funding Association), doit encore obtenir les feux verts réglementaires pour un lancement prévu fin 2010[4]. Reste que selon l’Association Française des Trésoriers d’Entreprise (AFTE) « ce projet est réservé, par construction, aux grandes entreprises notées », aussi l’association souhaite examiner« comment ce projet pourrait proposer des solutions de financement aux entreprises de taille plus modeste ».

Il faut d’urgence réfléchir à de nouveaux outils de financement pour nos PME industrielles à l’échelon européen. Et si en la matière, on n’était jamais mieux servi que par soi-même ?

Thierry CHARLES [1]

 


[1] Docteur en droit / Directeur des Affaires Juridiques d’Allizé-Plasturgie / Membre du Comité des Relations Inter-industrielles de Sous-Traitance (CORIST) au sein de la Fédération de la Plasturgie et du Centre National de la Sous-Traitance (CENAST) t.charles@allize-plasturgie.com

[2] A lire sur http://www.usinenouvelle.com/article/siemens-va-fonder-sa-propre-banque.N134824?xtor=EPR-169#envoieArticleReaction. L’article précise que« la crise financière mondiale qui a ébranlé l’ensemble de la sphère industrielle semble avoir incité les dirigeants de ce conglomérat allemand à se lancer dans l'industrie du crédit. L’un des directeurs de Siemens, Joe Käser, n’a pas fait mystère d’un certain désenchantement vis-à-vis du système bancaire conventionnel: «Dans la situation actuelle, on peut souffrir des conséquences des difficultés éprouvées par les banques dans une situation de crise.»

[3] Il existerait une quarantaine d’adhérents à l’Association des Banques privées allemandes, sur les 230 que compte celle-ci, issus d’un conglomérat industriel.

[4] Voir l'interview du projet CFA dans CFO-news : http://www.cfo-news.com/Le-projet-CFA-des-entreprises-creent-leur-banque_a13174.html

Réforme de la sous-traitance : Thierry Charles nous tient informés

Le 8 octobre 2010

* Sous-traitance : pourquoi est-il nécessaire de préparer un nouveau texte de
loi ? Par Thierry Charles, Docteur en droit * A l'occasion de l'audition de
Jean-Claude Volot, médiateur des relations interentreprises industrielles et de
la sous-traitance, le 29 septembre 2010, devant la Commission des affaires
économiques de l'Assemblée Nationale, les débats ont porté sur la nécessité ou
non de faire évoluer la législation sur la sous-traitance laissée en jachère
depuis la loi du 31 décembre 1975. Les tenants du statu quo, avec pour porte
parole Catherine Vautrin, par ailleurs présidente de la Commission d'Examen
(...) : http://www.village-justice.com/articles/traitance-pourquoi-necessaire,8894.html

Le 4 novembre 2010, entretien publié dans le n° 286 de Lexbase Hebdo, en fichier attaché ci-dessous (PDF).

Le 24 novembre 2010, intervention dans une conférence organisée par le Ministère des Finances et la CGPME :

http://www.institut.minefi.gouv.fr/sections/igpde/actu/soustraitance/view

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Lexbase Hebdo 226.pdf41.49 Ko

Réponse de Jacques Bichot

À l'attention de Dominique Michaut et Antoine Lonjon

Tout d'abord je vous prie de bien vouloir excuser une réponse si tardive. Le travail intense que j'ai cru devoir fournir (en vain, sauf l'article 16) durant la période de préparation puis de discussion au Parlement de la loi retraites a provoqué la mise au frigidaire de beaucoup de messages qui m'étaient adressés. L'intérêt que je porte aux idées de Paul Fabra depuis la lecture de  "L'anticapitalisme" il y a 3 douzaines d'années, à l'époque où je passais des maths à l'économie, a peut-être d'ailleurs contribué à ce retard, car il me semblait que ma réponse à votre courriel ne pourrait être que l'entrée dans un dialogue assez approfondi, que je ne pouvais matériellement assumer alors. Et de fait, la lecture de votre commentaire de Caritas in veritate, plus la référence que vous faites à Raymond Boudon, pour la perspicacité duquel j'ai une révérence toute particulière, me conduisent à vous dire que je souhaite vivement vous rencontrer, si vous le voulez bien, pour entamer un échange que je prévois intéressant et fructueux.

Sans aller bien loin dans ce message, je dirai du moins que les réserves dont vous faites part concernant une dévalorisation de l'échange liée à la magnification du don rejoignent une de mes préoccupations majeures. Mes travaux relatifs à la protection sociale consistent pour l'essentiel à montrer que l'échange y joue de facto un rôle primordial, et que sa négation par un système politico-juridique qui privilégie la justice distributive par rapport à la justice commutative est peu respectueuse de la dignité humaine. La doctrine sociale de l'Eglise est en train d'évoluer sur ce point et l'encyclique que vous avez analysée encourage à mon avis les économistes croyants à participer à cette évolution, qui correspond tout simplement à une meilleure compréhension de la réalité.

(...)

Cordialement, Jacques Bichot

________________

Note du secrétariat de l'Atelier : Les références faites sur notre site à l'oeuvre de l'épistémologue et sociologue Raymond Boudon se trouvent en tapant dans le champ Chercher dans ce site ce nom (sans ou avec le prénom) puis, bien entendu, en appuyant sur la touche [Entrée] du clavier de l'ordinateur ou en cliquant sur le bouton Recherche
 

Si on revenait vraiment au capitalisme... Paul Fabra

Si on revenait vraiment au capitalisme...

Critique de "Revenir au capitalisme... pour éviter les crises" par Pascal Salin.

Publié dans Les Echos le 18/03/2010 dans la rubrique Economie & Société.


Tout à fait d’accord avec le programme de Pascal Salin - revenir au vrai capitalisme- mais j'estime qu’il faut pousser plus loin la critique.

Pascal Salin est animé par une très belle conviction. Et cette conviction s’appuie sur une idée juste, la seule, osons l’écrire, qui mériterait considération aux yeux de nos gouvernants si leur politique était, non pas de sauver le système (ils n’en imaginent pas d’autres) en renflouant les banques et les grosses entreprises en faillite, mais de remettre debout l’économie qui marche sur la tête. Le professeur de Dauphine ne laisse planer aucune ambiguïté sur le contenu qu’il convient de donner à cette idée de « retour au capitalisme » exprimée dans le titre de son nouvel ouvrage.

Ce n’est ni en créant ex nihilo des liquidités et en abaissant les taux d’intérêts, ni en augmentant les dépenses publiques et en creusant le déficit budgétaire qu’on réamorce la pompe. Le moteur de l’activité économique n’est pas la consommation ; il s’appelle l’épargne (ce qui suppose qu’elle ne soit pas absorbée par les émissions du Trésor). Il n’est pas non plus l’endettement (fût-il déguisé en emprunt pour la modernisation) mais le capital nouveau, les fonds propres, lequel, ne peut provenir, directement ou indirectement, que d’une source unique : précisément l’épargne des ménages. Bref, le capitalisme sans capital (1), ça nemarche pas. Que grâce soit rendu à l’universitaire émérite de rappeler ces vérités trop simples et, comme telles, suprêmement « incorrectes » aujourd’hui encore malgré le vertige de l’effondrement total par lequel on vient de passer sous le nom de « crise ».

Cependant, il ne suffit pas d’affirmer haut et fort, ce que se contente en réalité de faire Salin, que la voie du salut, ce serait une épargne abondante fournissant le carburant aux PME, selon les circonstances, soit sous la forme de fonds placés en capital, soit par l’entremise d’une banque ou de tout autre intermédiaire sous la forme de prêt. La première solution est conforme à la logique de la propriété conférant à l’actionnaire un pouvoir de décision, logique à laquelle Salin, et il a mille fois raison, s’emploie à donner son maximum de résonance. Mais dans les économies capitalistes d’aujourd’hui, le cordon ombilical reliant l’entreprise à sa mère nourricière, l’épargne individualisée, n’existe pour ainsi dire pas si ce n’est dans le cadre de capitalisme familial. De cette absence de lien, Salin ne parle pas. La consternante réalité est pourtant bien la suivante : le candidat investisseur n’a aucun mal à se trouver pratiquement en prise directe avec le grand Emetteur qu’est l’Etat. Il lui suffit de souscrire à un contrat d’assurance-vie dans la version dite « en euros » (entièrement placée en titres de la dette publique). Mais vient-il à songer, ce qui devrait être par excellence son rôle d’épargnant, à participer directement en tant qu’actionnaire au capital d’une PME, il ne saura littéralement pas à qui s’adresser. On vient d’en faire la triste expérience avec la soi-disant faculté donnée aux assujettis à l’ISF d’échapper partiellement à l’impôt en investissant dans le capital risque en faveur des PME. Une multitude d’officines se présentent à lui pour lui en offrir la possibilité à travers des contrats plus opaques les uns que les autres. Le trait commun en est le suivant : pratiquement donner pendant plusieurs années au gestionnaire l’entière disposition des fonds à lui confiés.

Moralité : on ne sort pas si facilement du capitalisme velléitaire, dans un monde plus que jamais dominé par les grandes banques d’investissement. Ces dernières ne vivent que des innombrables combinaisons et « montages », destinés à remplir la fonction normalement dévolue au capital. A leurs yeux, les fonds propres sont une denrée si rare et si précieuse qu’elles s’en réservent l’usage exclusif afin d’en faire un puissant « levier » pour lever, à leur profit et à ceux de leurs clients, la masse des fonds d’empruntés. Dans l’économie financiarisée, où Salin voit un progrès (Enron était l’auteur de 400 innovations financières), le facteur acharné à évincer un capitalisme franc et ouvert de propriétaires facilement identifiables n’est autre que la panoplie foisonnante des techniques du « tout-marché ».

Pour Salin, la crise a révélé la justesse des thèses développée par « l’école autrichienne » et notamment par Friedrich Von Hayek dans un conférence prononcée en 1931 devant la London School of Economics et selon laquelle les dérèglements du crédit donnent naissance, dans l’industrie, à des déséquilibres sectoriels qui expliqueraient pourquoi une crise financière dégénère nécessairement en crise économique. Cette conférence avait soulevé l’enthousiasme de la London School, professeurs et étudiants confondus. Cinq ans plus tard, ils furent pareillement émerveillés par un autre conférencier : John Maynard Keynes. Le scrupuleux R.H. Coase (Prix Nobel) devait plus tard déclarer : « A une théorie incompréhensible devait succéder une autre théorie incompréhensible ».

Pour justifier sa foi dans l’autorégulation des marchés, constamment réaffirmée dans son livre, Salin s’appuie sur la (trop) fameuse loi de l’offre et de la demande, mise en selle précisément par la première école autrichienne à la fin du 19ème siècle. On étonnera plus d’un lecteur en rappelant ceci : Ce qui fait l’originalité et, à notre avis, la force incomparable de la grande école anglaise (Ricardo) c’est d’avoir dénié le caractère de loi au mécanisme de l’offre et de la demande. Pour elle, il n’existe qu’une seule catégorie de marchés régulés par le jeu de la concurrence : les marchés des biens reproductibles à volonté par le travail de l’homme. Sur ces marchés, à condition que l’autorité publique veille à empêcher la constitution de monopoles, les prix tendent à graviter autour du coût de revient des marchandises offertes plus le taux normal de profit du marché. Mais Salin a beaucoup de mal à imaginer un rôle quelconque dévolu à l’Etat en matière économique. Et il trouve plus de bon que de mauvais dans les cartels.

L’ancien professeur de Dauphine a tout fait raison de souligner l’irresponsabilité des Banques centrales, à commencer par la Fed dont la politique monétaire est à l’origine de la création arbitraire de liquidités et de l’excessive volatilité des marchés. Mais la théorie autrichienne ne le met pas à l’abri des arguments pseudo-scientifiques d’un Ben Bernanke. A propos du déséquilibre permanent de la balance des paiements américaine, il va jusqu’à écrire : « Tout va (donc) pour le mieux dans le monde, puisqu’il y a tout simplement un processus de spécialisation, ceux qui ont un fort taux d’épargne (la Chine…) prêtant à ceux (les Etats-Unis) qui ont la capacité à utiliser efficacement les ressources d’épargne du fait de leur aptitude à innover …. ». Ce genre de raisonnement pourrait se justifier si ces phénomènes étaient à la fois spontanés et soumis à une règle d’honnêteté élémentaire (garantissant la valeur des monnaies). Sur le marché des changes dits libres (parce que « affranchis » de toute convertibilité en un étalon) le « cours d’équilibre » est un produit de l’imagination. La Chine achète massivement des dollars pour barrer la route au processus japonais des deux dernières décennies (la déflation occasionnée par un yen surévalué). Une partie de l’épargne chinoise est une épargne forcée….

Paul FABRA

(1) Qu’on me permette de citer à ce propos l’ouvrage publié par les Echos et par Eyrolles sous ma signature « Le capitalisme sans capital », composé d’une sélection (117) des chroniques que j’ai écrites pour ce journal aux cours des dix dernières années et précédées d’une préface d’Henri Gibier (reprise dans les Echos du 5 décembre sous le titre « Fabra nous avait prévenus ») ainsi que l’un long Prologue.

"Revenir au capitalisme... pour éviter les crises"
par Pascal Salin
Odile Jacob 256 pages 24 euros

 

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Un État peut-il faire faillite ? La réponse de Jean-Bernard Mattret

Jean-Bernard Mattret, docteur en droit et en gestion non seulement haut fonctionnaire de l'Administration des finances mais aussi sociétaire et membre du secrétarait de l'Atelier, a donné à La Revue Française de Finances Publiques, numéro 112 (novembre 2010), une étude répondant à la question que son titre pose.

Cette étude se trouve ci-dessous, au format PDF, en fichier attaché.

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2011

Articles 2011 par ordre alphabétique de leur titre (la date de parution se trouve généralement dans l'url de l'article, sous la forme AAAA-MM-JJ ou AAAAMMJJ)

2010 : États et marchés financiers aux prises, Roland Verhille

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35 ou 39 heures, 60 ou 62 ans, même archaïsme, Jacques Bichot

Décryptage paru le 7 janvier 2011 dans Liberté politique.

Brève histoire de la comptabilité, Roland Verhille

La comptabilité, cinq fois millénaire, est pourtant encore bien mal comprise, au point qu’elle rebute le plus grand nombre. C’est pourtant l’une des grandes œuvres de l’humanité produite par son ingéniosité.

L’humain a compté depuis les temps les plus reculés. Les traces écrites certaines de ses premiers comptes remontent au temps des Sumériens. Leurs scribes écrivaient par imprégnation sur de l’argile ensuite séchée. Ce fût d’abord  au plus tard  3500 Av. J.-C. au moyen de bulles d’argile enfermant des calculi dénombrant des objets inventoriés, à la surface desquelles bien vite, pour éviter d’avoir à la briser pour en connaître le compte, étaient écrits une représentation des calculi. Leurs formes différaient selon le nombre qu’ils représentaient. Bien vite, les bulles ont été remplacées par des plaquettes d’argile plus commodes. Bien vite encore, l’écriture des nombres a été complétée par celle de mots exprimant ce qui était compté, ce pour quoi l’écriture des mots a été inventée. C’est ensuite seulement que ces mots générant progressivement tout un vocabulaire ont été employés à l’écriture de phrases, de légendes, de correspondances royales.

À partir de ce moment, les progrès se sont rapidement succédés chez les Sumériens, tant dans l’invention de l’écriture du vocabulaire que dans la tenue de comptabilités allant au-delà du simple enregistrement d’un inventaire.

La représentation matérielle des nombres en est probablement antérieure, sans que les Sumériens aient d’emblée accédé à la notion  de nombre, abstraction produit d’une construction intellectuelle. Des calculi de forme identique pouvaient représenter des nombres différents selon la nature des objets comptés. C’est qu’existaient concurremment des systèmes numériques différents selon les choses comptées. Un peu comme de nos jours encore le système décimal généralisé laisse place à un système sexagésimal pour décomposer les heures en minutes et en secondes. C’est seulement peu avant 2000 Av. J.-C. qu’ont été unifiées les notations chiffrées en un seul système, mixte décimal et sexagésimal, ce qui dénote l’accession à la notion de nombre. On ne comprend pas encore pourquoi les Sumériens ont inventé et employé des manières de compter aussi compliquées.

De l’enregistrement d’inventaires, les Sumériens sont vite parvenus, dès avant 3000 Av. J.-C., à consigner des calculs de productivité : deux tablettes enregistrent, l’une, la quantité de diverses sortes de bières livrée à plusieurs personnes distinctes identifiées ; l’autre calcule la quantité d’orge et de malt qu’ont nécessité ces livraisons de bières. Une tablette de peu antérieure à 2000 Av. J.-C. établit sûrement l’existence de comptabilités complètes utilisées pour le contrôle de productivité : elle récapitule les données annuelles relatives à une équipe de 36 femmes, dont une décédée en cours d’année, travaillant à moudre du grain sous la conduite d’un contremaître. Le décompte des quantités de céréales différentes travaillées converties en quantité d’orge, le décompte du nombre de journées de travail, et des quantités de farines produit du travail converties en quantité d’orge sont méticuleusement enregistrés. Un rapprochement avec « la norme » dégage l’écart, un déficit de quantité d’orge et un déficit de nombre de jours de travail dans le cas particulier. Cela suppose la tenue de comptes journaliers annuellement récapitulés. On relèvera qu’en l’absence de monnaie à l’époque, il y a conversion des matières distinctes en une unité de commune mesure, celle de l’orge.

Une autre tablette présentant un compte d’habillement et de laine daté de 1887 Av. J.- C. commence à présenter beaucoup des éléments d’un véritable compte le distinguant d’un inventaire : Quantité de vêtements existante en début de période, puis dénombrement de quantités de tissus de laine et des vêtement venant successivement s’ajouter aux premières inscriptions, la somme des inscriptions, le nombre de vêtements accompagné de leur poids se déduisant du total précédant, le calcul du « reste » en vêtements tissés, et en chacune des sortes de laine, la mention « compte du poids des vêtements de Ur-e-e (dénomination du compte), enfin la date.

Égyptiens, Grecs et Romains ont pratiqué l’art comptable. L’invention en Lydie vers 680 Av. J.-C. de la monnaie par Crésus a permis à la comptabilité de franchir une nouvelle étape de son évolution : la tenue de comptes en monnaie. Puis la pratique comptable semble avoir été perdue durant les grandes invasions. Elle est réinventée en Europe au redémarrage de l’économie peu avant l’an mil. Elle l’est d’abord sous la forme de mémoriaux retraçant dans leur ordre chronologique la succession des opérations enregistrées. Le plus ancien mémorial parvenu jusqu’à nous date de 1211, c’est le fragment d’un livre de banquier de Bologne. De même, sont connus des extraits d’un livre d’une exploitation agricole d’Italie dont les écritures datent de la période de 1241 à 1272. Tous ces mémoriaux ne portent que sur des opérations faites à crédit. A noter le handicap du système de numération romain se prêtant mal aux opérations arithmétiques.

Les moines-soldats « Templiers » tenaient certainement des comptes très élaborés à l’occasion de leurs opérations financières. Ceux qui ont ravagé leurs archives nous ont laissé seulement un « journal caisse » de 1295/1296 ainsi que la « balance des comptes » du Trésor royal français de 1286 à 1295. Toutes les opérations étaient enregistrées au jour le jour au fur et à mesure et dans l’ordre dans lequel elles se produisaient. Elles étaient reportées dans des comptes à raison d’un compte par personne. Le journal abandonne le style narratif des mémoriaux, le texte y étant très concis : Date, nom du templier comptable, identité de la personne ayant remis des fonds, montant de l’opération, identité du bénéficiaire pour lequel les fonds ont été reçus, référence au livre des comptes où l’opération est reportée.

L’innovation majeure en comptabilité a été celle de la « partie double », probablement vers la fin des années 1200. De tout temps, elle a été dite « à la mode vénitienne », mais hélas aucune archive de commerçant vénitien ne nous est parvenue. Les plus anciens témoins connus sont les livres des Massari, grande entreprise de Gênes assumant les fonctions de trésorier public de la ville. Ils ont été tenus en véritable « partie double » (« ad modum banchi », selon le procédé des banquiers) suite à la réorganisation de l’entreprise intervenue en conséquence de la découverte de fraudes et malversations (1327). Cette méthode de la partie double s’est progressivement imposée partout en pratique.

Œuvre de praticiens, la comptabilité a donné naissance depuis l’invention de l’imprimerie à d’innombrables ouvrages tendant soit à en promouvoir une forme particulière de tenue, soit à en expliquer la pratique. Le premier livre jamais imprimé a été celui du moine urbanisé Luca Pacioli à Venise en 1494 où il a introduit dans son traité de mathématiques de 600 pages une section consacrée à la comptabilité couvrant 26 pages mêlant explications d’ordre didactiques et pieuses recommandations. Par la suite, la « pensée comptable » s’est bornée à la recherche des différentes catégories de comptes, mais aussi et curieusement à la recherche de l’objet de la comptabilité (que comptent les comptables ?). Paciolo en faisait le compte de sa fortune. Beaucoup ont énoncé, seulement en l’affirmant et sans démonstration, que la comptabilité opère l’inventaire de son patrimoine. Pierre Garnier a brillamment formulé l’idée que « la comptabilité, c’est l’algèbre du droit ». Le plus modeste d’entre tous, l’Allemand Émile Schmalenbach, a lui élaboré une démonstration technique tendant à prouver que la comptabilité décompte le résultat des opérations de l’entreprise, le bilan n’en étant que le résidu de ce calcul. Hors ce dernier, toute cette littérature affirme sans démontrer sans donc faire œuvre scientifique, celle de la science de la connaissance.

La comptabilité ainsi couverte par l’obscurantisme en vient à être détournée de son cours normal par les « normalisateurs comptables » sévissant depuis le début des années 1930. Ils prétendent en imposer la méthodologie, et y parviennent, sans comprendre cette pratique. Ils tentent sans succès d’énoncer ses principes sur le fondement desquels en établir les normes dans un « cadre conceptuel comptable » (Framework). Ils en restent à l’idée de « comptabilité patrimoniale » déjà présentée par le moine Luca Pacioli. En conséquence, ils en sont venus à soutenir que les éléments de l’actif et du passif devaient être valorisés à leur valeur de marché (« Juste valeur »). Pourtant, il est évident que l’industriel n’est pas le moins du monde préoccupé par la valeur marchande de ses locaux, de ses machines, etc. Il se soucie seulement de récupérer au travers du prix de vente de ses produits tout ce qu’il a dépensé pour acquérir les éléments de son bilan, ce qui fonde la méthode comptable dite des coûts historiques. Pour les normalisateurs, foin des scandales du type Enron début des années 2000, foin des effets de la crise financière de 2008-2010 sur les bilans en valeur de marché, leur religion de la valeur de marché ne saurait être reniée.

Ainsi donc, cinq millénaires de progrès de la technique comptable laissent encore place au besoin inassouvi de la comprendre, à l’élaboration d’un travail scientifique propre à y parvenir, à la présentation d’une solide théorie de la comptabilité éclairant pertinemment les pratiques comptables ancestrales désormais polluées par les normes comptables.

C'est trop bon pour n'être publié que sur le site, Lucien Contrepoint

Lucien Contrepoint, LC, est le pseudonyme d’un docteur ès sciences économiques, ancien élève de l’Éna, élu de haut rang en hiérarchie politicienne, sociétaire de l’Atelier. Le texte suivant est l’un de ceux par lesquels LC fait état du pourquoi de son recours à un pseudonyme. S'il trouve le temps de fournir durablement ce qu'il annonce, la vitalité de l'Atelier et la qualité de ce que son site donne à étudier progresseront nettement. DM

La lecture du chapitre sur la répartition m’a d’abord déboussolé, c’est le moins que je puisse en dire. Mais le choc était trop grand pour qu’il soit honorable de m’en tenir là. Je l’ai relu, à plusieurs reprises, tout en revenant plus d’une fois sur le chapitre précédent, relatif à l’emploi, puis ici et là sur les deux précédents, qui ont pour sujets le capital et le profit

Le verdict, qui pour l’heure hélas n’engage que moi à ce que je crois comprendre, est : excellent ! Je veux cependant éviter autant que faire se peut d’en dire ici et maintenant davantage, par peur que ce davantage fasse passer mon appréciation pour insignifiante à force de paraître excessive. Particulièrement du chapitre sur la répartition, je vais en relire comme on reboit d’un vin exceptionnel.

Je dois indiquer que pour instruire mon jugement, je me suis à plusieurs reprises entretenu longuement par téléphone avec Dominique Michaut. Il m’a notamment exposé en détail ce qu’il a chevillé, « mais ce n’est encore qu’en l’état d’un brouillon » dit-il, sur le salaire et l’intérêt. Et arrivé là, je ne peux pas retenir une expression de l’enthousiasme qui est maintenant le mien : c’est époustouflant d’évidences, c’est d’une importance politique – sociale, de civilisation – de très grande magnitude.

Il y a tout lieu de s’attendre à ce que le chapitre sur le salaire soit, sur le fond et en sa forme, aussi réussi que ses deux précédents sur l’emploi, qui m’a impressionné, et sur la répartition, qui m’a très impressionné. C’est pourquoi, quand le moment sera venu, ainsi que Michaut et Lonjon le disent, « de monter sur le site » les argumentations des Propositions premières de science économique sur l’intérêt, avant les suivantes sur la monnaie puis les prix de vente des entreprises…

… je conseille vivement que dès ce moment :

1/ les chapitres 7, 8 et 9 soient rassemblés dans un ouvrage sobrement titré Théorie de l’emploi, de la répartition et du salaire en économie politique objective – et malicieusement sous-titré « Réplique à la Théorie générale de Keynes » ?

2/ Paul Fabra écrive l’introduction de cet ouvrage, de manière telle qu’il lui soit possible d’en tirer facilement de l’article court mais de fond à faire passer dans la presse française où il garde à coup sûr de bonnes introductions ;

3/ de chercher et trouver, en exhibant non seulement le tapuscrit mais aussi la liste des gens de presse que Fabra est susceptible d’approcher pour faire passer de l’article sur cet ouvrage, un éditeur ayant grand pignon sur rue et acceptant au moins, cela l'exposerait à un remarquablement faible risque financier, une parution en livre électronique lisible sur ordinateur et tablette de lecture sur papier à encrage lui-même électronique (ô Gutenberg… !) ;

4/ Lonjon et Michaut écrivent, pour cet ouvrage, un bref avertissement renseignant le lecteur sur le lien qu’il y a entre ce volume et le site de l’Atelier, notamment à raison de l’indexation à disposition sur le site et des consultations à faire au même endroit, accessible sans bourse délier à qui dispose d’une connexion internet, pour voir comment cette théorie de l’emploi, de la répartition et du salaire s’insère dans une suite, portant sur l’économie (globalement considérée), la marchandise, l’entreprise, le capital, le profit, l’intérêt, la monnaie, les prix (de vente des entreprises) – par antiphrase : excusez du peu !

De mon côté, je vais dès les jours prochains retrousser les manches.

Ce sera d’abord pour continuer à faire passer à Michaut des indications de correcteur ainsi que de lecteur faisant la chasse aux ruptures de « rapport de la forme au fond » dont Paul Valéry, Michaut me l’a appris, a fort remarquablement signalé la constance dans un bon ouvrage de mathématique et par conséquent, à cause de la rigueur commune, dans un bon traité d’économie politique objective – d’EPO comme on dit à l’Atelier [ce signalement de Valéry se trouve dans son compte-rendu de lecture de Walras, DM]. Une constance, soit dit au passage, qui est l’une des caractéristiques d’un bon texte de loi et en bonne spécification de norme ; ce que Fabra, m’a rapporté Michaut, appelle justement « la bonne distance de l’auteur à son ouvrage ».

Le ton des dialogues dont il est ci-dessous question sera humoristique. Pendant tout le temps où ce sera assez suggestif, les interlocuteurs seront François F. et son chef Nicolas S.

Car, pour ce qui est de retrousser les manches, ce sera également en prenant part, de temps à autre, à la rédaction non seulement du bulletin dodécadaire mais aussi, plus continument, de dialogues de politique fiction qui, je l’espère et en tout cas je vais m’y efforcer, vont contribuer à rendre plus attrayante la didactique de la théorie économique remise d’aplomb.

Le débarquement sur la place publique de cette théorie renouvelée de la cave au grenier, débarquement qui est indispensable pour commencer à devenir politiquement exploitable (d’où le pseudo qui me sert de masque de fer car pour l’instant et sans doute pour longtemps encore je ruine ma carrière si je n’en use pas) ; ce débarquement, ai-je commencé à dire, ne se produira malheureusement peut être que dans des dizaines et des dizaines d’années, que très lentement de moins en moins marginalement (ce qui est un comble pour ce qu'il véhicule d'opposé au marginalisme... ! ). Mais dans les jugements les plus vilains de Keynes, il y a que « mieux vaudrait que l’avenir soit connu » – passons… – et qu’ « à long terme nous serons tous morts » – ne passons pas : c’est une question d’honneur.

Avec Michaut et bien d’autres dont probablement Fabra, j’adore ce trait d’esprit qui a été l’une des plus pertinentes conclusions de mai 1968. Au chaud des événements, il a été écrit sur un mur d’un amphi de la Sorbonne : « Dieu est mort. / Signé Nietzche ». L’ambiance étant redevenue moins torride, du bon sens plein d’humour a recouvré son droit d’expression en faisant suivre cette inscription par cette autre : « Nietzche est mort. / Signé Dieu ». En l’occurrence et au présent, c’est tout un réseau de courants de pensée économique, répandus dans toutes les factions électorales et syndicales à tous les étages de leurs appareils, qui est à envoyer aux archives de l’histoire des idées sociales et des pratiques politiques en le remplaçant par un autre courant scientifiquement et moralement de bien meilleur aloi. Il pourra y falloir encore beaucoup, beaucoup de temps et une faramineuse quantité d’abnégations individuelles et de travail, en français et en d’autres langues.

Je vous encourage très chaleureusement à tenir le cap, président et secrétaires de l’Atelier d'EPO, né pour ce qui est de l'Atelier et renée pour ce qui est de l'EPO en France et en français !

LC, 4 mars 2011

Crise de la zone Euro : le coupable c'est la dette en soi, Jacques de Lauzun

Décryptage paru le 7 janvier 2011 dans Liberté politique.

De l'immobilier vendu comme un produit financier, Paul Fabra

En France, on est monté de plusieurs crans dans l’évolution vers un marché où les logements neufs sont dans la proportion des deux tiers environ vendus comme des produits financiers.

 Accès au corps de cet article de Paul Fabra paru dans les Echos du 7 janvier 2011.

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Dialogues de politique-fiction

Lucien Contrepoint, LC, est le pseudonyme d’un docteur ès sciences économiques, ancien élève de l’Éna, élu politique d'importance sur la scène nationale et membre de l'Atelier Paul Fabra.  LC fait état du pourquoi de son recours à un pseudonyme dans un article de la revue d'économie politique tout en précisant la finalité ainsi que la nature des dialogues de politique fiction:

"L'objectif est de rendre plus attrayante la didactique de la théorie économique remise d’aplomb. La lecture du chapitre sur la répartition m’a en effet déboussolé, c’est le moins que je puisse en dire. Mais le choc était trop grand pour qu’il soit honorable de m’en tenir là. Les dialogues ont donc vocation, sous une forme humoristique, à faire partager le formidable potentiel de changement qu'apporte l'économie politique objective.  Pendant tout le temps où ce sera assez suggestif, les interlocuteurs seront François F. et son chef Nicolas S. Ils vous attendent dès le premier épisode ..."

 

Aa - Nicolas S. et François F. entrent en scène

Lucien Contrepoint, © Atelier Paul Fabra, 10ième semaine de 2011

Premier dialogue de politique fiction

Nicolas — C’est quoi ce truc que tu as en main ?

François — Une tablette à écran tactile connectée sur internet. Elle va me servir d’aide-mémoire pour sortir des sentiers battus sur la première question à l’ordre du jour de notre entretien.

Nicolas — La question qui nous turlupine le plus : comment améliorer mon score de 2012 ?

François — Même entre nous, tu peux aussi te demander : que trouver de vraiment neuf qui fasse substantiellement du bien aux Français ?

Nicolas — Et qui prenne à revers nos adversaires sur le champ de bataille électorale ! En tant que candidat, je suis avant tout un stratège de la politicaillerie.

François, qui n’en pense pas moins sur cette courte vue, tout en effleurant l’écran de la tablette qu’il a en main — Tu vas monter sur le bureau… Tu vas me dire qu’une fois de plus je t’invite à manger ton chapeau…

Nicolas — Vas-y toujours, je suis en dedans moins obtus et teigneux que la rumeur médiatique le propage, tu le sais bien.

François — Je lis : « La distribution de la totalité des bénéfices des entreprises est sensée ».

Nicolas — La distribution à qui ?

François — Aux salariés d’une part, aux propriétaires d’autre part.

Nicolas, tenté de perdre son calme — Le partage des profits nets d’impôt en trois tiers égaux…

François — Des tiers, il n’y en a forcément que trois...

Nicolas — Oui… bon… ne pinaille pas ! Le partage des profits nets en tiers égaux, l’un pour les salariés, l’autre pour les actionnaires, le troisième pour l’entreprise afin de financer de l’investissement, c’est une position équilibrée. Je sens que la majorité des Français l’approuve. Il y a bien Laurence qui se dit d’accord sur les trois parts mais pas à égalité afin de laisser aux entrepreneurs le soin d’en décider au cas par cas. Mais c’est bon pour l’image de passer outre, basta !

François — Si tu es réélu, tu auras la majorité parlementaire qui va avec. Surtout aux premiers jours de ton second mandat, tu seras en mesure d’user de la fiscalité pour refonder le capitalisme en France, d’une façon qui sera fort remarquée non seulement dans toute l’Europe mais aussi dans le monde entier.

Nicolas — Comment faire ça ?

François — En deux à trois ans et après en avoir prévenu dès la campagne, tu fais monter l’impôt sur les bénéfices non distribués à 100 %. Tu peux être tranquille que vite fait, bien fait, tout sera distribué. Les salariés qui touchent une partie de cette distribution et les propriétaires qui touchent l’autre partie le déclarent dans leurs revenus et paient de l’impôt en conséquence : ce qui est perdu d'un côté est rattrapé par l'autre, quitte à en passer par une réforme fiscale cette fois-ci réussie. Pour financer leurs investissements, les entreprises augmenteront leur capital et elles le feront d'autant plus volontiers qu'il n'y aura plus, par la diligence que la majorité y apportera, aucune imposition de ces augmentations. Plus d’épargne française, européenne, asiatique, etc. viendra se placer en capital d’entreprises qui donnent du boulot à nos concitoyens.

Nicolas — Ce n’est vendable à l’opinion publique que si on a de solides arguments pour montrer que l’économie s’en portera nettement mieux, très nettement mieux.

François — Soyons plus précis. Ce n’est vendable à l’opinion publique que s’il est assuré que l’emploi s’en portera durablement nettement mieux, ou, comme tu voudras, que le taux de chômage s’en portera tout aussi durablement nettement moins bien.

Nicolas — Cela suppose que nous remettions à plat nos prises de position sur toute une série de points.

François — En fait, sur quelques points principaux dont, c’est vrai, toute une série de points auxiliaires découle. Ce qui fait alors, Nicolas, de la bonne politique. Je veux dire, tu m’as bien compris, du truc avec lequel on n’a pas à s’essouffler à courir après du détail qui, en plus, coûte cher en dépenses publiques. Des points principaux qui donnent de la hauteur de vue.

Nicolas — Puisses-tu avoir trouvé un bon filon ! Quels points principaux ?

François — En parler plus avant maintenant est prématuré. Je n’ai pas encore assez potassé ce qu’il y a de décoiffant trouvé là-dedans – François agite la tablette qu’il a en main. Tu me laisses y travailler seul dans mon coin. J’y reviens lors de l’un de nos prochains entretiens.

Nicolas, sur le ton du patron — D’accord mais aux conditions suivantes. Tu fais ça vraiment seul, sans en parler à qui que ce soit d’autre qu’à moi : confidentialité absolue ! Tu ne sélectionnes que du politiquement vendable dans la France d’aujourd’hui. Je dois pouvoir être cru quand j’affirme que c’est une refondation du capitalisme. Je dois pouvoir être applaudi quand je repousse les critiques de ceux qui la jugent, cette refondation, en trompe l’œil.

François — J’accepte sans réserve, tu as ma parole d’honneur, au risque d’avoir à te dire : le filon est moins bon que ce qu’il m’a semblé être, renonçons au projet de son exploitation. Vois que, de toute façon, cela fait du bien à qui que ce soit de réfléchir à ce qui est politiquement vendable non pas seulement aujourd’hui mais aussi jusqu’à la fin des temps. Montesquieu et Tocqueville en ont tenu compte.

Nicolas, rendu méfiant par cet « aussi jusqu’à la fin des temps » — Et si Marx l’a fait aussi, il semble bien qu’il se soit fourré le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Restons pragmatiques ! Entre nous soit dit, terminer un second mandat avec une grosse cote de popularité, je n’y crois pas.

François — Et en fin du second mandat une France qui se porte beaucoup mieux ?

Nicolas — Ah, ça c’est autre chose !

François — Bien vu puisque les patrons de sociétés et leurs conseils devraient compter bien davantage avec le verdict direct des mandants dont ils sont les mandataires : ou ils remettent à ce pot là parce qu'ils le trouvent bien mitonné, ou ils vont voir ailleurs. L'économie de marché ressemble moins à un village Potemkine.

Nicolas — Mais il y a un hic, un gros hic. Ce n’est vendable à l’opinion publique que si on a de solides arguments pour montrer que l’économie s’en portera nettement mieux, très nettement mieux. Tu connais ma devise, rapportée d'outre-Atlantique : Managing by Results. Je dois être le premier à me l'appliquer.

Certifié conforme à la fiction, à suivre, LC

 

Ab - La démonstration va commencer

Lucien Contrepoint, © Atelier Paul Fabra, 12ième semaine de 2011

Deuxième dialogue de politique fiction

François — Si tu veux introduire du vraiment neuf et payant dans ton programme économique 2012, il faut que je te fasse une démonstration.

Nicolas — Si c’est compréhensible par la majorité des électeurs, je vais comprendre.

François — Et si c’est séduisant pour la majorité des électeurs, tu vas être séduit. Le point de départ est l’aspiration primordiale.

Nicolas — C’est quoi ce truc ?

François — L’aspiration économique socialement primordiale. Quel en est l’objet ?

Nicolas — Mieux vaut dire que cet objet est celui sur lequel un gouvernement peut faire quelque chose auquel la population aspire. Sur ce que nous avons cru pouvoir être une accélération de l’augmentation du pouvoir d’achat, nous avons été piégés par la crise. Je ne suis pas très chaud pour remettre le couvert.

François — Si je te dis l’emploi tu réponds quoi ?

Nicolas — Je vois bien qu’aucun électeur ne fera d’objection à ce qu’un candidat dise : « Il y a une solution au problème du chômage qui n’a pas encore été utilisée et qui marche à coup sûr ». Encore faut-il que ce soit vrai et crédible. Tu m’entends bien : non seulement vrai mais aussi crédible.

François — Je vais te démontrer que c’est bien le cas. Mais il y a une vérité préalable dont le déballage par un président se représentant demande un sacré culot.

Nicolas — Le culot, ce n’est pas ce qui me manque.

François — Je le sais mais réfléchis. Pour être crédible il faut d’abord indiquer pourquoi cette vérité a échappé.

Nicolas — Je réfléchis plus vite que tu sembles le croire. Il n’y a qu’entre les mains des économistes qu’une vérité de ce genre peut avoir échappé.

François — Les économistes se sont autoentretenus dans des erreurs qui leur ont laissé échappé de la vérité de premier rang.

Nicolas — Pas de panique, restons calmes. Tu peux compter sur eux pour trouver des trucs tordus qui leur sauvent la face. Si leur corporation a vraiment fait ce que tu laisses entendre, elle soutiendra vite qu’au fond il y a longtemps que tout le monde sait qu’il faut faire comme ça mais que le moment n’était pas encore venu. Tu peux être sûr qu’il en ira de la même façon du côté du Medef et des syndicats de salariés, entre autres corps constitués.

François — Tu es donc prêt à clamer que tu n’as pas fait une bonne politique de l’emploi parce que tu n’as pas été mieux conseillé ?

Nicolas — Je suis prêt à clamer que j’aurais fait une politique économique donnant de meilleurs résultats si j’avais été mieux conseillé par des économistes au fait des développements les plus récents de leur science. Encore faut-il que tu me fournisses ce qui permet de dire ça et d’être cru par la vox populi.

François — Cette fourniture n’est pas la première à te faire. Un grand candidat à la présidentielle, avec les passages à la télé que cela implique puis le face à face final, doit être en mesure d’expliquer pourquoi il est désormais assuré que sur la question de l’emploi les économistes ont fait fausse route.

Nicolas — L’actualité est chargée, le temps passe à train d’enfer. Il faut que tu arrives à m’apprendre ce pourquoi en moins d’une demi-heure et cela de telle façon qu’une fiche relue en vitesse me suffise à bien plaider.

François — Je rédige cette fiche et je reviens te voir avec. Il va de soi que c’est SGDG.

Nicolas — C’est-à-dire ?

François — Sans Garantie Du Gouvernement, pardi !

Certifié conforme à la fiction, à suivre, LC

Ac – Faisons place à une autre rupture

Lucien Contrepoint, © Atelier Paul Fabra, 14ième semaine de 2011

Troisième dialogue de politique fiction

Nicolas — De toute façon, Monsieur le premier ministre, c’est moi le chef, jusqu’au soir du second tour de 2012 ; puis, si je suis réélu, jusqu’au soir du second tour de 2017.

François — Il est inutile de me le rappeler, Monsieur le Président. Il est également inutile, à ce qu’il me semble, que mes démêlés avec Jean-François et mes inquiétudes sur la colère française qui monte mettent fin à ce que nous avons privativement entrepris. Voici la fiche SGDG que tu m’as demandé d’établir.

Nicolas, prenant la fiche — Ne t’inquiète pas tant. Je suis imbattable en campagne électorale. Mais voyons cette fiche. Tu l’as titrée : « Faisons place à une autre rupture » et sous-titrée : « L’économie de marché en bon ordre de marche n’est pas ce que la plupart des économistes enseigne ». Bigre, il faut que ce qui suit soit costaud pour résister au tollé !

François — Il serait bon que les babillards excitent ce tollé. Les sondeurs s’en mêleraient. Ils mettraient au jour que la colère des Français ne ménage pas ce que la plupart des docteurs en économie tiennent pour vrai et salubre. Ce sont les Français qui élisent, pas les babillards.

Nicolas — Dont acte. Poursuivons : « L’économie de marché est en bon ordre quand elle met la population en mesure de satisfaire le plus possible son aspiration primordiale ». Oui… bon, je vois… aspiration primordiale : plein-emploi et ce qui s’en suit quant à l’élévation du niveau de vie et à la réduction d’écarts jugés excessifs par la classe moyenne. C’est bien, c’est électoralement exploitable mais il faut quand même que tu me corriges ça. Vois-tu où ?

François — Je vois et je vais te dire pourquoi, à la lumière de l’expérience et de la réflexion, je n’en suis plus d’accord. Tu voudrais que la fiche annonce : « L’économie de marché est en bon ordre quand elle met l’État et son gouvernement en mesure de satisfaire le plus possible l’aspiration primordiale de la population ». C’est bien ça ?

Nicolas — Oui c’est ça. Je suis étonné qu’un Gaulliste social de ton acabit se mette à repousser cet article de son catéchisme. Moi, cette façon de voir me convient parfaitement. Je suis un volontariste. Je veux des résultats qui prouvent le bien-fondé du volontarisme en politique.

François — Nous gens de droite sommes encore par trop des étatistes impénitents. Politiquement, nous avons tort, la France profonde n’est pas jacobine. Sportivement, nous avons tort, nous ne nous démarquons pas assez du socialisme qui n’a plus d’air à respirer ailleurs qu’en étatisme. Économiquement nous avons tort. Au gouvernement de lever des entraves. Le créateur et le mainteneur d’autant d’emplois qu’il en faut, ce n’est pas lui. C’est le corps social.

Nicolas — Si c’est pour en arriver à du libéralisme béat dont les Français ne veulent pas, ce n’est pas la peine d’aller plus loin. Je ne cesse de le répéter : soyons pragmatiques !

François — Tu parles trop vite, tu vois trop court. Les Français admettent fort bien de s’entendre dire : c’est par l’exercice de vos libertés et de vos responsabilités que vous allez remporter la guerre sur le chômage de masse que l’armée des politiciens, technocrates, syndicalistes et économistes soldés aux frais des contribuables n’a pas cessé de perdre depuis le début des années 1970. Placée sur ce terrain, tu verras, la Marine deviendra bien moins sémillante. Lis sur la fiche ce qui suit « L’économie de marché est en bon ordre quand elle met la population en mesure de satisfaire le plus possible son aspiration primordiale ».

Nicolas —« Ce bon ordre ne pourra pas être établi tant que le fonctionnement économique sera régit par les quatre caractéristiques suivantes :

  1. La recherche du maximum de profit et de plus-value est imposée comme le moteur de l’économie de marché par la plupart de ses experts.
  2. La loi de l'offre et de la demande est imposée dans tous les compartiments de l’économie de marché comme le mécanisme de régulation par la plupart de ses experts. C'est considéré l'économie de marché comme un casino.
  3. Ce moteur (profit maximum) et cette régulation (loi offre/demande) imposés conduisent ces mêmes experts à preconiser des niveaux assez bas des petits et moyens salaires pour que l’offre et la demande d’emplois s’égalisent. C'est ce à quoi pousse Le Medef.
  4. La puissance publique doit s'interposer pour rendre ce fonctionnement socialement tolérable en organisant la solidarité redistributrice : elle doit fait ce que l’économie marchande ne peut pas produire. Le Medef fait semblant de ne pas s’apercevoir qu’il fait ainsi la promotion de la collectivisation à la soviétique (la demande de baisse des charges sociales en est une) au nom du soutien à l'économie de la maximisation des profits.. »

François — Les trois premiers points sont de la fausse science. Le quatrième point est de la fausse bonne politique qui met dans une impasse où est entrain de se concentrer la colère de Français de plus en plus nombreux et persuadés que la solution au problème du plein emploi n’est pas dans toujours plus d’étatisme et de mélanges des genres, surtout à coup de subventions croisées et de conseils d’administration endogames, et de stages bidons, etc.

Nicolas – Cela fait quand même un oui à une volonté !

François — Oui à la volonté qui a pour objet de remettre de l’ordre dans les affaires économiques dont le mauvais état aggrave considérablement les difficultés d’intégration.

Nicolas — Et le bout de la ficelle à tirer, tu crois vraiment l’avoir en main ?

François — Depuis bien trop peu de temps, hélas pour notre bilan. La ficelle est un processus. Sa première phase est une rupture que la crise de 2008 justifie pleinement d’assumer. Lis la fin.

Nicolas — « Un fait nouveau s’est produit pendant mon quinquennat. La nocivité de ces vues a été prouvée de la seule manière qui soit souveraine, le remplacement par d’autres qui ont quatre caractéristiques :

  1. Elles sont objectives.
  2. Elles comportent par construction l’asservissement de l’économie de marché au plus possible de satisfaction de l’aspiration primordiale (plein emploi, hausse du niveau de vie et de la qualité du travail).
  3. Leur mise en œuvre nécessite des réformes qui sont hautement favorables à la réduction de l’endettement public et du poids des dépenses publiques, ainsi qu’à davantage de démocratie.
  4. Elles ne sont pas encore enseignées, tout comme avant Pasteur la prévention de la fièvre puerpérale et d’autres maladies infectieuses n’a pas été enseignée par la Faculté de .médecine.
  5. Elles le deviendront dès lors qu’elles seront les piliers d’une politique économique suivie par une majorité ou prescrite par le plus grand parti d’opposition. »

François — Ta mine est devenue grave.

Nicolas — Carla m’a tout récemment raconté l’affaire Semmelweis. C’est bouleversant. Je ne suis pas l’arriviste forcené qu’on croît. Si les quatre premières caractéristiques sont vraies et la cinquième vraisemblable, il est gravissime de la part d’un candidat à la présidence de la République française, telle qu’héritée du Général de Gaulle et reformatée par Jospin, de les écarter d’un revers de main. Les fiches suivantes sont-elles prêtes ?

François — Tu me laisses une douzaine de jours avant d’avoir en poche au moins la suivante. Tu relanceras alors quand tu le voudras.

Nicolas — Je te relancerai là-dessus aussi. De mon côté, je ne montre cette fiche à personne. De ton côté, tu fais pareil jusqu’à ce que j’ai pris ma décision de jouer ou non une autre rupture que la fois précédente.

François — Et si ta décision est négative ou, tout au moins, plus négative que positive ?

Nicolas — Alors tu attendras que le suffrage universel t’ait rendu la liberté de militer en faveur de cette rupture là. L’alternance a du bon. D’ailleurs dans un tel cas, il n’est pas écrit dans le ciel que je ne te rejoindrai pas dans ce combat qu’il faudra d’abord gagner en interne à l’UMP ou à ce qu’il en restera de moins étriqué. Même si je perds, ma sincérité n’aura pas dit son dernier mot.

François – C’est tout à ton honneur.

Certifié conforme à la fiction, à suivre, LC

Ad - Le moyen le plus sain

Lucien Contrepoint, © Atelier Paul Fabra, 15ième semaine de 2011

Quatrième dialogue de politique fiction

Nicolas — Tu vois, j’y pense : as-tu la fiche qui entame la démonstration ?

François — La voici. Lisons-la ensemble.

Nicolas, à haute voix — « Démonstration » step one.

François — J’ai écrit « Démonstration, première étape ». Nicolas, tu es président de la République française.

Nicolas — Allons, premier ministre sourcilleux, je suis aujourd’hui de bonne humeur, c’est tout.

François — « Démonstration, première étape » est en surtitre. Le titre de la fiche est « Le moyen le plus sain de créer de l’emploi ».

Nicolas — Je lis : « Les augmentations de capital sont le moyen le plus sain d’augmentation du nombre d’emplois par les entreprises ». Malgré ma bonne humeur, vois-tu, j’ai envie de me mettre en colère. De deux choses l’une. Ou bien c’est vrai et les économistes, dont en particulier ceux que nous affrétons aux frais des contribuables, sont des branleurs. Ou bien c’est faux et alors c’est toi qui as perdu la tête. Qu’en pense Christine ?

François — Conformément à ce que tu m’as demandé et d’autant plus volontiers que cela me semble fort sage, je me suis abstenu de lui en parler, comme d’en parler à n’importe qui d’autre, ma femme comprise.

Nicolas — Bon, bon, tu as bien fait, surtout que la Christine aurait été capable de te répondre en amerloque impeccable et en langue de bois tout aussi impeccable… ce qui est précieux notamment au G20, ce grand bal des faux culs. Raisonnons. Si cette idée n’est pas sur le dessus du panier de ce qu’il y a à faire pour faire reculer le chômage, ce n’est pas par hasard.

François — Tu lis d’abord la suite, puis tu vas voir que des raisons pour lesquelles les politiques de l’emploi ont refoulé cette évidence tombent sous le sens.

Nicolas, lisant — « Cette loi économique est établie par la comparaison de la création et de la durée moyenne d’emplois entre les entreprises qui se financent de préférence ou bien par des augmentations de capital ou bien par de l’endettement. » Bon, peut être. Donne-moi du plus concret.

François — Tu as été avocat d’affaire. Outre que tes clients ont été des entreprises, ton cabinet lui-même a été une entreprise. Pour augmenter le nombre de dossiers traité par ton cabinet, il t’a fallu davantage de collaborateurs, une plus grande superficie de bureaux, un système informatique plus performant. Comment ces investissements successifs ont-ils été financés et auraient-ils pu l’être ?

Nicolas — Ils l’ont été par du leasing et l’affacturage.

Suit un échange de considérations au terme duquel :

Nicolas — J’ai pigé. C’est réglé comme du papier à musique. Il doit donc y avoir de substantielles raisons pour que cette comparaison soit passée à la trappe.

François, lisant à son tour la fiche qu’il a écrite en allant en pomper la substance sur le site de l’Atelier Paul Fabra — « Trois raisons font que l’enseignement de l’économie et nos conseillers économiques font l’impasse sur cette loi :

  1. Elle n’est pas compatible avec le postulat du maximum de profit rangé dans la case des buts de l’entreprise capitaliste de toute taille, activité et nationalité.
  2. Elle contrevient à la préférence pour le moins possible de dissolution, lui cohérent avec la recherche du maximum de plus-value par action.
  3. Les banques, telles que le capitalisme avec le minimum de capital et le surendettement public les font, ont tout intérêt à ce qu’il n’en aille pas autrement. »

Nicolas — Laurence, la patronne du Medef, dit : « l’entreprise est une association pour le profit ».

François — Le Medef serait plus objectif et plus libéral en mettant en avant une évidence logiquement primordiale par rapport à la question du profit : l’entreprise étant la seule entité qui n’existe que par et pour la pratique des échanges marchands,  l’une des contraintes qui s’exerce sur elle est de rémunérer le service du placement en capital. Sans plus, sans moins.

Nicolas — D’accord pour l’objectivité. Mais le libéralisme ? N’est-il pas le capharnaüm des intérêts particuliers que la concurrence oblige à se faire auxiliaires de l’intérêt général cornaqué par les pouvoirs publics ?

François — Il n’y a qu’ersatz de libéralisme quand le conformisme dicte à Pierre et Pierrette qu’ils sont dans les affaires pour s’en mettre plein les fouilles. Leur liberté est de s’y être mis, dans les affaires, pour les mélanges successifs de motifs dont il leur revient d’assumer la responsabilité jusqu’à ce qu’il y ait prescription. En politique, tout le monde considère que cette assomption doit être faite normale. En économie, les professeurs vont disant qu’il y a un déterminisme qui, en fait, n’existe pas. Là, c’est ce dire qui est anormal.

Nicolas — Si être libéral c’est admettre ça, alors je suis libéral. En outre, en tant qu’homme public j’ai le devoir de l’être car la société en a besoin pour mieux respirer. Mais, dis-moi, le 2, est-ce que je l’ai bien compris ?

François — Qu’as-tu compris ?

Nicolas — Le refus de faire augmenter le capital par émission de nouvelles actions permet à ceux qui sont dans la place de garder inchangée leur part de copropriété ; leur permet donc d’éviter la dissolution de cette part.

François — Tu as parfaitement bien compris. Dans ce qui n’avait pas été jusqu’à présent trouvé, ou tout au moins trouvé aussi clairement, c’est qu’il y a une prévention simple de cette tentation et que cette prévention augmente considérablement l’attrait du placement en capital. Je t’en ai déjà parlé mais je vois que l’heure tourne à toute allure. Réservons-nous d’y revenir.

Nicolas – D’accord. Nous pouvons faire aussi l’économie de considérations sur les banquiers. La crise de 2008 nous a, je crois, bien renseigné sur ce que les finances modernes et la mondialisation ont fait de cette profession...

François – Oui mais gardons-nous de la psychologie arbitraire qui contribue beaucoup à la dégradation de nos mœurs économiques en général et des finances publiques en particulier. Les banquiers vendent du crédit. Ils ont tout intérêt à dire, et à faire dire par les économistes et les politiciens et les entrepreneurs, que le crédit est le grand moyen, l’indispensable moyen, de la croissance et du bien être à tous les étages de la société et partout dans le monde.

Nicolas — Le détour par le crédit fait tomber en leurs escarcelles des espèces sonnantes et trébuchantes, passent-ils sous silence et font-ils passer sous silence.

François — Nous marchons trop dans la combine en faisant comme si nous vivions en capitalisme alors que nous vivons en créditisme. Le moyen le plus sain d’augmentation de l’emploi par les entreprises n’est pas qu’elles s’endettent toujours plus, même à des taux très bas.

Nicolas – Oui, ça c’est incontestable parce que trop exposé à des crises de surendettement contagieux.

François — Alors, cher candidat à sa réélection, il est incontestable que les augmentations de capital sont le moyen le plus sain d’augmentation de l’emploi par les entreprises, de création d’entreprises, de grossissements d’entreprises jusqu’aux points où ni leurs tailles ni leurs diversifications attentent à la concurrence.

Nicolas, arborant un grand sourire car il sait sa prononciation et sa syntaxe défectueuses — That’s good for today. The step one of your demonstration is ok!

François — La suite est prête. Je n’en suis pas encore au point où ça fait une politique économique d’une complétude et cohérence comme aucun congrès ne t’en a jamais servie. Mais j’ai bon espoir d’y arriver avant le début officiel de la campagne. Je dois cependant te prévenir. C’est révolutionnaire par rapport à l’économisme qui nous a été inculqué et que nous respirons à plein poumon dans l’air du temps.

Nicolas — Je ne me déclarerai candidat pour la seconde et dernière fois à la plus haute fonction élective que quelques jours au plus avant le début officiel de la campagne. D’ici là, il faut que j’en ai assez dans la musette pour que les publicistes ne puissent pas dire que cette rupture est un faux nez.

François – La musette chargée de bonnes idées ne suffit pas à faire assez de soutiens.

Nicolas — Tu as raison, c’est là où le bât blesse. Il faut que j’arrive à sentir si la droite républicaine, centristes compris, ainsi qu’une bonne tranche de la gauche la moins gauche, est suffisamment apte à changer de logiciel économique.

Ae – Un secret de famille

Lucien Contrepoint, © Atelier Paul Fabra, 16ième semaine de 2011

Cinquième dialogue de politique fiction

Nicolas, montrant du doigt une page de revue de presse du 21 avril et parlant de la patronne du Medef — Tu as vu la Laurence ? Elle commence par monter sur ses grands chevaux à l’idée d’une prime aux salariés des sociétés dont le bénéfice distribué aux actionnaires est en augmentation. Tu comprends ça, toi ?

François, montrant à son tour du doigt une autre page de la revue de presse du même jour et faisant allusion aux réunions hebdomadaire de l’UMP à l’Élysée — On n’est maintenant qu’entre nous deux. Il faut que je puisse te dire ça plus clairement que cela est fait le mardi matin. En économie particulièrement, le culot et le volontarisme ne font pas le poids. Je vais t’avouer ce que ma conversion à l’économie politique objective me conduit à penser désormais. La doctrine du Medef sur les questions du capital, du profit, de l’emploi et des salaires est certes emberlificotée...

Nicolas — De plus, n’est-elle pas devenue somme toute plus corporatiste que celle de la CFDT et celle de la CGT ?

François — Elle n’est pas, en tout cas, moins partiale alors qu’il serait préférable que d’une part les syndicats patronaux donnent le la sur ce qu’il y a de plus objectif concernant les entreprises, d’autre part les syndicats de salarié sur ce qu’il y a de plus objectif concernant les salaires. Mais, vois-tu, les positions de principe de la puissance publique en matière de politique économique sont encore plus emberlificotées. Balayons devant notre porte avant de convier les partenaires sociaux à faire le ménage chez eux.

Nicolas – Méfions-nous des principes. Soyons concrets. Il y a, dans la conjoncture actuelle, une ficelle à tirer pour faire remonter le pouvoir d’achat des salariés. Tirons-là.

François — Remonter un peu le pouvoir d’achat de certains salariés en emberlificotant encore un peu plus la vague, trop vague, doctrine de la participation héritée du Général de Gaulle et empêtrée dans le volontarisme ruineux pour les finances publiques qui fait dire : « la croissance, on ira la chercher avec les dents ». Si tu veux que ta campagne tranche à raison de ce qu’elle prescrit en matière de réorientation économique, c’est sur des principes qu’il faut que tu prennes appui.

Nicolas — Je dois reconnaitre que c’est ce que j’ai fait avec le « travailler plus pour gagner plus ».

François, tendant à Nicolas un morceau de bristol — Le ministre des finances Léon Say plaidant, dans les dix premières années de la troisième République, pour des « budgets de principes », par opposition à des « budgets d’expédients », ça te dit quelques chose ? Je vois à ta mine que ce n’est pas le cas ; passons, je t’en dirai plus à ce sujet un autre jour. La fiche d’aujourd’hui est sur un Principe, avec un P majuscule. Lisons-là.

Nicolas, presque sur le ton de la colère — Tu sais bien que j’ai pour le mot « principe » la même aversion spontanée que pour le mot « rigueur » !

François — Tu sais bien aussi que ces aversions sont chez toi calculées à des fins politiciennes. Tu t’obstines à ne pas voir que ce calcul est d’autant moins bon que son résultat va à l’encontre de la sincérité à laquelle tu t’efforces. Tu as pourtant appris par tes hautes fonctions que pour être efficace il te faut sans cesse faire le tri entre le principal et l’accessoire. Or le principal, Monsieur le Président, ou comme tu voudras l’essentiel cher ami, ça ne se détecte qu’avec la pierre de touche de principes.

Nicolas, radouci mais se raccrochant au subterfuge du « ce n’est pas de ma faute » — Je comprends que ce que tu veux dire et je l’approuve en bien des choses. Mais là c’est d’économie dont il s’agit, cette affaire sur laquelle tout et son contraire se racontent. Les principes y sont, tu ne peux pas me dire le contraire, à géométrie très variable.

François — Et ils le sont d’autant plus qu’on trouve électoralement commode de cacher son incompréhension en les relativisant tellement que cela revient à les gommer. Lisons la fiche d’aujourd’hui.

Nicolas, lisant — Petit titre : « Démonstration, deuxième étape ». Grand titre : « Un secret de famille ». Tu me faciliterais la comprenette en m’indiquant de quelle démonstration il s’agit.

François – La démonstration de la possibilité d’une relation, à l’échelle d’un pays, entre un état initial de l’emploi E, le profit P encaissé par les propriétaires des entreprises, le stock national de capital C, un état final de l’emploi E.

Nicolas — Avec état initial de l’emploi égal taux élevé de chômage de longue durée et état final de l’emploi égal plein-emploi, est-ce que ça marche ? Si oui, pourquoi...

François, exploitant l’avantage qu’il a pris — Je t’arrête. Si j’ai entrepris de t’initier à cette possibilité, c’est que je crois avoir glané de bonnes réponses aux questions qu’elle pose. Mais c’est à toi de te forger ton opinion et d’en assumer le risque.

Nicolas — C’est à toi de me convaincre.

François — Si désormais je te parle de relation EPCE, tu comprends quoi ?

Nicolas — Le premier E d’état initial de l’emploi, le P de productivité, le ...

François, agacé — Le P de profit encaissé par les propriétaires des entreprises.

Nicolas — Le premier E d’emploi en son état initial, le P de profit encaissé par les propriétaires des entreprises, le C de capital, le dernier E d’emploi en son état final – EPCE, vu.

François — Parfait ! Pour te démontrer que l’autorégulation EPCE tend à exister et qu’un gouvernement doit faire ce qu’il faut afin qu’elle fonctionne mieux, jusqu’à ce qu’elle produise en peu d’années le plein-emploi...

Nicolas — En moins de cinq ans ? Si c’est le cas, j’achète tout de suite et dès le début de la campagne officielle je rentre dans le lard des syndicats, les patronaux en tête. Maintenant que nous n’avons plus à ronger l’os des 35 heures, ils commenceront par prendre cette politique pour de la mauvaise piquette car elle ne vient pas d’eux.

François — Tu t’assures d’abord qu’il s’agit de l’un des meilleurs vins que les écobjectivistes produisent.

Nicolas — Les quoi ? 

François — Les économistes objectivistes : écobjectiviste, contraction des deux premières lettres du mot « économiste » et du mot « objectiviste ».

Nicolas — C’est au dictionnaire, ce substantif ? Si ce n’est pas le cas et que je l’emploie, il va m’arriver ce qui est survenu à Ségolène et qui a été fort fâcheux pour elle avec sa je ne sais plus quoi se terminant par « tude ».

François — La « bravitude ». Pour ne pas te la jouer, il me faut t’avouer que j’ai dû aller vérifier. « Objectivisme » et « objectiviste » sont dans nos dictionnaires, comme leurs contraires « subjectivisme » et « subjectiviste ». Préférer prendre appui sur ce qui dans la réalité est objectif plutôt que subjectif est objectiviste. L’impartialité, tant juridique que politique, est objectiviste.

Nicolas — Ah, oui, ça me rappelle quelque chose que j’ai appris à la fac : l’objectivisme juridique qui fonde l’obligation légale sur une règle indépendante de la volonté des sujets. Tu crois que l’objectivisme économique, ça peut vraiment exister ?

François — Oui, faute de quoi il ne peut pas y avoir une politique économique objectivement meilleure qu’une autre, c’est un truisme que de le constater. Et si l’objectivisme juridique existe, comment se pourrait-il qu’il n’existât pas un objectivisme économique dès lors que la question à juger est économique ? Sur le site qui est pour l’instant, à ma connaissance, la seule vitrine télématique d’écobjectivisme ouverte 7 sur 7 et 24 sur 24, la possibilité de l’autorégulation EPCE est établie en faisant d’abord cas de la relation entre le stock national de capital C et l’état de l’emploi E.

Nicolas — Est-ce que ce que ce sont les écobjectivistes qui parlent, à propos du couple C et E, d’un secret de famille ?

François — Non, c’est moi, pour rendre ton initiation moins austère.

Nicolas — Dans quel secret vit ce couple ? La famille, c’est qui en l’occurrence ?

François — La famille est dans ce cas la société tout entière. Le problème étant d’économie, les chefs de cette famille sont les économistes, les syndicalistes, les politiciens, plus ou moins accessoirement les autorités morales.

Nicolas — Avec une omerta sur la relation inavouable entre le stock de capital C et l’état de l’emploi E ?

François — Il est certain que cette relation existe. Mais cette certitude est tue par les chefs de famille. Ils omettent de considérer qu’elle fait partie du réalisable économiquement sain.

Nicolas — Cette omission a sa raison d’être.

François — Ces chefs sont sous l’emprise mentale de l’écosubjectivisme, c’est-à-dire des sciences économiques telles qu’on les enseigne en les faisant reposer d’abord sur la subjectivité tant des agents économiques que, mais sans trop le dire, sur celle des économistes. S’en tenir à la règle générale de l’omission de la relation entre le stock national de capital C et l’état de l’emploi E, avec ici et là des exceptions qui confirment cette règle, leur permet de repousser la concurrence de l’écobjectivisme. Ils défendent leurs croyances, c’est normal.

Nicolas — Ce n’est aussi électoralement pas négligeable du tout, tu en conviendras. Je lis le corps de ta fiche d’aujourd’hui :

  • Le secret jusqu’à présent trop bien gardé est, pays par pays, la relation pourtant certaine entre le stock national de capital C et l’état de l’emploi E dans ce pays.
  • Le capital dont il s’agit est exclusivement de l’épargne placée en financement permanent d’entreprises de toute taille et de tout secteur et rémunérée, quand elle l’est, par du bénéfice distribué aux propriétaires de cette épargne.
  • Se pénétrer d’arguments du type de ceux qui sont reproduits au dos de cette fiche prend peu de temps.
  • Une politique économique non centrée sur la relation entre C et E procure des résultats forcément au-dessous des attentes de la population.
  • Faute d’une telle politique, nous passons à côté de ce qu’il y a principalement à faire pour que le plein-emploi devienne la norme et le sous-emploi l’exception. »

François, malicieux puis informatif — J’ai bien fait de mettre en caractères gras l’adverbe « principalement »... Les arguments reproduits au dos sont ceux de la proposition « L’existence d’une relation entre stock national de capital et état de l’emploi est certaine ». En bas de cette page comme sur toute autre de ce traité de science économique, il y a l’option « Version imprimable ». Comme il n’y a pas tout à fait que pour le pilotage automobile que j’ai de l’adresse, j’ai utilisé cette option pour capturer le texte qui se trouve sur la feuille pliée collée au dos de la fiche.

Nicolas — Je vais regarder ça. Tu peux être tranquille que ça me fera moins pâlir que d’être ton passager quand tu conduis sur circuit une voiture de sport !

François — Et moins soupe au lait que quand on te parle de principe et de rigueur ?

Certifié conforme à la fiction, à suivre, LC

Af – Du volontarisme en voici

Lucien Contrepoint, © Atelier Paul Fabra, 18ième semaine de 2011

Sixième dialogue de politique fiction

François — Cette fois, je ne te remets la fiche qu’à la fin de cette partie de notre entretien.

Nicolas — Donne moi quand même le titre.

François — Du volontarisme en voici.

Nicolas — Voilà qui me fait saliver.

François — Sur la régulation EPCE, j’ai réfléchi. Nous allons l’appeler, si tu veux bien, E’PCE’’. Ce qui donne ?

Nicolas — E prime : l’état de départ de l’emploi ; P : la rivière des profits ; C : la montagne de capital dont la rivière coule ; E second : l’état suivant de l’emploi. Ai-je bien retenu la leçon ?

François — Oui. Dans la montagne de capital ne se trouvent pas que les sources des profits mais aussi celles d’emplois par les entreprises. Il ne t’échappe évidemment pas que l’autorégulation E’PCE’’ comporte trois articulations : 1) entre E’ et P, 2) entre P et C, 3) entre C et E’’.

Nicolas — C’est à la relation entre C et E’’ que tu as commencé par me sensibiliser.

François — Je me demande si je l’ai fait en t’indiquant assez clairement que cette relation entre C et E’’ est relâchée quand, dans toutes les catégories d’entreprises, l’endettement moyen est fort. Le lien entre C et E’’ devient d’autant plus resserré que l’endettement moyen est faible – ce qui est certain puisque si l’endettement n’était réduit qu’à du très court terme la capacité des entreprises à employer reposerait complètement sur leur capacité à mobiliser assez de capital pour ce faire.

Nicolas — Il faut donc voir dans l’endettement des entreprises, manifestation d’un recours partout trop étendu à l’endettement, une cause du manque d’efficience de l’autorégulation E’PCE’’.

François — Eh oui ! On n’en tient vraiment pas assez compte dans la politique de l’emploi. Moins grande est l’autonomie financière des entreprises parce que dans leurs bilans la proportion des dettes est importante, moins l’autorégulation E’PCE’’ est active. Inversement, plus grande est l’autonomie financière des entreprises, plus l’autorégulation E’PCE’’ est active.

Nicolas — Les entreprises, sans que le peloton des moyennes, et l’encore plus grand peloton des petites, soient en retard en matière d’autonomie financière. Il est impossible d’y arriver sans que le désir en soit cultivé. Le plein exercice de l’autorégulation E’PCE’’ est affaire de volonté politique.

François — Je ne te le fais pas dire. Mais encore faut-il que cette volonté produise du concret efficace. Considérons aujourd’hui le cas de la relation entre P et C, pièce centrale de la cybernétique E’PCE’’.

Nicolas — Tu crois réellement qu’il y a là matière à du concret politique efficace ? La liaison entre P et C est purement mécanique. Plus de P produit forcément plus de C.

François — Le flux de P est celui des bénéfices distribués aux propriétaires des entreprises, en rémunération du service du placement en capital. En première approche, cette distribution a le même effet sur le stock national de capital que les salaires et les intérêts encaissés par les ménages.

Nicolas — C’est bien pour ça que du concret efficace s’est de lui-même imposé : l’autofinancement par la part non distribuée des bénéfices annuels.

François — C’est concret mais ce n’est pas ce qu’il y a de plus efficace. Je n’ai hélas appris l’existence d’une solution plus efficace, socialement plus mature, que ces derniers mois. Sur cette question, le volontarisme politique peut produire bien mieux.

Nicolas — Bien mieux ? J’en doute. L’autofinancement est un mécanisme naturel !

François — Disons « naturel », entre guillemets, quand on estime qu’il est « naturel » qu’un coéchangiste se substitue en partie à l'autre coéchangiste apparement dans l'intérêt de l'autre et à la longue pour exercer un pouvoir à sa place. Mettons-nous d’accord. Les bénéfices des entreprises appartiennent aux propriétaires des entreprises, n’est-ce pas ?

Nicolas — Objection, votre Honneur. Les bénéfices des entreprises appartiennent aux entreprises. C’est elles qui décident de les affecter comme ci ou comme ça.

François — Et les entreprises appartiennent à qui ? Où est la légitimité de la direction d’une entreprise hors du mandat que lui donnent les propriétaires de l’entreprise ?

Nicolas — C’est bien ce que je te dis. Les propriétaires donnent au management mandat de pourvoir à de l’autofinancement par les bénéfices non distribués.

François — Les actionnaires donnent au management mandat de faire pour le mieux sur les principes auxquels ils se tiennent et les techniques qu’ils utilisent. Dans ces techniques, il y a celles de gestion budgétaire et de prévisions financières, ces dernières notamment sous la forme de plans de financement et de flux de trésorerie. Les actionnaires n’ont ni les connaissances au cas d’espèce ni le temps d’y bien procéder ni la rémunération d’un travail, sauf quand ils sont administrateurs touchant des « jetons de présence ». Le management a évidemment pour mission, dans une société commerciale en bon ordre de marché, de soumettre à l’approbation ou à la réprobation des actionnaires des projets de décisions instruits par les techniques de gestion que, lui, le management met en œuvre. En revanche...

Nicolas — Je vois où tu veux en venir, il me revient à l’esprit tu m’en as déjà parlé. C’est vrai qu’il y a une autre solution. L’entreprise distribue tout, remettant aux actionnaires le soin de décider individuellement combien ils remettent au pot. Alors il y a littéralement un suffrage universel. Ce suffrage, en réduisant un lien trop exclusif avec les administrateurs, donne au management plus de légitimité. Si le management s’y emploie avec assez d’énergie, il met en peu d’années, voire de trimestres, l’entreprise en mesure de faire placer en augmentations de capital par les actionnaires actuels et par de nouveaux davantage que les bénéfices du dernier exercice.

François — Il n’y a pas encore de politique qui est osé voir comme ça et agir en conséquence. Comme nous l’avons déjà vu, par la fiscalité le législateur dépose d’un moyen pour rendre obligatoire d’en passer par cette autre solution. Je te la rappelle : au final, imposition des bénéfices non distribués à 100 % et des bénéfices distribués à 0 %.

Nicolas — Je t’accorde qu’en venir là est un acte fort de volontarisme politique. Le jeu n’en vaut cependant  la chandelle que s’il en résulte une nette amélioration sur le front de l’emploi – sur E’’.

François — Là n’est pas le souci majeur. Si tu as plus d’argent qui va se placer en capital des entreprises jusqu’à faire sensiblement reculer l’endettement moyen des entreprises et gonfler le montant les bilans de ces mêmes entreprises, il est réglé comme du papier à musique que tu auras plus d’emplois et, de surcroît, plus d’emplois à durée indéterminée.

Nicolas — Dans ces conditions, où est le souci majeur ? Le lien entre le flux de profit P et le stock de capital C peut être renforcé par l’habile détour que tu décris – félicitation aux premiers qui l’ont vu, j’espère qu’ils sont français.

François — Le flux de profit P serait nettement plus important qu’il n’est actuellement puisqu’ils seraient augmentés de l’ex autofinancement par les bénéfices, les choses restant par ailleurs inchangées quant aux amortissements. Le stock national de capital croîtrait plus vite mais moyennant des mesures complémentaires.

Nicolas — Des mesures complémentaires sur quoi ?

François — Sur l’amélioration de la sécurité et de la liquidation des placements en capital. Tout ce qu’il est possible de faire en ce domaine est loin d’avoir été réalisé. Pour t’en donner une idée, j’ai collé au dos de la fiche une feuille d’extraits qui me paraissent plutôt bien vus [tirés des propositions 6 à 10 du chapitre 5].

Nicolas — Qui rend le placement en capital nettement plus attractif pour M. & Mme Tout Le Monde, rend le replacement en capital par les mêmes plus attractif. C’est une lapalissade mais elle est de grand poids politique puisque M. & Mme Tout le Monde sont électeurs.

François — Et, comme tu l’as bien vu, ce pourrait être au point que l’augmentation du stock national de capital année après année soit supérieure aux bénéfices de l’année précédente jusqu’au retour du printemps du plein-emploi ­ je souligne : jusqu’au retour du printemps du plein-emploi.

Nicolas — Alors il y aurait un net recul de l’addiction à l’endettement, ce qui renforcerait notre position en Europe and all around the world. Le retour au plein-emploi viendrait par les Français et d’autres qui puiseraient dans leur bas de laine pour apporter davantage de financement permanent aux entreprises françaises, les moyennes et les petites comprises. Mais il y a un souci majeur, m’as-tu dit tout à l’heure.

François — Faire naître dans l’opinion publique une aspiration majoritaire au jeu de ce scénario, faute de quoi même un président de la République française n’est pas assez armé pour imposer l’intérêt général aux intérêts corporatistes, tant financiers qu’académiques et syndicaux, qui commencent par y perdre des plumes.

Nicolas — Comme tu le sais, le corps à corps avec l’opinion publique est mon sport préféré. Je vais cogiter à la manière dont un candidat au renouvellement de son mandat de chef de la France peut faire rendre, vite fait bien fait, cette aspiration majoritaire parmi ses concitoyens. Merci François pour le plaisir que ça va me donner de penser à ça, vive la politique !

Certifié conforme à la fiction, à suivre, LC

Ag – Là où il faut laisser faire

Septième dialogue de politique fiction

Nicolas — J’ai hâte de voir comment l’autorégulation E’PCE’’ est exploitable politiquement.

François — C’est un gros paquet. N’allons pas trop vite en besogne. Prenons le temps d’examiner comment le capteur E’P fonctionne.

Nicolas — Traduction : comment l’état actuel de l’emploi E’ agit sur le flux de profit P.

François — Je te rappelle que, dans la régulation E’PCE’’, la somme des profits P est celle des seuls bénéfices distribués par les entreprises à leurs propriétaires. De plus, il ne s’agit que des propriétaires qui sont des personnes physiques ou des associations autres que des entreprises ou des collectivités publiques.

Nicolas — Pourquoi cette exclusion ?

François — L’économie existe pour que des gens et des associations privées non commerciales en tirent des revenus, en première analyse principalement sous la forme de monnaie, en définitive sous la forme de services et de biens achetés en faisant usage de la monnaie. Les entreprises et les collectivités publiques sont certes indispensables pour qu’il puisse en aller ainsi. Elles ne sont cependant que des moyens dont la gestion est assurée par des technostructures. Mettre sur le même plan les gens pour qui l’économie est faite et les technostructures conduit à ne plus voir que des « agents économiques » qui ont tous fondamentalement le même rôle.

Nicolas — À moins que ce ne soit le contraire : l’attribution à tous les acteurs de la vie économique du même rôle de base conduit à mettre sur le même plan le public et les technostructures dont le premier rôle naturel est de fournir des services et des biens au public.

François — Une pathologie majeure à laquelle les pratiques économiques sont exposées est que les technostructures font passer leurs intérêts à elles avant celles des gens et de leur bon sens. Dans ces conditions, mieux vaut éviter, chaque fois que c’est possible, de mettre dans le même sac les gens et leurs associations non commerciales d’une part, les entreprises d’autre part, les collectivités publiques enfin.

Nicolas — Faut-il aller jusqu’à considérer que les entreprises qui sont entièrement faites par et pour des particuliers sont soumises à des régulations auxquelles les entreprises majoritairement possédées par d’autres entreprises échappent en partie ?

François — Pour le moins, ne postulons pas une réponse négative à cette question. Faisons-le en laissant pour l’instant de côté les filiales et les participations croisées.

Quand il y a sous-emploi, les chercheurs d’emploi en sont désavantagés ; les employeurs en tant que tels en sont avantagés. La compression des masses salariales étant plus aisée, la tendance générale des taux de bénéfice est à la hausse.

Nicolas — Quand il y a sous-emploi, il est choquant que les profits s’en portent mieux.

François — Dans une telle conjecture, il est pourtant de bonne politique économique que les syndicats d’entrepreneurs, les syndicats de salariés et le gouvernement laissent se produire une hausse du taux moyen de profit sur capital.

Nicolas — Même si cela doit entraîner une régression des revenus du travail ?

François — Cette objection m’a bloqué pendant un temps. À la réflexion, deux considérations m’ont paru convaincantes.

Une économie développée est une machinerie dont la vitesse de fonctionnement est régulée par un plus gros volant d’inertie que celui d’une économie moins développée. Le sous-emploi tend à y avoir pour effet une moindre augmentation du revenu total du travail, avec certaines années une stagnation de ce total mais exceptionnellement une régression de ce total. Ce qui s’est passé et continue à se passer après la fin des trente glorieuses donne à le constater.

L’autre considération est plus politique ou, comme tu voudras, plus sociale. Elle est aussi plus prospective. Un pays dans lequel l’autorégulation E’PCE’’ est devenue largement connue et admise, notamment par les instances dirigeantes du syndicalisme salarial et patronal ainsi que par celles des partis de gouvernement, n’a pas les mêmes réactions avant qu’après.

Nicolas — Ne faut-il pas craindre que cette dernière considération ne soit qu’une supposition ? Elle me paraît être du genre de celles qui tiennent pour résolu le problème à résoudre. Pour que ces instances dirigeants croient dur comme fer que l’autorégulation E’PCE’’ est la solution principale au manque d’emplois, il faut qu’elles aient constaté qu’elle a bien cet effet. Or pour aller jusqu’à ce constat, il faut qu’elles aient eu confiance dans un laisser faire.

François — Vu comme ça, c’est insoluble. En réalité, il y a une solution. Je m’empresse de la dire forcément risquée, comme toute grande solution politique.

Nicolas — Donc de la réforme avant de laisser faire !

François — Oui, nous en avons déjà parlé. Reprenons ça en faisant de la rétro-politique. Supposons que, dans la seconde moitié des années 1970, Giscard d’Estaing et Raymond Barre aient fait voter et mettre en application deux réformes fiscales et deux réformes commerciales.

L’une des réformes fiscales aurait élevé en trois ans le taux de l’IS à 100 % sur les bénéfices non distribués et à 0 % sur les bénéfices distribués. L’autre réforme fiscale aurait instauré un barème unique d’impôt sur les revenus, qu’ils soient du travail ou du capital. En d’autres termes, l’autre réforme fiscale aurait établi la stricte égalité devant l’impôt de tous les revenus, sans aucune niche fiscale par disposition d’une loi organique depuis lors non remise en cause.

Nicolas — Je reconnais qu’il y a là un filon à exploiter pour tenter de créer de la confiance a priori.

François — La première des réformes commerciales aurait progressivement abaissé à 10 % la part de capital d’une entreprise qu’une autre entreprise peut détenir. La seconde de ces réformes aurait progressivement monté de 0 % à 60 % au moins la part de capital d’une entreprise qui doit être détenue par des personnes physiques et des associations non commerciales.

Nicolas — Est-ce que cela aurait été suffisant pour donner forme à ce qu’Édouard Balladur a, un temps, appelé « le capitalisme populaire » ?

François — La propriété d’entreprises par des personnes physiques et des associations non commerciales aurait été développée au détriment de la propriété d’entreprises par d’autres entreprises.

Nicolas — Les Français auraient rendu plus d’arbitrages et les technostructures moins.

François — Le taux moyen sur capital de bénéfices distribués aurait augmenté cependant que l’assiette fiscale que les bénéfices des entreprises constituent aurait été entièrement préservée.

Nicolas — Mais est-ce que cela aurait suffi pour que nettement plus d’épargne soit directement placée par les ménages en capital et, partant, en création d’emplois par les entreprises ?

François — Non. Il aurait fallu que Giscard d’Estaing et Barre complètent leur paquet de réformes. En période de creusement du sous-emploi, il ne suffit pas que le rendement du placement en capital augmente, en préparation du comblement du manque d’emplois. Il faut que pour les sociétés non cotée en bourse, la liquidation du placement, ou comme tu voudras sa récupération, soit aisée.

Nicolas — Quelle est la marge de manœuvre en ce domaine ?

François, après avoir regardé sa montre — Zut, c’est déjà l’heure à laquelle va tomber la décision du grand jury new-yorkais sur la mise en accusation de DSK !

Nicolas — Il va falloir qu’on donne vite des consignes de prise de parole. Tu notes bien où on en est et non reprend ça plus tard.

Ah – Une refondation du capitalisme

Lucien Contrepoint, © Atelier Paul Fabra, 22ième semaine de 2011

Huitième dialogue de politique fiction

François — Reprenons là où nous en étions, sur la régulation E’PCE’. Pour que l’accumulation de nouveaux placements en capital restaure le plein-emploi chaque fois qu’il est compromis, une autre condition est à satisfaire : pour les sociétés non cotée en bourse, la liquidation du placement en capital, c’est-à-dire la récupération de la somme placée par celui qui l’a placée, doit être aisée.

Nicolas — N’est-ce pas contradictoire avec le fait que C, le stock national de capital, est celui du financement permanent des entreprises ?

François — Dynamiquement, non. Les épargnants contribuent plus volontiers à l’augmentation de ce stock que la probabilité d’au moins récupérer leur mise est grande. Alors, les nouveaux placements font plus que compenser ceux qui sont liquidés.

Nicolas — Où est la marge de manœuvre en ce domaine ?

François — Dans certains cas, dont celui de sociétés cotées en bourse, Françoise et François préfèrent placer en actions négociables. Dans d’autre cas, les mêmes ou d’autres de nos compatriotes préfèrent placer en actions restituables si un assez grand nombre de ces actions est émis par les entreprises françaises.

Nicolas — C’est la première fois que j’entends parler d’actions « restituables ». De quoi s’agit-il ?

François — Ce dispositif existe. Mais la mentalité ambiante le tient pour secondaire, voire très secondaire. Cette existence date de 1850 environ, époque à laquelle le législateur a permis la constitution de sociétés à capital variable. La mécanique est la suivante. Comme tout autre capital social, le capital variable est composé de parts. Mais ces parts ne sont pas négociables. Pour en obtenir le remboursement, l’actionnaire s’adresse à l’entreprise qui, pour faire face à cet engagement statutaire, maintient en permanence ouverte l’émission de nouvelles parts.

Nicolas — Tu vas me dire si j’ai bien compris. Tu es patron d’une société à capital variable. Confiant en ta bonne gestion, je deviens copropriétaire par placement de 5 mille € dans cette société. Annuellement, si du bénéfice a été fait au cours de l’exercice précédent, j’en perçois une part, comme dans le cas des actions négociables. Une dizaine d’années après...

François — Pendant ces dix ans, tu as pu te voir octroyer des parts gratuites afin de compenser l’effet de l’érosion monétaire, comme l’usage et la loi font que cela peut se pratiquer pour des actions négociables également. Supposons donc qu’au bout de dix ans le morceau du capital variable que tu possèdes soit passé de 5 à 6 mille €.

Nicolas — Ce n’est pas négligeable. Dix ans après être devenu copropriétaire, je te demande la liquidation de mon placement. Tu m’envoies un chèque de 6 mille €. C’est bien ça ?

François — Oui. Mais pour que ce mode de liquidation soit celui en vigueur pour une partie importante du stock national de capital, trois principes de gouvernance entrepreneuriale doivent être respectés. Comme ce n’est pas couramment le cas aujourd’hui, les ménages français ne détiennent qu’exceptionnellement des actions restituables dans leur portefeuille de placements en titres de copropriété d’entreprise.

Nicolas — Quels sont ces principes ?

François — L’un est que l’entreprise doit, tant que tout ou partie de son capital est variable, maintenir activement ouverte la souscription à de nouvelles parts de capital variable.

Nicolas — Activement ouverte, qu’est-ce à dire ?

François — Au moins une fois par an, de la publicité est faite auprès de possibles sociétaires nouveaux et des sociétaires actuels. Auprès de possibles nouveaux, c’est afin de les inviter à se faire détenteurs de parts de capital variable. Auprès des sociétaires actuels, c’est afin de les convier tous à contribuer à l’augmentation du nombre de sociétaires et afin d’inviter ceux d’entre eux qui n’ont pas porté leur placement à son plafond d’augmenter leur placement.

Nicolas — Car il y a un plafond ?

François — Par les statuts, aucun sociétaire ne peut détenir plus d’une fraction du capital variable. Ce peut être, par exemple, 5 %, ce qui sous-entend que les sociétaires soient en permanence au moins au nombre de 20.

Nicolas — Tout ça ne marche bien sur longue période que si les entreprises qui s’en tiennent à ces principes de gouvernance ont, exercice après exercice, de substantiels bénéfices à distribuer.

François — Sur le marché des placements, tel que les livrets d’épargne à vue ont beaucoup contribué à le configurer pour la grande majorité de nos compatriotes, il faut que les taux de rémunération des actions restituables, qui restent risquées car elles sont des financements d’entreprises exposées aux aléas de la vie commerciale, soient nettement supérieurs à ceux d’un livret d’épargne à vue.

Nicolas — Dans un pays qui aurait réussi à rendre populaire le capital variable et les actions restituables qui vont avec….

François — … et à rendre les principes de gouvernance entrepreneuriale qui vont avec intensivement pratiqués.

Nicolas — Cela fait bien partie de ce que je suis en train de considérer. Dans un tel pays, des gens de toutes les catégories sociales pourraient se constituer de substantielles pensions de retraite en détenant des participations en capital variable auprès d’un grand nombre d’entreprises.

François — Dans ce pays, il y aurait toujours des actions négociables, dont celles cotées en bourse. Mais, sous la concurrence devenue massive des actions restituables, c’est l’ensemble du marché du placement en capital qui serait autrement orienté. Le rendement y aurait repris le dessus sur la plus-value. Vois-tu ce que je veux dire ?

Nicolas — Je vois que c’est une refondation du capitalisme !

François — Cette refondation est bien loin de pouvoir s’accomplir rien qu’en tenant de beaux discours puis en claquant dans les doigts.

Nicolas — Il y faut un paquet de réformes systémiques.

François — Mais pour constituer ce paquet, il faut à la tête exécutive de l’État un gouvernement dont un axe majeur de la politique de l’emploi et, par elle, de la politique économique, soit le plein fonctionnement de la régulation E’PCE’’.

Nicolas — Supposons que ce soit le cas, en résultat de la préparation des élections qui ont débouché sur la formation de ce gouvernement. À peine désigné, sur ce front que fait ce gouvernement ?

François — Après la mise en œuvre d’un paquet de réformes systémiques, il laisse-faire. Le pays n’est pas que l’État… et l’état des finances publiques françaises atteste depuis plusieurs décennies que la France est trop étatisée.

Nicolas — Il laisse-faire les marchés ?

François — Il laisse-faire les gens au moyen de marchés du placement d’épargne et du travail systémiquement réformés par la puissance publique.

Nicolas — Du marché du travail aussi ? Il y a donc dans la politique économique de ce gouvernement un autre axe majeur que la régulation E’PCE’’.

François — Il y a une doctrine cohérente qui concerne non seulement l’entreprise, la dépense publique, le capital, le profit, l’emploi mais aussi la répartition et le salaire.

Nicolas — Dans ce changement de système d’exploitation, quel est le statut du partage de l’emploi par la réduction du temps de travail ?

François — Ce statut reste celui d’une grosse erreur de conception dont l’origine se trouve en deux points d’analyse économique. L’un de ces points est celui du retour au plein-emploi, chaque fois qu’il est compromis, par l’autorégulation E’PCE’’. L’autre réside dans ce qui est admis de faux et d’incomplet en matière de répartition des revenus.

Nicolas — Si un grand sujet de débat et d’action réformatrice devient le plein-emploi par l’autorégulation E’PCE’’, alors il se substitue à la fausse bonne idée du partage de la quantité de travail en tranches plus fines afin qu’il y en ait pour plus de gens.

François — C’est juste mais il n’y a pas que ça. Pour te le faire sentir, mettons-nous d’accord sur un point de vocabulaire. Parler de « partage » ou de « répartition » ou, en bien des cas, de « distribution », revient au même en analyse économique.

Nicolas – Soit, allons-y comme ça, mais voyons bien que ce n’est pas une affaire de mot qui rend inepte d’imaginer l’existence d’une quantité de travail à répartir.

François — S’il faisait partie des lois économiques que la quantité de travail donne lieu à une répartition, alors la réduction du temps de travail aurait les effets bénéfiques escomptés par ses partisans. L’absence de ces effets bénéfiques n’empêche cependant qu’il existe des répartitions de revenus régies par des lois économiques.

Nicolas – Si le corps électoral avait clairement conscience de ces lois, les élus en tiendraient compte et caleraient en conséquence leurs programmes économiques.

François – Je suis persuadé que le corps électoral a la prescience de l’existence de ces lois et qu’il en veut aux politiques de ne pas arriver à tirer de cette prescience, faite de bon sens, une conscience refondatrice.41

Nicolas – Une conscience refondatrice du capitalisme ?

François – Une conscience refondatrice de la manière de faire fonctionner l’économie de marché afin que ses contributions sociales et écologiques soient plus positives et moins exposées à des crises d’origine financière.

Nicolas — Tout ça est en germe dans l’autorégulation E’PCE’’ ?

François — Assez bien comprendre l’autorégulation E’PCE’’ pour se mettre en mesure de l’exploiter politiquement est un premier grand pas. Pouvons-nous considérer que nous l’avons fait ?

Nicolas — C’est encore trop nébuleux dans mon esprit. Avant d’aller plus loin, tu me concoctes un résumé sur l’emploi pour notre prochaine séance de remue-méninge économique. J’en ai besoin pour réfléchir plus clairement à ce qu’on peut en faire électoralement puis gouvernementalement.

Certifié conforme à la fiction, à suivre, LC

Ai – Le mélange des genres

Lucien Contrepoint, © Atelier Paul Fabra, 23ième semaine de 2011

Neuvième dialogue de politique-fiction

François, tendant une fiche à Nicolas — Voici le résumé que tu m’as demandé sur l’autorégulation E’PCE’’.

Nicolas, lisant —
« 1) Avec, dans le pays considéré : E’ l’état actuel de l’Emploi, P le flux de Profits, C le stock national de Capital, E’’ l’état suivant de l’emploi. 
  2) Les profits dont il s’agit sont les bénéfices distribués par les entreprises à ceux qui en sont les propriétaires.
  3) Obtenir par une réforme systémique de cette distribution et de la liquidation des placements en capital l’oscillation, sur longue et très longue période, du taux moyen de profit sur capital en fonction de l’état de l’emploi. »

François — Autrement dit, rendre l’autorégulation E’PCE’’ plus active.

Nicolas — Je n’avais pas bien vu l’oscillation du taux de rendement du placement en capital en fonction de l’état de l’emploi.

François — Quand laisser monter ce taux ?

Nicolas — « 4) Laisser monter ce taux quand le manque d’emplois stables s’aggrave, les entreprises étant alors en mesure de réduire le poids des frais de personnel par rapport à leurs chiffres d’affaires. »

François —Quand laisser descendre ce taux ?

Nicolas — « 5) Laisser descendre ce taux quand le plein d’emplois stables s’est instauré jusqu’à ce qu’une grande mutation technique ou géopolitique remette à mal le plein-emploi. ».

François — Quand ce laisser-faire réorganisé ne change-t-il pas la donne en matière d’emploi ?

Nicolas — « 6) Ce laisser-faire réorganisé ne change pas la donne en matière d’emploi quand les ménages continuent à considérer comme trop risqué le placement en parts de capital social. La réorganisation n’a, en ce cas, pas été assez poussée en matière de gouvernance entrepreneuriale et d’organisation du marché du capital. »

François — Dans ce même cas, ne pas contourner ces réformes complémentaires par des incitations fiscales qui mettent à la charge de la collectivité des défauts de gouvernance entrepreneuriale et d’organisation du marché du capital.

Nicolas —Pourquoi ?

François — Poursuis la lecture.

Nicolas — « 7) La remise d’aplomb des finances publiques n’est acquise que quand au moins les dépenses de fonctionnement sont entièrement couvertes par le produit des impôts. Si c’est par la force de la loi et que cette loi en vient à ne plus être remise en cause par l’opposition, alors il devient politiquement acquis que la prospérité économique est à la charge des pouvoirs publics pour ce qui est de son organisation et à la charge des épargnants qui placent en capital, des entrepreneurs qui font fructifier ces placements et créent des débouchés, des travailleurs qui produisent pour ce qui est de sa réalisation. Cette réorientation fait partie des réformes qui rendent l’autorégulation E’PCE’’ plus active. ».

François — Aux pouvoirs publics la responsabilité organique de la prospérité économique : s’il n’y a en a pas assez et s’il y a accentuation des inégalités de revenus et de patrimoines, c’est aux pouvoirs publics de prendre des mesures de réorganisation économique. Aux individus et aux entreprises, dont les banques, la responsabilité paramétrique de la prospérité économique : tel mélange d’innovations et de conservations plutôt que tel autre, tel réglage de la progression et de la répartition des revenus plutôt que celui décidé par une oligarchie dans son propre intérêt.

Nicolas — En France, l’officialisation et le plein respect de la distinction entre l’organisation des marchés incombant aux pouvoirs publics et la réalisation de la croissance et du plein-emploi incombant à la société civile serait une rupture qui n’est pas dans la ligne de ce qu’est la modernité aux yeux de la quasi-totalité de nos compatriotes. Dans mon cas, il faudrait que les adhérents et beaucoup de sympathisants de l’UMP en soient quasiment tous partisans. Ce n’est pas le cas.

François — Je ne peux qu’en convenir. Il manque à la doctrine de l’UMP, comme pour l’instant à celle de tout prochain gouvernement, de faire fond sur l’autorégulation E’PCE’’ et son réveil par des réformes organiques. D’où le point 8 de la fiche que tu as sous les yeux.

Nicolas, reprenant la lecture — « 8) L’économie de marché où l’autorégulation E’PCE’’ a été volontairement réveillée est dotée d’un dispositif permanent de relance auto-administrée par le corps social. »

François — J’aurais pu aussi bien, voire mieux, écrire : « un dispositif permanent de relance auto-administrée par la société civile ». Tu notes bien qu’on peut aussi bien parler de relance par la mise en capital, quand il est entendu que le capital dont il s’agit est l’épargne placée en titres de propriété d’entreprise.

Nicolas — Quand pour se faire réélire Chirac a, sur une suggestion de Guaino, misé sur « la fracture sociale », il a pris appui sur une critique. Pour que la rupture que ta fiche suggère puisse commencer à devenir électoralement exploitable, il faut un truc semblable.

François — Le stratagème de « la fracture sociale » a été électoralement payant parce qu’il prenait à témoin l’opinion publique d’une dérive objective.

Nicolas — Puis la réduction de « la fracture sociale » a été gouvernementalement contreproductive parce qu’elle a mis l’opinion publique en mesure de constater que Chirac et Juppé n’avaient pas en poche des réformes réductrices de cette fracture et amélioratrices de la prospérité des Français.

François — Le dernier point de ma fiche, le 10, propose une autre stratégie politicienne que celle de « la fracture sociale ». Avant de voir si elle tombe sous la juste critique que tu viens de faire, lisons le point 9.

Nicolas, intrigué — « 9) Tant que la répartition des responsabilités économiques entre le monde politique, centré sur l’organique, et » la société civile, tu as écrit « le corps social », je corrige, « centré[e] sur la relance permanente par la mise en capital, n’est pas consensuellement considérée comme étant un substantiel progrès, non seulement faire campagne en faveur de ce changement mais aussi le faire en prenant à témoin l’opinion publique. »

François — Ce n’est surtout pas à toi qu’il faut apprendre qu’en démocratie d’opinion l’art de gouverner consiste pour beaucoup à rester en campagne une fois rendu ou revenu à la tête de l’État. Les débats et engagements d’avant élection présidentielle ne sont jamais à la hauteur des contraintes qui se révèlent devoir être surmontées pour aller assez loin dans des réformes systémiques, surtout quand ces dernières doivent avoir pour effet de remettre d’aplomb à la fois les finances publiques et la croissance économique.

Nicolas — Je dois avouer que la proposition d’un plan cohérent pour progresser à la fois sur l’assainissement des finances publiques et la stimulation de la croissance économique ne peut pas être repoussée d’un revers de main. Mais chat échaudé craint l’eau froide. Il faut que la mise en œuvre de ce plan n’ait pas à être différée si le coup de tabac de 2008 ou un autre de même magnitude se reproduit.

François — Parallèlement au soutien des banques par des prêts exceptionnels, la relance permanente par de la mise en capital aurait pu être réveillée par des réformes systémiques sur la distribution des bénéfices des entreprises et sur l’augmentation de la part nationale du stock national de capital constitué d’actions restituables. Par exemple, la capitalisation de La Poste aurait pu prendre cette forme.

Nicolas — Tant en France qu’en Angleterre. Il aurait fallu à ces pays des gouvernements ayant de l’économie de marché une conception dont l’autorégulation E’PCE’’ soit explicitement un pilier. Le problème politique reste entier : comment faire de cette autorégulation l’un des dogmes majeurs du catéchisme d’un grand parti de gouvernement puis d’une majorité parlementaire ? Venons-en au point 10.

François, lisant le dernier point de la fiche qu’il a rédigée — «  10)  La campagne suggérée par le point précédent et les réformes systémiques rendant l’autorégulation E’PCE’’ plus active ont, sur le fond, un point commun. Elles sont une contribution à la réduction du mélange des genres. Le mettre en avant constitue une critique générale d’une dérive en cours dont le peuple voit qu’elle est une cause majeure de dégénérescence morale, de difficultés accrues d’intégration, de perte d’efficacité sociale positive de la vie économique et politique. »

Nicolas — Donc, ce que tu proposes, c’est au lieu de la critique chiraquienne de « la fracture sociale », la campagne sarkozienne contre « le mélange des genres » ?

François — Je vois à ta mine que cela te surprend beaucoup.

Nicolas — C’est comme si tu me faisais prendre un bain froid. Il faut que je reprenne mon souffle. Certes une critique de l’état de la société portant sur le mélange des genres a de quoi se faire applaudir et créer de l’espoir de changements. Mais c’est là tout un propos et une attitude à travailler comme un acteur le fait de son rôle.

François — À travailler et à faire travailler comme un régisseur le fait. Il ne t’échappe pas que cette critique a d’elle-même une forte assise politique puisque la démocratie est la séparation des pouvoirs afin de contrebattre la propension des puissants et des technocrates à tirer la couverture à eux.

Nicolas — Oui, je vois bien ça et je l’approuve entièrement, contrairement à ce que mes détracteurs se complaisent à laisser entendre. Mais tu avoueras, je me répète, que jouer ce coup exige de bien s’y être préparé. De plus et surtout, on en revient toujours au même. Pour exploiter rentablement ce gisement, il faut prendre appui sur un parti qui soutient pleinement la mission qu’on se donne en faisant ça – pleinement jusqu’à en faire sa propre mission majeure de formation politique.

François — Cet aspect du problème n’est pas le plus difficile à résoudre. Tu n’as qu’à user du mode impératif et ça passera comme une lettre à la poste.

Nicolas — Je ne comprends pas.

François — Vois d’abord si le combat contre le mélange des genres te branche. Si c’est le cas, nous ferons de ce que j’appelle « le mode impératif » le thème de notre prochain entretien.

Nicolas — Et si ce n’est pas le cas ?

François — Nous parlerons de tendance à l’égalisation des taux de profit sur capital. C’est un quasi corollaire de la régulation E’PCE’’.

Nicolas — Même si tu finis par faire de moi un esprit frotté de bonne science économique, il y a, je cite de mémoire, « la trajectoire dans laquelle s’inscrivent les sociétés occidentales depuis plusieurs décennies ». C’est Guaino qui, tirant ça de je ne sais plus quelle lecture, m’en a récemment parlé. Si l’addiction au mélange croissant des genres et aux agrégations excessives de pouvoirs fait partie de cette trajectoire, il y a incontestablement une critique politique à en tirer puisque la démocratie, qui est séparation des pouvoirs, n’y résistera pas.

François — Tu l’as dit et tu as très manifestement raison : pour faire porter à cette critique son fruit de saines réformes, encore faut-il pouvoir prendre appui sur un parti politique et une majorité parlementaire désireux de dévier en ce sens la trajectoire dans laquelle la France et l’Europe s’inscrivent. Pour l’instant, il n’y a pas clairement une demande en ce sens.

Nicolas — Le problème est donc de la créer, cette demande, notamment en montrant que le mélange des genres et la confusion des valeurs et la perte de repères vont ensemble. Et ce serait là qu’interviendrait ta prescription de « mode impératif » ?

François — Sauf à ce que tu en ais maintenant le temps, on en reparle la prochaine fois.

Certifié conforme à la fiction, à suivre, LC

Aj – Le mode impératif

Lucien Contrepoint, © Atelier Paul Fabra, 25ième semaine de 2011

Dixième dialogue de politique-fiction

Nicolas — Ton « mode impératif », de quoi s’agit-il ?

François — Auprès des instances et des militants de l’UMP, et par ce truchement de l’opinion publique française, tu déclines l’autorégulation E’PCE’’ sur le mode impératif.

Nicolas — Cela ne peut marcher que si je prends moi-même appui sur une autorité jugée crédible.

François — L’innovation est une autorité. Les Français sont en l’attente d’une innovation qui change la donne sur la question lancinante de l’emploi et de la hausse du plus grand nombre des salaires réels.

Nicolas — Me vois-tu aller disant, début 2012 : « C’est tout récemment seulement qu’une prescription nouvelle en matière de politique économique a été portée à ma connaissance. Voici en quoi elle consiste et pourquoi j’ai choisi de la soumettre au verdict des urnes. » ?

François —La sincérité est l’une de tes forces. Étudions ce que ce scénario peut donner. Tu tiens, et tu fais tenir, sur l’économie des « il faut que » chacun suivi d’un « parce que » touchant la vie quotidienne des Français et la prospérité de la France.

Nicolas — Et j'y mets plein de « France », « français », « française » pour couper l’herbe sous le pied du FN ?

François — Tu le fais parce qu’il est faux que la déréglementation financière, qui a touché la France à partir de 1983 puis a soulevé la vague appelée « mondialisation », a définitivement raboté les marges de manœuvre des États et de leurs coopérations.

Nicolas — Il faut que le rendement du placement en capital varie dans le même sens que le chômage de longue durée pour que le système économique revienne au plein-emploi. C’est un point clé de la doctrine à laquelle tu m’as initié. Prononce à ton tour ce jugement : « Il faut que… » ?

François — « Il faut que le rendement du placement en capital varie dans le même sens que le chômage de longue durée pour que le système économique revienne au plein-emploi. »

Nicolas — C’est bien ce qu’il me semblait. C’est un propos de professeur. Venant d’un politique, c’est indigeste.

François — Je ne t’ai pas conseillé de commencer par là.

Nicolas — Quel est donc le premier de tes « il faut » ?

François — Pour l’instant, ma préférence va à : « Il faut que la France devienne la nation championne de la relance sans effet pervers ».

Nicolas — À partir de cet « il faut » initial, je déroulerais quoi ?

François —.Il faut que les entreprises françaises soient en mesure de se financer majoritairement par du capital et non par de l'endettement. C'est le moyen le plus sain de création d’emplois par les entreprises.

Nicolas —.Le capital est devenu pour toi quelque chose de précis. C’est loin d’être le cas pour le plus grand nombre des Français.

François — Il faut que la société française et sa classe politique se mettent à voir plus précisément ce qui est capital en économie. La voie de la relance sans effet pervers est de ce côté. L’entreprise est, dans l’économie, l’entité capitale puisque de l’appareil constitué par les entreprises d’un pays dépend la hauteur et la distribution des revenus dans ce pays. Dans l’entreprise, la grandeur capitale est celle de son financement permanent par son propriétaire ou ses copropriétaires parce que cet apport est le moyen systémiquement le plus sain de tout le reste, dont la création et le maintien d’emplois.

Nicolas — Je doute qu’une campagne présidentielle suffise à ce que la France se mette à voir plus précisément et plus consensuellement ce qui est capital en économie, même si cette campagne est suivie d’un quinquennat bien dans sa ligne.

François — Vois qu’il y a une place à prendre et que le corps électoral attend qu’elle en vienne enfin à être prise. Cette place est celle d’un président de la République française qui, en tant que candidat, a énoncé des définitions renouvelées du capitalisme et du libéralisme économique, puis pendant son quinquennat a décliné par des réformes systémiques ce que ces définitions impliquent.

Nicolas — Tout dépend de ces définitions puis de ces réformes. Si elles sont dans la ligne de ce que l’opinion publique attend et qui est objectivement bon pour le pays, c’est jouable.

François — Le capitalisme est un état de l’économie de marché dans lequel les entreprises sont financées davantage par du capital que par du crédit fourni par des banques et d’autres entreprises. Le contraire du capitalisme, c’est le créditisme.

Nicolas — Il ne peut pas t’échapper que le travail à faire pour rendre cette définition du capitalisme appétissante est colossal.

François — Le libéralisme économique est un état de l’économie de marché dans lequel les entreprises sont la propriété directe des particuliers et de leurs associations non commerciales. Le contraire du libéralisme, c’est le centralisme, dont celui pratiqué non seulement par les pouvoirs publics nationaux mais aussi par les entreprises propriétaires d’autres entreprises.

Nicolas —Ce que tu appelles le libéralisme, par opposition au centralisme, remet à la population elle-même un pouvoir accru de stimulation et de régulation de l’appareil entrepreneurial, c’est bien ça ?

François — Oui. Mais je m’empresse d’ajouter que c’est problématique. Il faut que les particuliers et leurs associations non commerciales fassent plus souvent une bonne affaire qu’une mauvaise en plaçant une partie de leur épargne en titres de copropriété d’entreprises, c’est-à-dire en actions.

Nicolas — Et là tu sors la montée à 100 % de l’impôt sur les bénéfices non distribués et un unique barème de l’impôt sur le revenu selon qu’il s’agit d’un revenu du travail ou de placement.

François — Je sors également un train de réformes organiques concernant le taux de profit sur capital et une promotion, sans avantage fiscal à la clé, des actions restituables, placées en capital variable.

Nicolas — En gros, ça consiste en quoi ces réformes sur le taux de profit ?

François — Le chiffrage des taux de profit sur capital n’est pas normalisé. S’il l’était, de façon assez simple pour constituer une base fiable de comparaison, ces taux deviendraient des repères dont le grand public a besoin pour rendre ses arbitrages en matière de placements. Ce qu’il faut bien voir à ce sujet…

Nicolas — Ne prends pas la peine de m’en dire plus pour l’instant. Ce que les électeurs et ceux qui sollicitent leurs suffrages connaissent le moins mal est l’état actuel des choses. Ce qui les branche le plus est ce dont on leur propose de sortir. Toute ton affaire, ça revient à sortir de quoi ?

François —D’un excès de confiscations financières par des appareils. Les résultats de l’économie française seraient bien meilleurs avec nettement moins de ces confiscations.

Nicolas — Faisons porter sur ce thème notre prochain entretien de politique-fiction. Tu t’en tiendras à ce que tu crois être celles de ces confiscations que tu juges principales et qu’un gouvernement peut faire sensiblement reculer en un quinquennat. De mon côté, je te dirai ce qui est de nature à me faire hésiter à me lancer dans cette aventure.

Certifié conforme à la fiction, à suivre, LC

Finances publiques et chômage, Jean-Bernard Mattret

La réduction de la dette publique permettrait de réduire le chômage grâce à des excédents publics.

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L'application de Caritas in Veritate en économie politique, Antoine Lonjon

L’encyclique Caritas in Veritate, parue au printemps 2009, appelle à se détourner de l’économie politique subjective. La présente note étaye cette affirmation en en produisant des extraits.

En premier lieu, il convient d’indiquer que cet appel s'appuie sur la reconnaissance du constat suivant : l’objectivité donne accès à de la vérité ou, comme on voudra, à des vérités. Cette évidence épistémologique et empirique sous-tend incontestablement l'esprit de l'encyclique comme les citations qui suivent le démontrent.

L’économie politique subjective détourne l'économie du bon sens et des vérités édictés par l’économie politique objective. L'approche subjectiviste de l'économie s'expose directement aux dérives précisées dans le passage 3 de Caritas in Veritate  :

« Dépourvu de vérité, l’amour bascule dans le sentimentalisme. L’amour devient une coque vide susceptible d’être arbitrairement remplie. C’est le risque mortifère qu’affronte l’amour dans une culture sans vérité. Il est la proie des émotions et de l’opinion contingente des êtres humains ; il devient un terme galvaudé et déformé, jusqu’à signifier son contraire. La vérité libère l’amour des étroitesses de l’émotivité qui le prive de contenus relationnels et sociaux, et d’un fidéisme qui le prive d’un souffle humain et universel. Dans la vérité, l’amour reflète en même temps la dimension personnelle et publique de la foi au Dieu biblique qui est à la fois « Agapè» et « Lógos»: Charité et Vérité, Amour et Parole. »

La pensée économique est particulièrement exposée à cette dérive, avec ce que cela implique de considérations et prescriptions sociales ainsi que d’influence sur les politiques gouvernementales et l’ensemble de la société. C'est pourquoi Benoît XVI a éprouvé le besoin d’en faire un thème majeur de sa Lettre encyclique car trop de « culture sans vérité » est bien une difficulté de notre époque.

La troisième et quatrième phrases du passage 4 de Caritas in Veritate souligne encore le danger d'un rapport au monde fondé sur la subjectivité telle que pronée par la théorie économique contemporaine :

« En aidant les hommes à aller au-delà de leurs opinions et de leurs sensations subjectives, la vérité leur permet de dépasser les déterminismes culturels et historiques et de se rencontrer dans la reconnaissance de la substance et de la valeur des choses. La vérité ouvre et unit les intelligences dans le lógos de l’amour: l’annonce et le témoignage chrétien de l’amour résident en cela. »

Précisons maintenant en quoi on peut qualifier la théorique économique actuelle de subjectiviste :

  • L’élévation du profit au rang de but de l’entreprise capitaliste est subjectiviste. C'est faire de l'entreprise un sujet, au même titre que chacun de nous. C'est détourner ainsi l'entreprise de sa finalité: être une organisation marchande propice à l'exercice du travail des hommes afin de leur assurer un revenu. Seul l'homme peut confondre Dieu et l'argent et s'y perdre dans la maximisation des profits.
  • Les cotisations dites patronales sont un artifice donnant aux employeurs et employés le sentiment que les uns paient à la place des autres alors qu’en réalité ces cotisations sont un élément de salaire : de l’objectivité est sacrifiée à de la subjectivité.  
  • Accorder droit de cité, jusque dans la présente encyclique, au terme « capital humain » est subjectiviste car le travail n'est pas une marchandise. L'extension abusive du terme « capital  » à toutes les ressources (humaines, naturelles, financières) contribuant au fonctionnement de l'économie est un asservissement de ces ressources au mythe de la satisfaction des besoins. Cet asservissement prend nom de « facteurs de production  » où la distinction de la Genèse entre l'homme et la nature, l'homme et ses propres richesses est abolie. Toute chose devient une marchandise du simple fait qu'elle peut-être désirée, par vous, par moi, par quelqu'un.
  • Les manuels d’économie sont foncièrement subjectivistes (et mathématistes) car ils fondent la valeur des choses sur le besoin de l'individu, par définition subjectif (mon besoin n'est pas forcément le votre). Le plus cocasse est l'appareillage mathématique supposé « mesurer » l'utilité des marchandises. Certains prétendent même mesurer le bonheur aujourd'hui, comme quoi l'approche subjectiviste conduit à énoncer des propos franchement absurdes.

La théorie subjective de l'économie, fondée sur l'analyse du besoin, conduit à des descriptions auto réalisatrices  comme celles de la primauté de la demande sur l’offre et de l’équilibre de sous-emploi. Ceci fait perdre tout moyen d'action intelligible et sensé aux politiques économiques et on en vient à évoquer la fatalité, l'appel magique à la «confiance»; on est pas loin du veau d'or. Au Vatican, cela se sait et cela dérange car la mise à nue de contrevérités est toujours désagréable. Une voie libératrice est en cours d’obstruction par le Malin via les économistes et les financiers avec des justifications alambiquées d'écarts de salaire de plus en plus indécents et de profits déconnectés du labeur des hommes. Les avaries systémiques en train de s’enchaîner sont loin, bien loin, d’être faute à pas de chance ou aux seuls politiciens.

L’économie politique subjective a entamé sa carrière universitaire au dernier quart du dix-neuvième siècle. Ce fût, en France et francophonie, d’abord sous le nom de « l’économie mathématique » puis, peu de décennies après, du « marginalisme », alias l’ « école néo-classique ». « Néolibéralisme » est plus tardif et reste contesté par ceux même qui placent la geste néo-classique dans la droite ligne de Smith, Say et Ricardo. Paul Fabra a pourtant mis en lumière la rupture que les néo-classiques ont introduit, avec Ricardo en particulier. L'approche néo-classique par le besoin a ainsi conduit à étendre sans fin le champ de l'économie politique, d'où l'apparition, à la fin des années 1950, du pluriel « sciences économiques ».

Ce pluriel cache aux non initiés l’unité doctrinale qui sous-tend l'économie politique contemporaire. C'est pour souligner cette unité que l'Atelier Paul Fabra emploi le terme « économie politique subjective ». En exhortant à plus d’objectivité en matière sociale, laquelle matière comprend l’économique, Caritas in Veritate invite à prendre davantage de distance critique à l’égard des « sciences économiques ». Ce faisant, cette encyclique, et par elle la doctrine sociale de l’Église, prescrit de se tourner vers l’économie politique objective. Les implications en sont les suivantes:

1) c’est le singulier « science économique » qu’il convient en vérité d’attacher à l’économie politique objective ;

2) c’est de se détourner des « sciences économiques » en se tournant vers la « science économique » prescrite par le Magistère de l’Église catholique.

Ce Magistère ne peut rompre avec les économistes catholiques désorientés par les remises en cause de l'économie politique objective (sur les prix, le profit, le travail, le capital, rien de moins ...). C’est une révolution universitairement périlleuse et le Magistère a certes la ressource de déclarer que « L’Église n’a pas de solutions techniques à offrir ». Il y a cependant deux « mais » qui, l’un et l’autre décisifs, ne permettent pas de laisser de côté la remise en cause qui s'impose.

Mais 1. Ce membre de phrase est le début du second paragraphe du passage 9 de Caritas in Veritate. Il faut le replacer dans son contexte. Voici in extenso ce paragraphe (sans les renvois qui sont à des références du corpus doctrinal mais en respectant les mises en italique que le texte publié comporte) :

« L’Église n’a pas de solutions techniques à offrir et ne prétend « aucunement s’immiscer dans la politique des États ». Elle a toutefois une mission de vérité à remplir, en tout temps et en toutes circonstances, en faveur d’une société à la mesure de l’homme, de sa dignité et de sa vocation. Sans vérité, on aboutit à une vision empirique et sceptique de la vie, incapable de s’élever au-dessus de l’agir, car inattentive à saisir les valeurs – et parfois pas même le sens des choses – qui permettraient de la juger et de l’orienter. La fidélité à l’homme exige la fidélité à la vérité qui, seule, est la garantie de la liberté (cf. Jn 8, 32) et de la possibilité d’un développement humain intégral. C’est pour cela que l’Église la recherche, qu’elle l’annonce sans relâche et qu’elle la reconnaît partout où elle se manifeste. Cette mission de vérité est pour l’Église une mission impérative. Sa doctrine sociale est un aspect particulier de cette annonce: c’est un service rendu à la vérité qui libère. Ouverte à la vérité, quel que soit le savoir d’où elle provient, la doctrine sociale de l’Église est prête à l’accueillir. Elle rassemble dans l’unité les fragments où elle se trouve souvent disséminée et elle l’introduit dans le vécu toujours nouveau de la société des hommes et des peuples. »

Mais 2. Les économistes catholiques et les catholiques participent à la mission impérative rappelée par Benoit XVI: prêter attention aux débats d’idées économiques, prendre parti, le faire savoir autour d’eux.

Est-il, dans ces conditions, excessif de considérer qu’un enjeu ecclésial se joue dans l’affaire « économie politique subjective, alias sciences économiques » contre « économie politique objective, candidate à l’appellation alternative « science économique » au singulier » ?

Le lien http://www.atelierpaulfabra.org/reo/2009-09-23 donne accès à une note sur science économique et doctrine sociale de l’Église coproduite avec Dominique Michaut pendant l’été 2009. Jacques Bichot en a pris connaissance avant de commencer récemment à examiner le traité d’économie politique objective en cours d'édition par l’Atelier Paul Fabra (section « Science économique » du site de l’Atelier).

Dans les actes des colloques sur Caritas in Veritate, il sera intéressant de chercher la glose de la nature de l'engagement que la doctrine sociale de l’Église doit prendre en matière d'économie politique. Exhorte-t-on à se détourner de l’économie politique subjective et à se tourner vers l’économie politique objective ? Ceci ne veut très évidemment pas dire : encenser ce que l’Atelier Paul Fabra produit mais se mettre en position de répondre aux objections et propositions qui y sont relevées parce que commune à chacun d'entre nous. La même finalité nous anime : la propagation de la bonne nouvelle du début de carrière d’un changement radical d’idées directrices du capitalisme replacé dans l’orbite de l’économie juste, deuxième priorité de la Charte pour le renouvellement de la pratique politique, accomplissement stimulé par une impulsion que Benoît XVI a donné au catholicisme et, par lui, au christianisme et à tous les laïcs de bonne volonté, anticléricaux compris.

Il est probable que les ajustements mutuels prendront du temps car il faut des dizaines d’années pour cheviller un premier traité d’économie politique objective, didactiquement exploitable et couvrant au moins le champ de la Théorie générale de Keynes. Plaçons donc cette probablité et les considérations dont cet envoi vous fait part sous votre sage et courageuse résolution : « Attendre un miracle ? Pas avant d’avoir rempli pleinement notre rôle » – notre devoir malgré l’adversité.

AL avec le concours de DM sur les indications d'histoire de l'économie politique

 

La crise financière, fruit du mensonge, Jacques Bichot

Jacques Bichot est intervenu au colloque de Lérins, organisé par le Diocèse de Toulon les 22 et 23 octobre 2011. Les points qu'il aborde pour étayer sa thèse d'économiste et de moraliste et, ce faisant, orienter qui le veut bien dans la recherche de solutions, sont tous de très grand intérêt et fort clairement traités. Les vues principales que cette contribution comportent recoupent ou s'emboîtent avec celles auxquelles l'Atelier travaille sur la refondation du capitalisme. C'est pourquoi nous recommandons vivement  la lecture de cette contribution, téléchargeable par le lien ci-dessous. 


La crise financière, fruit du mensonge

La monnaie, instrument de la contrainte budgétaire

La monnaie est ou n’est pas un bien, selon les instruments utilisés, qui varient selon les époques. Qu’elle prenne la forme d’un objet précieux, comme une pièce d’or, ou qu’elle soit abstraite, comme un solde créditeur sur un compte en banque, la monnaie consiste toujours à mettre l’arithmétique au service de l’organisation de notre vie économique et sociale1. Plus précisément, notre conduite est conditionnée par la contrainte monétaire. Georges Brassens est à ce sujet beaucoup plus pertinent que de nombreux traités savants :

« Chez l’épicier, pas d’argent, pas d’épices,
Chez la belle Suzon, pas d’argent … »

Autrement dit, si l’on veut des épices, il faut que notre compteur monétaire (compte en banque ou pièces dans une bourse) soit positif. Et pour cela, il faut avoir fait quelque chose qui le rende positif : avoir travaillé, par exemple.

Si la monnaie n’était constituée que d’or et d’argent, on pourrait imaginer se passer de créances et dettes : tous les achats s’effectueraient au comptant, en espèces sonnantes et trébuchantes. En fait, les choses ne se sont jamais passées de cette manière. L’économie a besoin de plus d’argent que les mines ne peuvent fournir de métal. Ainsi l’Europe connut-elle à la fin du XIVème siècle une disette monétaire, provoquée par le déficit de la balance des paiements courants – les métaux précieux filaient en Orient en règlement des importations européennes – et la faible production des mines en Occident. Ce fut une période noire, car la confiance était trop restreinte pour que la monnaie de crédit soit un substitut suffisant à la monnaie métallique. Mais elle aurait été encore plus noire s’il n’y avait eu que la monnaie métallique.

Les économies contemporaines ne pourraient pas de passer de monnaie abstraite, virtuelle. Cette monnaie pourrait théoriquement prendre la forme de sommes sur des comptes tenus par un unique organisme ayant le monopole du service monétaire. Les paiements s’effectueraient, comme aujourd’hui, par virement d’un compte à un autre. Mais ces comptes ne pourraient jamais devenir débiteurs, l’organisme monétaire ne ferait aucun crédit, il se contenterait de tenir les comptes et d’exécuter les ordres de virements. La quantité de monnaie pourrait augmenter à un rythme compatible avec la stabilité de son pouvoir d’achat, c’est‐à‐dire au même rythme que le PIB, par inscription ex nihilo de sommes sur les comptes des Etats. Il n’existerait aucune forme de création de monnaie en dehors de ces inscriptions ex nihilo sur les comptes des Etats. L’économiste le plus connu qui ait soutenu ce mode d’organisation monétaire est Maurice Allais2, le seul prix Nobel d’économie français, décédé en 2010. On parle à ce sujet de « monnaie 100 % ».

La monnaie 100 % constitue un modèle très instructif. Ce modèle met en évidence le principe de la contrainte budgétaire exercée grâce à la monnaie : pour se procurer des biens et services que l’on ne produit pas soi‐même, il faut disposer d’une somme suffisante sur son compte, de façon à ce qu’il puisse être débité du prix de la marchandise achetée ; et pour que cette opération puisse se répéter, il faut que le compte soit crédité, ce qui peut se produire de trois façons : en vendant des biens ou des services (le travail salarié est le plus courant des services rétribués monétairement) ; en obtenant des dons, volontaires ou forcés (extorsion de fonds) ; ou en empruntant.

Obtenir des dons volontaires est le plus souvent difficile – les pauvres hères qui font la manche en savent quelque chose, il parait que leur collecte est en France de l’ordre de 15 € par jour. L’extorsion de fonds peut rapporter assez gros, notamment auprès de personnes âgées ou opprimées (par exemple les prostituées exploitées par un proxénète), mais les pouvoirs publics cherchent souvent à s’en réserver le monopole. Emprunter suppose de rembourser, ce à quoi l’on peut parvenir un certain temps en empruntant, comme l’a fait à grande échelle un Bernard Madoff, et comme le font des centaines de milliers de personnes surendettées – mais ça ne se termine généralement pas très bien. Reste donc à produire pour vendre soi‐même le produit de son travail, ou à travailler comme salarié.

Grâce à cette discipline que nous impose la contrainte budgétaire, et malgré les deux échappatoires que constituent l’extorsion de fonds et le comportement Madoff, nous pouvons disposer d’une économie d’échange à peu près viable. Mais si elle restait trop stricte, implacable, la contrainte budgétaire briderait la croissance : son assouplissement est indispensable. Tel est le rôle de la finance.

La finance, assouplisseur de la contrainte budgétaire

Le calendrier de nos dépenses ne coïncide pas nécessairement avec celui de nos recettes. Limitons‐nous au cas d’une entreprise et à celui d’un ménage qui acquiert son logement :
l’investissement requiert des sommes qui dépassent largement les recettes du moment. L’entreprise et le ménage doivent : soit avoir antérieurement épargné, en dépensant une partie seulement de leurs gains ; soit emprunter, ce qui leur permet de payer leurs fournisseurs sous condition de rembourser ensuite le prêteur ; soit, pour l’entreprise, réaliser une augmentation de capital social, ce qui suppose que l’on prévoit suite à l’investissement une augmentation de ses bénéfices et de ses dividendes.

La finance est fondamentalement constituée par ces opérations de prêt, d’épargne, et d’apports de fonds propres. Elles permettent d’assouplir considérablement la contrainte budgétaire ; le problème est d’instaurer un contrôle social et légal suffisamment efficace pour que les emprunts et les émissions d’actions ne deviennent pas un moyen de duper les épargnants, c’est‐à‐dire un instrument de prédation.

La monnaie 100 % est préconisée dans ce but. Sa mise en oeuvre provoquerait une séparation radicale du monétaire et du financier, puisque la monnaie n’aurait aucune contrepartie, et ne serait pas une créance. Mais nous sommes dans un monde où la monnaie qui existe est une monnaie de crédit, née de l’activité financière. Peut‐être dans quelques siècles existera‐t‐il une autorité mondiale capable d’instaurer la monnaie 100 %, c’est‐à‐dire une monnaie qui ne doive rien au crédit, mais depuis plusieurs millénaires c’est la monnaie de crédit qui permet, en sus de la monnaie‐bien, ou quasiment seule, de faire fonctionner la contrainte budgétaire, indispensable à une humanité composée d’hommes dont beaucoup aimeraient assez consommer un maximum tout en laissant à d’autres le soin de réaliser la production (comportement de « passager clandestin »). Le monétaire et le financier sont intrinsèquement liés ; il est plus réaliste de chercher à faire fonctionner correctement ce système monétaire‐et‐financier que de préconiser une opération séparant ces deux frères siamois : nos équipes de chirurgiens ne sont pas assez qualifiées pour se lancer dans une entreprise d’une telle envergure ; les risques encourus seraient énormes.

La monnaie‐dette

La monnaie contemporaine prend la forme de créances sur les banques. La naissance de ces créances, c’est‐à‐dire la création monétaire, résulte des prêts accordés par les banques ou des achats de titres qu’elles réalisent. En schématisant, certains agents peuvent acheter des biens et des services sans être préalablement créanciers : il suffit qu’une banque leur consente un crédit. Dans le cas le plus simple, que l’on rencontre surtout dans les pays anglo‐saxons, la banque crédite le compte courant de l’emprunteur du montant dont elle débite son compte de prêt. Dans le cas du tirage à découvert, très utilisé dès le moyen âge, le même compte peut être créditeur ou débiteur : une convention passée entre la banque et son client précise jusqu’à quel point il peut être débiteur, et tant qu’un paiement ne rend pas le compte débiteur au‐delà du découvert autorisé, la banque exécute l’ordre de paiement de son client. Une troisième technique existe, souvent utilisée pour les prêts immobiliers : la banque paye elle‐même le vendeur, et inscrit le montant de la vente sur le compte de prêt de son client. Quant au quatrième cas, il est devenu très fréquent : l’emprunteur, Etat ou grande entreprise, émet des reconnaissances de dette négociables (obligations, bons à moyen ou court terme, commercial paper) qui sont achetées, en tout ou en partie, par des banques.

Dans tous les cas, il y a création de monnaie ex nihilo. Une banque ne possède pas de monnaie : la masse monétaire est par définition composée des créances à vue que les agents non financiers détiennent sur les banques. Elle ne peut donc prêter qu’en créant de la monnaie. Celle‐ci est une dette bancaire. Et chacun non seulement accepte d’être créancier d’une banque, mais encore recherche le moyen de l’être davantage, que ce soit en travaillant ou en jouant au Loto.

Cela explique que les banques puissent créer de la monnaie : la personne qui reçoit un paiement n’a aucune raison de le refuser s’il provient d’une création de monnaie ex nihilo, c’est‐à‐dire d’un crédit bancaire consenti à l’organisme ou à l’être humain qui la paie. Les fournisseurs et salariés d’une entreprise, par exemple, n’ont aucune raison de se méfier des paiements qu’ils en reçoivent : que la monnaie ait été préalablement gagnée ou qu’elle ait été créée à l’occasion d’un emprunt, elle a exactement les mêmes propriétés pour celui à qui elle est remise en paiement. En revanche, la banque qui fait crédit prend une responsabilité qui peut lui coûter cher : si l’emprunteur est défaillant, c’est à elle d’assumer la perte.

Les banques ont donc un rôle économique d’une extrême importance :

  • prêter suffisamment, sinon l’économie se retrouve en situation de faim monétaire, comme à la fin du XIVème siècle en Europe, et tout le monde en pâtit ;
  • mais ne pas prêter exagérément, c’est‐à‐dire à des agents qui utilisent des biens et services sans produire et vendre l’équivalent. Les Banques ont une mission de service public : éviter que des agents peu scrupuleux se servent de la création monétaire pour vivre en parasites.

La surveillance mutuelle

La contrainte budgétaire repose donc sur une discipline que les banques sont particulièrement en charge d’imposer. Certes, elles ne sont pas les seules : les entreprises, dans la mesure où elles fournissent d’autres entreprises un certain temps avant d’être payées par elles, ont‐elles aussi à exercer une surveillance les unes sur les autres, à s’assurer que leurs clients sont solvables. Et il est bon que les entreprises aient cette responsabilité. En quelque sorte, il en va de l’économie comme d’une classe : c’est au maître qu’incombe la responsabilité principale de maintien de l’ordre, mais les choses vont beaucoup mieux si les élèves désireux de travailler semoncent ceux qui, par leur bavardage ou leur chahut, les en empêchent.

Nous sommes donc dans un système de surveillance des uns par les autres. On peut s’en attrister en disant que tout le monde devrait être beau et gentil, mais ce n’est pas le cas, et la confiance aveugle est une calamité au même titre que la défiance maladive.

A ce propos, il est utile de se référer à l’abbé Galiani, auteur au XVIIIème siècle d’un petit opuscule intitulé « Della moneta ». Il se demande pourquoi nous ne pouvons pas faire fonctionner l’économie tout simplement en faisant confiance aux autres pour nous faire du bien comme nous en leur faisons. Et il explique que la plupart des gens ont besoin d’être quelque peu tenus en laisse. Dans un passage amusant il se demande si la pure confiance, sans aucun contrôle, sans aucune sanction, ne pourrait pas marcher dans un couvent – et il conclut que, même dans une communauté d’hommes et de femmes voués à l’amour de Dieu et de leurs frères, la nature humaine étant ce qu’elle est, le péché originel étant passé par là, ça ne marcherait pas non plus.

L’écriture sainte nous dit d’ailleurs à peu près la même chose. Le Seigneur envoie à son peuple et à ses chefs des prophètes pour leur faire des remontrances, « avertir le méchant d’abandonner sa conduite », comme il est dit au chapitre 33 d’Ezéchiel ; et dans l’Exode, par exemple au chapitre 32, celui du Veau d’or, le Seigneur dit à Moshé : « Je vois bien que ce peuple a la nuque raide. »

La suite de ce chapitre est très instructive. Moshé reproche à Aaron d’avoir accédé à la demande populaire d’une idole semblable à celles des autres peuples. Aaron s’excuse en disant « Tu sais toi‐même combien ce peuple est enclin à mal faire » ‐ mais justement, Moshé lui avait confié la responsabilité de veiller au grain en son absence : le peuple avait besoin d’un surveillant qui le maintienne dans le droit chemin. Pour finir, Moshé prend, si j’ose dire, le taureau par les cornes : il réunit les fidèles du vrai Dieu, les fils de Lévi, et les envoie dans le camp tuer « qui son frère, qui son ami, et qui son proche. » L’absence de surveillance suffisante exercée au bon moment débouche sur une remise en ordre sanglante. C’est exactement ce que l’on constate lors des crises provoquées par le laxisme des autorités chargées de réglementer et surveiller les opérations financières.

A ce propos, l’histoire du veau d’or nous fait un clin d’oeil : tout est dit dans cet épisode sur la façon dont survient une crise financière ; elle résulte de la permissivité de ceux dont la mission est de surveiller les agissements de personnes dont on sait bien qu’elles se comportent mal dès qu’on ne les tient pas à l’oeil. L’Exode, et toute la Bible, le nouveau testament comme l’ancien, nous montre l’étendue du péché originel et des « structures de péché »3, comme disait Jean‐Paul II. Nous vivons dans ce monde où, hélas, le mal est aussi répandu que le bien. Et ce n’est pas pour rien si Jésus dit, comme il est rapporté au chapitre 18 de l’Evangile de Matthieu, « Si ton frère a commis une faute, va lui parler seul à seul et montre lui sa faute. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. » Cette péricope reprend d’ailleurs un passage très remarquable du Lévitique chapitre 19 où la prescription « tu dois réprimander ton compatriote » est encadrée par deux appels à l’amour : « tu n’auras pas de haine pour ton frère » et un peu plus loin le second commandement, que Jésus a dit semblable au premier « Tu aimeras ton prochain comme toi‐même ». Le tout ponctué du solennel « Je suis Yahvé. Vous garderez mes lois. »

Le marché comme discipline

Ce devoir de correction fraternelle, qui exige une véritable attention à ce que fait autrui, est à mettre en parallèle avec ce qu’Adam Smith nous dit du marché dans sa parabole de la main invisible. Tant de cuistres ont dénaturé ce concept de Smith pour mieux le vilipender qu’il convient de bien préciser les choses.

Adam Smith est autant un moraliste, auteur de la Théorie des sentiments moraux, qu’un économiste, mondialement connu par ses Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations. Ces deux ouvrages sont très complémentaires, et l’image de la main invisible apparaît dans l’un comme dans l’autre. Son premier ouvrage explore le lien social et particulièrement la sympathie. Dans un passage consacré à l’agriculture, il s’interroge sur les raisons pour lesquelles des progrès sont réalisés dans ce domaine. Il constate que  ceux‐ci viennent le plus souvent des riches, qu’il considère comme étant égoïstes, rapaces, et n’aspirant « qu’à leur propre commodité ». Les riches ne financent donc pas les innovations agricoles par philanthropie, mais dans leur intérêt personnel. Pourtant, les pauvres profitent eux aussi des améliorations ainsi réalisées. Les riches « sont conduits par une main invisible à accomplir presque la même distribution des nécessités de la vie que celle qui aurait eu lieu si la terre avait été divisée en portions égales entre tous ses habitants ; et ainsi, sans le vouloir, ils servent les intérêts de la société et donnent des moyens à la multiplication de l’espèce. »

Le passage du livre IV de la Richesse des nations est davantage connu. Cette fois, c’est tout individu qui « est conduit par une main invisible à remplir une fin qui n’entre nullement dans ses intentions » : en recherchant son propre intérêt, il travaille efficacement au bien général. Et cela grâce au fonctionnement des marchés : pour vendre un bon prix, chacun doit produire des biens ou services de bonne qualité et répondant aux besoins ou désirs d’autres personnes.

Autrement dit, le marché est une discipline qui amène des hommes égoïstes à faire néanmoins du bien à leurs semblables. Le problème est, comme chez Galiani (qui écrit quelques décennies plus tôt), que nous vivons dans une société dont les membres ne sont pas des anges. Et les éléments de solution fournis par chacun des deux économistes sont complémentaires : mesurer ce que l’on apporte et ce que l’on reçoit (à l’aide d’un instrument comptable, la monnaie) et s’appuyer sur le marché, méthode d’échange civilisé (par opposition à la prédation, notamment) pour fixer les prix, opération indispensable pour que joue la contrainte budgétaire.

On pourrait croire que ces considérations touchant aux fondements mêmes de l’analyse économique sont assez éloignées de la crise financière et de ses conséquences économiques. Il n’en est rien. Dans tous les cas, il s’agit de discipline amenant la plupart des acteurs à respecter des règles du jeu.

La crise des retraites annonçait celle des finances classiques

Comme toujours, le poisson pourrit par la tête. Les Etats ont joué un rôle capital pour l’avènement de la tourmente dans laquelle nous nous débattons.

Les Etats disposent du monopole du prélèvement obligatoire. Ceux qui l’exercent sans leur autorisation expresse, c’est‐à‐dire concrètement sans constituer une sorte d’annexe de l’Etat (ce que sont les institutions constituant l’Etat providence) sont mis hors la loi. Mais le prélèvement obligatoire, fiscal ou social, n’est pas très appréciés des contribuables et cotisants. Que l’on ait affaire à une démocratie, à une oligarchie ou à une dictature, les dirigeants ont le sentiment qu’en pressurant trop les titulaires de revenus ils prennent des risques (revers électoral ou révolte). En revanche, ils conçoivent la dépense publique, surtout si elle possède un caractère « social », comme étant plutôt de nature à leur attirer les faveurs de la population. Ils essayent donc de prélever moins qu’ils ne dépensent, et de promettre au‐delà de ce qu’eux et leurs successeurs pourront tenir.

En dehors des gigantesques endettements provoqués par les grandes guerres, qui furent généralement résorbés, souvent grâce à l’inflation, la  première très grande escroquerie étatique fut celle des retraites par répartition. Une caricature représente Bernard Madoff interrogé par un journaliste, qui lui demande : « où avez‐vous été chercher l’idée de votre système ? ». Et le célèbre escroc répond : « j’ai imité le système de retraites par répartition. » Cette caricature a été précédée par de nombreux travaux d’économistes américains comparant OASI, le système de retraites par répartition instauré dans leur pays par le Social Security Act de 1935, à un système Ponzi, du nom de l’escroc italien qui avait sévi au Canada et aux Etats‐Unis au début du XXème siècle. Ponzi, comme Madoff, empruntait en promettant de gros intérêts, qu’il payait rubis sur l’ongle, tout comme il honorait les demandes de remboursement, en trouvant des prêteurs supplémentaires en nombre croissant. Cet élargissement perpétuel de la base du système est la raison pour laquelle on parle souvent des « pyramides » de Ponzi ou de Madoff.

Les retraites par répartition n’ont pas vocation à être des pyramides de Madoff, mais les hommes politiques leur ont donné cette forme par ignorance et démagogie. Economiquement, la retraite par répartition est un échange entre générations successives, échange organisé dans un cadre national après l’avoir été jadis au niveau de chaque famille ou tribu. Dans tous les cas, les adultes élèvent des enfants, et ceux‐ci les prennent en charge durant leur vieillesse, quand ils sont eux‐mêmes devenus adultes et producteurs. Economiquement, les retraites par répartition sont donc préparées par la mise au monde et l’éducation des enfants, conformément à ce que j’appelle le théorème de Sauvy, qui écrivait : « Nos retraites ne sont pas préparées par nos cotisations, mais par nos enfants. »

Le droit positif des retraites s’est constitué en totale opposition à cette réalité économique. Pour faciliter le recouvrement des cotisations, les gouvernants ont en effet édicté des lois selon lesquels ceux qui auraient cotisé pour leurs aînés auraient droit à des pensions, grosso modo proportionnelles aux cotisations qu’ils auraient versées. Autrement dit, le remboursement de la dette des travailleurs à l’égard des personnes ayant contribué à leur entretien et à leur formation était transformé par un coup de baguette législative en un acte d’épargne fournissant des droits pour l’avenir. Ce mensonge législatif est le plus gros et le plus délétère de tous les mensonges qui empoisonnent aujourd’hui notre économie. En effet, aux Etats‐Unis, pays où les retraites par répartition sont modestes, la créance sur les générations montantes que sont les droits à pension représente deux fois le PIB annuel, et donc largement deux fois la dette de l’Etat fédéral. Dans l’Europe méditerranéenne, y compris la France, ces engagements de retraite par répartition se montent à 4 ou 5 PIB, de 3 à 6 fois plus que la dette publique classique, même dans un pays comme la Grèce.

Un système qui attribue des droits à pension au prorata des cotisations versées fait miroiter aux yeux des adhérents des pensions indépendantes de l’état de la démographie. Ainsi les baby‐boomers français, nés entre 1945 et 1974, ont‐ils été crédités de droits à pension plus élevés que ceux attribués à leurs parents, nés durant et entre les deux guerres mondiales, alors qu’ils avaient mis au monde 2 enfants par femme, contre presque 3 pour la génération de leurs parents. Si vous avez investi 2 millions et que vous prétendez recevoir un dividende supérieur à ceux qui ont investi 3 millions, il y a un problème. Ce problème est exactement celui auquel sont confrontés les systèmes de retraites par répartition, dans la plupart des pays développés. Sa solution est une série impressionnante de banqueroutes partielles, appelées réformes. Les réformes des retraites ne sont en effet rien d’autres que des réductions de droits à pension accordés de façon imprudente, c’est‐à‐dire sans rapport avec la réalité économique.

Ainsi la finance sociale s’est‐elle déconnectée massivement de l’économie réelle avant que la finance classique ne suive le même chemin. Elle a été un précurseur. La finance Madoff est en quelque sorte la fille des retraites Ponzi. Le malheur est que la mère et la fille sont aujourd’hui toutes deux en pleine activité.

Une crise de la discipline monétaire et financière

Le bacille du mensonge a toujours été présent dans la finance classique, et il est devenu plus virulent à divers moments de l’histoire, provoquant de sérieuses infections, dont la crise actuelle fait partie. Il ne faut pas la considérer comme un évènement totalement original ; il ne faut pas non plus sous‐estimer sa gravité, liée notamment à la mondialisation, qui en fait une infection non pas localisée, mais planétaire.

Je serai bref sur les manifestations techniques de cette crise, indiquant juste le minimum requis pour mesurer l’importance de la déconnexion qui s’est produite entre la finance et la réalité.

Partons du phénomène emblématique, les prêts immobiliers dits « subprime » consentis à des ménages à faibles revenus. Ils ont constitué une entorse caractérisée à la contrainte budgétaire dont les banques ont en partie la charge. Une banque est censée ne prêter qu’à des agents présentant une forte probabilité de remboursement. Or, en l’espèce, elles ont prêté à des ménages manifestement incapables de payer des échéances en rapport avec le montant de leur emprunt et un taux d’intérêt raisonnable. Ces agents étaient peu rompus à l’exercice délicat qui consiste à se projeter dans l’avenir, et dans un avenir plus difficile que le présent. Au lieu de les aider à prendre conscience des réalités à venir, les banques (ou les courtiers qui leur servaient d’intermédiaires pour cette sale besogne) leur ont fait croire ou laissé croire qu’ils pourraient payer, en leur accordant des différés d’amortissement et des taux d’intérêt initiaux particulièrement attractifs.

Les clauses prévoyant une augmentation de ces taux dans telle ou telle circonstance étaient en bonne place dans les contrats, mais les « commerciaux » chargés de « vendre » des crédits comme on vend des marchandises se sont probablement montrés discrets à leur sujet. En revanche, ils n’ont pas manqué de faire valoir que la hausse des prix de l’immobilier rendrait facile la revente du bien avant l’échéance finale à un prix dépassant nettement le remboursement du solde du prêt, sans attirer l’attention des clients sur le fait que les prix ne montent pas jusqu’au ciel.

On se trouve donc dans un cas de figure où la mission du banquier – surveiller la solvabilité de ses emprunteurs – a été largement mise de côté. Beaucoup de banques ont agi comme des marchands ordinaires, peu scrupuleux de surcroît : on est à la limite de la tromperie sur la marchandise, voir même au‐delà.

La raison pour laquelle les choses ont pu se passer ainsi est la titrisation des créances douteuses constituées par ces prêts immobiliers. Tout a été dit sur l’opacité introduite par le processus de titrisation, et la possibilité ainsi offerte aux prêteurs initiaux de « refiler le mistigri » à d’autres, sans que ces autres institutions financières soient pleinement conscientes du risque encouru. La mansuétude des agences de notations, en la matière, est autrement coupable que ne l’est – si tant est qu’elle le soit – la dégradation de la note de certains Etats. Car on ne saurait reprocher à un veilleur de sonner l’alerte quand il perçoit un danger, même si cela dérange ceux qui adoptent la politique du « circulez, il n’y a rien à voir » ; tandis que le veilleur est dans son tort s’il ne détecte pas l’ennemi qui avance sous un camouflage : on le paye justement pour discerner ce qui se cache sous les déguisements.

Remontons encore l’échelle des causalités. Les investisseurs institutionnels qui ont engrangé des titres composites comportant une part de créances douteuses, comme ils ont engrangé des emprunts d’Etat grecs, portugais ou italiens, savaient bien que le taux d’intérêt obtenu, supérieur par exemple à celui d’une obligation du Trésor allemand ou américain, était la contrepartie d’un risque. Mais ils avaient la possibilité d’occulter ce fait, ou du moins de le rendre difficilement visible par leurs clients épargnants. De la SICAV monétaire dite « dynamique » à l’assurance vie en euros proposant un taux attractif, le rendement un peu supérieur à la moyenne attaché à certains produits d’épargne fut présenté comme le résultat d’une forte compétence des équipes gestionnaires, alors qu’il s’agissait du prix du risque. L’opacité des produits et la mauvaise qualité de leur présentation permettent d’abuser facilement des épargnants perdus dans un domaine rendu artificiellement complexe.

Petite remarque au passage : beaucoup de commentateurs dénoncent le fait que les agences de notation soient payées par les organismes dont elles examinent la solvabilité ; mais on ne s’étonne guère de voir les banques et les assurances rédiger elles‐mêmes les notices présentant leurs SICAV, fonds communs de placement, contrats d’assurance vie, et autres produits financiers proposés à la clientèle. Comme si la comptabilité produite par un salarié de l’entreprise était a priori plus véridique que les comptes établis par un expert comptable et vérifiés par un commissaire aux comptes recevant des honoraires pour prix de leurs diligences …

La Finance casino

On pourrait gloser longuement sur la multiplication des produits dérivés (« futures », c’est‐àdire ventes et achats à terme, options et swaps) et plus particulièrement sur l’usage qui en est fait à des fins spéculatives. Il est clair, par exemple, que vendre à terme des titres que l’on ne possède pas ou des matières premières que l’on ne fabrique pas, ou encore acheter des couvertures en cas de faillite pour des titres que l’on ne possède pas, n’apporte globalement rien au fonctionnement de l’économie. Mais il est plus important, dans le cadre d’un bref exposé, de remonter plus en amont, c’est‐à‐dire jusqu’à l’objectif de l’épargne et des placements.

Ce qui est utile à la production de biens et de services et aux échanges, c’est de pouvoir disposer d’instruments de production adéquats, de capital réel. Ces biens capitaux doivent être financés, et il est sain que ceux qui les financent perçoivent un revenu correspondant au service productif qu’ils rendent ce faisant. Autrement dit, tout placement doit correspondre au financement d’un investissement, éventuellement dans un sens assez large du terme. La monnaie elle‐même, qui est composée de créances, constitue une forme de placement, la plus liquide qui soit ; elle doit avoir comme contrepartie quelque chose qui sert à la production, comme par exemple des biens en cours de fabrication, ou des services déjà rendus mais dont le paiement n’a pas encore eu lieu.

Globalement (au niveau « macro », dit‐on en jargon) tout revenu vient de la production. Mais au niveau d’un agent particulier, comme il a été dit plus haut, on peut obtenir un revenu en le prélevant sur autrui. Et cette activité peut être plus rentable, pour celui qui l’exerce, que la production. Or la finance se prête assez bien à l’organisation d’activités prédatrices, souvent parfaitement légales.

Prenons l’exemple le plus simple, la gestion d’un portefeuille boursier. Ce dont l’économie a besoin, c’est d’actionnaires fidèles mais vigilants, connaissant bien la société dont ils sont partiellement propriétaires, et capables de ce fait de réagir si de mauvaises orientations sont prises par la direction. Fort bien, mais les gestionnaires d’un fonds de placement en actions se sentent engagés vis‐à‐vis de leurs clients à dégager des résultats les plus élevés possible. Ils sont donc poussés à « boursicoter », c’est‐à‐dire à vendre les titres dont ils pensent qu’ils pourraient baisser, pour les racheter éventuellement plus tard, et acheter les titres dont ils pensent qu’ils pourraient monter à relativement bref délai, pour les revendre sans tarder après la hausse. Une lutte s’engage entre gestionnaires, et à travers eux entre épargnants : chacun espère tirer profit de son aptitude à mieux prévoir les mouvements de prix à court terme, il espère (sans l’expliciter) que cela lui permettra de gagner de l’argent sur le dos des épargnants ayant confié leur argent à de moins bons gestionnaires.

Ce choix d’une gestion prédatrice débouche sur d’importantes dépenses inutiles – l’équivalent économique du gaspillage de l’énergie mécanique en frottements dans une machine mal conçue ou mal lubrifiée. Surtout, elle dissuade les épargnants qui seraient volontiers des porteurs fidèles de « valeurs de pères de famille », livrant le champ boursier aux transactions inutiles et désordonnées de professionnels des paris sur valeurs mobilières – paris qui pourront évidemment prendre aussi la forme de ventes à découvert et d’achats ou de ventes d’options. Il serait intéressant de voir quelle proportion du bénéfice des sociétés est ainsi gaspillée dans des travaux inutiles mais souvent bien rémunérés.

A propos de rémunération des acteurs de la finance casino, chacun a évidemment en tête celle de certains traders. Mais le pire est à mon avis le dévoiement d’ingénieurs sortis d’écoles prestigieuses, dont on pourrait espérer qu’ils travailleraient à inventer les énergies du futur ou à faire des études d’impact et de faisabilité en vue de réformes structurelles de la sécurité sociale, et qui utilisent leur maîtrise de l’outil mathématique et informatique à construire des modèles d’intervention automatique sur les marchés destinés à enrichir temporairement leurs employeurs (et eux‐mêmes) sur le dos de particuliers et d’institutions ayant un léger retard.
L’exemple le plus énorme de finance prédatrice n’est pas relatif à l’activité boursière : c’est la revente des titres résultant de la titrisation des subprimes à Freddie Mac et Fannie Mae, les deux énormes sociétés américaines de refinancement hypothécaire fonctionnant avec la garantie de l’Etat fédéral. Plus de 100 milliards de dollars gagnés sur ces sociétés, et finalement sur le contribuable américain, cela fait du bruit, et des procès. Mais la prédation est également au coeur du fonctionnement du marché des changes et des marchés de produits dérivés, y compris lorsqu’il existe un organe de compensation, et plus encore lorsqu’il s’agit d’opérations de gré à gré.

Cela ne signifie pas que ces marchés ne rendent aucun service réel ! Sans marché des changes, notamment, l’économie mondiale ne pourrait pas fonctionner. Mais le seigneuriage auquel les princes se livraient jadis a été remplacé par une autre forme de captation de richesse, qui augmente considérablement les frais liés au commerce international et à la division internationale du travail. Un bon système monétaire mondial – résultant éventuellement d’un nouveau Breton Woods – permettrait à l’économie de se passer d’une part importante des services qui s’accompagnent aujourd’hui de prélèvements privés considérables. Ce serait à coup sûr beaucoup plus favorable au bien commun que la création d’une taxe sur les opérations financières internationales que voudraient introduire certains chefs d’Etat, probablement plus désireux de faire participer leurs Trésors publics à la curée que de moraliser les marchés.

De plus, les coûts d’intermédiation, c’est‐à‐dire de fonctionnement des institutions financières qui s’interposent entre financeurs ultimes et financés ultimes, sont devenus prohibitifs. Le système financier oblige en quelque sorte ses utilisateurs à lui acheter une multitude de services aussi dispendieux qu’inutiles. C’est un secteur où les gains de productivité pourraient être gigantesques s’il fabriquait et vendait ni plus ni moins que ce dont les agents économiques honnêtes (ceux qui ne sont pas prédateurs) ont besoin.

Conclusion : regarder la réalité en face, faire la vérité

On a beaucoup reproché aux universitaires de vivre dans une tour d’ivoire. Aujourd’hui, ce sont les financiers qui sont cloîtrés de cette façon, maintenus à l’écart du monde réel. Manier des millions ou des milliards est un jeu abstrait qui est en partie nécessaire, mais qui a été artificiellement amplifié au détriment du bien commun.

Comment en sortir ? Il n’est possible ici de donner que des indications extrêmement succinctes. Elles ont toutes un socle commun : il s’agit de regarder la réalité en face, et donc de supprimer tout ce qui est destiné à voiler cette réalité. Nous les déclinerons à propos de cinq exemples.

Premier exemple, la Grèce (et plus généralement les Etats surendettés). Nos dirigeants tournent autour du pot, et pendant ce temps le Trésor grec emprunte sur deux ans, en euros, à un taux de 50 % ! La vérité est que la Grèce est insolvable. Il faut donc choisir : ou bien les européens payent à sa place, ou bien elle décide une banqueroute partielle de grande ampleur (par exemple 50 %). La seconde solution est préférable, car il faut rappeler les prêteurs à leur devoir de surveillance des débiteurs, donc les laisser supporter les pertes. Cette banqueroute partielle doit naturellement s’accompagner d’une sortie de la zone euro, dans laquelle la Grèce s’est embarquée en mentant, et qui s’est révélée être un piège, car l’économie grecque, largement basée sur le tourisme, est en concurrence avec la Turquie, et a besoin ipso facto d’une unité monétaire qui ne soit pas plus forte que la livre turque.

Deuxième exemple, la détention directe de valeurs mobilières. Elle s’est réduite comme peau de chagrin, au profit d’une détention intermédiée par des fonds divers et variés qui dépendent de banques ou d’organismes d’assurance. Si l’on veut restaurer l’affectio societatis, et la stabilité de l’actionnariat qui va de pair avec elle, nous devons nous débarrasser de ces écrans qui transforment actions et obligations en une sorte de pâte à papier dont les utilisateurs ne connaissent pas la composition. Une société, un Etat (comme émetteur d’obligations) ne sont pas des composants d’un portefeuille à gérer dans le seul but de réaliser des performances honorables ; ce sont des êtres réels sur lesquels on peut miser en prenant un risque, parce que nous avons pour eux une estime fondée sur un examen attentif et régulièrement renouvelé, ou un projet de redressement, etc.

Troisième exemple, les dérivés. Ils ont joué un rôle considérable dans la transformation de la finance en une sorte de casino, mais ils sont utiles lorsqu’il est possible de réaliser grâce à eux une production nette de sécurité. Par exemple, des importateurs et des exportateurs appartenant à la zone euro sont exposés aux variations du taux de change euro/dollar : ils réduisent les uns et les autres leur risque de change si les importateurs achètent des dollars à terme et si les exportateurs en vendent. Les banques jouent utilement un rôle d’intermédiaire sur ce marché dont les véritables acteurs sont les entreprises. Il faut simplement éviter que d’autres acteurs viennent troubler le fonctionnement de ce marché en y venant avec des intentions spéculatives au sens commun du terme, c’est‐à‐dire essayer de gagner de l’argent sans rien fabriquer qui soit réel, et sans rien acheter dans le but de le conserver. Concrètement, l’accès aux instruments dérivés doit être limité aux acteurs qui s’en servent pour couvrir des risques de marché liés à des opérations réelles : c’est entre eux, sans apport extérieur net, qu’il est intéressant de faire fonctionner des marchés de couverture des risques. Des instruments comme les Credit Default Swaps (CDS) devraient être purement et simplement interdits : la couverture du risque d’insolvabilité du débiteur occupe beaucoup de monde pour des résultats macroéconomiques négatifs, notamment parce que cette couverture diminue la surveillance exercée par les prêteurs et conduit à des contorsions indignes de la part des pouvoirs publics, qui cherchent à réaliser une opération ayant les principaux effets d’une banqueroute partielle sans pour autant réaliser les conditions qui déclenchent l’indemnisation des créanciers. C’est ainsi que le droit positif se déconnecte de la réalité comme du droit naturel, au détriment du bien commun.

Quatrième exemple, la titrisation. Elle est admissible si elle s’inspire du réescompte des effets de commerce, simple garantie d’un prêt d’une banque à une autre, le risque d’impayé restant à la charge du premier prêteur. En revanche, si elle débouche sur un transfert de risque plus ou moins dissimulé par le méli‐mélo des prêts et la difficulté à se repérer dans ce capharnaüm, l’interdiction pure et simple est la solution.

Cinquième exemple, les emprunts dit structurés. On constate, à propos de l’utilisation de cette technique pour des prêts aux collectivités locales, qu’il s’agit d’un instrument de corruption : la banque permet aux responsables politiques locaux de lancer des travaux en trompant les membres de leurs conseils et les électeurs sur le coût réel du crédit nécessaire, et se fait remercier par l’acceptation de conditions léonines. L’interdiction s’impose.

De manière générale, il s’agit de réformer la finance pour en faire un ensemble de vrais marchés, aussi transparents que possible. La parole de Jésus, « que votre ‘oui’ soit ‘oui’, que votre ‘non’ soit ‘non’ », est la devise qui convient aux marchés dignes de ce nom. Moraliser la finance ne consiste pas à sortir de l’économie de marchés, mais à s’orienter vers des marchés qui soient aussi « purs et parfaits » que possible, notamment en termes de qualité de l’information. Vouloir continuer à négocier des contrats obscurs n’est pas se montrer l’ami de l’économie de marchés, mais son fossoyeur.

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La refondation du capitalisme par quelques réformes

La Revue Politique et Parlementaire a demandé à l'Atelier Paul Fabra une contribution sur le thème de la refondation du capitalisme. L'article qui a résulté de cette demande fera partie de la prochaine livraison de cette revue, dans la deuxième moitié de novembre 2011, à paraître mi-décembre. Ci-dessous le chapeau de cet article puis son résumé (résumé qui ne sera pas repris sur papier pour des raisons de place) dont reproduits puis un lien donne accès au texte complet de l'article en son dernier état à ce jour.

Le capitalisme de plein-échange

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la refondation du capitalisme passe par un changement d’économie politique. Il n’est cependant pas nécessaire que ce changement soit consommé pour orienter une politique économique dans un sens favorable à cette refondation. La pleine rémunération du placement en capital n’existe pas encore. Il en va de même de la pleine rémunération du travail. Or instaurer ces pleines rémunérations présente peu de difficultés techniques. C’est d’autant plus remarquable que ces réformes rendent viable un capitalisme nouveau.

Dominique Michaut, Antoine Lonjon / Atelier Paul Fabra

Cinq problèmes, trois solutions, deux pistes

1. La conciliation de la croissance et de l’assainissement des finances publiques fait problème. Or il y a une solution en sortant du carré de l’orthodoxie actuelle. C’est au moyen d’une réforme de la rémunération du placement en capital.

2. La répartition entre revenu de la propriété, d’entreprise notamment, et revenu du travail fait problème. La réforme de la rémunération du placement en capital active une autorégulation qui solutionne ce deuxième problème. La pente communément admise être celle du capitalisme est renversée.

3. L’écart croissant entre les plus bas et les plus hauts salaires fait problème. La réforme de la rémunération du placement en capital a pour complément logique d’une part une régulation sociale des écarts de salaires, d’autre part l’instauration d’une pleine rémunération du travail, qui elle aussi continue à faire défaut.

4. Le capitalisme trop largement voué à la recherche de plus-values fait problème. Il est systémiquement instable et socialement ségrégationniste. Les quelques mesures décrites à grands traits ont la propriété remarquable de faire changer de cap.

5. Ramener le secteur public à son périmètre régalien fait problème. Ces mêmes mesures ont aussi pour propriété remarquable de mettre la société civile en mesure de prendre le relais de l’État-providence.

 

Accès au texte complet en son état à ce jour

 

 

Les retraites par répartition, Jacques Bichot

Le canevas d’une conférence de Jacques Bichot sur les retraites est ci-dessous reproduit tel que le conférencier nous l’a fait parvenir le 4 avril 2011, intertitres compris. C’est cependant à l’exception de la numérotation des paragraphes qui est notre fait afin de servir de référence aux notes de lecture que, après un avertissement, nous soumettons à la sagacité des lecteurs et de l’auteur.

La retraite par répartition existe depuis des millénaires

  1. De manière immémoriale, les adultes élèvent des enfants, et ceux-ci, devenus adultes, prennent en charge leurs parents, ou la génération de leurs parents.
  2. Dans beaucoup de régions du globe, cet échange entre générations successives s’opère au sein de la famille restreinte ; dans d’autres, c’est au niveau du clan ou de la famille très élargie. Dans les pays développés, il a lieu au niveau de chaque nation, et c’est la loi qui l’organise, au lieu de la coutume.

Le théorème de Sauvy

  1. Dans tous les cas le fonctionnement de la retraite par répartition obéit au « théorème de Sauvy » : Les retraites futures ne se préparent pas en s’occupant des personnes âgées actuelles, mais en mettant au monde des enfants et en les élevant correctement.
  2. Dans les pays où il existe des retraites par répartition publiques, les législateurs n’ont généralement pas compris le théorème de Sauvy : ils attribuent les droits à pension au prorata des cotisations vieillesse, qui sont dépensées au fur et à mesure (« pay-as-you-go ») au profit des retraités.

Conséquences de l’ignorance du théorème de Sauvy

  1. Quand une génération a eu beaucoup d’enfants (cas, en France, des personnes nées entre les deux guerres : environ 27 enfants pour 10 femmes) il est possible de servir des retraites généreuses (pensions convenables touchées à partir d’un âge précoce). Si la génération suivante a moins d’enfants (les baby-boomers, nés durant les trente glorieuses 1945-1974) ses membres n’imaginent pas pour autant qu’ils vont avoir des retraites moins généreuses, puisque la loi leur a laissé imaginer qu’ayant beaucoup cotisé ils recevraient beaucoup. Quand vient le moment de liquider leurs pensions, il n’y a pas assez de cotisants pour les payer à la fois longtemps (départs en retraite à 60 ans) et à un niveau agréable en proportion des revenus d’activité. Il faut donc diminuer la générosité du système de retraites ; ce sont des réformes douloureuses, parce que les intéressés, n’ayant pas été informés des réalités, s’attendaient à ce que, ayant beaucoup cotisé, ils aient de bonnes pensions.
  2. Autrement dit, l’ignorance du théorème de Sauvy a conduit les hommes politiques français des années 1975 – 2000 à faire des promesses que leurs successeurs ne peuvent pas tenir, et ces malheureux successeurs sont contraints de faire des réformes impopulaires. Comme en plus ils n’y connaissent pas grand-chose, ils ne font pas des réformes structurelles, qui permettraient ensuite de procéder par ajustements annuels comme on le fait dans les régimes complémentaires français ou dans le système américain OASI (Old Age and Survivors Insurance) ou dans le système suédois réformé en 1998 ; cela oblige à des réformes législatives récurrentes qui maximisent le mécontentement de la population.

L’erreur relative à l’âge de la vieillesse

  1. L’autre grande erreur, seconde cause de mécontentement populaire, concerne l’âge de la vieillesse : nos gouvernants ont laissé croire à la population que l’on devenait vieux en moyenne toujours au même âge, disons 65 ans. C’est totalement inexact : une personne de 65 ans est en 2010 généralement beaucoup plus alerte que son homologue de 1950. Les statisticiens le savent bien : l’espérance de vie en bonne santé, ou « sans incapacité », progresse au moins aussi vite que l’espérance de vie totale. Mais ils n’ont pas accompli leur devoir d’information des hommes politiques et de la population : ils ont imperturbablement conservé 65 ans, voire même 60 ans, comme limite entre le 2e et le 3e âge.
  2. Si l’information sur l’âge de la vieillesse avait été correcte, le relèvement progressif de l’âge de départ à la retraite aurait été réalisé beaucoup plus facilement, et la sottise de 1982, la « retraite à 60 ans », n’aurait peut-être pas été commise.
  3. Maintenant il faut faire une véritable révolution culturelle pour comprendre que partir à la retraite 5 ans avant d’être vieux, pour avoir quelques années pendant lesquelles on peut vraiment en profiter, ça ne veut plus dire à 60 ans, comme en 1950, ni à 65 ans, comme en 1980, mais à 70 ans (en moyenne, bien sûr, avec d’importantes différences entre les individus), et que ce sera probablement à 75 ans vers 2060. Les projections du Conseil d’orientation des retraites à l’horizon 2060 montrent que si l’âge moyen de départ à la retraite ne se relève pas considérablement (vers quelque chose comme 68 ou 70 ans à cette échéance) il faudra imposer aux actifs des prélèvements obligatoires insupportables, ou distribuer des pensions que les retraités trouveront bien minces.

Comment faire cette révolution culturelle ?

  1. Il y a deux façons de procéder : mettre les gens devant leurs responsabilités, ou prendre les décisions à leur place.
  2. La première méthode correspond à la retraite à la carte avec neutralité actuarielle, telle que la Suède l’a instauré depuis une dizaine d’années, et telle que les États-Unis la pratiquent approximativement depuis des décennies. Dans ces pays la loi dit aux assurés sociaux : partez quand vous voulez (en fait : à l’intérieur d’une fourchette d’âges, par exemple entre 61 et 70 ans), il n’y aura ni prime ni pénalité pour ceux qui partiront plus tôt : simplement, puisqu’ils percevront leur rente plus longtemps, son montant mensuel sera moindre. Et inversement, ceux qui partiront à un âge élevé, puisqu’ils jouiront de leur pension moins longtemps, la caisse leur donnera davantage chaque mois. Cela s’appelle la neutralité actuarielle, parce que ce sont des experts nommés actuaires qui se chargent des calculs.
  3. Concrètement, aux États-Unis, la Social Security Agency fait d’abord le calcul de la pension comme si elle était liquidée à 66 ans, puis elle applique un coefficient, supérieur à l’unité si le départ a lieu plus tard, et inférieur s’il a lieu plus tôt. Chacun fait son choix – et le choix des américains, en moyenne, est de liquider leur pension 5 ans plus tard que les Français.
  4. La seconde méthode, qui a été utilisée en France, consiste à obliger les gens à travailler plus longtemps, ou à liquider leur pension plus tard, à l’aide d’un « âge légal de la retraite » ou d’une durée de cotisation minimale. C’est un système dirigiste, qui fait peu appel à la responsabilité et au bon sens des intéressés : on leur demande d’appliquer la consigne. Et bien entendu, il faut des lois pour changer périodiquement la consigne. Sachant que les Français n’aiment pas particulièrement que l’Etat leur dicte leur conduite, le choix de leurs gouvernants les irrite, ce qu’ils expriment en manifestant et en faisant grève.

La multiplicité des régimes

  1. L’existence de trois douzaines de régimes de retraites par répartition complique et renchérit grandement la gestion des retraites en France. Chaque réforme doit se décliner en mesures spécifiques pour chaque régime, entraînant des négociations spécifiques et un travail juridique aussi important qu’improductif. De plus, la perception de près de trois pensions, en moyenne, par chaque Français, majore considérablement les frais de fonctionnement : environ 1,8 % du montant des prestations, en France, contre 0,6 % aux Etats-Unis et 0,7 % en Suède. L’unification, en faisant gagner au moins 1% de frais de gestion sur plus de 250 milliards de prestations, économiserait environ 2,5 milliards d’euros.
  2. Mais le pire est peut-être l’incapacité où sont les dirigeants, les hommes politiques et leurs conseillers d’obtenir des informations dans des délais convenables. Aux Etats-Unis, la situation du régime unique OASI est connue mois par mois avec un mois de décalage ; en France, il faut compter 18 mois à 2 ans pour avoir une vue d’ensemble de la situation, et seulement en base annuelle.

Les réformes à venir

  1. La question n’est pas de savoir s’il y aura d’autres réformes dans un proche avenir, mais quelle forme elles prendront. En effet, la réforme 2010 ne résout qu’une partie du problème – celui du déficit des retraites des fonctionnaires de l’État, notamment, reste posé à hauteur de 15 à 16 milliards par an ; et après un retour progressif à l’équilibre pour le régime général vers 2018-2020, les déficits réapparaîtront et croîtront à nouveau. En fait, nous devrions en être aujourd’hui à 64 ou 65 ans d’âge moyen de départ en retraite, et évoluer vers 70 ans à l’horizon 2050 ou 2060. Donc, ne nous faisons pas d’illusion : le plus dur est à venir.
  2. Toute la question est de savoir comment la France procédera : continuera-t-elle à traîner son système vétuste en modifiant la valeur des paramètres, par voie législative, une ou deux fois par décennies ? Ou bien effectuera-t-elle une réforme systémique rendant le système adaptable aux évolutions démographiques et économiques par de simples décisions d’un conseil d’administration ? La seconde solution est préférable, la première est plus probable.

Jacques Bichot

Notes de lecture

Avertissements

  • Outre ce que ces notes n’engagent que leur rédacteur, DM, un hommage appuyé doit être rendu à Jacques Bichot. Le professeur émérite de sciences économiques et vice-président de l’Association des Économistes Catholiques qu’il est, a entrepris, malgré ses nombreux engagements de conférencier et publiciste, de lire clavier sous les doigts les Propositions premières en cours de montage dans la section Science économiquedu site de l’Atelier Paul Fabra. Ce n’est pas seulement qu’il le fasse qui justifie cet hommage. C’est surtout la remarquable ouverture d’esprit avec lequel il le fait qui justifie que cet hommage soit appuyé, quoiqu’il advienne par la suite de ses prises de position à l’égard de la production du laboratoire d’idées que ledit atelier constitue.
  • Ci-dessous, JB : Jacques Bichot, EPO : économie politique objective dans sa version en cours d’articulation sur ce site.

§ 1. Les adultes élèvent leurs enfants par des transferts en nature et en argent (de poche et plus). La distinction entre échanges et transferts est fondamentale en EPO. Elle rend compte d’une réalité qui, comme le fait JB, doit être tenue pour immémoriale et, de plus, intangible.

§ 2. Ce que je viens d’indiquer rend préférable de faire état de transferts entre génération plutôt que d’échange. Une question s’en trouve posée : l’expression « retraite par transfert » ne désigne-t-elle pas plus exactement ce dont il s’agit que celle, consacrée par l’usage, de « retraite par répartition » – laquelle est manifestement dans l’esprit de beaucoup de la retraite par « redistribution ».

§ 10. Mettre les gens devant leurs responsabilités est évidemment ce qu’il y a de plus progressiste mais ce progressisme contrevient à la doctrine des avantages acquis. Un grand moyen qui a été et reste intensivement utilisé par « les partenaires sociaux » pour ne pas mettre les gens devant leurs responsabilités est de contrevenir à la pleine logique des échanges marchands. Les cotisations patronales et les bénéfices non distribués par les entreprises sont des contraventions de cette sorte. Il est on ne peut plus clair que des appareils (une entreprise juridiquement constituée en est un, les syndicats en sont, etc.) n’y ont pas intérêt pour continuer à prendre des décisions à la place de gens faisant usage de leur libre-arbitre et de leur sens des responsabilités.

§ 11. La dénomination « neutralité actuarielle » est du point de vue des gestionnaires du régime de retraite qui l’applique. Du point de vue des assujettis à un tel régime, ce dernier fonctionne en simulation des (compléments de) retraites par placements : ils allongent le temps pendant lequel ils placent et leur rente (mot honnis ?) vient plus tard mais est plus élevée, ou bien ils raccourcissent et les effets sont contraires. C’est évidemment une solution plus respectueuse des libertés individuelles – moins « à la place des gens ». Mais c’est aussi une solution par carence : ces transferts en simulation de placements, il les faut parce que le créditisme qui tient lieu de capitalisme est un bien trop faible pourvoyeur de placements en capital qualité retraite. L’EPO montre, me semble-t-il, que cette carence a ses solutions.

§ 17. Que la seconde solution, celle du systémique, soit préférable ne fait strictement aucun doute. Mais pourquoi la première solution, celle du paramétrique, est-elle en France la plus probable ? Par atavisme centralisateur et conservateur, nous sommes une nation scolaire. Notre capacité à reconstruire en économie et en politique du systémique objectiviste en est diminuée, considérablement diminuée, tout se passant comme si sur la place publique il importait avant tout de laisser libre cours aux inépuisables sources de dissensions, et aux rodomontades des rapports de force, que le systémique subjectiviste fournit en veux-tu en voilà. Mais est-ce vraiment comme si ? Ne serait-ce pas à cause de nos défauts que nous avons particulièrement besoin de faire l’effort de l’économie vue de façon bien plus objective ? Faisons-nous plus nombreux à le dire et à y travailler. La fatalité à laquelle nous sommes enchaînés pourrait bien être, somme toute, à raison de nos inclinations corporatistes et à la mesure de notre pusillanimité.

DM

Pour un modèle de sortie de crise : la relance par le capital, Antoine Lonjon

Le constat

Face aux difficultés de la résorption du surendettement public et du besoin concomitant de contribuer au redressement de l’activité, les solutions actuellement proposées s’enferment dans un débat contradictoire : réduire le déficit est nécessaire mais ceci contribuera à affaiblir la « demande » et sera donc préjudiciable à l’activité économique et à l’emploi. Des économistes éminents, comme Joseph Stiglitz essaient cependant de sortir de ce dilemme :

« Pourtant la vraie réponse, au moins en ce qui concerne les pays qui, comme les États-Unis, peuvent emprunter à faible taux, est simple : utiliser l'argent pour procéder à des investissements à haut rendement. Cela tout à la fois relancerait la croissance et générerait des recettes fiscales, faisant ainsi baisser à moyen terme le ratio de la dette par rapport au produit intérieur brut (PIB) et améliorant la durabilité de la dette. »[i]

Pourtant, le postulat de fond est le même : il faut soutenir la « demande » par des investissements des États, financés par l’emprunt. Mais il faut pour cela des taux d’intérêts bas (pour les États) ; dont on a constaté qu’ils provoquent des bulles à effet de levier qui accélèrent elles-mêmes l’augmentation général du crédit et de l’endettement (y compris des États) et entrainent au final une insolvabilité générale (y compris des États). Le processus est ubuesque n’est-ce pas ? C’est exactement l’action des régulateurs économiques que nous avons observée depuis le début de la crise en 2008, dans le prolongement des erreurs des décennies précédentes et dont les brillants résultats se font maintenant durement ressentir. Chacun a l’intuition d’une faille majeure dans le raisonnement économique contemporain. J. Stiglitz le dit lui-même :

« L'opinion générale est que désormais, dans ce nouvel épisode de la Grande Récession, il existe un risque élevé que les choses empirent, sans que les gouvernements disposent d'aucun outil efficace. Le premier point est juste, mais le second n'est pas tout à fait exact. »

La réponse que donne J. Stiglitz au second point est celle du premier paragraphe cité ci-dessus. Nous venons de voir qu’elle conduit aux mêmes travers que ceux qu’elle dénonce. C’est donc un double échec sur le plan pratique et conceptuel. J. Stiglitz est prix Nobel d’économie 2001 ; excusez du peu.

Le diagnostic

Pour sortir de l’ornière il faut reconsidérer plus avant certains fondamentaux de la pensée économique actuelle. Les quatre propositions qui vont suivre ébranlent les points de vue contemporains. Elles ont pourtant leurs sources dans la théorie économique classique (Ricardo) et dans la réhabilitation qu’en a proposé Paul Fabra ; elles sont simples ; elles sont de bon sens ; elles permettent de mettre en place une mécanique de relance efficace, juste et pérenne.

1. La loi de l’offre et de la demande n’existe pas comme unique déterminant des prix et comme principal « moteur » de l’activité économique. Il est donc inutile d’engager une politique de soutien à la demande, à la mode keynésienne[ii].

2. L’investissement dans les entreprises est toujours plus efficace que la dépense publique.

Ce point fait toujours débat parce que l’on part systématiquement du principe que c’est la demande qui est à soutenir. Le schéma et les explications suivantes font apparaitre l’erreur de raisonnement.

· Pour un même montant d’argent disponible, une dépense en équipement, prestations ou fourniture sera effectuée aussi bien par l’État que par l’entreprise dans laquelle l’argent sera placé.

·  Mais ce même argent, une fois placé dans l’entreprise (apport en capital), devient aussi un apport stable en fonds de roulement finançant une répétition illimitée de ventes précédées d’achats, sous contrainte de versement de dividendes en cas de bénéfices.

Relance par le capital : Etats ou Entreprises

Figure 1 - Du bon emploi des ressources disponibles : investissements d'État ou apports en capital ?

3. L’apport en capital est lui-même fort différent d’un emprunt : sa contrepartie est un dividende, qui n’est versé que si l’entreprise fait des bénéfices.

Donc sans bénéfices, pas de dividendes contrairement à la charge de l’emprunt qui court quels que soient les résultats de l’entreprise.
Toute la logique du vrai capitalisme, de l’entreprenariat et de la vraie prise de risque se situe dans ce fonctionnement. C’est dans ce schéma qu’une politique de relance est la plus saine.

4. Les plus-values ne sont pas des revenus mais des gains issus de d’augmentations de cours. Intrinsèquement, elles ne produisent aucune « valeur ».

Relance par le capital : plus values

Figure 2- La plus-value est un gain issu d'une augmentation de cours et non d’activités liées au travail

Les plus-values ne sont pas des flux issus d’activités liées au travail. Elles sont simplement la constatation, au cours d’un échange marchand, d’une appréciation de la valeur d’un stock. L’attention très médiatisée portée aux variations de cours de bourse met l’accent sur les plus-values (la hausse du cours des actions), et favorise ainsi une hausse infinie et artificielle du prix des actifs appelée « création de valeur »[iii]. Tout ceci s’opère au dépend des dividendes qui ne gardent qu’une fonction subalterne. La dynamique de l’apport en capital, dont ils sont la contrepartie est pourtant le mécanisme fondamental permettant de « donner effet au travail »  selon l’expression de Ricardo.

Si l’on voulait se convaincre à quel point ces principes élémentaires ont été oubliés, il suffit d’observer la vague actuelle de « rachat des actions par les entreprises ». Ce sont en fait de pures destructions de capital ayant pour objectif principal la double ’augmentation du cours des actions restantes et du bénéfice par action.[iv].

Depuis les années 1970, nous avons développé et mis en œuvre une vision erronée du fonctionnement de l’économie. Celle-ci a conduit à privilégier à la fois la demande (et le soutien qu’on pensait devoir lui apporter) et la recherche de plus-value comme sources de la « création de richesse ». Les « lois » du marché ont ainsi été confondues avec celles de la salle de vente. Il en a naturellement résulté un développement effréné du crédit et une économie droguée à l’endettement. L’élément le plus révélateur de cet état de fait est le niveau des taux d’intérêts des banques centrales : il est devenu proche de zéro. Ce n’est plus du capitalisme, mais du créditisme (une économie fondée sur des crédits et non pas du capital).

Les remèdes

Tout ceci ne ressort-il que de la fatalité ? Devons-nous nous résigner à la mode des néo-libéraux consternés – que voulez-vous, c’est la loi du marché ! - ou nous indigner à la mode des apôtres de la décroissance, de Stéphane Hessel aux altermondialistes, thuriféraires nostalgiques du marxisme ?

Le système économique est une création humaine. Il est le reflet de la vision que nous avons du travail, des richesses et des rapports qui les gouvernent. Il ne tient qu’à nous de revenir à un cadre conceptuel qui soit en adéquation avec la raison, avec le bon sens. Ce cadre existe : pour retrouver le plein emploi, il faut revenir à un fonctionnement authentiquement capitaliste de l’économie c'est-à-dire :

1. Une économie où le taux directeur n’est pas le taux d’intérêt, mais le taux de rendement sur apport en capital (le taux de profit sur capital).

2. Une économie basée sur les flux issus de l’activité humaine et les flux de placement d’épargne vers le capital des entreprises. C’est une dynamique fondée sur les principes de la systémique, de l’échange et non pas ceux de la plus-value.

3. Une économie dont la finalité est l’élévation du revenu global du travail, sous-contrainte de  profits suffisants pour attirer l’épargne : la finalité du capitalisme n’est pas la recherche de la maximisation du profit mais de « donner effet au travail ».

Le malade étant dans un piteux état, il faut lui appliquer une thérapie de choc qui assure, dans le même temps, la mise en place de principes autorégulateurs sur le long terme[v]. Pour beaucoup de lecteurs contemporains, les propositions énoncées ci-dessous paraitront tantôt ultralibérales (proposition 1 et 8) tantôt collectivistes (proposition 2, 5 et 6). Ceci est l’image d’une vision encore trop partisane de l’économie politique, qui a fait l’impasse sur une analyse rigoureuse de son fonctionnement.

1.    Remise en marche du circuit de l’épargne 

Cette remise en marche consiste à traiter le dividende comme un revenu et à mettre la décision de la relance dans les mains des épargnants.

1. Suppression de l’impôt sur les sociétés : en dernier ressort, seuls les individus paient des impôts. Les entreprises ne sont pas des individus.

2. Obligation concomitante de la distribution totale des bénéfices : l’autofinancement est un frein à la circulation ouverte et globale de l’épargne. C’est une captation de pouvoir par les dirigeants d’entreprise au nom d’une vision erronée de ce qu’est l’entreprise[vi]. Le rachat de ses propres actions par l’entreprise est le sommet de ce détournement de pouvoir.

3. Obligation concomitante à l’ouverture du capital : c’est aux copropriétaires (actionnaires) de l’entreprise de décider de souscrire ou non à l’augmentation du capital social après avoir perçu leur pleine part de bénéfice.

Progressivement, ces mesures vont rediriger le flux d’épargne directement vers le capital des entreprises. De manière concomitante, le taux de profit (rendement des actions) redeviendra le taux directeur de l’économie. Le taux d’intérêt retrouvera sa place subalterne et ainsi cessera la maladie de l’endettement. Le stock de capital étant garant du stock d’emploi, la route du plein emploi sera à nouveau ouverte.

Les mécanismes proposés ci-dessus sont le cœur de la politique de « relance par le capital ».

2. Assainissement des prix et de la concurrence

Il n’existe pas d’économie de marché sans lisibilité des prix et sans  saine concurrence. Si les prix sont truqués, comment s’assurer de l’égalité de l’échange, comment assurer une visibilité à long terme garante des investissements ?

4. Obligation de publication par les sociétés de leur taux de profit sur capital exploité. Tant que ces taux, communs à toutes les entreprises dont les PME et les coopératives ne seront pas portés clairement à la connaissance du public, la concurrence des entreprises sur le marché du capital restera faussée : pour placer son argent dans l'entreprise A plutôt que dans l'entreprise B, il faut savoir combien cela rapporte respectivement chez A et chez B.

5. Limitation de la taille des établissements par simple application des dispositifs légaux en place : la multiplication des oligopoles suite aux fusions acquisitions entrave la saine concurrence sur les produits et sur l’appel à l’épargne. Par ailleurs, elle renforce la confusion entre saine concurrence et guerre économique qui est un autre nom de la course à la puissance.[vii]

6. Réserver les marchés à terme sur les matières premières aux professionnels[viii] afin d’éviter d’en faire des actifs financiers de fait. Le dérèglement des prix a atteint un paroxysme sur ces marchés qui ressemblent désormais plus à des salles des ventes dopées par les taux d’intérêt proches de zéro qu’à de véritables bourses d’échange.

7. Suppression des subventions. En régime général de l’économie libérale de marché, les subventions sont une distorsion au fonctionnement des échanges marchands: ce sont des dispositifs à truquer les prix.

Nous ne sommes plus dans une économie libérale[ix] mais une économie centraliste du fait des actions conjointes des États et des oligopoles. Un des rôles régaliens de l’État est de s’assurer que les entraves à la lisibilité des prix sont régulièrement éliminées.

3.    Remise en valeur des revenus du travail

8. Alignement du barème de l’impôt du revenu du capital et du revenu du travail : application du principe de l’égalité devant l’impôt et remise complète à la population du réglage, au mieux de ses intérêts, de son taux d’épargne et des allocations qu’elle fait de cette épargne.

9. Suppression des abaissements charges et de la fiction des cotisations patronales : le salaire versé aux salariés doit leur permettre de vivre dignement, sans abondement de la puissance publique. Il vaut mieux des salaires plus élevés qu’une socialisation de ces revenus via l’endettement de l’état.

Pour être plus complet sur le thème des revenus du travail, il faudra aborder le sujet de la répartition de ces revenus dans le cadre d’une refondation sociale. Ce thème essentiel de la répartition des richesses liées au travail sera l’objet d’un prochain document.

Conclusion

En formulant ces quelques orientations de l’APF, je relisais l’interview donné de Paul Fabra par l’Express en 1974 (http://www.atelierpaulfabra.org/1974_interview_express) à l’occasion de la sortie de son livre « L’Anticapitalisme ». On reconnait une œuvre majeure à sa capacité à traverser les époques. Relisez cet article pour voir combien les orientations de fond y sont d’actualité. Il est aujourd’hui temps d’entrer dans la mise en œuvre des propositions de politique économique qui en découlent pour redonner le cap à nos économies désemparées.

 

Antoine Lonjon, septembre 2011

 


[i] Article paru dans Le Monde le 16.08.2011 sous le titre : « Comment éviter une longue léthargie de l'économie ?»

[ii] Au sujet de la loi de l’offre et de la demande, voir l’extrait de l’Anticapitalisme de Paul Fabra sur le site de l’Atelier : http://www.atelierpaulfabra.org/BuOriAntiPrete. Ce point est à la racine de tous les travers économiques que nous observons aujourd’hui, jusqu’à la fausse théorie comptable de la « fair value ». Prendre conscience de l’erreur fondamentale que constitue la pseudo loi de l’offre et de la demande est l’acte le plus difficile à accomplir tant cette croyance est prégnante dans les esprits. C’est un peu, comme à l’époque de Galilée, prendre scientifiquement conscience que ce n’est pas le Soleil qui tourne autour de la Terre.

[iii] L’inflation du prix des actifs est en fait source d’un appauvrissement général. Dans un article du Monde daté du 9 septembre 2011, il est indiqué que les loyers ont augmenté de 24% en 10 ans. Il n’y faut voir bien sûr aucun lien avec la hausse effrénée des prix de l’immobilier n’est-ce pas ? Ha, création de valeur quand tu nous tiens ! Chacun sait que les jeunes ont désormais du mal à se loger (demandez aux Espagnols). Faut-il donc encore d’autres prêts à taux zéro pour nourrir le Léviathan de la plus-value immobilière ?

[iv] Il faut voir à cet égard le livre iconoclaste d’Hubert Rodarie : Dettes et monnaie de singe. A la page 111 il y rappelle comment la comptabilité elle-même a été dévoyée (les normes IFRS) dans l’optique de la « création de valeur pour les actionnaires », alias la plus-value. C’est dire combien le mal est profond.

[v] Pour justifier sa politique de court terme, JM Keynes indiquait que « à long terme, nous serons tous mort ». Belle vision d’un système économique dont l’architecture intrinsèque se serait pas vouée au développement à long terme des activités humaines dans l’espace marchand.

[vi] Voir à ce propos le chapitre sur l’entreprise sur le site de l’Atelier Paul Fabra : http://www.atelierpaulfabra.org/PpEnt.

[vii] La suppression du Steagall Act, au nom de la liberté d’entreprise, a conduit à de gigantesques établissements financiers fragilisés, agissant en prédateurs sur leurs concurrents jusqu’à atteindre des situations d’oligopoles.

[viii] Voir l’article de Paul Fabra à ce sujet : http://www.atelierpaulfabra.org/reo/2009-05-26.

[ix] Voir la définition de libéralisme sur le site de l’atelier (http://www.atelierpaulfabra.org/glossary/economic_liberalism) ainsi que les références faîtes à ce sujet par Raymond Boudon.

 

Sous-traitance : les remèdes sont plus lents que les maux, Thierry Charles

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Un tel enchaînement d’avaries appelle une rupture, Dominique Michaut

François de Lacoste Lareymondie a, ces jours derniers, livré un état des lieux financiers dont la justesse fait recommander la lecture. C’est cependant à une réserve près. Est-il bien adapté aux causes et conséquences de ce dont il fait fort clairement l’inventaire de le présenter comme Trois grains de sable dans la mécanique financière ?

Pourquoi parler de « grains de sable » alors qu’il s’agit d’avaries ?

Cette atténuation vient-elle de ce que la première livraison trimestrielle de la nouvelle revue d’idées chrétienne, Liberté politique, appelle « le réalisme moral » ? La contribution de François de Lacoste Lareymondie sur ce thème y a pour titre Refonder la responsabilité politique et pour application une Charte pour le renouvellement de la pratique politique.

L’une des sept priorités énoncées par cette charte est économique : « Favoriser le travail, la liberté d’initiative, la responsabilité et la gratuité du don dans une économie libre d’entreprises et de coopérations multiples qui soit juste » – ce dernier adjectif est au singulier : priorité, donc, à l’économie juste.

Cette charte, produit d’un effort de synthèse qui tient sur à peine plus d’une page A4, a pour dernière préconisation « une règle d’action » : « Exercer la vertu de la prudence politique, en conjuguant conscience du bien possible, compétence pratique, et cohérence personnelle ». Mais est-ce « la vertu de la prudence politique » qui conduit à voir des « grains de sable » là où il y a de lourdes avaries que l’inventaire, bien établi en son fond et sa forme en matière sur la question du qui paiera la facture de l’endettement devenu astronomique ? L’affaire n’est pas que d’un mot à la place d’un autre. Elle est de cohérence, personnelle et collective : œuvrer efficacement à la difficile substitution de principes objectifs à des expédients subjectifs pour faire l’économie plus juste est incompatible avec trop peu de rigueur et de vigueur.

De gros changements dans l’échelle des salaires sont intervenus ces dernières décennies, en conséquence de l’addiction aux finances modernes apparue à grande échelle dans les années 1980. Nul n’ignore l’inévitable forme de cette échelle : large en bas, étroite en haut. C’est le haut qui a été changé. Il a été rallongé et, sur cette section ajoutée, la distance entre ses barreaux est devenue indécente. De plus, sur ce haut, des métiers de la finance sont maintenant perchés comme hirondelles avant la prochaine migration (ô combien l’existence de ne nouvel Eldorado se répète dans les grandes écoles !).

Supposons qu’actuellement en France, comme en Angleterre et aux États-Unis par exemple, la moyenne des 5 % plus hauts salaires soit 10 fois supérieure au salaire moyen des 95 % autres salaires.

Prenons le temps de bien comprendre une considération de cette sorte et ce qu’elle implique. L’excès de prudence politique et les accommodements statistiques qui vont avec détournent de ce genre de vérité. Car, pour la démasquer, cette vérité, il faut oser se poser la question : quelle est l’augmentation de la moyenne des 95 % autres salaires si son écart avec la moyenne des 5 % plus hauts salaires est réduit de moitié ? En d’autres termes, qu’arrive-t-il si la moyenne 10 fois supérieure devient 5 fois ou 15 fois ?

J’allongerai beaucoup trop cet article si j’y introduisais ici la démonstration, indispensable à l’instauration d’une économie plus juste chers amis de Liberté Politique et dont force nous est de constater qu’elle est absente de nos manuels et de la Doctrine sociale de l’Église : le revenu total du travail est, pays par pays et année après année, réparti – partagé, distribué – en salaires individuels. Le chapitre sur le salaire du traité d’économie politique objective en cours de montage sur le site de l’Atelier Paul Fabra (section Science économique) donnera accès à cette démonstration, sans avoir à la demander au secrétariat du dit Atelier comme c’est aujourd’hui le cas. Bien que cette démonstration soit très importante, car c’est elle qui rend le plus objectivement compte des inégalités de salaires à l’intérieur d’un pays et de pays à pays, comme c’est elle qui indique comment la maîtrise peut en être rendue au corps social – il y a là en puissance un progrès politique et économique de très grande portée –, cette importance est ici négligeable, comme en bien d’autres circonstances. Il suffit, en effet, de supposer les 100 % de salaires considérés comme étant la masse salariale d’une grande entreprise telle que, par exemple, une banque de détail et d’investissement et d’assurances et de billetteries de toutes les sortes. Que cette masse salariale soit répartie plutôt comme ceci que comme cela ne change rien d’essentiel à la compétitivité de cette grande enseigne dès lors qu’il reste pour ses employés de toute compétence, dont le big boss et les administrateurs touchant des jetons de présence (revenu du travail), des inégalités substantielles de salaires, même si la nouvelle échelle procure nettement moins d’incitation financière à l’exercice du métier de croupier de casino – pardon, de trader golden boy & girl ivre de dérivés et de cadre sup gavé de stock options.

En ramenant de 10 à 5 fois la supériorité de la moyenne des 5 % des salaires les plus élevés, la moyenne des 95 % autres salaires augmente de … ? Voir pour procéder à ce calcul, qui n’est qu’une application triviale de la règle de trois, la formule donnée à cette page et la feuille de calcul qui y est téléchargeable. La réponse est : 26 %, soit un peu plus du quart.

J’ai, pour ma part, du mal à considérer que le moins d’augmentations, de fait infligé au plus grand nombre des travailleurs par le rallongement de l’échelle des salaires décennie après décennie, puisse être un grain de sable dans la mécanique économique. Aux avaries, consciencieusement et talentueusement décryptées par François de Lacoste Lareymondie, s’ajoute une avarie d’échelle des salaires dont une cause, sinon la cause, est l’addiction à l’endettement, largement d’origine publique et bancaire (se souvenir de la « déréglementation » qui, dans les années 1980, a donné accès à la « mondialisation »).

Ce n’est pas tout, afin de montrer plus avant qu’il y a bel et bien aujourd’hui un enchaînement catastrophique d’avaries systémiques. Face à cette cascade d’échecs et comme les électeurs sont de moins en moins disposés à s’en contenter, il faut avoir la foi du charbonnier pour croire que des cierges allumés en priant pour l’avènement de l’économie juste puissent être rédempteurs.

S’ajoute, en effet, que les N % des plus hauts salaires (N = 5 dans l’exemple chiffré ci-dessus), par l’écartement de leur moyenne avec celle des 100 - N % autres salaires, font monter les prix de l’immobilier – lien vers un article de Paul Fabra. C’est de deux façons.

Par leurs propres surenchères, les accapareurs des rémunérations du travail indécentes par leur hauteur font monter les prix de l’immobilier lui-même haut de gamme par le standing ou l’emplacement ou les deux à la fois. Par leur positionnement professionnel – la finance essentiellement, y compris à la tête d’entreprises qui ne sont pas des établissements financiers –, ils ont de plus en main ce qu’il faut pour propager la hausse à tout l’immobilier : les vannes du crédit et les pressions, irrésistibles par la puissance publique surendettée, qui font créer et entretenir les niches fiscales ad hoc. Le résultat, nous l’avons sous les yeux ;le dilemme nous sommes de plus en plus nombreux à l’éprouver : cotiser davantage au Secours catholique, au Secours populaire, etc., et moins  ou plus du tout à l’Association pour la Fondation de Service Politique dont François de Lacoste Lareymondie est vice-président, à l’iFrap, au Denier de l’Église, etc. ?

L’affaire de l’immobilier est une avarie de plus. Il faut une sacrée dose de complaisance à ce qu’on nous dit être les lois de marché pour ne pas voir que c’est gravissime. Mais, empressons-nous de le reconnaître, cette tolérance à l’échec d’une systématisation est tentante car c’est, somme toute, cet « on nous dit être » qui a structuré notre « conscience du possible » économique et – et – qui est à l’origine de cet enchaînement d’avaries qui touchent, le lecteur y aura pensé de lui-même, la valse infernale des cours de matière première, de même que l’impuissance bientôt quadragénaire à en revenir au plein-emploi et à endiguer la désindustrialisation ; ainsi que l’incapacité au moins deux fois centenaire à bâtir des régimes de retraite par placement et des organismes, dits « sociaux » alors que leur fonction est économique, capitalisés (fonds permanents apportés par des épargnants et rémunérés à raison de ce service fourni par eux) ; afin que ces organismes institués en application du principe de la subsidiarité procurent mieux les uns la fourniture de logements à loyers modérés, les autres des garanties financières au moyen de la mutualisation de primes assurant contre les conséquences pécuniaires des maladies et des accidents corporels ; d’autres encore des prestations provenant de l’exploitation d’un monopole naturel (réseaux d’eau, gaz, électricité, télécommunications, voies ferrées, voies et infrastructures aériennes, fluviales et maritimes). Le tout sans subventions ni endettements – arrêtons de nous laisser dire que c’est impossible par ceux qui ont intérêt à faire prendre à la population, seule répondante à la question du qui paiera, le risque des avaries systémiques.

À ce jour et à ma connaissance, il n’y a dans aucun programme en cours de rodage médiatique pour l’élection présidentielle de 2012 rien d’assez rigoureux, ingénieux et vigoureux pour remédier à cette accumulation de mal fait au bien commun – de mal économique et, partant, social et moral. Et ce qui s’entend et se lit donne le sentiment que trop d’inepties passent pour ne pas en être afin que la divine surprise se produise.

Dans ces conditions, il est déjà grand temps de se demander comment il se pourra qu’en 2017 puis en 2022 il en aille autrement.

Quelques uns se sont engagés dans l’étude et la prescription d’une rupture dont il me faut oser dire qu’elle est, la vérité dans la charité et la charité dans la vérité m’y obligent malgré le risque de passer pour un illuminé, rédemptrice de l’économie juste qu’invite à travailler la Charte pour le renouvellement de la pratique politique de François de Lacoste Lareymondie et, dans la droite ligne de la Doctrine sociale de l’Église, de l’association dont il est un dirigeant. Mais ces quelques uns sont encore trop peu nombreux à s’être mis en mouvement.

Notre tiers-états et nos clergés ont étés faits par trop timorés. L’économie politique objective et la politique économique faisant face aux avaries systémiques à réparer qui va avec – comme va avec la réponse mûrement réfléchie à la question du par où entreprendre la réparation et selon quelle progression la poursuivre–, ces instruments sont, disé-je, à même de nous rendre collectivement moins craintifs du lendemain.

Aidez-nous à les faire connaître. Ne faites pas que les étudier à petites lampées. Parlez-en et reparlez-en. La haute et large muraille que nous avons à escalader est faite de silence.

DM, Pâques 2011

Vues sur le libéralisme de Léon Say à nos jours, Dominique Michaut

Remettons-nous d’abord en mémoire quelques points d’histoire. Léon Say (1826-1899), a été économiste et homme politique ; trois fois ministre des finances de 1872 à 1879 ; fils d’Horace Say (1794-1860) qui fonda la Société d’économie politique ; petit-fils de Jean-Baptiste Say (1762-1832), industriel et économiste notamment auteur de Simple exposé de la manière dont se forment, se distribuent et se consomment les richesses paru pour la première fois en 1803, 27 ans après La richesse des nations d’Adam Smith (1723-1790), 14 ans avant Les principes d’économie politique de David Ricardo (1772-1823).

Paul-Jacques Lehmann, professeur d’économie à l’université de Rouen, a récemment écrit, en dernières phrases de la conclusion de son livre Léon Say ou le libéralisme assumé (Les belles lettres, 2010, lien en bas de cette page) :

« Surtout, le capitalisme ne doit pas être laissé livré à lui-même car il est, par essence, inégalitaire. En effet, ce sont l’intérêt personnel et l’égoïsme qui guident l’homme et la recherche du profit, source de création de richesses, qui constitue le seul objectif des entreprises. Il ne faut pas compter sur la morale pour pallier ces inconvénients. C’est donc à la puissance publique de le faire afin d’œuvrer dans le sens de l’intérêt collectif : tout en se limitant à son rôle de régulation, l’État doit fixer, par l’intermédiaire de conditions juridiques précises, des règles strictes aux agissements des individus afin d’empêcher les dérives auxquelles peut donner naissance la loi du marché.

« Si ces préceptes étaient appliqués, le problème des différences entre libéralisme, néolibéralisme, ultralibéralisme n’aurait pas sa raison d’être. Le modèle d’économie libérale issu des propositions de Léon Say, adapté à notre époque, suffirait. »

Les réflexions suivantes ont pour point de départ l’affirmation de l’essence inégalitaire du capitalisme. Moins de vingt quatre heures après leur mise en diffusion, Lucien Contrepoint a posté un commentaire. Il renvoie à une manière froide de ne pas s’en tenir au verbatim de cette affirmation. Sans hésiter à repousser à plus tard l’examen de la typologie à laquelle il se réfère, mais afin de ne pas prêter au professeur Lehmann une étroitesse de vue qui ne peut pas être la sienne, avant de lire la suite je conseille de prendre connaissance de ce commentaire.

Que vaut cette affirmation, d’autant plus remarquable qu’elle reste extrêmement courante et massivement enseignée ? En sus de l’initial et arbitraire préjugé selon lequel « ce sont l’intérêt personnel et l’égoïsme qui guident l’homme », cette affirmation vaut ce que l’assertion qui l’étaye vaut : « la recherche du profit … constitue le seul objectif des entreprises » (le lien est mon fait pour au besoin donner accès à ce que nous croyons être plus objectif sur ce point).

Tant que ces vues tiendront la place prépondérante qui est la leur dans l’enseignement de l’économie, il ne sera pas trop répété qu’elles sont non seulement subjectives mais aussi foncièrement non libérales. Il y a, en effet, infraction à l’octroi à son prochain et à soi d’un libre-arbitre par la mise en avant de « l’intérêt personnel et l’égoïsme qui guident l’homme » et qui font qu’« il ne faut pas compter sur la morale pour pallier les inconvénients » d'inégalités excessives.

Ce que ces sophismes protègent ne fait aucun mystère : le malaxage de psychologisme et de mathématisme qui rendent les sciences économiques impressionnantes.

Le « modèle d’économie libérale le plus adapté » à toute population de toute époque est celui qui a pour éléments ce que les lois naturelles spécifiques à la pratique des échanges marchands comporte de plus objectif et, partant, de moins réducteur de l’homme à ce qu’il n’est pas seulement et des mathématiques à ce qu’elles ne sont pas du tout. Appliquer un précepte de morale scientifique et politique s’impose. Il eut été préférable que nos maîtres ès spéculations économiques et politiques nous aient appris à le faire avant de présumer ce qu’il revient au législateur, en matière de « conditions juridiques précises », et plus largement à la puissance publique, « de faire afin d’empêcher les dérives auxquelles peut donner naissance la loi du marché ». Ce précepte moral est de ne pas postuler l’impossibilité de l’articulation d’une économie politique objective et de se demander si ce qu’on pense être « la loi du marché » est une histoire qu’on se raconte afin d’escamoter le constat de ce qui spécifique à la pratique des échanges marchands.

L’affaire est de grande importance. Méthodologiquement (épistémologiquement), cette articulation est possible. Socialement elle est d’autant plus désirable que la cohérence de l’économie politique objective avec le libéralisme politique est par construction nettement supérieure à celle de l’économie politique subjective.

Mais ce dernier argument peut sembler trop vague pour être à première vue convaincant. Mettons donc les points sur les i. L’économie politique objective établit qu’il n’est pas dans l’essence du capitalisme d’être exagérément inégalitaire. Elle établit également qu’il faut aux économistes s’astreindre à plus de morale scientifique pour que la contribution de la théorie économique au bien commun soit portée au plus haut.

Il la faut, en effet, cette morale afin de mettre et maintenir au grand jour le mix des publicités organiques et des abstinences politiques qui maximisent la dynamique sociale positive de l’économie de marché. Il la faut par, comme aurait pu le dire d’une même voix Jean-Baptiste Say et son fils Horace et son petit-fils Léon, un « simple exposé » sur ce qui est spécifique aux échanges de propriétés cessibles et aux transferts de ces propriétés. Si ce « simple exposé » avait été fait par Jean-Baptiste, alors l’alternative entre libéralisme et socialisme se serait, dès le lendemain de la Révolution française, présentée de façon qui aurait été bien plus en faveur du libéralisme ainsi que Frédéric Bastiat (1801-1850), proche ami d’Horace Say et de son fils Léon jeune homme, en a eu plus que l’intuition mais est mort trop jeune pour en pousser plus avant la théorisation.

Ce progrès politique reste à conquérir. Il n’y a que l’économie politique objective qui puisse remporter cette victoire. Ce sera le cas quand assez de résistance corporatiste à l’installation de l’économie définie au cœur de l’économie indéfinie aura été vaincue. Alors, comme le traité de science économique en cours d’édition sur ce site l’établit, une pétition de principe et une autre infraction à l’objectivité auront été enfin publiquement jugées pour ce qu’elles sont.

Cette pétition de principe est celle qui a pour prémisse que « la recherche du profit … constitue le seul objectif de l’entreprise ». L’autre infraction à l’objectivité et au libéralisme est de refuser de se laisser démontrer, comme par peur d’avoir à prendre la liberté de colporter cette bonne nouvelle, que le plein-emploi et la maximisation du revenu total du travail sous contrainte du revenu total de placement suffisant sont, pays par pays et à tout niveau de revenu moyen par tête, dans le cours naturel du capitalisme quand il est compris et géré à raison d’abord de son objectivité.

La problématique de ce qu’il incombe à la puissance publique de faire et de renoncer à faire en matière économique se présente sous un jour social très différent selon que les économistes maintiennent, camouflées en sciences professionnellement qualifiantes, leurs pétitions de principe et leurs autres infractions initiales à l’objectivité. Ce n’est pas que scientifiquement important. C’est politiquement grave.

Paraphrasons un propos tenu à l’Assemblée nationale le 13 décembre 1875 par Léon Say (pages 190 et 191 de Léon Say ou le libéralisme assumé). Constatons que pour « faire aimer la République » et sa classe politique – la démocratie représentative et son appareillage institutionnel –, « il faut [leur] donner un budget en équilibre, parce que ce n’est qu’avec un budget en équilibre qu’on peut » satisfaire le plus l’aspiration économique socialement primordiale ; élever le plus le revenu par citoyen ; activer le plus la justice commutative, ce qui est indispensable afin que la justice distributive ne soit pas commuée en expédients malsains par leurs causes et leurs conséquences.

Mais il y a une condition à laquelle ce propos n’est pas lui-même un expédient, logiquement fallacieux par circularité. Il faut que les voies non budgétaires, et objectives pour être impartiales, des trois plus qui viennent d’être indiqués fassent partie de ce que connaît, aime et communique à ses concitoyens qui tient ce propos. L’homme publique Léon Say, qui a justement fait grand cas de la distinction entre ce qu’il a appelé « les budgets d’expédients et les budgets de principes », n’a pu être que comme en approche de ce qui. Il lui a manqué la charpente logique de l’économie politique objective.

Encore plus que sous la IIIe République où la classe politique a admis qu’on y parlât et fît plusieurs « budgets de principes » en équilibre car il est « fondateur du crédit d’un pays et que sans [cette confiance] aucun gouvernement n’est possible » (chute du propos tenu à l’Assemblée nationale le 13 décembre 1875 par Léon Say), voici que plus de 130 ans après une insigne faiblesse de nos ministres des finances, premiers ministres et présidents de la République reste forcément celle de l’ensemble de la classe politique, de la classe académique, de la classe médiatique, de la classe entrepreneuriale, de la classe syndicale, de toutes les autres classes. Il leur manque la charpente logique de l’économie politique objective – EPO –, avec parmi ses pièces maîtresses ses théories du profit, de l’emploi et de la répartition du revenu global.

Il manque très exactement la même chose à la démocratie. La condition indispensable pour qu’il en existe autant que faire se peut est la séparation des pouvoirs. Par son étude de ce qui rend objectivement plénier l’échange marchand de chaque sorte principale, dont en premier lieu les échanges du service du travail et de la mise en capital contre leurs rémunérations respectives, l’EPO est conduite à prescrire des procédés qui accroissent la séparation des pouvoirs économiques. Le moins qui puisse être dit à ce sujet est qu’il n’y a là rien de démocratiquement négligeable.

Si nous voulons que l’économie soit faite par et pour M. & Mme Tout Le Monde, préoccupons-nous d’abord d’accomplir tout ce qui est notre pouvoir pour injecter de l’EPO dans nos veines et dans notre entourage et dans au moins l’une des classes susdites. Il en résultera de la bien meilleure politique économique et machinerie fiscale ainsi qu’autrement légale, alors beaucoup plus franchement et complètement assumées par les électeurs.

Il faut se penser libéral ou socialiste, mais en réalité appartenir au parti omni sensibilités des obtus, pour se refuser à envisager que ce puisse être vrai. Il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais de libéralisme et de socialisme campés dans ce refus et contribuant autant que faire se peut au bien commun. Les électeurs le ressentent mais, contrairement à ce que laisse entendre le déni de réalité de « la demande » sacralisée, ils n’ont d’autres choix qu’entre les offres qui leur sont faites. C’est un motif qui se suffit à lui-même pour travailler au renouvellement radical de la partie économique de ces offres.

DM, mars 2011

PS – Le professeur Lehmann nous l’apprend. Léon Say, dans son livre Les finances (1896), a écrit (p. 99) : « Vous ne pouvez obtenir un budget en équilibre que si vous restreignez les attributions de l'État. Nous nous occupons de trop de choses qui sont du domaine des particuliers. Chacun de nous charge l'État de faire la dépense qu'il ne peut pas ou qu'il ne veut pas faire. À quitter ces principes on se lance dans l'inconnu, on ne peut trouver une limite aux dépenses publiques. » Comment ne pas tenir pour sensée cette doctrine des « budgets de principe » ? Que valent les raisonnements économiques qui conduisent à la tenir pour parfois sensée seulement ?

Ce qui relève du « domaine des particuliers » est beaucoup plus étendu que ce que la classe politique et la classe académique l’admettent, hélas notamment en France. Osons soupeser l'option suivante : tous les organisme du champ dit social (soins médicaux, retraites, indemnités de chômages et agences pour l'emploi, logement à loyer modéré, allocations familiales, crèches et maternelles, toutes les scolarisations du primaire au supérieur, toute la formation continue y compris celle des fonctionnaires), le courrier et la banque postale, tout ça y compris ce que cette énumération omet de même sorte, est transféré à des sociétés commerciales rien qu'avec du capital, sans une once de quasi-capital public ou privé, mais majoritairement ou exclusivement par actions restituables afin que ces sociétés et leurs rentabilités puissent être une source principale de retraites par placement à l'abri des aléas boursiers et d'exercice plus plénier de la relation EPCE.

Mais alors cela ferait un gigantesque secteur mutualiste ou, comme on voudra, coopératif. Et après, où est l’inconvénient de principe dès lors qu’il est de règle de tenir haut le taux de capitalisation de ces sociétés et de distribuer aux sociétaires la totalité des bénéfices, exercice après exercice ? Il est absolument sûr que le libéralisme assumé de Léon Say ne verrait que des avantages non seulement à cette vigoureuse purge des attributions de l’État et des collectivités locales mais aussi à cette façon de procéder : lire Paul-Jacques Lehmann.

2012

Articles 2010 par ordre alphabétique de leur titre (la date de parution se trouve généralement dans l'url de l'article, sous la forme AAAA-MM-JJ ou AAAAMMJJ)

Deux livres sur le métier

Novembre 2012

Recentrons, élaguons. Recentrons sur ce que nous voulons d’abord produire. Élaguons ce qui retarde l’atteinte de cet objectif.

Notre premier objectif est de faire de l’Atelier Paul Fabra l’auteur et le premier éditeur de deux livres contribuant à l’avènement d’un régime économique ayant pour vertus le plein-emploi et le plein-échange.

Titrons et sous-titrons chacun de ces livres de préférence avec deux mots au plus pour le titre et le sous-titre : Science économique / Propositions premières pour l’un ; Politique économique / Propositions majeures pour l’autre.

Faisons progressivement en sorte que sur le site la première page de chacun de ces livres ne comporte pas d’autres liens que ceux donnant accès à la préface, aux chapitres et aux appendices de ce seul livre. N’ouvrons plus de nouvelle série de feuilletons. Au cours du premier semestre 2013, archivons les séries terminées ou encore pendantes.

La forme donnée au premier livre nous paraît à conserver. Son plan nous donne satisfaction. Il en va de même du procédé des propositions argumentées. Il en va encore de même de la présentation des argumentations en brefs passages numérotés et commençant par une phrase mise en caractères gras. Plusieurs rédacteurs peuvent, concomitamment et successivement, s’astreindre au respect de cette forme.

Deux identités, qui n’ont rien d’innovatrices, sont de bon aloi : science économique = analyses articulant un corpus théorique ; politique économique = synthèse spécifiant des points clés d’organisation. Des propositions premières de science économique doivent être assez nombreuses pour dégager analytiquement un schéma. Des propositions majeures de politique économique doivent être aussi peu nombreuses que le nécessite une synthèse tournée vers l’action.

Le premier livre est, pour ainsi dire, programmé en douze chapitres. Visons nettement moins pour le livre Politique économique. Visons aussi moins de propositions par chapitre que dans la partie Science économique. Plus vite nous stabiliserons une liste de chapitres de la partie Politique économique et commencerons à meubler ces chapitres, mieux ça vaudra.

Un emplacement temporaire est utilisable à cette fin. Le Bulletin est un moyen d’informer de cette préparation.

N’utilisons plus le Bulletin que pour diriger vers de l’ajouté ou du changé sur le site, même quand c’est à un emplacement temporaire. Faisons varier la fréquence d’envoi de ce bulletin de telle façon que chaque livraison renvoie, en règle générale, à la lecture de mille cinq cent mots au plus. Et pour chaque renvoi, veillons à ce que le plus souvent la moyenne de mots par phrase soit inférieure à vingt cinq. Nous y parviendrons mieux en posant le lien de renvoi sur la mention [<nombre de> mots, <nombre> en moyenne de mots par phrase].

Usons de la Revue pour d’abord pour y ranger des documents de travail et des comptes-rendus de lecture par un participant à la rédaction des deux livres.

N’annonçons plus en Actualités que les nouveaux montages sur le site, aux jours où ils sont faits. Ces Actualités et le Bulletin sont les tambours du rythme lent mais soutenu auquel nous produisons.

Pour chacun des deux livres, une première version n’existera vraiment que quand elle sera commercialisée sur au moins une plateforme de vente de livres numériques. Notre désir pour la suite est que l’argent procuré par cette vente serve en premier lieu au paiement des factures de l’hébergeur du site. Puis, quand il y aura en caisse assez pour ce faire, faire imprimer un stock de beaux volumes sur papier mis en vente en librairie et pour une partie offerts à de possibles prescripteurs de leur lecture.

L’encore long temps qu’il faudra pour y arriver n’est évidemment pas le moindre des obstacles à surmonter. Mais voyons qu’une personne morale dispose d’autant plus de temps que ses gérants ont de leur vivant pourvu à leur succession et que ses membres se sont appliqués à se faire plus nombreux. Au cas d’espèce, moins les gérants en activité disperseront leur bénévolat et plus, dans leurs relations avec ceux qui sont disposés à fréquenter l’Atelier ou susceptibles de le devenir, ils seront clairs et précis sur ce qu’ils font, mieux ils œuvreront.

Il est à notre connaissance sans équivalent d’avoir la carte d’identité que voici. Être une personne morale de fait qui se consacre à l’écriture de deux traités jumeaux d’économie libérale fondamentalement revisitée. Avoir pour instrument un site internet utilisé à la fois pour se faire connaître et pour rythmer l’avancement de ses ouvrages au moyen d’un bulletin diffusé par courrier électronique, tel le battement d’un tambour sur un bateau à rames. Avec, c’est inévitable, certes un peu d’inspiration mais aussi beaucoup de transpiration des rameurs.

Cette carte d’identité rend, à l’expérience, vital de ne ramer que dans une seule direction. Elle rend aussi nécessaire de mieux faire apparaître que cela a été fait jusqu’à présent quelle est cette direction et en quoi ramer vers elle se résume.

Erreur et vérité sur la monnaie, Roland Verhille

Juillet 2012

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Europe : pourquoi il faut aller plus loin, Annick Steta

Septembre 2012

Sous ce titre, un point de synthèse est fait sur l’état de la zone euro et, partant, du volet actuellement le plus chaud de la construction européenne. Il faut aller plus loin, conclut ce rappel des faits : « Or si les responsables politiques ne se décident pas très vite à remédier aux défauts de construction de l’union économique et monétaire européenne, l’espoir de voir le continent retrouver le chemin de la prospérité s’éloignera ».

Dans ces défauts, celui qui va le plus à l’encontre de la communauté de point de vue, au sein de la zone euro et plus largement en Europe, est effectivement relatif à la croissance. La relance par encore plus d’endettement, tant public que privé, n’est plus supportable. Mais il y a un autre moteur de la croissance économique, plus naturel, moins polluant et en peu de trimestres de bien meilleur rendement.

Sur ce site, il est tant question de cet autre moteur qu’il devient suspect de remettre une fois de plus le couvert. Mais une question se pose. Pourquoi si peu d’économistes et d’autres citoyens prescrivent d’aller plus loin dans la construction européenne et la politique de l’emploi en changeant le réglage, par trop défectueux, de cet autre moteur ?

« Quelqu’un a-t-il une idée pour relancer la croissance ? » Par cette question, Jean-Marie Colombani a ouvert le samedi 15 septembre l’émission radiophonique hebdomadaire, qu’il coproduit avec Jean-Claude Casanova, La rumeur du monde. Les invités ont été Jean-Hervé Lorenzi, professeur à l'université Paris-Dauphine, président du Cercle des économistes, conseiller du directoire de la Compagnie Financière Edmond de Rothschild et membre du Conseil d’analyse économique et Éric Le Boucher, directeur de la rédaction d'Enjeux-Les Echos, éditorialiste à Slate. Cela prend une quarantaine de minutes d’écouter la réponse qui ne comporte rien, strictement rien, sur le placement d’épargne en capital social. Rien également venant de Jean-Paul Betbèze dix jours plus tôt, dans un entretien de même durée auprès d'une autre radio qui l'invite à faire un point global sur l'état de l'économie. Etc.

Jacques Sapir, dans son diagnostic et son ordonnance, ne tient lui aussi aucun compte du moteur auquel il est ci-dessus fait allusion. Un retour à des monnaies nationales des pays de la zone euro serait non seulement une défaite géopolitique de première grandeur mais aussi beaucoup plus coûteux en énergie politique et en argent qu’un changement de réglage de ce moteur. Par d’autres moyens, beaucoup plus conformes à ce qu’est une nécessaire autonomie d’une économie nationale en matière de salaires notamment, ce changement apaiserait lui aussi des tensions mais par le grand projet commun de la mise en place d’un nouveau capitalisme.

DM, septembre 2012

Homo Economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux, Daniel Cohen

Octobre 2012

La prétendue urgence d’un nouvel eudémonisme *

« À l’heure où se pressent des milliards de « nouveaux venus » à la table d’un modèle occidental vacillant, il y a urgence à repenser de fond en comble le rapport entre le bonheur individuel et la marche des sociétés. En évitant les deux dogmatismes symétriques — savoir mieux que les gens ce qui est bon pour eux ou, à l’inverse, les laisser se débrouiller tout seuls —, la question qui se pose est rien moins que celle de l’assise de la société-monde qui se construit sous nos yeux. » Daniel Cohen, Homo Economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux, dernier paragraphe de l’introduction.

 « Repenser de fond en comble le rapport entre le bonheur individuel et la marche des sociétés » est une entreprise eudémoniste — le but est le bonheur. Que des économistes dûment patentés se lancent dans cette entreprise s’imposerait en urgence car il ne serait pas exagérément prométhéen et miné d’effets pervers de fournir cette bonne « assise à la société-monde qui se construit sous nos yeux ».

Quoi qu’en pense Daniel Cohen par devoir d’état, l’économie ne sera utilement repensée « de fond en comble » qu’à partir de ce qui lui est propre, les échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges. De plus, il est impératif de se tenir enfin à cette spécialisation en ne faisant pas passer pour économique ce qui dans ces échanges et transferts relève de propensions qui se rencontrent dans toutes les activités humaines, voire plus généralement dans tous les processus naturels. Faute de le faire, la porte est en effet trop largement ouverte à des menées dont l’impartialité est plus ou moins ingénieusement ou ingénument en trompe l’œil.

L’urgence mise en avant par Daniel Cohen est elle-même en trompe l’œil. Elle vise à perpétuer un corps de doctrine prétendument fait amoral en ayant pour centres de gravité les maximums d’utilité et de profit : « Robinson cherche à maximiser son bien-être, à la manière d’une firme qui maximise son profit. » Le bouchon est poussé par Cohen jusqu’à proférer un interdit remarquablement partial et liberticide : « La même personne peut avoir des comportements moraux ou des calculs intéressés selon les circonstances, mais pas les deux à la fois. » Si M. le professeur en économie l’affirme si nettement, avec tant de ses collègues et proches dont le philosophe Conte-Sponville — l’économie n’est ni morale, ni immorale, elle est amorale —, c’est que ce doit être vrai, n’est-ce pas ?

Cela n’empêche pas Daniel Cohen d’admettre justement que « Dans l’équilibre subtil entre compétition et coopération, rien ne permet de dire que la première soit plus « naturelle » que la seconde. » Certes, certes aux guillemets pusillanimes près, mais alors ? Il est plus économe d’aller droit au but si c’est pour étayer ce désir : « L’Europe attend son Roosevelt, qui saura lui donner, au cœur de la crise, le sentiment d’une communauté partagée. »

Daniel Cohen écrit dans ce même livre : « À défaut de mesurer la richesse en numéraire, réel ou virtuel, une piste ne pourrait-elle être de la calculer en unité de bonheur ? Une telle démarche serait audacieuse mais pas déraisonnable. Les économistes spécialistes du bonheur [,…,] ont démontré de manière convaincante que les indices retenus avaient une force scientifique indiscutable, permettant par exemple de prédire le divorce d’un couple ou le suicide d’un individu… Le bonheur n’offre-t-il pas un critère plus utile pour les politiques publiques que la richesse produite ? » Face aux dérèglements du système économique stricto sensu l’urgence, tant en Europe qu’ailleurs, n’est vraiment pas que des « économistes du bonheur » se fassent charlatans en prenant l’effroyable et liberticide responsabilité de « prédire le divorce d’un couple ou le suicide d’un individu » ! L’urgence n’est pas davantage de faire sensation en prescrivant la fuite en avant dans le projet d’un eudémonisme prétendument renouvelé.

Supposons-nous récemment faits suppôts de Satan. Dans le mal que notre patron nous ordonne de promouvoir, nous nous demandons si l’économie fait l’affaire quand elle est académiquement soutenue être à la fois eudémoniste et amorale. Hésitants parce que c’est grossièrement contradictoire, nous faisons part de nos doutes au patron. Sa réponse est immédiate. Il nous ordonne de jeter ardemment de l’huile sur ce feu. C’est une invention sur laquelle il fonde beaucoup d’espoir pour les temps présents et à venir. Il ajoute que faire souffler la tentation d’élaborer une « unité de bonheur » dotée d’ « une force scientifique incontestable », puis d’exprimer des prix dans cette unité, augmentera considérablement l'efficacité destructrice de cette alchimie.

DM, octobre 2012

L'orthodoxie des économistes atterrés, Dominique Michaut

Mars 2012

Qui et pourquoi

L’association « Les Économistes Atterrés », est « un collectif de [plusieurs centaines] de chercheurs, universitaires et experts en économie, regroupés avec d’autres citoyens non économistes » pour « impulser la réflexion collective et l’expression publique des économistes qui ne se résignent pas à domination de l’orthodoxie néolibérale.»

Un paragraphe suivant de cette présentation indique : « Nous nous sommes fait connaître à l'automne 2010 en publiant un Manifeste d'économistes atterrés, dans lequel nous faisions une présentation critique de dix postulats qui continuent à inspirer chaque jour les décisions des pouvoirs publics partout en Europe, malgré les cinglants démentis apportés par la crise financière et ses suites, et face auxquels nous mettions en débat vingt-deux contre-propositions... »

La version ci-après citée de ce manifeste est celle qui a été publiée en 2010, sous la forme d’un livret au format de poche, par l’éditeur LLL Les Liens qui Libèrent, avec une introduction (seulement l'introduction ?) de Philippe Askenazy (Cnrs), Thomas Coutrot (conseil scientifique d’Attac), André Orléan (Cnrs , Ehess), Henri Sterdyniak (Ofce). Il y a, à ce jour et cette heure, 6 110 signataires de ce manifeste.

Les deux thèses combattues

Le troisième paragraphe de l’introduction de ce manifeste, alors déjà fort de 630 signataires dont la liste figure à la fin de l’ouvrage, est ainsi rédigé :

« Les économistes doivent assumer leurs responsabilités vis-à-vis de la société. La plupart des « experts » qui interviennent dans le débat public le font pour justifier l’actuelle soumission des politiques économiques aux exigences des marchés financiers. Car les hypothèses majeures qui sous-tendent ces politiques sont celles de l’efficience des marchés financiers et du poids excessif de l’État. »

En fait d’hypothèses, il s’agit de thèses dont la seconde a fait l’objet d’une surabondance de travaux universitaires dont les uns voient un excès là où les autres voient une nécessité. Livrons donc premièrement un point de vue à ce sujet.

Le poids du prélèvement public

Affirmer ex abrupto que la thèse du poids excessif, aujourd’hui en France comme en d’autres pays, du prélèvement public, à savoir de la somme des impôts et des emprunts publics, fait partie de ce que les économistes doivent repousser pour « assumer leurs responsabilités vis-à-vis de la société », est révélateur d’un aspect d’une orthodoxie qui n’est pas seulement anti néolibérale mais aussi probablement plutôt économiquement antilibérale... façon Attac et altermondialisme ?

En France comme en d’autres pays, les citoyens atterrés par la hausse du poids du prélèvement public, en proportion de la somme des revenus du travail et des placements, existent. C’est un fait social qui n’est pas marginal. Il est certain que ces citoyens seront plus nombreux dans cinq ans si ce poids n’a pas été réduit. Parce que ce sont surtout les bourgeois qui voient comme ça et les richissimes qui subventionnent cette propagande ? Vive la vertu forcée par l’impôt redresseur de tort, succédané de la guillotine indispensable au rééquilibrage des rapports de force ? Est-il assuré que la société en général, et sa population la plus économiquement faible en particulier, s’en porte finalement mieux ? Comment est-ce compatible avec l’État impartial ?

L’efficience des marchés financiers

« L’erreur majeure de la théorie de l’efficience des marchés financiers, donne à lire le premier développement du manifeste, consiste à transposer aux produits financiers la théorie habituelle des marchés de biens ordinaires. Sur ces derniers, la concurrence est pour partie autorégulatrice en vertu de ce qu’on nomme la « loi de l’offre et de la demande » : lorsque le prix d’un bien augmente, alors les producteurs vont augmenter leur offre et les acheteurs réduire leur demande ; le prix va donc baisser et revenir à son niveau d’équilibre. […] Autrement dit, quand le prix d’un bien augmente, des forces de rappel tendent à freiner puis inverser cette hausse. L’idée d’efficience naît d’une transposition directe de ce mécanisme à la finance de marché.

« Or, pour cette dernière, la situation est radicalement différente. Quand le prix augmente, il est fréquent d’observer non pas une baisse mais une hausse de la demande ! En effet, la hausse du prix signifie un rendement accru pour ceux qui possèdent le titre du fait de la plus-value réalisée. »

D’abord et finalement la loi de l’offre et de la demande

L’affirmation est on ne peut plus claire : les prix des « biens ordinaires » sont tous principalement régis par la loi de l’offre et de la demande. Cette conviction est un pilier de l’orthodoxie des économistes atterrés, selon ce que donne à constater la version 2010 de leur manifeste. C’est grand dommage parce que c’est faux, alors que voir dans la thèse de l’efficience des marchés financiers une fable aussi néfaste que le mot d’ordre, apparenté, du maximum de création de valeur pour l’actionnaire, s’impose parce qu’il est également faux que le réel et le réalisable obligent à :

  • faire de la science économique l’étude du « comportement humain en tant que relation entre des fins et des moyens rares qui ont des usages alternatifs » (Lionel Robbins, admis par la quasi-totalité des économistes, y compris les plus résolument altermondialistes),
  • en mettant au point de départ de la théorie économique le postulat, foncièrement antilibéral par le comportement dicté et pseudo scientifique dans la mesure où il s'agit d'épater par des systèmes d’équation, que tout individu maximise de l’utilité et toute entreprise du profit — notre rejet du principe même du maximum de profit devrait nous valoir des sympathies du côté des économistes qui déplorent des normes trop élevées de rentabilité « qu’impose le pouvoir de la finance aux entreprises et aux salariés » (page 18 du Manifeste) mais la magna carta dressée par Walras, devenue parole d’évangile, les en empêche.

Que des prix soient formés ou déformés par des surenchères ou de sous enchères, c’est incontestable. Que d’autres prix tendent à s’aligner sur des coûts de revient, concurrence aidant, c’est tout aussi incontestable. Que les salaires, qui sont des prix, aient leurs propres déterminants, c’est moins évident mais cela se démontre assez aisément, confirmation par les faits à l’appui. Que les profits, quand ils sont définis comme étant les dividendes dans le cas des sociétés commerciales qui en versent, puissent être des prix en partie réglés par une externalité macroéconomique, l’état de l’emploi, ce n’est pas non plus actuellement évident et, en plus, fort dérangeant de la macroéconomie aujourd’hui classique (enseignée dans les classes). Mais ce n’est pas à cette orthodoxie, elle ni néoclassique ni marxiste mais bel et bien subversivement capitaliste — un capitalisme nouveau —, que les économistes atterrés ont été formés et à laquelle à leur tour ils forment.

Porte ouverte aux confusions

La dernière phrase du passage cité donne une illustration des confusions élémentaires semées par cette formation. Le rendement d’un placement est une réalité, par les intérêts ou les fractions de bénéfice qu’il procure (dividende). L’éventuelle plus-value ou moins value que la liquidation de ce placement produit est une autre réalité. Or voici que la distinction de ces deux réalités est obérée quand, au détour d’une phrase peut-être trop vite écrite mais relue et cosignée par plusieurs centaines d’économistes patentés, il est question de « rendement accru … du fait de la plus-value réalisée ».

Est-ce là pinailler ? Parmi les quatre auteurs du Manifeste, il y en a au moins un, à ma connaissance tout récemment acquise, dont les écrits prouvent que l’amalgame systématique du rendement d’un titre de propriété et de la hausse de son cours n’est vraiment pas son fait. Il reste heureusement très improbable que ce soit le fait de l’un des trois autres. Mais il ne fait pas de doute que la recherche de plus-value, qui est un transfert (d'accord sur ce point ?), a pris le pas sur l’attente d’un rendement, qui est un revenu, tout comme il est patent que bien peu d’économistes, atterrés ou non, ont jusqu’à présent dénoncé la dangerosité de cette inversion.

D’abord atterrant

Dans ce qui reste atterrant en matière de pensée économique articulée, matrice de la politique économique, il y a d’abord qu’une petite série de distinctions primordiales est en partie maltraitée. Se trouve, en effet, dans cette série, notamment, avec le signe * pour signaler les plus négligées : acception et définition*, principe et pétition de principe*, valeur d’usage et valeur d’échange, travail en tant que dépense d’énergie humaine et travail en tant que produit de cette dépense*, marchandise et monnaie*, marchandise et connaissance*, rareté et reproductibilité à volonté par l’industrie humaine*, échanges marchands et transferts de termes de ces échanges, revenus et transferts, capital et crédit, bénéfice et profit*, actions négociables et actions restituables*, finance directe et finance intermédiée, économique et social.

Quelles sont les distinctions solides que le récent (octobre 2011) livre d’André Orléan, L’empire de la valeur / Refonder l’économie, contribue à faire moins maltraitées et à introduire ? Je souhaite beaucoup, avant d’aller y regarder de près, qu’il y en ait une belle moisson. C’est, en effet, une condition nécessaire à la résorption de la « grave crise de légitimité » que « l’économie en tant que discipline traverse aujourd’hui » (mots de la première phrase de l’introduction de ce livre). Un compte-rendu de lecture crayon en main des 330 pages de ce riche ouvrage est en préparation.

DM

La zone euro face au bazooka, Paul Fabra

Février 2012

Contrairement à celle de la zone euro, les trois autres grandes dettes d’État, l’américaine, la britannique et la japonaise, ne fonctionnent plus comme des marchés.

Il est une distorsion majeure dans la cotation des dettes souveraines, au désavantage exclusif de la zone euro. Les agences de notation n’en font pas état. Les marchés continuent d’y fonctionner comme… des marchés. Ce n’est plus le cas pour les trois autres grandes dettes d’État : l’américaine, la britannique et la japonaise. Seulement, les États de la zone euro voient le cours des titres d’emprunt (OAT…) qu’ils émettent déterminés par le jeu libre, ou presque libre, des forces du marché – la BCE ne se prive pas non plus d’intervenir, mais pas systématiquement et donc sur une moindre échelle. Seulement eux se font ainsi, par le marché, dicter le taux d’intérêt de leurs nouvelles émissions. S’il en allait autrement, il n’y aurait jamais eu de crise de l’euro !

Dès janvier 2009, la Banque fédérale de Saint Louis fait passer le message :« Depuis le début de la crise financière, la Fed s’est montrée extraordinairement active pour remplir son rôle de prêteur – ou acheteur – de dernier ressort. » Cette fonction est par nature exceptionnelle et limitée. La finance aux abois s’en est emparée pour en faire un « big bazooka » (dixit David Cameron) aux mains de la banque centrale, sur le modèle mis en pratique pendant la Seconde Guerre mondiale, et adopté au Japon depuis 1998. Formidable régression.

Le Trésor émet ses titres d’emprunt à un taux qu’il fixe arbitrairement et abaisse au fur et à mesure que l’endettement s’accumule ; un autre organe de l’État, l’institut d’émission, achète à leur valeur faciale tous ceux qui ne trouvent pas preneur à ce prix. Ô miracle de la cavalerie monétaire ! La valeur du titre étant ainsi garantie, les détenteurs de capitaux fuyant le risque se précipitent sur les emprunts d’État. Leur attrait éclipse les investissements qui relanceraient l’activité économique. Au contraire, un assainissement budgétaire rend disponible pour la relance l’épargne qui finançait le déficit (on aimerait l’entendre dire par nos gouvernants). Ainsi, le classement résultant du rating se trouve-t-il irrémédiablement biaisé : les pays de la zone euro sont notés, disons, au mérite et les autres au forcing ! Comme pendant la Grande Dépression des années 1930 et pendant la guerre, les obligations américaines et britanniques, quel que soit l’état de leurs finances publiques, font figure de valeurs refuges. Inappréciable avantage par les temps qui courent, leur évolution est prévisible : comme la Banque du Japon le fait depuis quinze ans, le « chairman » de la Fed ne cesse de prolonger le régime des taux d’intérêt voisins de zéro (dernière nouvelle : jusqu’à fin 2014). Une éventuelle remontée sera de plus en plus périlleuse[2] (1). Maintenant, la Fed achète, à la faveur de l’opération Twist, des Treasury Bonds à 30 et 50 ans d’échéance (plus le titre est à long terme, plus il monte si les taux baissent). Cela promet encore de substantielles plus-values pour cette année. Elles furent en 2011 d’environ 30 % pour ce genre de placements.

Pour parer au risque énorme d’une chute brutale du dollar provoquée par la monétisation à tout-va, la Fed dispose de ses propres acheteurs d’ultime recours. La Banque de Chine, mais aussi les banques centrales de l’Inde, du Brésil, de Russie, des émirats, etc., remplissent de plus belle cet office. Depuis deux ans, la Banque de Chine a augmenté de 44 %, à titre de réserves dites « monétaires », son stock de créances sur l’Oncle Sam.

Bon signe pour la cause de l’euro : malgré ce colossal soutien apporté aux bonds américains, le marché préfère les bunds allemands qui n’ont pas besoin d’aide pour se tenir debout. La hardiesse calculée de Mario Draghi renforce l’autorité de la BCE : soutien massif aux banques pour parer à un krach imminent, clair refus du rôle (jugé illégal) de prêteur institutionnel de dernier ressort : qui croirait à l’engagement pris par les gouvernements d’équilibrer leurs budgets respectifs si la Banque centrale leur fournit un moyen indolore de financer les déficits ? Ces déficits publics qui sont les pères nourriciers de l’hypertrophique système financier.

Paul Fabra

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Le capitalisme sans profit est dérégulé, Dominique Michaut

Février 2012

Le journaliste du Monde Julien Dupont-Calbo, pour donner du corps à son article sur la politique d’Apple en matière de dividendes, rapporte le jugement d’un professeur de stratégie d’entreprise :

« Apple n'a jamais eu une culture de générosité envers ses actionnaires, ce n'est pas dans les gènes de l'entreprise. Ce n'est pas grave, puisque le cours de son action a été multiplié par je-ne-sais-combien depuis 1995. Dans ces conditions, pas la peine de verser des dividendes, puisque les actionnaires sont plus que récompensés par leur plus-value sur l'action », estime Frédéric Fréry, professeur en stratégie à l'ESCP. Inconvénient de la formule, cela pousse les actionnaires à retirer leurs gains de temps en temps. »

Cet inconvénient n’est ni le seul ni le principal.

1. Là où, dans le jugement dont Frédéric Fréry se fait le porte-parole, il est question de « générosité » et de « récompense », ce qui est passé sous le tapis est l’échange, d’ordre contractuel, du placement en capital contre sa rémunération — son rendement — tant que ce placement dure. Grande est la probabilité que, dans ces conditions, les élèves de M. Fréry n’entendent jamais parler de cet échange alors qu’il leur sera présenté comme normaux les paiements d’intérêts et de salaires en rémunérations des services respectifs du prêt remboursable et du travail.

2. Comme expressément voulu par Steve Jobs ne cessant de répéter qu’il préférait privilégier le cours de l’action au dividende, ce qu’il y a « dans les gènes de l’entreprise » est de se défausser de la rémunération du placement en capital sur une tierce partie, la bourse. La plus-value fait dès lors fonction de rendement, tout au moins tant que plus-value il y a en usant des procédés qui font croire aux arbres qui grimpent au ciel.

3. C’est, en soi, une privation de liberté : moi Apple façon Steve Jobs vous interdit d’être actionnaire chez moi pour en tirer une rente parce que cela m’arrange que vous ne soyez actionnaire que pour en tirer de la plus-value, ce qui me permet d’accumuler tout plein de trésorerie et de produit financier.

4. La plus-value est une chose, le bénéfice d’une entreprise en est une autre, le profit en est une troisième quand il est admis que cette troisième n’existe, dans le cas des sociétés commerciales, que sous la forme dite du dividende.

5. Le capitalisme sans profit — caractérisé par des actions sans rendement — est dérégulé. Faute d’exister, le taux de profit, comparable d’une entreprise à une quelconque autre dès lors qu’il est sur capital :

1) n’active plus la tendance à l’égalisation des taux de rentabilité du capital ;

2) ne ramène plus les prix de vente vers leurs prix de revient complet, profit suffisant inclus ;

2) ne participe plus à la détermination du taux d’épargne par rapport aux revenus ;

3) n’attire plus assez d’épargne, notamment populaire, vers son placement direct en nouveau capital social, laquelle sorte de placement est le moyen de financement le plus sain de la création d’emplois stables par les entreprises.

Le capitalisme à la Steve Jobs est anticoncurrentiel, contractuellement léonin, cybernétiquement atrophié. Ce n’est pas le cas du capitalisme de plein-échange.

DM

Misère de la pensée économique, Paul Jorion

Octobre 2012

Ce livre récent (octobre 2012, Fayard) affirme une fois de plus que le capitalisme — sous-entendu tout capitalisme — est inéluctablement « une machine à concentrer la richesse » entre les mains « d’une aristocratie de l’argent ».

Cause de la vraie et persistante misère de la pensée économique

Au cœur de l’économie, il y a les pratiques concomitantes des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges. De plus, en économie de marché, ces pratiques sont réellement ou potentiellement concurrentes à raison ce qu’est l’entière sémantique du mot « concours », dont un sens est « coopération ».

Qu’est-ce qui fait qu’un service ou un bien est et n’est pas une marchandise ? Quelles sont les principales catégories de marchandises ? Le mot « travail » n’a-t-il pas deux sens que la pensée économique de base doit distinguer ? Les marchandises ne sont-elles, somme toute, échangées que contre des marchandises, bien que le plus souvent par monnaie interposée ? Que convenons-nous d’appeler au juste « capital » et « crédit », « profit » et « intérêt », « revenu », « transfert » ? Tous les prix, salaires compris, ont-ils un même déterminant ? Comment est-il rationnel d’instruire ce qu’il en est ?

Sans des réponses bien aiguisées à ces questions et à d’autres logiquement initiales, ce qu’est potentiellement la dynamique socialement la plus faste de la pratique concurrentielle des échanges marchands au mieux échappe trop largement, au pire est nié.

La facilité consiste à ne pas s’astreindre à la discipline de définitions strictes et conformes aux faits élémentaires dans le champ considéré. C’est dans cette facilité que réside d’abord la vraie et persistante misère de la pensée économique. Or c’est hélas à cette facilité que Paul Jorion lui aussi s’adonne.

« Marx avait donc raison »

Les extraits suivants sont tirés du Misère de la pensée économique dans l’ordre où le lecteur du premier au dernier chapitre les rencontre :

 « Dans Le Capitalisme à l’agonie, je parle de Karl Marx en l’appelant « celui dont on a effacé le nom » (Jorion, 2011 : 227). Bien sûr, on sait encore qui il est, mais je parle là essentiellement de lui dans le cadre de la « science » économique, et il est vrai qu’on y a effacé son nom pour une raison bien simple : parce qu’il avait eu le mauvais goût de compléter sa réflexion économique par un projet révolutionnaire. Karl Marx fut bien l’un des penseurs, et parmi les plus formidables, de l’authentique science économique qui exista jusqu’au milieu du 19e. Après Adam Smith (1723-1790) et David Ricardo (1772-1823), il en est le troisième grand nom. Or, à son corps défendant, Marx aura contribué à ce que ce type d’approche cesse d’être utilisé. Pourquoi ? Parce qu’il ne se conçoit pas en réalité comme économiste, mais comme révolutionnaire : la « critique de l’économie politique » qu’il produit (c’est le sous-titre de son œuvre majeure : Le Capital) n’est, à ses yeux, qu’un outil mis au service de sa tâche révolutionnaire. Marx a écrit : « Les philosophes n’ont fait jusqu’ici qu’interpréter le monde, il s’agit maintenant de le transformer », et, en effet, il ne se contente pas de décrire le capitalisme et d’annoncer sa fin prochaine, il affirme qu’il est du devoir de chacun de contribuer à sa chute.

[…]

« Il faut en revenir à une conception de la réflexion économique qui relève à part entière de l’économie politique, et s’apparente donc à l’œuvre de Marx en économie. Cela dit, les théories marxistes (ou marxiennes) m’ont souvent fait défaut et j’ai été obligé de fabriquer d’autres outils que ceux qu’il avait conçus ; ce fut ainsi le cas quand j’ai dû expliquer la formation des prix telle que je l’avais vue à l’œuvre aussi bien sur les marchés du poisson, en Afrique et en Bretagne, que sur les marchés financiers. Aussi quand j’ai dû expliquer le partage biaisé de la richesse créée. Paradoxalement, j’ai chaque fois dû « radicaliser » l’approche de Marx. Alors que Marx et Engels affirment dans la phrase inaugurale de la première partie du Manifeste du parti communiste que « l’histoire de toutes les sociétés jusqu’ici a été l’histoire de la lutte des classes » (Marx & Engels [1848], 1965 : 161), dans la théorie de la formation des prix de Marx et dans son explication du partage de la richesse créée, de manière tout à fait inattendue, la lutte des classes est absente.

[…]

« Ce que je reproche à Marx, c’est de considérer le rapport politique comme un « facteur », mais pas véritablement comme un « moteur » en deux domaines : celui de la formation des prix et celui du partage de cette plus-value. Je donne ici un premier exemple : Marx considère que la présence de syndicats peut influer sur le niveau des salaires, mais que ceux-ci auront cependant tendance à revenir à leur niveau « naturel », qui est un donné objectif d’ordre économique lié au fait que le travail est un « facteur de production » comme un autre (cf. Dobb, 1973 : 153). Donc, pour lui, le politique est ici un « facteur » contributif, mais nullement le « moteur » du processus. Second exemple : la formation des prix. Marx considère que les rapports de forces n’y sont pour rien, et a fortiori la lutte des classes encore moins. Pourquoi ? Parce que, pour lui, la formation des prix est une question générale valant pour tous les systèmes économiques où des marchandises sont produites, et que le capitalisme n’en est qu’une des formes possibles (cf. Clarke, 1982 : 77). Il lui faut donc énoncer une théorie de la formation des prix valant pour tous ces systèmes. Or, la lutte des classes ne caractérise que le capitalisme ; donc, pour lui, la lutte des classes et les rapports de forces en général n’ont rien à faire dans une théorie de la formation des prix. Au contraire, pour moi (comme déjà pour Aristote), le rapport de forces est « moteur » dans la formation de tous les prix. Par ailleurs, l’essence du capitalisme ne réside pas pour moi dans le fait qu’il serait une variété des systèmes de production de marchandises ; c’est d’être un système où la répartition de la plus-value est biaisée de deux manières : d’abord par un rapport de forces favorable au capitaliste, détenteur du capital en tant qu’avances, et défavorable au dirigeant d’entreprise dans leur confrontation, et ensuite favorable à ce dernier et défavorable au salarié dans leur rapport entre eux.

« […]

« … une contre-offensive fut déclenchée non parce que les thèses de Ricardo étaient fausses, mais parce qu’elles étaient dangereuses (Meek, 1956 : 124-5, in Dobb 1973 : 109-110). Et en quoi ? En ce que Ricardo, agent de change et spéculateur à qui ses opérations assurèrent la fortune, avait reconnu dans le travail la source unique et indiscutable de la valeur, sans jamais se laisser désarçonner par les objections. La conséquence logique en est que la richesse de quiconque n’est pas travailleur ne peut découler que de la spoliation des travailleurs du fruit de leur travail. L’agent de change Ricardo avança cette thèse plusieurs dizaines d’années avant que le révolutionnaire Marx la reprenne à son compte. »

Sans égard au fait qu’il existe des libéraux qui ne font pas entrer la fiction de l’homo œconomicus  dans leur doctrine des échanges marchands :

« À leur corps défendant, les partisans du capitalisme révèlent la vérité profonde de ce système quand ils mettent en évidence, avec l’homo œconomicus, le genre d’être humain compatible avec lui : un authentique ennemi de ses contemporains et de la race humaine en général.

[…]

« La classe qui bénéficie du versement des intérêts verra donc toujours le rapport de forces croître en sa faveur, jusqu’à ce que la concentration du patrimoine soit telle que le système se grippe. Une catastrophe devra alors intervenir (guerre, révolution, etc.), qui recréera une certaine homogénéité dans la répartition du patrimoine. Et le système repartira de plus belle, de la même manière et dans la même direction, seule l’identité des bénéficiaires ayant changé.

[…]

« Mais la concurrence tant souhaitée, qu’est-elle, sinon la lutte de chacun pour une part de marché ? Sinon la guerre de tous contre tous ? Dans ce cas, comme le rappelle la sagesse populaire : « À la guerre comme à la guerre ! », autrement dit : « Tous les moyens sont bons ! » Est-ce bien là le meilleur climat pour assurer que chacun se comportera moralement ? Pas vraiment, sans doute.

[…]

 « Dans le capitalisme, le partage des richesses est déséquilibré Le système de partage de la richesse créée dans nos sociétés est biaisé parce que sa logique implique que le capitaliste, détenteur du capital, soit servi en premier, l’entrepreneur, dirigeant d’une entreprise, venant en second, les salariés, eux, devant se satisfaire de ce qui reste.

[…]

 « … comme le capitalisme nécessite, pour que des intérêts puissent être versés, cette même croissance, le fait que le capitalisme a pour implication logique la destruction de la planète prend valeur de théorème.

« Les appels des dirigeants européens, relayant sans états d’âme l’exigence des milieux d’affaires qu’on ne « perde pas de vue la compétitivité », étaient la traduction en termes acceptables par tous de leur exigence qu’on aligne désormais les salaires européens sur ceux du Bangladesh, en sorte que les dividendes n’aient pas à souffrir et que les rémunérations extravagantes de certains dirigeants d’entreprise demeurent intactes. »

Cela conduit à — la mise en caractères gras et le souligenement sont notre fait :

 « Marx avait donc raison, aux yeux de qui les faiblesses du capitalisme étaient patentes et conduiraient inéluctablement à sa fin, même si l’effondrement ne devait pas prendre la forme exacte qu’il avait prévue, celle d’une baisse tendancielle du taux de profit. »

Oui, la pensée est bien dans un état de grande misère quand elle use de la conjonction « donc » pour donner à croire qu’il s’agit de la conclusion d’un syllogisme, à savoir d’un raisonnement déductif rigoureux qui ne suppose aucune proposition sous-entendue. Tenir pour « donc » établi que le capitalisme est inévitablement « une machine à concentrer la richesse » entre les mains « d’une aristocratie de l’argent » relève de la spéculation intellectuellement désinvolte quant à son honnêteté. Ce n’est pas avec ça que de l’économie et de la politique de meilleur aloi peuvent advenir.

DM

Montrer la vérité et combattre l’erreur, Frédéric Bastiat

Décembre 2012 - Les extraits suivants sont tirés de la Conclusion de la Première série des Sophismes économiques de Frédéric Bastiat. Dans ce texte écrit en 1845, comme souvent sous la plume de cet ardent libéral, il y a des considérations que nous nous efforçons d’intégrer à l’état d’esprit dans lequel nous œuvrons. Le titre ici retenu, Montrer la vérité et combattre l’erreur, est d’après la dernière phrase citée.

(…) Attaquer un à un tant de sophismes incohérents, qui quelquefois se choquent et plus souvent rentrent les uns dans les autres, c'est se condamner à une lutte désordonnée, capricieuse, et s'exposer à de perpétuelles redites.

Combien je préférerais dire simplement comment les choses sont, sans m'occuper de mille aspects sous lesquels l'ignorance les voit ! Exposer les lois selon lesquelles les sociétés prospèrent ou dépérissent, c'est ruiner virtuellement tous les sophismes à la fois. (…) La vérité est une ; le livre qui l'expose est un édifice imposant et durable :

Il brave les tyrans avides,
Plus hardi que les Pyramides
Et plus durable que l'airain.

L'erreur est multiple et de nature éphémère ; l'ouvrage qui la combat ne porte pas en lui-même un principe de grandeur et de durée.

(…)

Un traité a sans doute une supériorité incontestable, mais à une condition, c'est d'être lu, médité, approfondi. Il ne s'adresse qu'à un public d'élite. Sa mission est de fixer d'abord et d'agrandir ensuite le cercle des connaissances acquises.

La réfutation des préjugés vulgaires ne saurait avoir cette haute portée. Elle n'aspire qu'à désencombrer la route devant la marche de la vérité, à préparer les esprits, à redresser le sens public, à briser dans des mains impures des armes dangereuses.

(…)

On pourrait ranger les sciences en deux catégories.

Les unes, à la rigueur, peuvent n'être sues que des savants. Ce sont celles dont l'application occupe des professions spéciales. Le vulgaire en recueille le fruit malgré l'ignorance; quoiqu'il ne sache pas la mécanique et l'astronomie, il n'en jouit pas moins de l'utilité d'une montre, il n'est pas moins entraîné par la locomotive ou le bateau à vapeur sur la foi de l'ingénieur et du pilote. Nous marchons selon les lois de l'équilibre sans les connaître, comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir.

Mais il est des sciences qui n'exercent sur le public qu'une influence proportionnée aux lumières du public lui-même, qui tirent toute leur efficacité non des connaissances accumulées dans quelques têtes exceptionnelles, mais de celles qui sont diffusées dans la raison générale. Telles sont la morale, l'hygiène, l'économie sociale, et, dans les pays où les hommes s'appartiennent à eux-mêmes, la politique. (…)

Ces sciences, que l'on a fort bien nommées sociales, ont encore ceci de particulier que, par cela même qu'elles sont d'une application usuelle, nul ne convient qu'il les ignore. (…) Comme chacun fait journellement de la morale bonne ou mauvaise, de l'hygiène, de l'économie, de la politique raisonnable ou absurde, chacun se croit apte à gloser, disserter, décider et trancher en ces matières. (…)

De ce qui précède il résulte deux choses : 1° Que les sciences sociales doivent abonder en sophismes beaucoup plus que les autres, parce que ce sont celles où chacun ne consulte que son jugement ou ses instincts ; 2° que c'est dans ces sciences que le sophisme est spécialement malfaisant, parce qu'il égare l'opinion en une matière où l'opinion c'est la force, c'est la loi.

Il faut donc deux sortes de livres à ces sciences : ceux qui les exposent et ceux qui les propagent, ceux qui montrent la vérité et ceux qui combattent l'erreur.

(…)

Frédéric Bastiat, Mugron, 2 novembre 1845

Plaidoyer pour la simplification sociale, Jacques Bichot

Septembre 2012

Cette excellente argumentation vaut pour l’ensemble de la simplification politique et administrative. Ce vieux serpent de mer est plus que jamais à ressortir du placard où il végète. C’est pour une raison d’intérêt national dont cette argumentation fait état : la capacité des entreprises françaises à fournir de meilleurs rapports qualité/prix est trop largement obérée par des complications qui n’ont pas lieu d’être. S'y ajoute, bien entendu, la qualité de vie de la population.

« Faire simple exige de réfléchir en profondeur, de travailler sérieusement, et de résister à toutes sortes de sollicitations. »

Cela vaut aussi pour les propositions premières en fonction desquelles une politique économique est conçue et conduite. Comment se pourrait-il que les Français ne soient pas de plus en plus vite déçus par leurs gouvernements successifs tant que ces derniers se révèleront si faibles en matière de principes économiques simples et équitables ?

 

Politique économique : changer la donne, Roland Verhille

Janvier 2012

La compétitivité d’une économie est fonction d’un ensemble de facteurs qui caractérisent une société. Elle conditionne sa capacité de se fournir à l’étranger en biens et services qui lui manquent en échange de ses propres productions, favorisant ainsi sa croissance économique et ses emplois.

Le niveau des coûts de production dans le pays comparé à celui des pays étrangers est seulement l’un des principaux éléments de cette compétitivité.

Les charges sociales ne sont que l’une des composantes de ces coûts de production. Elles couvrent seulement en partie l’acquisition par le salarié de droits. Car elles sont truffées de financements de prestations dites sociales bénéficiant à d’autres qu’au travailleur. De plus, elles privent le salarié de l’exercice par lui-même de son droit de choisir au bénéfice d’organismes collectifs bénéficiant d’un monopole ou de quasi-monopoles. Les autorégulations sont ainsi neutralisées, la pertinence des choix de dépense est plus que douteuse, leur efficacité au regard du développement de l’économie est altérée par des emplois de ressources relevant du gaspillage.

L’efficacité économique de la gestion de l’entreprise par ses dirigeants est une autre composante importante des coûts de production. Il ne suffit pas d’avoir reçu la formation d’une grande école pour être chef d’entreprise efficace. Il ne suffit pas non plus de suivre les conseils de prétendus « spécialistes en gestion d’entreprise ». Là également, ce sont les autorégulations qui trient parmi les entrepreneurs ceux qui sont efficaces du fait de leurs qualités personnelles et ceux qui se révèlent ne pas l’être.

Le coût du financement de l’appareil d’État est une autre composante importante des coûts de production. Quelles que soient les voies empruntées pour lever ces financements, ils aboutissent inéluctablement par une voie ou une autre à alourdir les coûts de production. Et on sait que la France est championne du monde des prélèvements obligatoires. L’ensemble des cotisations sociales se monte à environ 37% du produit intérieur corrigé, ce qui n’est pas loin de seulement la moitié du coût total de notre appareil d’État qui grève nos coûts de production.

D’autre part, les mentalités conditionnent aussi la compétitivité du pays. Il n’est pas d’emploi à défaut d’employeur, et pas d’emploi viable à défaut d’employeur performant engageant sa fortune et sa famille dans le sort de son affaire. Fustiger systématiquement les employeurs en leur faisant la condition d’exploiteur et de profiteur les chasse ailleurs, leurs emplois avec eux. Les paralyser en les privant de la possibilité d’adapter la gestion de leur entreprise aux conditions des marchés auxquelles elles sont soumises fait de même. Les dogmatismes dominants en France qui sont le lot des politiciens et des syndicats, et qui conditionnent notre appareil d’État, sont le plus puissant des facteurs contrariant la compétitivité de l’économie française.

Au total, la France est un pays non pas capitaliste, mais étatisé. C’est le vice rédhibitoire congénital de notre économie, de son « modèle social ».

Pour la fiche de paie vérité, Jacques Bichot

Mars 2012

Jacques Bichot souligne, par un rappel historique bien souvent oublié, que les cotisations patronales sont en fait une partie du salaire.


LE CERCLE. La division des cotisations sociales en deux parts, patronale et salariale, est la source de graves confusions. Unifier les cotisations, faire du salaire brut un salaire "super-brut" incluant la grande majorité des cotisations sociales, clarifierait les débats et permettrait une évolution très intéressante du système de protection sociale.

Le salaire brut est une base de calcul qui n'a aucune signification économique : ce qui compte, c'est :

  1. Le salaire superbrut, somme du salaire brut et des cotisations employeur, qui constitue la rémunération du travail et la plus grande partie du coût du travail pour l'employeur.
  2. La recette des organismes de protection sociale, somme des actuelles cotisations patronales et salariales.
  3. Le salaire net, somme versé au compte du salarié.

Diviser la recette des organismes sociaux en deux parts est une antique coutume, qui remonte à l'époque du "patronage", lorsque les patrons allouaient des "gratifications" en sus du salaire. La mise en place des assurances sociales par Bismarck, dans les années 1880, s'est inspirée de cette pratique, associant la "générosité" de l'employeur à la contribution du salarié. Le modèle bismarckien a ensuite inspiré la création de la plupart des assurances sociales du monde occidental, y compris celles de la France, en 1930. Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts, la rémunération des salariés sous forme de cotisations aux organismes de sécurité sociale n'a plus rien à voir avec une "largesse" patronale, mais l'antique distinction subsiste par la force de l'habitude.

Certaines traditions désuètes peuvent sans inconvénient être conservées pour le folklore. Ce n'est pas le cas de la division des cotisations sociales en deux parts, qui brouille les esprits et génère des négociations aussi coûteuses qu'inutiles. On en est en effet venu à considérer que les cotisations employeur "augmentent le coût du travail", ce qui est inexact d'un point de vue économique, mais engendre une politique désastreuse de subventions étatiques aux entreprises par le moyen d'exonérations ou de réductions de charges patronales. Il est clair que l'entreprise rémunère le travail en déboursant un salaire "superbrut" qui inclue la totalité des cotisations sociales, et que les salariés payent leur couverture sociale au moyen des cotisations patronales aussi bien que salariales.

Quant aux négociations inutiles, il s'agit de celles qui se produisent à chaque modification des taux de cotisations. En effet, une augmentation du taux patronal, à la différence d'une augmentation du taux salarial, a pour effet immédiat d'augmenter le salaire superbrut, ce qui oblige les chefs d'entreprise à freiner ensuite les augmentations de salaire pour retrouver une rémunération du travail correspondant à l'état du marché. Il y a donc des palabres, du lobbying et des rapports de force pour faire pencher les pouvoirs publics dans un sens ou dans l'autre. Franchement, n'avons-nous pas mieux à faire de notre énergie ?
La suppression des cotisations patronales, à de rares exceptions près, telle que les cotisations accident et maladie du travail, serait donc une clarification et une simplification très intéressante. Elle est facile à réaliser, sans modifier ni le coût du travail (salaire superbrut), ni le salaire net, ni la recette des organismes sociaux. Pourquoi ne fait-on pas cette réforme de bon sens, qui déboucherait sur une "fiche de paie vérité" montrant le véritable prix de la sécurité sociale pour les salariés ?

Jacques Bichot

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Sortez-nous de cette crise… maintenant ! Paul Krugman

Septembre 2012

Daniel Fortin, rédacteur en chef aux Echos, a consacré au dernier livre de Paul Krugman un compte-rendu, Haro sur les austériens.

M. Fortin a été vite en besogne en contrebalançant son éloge, « thèse brillante […] et solidement argumentée », par le reproche d’un « manque criant : pas une seule fois, l'impératif d'équilibre budgétaire n'est évoqué ». Outre qu’un des treize chapitres répond à la question Et le déficit, alors ?, dès le septième paragraphe de son introduction Krugman met en avant :

« … ; mais surtout, la pensée ordinaire des « Gens Très Sérieux », ainsi que les qualifient avec humour certains d’entre nous, a totalement évacué le grand principe énoncé par Keynes : « C’est en phase d’expansion, pas de ralentissement, qu’il faut appliquer l’austérité. »

La mise en caractères gras est notre fait. Ce point importe en effet beaucoup car il n’est applicable qu’à une condition, très exigeante : il faut que l’économie soit structurellement configurée de telle façon qu’y règne le plein-emploi en régime de croisière.

Dans les dispositifs organiques qui produisent ce résultat, il y a des règles de gestion dont celles relatives : 1) au placement d’épargne en capital social des entreprises qui en ont un, 2) à la répartition du revenu total du travail, 3) aux finances publiques. Ces dernières appliquent « le grand principe énoncé par Keynes » mais en mettant les points sur les i : des résultats budgétaires chroniquement excédentaires et un poids chroniquement stabilisé des dépenses publiques d’équipement.

Aussi exceptionnellement talentueux qu’on soit, être keynésien ne suffit évidemment et définitivement pas à cheviller une politique économique soutenable sur longue période. La Théorie générale est un diagnostic d’une cause d’enfermement dans une grande dépression économique et une ordonnance pour en sortir. Elle n’est pas pour autant une prescription sur l’essentiel de ce qui est à faire et à ne pas faire afin que dans son cours normal l’économie de marché réponde à l’attente principale des citoyens : l'emploi et la qualité de l'emploi.

La grande affaire keynésienne est, comme Krugman le rappelle, la trappe à liquidité. En conséquence de la montée du chômage de masse, l’épargne monte. Mais le flux de son placement en investissements reproductifs de revenus est trop faible parce que les entreprises attendent que la reprise se profile à l’horizon avant de regonfler leurs bilans. En ce cas, la vraie bonne solution, répète Krugman, est que les gouvernements des pays touchés par cet attentisme réamorcent la pompe par de la dépense publique.

Oui, pourquoi pas ce coup de pouce à la relance, tant il est vrai que Krugman a probablement pleinement raison quand, dans son premier chapitre, il dresse un état de L’étendue des dégâts. Mais il y faut des conditions que cet économiste ne prend pas en considération :

Trois conditions

1) Un surcroît de dépense publique ne peut être assurément temporaire que si cette dépense n’est pas en frais de fonctionnement. Krugman ne met en avant « le grand principe énoncé par Keynes » que là où cela l’arrange. Si ce n’était pas le cas, il réduirait le réamorçage de la croissance par de la dépense publique allouée à une augmentation exceptionnelle d’achats d’équipements, dont possiblement de grands travaux de génie civil.

2) Pour un réamorçage plus complet, Krugman ne tient pas compte de la nécessité de porter les efforts du législateur sur le moteur réel de l'économie capitaliste : la relation EPCE.

L'achat d'équipement par la puissance publique, même nécessaire, ne peut être qu'une recette transitoire, un cautère. Mais c’est là sortir du cadre des représentations dans lesquelles Krugman a été élevé. Insistons quelque peu : qu’il puisse exister un taux moyen suffisant de ROE, return on equity,  et que ce taux puisse être instauré par une pleine rémunération du placement en capital est, pour lui comme pour aujourd’hui quasiment tout le monde, hors champ du séant à considérer.

Un autre aspect à examiner concerne la gestion budgétaire. Soit un pays dont la gestion budgétaire est chroniquement excédentaire et dans lequel la relance permanente par injonction régulière d'épargne rémunurée (capital - dividende) fonctionne depuis quinze ans. Nonobstant, la seizième année apparaît l’attentisme appelé « trappe à liquidité ». Un supplément temporaire de dépenses publiques d’équipement peut alors venir mobiliser l’épargne thésaurisée dans cette trappe à liquidité et réduire ainsi la durée de l'attentisme. Mais ce ne peut être qu’un dépannage. L'histoire économique de l'Europe nous a malheureusement montré que ce dépannage devenait la règle de gestion budgétaire. Le mécanisme sensé éponger la trappe à liquidité est devenu un mécanisme à éponger l'ensemble de l'épargne européenne détruisant ainsi le moteur d'accumulation et de création de richesse qu'est la relation EPCE. Messieurs les keynésiens, ouvrez les yeux sur le dispositif de détournement de l'épargne et de dévoiement de l'activité créatrice de richesse que vous avez mis en place !

3) Krugman et avec lui les « Gens Très Sérieux », dont il dénonce à plus d’une reprise le manque de lucidité, doivent revoir la conception de la répartition du revenu global qui leur a été inculquée en tenant pour fatal que les entreprises sont vouées à faire un maximum de profit. Ceci est faut, dixit Peter F. Drucker lui-même.

Une des raisons pour lesquelles ce renversement importe beaucoup est la suivante: avec l'abondon de l'idée du maximum de profit vient la reconnaissance d'un autre biais concernant la réparition du revenu total du travail. Cette reconnaissance touche à la problématique de l’inégalité des salaires. Toute une phraséologie sur la compétitivité par la réduction du coût du travail apparaît plus clairement pour ce qu’elle est : tout aussi pseudo objective que le postulat du but entrepreneurial du maximum de profit. Le débat sur les « baisses de charge ( = subventions publiques) » prend un tout autre relief sous cet aspect.

Ces remarques faites, supposons que Barak Obama soit réélu et que Paul Krugman ou Joseph Stiglitz devienne le chef de ses conseillers économiques. Soit ces keynésiens persistent dans leur aveuglement à voir la trappe à liquidité comme la cause du bloquage actuel, soit ils prennent conscience que la relance durable ne peut se fonder que sur le couple [placements directs en capital par les Américains - rémunération de ce capital (dividendes)] . Ceci n'exclut pas, répétons-le, un programme temporairement renforcé d’achats publics d’équipements, dont de grands travaux de génie civil. Mais, en elles-mêmes, ces politiques ne peuvent nous sortir de la spirale absurde de l'endettement, aux effets soit-disant multiplicateurs.

Krugman ou Stiglitz rendrait alors à son pays et à l’Europe, ainsi qu’au reste du monde, un grand service en ayant modéré leur keynésianisme une fois arrivé au pied du mur.

Ce serait une fameuse exception à une norme que Krugman signale au neuvième chapitre de son manifeste : « après une décennie passée parmi les experts, je peux dire que quasiment aucun ne reconnaît jamais s’être trompé au sujet de quoi que ce soit. » Parmi les erreurs des économistes et des politiques qui alourdissent le plus L’état des dégâts, il y a celles qui ont pour effet d’installer leur pays dans des finances publiques chroniquement déficitaires, conjointement à un trop faible taux moyen de capitalisation des petites et moyennes entreprises ainsi que des établissements financiers faits, par cette faiblesse, par trop dispensateurs d’endettements.

Pragmatisme compris, tout isme qui a cet effet est toxique. Qui, s’il veut bien y réfléchir par lui-même, n’est pas en mesure de le comprendre ? Mais, une fois de plus, le débat n’est pas orienté dans cette direction, comme si une guerre de religion pouvait être féconde. Jean-Marc Vittori a cru pouvoir écrire que « la réalité donne raison aux keynésiens contre les antikeynésiens ». C’est dans son analyse titrée Après l’échec de la rigueur.

DM

2013

Articles 2013 par ordre alphabétique de leur titre (la date de parution se trouve généralement dans l'url de l'article, sous la forme AAAA-MM-JJ ou AAAAMMJJ)

Analyses et prescriptions de Jacques Bichot

Jacques Bichot professe, dernier membre de phrase de la page d’accueil de son site : « l’économie peut être à la fois scientifique et humaniste ». Pour la tenir scientifique, il met en avant le « respect des faits, de la réalité ». Pour la tenir humaniste, il donne pour règle que « l’outil économique doit servir à éclairer les décisions, celles du particulier comme celles du Chef d’État, et partant à rendre les hommes plus responsables de leurs actes ».

De substantiels et bénéfiques changements se trouvent en usant sélectivement de « l’outil économique » tel que des universitaires ont largement, et de plus en plus exclusivement, contribué à le configurer. Dans les analyses et prescriptions qui établissent la possibilité et la nécessité de ces changements, celles de Jacques Bichot viennent sur le dessus du panier.

Nous recommandons vivement d’en prendre connaissance. Les visites renouvelées des pages [Actualités] et [Travaux] renseignent sur l’objet et la disponibilité des plus récentes publications de cet économiste. Et la fonction [Contact] n’est heureusement pas l’une de celles qui restent sans réponse !

Cela étant, se pose la question de la direction à prendre pour qu’au service de la finalité humaniste en affaires économiques soient utilisés des outils vraiment scientifiques, dont en premier lieu des concepts ou, comme on voudra, des catégories. Les crises économiques ne se répéteraient pas aussi souvent et en faisant autant de dommages si elles n’avaient pas pour terreau mental des théorisations scientifiquement inadéquates par leurs commencements. Aucune sensibilité politique et morale n’élimine les conséquences néfastes de cette inadéquation.

Le respect du réel, et du réalisable durable, est avant tout affaire de concepts, répétons-le. Les ouvriers de la première heure de l’Atelier Paul Fabra ont-ils vu juste, ou tout au moins plutôt plus juste que faux, sur les catégories qu’ils ont jugées devoir être placées au commencement logique d’une science économique fondamentalement exacte ? Que n’ont-ils pas encore assez adroitement posé et assez complètement justifié ? Quelles approbations, réprobations et recommandations semblent devoir mériter leur thèse ?

Jacques Bichot ne fuit pas l’examen de ces questions et de bien d’autres attenantes. Mais cet examen est lourd, du fait de son objet et de ses implications. Jacques Bichot ferait volontiers partie d’un groupe de travail ad hoc. L’institution et le réseau de relations qui se prêteraient à la constitution de ce groupe restent à trouver. Y parvenir sera moins difficile quand Science économique, propositions premières de l’Atelier Paul Fabra et Politique économique, propositions majeures de même provenance seront des livres commercialisés.

Croissance et finance selon Gaël Giraud

Janvier 2013

« C'est la création monétaire qui rend possible la croissance économique, éventuellement au prix de l'inflation. Vouloir lutter contre cette dernière à tout prix ne peut, in fine, que faire obstacle à la croissance. » Le soulignement est le fait de l’auteur, Gaël Giraud, dans son Illusion financière / Pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire.

Dans le premier paragraphe de son chapitre 5, Giraud argumente de la façon suivante. Là aussi, le soulignement est de lui, comme la parenthèse. « Autrement dit, le travail d’une banque de crédit consisterait essentiellement à redistribuer de l’épargne déjà existante. Du coup, l’investissement dans le secteur réel serait financé (et donc conditionné) par les revenus qui le précèdent, et qui sont mis à la disposition des investisseurs grâce à l’intermédiation bancaire. » Les deux verbes, « consisterait » et « serait », sont au conditionnel pour signifier une insuffisance présumée imparable. Le crédit non gonflé par de la création monétaire financerait trop peu d’investissements. Pour « faire tourner une machine économique qui promet d'être déflationniste pendant des décennies », soyons tolérants sur le péché monétaire. Si moins de chômage et de précarité résultent de cette tolérance, alors elle est vertueuse.

Dans ses trois premiers chapitres, Illusion financière fait le procès de « la finance dérégulée ». La perversité de la titrisation et des dérivés, dont en particulier les CDO et les CDS, est éloquemment et savamment dénoncée. Mais, que diable, allons jusqu’au bout. La finance débarrassée à terme entièrement de ces instruments, justement jugés socialement néfastes par Giraud, n’a rien d’inconcevable. Elle n’est pas davantage inévitablement insuffisante. C’est cependant moyennant une refonte des canons des financements des entreprises, des dépenses publiques, des acquisitions immobilières. Ce radicalisme, il le faut pour substituer tout à fait à l’illusion financière un réalisable convivial.

Mais voici, insiste Giraud, qu’il faut d’abord pourvoir à « la transition écologique » (chapitres 4, 7 et 8, principalement). Elle est une impérieuse nécessité et une merveilleuse opportunité. La réussite de cette transition serait d’autant plus probable que la sorte de création monétaire ex nihilo prescrite par Illusion financière irait grand train.

Notre prescription est différente. Voulons la croissance premièrement par des placements directs d’épargne en nouveau capital social. Faisons, en vertu de ce premièrement, les réformes qui rendent le recul de l’intermédiation financière plus efficace et salubre que ne l’ont été son envahissement et sa créativité autocentrée. Rendons ainsi à la population un moyen important de mieux pourvoir à son bien, en application de la subsidiarité prescrite par la doctrine sociale de l’Église.

Qu’on ne s’y trompe pas. Nous n’avons pas l’avantage dans ce débat. Nos attendus sont beaucoup plus hétérodoxes que ceux de Giraud. Combien de partisans déclarés de la relance permanente avant tout par de nouvelles mises en capital social dans de nouvelles conditions ? Ces dernières sont à première vue extrémistes. Nos analyses et prescriptions ne sont encore que très ténues dans l’air du temps. Leur crédibilité est d’autant faible que tout capitalisme est très largement réputé forcément générateur d’inégalités excessives et de catastrophes écologiques.

Un terrain d’entente n’en existe pas moins. Sous les pieds de gens de bonne volonté, il est solide. Giraud, dans son dixième chapitre, demande : « La préservation de la monnaie comme [bien] commun n'exige-t-elle pas, en effet, que la collectivité puisse avoir un droit de regard sur toutes les activités financières et sur les règles qui y président ? ». Ce droit de regard élevé à la hauteur d’un pouvoir souverain n’existera vraiment que quand un progrès aura été réalisé. La finance et la doxa de la croissance économique seront devenues simples à comprendre par tout un chacun. Leurs principes reformulés et leurs techniques rénovées auront été élagués pour n’en conserver que ce qui est assurément d’intérêt général. Au jour le jour le double économique du suffrage universel rendra ses arbitrages financiers. Le marché du capital ne sera plus réduit à son ersatz boursicotier. Le Vaux d’or, allusion au chapitre 11 et dernier, aura dans les élites moins d’adorateurs.

En vue de contribuer à ce progrès, comment s’ordonnent en vérité la clarté et la prudence de nos opinions respectives sur la croissance économique et la finance ? Là où deux d’entre elles divergent, quelle est socialement la plus faste ? Se peut-il qu’elle ne soit pas économiquement la plus saine ?

DM, AL

Demain l'économie

Demain l'économie, Aa

Avril 2013

Chloé et Rémy sont cousins, deuxième et troisième dans l’ordre de naissance des huit petits-enfants de Josiane et de Dominique. Née le 5 octobre 1993, Chloé est actuellement à Shanghai pour y poursuivre des études supérieures de commerce, avant de revenir les terminer en France. Né le 11 octobre 1994, Rémy est en première année de sciences économiques à Paris I.

Chère Chloé, cher Rémy,

Sur ce que sera demain l’économie, vous allez agir en prenant part aux choix que votre génération a commencé à instruire. C’est pourquoi je désire vous en entretenir.

En France et en Europe, un fait est aujourd’hui particulièrement manifeste. Il n’y a pas de consensus sur le principal à faire afin de retrouver assez de croissance pour que le plein-emploi puisse en résulter.

La technicisation et la mondialisation auraient pour effet que le plein-emploi ne se pourrait plus chez nous. La solution serait d’assurer à tous une allocation de subsistance, tout en laissant à chacun la liberté d’y ajouter un revenu de son travail et de ses placements. Le total déclaré de ces revenus devrait être assez élevé pour que, sans trop le ponctionner fiscalement, cette allocation universelle puisse être financée. Bien que cette économie sociale de marché suppose ce « sans trop » atteignable avant qu’une asphyxie en résulte, ce qui est un pari fort imprudent, l’allocation universelle continuera à séduire.

Or voici que moins de chômage structurel puis le plein-emploi reviendront si assez d’épargne est directement placée en capital proprement dit. Une innovation à disposition de votre génération est de lier la croissance premièrement aux placements directs en capital social. Si ce changement intervient, la notion d’économie sociale de marché prendra un sens plus sûrement salubre.

Encore vous faut-il assez tôt comprendre qu’il s’agit bien là d’une innovation ; pourquoi elle est faste ; quelles réformes sont nécessaires à sa mise en œuvre. Je vais tenter de vous le faire apparaître. Si le temps m’en est donné, d’autres considérations suivront. Chemin faisant, d’une façon ou d’une autre vous me ferez part de vos appréciations. J’espère ainsi mieux percevoir ce qui est le plus favorable et défavorable à la mise en circulation de ces vues prospectives dans les réseaux dont vous êtes et serez parties prenantes.

Bien affectueusement, Dominique

Demain l'économie, Ab

Juin 2013

Chère Chloé, cher Rémy,

L’Atelier Paul Fabra a pour raison d’être deux productions, l’une de Propositions premières de science économique, l’autre de Propositions majeures de politique économique. Ces livres sur le métier ne sont pas encore en l’état de faire carrière. Pour l’heure, je vous conseille de prendre seulement acte de leur existence.

Même quand ils deviendront mieux écrits, leur étude restera laborieuse. Le champ des propos économiques, ou prétendus tels, est maintenant trop encombré pour qu’il en aille autrement. Reprendre du début — propositions premières — ce qui a été inculqué est hors de portée de la plupart des gens qui tiennent ces propos. Partant, il en va de même de resituer l’essentiel en politique économique — propositions majeures.

Ma troisième lettre se terminera sur une mise en garde. La révision de fond en comble à laquelle je vous invite à consacrer un tout petit peu de votre temps, puis davantage dans dix ou vingt ans, comporte ses dangers. Votre priorité économique doit être de réussir vos études et plus avant votre entrée dans la vie professionnelle.

Bien affectueusement, Dominique

Demain l’économie, Ac

Juillet 2013

Chère Chloé, cher Rémy,

Y a-t-il en économie place pour une science exacte ? Si oui, cette science a deux caractéristiques. Son objet est précisément définissable. Les relations qu’elle met au jour sont entre des sous-ensembles eux-mêmes précisément définis.

Mais je vous vois la mine renfrognée. « Oui, d’accord, des définitions sont indispensables pour savoir de quoi au juste il est question ; puis pour détecter des liens de cause à effet ; enfin pour prescrire. Il n’y a cependant pas de quoi en faire tout un plat. Les sciences économiques, et plus largement sociales, usent à profusion de définitions : voir les dictionnaires spécialisés. Ce n’est pas ça qui suffit à rendre bienfaisantes les prescriptions, souvent fort contradictoires, tirées de ces sciences : voir les politiques économiques et sociales. »

En logique des ensembles finis, il existe une définition de la définition. Au besoin, une petite recherche par internet vous rafraîchira la mémoire. La définition d’un ensemble n’est précise que quand elle est soit en extension soit en compréhension. Elle est en extension quand elle consiste en l’énumération de ses éléments. Elle est en compréhension quand elle tient dans l’énoncé d’au moins une propriété commune à tous ses éléments et rien qu’à eux. Seule une définition en compréhension d’un ensemble rend ce dernier logiquement homogène.

Les dictionnaires sont des catalogues d’acceptions. En règle générale, ces acceptions sont des définitions imprécises. Seules quelques unes sont des définitions précises. Selon qu’elles sont imprécises ou précises, il est commode de dire qu’elles désignent des notions ou des concepts. Les notions ont en commun d’être vagues, bien qu’à des degrés divers. Les concepts sont des désignations d’ensembles définis, le plus souvent en compréhension.

Tous les problèmes aujourd’hui dits économiques sont bien loin de n’être qu’une affaire d’ensembles précisément définissables. Attendre d’une science exacte qu’elle soit un robot polyvalent est contradictoire. De toute façon, sa définition précise l’en empêche.

Même dans nos manuels à ce jour les plus récents et les plus impressionnants par l’intensité de leurs recours aux mathématiques, les exposés qui font fonction de science économique ont pour matériaux de base des notions. Leur substituer des concepts fait passer de l’économie notionnelle à l’économie conceptuelle, la seule qui puisse reposer sur une définition précise de son objet et des sous-ensembles qu’elle prend en considération.

Et la seule qui puisse conduire à une refondation heureuse de la pratique de l’économie de marché ? La question se pose. Si le système et ses défaillances ne sont demain, pour l’essentiel, ce qu’ils ont été depuis plusieurs générations et restent aujourd’hui encore, ce ne sera pas par une fatalité qu’aucune innovation n’avait le pouvoir de conjurer. Ce sera faute d’une contagion de perspicacité repoussée à force de pusillanimité. Comme aujourd’hui.

Avant de vous en dire plus, je dois de nouveau vous mettre en garde. L’économie notionnelle est la maîtresse des lieux. Les jeunes gens qui s’intéressent à l’économie conceptuelle n’ont généralement pas encore aujourd’hui intérêt à s’en prévaloir auprès des certificateurs de leurs compétences. Si les choses sont en cet état, c’est qu’il y a des raisons. Ce sont ces raisons qu’il faut d’abord s’efforcer de cerner peu à peu.

...

Demain l’économie, Ad

Août 2013

Chère Chloé, cher Rémy,

Les énoncés et les argumentations de deux règles de gestion générale du prélèvement public se trouvent sur le site de l’Atelier Paul Fabra. Je vous indiquerai plus tard où. La question traitée se loge au cœur de ce qu’il y a de plus éminemment politique dans la vie sociale. Il n’est pas prématuré que les électeurs que vous êtes s’y intéressent. Lire l’équivalent des huit pages A4 que le site lui consacre prend moins de temps qu’une séance de cinéma.

Encore faut-il que cette lecture ne vous rebute pas à peine commencée. Sa teneur se propagera dans votre génération si elle charpente des discours qui donneront envie de la colporter.

Mais voici que cette teneur a une caractéristique qui fait obstacle à sa diffusion. Elle fait usage de distinctions qui ne sont pas encore, ou trop peu encore, monnaie courante dans le commerce des idées économiques et les pratiques au quotidien tirées de ce commerce. En l’occurrence, cela commence avec le concept de prélèvement public. Il est posé pour distinction d’avec les prélèvements obligatoires. Sa définition est : somme des impôts, qui font partie des prélèvements obligatoires, et de l’épargne placée en titres d’emprunt public, placements qui eux ne font ordinairement pas partie des prélèvements obligatoires (ordinairement : sauf pour d’éventuels montants que le législateur impose aux ménages de prêter au trésor public, c’est déjà arrivé).

Wikipédia n’est pas une encyclopédie sûre des distinctions plus ou moins bien posées qui font la trame de notre culture. Ce n’en est pas moins un instrument dont des indices sont à tirer. Dans cette somme, il n’y a pas encore d’article sur le prélèvement public alors qu’il y en a un sur les prélèvements obligatoires.

Une distinction qui n’est pas encore courante soulève une question et jette un défi. Qu’apporte cette distinction ? Le défi est d’y réfléchir par soi-même, en faisant table rase de préjugés. Or nous sommes rarement appelés à réfléchir par nous-mêmes à des concepts, c'est-à-dire des idées précises… pour distinction d’avec des notions, c’est-à-dire des idées vagues, de très loin les plus nombreuses et les plus spontanées. De cette rareté à ce qui rend une lecture rebutante, il y a très souvent moins que la distance de la coupe aux lèvres.

Les auteurs de lectures rebutantes à cause de cela encourent tous le reproche de ne pas avoir assez travaillé ou, pour les plus bosseurs d’entre eux, assez bien travaillé. Ils auraient dû rendre leurs propos plus faciles à comprendre. Ce n’est cependant pas parce qu’ils ont manqué de talent pour s’y appliquer avec plus de succès que les pistes qu’ils ouvrent doivent être systématiquement tenues pour impraticables. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement aux yeux du receveur du propos quand la mentalité du receveur comporte assez de ce qui est évident aux yeux de l’émetteur du propos.

« Vous, teneurs de ce discours de gestion générale, considérez évident que le concept de prélèvement public est économiquement plus important que non seulement celui de prélèvements obligatoires mais aussi que ceux de recette publique et de dépense publique. Commencez donc par nous en convaincre par des considérations concrètes. » Réponse : nous avons réfléchi par nous-mêmes, d’abord dans l’ignorance du chemin à prendre pour y voir plus clair. Commencez donc par en faire autant. Acceptez que nous posions comme en axiome la définition du concept de prélèvement public et entrez dans l’argumentation que cette distinction et d’autres à suivre permettent d’articuler. Si vous n’y trouvez rien qui vous fait apparaître nettement préférable de voir ainsi et d’agir en conséquence, alors tenez l’axiome pour mal choisi, ou mal exploité selon ce que votre intuition ou votre raison vous en dit. Mais allez jusque là. Ne nous demandez pas de vous amener là où vous n’avez encore jamais été tout en refusant de vous y laisser conduire parce qu’un examen à passer ou une autre circonstance ne vous y oblige pas. Demain l’économie en nettement meilleure santé au mépris de ce courage, c’est douteux, très douteux, extrêmement douteux.

D’autres considérations sur le thème de la distinction contribuent à rendre tolérable puis aimable la teneur du passage que j’ai commencé à vous prescrire de lire puis de faire lire. J’ai l’intention de vous les présenter avant de vous indiquer où ce passage se trouve.

DM

Demain l’économie, Ae

Septembre 2013

Chère Chloé, cher Rémy,

À travers vous, ces lettres sont adressées aux jeunes gens qui se préparent à prendre la relève et à ceux entrés dans l’exercice d’un métier. C’est pourquoi ces lettres se trouvent sur www.atelierpaulfabra.org. Là, taper dans le champ [Recherche] leur titre de reliure, Demain l’économie, fournit les liens qui y donnent accès. J’ose espérer que vous ferez partie de ceux qui s’en souviendront.

Les leçons les plus instructives sur la nécessité de la distinction viennent au cas par cas. Le prélèvement public et sa gestion générale sont l’un de ces cas. Il n’est bien traité qu’en faisant rigoureusement usage de la distinction entre charges et investissements. Vous trouverez ce qui les fait différents rappelé en un minimum de mots à la page 1.2.3. … à deux règles.

L’étude des pages 1.2.3.1 et 1.2.3.2 prend un peu plus de temps. Leur rédaction présente encore des aspérités de style. Ces défauts à gommer n’empêchent pas de comprendre. Mettez dans vos projets de prendre connaissance de la teneur de ces pages. Il vous fera avancer d’un premier pas vers votre ralliement à une stratégie économique et géopolitique.

Pour la suite, je vais supposer que vous avez fait ce premier pas. Il tient dans les deux prescriptions dont vous lirez les argumentations : faire osciller les poids des investissements publics en fonction de la conjoncture ; tenir le plus important résultat budgétaire chroniquement excédentaire.

Il ne fait aucun doute que si ces deux prescriptions avaient été conjointement inculquées à ma génération, puis transmise à celle de vos parents, l’économie et la société françaises seraient en bien meilleure santé et la crainte de leurs déclins bien moins répandue. Craignez de devoir constater dans le dernier tiers de votre vie que sur la gestion générale du prélèvement public votre génération n’a pas fait nettement mieux que les deux précédentes.

DM

Demain l’économie, Af

Octobre 2013

Chers jeunes gens,

Parmi vous se trouvent bien entendu Chloé et Rémy, historiquement en têtes de liste voir pages précédentes. Car par eux et d’autres la liste va progressivement s’allonger, jusqu’à constituer un réseau en expansion.

Ni commencer ni poursuivre la construction de ce réseau ne sont choses aisées. Son point d’ancrage, l’Atelier Paul Fabra, est un lieu austère. Les pages qui se trouvent sur ce site et vont en compléter le fonds conceptuel et politique sont au premier abord pour la plupart exagérément difficiles à lire, l’avancement en âge et en grade au-delà de l’adolescence ne rendant généralement pas plus disponible à des analyses et prescriptions venues d’un horizon inattendu.

Lisibilité, austérité, prospérité

La lisibilité de ce fonds peut et doit être améliorée. Nous y travaillons dur, avec la certitude que nos successeurs auront à faire de même pour que l’austérité intellectuelle du lieu fasse de moins en moins obstacle à sa prospérité sociale.

Cette prospérité est encore chétive. Le réseau n’est pas encore en expansion de par son propre dynamisme. La notoriété de l’Atelier Paul Fabra parmi les économistes et les syndicalistes, ainsi que dans la classe politique, est encore balbutiante. Les mains que nous tendons pour nous présenter nous valent encore presque toujours de rester suspendues dans le vide, comme par peur de se compromettre dans un complot réactionnaire. Il faudra peut être encore des lustres, c’est-à-dire des quinquennats, pour que cela change.

La foi des pionniers

Fort vraisemblablement, ce changement ne surviendra pas rien que parce que le vent a tourné. Aux pionniers, il faut une foi. Demain l’économie ne sera pas en bien meilleur état rien qu’en prolongeant des tendances déjà à l’œuvre. Si votre génération est encline à se rassurer par l’opinion contraire, soyez, vous, assurés que sur ce point elle se trompe lourdement. L’économie, et partant beaucoup de la vie en société, ne sera demain en bien meilleur état que si votre génération et les suivantes prennent à bras le corps le redressement des erreurs les plus fondamentales d’analyse, de dénominations et d’encadrements législatifs qui, commises par les générations précédentes dont celles aux manettes du pouvoir et de votre formation, font le mauvais état actuel.

Qu’en ce domaine (et d’autres ?) votre foi ait donc deux articles : 1) il y a du grain à moudre, 2) ce grain est difficile à moudre, la preuve en étant que les générations précédentes n’ont pas réussi à en tirer meilleure farine. Ne vous contentez donc pas d’aiguiser votre esprit critique, y compris à l’égard de ce que l’Atelier Paul Fabra produit ainsi que de son stratagème au long cours. Soyez donc constructifs, sans hésiter à sortir du carré où vos prédécesseurs ont cru voir de bonnes solutions. Mais aussi sans hésiter à vous installer progressivement dans un autre carré, à condition toutefois de ne pas faire l’impasse sur l’enrichissement de votre curriculum vitae par des diplômes qui ont la réputation d’attester de vos compétences.

L’esprit d’abord, la lettre ensuite

Du plus concret, complètement compatible avec la condition que je viens de rappeler, j’en ai à vous livrer, comme j’ai à vous faire part du stratagème. Mais, outre que c’est à quelques semaines près prématuré à cause de l’exercice dans lequel Rémy s’est bravement embarqué et par d’autres considérations tactiques, commencer à le faire faire maintenant allongerait trop cette missive. L’esprit d’abord, la lettre ensuite, si vous voyez ce que je veux dire. La rupture, en matière de politique et de savoir économiques — savoir dont fait partie la technologie de gestion d’entreprise et d’association à but non commercial ainsi que d’administration publique (technologie au sens premier du mot : le discours, logos, sur de la technique, tekhné métier, procédé) — la rupture, ai-je commencé à dire, qu’il deviendra progressivement à votre portée de promouvoir est avant tout affaire de motivation. En vous y prenant adroitement, votre participation à cette promotion non seulement ne vous ostracisera pas mais deviendra un plus dans votre profil.

La motivation qu’il y faut ne tient cependant qu’à un fil d’abord ténu, avant de s’échiner à le renforcer : les deux articles de foi dont le précédent paragraphe fait état. Fréquenter l’Atelier Paul Fabra renforcera peu à peu ce fil, premier lien entre les membres du parti des braves.

DM

Demain l’économie, Ag

Novembre 2013

Chers jeunes gens,

Les essais sur l’économie, en général ou concernant tel ou tel de ses compartiments, sont de plus en plus nombreux à déclarer qu’il faut changer de système. Les diagnostics, dans le spectre de ce qu’ils prennent en considération, sont souvent bien établis. Les ordonnances de nouveau régime n’en sont pas moins des bricolages. Leurs prescripteurs ne prennent pas appui sur une économie politique assez profondément renouvelée.

L’économie politique et son renouvellement

À des fins de reconstruction, l’acception la plus heureuse de l’expression « économie politique » me semble désormais être : ensemble cohérent constitué par une science et une politique économiques :

  • pour ce qui est de la science économique, des propositions premières ;
  • pour ce qui est de la politique économique, des propositions majeures.

Il n’y a d’économie politique vraiment renouvelée que si dans ces deux jeux de propositions se trouve davantage que du réagencement. Des ruptures doivent y figurer, faute de quoi les guérisons recherchées ne seront au mieux que des rémissions.

Le mot « proposition », appliqué à l’articulation de la science économique, est pris dans son sens logique. Appliqué à la formulation d’une politique économique, il est pris dans son sens programmatique. Dans les deux cas, mieux vaut, je crois, que chaque proposition soit d’abord énoncée puis argumentée, comme il est dans la ligne éditoriale de l’Atelier Paul Fabra de le faire dans les sections [Science économique] et [Politique économique] de son site.

Le défi le plus immédiat à relever

Celles et ceux qui parviendront à ce que ces propositions et les ruptures qu’elles comportent commencent à devenir de plus de plus largement enseignées et appliquées ne sont peut-être même pas encore nés… De toute façon et vraisemblablement pour longtemps encore, le défi le plus immédiat à relever est la constitution de deux à trois premiers cercles concentriques et en expansion.

Pour ce faire, un stratagème a été établi. Dès qu’Antoine Lonjon aura produit une première version diffusable du manifeste qu’il prépare, je vous en dirai plus.

DM

L'économie en bon état

Qu’est, pour l’essentiel, une économie nationale en bon état ? Un pays se porte mieux quand une réponse claire et juste y prévaut.

Moteur et stabilisateurs

Dans une économie nationale en bon état, la croissance a un moteur principal et deux stabilisateurs. Le moteur principal est le placement d’épargne directement en financement permanent d’entreprise. L’un des stabilisateurs est le poids des investissements publics tenu chroniquement stable. L’autre stabilisateur est la série des budgets publics consolidés tenue chroniquement excédentaire.

De ces idées directrices et de deux autres découlent une politique économique cohérente. Il n’est pas excessif de dire que son adoption fait changer de régime économique.

Représentation normative

Il n’y a de diagnostic que par rapport à des normes. Nos compatriotes le savent. Autant leur faire part clairement de la représentation normative qui sert de point d’appui au diagnostic. En France, le moteur qu’il faudrait principal est bien trop poussif. Quant aux stabilisateurs, ils sont détraqués. C’est au point que l’endettement public, résultat de l’accumulation de déficits, est manifestement devenu un ralentisseur de croissance.

Des représentations prétendues descriptives mais en réalité normatives abondent en théorie économique. L’une des plus fameuses est le carré magique de Kaldor. Il a pour axes la croissance, l’emploi, l’inflation et la balance commerciale. Cette macroéconomie tactique a été et reste servie aux Français. Elle ne suffit pas pour, comme le dit Hollande, « nous redresser » puis « nous dépasser ». Il nous faut davantage de hauteur de vue.

Le levier d’obtention du plein-emploi que le schéma général comporte doit être tel que ce soit nous qui le manœuvrions. Nous individuellement considérés, pas des appareils, pas des fatalités. Nous dans notre diversité et avec notre propension aux querelles et aux désinvoltures. Nous heureusement incapables de prendre collectivement en main ce levier si ce dernier est poisseux de partialité.

Loi d’airain et maximisation

Les échanges marchands procurent des revenus. Ces revenus sont pour les uns de placements, pour les autres du travail. La répartition du revenu global entre les sommes des uns et des autres est régie par une relation inviolable. Le revenu total du travail est lui-même réparti en salaires individuels.

Les salaires, dit-on, sont des prix comme les autres, régis par la loi de l’offre et de la demande. C’est beaucoup plus faux que vrai. Des prix n’ont les mêmes déterminants que par catégorie d’échange, y compris en ce qui concerne leurs variations en fonction de l’offre et de la demande. Mais n’entrons pas ici dans cet examen. N’entrons pas davantage dans l’examen de la relation inviolable qui régit la répartition du revenu global. Sautons aux idées directrices que ces investigations dégagent.

Dans une économie nationale en bon état, deux reconnaissances ont cours. L’une a trait à la vraie loi d’airain des rémunérations du travail, l’autre à la maximisation qui est dans la pente naturelle de l’économie de marché.

La loi d’airain est que, nation par nation, les rémunérations du travail diminuent celles qui leur sont inférieures, quand il y en a. Ces mêmes rémunérations augmentent celles qui leur sont supérieures, quand il y en a. L’inégalité des rémunérations du travail est une clé de répartition. Cette répartition est réglable par le corps social. De fait, ce réglage varie dans le temps et l’espace.

Quatre assomptions

La maximisation est celle du revenu total du travail. L’histoire confirme qu’elle est dans la pente naturelle de l’économie de marché. La porter à son plus haut nécessite qu’elle soit sous contrainte. Le revenu des placements en financement permanent d’entreprise et l’emploi sont les objets de cette contrainte. Ce revenu doit être suffisant pour rétablir ou maintenir le plein-emploi. La contrainte de la rentabilité est un détour de relance permanente.

C’est à cause de la mise à mal de ce détour que la maximisation du revenu total du travail est bloquée par le socialisme étrangleur de la liberté d’entreprendre. C’est aussi à cause d’elle, la mise à mal de ce détour, que cette même maximisation est freinée par l’étatisme gonfleur d’impôts. C’est encore à cause d’elle que le placement en capital, quand il est désaxé de la fourniture d’un rendement pour être axé sur le ratissage d’une plus-value, freine la maximisation naturelle, celle du revenu total du travail et non pas de la prétendue création de valeur pour l'actionnaire..

Cette dernière distorsion pousse à son tour au traitement du chômage par son partage, dit trompeusement du travail, ainsi que par un alourdissement des taux de prélèvements obligatoires. L’équipage à la manœuvre est d’autant moins apte à faire face qu’il n’a pas clairement en tête les quatre assomptions collectives qui font une économie nationale en bon état :

1) le moteur du placement d’épargne directement en financement permanent d’entreprise ;

2) les stabilisateurs du poids des investissements publics tenu chroniquement stable et de la série des budgets publics consolidés tenue chroniquement excédentaire ;

3) le réglage permanent, par l’opinion publique, de l’inégalité des rémunérations du travail ;

4) la maximisation du revenu total du travail par la levée des entraves à la pleine rémunération des placements en capital.

Avril 2013

Notes sur les sécurités économiques

Notes sur les sécurités économiques, 1/9

Vive les assurances sociales !
Jacques Bichot & Arnaud Robinet, chapitre 1 :
Au cœur de la crise, l’État providence

1. L’étatisation de la sécurisation économique — figurativement dite : l’État providence — cause davantage de méfaits qu’elle ne procure de bienfaits. À qui le pressent, tout en ressentant qu’il en est mal informé, nous ne pouvons que conseiller vivement de lire au moins le premier chapitre du livre de Jacques Bichot et Arnaud Robinet. Et de recommander à son entourage d’en faire autant !

2. Dans le passage Des finances sociales en berne et sur une pente savonneuse, en « Troisièmement, des régimes … » ce membre de phrase (p. 21) : « … impôts affectés, recettes fiscales qui manquent pour la couverture des dépenses de fonctionnement et d’investissements de l’État lui-même. » Nous sommes d’avis que mieux vaut tenir pour distinctes les charges publiques, dont bien sûr les dépenses de fonctionnement, des investissements publics. En effet ces derniers, quand ils sont définis ainsi que la logique économique le commande, à savoir des augmentations de patrimoine inventoriable et liquidable, peuvent être entièrement et perpétuellement financés par de l’emprunt. Sauf à se laisser glisser sur une pente savonnée, ce n’est pas le cas des charges publiques, toutes subventions étiquetées sociales comprises : elles, au contraire des investissements proprement dits, sont  à couvrir bon an mal an rien que par des recettes fiscales, donc à l’exclusion d’un complément par de l’emprunt, voir Lier la croissance deuxièmement … à deux règles (écrit après le bouclage par Bichot & Robinet de leur tapuscrit).

3. Le principe d’autonomie des branches de la sécurité sociale a été posé et d’abord appliqué, à ce qu’il nous semble. Beveridge (1879-1963), économiste anglais dont les rapports en 1942 et 1944 ont prescrit l’étatisation des sécurités économiques les plus vitales, n’avait pas encore supplanté Bismarck (1815-1898), promoteur de cette sécurisation par des sociétés autonomes de mutualisation. Au début des années 2000, le Conseil constitutionnel n’a pas sanctionné l’irrespect du principe d’autonomie des branches de la sécurité sociale. Bichot & Robinet (bas p. 25) : « Non, le problème n’est pas que nous produisions et consommions beaucoup de services de sécurité sociale ; c’est que la production et la distribution de ses services sont organisées en dépit du bon sens, ce qui les rend nocifs pour l’économie et l’emploi. » Comme le résume justement le sous-titre où ce verdict se trouve : Une protection sociale à la dérive est synonyme de langueur économique.

4. L’avant dernier paragraphe de ce même passage se termine par cet autre verdict (p. 27) : « construite par des gens qui n’avaient pas la moindre idée du fonctionnement réel des retraites par répartition, de l’échange, ni du rôle de l’investissement dans la préparation de ce qui va se passer des décennies plus tard, si bien qu’ils ont fait vraiment n’importe quoi. » Si la corporation des économistes voulait bien en prendre pour son grade, ce ne serait pas plus mal. La vulgate est en orbite autour des doctrines qu’elle professe. Si ces dernières ne restaient pas dans leur ensemble trop subjectivistes, décalées et somme toute vagues, quand elles ne sont pas carrément imaginaires, il y aurait de la meilleure politique économique, y compris en matière d’assurances et de rentes au sens premier de ce mot en français.

5. Les cotisations patronales, instrument de la lutte des classes : sous cet intertitre commence un magistral plaidoyer développé et conclu au troisième chapitre, La fiche de paie vérité. Ce commencement est en six paragraphes dont le cinquième (p. 30) comporte, au sujet de la solidarité mutualiste, entre parenthèses et guillemets compris : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ». Plus loin dans le livre (p. 54 et autour) apparaît nettement la façon dont Bichot & Robinet agitent cet étendard, dont ils savent qu’il a été brandi par Marx : de chaque sociétaire selon ses capacités contributives, à chaque sociétaire selon ses besoins objectifs. Dans la citation in extenso que nous avons l’intention de faire de la vigoureuse et rigoureuse argumentation de Bichot & Robinet sur les cotisations patronales, nous attacherons à la parenthèse (« De chacun … ses besoins ») une note de bas de page ainsi rédigée : Les présents colporteurs et approbateurs de ces propos précisent, conformément avec ce que les auteurs exposent plus avant : de chacun des sociétaires selon ses capacités contributives, à chaque sociétaire selon ses besoins objectifs.

6. De la monnaie faite « égout collecteur des faux droits », expression de Jacques Rueff, Bichot & Robinet nous entretiennent également dès leur premier chapitre. Qu’ils aient pleinement raison de le faire et qu’ils le fassent fort bien nous semble incontestable. Du fait d’Antoine Pinay et d’autres, Jacques Rueff n’a pu que faire mettre très partiellement en pratique ses prescriptions en matière de politique économique « et sociale » — cette dernière mention aujourd’hui plus que jamais utilisée par peur à bien des égards encore justifiée de se mettre au service d’un ordre économique socialement calamiteux.

7. Les faux revenus sont comme les stupéfiants : le sevrage est très difficile sous-titrent Bichot & Robinet, comme en conclusion de leur premier chapitre. Là ils nous assurent que les faux revenus ont pour conséquence l’atonie de la croissance parce qu’ils poussent à réduire la consommation pour maintenir leur épargne (page 37). Nous sommes d’accord sur la conséquence mais pas avec l’épargne placée vue en dépresseur de la croissance parce qu’elle n’est pas de la consommation par celui qui l’a constituée. C’est un des points sur lesquels l’approche néoclassique de l’économie est foncièrement défectueuse, pour ne pas dire cafouilleuse. L’accréditation du prétendu primat de la demande sur l’offre (Walras) conduit à se méprendre sur ce qu’est pour l’essentiel la meilleure santé d’une économie nationale. Quand Bichot & Robinet affirment que « Remplacer l’endettement de l’État providence par celui de l’État investisseur (…), c’est substituer de la méthadone à l’héroïne » (page 38), ils nous orientent mal. Dégonfler l’endettement de l’État providence pour regonfler celui de l’État investisseur, c’est substituer du naturel sain à de l’artificiel toxique, ce qui est plus qu’une nuance. Au sens propre de ce qu’est un investissement économique, à savoir une augmentation de patrimoine inventoriable et liquidable répétons-le, des investissements publics entièrement financés par de l’emprunt direct auprès du public national et des charges publiques payés sans avoir chroniquement à emprunter pour les payer entièrement, c’est économiquement sain, politiquement démocratique, techniquement favorable à l’essor des retraites dites par capitalisation. Oui, ainsi vu, faisons mourir l’État providence et faisons vivre l’État investisseur, le filet des sécurités économiques s’en trouvera mieux tressé et plus solide, pour cette raison et d’autres qui lui sont apparentées tout le monde s’en portera mieux.

8. L’approbation de l’euthanasie des rentiers a joué, et continue à jouer, un grand rôle. Les retraites dites par répartition s’accordent bien avec cette approbation, revêtue de contrevérités parées de flous terminologiques. Ces retraites sont par transferts et, de plus, par transferts en bonne part forcés à la façon de tout impôt. Les retraites dites par capitalisation sont par placements, en échange de leurs rendements. Les retraites par transferts procurent des pensions viagères assimilables à des revenus, le fisc ne s’y trompe pas. Les retraites par placements procurent des revenus proprement dits, c’est-à-dire en retour — en revient — d’une fourniture de service échangée contre sa rémunération, symétriquement à ce qui se passe pour le travail rémunéré. Frédéric Bastiat (1801-1850), volontiers cité par Jacques Bichot comme Jacques Rueff l’a fait, a beaucoup tiré de là ses considérations sur l’harmonie sociale.

9. N’émoussons pas ce qu’il y a de principal à savoir sur la répartition et, pour ce faire, n’abusons pas de ce mot, devraient nous dire les économistes. Ce qu’est en économie la répartition, avec son époux le partage dans une union indissoluble ayant pour enfants des distributions et petits-enfants des redistributions, joue un trop grand rôle pour voiler ces réalités du refus de s’y rendre. Résumons, en allant du global vers le local. Il y a premièrement la répartition du revenu global entre sa part de revenus de placement et sa part de revenus du travail. Il y a deuxièmement le partage — mais oui, l’inévitable partage nation par nation — du revenu total du travail par la clé de répartition des égalités et inégalités de salaires. Il y a troisièmement les répartitions de coûts communs en gestion d’entreprise ; tant qu’elles restent aussi arbitraires que le manque de sagacité de ses théoriciens les ont faites, non seulement elles éloignent de la justice commutative mais aussi elles causent des pertes d’emploi qui auraient pu être évitées en étant économiquement plus intelligentes. Si, comme il semble bien que ce soit hélas de loin la règle la plus générale, nous nous méprenons sur ces répartitions dont le discernement est hors de portée de la doxa néoclassique ainsi que Paul Fabra a commencé à le prouver dans son Essai de réhabilitation de l’économie politique,[1] alors il y a une lacune énorme dans nos compétences économiques ainsi que dans celles des instances européennes. L’une des conséquences les plus fraîches de cette lacune a été que la France s’est éprise aveuglément du partage du travail, cette tentative de répartition qui se révèle imparablement être du partage du chômage. Une autre de ces conséquences a été d’asseoir nos réformettes et les programmes de nos partis politiques sur un désaccord persistant, voire grandissant entre les partenaires économiques qu’il est convenu de qualifier de sociaux, sur ce que l’économie de marché et l’administration du prélèvement public (concept jamais utilisé par Bichot & Robinet) peuvent apporter de mieux aux yeux du scrutateur impartial. De ce point de vue, en Allemagne les fondateurs de l’ordo libéralisme se sont approchés de bien plus près que l’intelligentsia française.



[1] 1974, c’est-à-dire tout récemment au lent balancement du métronome de l’avancement de la pensée économique.

 

Notes sur les sécurités économiques, 2/9

Vive les assurances sociales !
Jacques Bichot & Arnaud Robinet, chapitre 2 :
L’État providence doit céder la place
aux assurances sociales

  • Avertissement : Non seulement les titres et les intertitres cités sont en italique, mais tous les extraits reproduits le sont aussi. Ces derniers sont tous tirés du chapitre 2, sauf en note 4.

1. Ce qui compose le bouquet de sécurités économiques constitué par les assurances sociales, autrement dit la protection sociale, est rappelé par le Bichot & Robinet au premier paragraphe de son chapitre 2 : les couvertures maladie, invalidité, maternité, chômage, dépendance et les pensions de retraite [toutes si] hautement appréciées [que] les électeurs ne souhaitent pas leur diminution, si ce n’est que sur quelques points d’importance secondaire (p. 41). C’est l’une des considérations qui fait dire à Bichot & Robinet que réduire l’État providence n’est pas la solution.

2. Comprendre, c’est explicite dans leur argumentation : réduire l’État providence par la privatisation n’est pas la solution. De plus, le marché de l’assurance privée est opaque : il est difficile à un particulier, et à une petite et moyenne entreprise, de mesurer le rapport qualité/prix de diverses offres concurrentes. Il en résulte que les assureurs privés ou mutualistes [ce soulignement est notre fait] pratiquent des marges souvent élevées, qui servent pour une part importante à pratiquer un matraquage publicitaire dont la contribution à l’intérêt général est des plus minces (page 42).

Trois obligations de comparabilité, édictées par le législateur, changeraient la donne. L’une porterait sur les budgets publicitaires ; l’autre sur les offres au moyen d’une même grille tarifaire ; la troisième sur les rentabilités de ces entreprises.

3. Non seulement ces dispositions organiques ne sont pas évoquées, mais aussi la reprise d’un qualificatif laisse perplexe, puis ouvre une piste que les notes à suivre vont indiquer. Mieux vaudrait une véritable assurance maladie de type mutualiste [ce soulignement est notre fait] dont les ressources, provenant de cotisations ouvrant le droit à prise en charge (principe de contributivité), ne relèveraient pas de ces prélèvements obligatoires dont l’énormité exaspère la population (p.43).

Il y aurait donc deux mutualités économiques. L’une serait contaminée parce que commerciale. L’autre serait socialement plus bienfaisante parce qu’échappant à cette contamination. La sorte de mutualité qui va être décrite à la note 7 serait impraticable. Et, en vérité, elle l’est tant que l’accréditation collective, résumée par les trois premières phrases de ce paragraphe, est dominante.

4. L’existence d’une mutualité est la condition nécessaire de l’assurance. Cette juste proposition se trouve à l’article Mutualité du Dictionnaire économique et financier publié pour la première fois par les éditions du Seuil en 1975 : Techniquement : [une mutualité est l’] Ensemble de personnes ou de biens qui présentent, du point de vue de l’assurance, des risques homogènes, en nombre suffisant et suffisamment dispersés pour que la compensation en soit possible suivant les lois de la statistique. Convenons de dire de cette mutualité qu’elle est actuarielle.

5. Les échanges économiques ne seraient pas seulement marchands. En tenant compte de cela, pour passer des « droits à » et des prélèvements obligatoires sans contrepartie à de vraies assurances sociales, deux grands chantiers doivent être ouverts : celui de l’échange mutualiste, car ce n’est pas l’échange marchand qui est capable de remplacer l’État providence ; et celui des échanges entre générations successives (p. 54). En fondation de la conception qui rend apparemment judicieuse la division des échanges économiques en trois sortes — les échanges marchands, les échanges mutualistes, les échanges intergénérationnels — il n’y a pas une définition recevable en logique des ensembles non flous de l’objet de la science économique.

Le flou, à notre avis, de la distinction entre les échanges marchands, les échanges mutualistes et les échanges intergénérationnels expose à se faire fourrier de ce que le Bichot & Robinet tient justement pour déplorable : le basculement du modèle bismarckien d’un échange cotisation contre couverture à un modèle beveridgien de droits sociaux universels financés par l’impôt (p. 45 ; de fait l’échange cotisation contre couverture est marchand).

6. Là où de la mutualité actuarielle est organisable par l’échange de primes contre des prises en charge, alors de la mutualité universelle est combinable. Nous allons résumer comment par la note suivante. Auparavant, prenons acte de considérations qui, questions de terminologie mises à part, ne peuvent ni ne doivent être balayées d’un revers de manche : Les assurances classiques facturent selon ce que les statisticiens et les actuaires disent du coût de la couverture accordée. (..) L’assurance commerciale classique n’apporte donc pas une solution permettant de protéger tout le monde [ce soulignement est notre fait] contre le risque de ne pas pouvoir se faire soigner correctement./ Concrètement, si les riches n’acceptent pas de payer la même couverture plus cher que les titulaires de revenus modestes, beaucoup de ceux-ci ne pourront pas entrer dans le dispositif [c’est incontestable]. C’est pour cela qu’a été inventé le pacte mutualiste, par lequel tous les assurés sociaux adhèrent à la formule : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins » (p. 54). Quelques paragraphes plus loin : C’est un tel pacte dont nous observons l’existence en matière d’assurance maladie : avec cette assurance sociale, à la différence d’une assurance commerciale, il ne s’agit pas seulement de payer pour une année donnée la garantie d’une prise en charge des soins qui seraient nécessaires au client ; il y a aussi pour le riche, appelé à payer davantage, l’assurance qu’un revers de fortune ne sera pas catastrophique (…). Symétriquement, [le pauvre, le moins fortuné] s’engage implicitement à cotiser davantage, au profit des autres, si un jour sa situation s’améliore nettement. L’assurance maladie, en tant qu’assurance sociale, est le lien et le moyen d’un échange plus complexe et plus complet que l’assurance maladie marchande. C’est ce que nous appelons l’assurance maladie mutualiste et, plus généralement, l’échange mutualiste (p. 56).

7. De la mutualité universelle est organisable par la mise en application simultanée de quatre principes de gestion :

  1. À chacun selon ses besoins d’après les constats des fondés de pouvoir et les calculs des actuaires de l’organisme qui prend en charge et applique les directives dûment votées par l’assemblée générale des sociétaires, comme en assurance « classique ».
  2. De chacun selon ses capacités par des primes ou abondements versés par tous les ménages dans la même proportion par rapport aux revenus, tant du travail que des placements, les pensions de retraite par répartition étant assimilées à des revenus de placement. Cela va dans le sens du par tout le monde justement tenu pour humainement et systémiquement nécessaire — et équitablement bien venue quand cette universalité assimile les allocations de chômage et les minimums vitaux à des revenus obligeant à cotiser. C’est la progressivité de ces primes et abondements qui, comme celle des impôts, contrevient à la justice commutative et distributive réalisable par la pratique intensive des échanges marchands. Ce n’est pas leur proportionnalité uniforme. Mais l’admettre exige de s’extirper de l’ignorance des lois naturelles de deux macro-répartitions, celle du revenu global et celle du revenu total du travail.
  3. Un sociétariat qui a été et reste uniquement constitué par la libre souscription directe de parts de capital social, ces parts étant restituables et rémunérées par des dividendes proprement dits. Car de tels organismes voués à la mutualité universelle au moyen de la mutualité actuarielle doivent être reconnues comme étant des entreprises commerciales — où est en cette matière l’intangible péché originel ? Toute entreprise commerciale doit être dotée d’un capital assurant le financement à proprement parler permanent de ses immobilisations et de son fonds de roulement : il le faut aussi à ces mutuelles. Car ces dernières, faute d’aller jusque-là, sont tôt ou tard la proie de l’État manipulateur au prétexte de se faire providentiel.
  4. Sans que de l’impôt et de l’emprunt public participent au financement de ces mutuelles, par application de la séparation des pouvoirs et parce que le principe de subsidiarité n’est pas un vain mot ; les Français voudraient qu’il s’applique concrètement. Le consentement à l’impôt a des limites, que l’État providence outrepasse (p.46). C’est un des points de fond sur lequel le Bichot & Robinet est incontestablement dans le vrai.

8. Qu’il faille d’abondants transferts intergénérationnels, cela ne fait strictement aucun doute. Voir dans ces transferts des flux économiques, la réalité l’impose. Toutefois, considérer que ces mêmes flux sont d’échanges économiques est factuellement faux. En fait, comme nous le verrons ultérieurement plus en détail, la partie des impôts et taxes [et des emprunts tant que les charges sont chroniquement inférieures aux recettes en consolidation nationale des comptes publics] qui sert à payer la scolarité des enfants et des jeunes fait partie du financement de l’investissement dans la jeunesse grâce auquel, quelques années ou décennies plus tard, des hommes et des femmes exerceront efficacement des activités productives, dont le fruit sera partagé entre eux et les investisseurs, à savoir leurs aînés. Nous sommes en plein dans l’échange entre générations successives [soulignement de notre fait] : les adultes investissent (…) puis, devenus âgés, ils vivent des dividendes tirés de cet investissement (page 57).

Mieux vaudrait que, venant en sus d’intérêts procurés par des dépôts en livrets du Trésor public, les dividendes ne soient que de vrais bénéfices en échange marchand de placements en financement permanent d’entreprises. Pour ce faire, les ménages ont investi une fraction très substantielle de leur épargne en parts de coopératives concurrentes. C’est du moins le cas dans une économie où le secteur des mutualités universelles désétatisées a pris assez de place pour être un moyen principal d’obtention de deux résultats. La société civile pourvoit au plein-emploi et aux retraites par placements de cette façon aussi. De la même manière, la possibilité laissée aux pilleurs du bien commun de se faire passagers clandestins est rétrécie.

9. Pour mieux aller dans ce sens, ne faisons pas de l’investissement économique autre chose que de l’augmentation de patrimoine. Et rendons-nous à l’évidence consacrée par l’usage qu’il n’y a de patrimoine économique qu’à raison de ce qui peut être inventorié et vendu par son propriétaire privé ou public.

La distinction entre les échanges marchands et les transferts de pouvoir d'achat (ou d'autre propriété ayant une valeur vénale) est fondamentale en économie. La distinction entre les charges et les investissements s’impose tant en gestion d’entreprise, de ménage et d’association privée à but non commercial qu’en finances publiques. Comment se pourrait-il que l’entière assomption de ces deux distinctions soit néfaste ou superflue en matière d’assurances sociales ?

DM

Retraites : tout reste à faire, Jacques Bichot

[À paraître dans La Croix le 3 septembre 2013]

Les entretiens du Premier ministre avec les partenaires sociaux les 26 et 27 août ont surtout montré à quel point ce gouvernement préfère le bricolage à la réforme. Peut-être a-t-il tactiquement raison puisque l'idée de grignoter la cotisation patronale (5,4 %) destinée à la branche famille pour permettre d'augmenter à petites doses les cotisations vieillesse a semblé un instant réjouir le président du MEDEF. Pourtant, résoudra-t-on les problèmes de la protection sociale en imitant les bambins qui, sur la plage, et avec le plus grand sérieux, transvasent de l'eau d'un petit seau en plastique dans un autre ?

Réjouies, pourquoi les familles le seraient-elles ? Les principales économies envisagées concernent les majorations de pension accordées aux parents de famille nombreuse. Et la convocation des partenaires sociaux à Matignon a comporté une grande lacune : les mouvements familiaux et l'UNAF n'ont pas été invités. Comme si la retraite était exclusivement l'affaire des organisations patronales et salariales ! Mais qui donc prépare les retraites de 2030, 2040, 2050, si ce n'est les hommes et les femmes qui engendrent des enfants et les élèvent de leur mieux ?

Le théorème de Sauvy est la proposition la plus certaine de toute la science économique : "nous ne préparons pas nos retraites par répartition en cotisant pour nos aînés, mais en élevant des enfants". Notre système de retraites est malade parce que cette vérité première n'a jamais été reconnue, parce que nous persistons à faire du versement des cotisations vieillesse la source des droits à pension[1] ; une génération qui a mis au monde 190 enfants pour 100 femmes ne peut pas espérer percevoir des pensions aussi généreuses que s'il s'agissait, comme pour la génération précédente, de 280 enfants pour 100 femmes. D'où la nécessité absolue du mouvement familial à la table des négociations quand il s'agit de retraites.

Réformer les droits familiaux à la retraite est indispensable : ce n'est pas moi qui dirai le contraire, puisque je le répète depuis des décennies. Mais une telle réforme ne peut pas être assimilée, comme le voudrait le gouvernement, à un rééquilibrage entre hommes et femmes. Limiter les droits familiaux à pension aux seules femmes, comme il en est question, irait radicalement à l'encontre du fait qu'un enfant a besoin de son père comme de sa mère. Le gouvernement le reconnaît d'ailleurs, fut-ce maladroitement, quand il réforme le congé parental de façon à inciter vigoureusement le père à en prendre une partie. Alors, ce qui est vérité pour les congés familiaux deviendrait-il erreur quand on passe aux retraites ? Un peu de cohérence, SVP !

En fait, la réforme des droits familiaux à pension n'a aucune chance d'être réalisée proprement dans le cadre d'un bricolage : elle requiert une réforme systémique. Une telle réforme aurait dû être l'objet principal des consultations actuelles, puisque l'article 16 de la loi retraite 2010 dispose qu'en 2013 doit se tenir une "réflexion nationale" relative à la réforme systémique des retraites. Le législateur n'ayant pas abrogé cet article de loi, le gouvernement est d'ailleurs dans l'illégalité depuis plusieurs mois puisque cette "réflexion nationale" aurait dû être menée "à compter du 1er semestre 2013".

Concernant la recherche de l'équilibre financier, le Gouvernement n'a pas voulu toucher, comme il aurait été nécessaire, au montant des pensions déjà liquidées. Il s'oriente vers un accroissement des cotisations vieillesse, dont les effets seront peut-être décevants, car mauvais pour l'activité. Dans l'état actuel de nos finances publiques, il faudrait à la fois amener la CSG sur les retraites au niveau de celle sur les salaires, pour financer l'assurance maladie, et suspendre quelques années l'indexation des pensions au-delà d'un certain montant. Une technique utilisée au Canada permettrait de réaliser cette opération malgré la difficulté inhérente à la multiplicité de nos régimes.

Signalons enfin que le traitement de la pénibilité va probablement donner lieu à une opération de cavalerie : les rentrées supplémentaires qu'il légitimera serviront au début à réduire le déficit, et en 2030 les enfants d'aujourd'hui auront à payer la note de la pénibilité.



[1] Pour des explications détaillées du problème et des solutions possibles, voir A. Robinet et J. Bichot, La mort de l'État providence ; vive les assurances sociales ! (à paraître aux Belles-Lettres le 3 octobre).

 

Une pyramide de Ponzi qui ne dit pas son nom ? Jacques Bichot

La retraite à la française est-elle une pyramide de Ponzi qui ne dit pas son nom ?

Jacques Bichot, économiste, professeur émérite à l'université Lyon 3, été 2013

Le site de la Social Security américaine – la retraite par répartition à laquelle sont affiliés 95 % des américains – comporte une section destinée à la défendre contre les économistes qui l'accusent de fonctionner comme un "Ponzi Scheme" (une pyramide de Ponzi, dit-on en France). De quoi s'agit-il ?

Charles Ponzi développa ses escroqueries au Canada et aux États-Unis au début du XXe siècle. Comme Bernard Madoff le fit plus tard sur une plus grande échelle, il empruntait en promettant des intérêts pharamineux, qu'il payait à l'aide de nouveaux emprunts. Tant que les gogos affluèrent, les anciens prêteurs obtinrent sans difficulté intérêt et capital. Mais la combine finit par être éventée, les souscripteurs se raréfièrent, et Ponzi ne put plus payer.

Les organismes qui promettent des pensions aux personnes ayant versé des cotisations vieillesse destinées à payer les pensions de leurs aînés ont effectivement copié Ponzi et Madoff. Si les actifs arrêtaient de cotiser, les retraités n'auraient plus qu'à faire la manche. Seule l'obligation légale d'adhérer au système garantit sa pérennité. Toutefois, l'adhésion obligatoire ne peut concerner que des personnes existantes ; pour que la pyramide de Ponzi ne se dégrade pas, il faudrait que l'État soit capable d'assurer le renouvellement des générations, ce qui n'est pas le cas : les gens sont libres de ne pas avoir d'enfant, ou d'en avoir un seul.

De ce fait, les retraites par répartition constituent bel et bien un système de Ponzi dès lors que le législateur promet des pensions au prorata des cotisations vieillesse. Alfred Sauvy avait prévenu il y a un demi-siècle : "nous ne préparons pas nos retraites en cotisant pour nos aînés, mais en élevant des enfants". Les pouvoirs publics ont ignoré cet avertissement. S'ils avaient calibré les promesses de pension en fonction des investissements réalisés dans la jeunesse (nombre d'enfants et qualité de la formation initiale) tout irait bien. Mais le calibrage sur les cotisations vieillesse débouche inévitablement, en cas de faible natalité, d'abord sur une exploitation croissante des travailleurs au profit des retraités, puis sur des réactions visant à raccourcir la durée des retraites ou/et à réduire le niveau de vie des retraités. Les baby-boomers ayant été bien moins féconds que leurs parents, nous sommes entrés à la fin des années 1970 dans le triangle infernal exploitation, raccourcissement, réduction.

La réforme des retraites particulièrement irresponsable réalisée en 1982 a provoqué une accélération de l'exploitation des actifs par les retraités. De timides tentatives ont été faites en 1993, 2003 et 2010 pour freiner un peu l'allongement de la durée des retraites auquel on assiste depuis les années 1950, sans toucher au niveau de vie des retraités. En 2012-2013 le choix a été fait, à l'AGIRC/ARRCO d'abord, puis maintenant pour les régimes de base, de pressurer encore plus les actifs. La modération des pensions, dans les deux cas, porte en grande partie sur les personnes qui assurent le plus l'avenir du système, les parents de famille nombreuse : plus absurde, tu meurs!

Sortir de cette nasse n'est pas impossible : il faudrait simplement que les États cessent de considérer les cotisations vieillesse comme devant procurer des droits à pension, et attribuent ceux-ci au prorata des investissements réalisés dans les futurs travailleurs. Telle est la véritable réforme systémique dont nous avons besoin – réforme dont Arnaud Robinet et moi-même avons exposé la nécessité et la faisabilité dans un ouvrage à paraître aux Belles-Lettres le 3 octobre : La mort de l'État providence ; vive les assurances sociales! Nous ne sauverons pas notre protection sociale sans passer de la pyramide de Ponzi à des retraites par répartition économiquement viables.

Bulletins

Le Bulletin de l'Atelier Paul Fabra paraît de dix à quinze fois par an. Son envoi est gratuit et toujours assorti d'un lien de désinscription. Une liste présentant un résumé des bulletins est aussi disponible.

198 – 7 janvier 2014

Participation et acquisition

Bulletins suivants

Les bulletins suivants rendront de nouveau compte de l’avancement des deux ouvrages principaux sur le métier : propositions majeures de politique économique, propositions premières de science économique. Notre programme 2014 comportant également la production d’articles susceptibles de constituer une introduction commune à ces deux ouvrages, les bulletins suivants feront aussi part de la parution de tels articles.

Début de parcours

En fonction des appréciations de correspondants sur ces articles, le sommaire de l’introduction sera progressivement stabilisé. Il deviendra le début d’un parcours d’initiation. Sur le site, mais au plus tôt à partir de l’été 2014, ce début se trouvera au milieu de la page d’accueil.

DM, AL

199 – 30 janvier 2014

Canada, assistanat, Copernic, fait en France

Contreparties, responsabilités, comptes

Rentabilités, productivités, profitabilités

D’autant plus que les problématiques de la répartition normale des revenus et de la formation elle aussi normale d’un grand nombre de prix s’en trouvent plus justement comprises et assumées,

  • nous sommes pour une science et une politique économiques qui reposent notamment sur des définitions génériques et strictes de la rentabilité, la productivité et la profitabilité,
  • ces définitions étant valides à tous les niveaux d’analyse économique, des plus macro (nations et groupes de nations) aux plus micro (ce produit vendu par cette entreprise), chaque fois qu’autour d’une productivité P une rentabilité R et une profitabilité P’ s’ajustent — relation RPP’ ;
  • encore trop souvent injustement mais inévitablement, les termes de cette relation jusqu’à présent sous-enseignée servant à motiver un grand nombre quotidien de créations et de suppressions d’emplois au niveau méso, celui des entreprises juridiquement constituées (en sociétés de plus en plus couramment) :

11.7. Les entreprises dans l’entreprise ont des actifs directs, tous très exactement financés de la même façon.  *

11.8. Des rentabilités, productivités et profitabilités directes sont de même appartenance.

* Avec, en note de bas de page [1], une contestation de la pertinence du price earning ratio, ce coefficient qui contribue au mauvais fonctionnement de la concurrence. Le capitalisme en son meilleur état n’est décidément pas l’actuel.

DM, AL

200 – 19 février 2014

Les ratios de meilleur aloi ne sont pas encore les plus utilisés

Les deux tiers de cet article ont été publiés par Le Cercle Les Echos sous un autre titre.

Où distribuer davantage crée des emplois

Le capitalisme de plus-value y perdra son empire ; le capitalisme de rendement sera son alternative ; moins de darwinisme social régira la répartition des revenus :

DM, AL

201 – 27 mars 2014

Une loi naturelle tenue sous le boisseau

Une loi naturelle reste encore cachée dans les replis de l’économie de marché. Le législateur la rendra plus active en recentrant la concurrence sur la comparabilité — un concept dont la rareté actuelle en analyses et prescriptions économiques est révélatrice. Or :

  • C’est cette loi qui justifie le plus rationnellement pourquoi le droit de la concurrence et sa jurisprudence doivent permettre l’empêchement ou le démantèlement de concentrations. Une banque universelle est une concentration, comme l’est une compagnie d’assurances qui a créé ou avalé en son sein une banque, une agence de voyage, demain un opérateur en télécommunications, un constructeur de maisons individuelles, un réseau de cliniques et de maisons de retraite. De même, une super-centrale d’achats concentre des négociations tarifaires. Etc.
  • C’est aussi cette loi qui recèle la résolution d’un problème de gestion réputé sans solution non arbitraire : celui de la répartition des coûts communs à plusieurs sections productrices de marge au sein d’une même entreprise.
  • Et c’est encore cette loi qui ouvre la perspective d’un assainissement de la pratique des « prix de transfert », ces montants qui entre établissements d’un même groupe se créditent à l’instar de ventes et se débitent à l’instar d’achats.

Les énoncés les plus exacts de cette loi restent encore de prime abord ésotériques. Commençons donc par constater que la concurrence est défaillante quand elle ne réduit pas les inégalités des rentabilités directes de même appartenance.

Le Cercle Les Echos

DM, AL

203 – 30 juin 2014

24 mai 14 - Prescriptions majeures de politique économique

Le chapitre 1 étant plus développé qu’initialement prévu sur la politique budgétaire (finances publiques), un focus sur l’assistanat est devenu superflu. C’est l’une des raisons pour lesquelles les sommaires des chapitres 2 à 4 ont été revus.

9 juin 14 - Exploitation politique du concept de quasi-capital

Le concept de quasi-capital est dégagé au chapitre 4, Le capital, des Propositions premières de science économique. Une argumentation de son exploitation en politique économique vient d’être montée en prescription 2.3.

16 juin 14 - Le capital au XXIe siècle

Ce livre de Thomas Piketty fait grand bruit. Ses lecteurs trouveront en Dominique Michaut un correspondant disposé à s’entretenir de ce que Piketty et bien d’autres avancent explicitement et de ce qu’ils tiennent implicitement pour juste. Utiliser à cette fin de préférence l’adresse dmichaut@lecodemain.net.

24 juin 14 - Introduction à l’économie définie

La présentation a été aérée. La préparation du développement de L’initiation a été avancée. La porte d’entrée reste à la même adresse.

 

204 – 4 août 2014

2 juillet – La loi naturelle des justes prix

Les prix dont il s’agit sont ceux auxquels les entreprises vendent. La loi qui les fait justes est naturelle. Mais cette loi de marché, contournable par des obstructions aux comparaisons de tarifs et de rentabilités sans avoir de calcul à faire, est une découverte qui n’a pas encore fait son chemin.

5 juillet – Introduction, propositions, prescriptions

Les parties de l’introduction ne sont pas numérotées. La numérotation des parties du livre de science économique est par des chiffres, tandis que la numérotation des parties du livre de politique économique est désormais par des lettres.

Le montage de la première édition web complète de ces deux livres est réalisé à 80 %, avec 90 % pour les propositions de science économique et 50 % pour les prescriptions de politique économique. Aucun changement des nombres et des objets de chapitres n’est prévu.

18 juillet 14 – Réponse de fond à Thomas Piketty

Une réponse de fond à Thomas Piketty, plus particulièrement en sa qualité d’auteur du bestseller Le capital au XXIe siècle, tient en deux courtes phrases. Elle constitue le dernier paragraphe d’une argumentation au cours de laquelle le modèle dit de la banque universelle est dénoncé.

L’argumentation dont il s’agit est celle de la prescription majeure de politique économique Désagréger et bloquer les concentrations qui font obstacle à l’égalisation des rentabilités de même appartenance.

25 juillet – Fondation, murs et ouvertures, toiture

Une théorie générale de l’économie de marché n’est conceptuellement et politiquement constituée que quand elle est un édifice qui a pour fondation une méthodologie, pour murs et ouvertures une théorie des prix, pour toiture une solution pérenne au problème de la monnaie.

L’argumentation d’une telle solution fera l’objet du douzième et dernier chapitre des Propositions premières de science économique. Avant cela, l’avant-dernier chapitre se termine par une synthèse, rompant sur plusieurs points clés avec ce qui est aujourd’hui le plus souvent admis, sur ce que tous les prix, salaires et profits compris, ont en commun.

31 juillet – Encouragement à persévérer dans cette voie

Un historien ayant une bonne connaissance des avatars principaux de la pensée économique m’écrit avoir éprouvé beaucoup de plaisir à produire un article de mise en perspective de, je le cite, la « nécessaire et ingrate » reconstruction conceptuelle sur Le champ de ruines des idéologies fondées sur un système économique.

205 – 5 septembre 2014

Introduction à l’économie définie > L’accréditation

Une histoire drôle situe le problème. Ce que la solution sera est pour le principal connu. Quelques actions devront rester prioritaires jour après jour plusieurs générations durant.

Venant après Le pari et La méthode, L’accréditation est la troisième partie de L’introduction à l’économie définie.

L’économie politique selon Thomas Piketty

Thomas Piketty, depuis un an environ lu par des centaines de milliers de personnes, résume son interprétation de l’économie politique « idéale » dans un paragraphe emblématique d’un courant de pensée dont il y a tout lieu de s’attendre à ce que beaucoup de gens, clercs de tout acabit en têtes de colonnes, le cultivent plus passionnément qu’ils n’ont jusqu’à présent osé le faire.

Politique économique > Abroger la fiction des cotisations patronales

Jacques Bichot, notamment avec sa mise en avant de « la fiche de paie vérité », a rassemblé une argumentation qui mérite de faire autorité, tant par ses attendus que par les modalités qu’il prescrit de la réforme conduisant enfin au plein échange salarial. En section Politique économique, nous reprenons des points clés de son argumentation en deux pages.

206 – 2 octobre 2014

Science économique > Monnaie

De quoi la monnaie est-elle un instrument ? — Il n’y a en matière monétaire aucune orthodoxie. — Une monnaie inspire d’autant plus confiance qu’elle est de fait arrimée à des points forts de politique économique. — Ce plus haut de protection par la politique économique est doublement plafonné. — L’autre manipulation est celle des taux de change. — Parvenir à une telle unanimité ne peut être que très laborieux.

Ce sommaire est celui de l’argumentation de la proposition 12.1 : Instrument empirique et ne pouvant que le rester, la monnaie est serve.

Politique économique > Revenus du travail

Entre fournisseur et client, les relations normales sont de subordination réciproque. — Trois grandeurs font la structure des revenus du travail. — Le pouvoir d’achat que la rémunération du travail procure est appelé à croître. — La hausse du pouvoir d’achat des rémunérations du travail est à la charge des employeurs. — Une autre grandeur qui fait la structure des revenus salariaux est la rémunération minimale du travail. — La troisième grandeur qui structure les revenus salariaux est la série des écarts de rémunération du travail. — Ou bien les écarts entre les rémunérations du travail ont une fonction qui leur est propre. — Ce qui est susceptible d’arriver chez tout employeur de plus d’une personne révèle l’existence d’une possibilité. — Les égalités et les inégalités de rémunération du travail sont des clés de répartition des masses salariales. — Le poids d’une masse salariale nationale n’est pas modifiable par la puissance publique. — L’élévation du pouvoir d’achat de la rémunération médiane du travail est à la portée de chaque nation. — Les hautes rémunérations du travail amputent celles qui leur sont inférieures.

Ce sommaire est celui de l’argumentation de la préconisation C.2 : Assumer le partage du revenu total du travail par les écarts de salaire.

L’économie définie > Filiation

Présentation de La rupture prescrite par Paul Fabra.

2013

Bulletins 2013

186 – 17 janvier 2013

Emprunts publics

Une proposition première de science économique avance l’idée d’emprunts publics par un livret d’épargne. Une argumentation de cette proposition a été récemment montée sur le site.

21 janvier – Ajout d’une appréciation de Jacques Bichot sur l’idée de ce livret.

Lier premièrement

Lier premièrement la croissance, l’emploi, la compétitivité — le meilleur état de l’économie —, à l’accomplissement d’une action précise. Dans la refonte dont le précédent bulletin fait état, le chapitre Croissance s’ouvre sur cette considération.

21 janvier – Ajout d’une appréciation de Jacques Bichot sur la finance directe.

État d’esprit

L’article Montrer la vérité et combattre l’erreur est composé d’extraits tirés d’une conclusion écrite par Frédéric Bastiat en 1845. Les considérations exposées participent à l’état d’esprit dans lequel nous œuvrons.

AL, DM

187 – 13 février 2013

Bulletin précédent

Il peut arriver qu’un bulletin soit modifié après son envoi par courriel. Deux appréciations de Jacques Bichot nous ont incités à le faire pour le bulletin du 17 janvier.

Prescriptions de Giraud

Gaël Giraud a reçu, en 2009, le prix du meilleur jeune économiste de France, décerné par Le Cercle des Économistes et Le Monde. Quelles sont actuellement ses prescriptions majeures ? Aperçu critique.

Vive cette inégalité !

Elle est entre deux taux moyens. Au regard de l’état actuel de l’emploi, elle est insuffisante. Qu’est-ce ?

Déminer le chemin

Des considérations simples à formuler, et faciles à colporter, contribuent à déminer le chemin de croissance. En voici quelques unes.

DM, AL

188 – 22 mars 2013

Inversion iconoclaste

Les taux des intérêts facturés par les établissements financiers et les autres entreprises inversent l’effet de levier quand ils sont faits généralement supérieurs au taux moyen de profit sur capital. Théoriser cette inversion est aujourd’hui iconoclaste. Une nette atténuation de la pathologie économique d’origine financière n’en est pas moins hautement désirable.

Rigueur et vigueur

S’entendre sur l’essentiel, en matière de gestion générale des finances publiques, est un progrès technique et moral consolant : rigueur et vigueur économiques bien conçues vont de pair ! En zone euro notamment, ce n’est pas négligeable.

DM, AL

189 – 15 avril 2013

Taux directeurs

Les taux d'intérêt sont considérés comme étant les principaux taux directeurs de l’économie. Ce choix fait la part belle au crédit comme source principale de financement, conduisant ainsi à un maximum de crédit pour un minimum de capital. Des taux directeurs devenant de profit sur capital renversent ce choix.

Davantage de hauteur

Cette macroéconomie tactique — l’article auquel le lien envoie situe ce dont il s’agit —a été et reste servie aux Français. Elle ne suffit pas pour, comme le dit Hollande, « nous redresser » et « nous dépasser » en prenant appui sur ce qu’est, pour l’essentiel, une économie nationale en bon état.

AL, DM

190 – 17 mai 2013

Le remède existe

Sa découverte est une chose. La façon de l’administrer en est une autre, politiquement captivante.

Le dernier paragraphe de l’article Relancer l’économie sans aggraver la dette de l’économiste américain Robert J. Schiller affirme : « Une forme de relance avec équilibre budgétaire pourrait séduire les électeurs s’ils pouvaient être convaincus que l’augmentation des impôts n’implique pas nécessairement un préjudice ni une centralisation accrue de la prise de décision ». Opter pour la création d’emplois d’abord par les placements directs en parts sociales revient à opter pour une décentralisation accrue.

Nous ne le faisons pas encore assez explicitement apparaître, dans la reformulation de nos propositions majeures de politique économique. Roland Verhille, dans sa réaction à l’appel de Jean-Pierre Motte au développement durable, rappelle ô combien trop d’État est destructeur.

Autre reproche que nous avons à nous faire : nous ne nous adressons pas assez aux jeunes gens. D’où l’envoi le mois dernier à deux d'entre eux de Demain l'économie, première lettre.

DM, AL

191 – 17 juin 2013

Première section

En section [Science économique], la trame du chapitre sur les prix tient maintenant en douze propositions, et la trame du chapitre sur la monnaie en sept propositions. C’est, pour ces chapitres qui sont les deux derniers de cette section, avant la mise à l’épreuve et l’explication de ces vingt énoncés par leur argumentation. Puis viendra le temps d’aligner formellement les argumentations des chapitres 1 et 2 sur ceux des chapitres 3 à 12, ainsi que d’unifier l’avant chapitre 1 dans une seule préface et de revoir les appendices.

Faisons advenir

Chers compatriotes, nous voulons le plein-emploi. Nous ne l’obtenons pas parce que nous le voulons mal. L’économie est avant tout affaire d’économies au pluriel. Vous avez raison de faire des économies. Et vous avez raison d’être disposés à en faire davantage. Mais nous avons eu collectivement deux grands torts. D’une part, nous n’avons pas voulu les pleines rémunérations du travail et du capital. D’autre part, nous avons été trop nombreux à tenir pour accessoire de faire des économies de dépense publique. C’est au point que notre pays a perdu la maîtrise du prélèvement public. Il lui faut la recouvrer. Accordons-nous à cette fin sur deux règles. Leur application nous fera sortir du surendettement public. La création d’emplois s’en portera mieux. Cette sortie et notre plus grande aptitude à faire des économies de dépense publique permettront de baisser le poids de l’impôt. En obligeant alors vos élus à utiliser cette possibilité, vous favoriserez la création d’emplois. Alors aussi notre conversion collective aux pleines rémunérations du capital et du travail nous procurera le plein-emploi. Nous aurons eu l’intelligence de faire des économies là où il le fallait et à la hauteur qu’il le fallait. Nous aurons eu aussi l’intelligence de rompre avec des manières de voir et de faire qui maximisent des intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général. Nous aurons renforcé la viabilité et la spécificité de la construction européenne. Certes nous l’aurons fait plus souvent dans la peine que dans la joie. La République libérée a pour contre-modèle la république confisquée. L’économie idéologiquement trafiquée a été et restera l’instrument de ce contre-modèle. Face à ce danger les pleines rémunérations et les deux règles soumises à votre sagacité ne sont pas superflues. Faisons donc advenir ces ruptures libératrices !

AL, DM

192 – 31 juillet 2013

Détermination des prix et régulation

Sans une compréhension des principes de détermination des prix, il est quasi impossible de parler de … [Suite]

Investissements publics : le principal de leur bon usage

La compétence économique tient pour une large part à ce qui est jugé être … [Suite]

Y a-t-il en économie place pour une science exacte ?

Si oui, cette science a deux caractéristiques. Son objet est précisément définissable. Les relations … [Suite]

Lien permanent

Jacques Bichot professe, dernier membre de phrase de la page d’accueil de son site … [Suite]

DM, AL

193 – 28 août 2013

La loi de l’offre et de la demande n’est pas universelle

L’expression « loi de l’offre et de la demande », dans ses usages les plus précis, désigne l’ajustement immédiat … [Suite]

Dynamitons le scandale budgétaire, nous nous en porterons mieux !

Le FMI, maître d’école macroéconomique des États, l’Union européenne et, entre autres, en France la loi organique relative aux lois de finance (LOLF, 1er août 2001), maintiennent obscurci l’essentiel en matière budgétaire. Que ce soit scandaleux parce que … [Suite qui, après cette annonce, argumente en 24 paragraphes et 5 notes de bas de page un rehaussement roboratif du débat politique]

Lien permanent

Jacques Bichot professe, dernier membre de phrase de la page d’accueil de son site … [Suite]

DM, AL

194 – 23 septembre 2013

Retroussons les manches, ce n’est ardu qu’au premier abord

Pour ce qui est des prix auxquels les entreprises vendent, limiter les rapports immédiats entre offre et demande à ce qu’ils sont ne fait que déblayer le chemin … [Suite]

Quelle stratégie économique en vue de quelle stratégie géopolitique ?

La Profession de foi d’un postulant à la fonction de chef de gouvernement a été mise en ligne le 14 septembre. Depuis elle a été polie et elle le sera peut-être encore sans l’allonger (4 pages A4). Sur un navigateur internet qui a récemment accédé à ce texte, l’actualiser (F5) pour lire la plus récente version précédée de son annonce et éventuellement imprimer ou copier en presse-papier cette synthèse.

Communications de Jacques Bichot

En l’attente de la sortie, le 3 octobre aux Belles Lettres, de La mort de l’État-providence, vive les assurances sociales ! par Arnaud Robinet et Jacques Bichot :

DM, AL

195 – 4 octobre 2013

Tableau gigogne d’analyse des ventes, des charges et des marges

Faute de la modélisation que ce tableau constitue, la réalité dont découle la formation des prix auxquels les entreprises vendent est … [Suite]

Politique économique : les réfractaires, les indécis et les braves

La politique économique de la France et de l’Union européenne répondra nettement mieux aux attentes des Français et des Européens quand ses artisans auront remplacé par d’autres des points clés de doctrine. Cela ne se pourra qu’en faisant le siège du rempart du silence à l’abri duquel se seront tenus les réfractaires et les indécis. En cette confrontation, les braves auront été les assiégeants. [Aperçu suivi d’une citation de Denis Kessler dans un entretien titré Le gouvernement sous-estime la gravité de la situation en France.]

DM, AL

196 – 26 octobre 2013

Gestion d’entreprise : tracé complet du tableau gigogne des indicateurs les plus importants

Pour répondre à une demande et comme il était de longue date prévu de le faire, le tracé complet du tableau gigogne des indicateurs les plus importants en gestion d’entreprise a été mis en ligne. L’argumentation au-delà de la proposition 11.4 suivra prochainement. Notamment sur ce pilier d'économie politique renouvelée, le secretariat@atelierpaulfabra.org se tient à la disposition de qui voudra bien être poseur de question constructive, comme Rémy Zucchi a commencé à le faire.

 

Politique économique : on dit volontiers que les dividendes sont trop élevés

Qu’en est-il ? Un indicateur officiel du taux de profit moyen au niveau national n'existe pas encore ! Cet indicateur serait pourtant à mettre en relation avec l'augmentation du stock national de capital comparée à l'augmentation avec de l’endettement des entreprises.  Que vaut-il mieux pour l'emploi : des dividendes assurant des entreprises bien capitalisées ou des entreprises fortement endettées ? Lire, en propositions majeures de politique économique 2.1. Instaurer, sur la rentabilité et le financement des entreprises, trois publicités et deux séries d’analyse statistique.

 

Refondation du capitalisme : le réalisable, la réalisation

Une refondation du capitalisme ne sera bien articulée qu’éclairée par une économie politique renouvelée, avec de principes :

  • de fonctionnement explorés par des propositions premières de science économique,
  • de mise en oeuvre guidée par des propositions majeures de politique économique.

Dans ces renouvellements, les sécurités économiques les plus volontiers qualifiées de sociales sont cruciales afin de remédier à la faillite contagieuse de l’État providence.

 

DM, AL

197 – 21 novembre 2013

Suite sur les prix de vente des entreprises

La construction du tableau de contrôle de gestion et de décision des prix est poursuivie par :

Mutualité actuarielle et mutualité universelle

Le professeur Jacques Bichot et le député Arnaud Robinet nous invitent à les suivre dans un parcours iconoclaste, écrivent-ils en introduction de leur livre de préconisation de substantielles réformes du « modèle social » français. Nous mettons d’autant plus volontiers nos pas dans les leurs que de très substantielles leçons sont à tirer de leurs analyses et prescriptions. Plusieurs de ces dernières, de concert avec d’autres adéquates sur lesquelles nous reviendrons, nous paraissent toutefois contestables tout en étant lucides sur des constats dont la prise en compte s’impose.

DM, AL

2012

Bulletins 2012

173 - Mardi 10 janvier 2012

Politique économique : changer la donne

À l'heure où, en pleine crise, le chômage diminue en Allemagne, l'objectif majeur est bien pour les Français de retrouver la fierté du plein-emploi. Une politique de relance par alourdissement des dépenses publiques peut-elle y conduire ? La réponse est bien sûr doublement négative : l'endettement est tel que la crédibilité du pays en est affectée ; ce même endettement est une pompe à détourner l'épargne la plus nécessaire à l'emploi : le financement des entreprises. Et pourtant, la préparation du « sommet social » convoqué à la hâte pour dans quelques jours remet en avant des raisonnements que leurs défauts rendent incompatibles avec une politique économique foncièrement pertinente.

Compétitivité et croissance

Une opinion est très répandue : la reprise de l’emploi dépend de la croissance et la croissance dépend d’abord de la compétitivité, à savoir d’une capacité à gagner ou conserver des parts de marché face à la concurrence, venue à domicile de l’étranger ou rencontrée de l’export.  Il faut, c'est là où souvent les colporteurs de cette opinion veulent en venir, faire payer aux contribuables (les plus riches dit-on quand on veut escamoter que l'addition à partager s'en trouve augmentée) « la baisse des charges », largement soutenue chez les chefs d’entreprise français afin de réduire « le coût du travail » et; partant d'augmenter « la compétitivité », comme si cette dernière se résumait à la hauteur des prix de revient, surtout dans un pays à hauts salaires comme la France.

Les dimensions de la compétitivité

Il suffit de se mettre dans la peau de l'avisé acheteur final d'un bien d'équipement tel qu'une voiture, un appareil ménager ou même une paire de chaussures. La compétitivité ne varie pas seulement en fonction du prix mais aussi de la qualité du produit et souvent du délai de livraison, entre autres. Privilégier la compétitivité par le prix est le fait de l'offreur axé sur le moins disant faute d'avoir à faire valoir plus de qualités, dont celles des délais de livraison courts et tenus. Or c'est cette compétitivité restreinte que le gouvernement est en train d'élever au rang d’une donnée incontournable, tout en feignant de ne pas se rendre compte qu'elle est la compétitivité du travailleur pauvre résigné à le rester.

Dans l’ordre réel des causes et des effets économiques, la capacité des entreprises d’un pays à ouvrir et à maintenir des débouchés est de moins en moins limitée à la seule question des prix. Le rapport qualité-prix est un argument efficace de vente quand, par des investissements de montée en gamme et de reconversion, l’acheteur trouve un avantage substantiel à payer plus cher. Les voitures et autres machines allemandes sont-elles à bas prix? Les iTrucs d'Apple et consorts sont-ils à bas prix ? Pourquoi le fabricant français de chaussures Mephisto a ouvert un débouché, domestique et à l'export, et continue-t-il à l'agrandir ? Etc.

Les politiciens qui, sous l’influence de groupes de pression patronaux, soutiennent que la croissance dépend d’abord de la compétitivité réduite aux prix de revient pensent agir de manière raisonnable. En réalité, ils contribuent au dévoiement des chefs d'entreprise les plus influençables. Même s’il existe un delta positif de croissance par des diminutions de salaires complets, ces diminutions mises à la charge des finances publiques aggravent le détournement de l'épargne sans lequel un delta plus positif pourrait être obtenu.

Les conditions d'une croissance solide et salubre

La croissance peut et doit s'obtenir sans recours aux diminutions de charge. Les cotisations prétendues patronales sont en fait des éléments de salaire couvrant le paiement d'acquisition par le salarié de droits : on ne le répétera jamais trop tant qu'elles n'auront pas été abolies, les cotisations patronales sont salariales. Il y a un gisement inépuisable de croissance dans un mouvement général de montées en gamme et de reconversions financées par de nouveaux apports en capital dans les entreprises, et complémentairement seulement de nouveaux concours en crédits non bonifiés. La croissance la plus saine est celle qui a pour moteur le placement direct d’épargne dans ces apports.

Tirons-en la conclusion qui s'impose. Dans l’ordre réel des causes et des effets économiques, la croissance la plus solide  ne dépend pas en premier lieu de la compétitivité mais du taux de capitalisation, particulièrement pour les petites et moyennes entreprises. Autant de croissance qu'il en faut pour redresser l'économie française est à notre portée sans reporter à plus tard un net assainissement des finances publiques, chaque progrès substantiel de cet assainissement libérant de l'épargne à même de s'investir dans les entreprises d'autant plus promptement et durablement qu'enfin la pleine rémunération du capital aura été instaurée. Mais l'entrée dans ce cercle vertueux est à l'antipode du maintien dans le cercle vicieux des allégements de charge et des alourdissements de dépenses fiscales et, plus généralement, publiques.

Le socle d’une politique économique qui tient la route

Quel est, dans le mental des candidats aux plus hautes fonctions politiques, l’ordre le plus fondamental des causes et des effets économiques ? Même question pour le mental des faiseurs d'opinion les plus influents. Quand cet ordre est plus imaginaire que réel, les inclinations en matière de politique économique sont exposées à ce qu’Alain Madelin vient de déclarer au sujet de la TVA dite « sociale » : « Aucun des arguments avancés ne tient la route »[1].

Le  « sommet social » puis la double campagne électorale (président, députés) vont nous valoir une avalanche de prises de position où, une fois de plus, il sera hélas peu question, voire pas du tout question, de la relation de causalité entre la quotité de capital social dans le financement des entreprises et la création d’emplois stables par ces mêmes entreprises. Pareillement, il ne sera vraisemblablement pas question de la fiction que constituent les cotisations patronales. Cette fois encore, il va être manifeste que manque décidément le socle d’une politique économique pertinente : l’ordre le plus fondamental des causes et des effets propres à une économie de marché faite aussi solide et équitable qu’il est possible de la concevoir, sans concession aux manigances légalisées qui entravent ses autorégulations.

DM et AL



[1] Sur le même sujet, voir aussi, par Jacques Bichot : TVA sociale, une fausse bonne idée ?

 

174 - Vendredi 10 février 2012

Politique économique : sauter le pas

Une politique bien articulée se remarque à la cohérence des buts qu’elle se fixe. Dans le contexte actuel de notre économie structurellement défaillante, ces buts se doivent, en outre, d’être refondateurs : c’est une remise en marche de l’économie qui est nécessaire et non pas quelques arrangements à la marge.

Buts refondateurs

1. S’astreindre à une stricte discipline budgétaire respectant la volonté majoritaire dans la population d’augmentation, de maintien ou de baisse du poids du prélèvement public (impôts + emprunts).

2. Favoriser la croissance et l'emploi par la levée des freins au placement direct d’épargne en nouveau capital des entreprises, mutuelles et coopératives.

3. Abolir la fiction des cotisations patronales puis décliner complètement la distinction entre les assurances de risques, les retraites par répartition, les allocations instaurées par le législateur.

Thérapie de choc

Pour atteindre ces trois buts, il faut une thérapie de choc fondée sur trois axes majeurs :

  • La remise en place du circuit de l’épargne vers le capital des entreprises par une refonte drastique de l’impôt sur les sociétés et sur les particuliers et par la marginalisation de l’autofinancement : c’est ce que l’Atelier Paul Fabra appelle « la pleine rémunération du capital ».
  • La remise en place du prix du travail par une refonte des cotisations salariales, la suppression des aides à l'emploi en tout genre en vue de favoriser une vraie augmentation des rémunérations : c’est ce que l’Atelier Paul Fabra appelle « la pleine rémunération du travail ».
  • La restriction des pouvoirs économiques de la puissance publique : l’excès de prélèvements public (impôts + déficits, répétons-le) a pour effet de réduire le taux de croissance et d’aggraver le manque d’emplois… qu’empire finalement l’augmentation du nombre d’emplois publics.

Les dernières analyses et prescriptions de Jacques Bichot sur la TVA sociale illustrent parfaitement cette perpétuelle tentation d'intervention de l'Etat français, qui en fin de compte dérègle l'économie et aggrave le déficit public. Mais jusqu’où et comment assainir les finances publiques et les usages qui en sont faits ? Ceci sera l'objectif des prochains bulletins.

Prédiction, stratégie et politique

La campagne présidentielle actuelle s'en tient à des réarrangements qui laissent la sensation que nos politiques et leurs conseillers restent désemparés face au chomage. Les mesures proposées produiront au mieux un redressement précaire de l’économie française, au pire un acroissement de l'interventionisme économique au détriment des autres investissements dont la nation a besoin.
On discerne bien certaines stratégies de réorientation des dépenses, à l'aune de celles faites par le Conseil d’Analyse Économique. Mais ces dernières ne font pas une stratégie de redressement; il manque une vision claire des ressorts de l'économie pour conduire la thérapie de choc qui est nécessaire. Il ne suffit pas d'un capitaine à un bateau; il lui faut aussi un cap.

Réponses à trouver

  • Qui, parmi les destinataires du bulletin de l’Atelier Paul Fabra, est prêt à se déclarer partisan d’une politique économique réinitialisée par la thérapie de choc ? La réponse sera crédible si sa collecte s’effectue aux conditions suivantes : pour se déclarer partisan, il faudra utiliser une adresse de courriel déjà présente dans la liste de diffusion du bulletin ; qui a coché une fois pourra à tout instant décocher ; les totaux affichés seront ceux du nombre de coches et de destinataires du bulletin ; aucune liste d’adresses de courriel ou autrement nominative ne sera diffusée à qui que ce soit.
  • Comment faire en sorte que le nombre de partisans ainsi déclarés devienne, au fil des années, assez important pour constituer, sur le seul sujet de la réinitialisation de la politique économique par la thérapie de choc dont il est ci-dessus question, un groupe de pression citoyenne de moins en moins négligeable par la classe politique et d’autres milieux ?

DM, AL

 

175 - Samedi 3 mars 2012


Deux motifs d’un vrai changement de politique économique et, qui plus est, d’un changement salvateur pour l’Europe

Le récent article, ci-dessous reproduit in extenso[1], est de Paul Fabra.

Deux motifs de renonciation à l’addiction aux déficits publics y sont rappelés. Ils sont d’autant plus remarquables que pas plus l’un que l’autre n’est explicitement utilisé dans la campagne présidentielle, tout au moins jusqu’à présent. Chacun des deux est pourtant très substantiel.

Il faut, c’est l’un de ces deux motifs, un assainissement budgétaire parce qu’il « rend disponible pour la relance l’épargne qui finançait le déficit ». Mais, il est vrai, la croissance qui en résulte est d’autant plus vive et durable que la réforme de la pleine rémunération du capital et celle de la pleine rémunération du travail sont au programme du quinquennat, comme ce n’est hélas pas encore le cas.

Il faut à cet effort considérable, c’est l’autre motif, prendre en aversion les déficits publics parce qu’ils « sont les pères nourriciers de l’hypertrophie du système financier » alors que les conséquences de cette hypertrophie sur l’emploi et le logement et la sous-traitance industrielle sont très évidemment calamiteuses.

L’affaire est géopolitique. Si, de commun accord, les pays de la zone euro usent de ces motifs pour faire converger leurs politiques économiques, ils prendront confiance dans ce qu’ils ont entrepris pour faire efficacement front à l’arme de sape de leur prospérité que le dollar et la finance publique façon Bernanke constituent.

— Les Echos du 14 février 2012, Paul Fabra —

La zone euro face au bazooka

Contrairement à celle de la zone euro, les trois autres grandes dettes d’État, l’américaine, la britannique et la japonaise, ne fonctionnent plus comme des marchés.

Il est une distorsion majeure dans la cotation des dettes souveraines, au désavantage exclusif de la zone euro. Les agences de notation n’en font pas état. Les marchés continuent d’y fonctionner comme… des marchés. Ce n’est plus le cas pour les trois autres grandes dettes d’État : l’américaine, la britannique et la japonaise. Seulement, les États de la zone euro voient le cours des titres d’emprunt (OAT…) qu’ils émettent déterminés par le jeu libre, ou presque libre, des forces du marché – la BCE ne se prive pas non plus d’intervenir, mais pas systématiquement et donc sur une moindre échelle. Seulement eux se font ainsi, par le marché, dicter le taux d’intérêt de leurs nouvelles émissions. S’il en allait autrement, il n’y aurait jamais eu de crise de l’euro !

Dès janvier 2009, la Banque fédérale de Saint Louis fait passer le message :« Depuis le début de la crise financière, la Fed s’est montrée extraordinairement active pour remplir son rôle de prêteur – ou acheteur – de dernier ressort. » Cette fonction est par nature exceptionnelle et limitée. La finance aux abois s’en est emparée pour en faire un « big bazooka » (dixit David Cameron) aux mains de la banque centrale, sur le modèle mis en pratique pendant la Seconde Guerre mondiale, et adopté au Japon depuis 1998. Formidable régression.

Le Trésor émet ses titres d’emprunt à un taux qu’il fixe arbitrairement et abaisse au fur et à mesure que l’endettement s’accumule ; un autre organe de l’État, l’institut d’émission, achète à leur valeur faciale tous ceux qui ne trouvent pas preneur à ce prix. Ô miracle de la cavalerie monétaire ! La valeur du titre étant ainsi garantie, les détenteurs de capitaux fuyant le risque se précipitent sur les emprunts d’État. Leur attrait éclipse les investissements qui relanceraient l’activité économique. Au contraire, un assainissement budgétaire rend disponible pour la relance l’épargne qui finançait le déficit (on aimerait l’entendre dire par nos gouvernants). Ainsi, le classement résultant du rating se trouve-t-il irrémédiablement biaisé : les pays de la zone euro sont notés, disons, au mérite et les autres au forcing ! Comme pendant la Grande Dépression des années 1930 et pendant la guerre, les obligations américaines et britanniques, quel que soit l’état de leurs finances publiques, font figure de valeurs refuges. Inappréciable avantage par les temps qui courent, leur évolution est prévisible : comme la Banque du Japon le fait depuis quinze ans, le « chairman » de la Fed ne cesse de prolonger le régime des taux d’intérêt voisins de zéro (dernière nouvelle : jusqu’à fin 2014). Une éventuelle remontée sera de plus en plus périlleuse[2] (1). Maintenant, la Fed achète, à la faveur de l’opération Twist, des Treasury Bonds à 30 et 50 ans d’échéance (plus le titre est à long terme, plus il monte si les taux baissent). Cela promet encore de substantielles plus-values pour cette année. Elles furent en 2011 d’environ 30 % pour ce genre de placements.

Pour parer au risque énorme d’une chute brutale du dollar provoquée par la monétisation à tout-va, la Fed dispose de ses propres acheteurs d’ultime recours. La Banque de Chine, mais aussi les banques centrales de l’Inde, du Brésil, de Russie, des émirats, etc., remplissent de plus belle cet office. Depuis deux ans, la Banque de Chine a augmenté de 44 %, à titre de réserves dites « monétaires », son stock de créances sur l’Oncle Sam.

Bon signe pour la cause de l’euro : malgré ce colossal soutien apporté aux bonds américains, le marché préfère les bunds allemands qui n’ont pas besoin d’aide pour se tenir debout. La hardiesse calculée de Mario Draghi renforce l’autorité de la BCE : soutien massif aux banques pour parer à un krach imminent, clair refus du rôle (jugé illégal) de prêteur institutionnel de dernier ressort : qui croirait à l’engagement pris par les gouvernements d’équilibrer leurs budgets respectifs si la Banque centrale leur fournit un moyen indolore de financer les déficits ? Ces déficits publics qui sont les pères nourriciers de l’hypertrophique système financier.

Paul Fabra



[2] Japon : l’hyperinflation claque murée , Les Echos du 15 septembre 2009.

 

 

176 - Mardi 20 mars 2012

Dette publique

Deux constats de bon sens

Face aux prescriptions de Stiglitz ou Bernanke, entre autres, deux constats s'imposent par leur bon sens :

  • La dette publique d'un pays ne peut être réduite en valeur absolue que s'il y a, de décennie en décennie dans ce pays, davantage d'excédents budgétaires que de déficits, contraitrement à ce que le Keynes de la Théorie générale a éludé en arguant pitoyablement qu'à long terme nous serons tous morts.
  • Un ménage et toute autre association privée à but non commercial deviennent surendettés dès lors qu’il leur faut emprunter pour amortir un précédent crédit. Ce critère s’applique bien évidemment en finance publique. Quand le Trésor public doit emprunter pour être en mesure de rembourser de précédents emprunts, la preuve est établie qu’il y a surendettement public.

Croissance et rigueur

La France étant un pays en état de surendettement public, ses candidats, élus et nommés aux plus hautes fonctions publiques ont deux devoirs :

  • L'un est est d'entamer au plus vite la réparation du moteur naturel de la croissance économique - la relance par l'épargne directement placée en nouveau capital -, quitte à commencer par faire couler beaucoup d'encre en faisant valoir que l’entreprise n’est pas économiquement un sujet fiscal. Aucun nouvel emprunt, aucun nouvel impôt, aucune nouvelle dépense publique récurrente n'est nécessaire à cette fin.
  • Un autre est, bien entendu, de procéder à des réductions et des suppressions de dépenses publiques et d'incitations fiscales, voire à une refonte de la fiscalité directe. Plus les déficits publics sont grands, en proposition des recettes fiscales, plus annoncer, réduire, puis supprimer complètement, des subventions, dont à terme toutes celles aux employeurs et aux employés, est nécessaire à cette fin.

Devoir primordial

Mais l'accomplissement assez poussé de ces deux devoirs est électoralement périlleux. C'est pourquoi préparer le terrain en tenant un discours renouvelé sur l'économie est primordial. Un peu plus précisément, ce qui est le mieux à même de retenir l'attention des citoyens a trait au profit, à la cybernétique de l’emploi, à la dynamique de la répartition du revenu global, au salaire. Avant que ce soit par des résultats, c'est par des propos qu'une nouvelle politique économique trouve les soutiens nécessaires à son installation et à sa poursuite.

Le défi du plein-emploi et de la surconsommation est considérable alors qu’une leçon de l’expérience s’impose : ce défi ne sera pas victorieusement relevé sans changer de capitalisme. Cela condamne,à répéter, au risque de lasser, les mesures essentielles à prendre jusqu'à ce que ces nouvelles analyses soient politiquement exploitées et académiquement reconnues.

DM & AL

 

177 - Lundi 23 avril 2012

Le possible fait impossible

L’émission télévisée C dans l’air  du 19 avril 2012 a eu pour thème La crise n’aime pas les élections. Ses invités ont été quatre personnalités qui contribuent notoirement à l'esprit du temps en matière de politique économique : Philippe Dessertine, Jean-Pierre Gaillard, Bernard Maris, Guillaume Roquette.

L’eau et l’huile

Pour Jean-Pierre Gaillard, la croissance et la rigueur « c’est mélanger l’eau et l’huile » . La possibilité d’une relance par de l’épargne directement placée en nouveau capital des entreprises, complètement conciliable avec plus de rigueur dans la gestion des finances publiques, est ou bien ignorée ou bien tenue pour illusoire.

Le coût du travail

« La réduction du coût du travail est indispensable au redressement » de l’économie française (Roquette). Cette antienne patronale, pendant de l’antienne syndicale de la réduction du temps de travail, n’a produit et ne produira qu'un accroissement des subventions publiques et du déficit, tout en éloignant les entreprises de leur vraie mission : s'appuyer sur l'expérience et le savoir faire des français pour déliver des produits de qualité différenciants et compétitifs.
Dans ses dernières interventions radiophoniques, Jean-Louis BEFFA, président d'honneur de Saint Gobain ne disait pas autre chose : «
il faut avoir une avance technologique et viser les produits haut de gamme permettant de produire avec des coûts salariés élevés .. ».

Pas avec des recettes simples

« On ne s’en sortira pas avec des recettes simples » (Dessertine). La confusion entre simple et simpliste va souvent de pair avec l'impossibilité de distinguer entre  compliqué et complexe. La pleine rémunération du placement en capital et dans la foulée l’extension du plein-échange relèvent de mesures simples à mettre en oeuvre avec des résultats immédiats sur la relance de l'activité. Ces mesures s'appuient, certes, sur une vision synthétique du système complexe qu'est l'économie, mais n'est-ce pas justement le travail des économistes ?

Inventer un nouveau modèle

« Il faut aller vers une économie différente (Maris) — « il va falloir inventer un nouveau modèle » (Dessertine). Bien, fort bien, mais il faut être capable d'aller au delà des incantations et passer aux propositions concrètes porteuses de solutions sur le long terme. L'atelier travaille actuellement à la formulation d'un manisfeste qui synthétisera l'ensemble des propositions de politique économique permettant de nous orienter vers un capitalisme nouveau.

DM, AL

178 - Vendredi 18 mai 2012

Initiation et manifeste

Formulations à travailler

Dans l’émission de France Culture La Fabrique de l’Histoire du 27 avril, Marieke Stein a cité, non sans malice dans le contexte de la campagne électorale, cette apostrophe de Victor Hugo :

« Savez-vous ce qui sort de la part trop grande faite au capital dans les fruits du travail, de la part plus grande encore faite à la spéculation ? Deux misères : la misère du peuple et la misère de l’État. Songez-y, hommes politiques. La misère du peuple, c’est-à-dire l’émeute, la misère de l’État, c’est-à-dire la banqueroute. »

Ce qu’il convient qu’un pays s’autorise et s’interdise afin qu’y soit instauré un système économique durablement viable par ses caractéristiques sociales et financières intéresse au plus haut point un large public.

Réponses à quatre questions

Dans les façons d’initier à la possibilité de cette instauration, les réponses à quatre questions de fond paraissent constituer un bon point de départ :

  1. Qu’est-ce qui est spécifique à l’entreprise et encore trop mal accompli ?
  2. Qu’est-ce qui est le plus nécessaire au plein-emploi et à sa prompte restauration chaque fois que le chômage repart à la hausse ?
  3. Quelle est la tendance normale de la répartition du revenu global entre le revenu total des placements et le revenu total du travail ?
  4. Qu’est-ce qu’un salaire individuel par rapport au revenu total du travail et comment se règle l’éventail des salaires ?

Encore faut-il que ces réponses soient rendues, par leurs formulations, non seulement compréhensibles mais aussi crédibles par un large public.

Règles de gestion dans deux domaines

Une autre piste à travailler est celle des énoncés et justifications de règles primordiales de gestion dans deux domaines :

  1. Le domaine du capitalisme social, à savoir celui de l’entreprenariat au moyen d’un capital social, qu’il s’agisse par exemple d’une société dont les titres de propriété sont cotés en bourse ou d’une société coopérative.
  2. Le domaine des finances publiques. Les inclinations de la classe politique ont fait vivre la France au-dessus de ses moyens, amoindrissant en retour sa capacité à faire davantage croître les dits moyens. Même s’il se confirme que le cap du retour à des excédents budgétaires est enfin tenu, la question des règles de gestion les plus saines en ce domaine reste posée.

Continuités et ruptures, organisation

Une caractéristique distinctive de l’économie de marché auquel il s’agit d’initier est d’être de plein-échange. Mais des réponses à quelques questions et des énoncés de quelques règles de gestion ne suffisent pas à se faire partisan de cette économie. Les idées dominantes rendent nécessaire de faire figurer également dans un manifeste du parti du plein-échange quelles sont les principales continuités et ruptures assumées par ce parti.

L’organisation de ce parti, aussi économe qu’elle puisse être initialement faite, comprendra des modalités d’inscription et de désinscription ainsi qu’une description des moyens les plus simples utilisables par les membres de ce parti pour se faire au long cours plus nombreux.

DM & AL

179 - Mercredi 13 juin 2012

Jean-Marc Daniel

Ricardo, reviens ! Ils sont restés keynésiens

Essai sur la prospérité économique

François Bourin Éditeur, Paris, mars 2012, 120 pages, 20 €

L’auteur

Né en 1954, polytechnicien, économiste universitaire, Jean-Marc Daniel est chroniqueur au Monde et sur BFM Business. Ses précédents livres sont La politique économique (Que sais-je ?, 2008), Histoire vivante de la pensée économique (Pearson éducation, 2010), Le socialisme de l’excellence / Combattre les rentes et promouvoir les talents (François Bourin Éditeur, 2011).

La « nouvelle macroéconomie classique »

Dans son introduction à Ricardo, reviens ! Ils sont restés keynésiens, Jean-Marc Daniel présente son propos en ces termes :

« Ce que nous allons essayer de développer dans cet ouvrage, c’est que les nouveaux classiques, en démontrant les limites du keynésianisme, ont ouvert la voie vers une réforme de la politique économique. Le bon compromis est probablement celui qui garderait de Keynes et de ses disciples le rôle déterminant de l’investissement et du cycle économique qu’il nourrit, et de Ricardo le rôle essentiel de la liberté économique face à l’interventionnisme public vain et bridé par la dette et la nécessité de promouvoir la concurrence pour combattre les rentes. »

Ce compromis, constitutif d’après Jean-Marc Daniel de la « nouvelle macroéconomie classique », comporte la prescription d’indexation des dépenses publiques sur la prévision de croissance structurelle de l’économie. Cette prévision étant supposée pouvoir être établie avec une marge d’erreur et de manipulation négligeable, il en résulte sur le papier que, variations conjoncturelles aidant, ces dépenses deviennent des « stabilisateurs automatiques ».

La politique de croissance prescrite

Après avoir fait état de « quatre pistes pour réaliser l’assainissement budgétaire » (p. 160 à 162) — dont la réduction puis la suppression des exonérations de charges patronales ainsi que de la niche des heures supplémentaires (loi TEPA) — la politique de croissance prescrite est ainsi résumée (p. 173) : « … il faut donc que l’État assume durablement une politique ayant quatre vecteurs : une gestion des finances publiques en stabilisateurs automatiques à partir d’une situation de déficit structurel nul ; une refonte du code du travail dans le sens d’une très grande flexibilité ; une politique de formation exigeante et généralisée sur la durée de vie de la population active ; une politique de concurrence systématique visant à briser les rentes et à favoriser l’investissement ».

Une « très grande flexibilité » de l’emploi vient-elle vraiment au premier rang de ce qui est nécessaire à la croissance ? Pourquoi tenir en arrière le placement d’épargne en nouveau capital des entreprises et les conditions auxquelles l’égalité de l’échange marchand salarial est établie ? Comment « une politique de formation exigeante et généralisée sur la durée de vie de la population active » pourrait-elle ne pas avoir de lourds effets pervers ?

Comme s’il était fatal qu’il en aille ainsi

Dans l'optique de la « nouvelle macroéconomie classique », le capital est maintenu à la remorque du crédit et particulièrement du crédit bancaire, comme s’il était fatal qu’il en aille ainsi. Au regard de la fragilité du système bancaire actuel et de l'état où il a plongé l'économie, il y a quelque inconscience à raisonner ainsi. C'est pourtant le pari fait par la plupart des politiques économiques actuelles. Seule une réhabilitation du circuit de l'épargne est à même de prendre le relai d'une croissance durable. Dans cette perspective, ce sont les évolutions du  taux de capitalisation et du taux de bénéfice distribué sur capital exploité qui ont une importance systémique :

  • Le taux de capitalisation concerne le financement des entreprises : comment assurer l'emploi stable s'il n'y a pas d'argent stable pour financer l'activité ?
  • Le taux de bénéfice distribué sur capital exploité concerne la rentabilité du placement dans les entreprises : comment avoir l'argent stable pour financer l'activité si le placement n'est pas « suffisament » rentable ?

Dans un tel projet, la dynamique du placement direct d’épargne en nouvelles parts de capital des entreprises et le profit qui peut en résulter jouent un beaucoup plus grand rôle que l’endettement des entreprises. Voilà où réside la contribution au véritable entreprenariat : un flux d'épargne pour l'activité en échange d'un flux de profit suffisant pour attirer l'épargne. On est ici bien loin de tout effet de levier à base d'endettement ou de la confiscation des profits (bénéfices non distribués) sous couvert d'autofinancement.

Les « nouveaux classiques » se réclament, à juste titre, de Ricardo en matière de libre-échange et d’équivalence entre l’impôt et l’emprunt public souscrit par les nationaux. Mais c’est en passant outre à ce qui fait la différence essentielle, discernée par Ricardo, entre ce qui est à proprement parler rare et reproductible à volonté par l’industrie humaine. C’est également en négligeant la distinction primordiale, tirée par Fabra de son étude de Ricardo, entre le travail en tant que dépense d’énergie humaine et le travail en tant que produit d’une telle dépense, seul ce dernier étant susceptible de faire l’objet d’un échange marchand.

Les salaires continuent à ressortir d’une théorisation qui, en masquant le double fait que le revenu total du travail fait l’objet d’une répartition et que cette dernière n’est réglable que par la subjectivité collective, oblitère également les conditions auxquelles l’égalité de l’échange marchand salarial est établie.

Le pseudo libéralisme du maximum de profit

Il est évident, après s’en être avisé, que les bénéfices entièrement distribués aux épargnants qui ont placé leur argent en capital d'entreprise et la publication des taux de cette distribution sont des dispositifs nécessaires à la concurrence. Ricardo a bien vu que la concurrence n'est véritable que si l'on peut observer une poussée constante vers l’égalisation des rentabilités du placement en capital. Mais voilà qui détourne de la maximisation du profit, faite but inhérent à l’entreprise capitaliste et maintenue dans ce statut par les « nouveaux classiques ». La maximisation du profit passe de fait par l'établissement de monopoles ou de cartels en vue de réduire la concurrence. Et on oserait appeler cela « économie de marché » !

Très majoritaires sont les jeunes gens frais émoulus des écoles de commerce qui traitent leur interlocuteur de naïf quand ce dernier leur expose les arguments que Peter F. Drucker a opposé au postulat du maximum de profit. Comme leurs professeurs et la plupart de leurs parents et de leurs employeurs, ces jeunes gens n’ont plus sur ces questions assez de fraîcheur d’esprit et de recul. Tout cela se fait sans même envisager que la norme même du maximum de profit est pseudo libérale. C’est, en effet, aux entrepreneurs qu’il revient de librement et diversement choisir pourquoi ils le sont, et de changer d’avis autant que bon leur semble. Ce n’est pas aux économistes et formateurs en gestion de le dicter.

De façon aussi complètement libérale

Repartir de Ricardo, oui, résolument oui, mais de façon aussi complètement libérale que lui-même est parti de Smith, a fait commerce d’idées avec Say, s’est lié d’amitié avec Malthus sur lequel beaucoup l’opposait. Ce libéralisme implique d’ouvrir, au sien même de la cité universitaire et de ses annexes médiatiques comme dans les partis politiques, le débat sur les fondements de l'économie de marché et sur la politique économique qui en découle. C'est le projet de « l’économie définie et de plein-échange » :

  • l’économie définie, établie sur une rupture épistémologique amorcée par l’économiste anglais Richard Whately qui, dans ses Conférences introductives de 1831 (8 ans après la disparition prématurée de Ricardo), propose de substituer à l’économie politique, faite science de la richesse par Adam Smith, la science des échanges marchands, ou catallaxie, du grec katallatein « échanger » ;
  • l’économie de plein-échange, grosse d’un progrès systémique ouvrant la voie du plein-emploi structurel, facilitant l’assainissement budgétaire permanent, jugulant l’inflation et la déflation, maximisant le revenu total du travail, atténuant le tropisme aux redistributions qui échouent de fait à réduire la pauvreté.

Ce débat est douleureux parce qu'il remet en cause des dogmes les plus profonds de la pensée économique : la loi de l'offre et de la demande et la théorie de la rareté qui lui est corrolaire. Cependant, les échecs patentés les politiques actuelles poussent à la révision. Ce ne sont par les Eurobonds, prolongation de la politique d'endettement, qui vont régler nos difficultés.

DM, AL

 

180 - Vendredi 13 juillet 2012

Jusqu’à quand la crise va-t-elle durer ?

Les synthèses, surtout en peu de paragraphes, sur l’histoire des faits économiques de ces dernières décennies ne sont pas si fréquentes pour considérer comme de routine celle qui fait prédire à Jean-Marc Vittori : « Voilà pourquoi la crise va se prolonger bien au-delà de trente ans ».

Nous recommandons d’autant plus la lecture de cet article qu’il incite à s’interroger avec du recul sur les survenances de nature à mettre fin à cette crise multi décennale, née avec la suspension, le 15 août 1971, de la convertibilité en or du dollar (convertibilité restreinte par les accords de Bretton Woods à des banques centrales ayant accumulé du dollar). Ce recul aide à voir qu’il n’est pas évident du tout que les effets les plus ravageurs du dérèglement qui depuis les années 1970 tient lieu d’ordre monétaire international ne pourront être résorbés par le simple biais d'une rénovation monétaire et transocéanienne. Jugeons-en au cas de la zone euro.

Discipline budgétaire et relance

Dans la problématique à laquelle la zone euro est confrontée, la discipline budgétaire et la relance viennent au premier rang. Cela ne procède pas d’une illusion collective dans lequel le Vieux Continent se laisse piéger par le Nouveau Monde. Des solutions victorieuses apportées en Europe, à compter de cette année et sur les décennies à suivre, dépendra pour bonne part le cours de l’histoire mondiale non seulement monétaire mais aussi plus largement économique et géopolitique. Les Américains le sachant, ils ajustent en conséquence leurs manœuvres ouvertes, ainsi que fort probablement secrètes, pour renoncer le plus tard possible aux privilèges exorbitants que leur confèrent les coups de force dont le statut actuel du dollar procède.

Des deux problèmes, celui de la discipline budgétaire et de la relance, c’est sur ce dernier que les changements les plus décisifs sont possibles et nécessaires. En arriver à des dépenses publiques de fonctionnement délibérément et constamment maintenues nettement inférieures au produit des impôts ne se pourra qu’à une condition. Il faudra, cela n’est pas davantage une illusion d’optique, qu’une vraie solution durable du problème de la croissance européenne aille de pair avec la nouvelle discipline budgétaire européenne.

Principe actif de la relance durable

Répétons le, jusqu'à ce que ce soit vraiment entendu. Le principe actif, comme on dit en médecine, de la solution durable du problème de la relance est la rémunération effective du placement en capital, pour des raisons exposées sur le site de l’Atelier Paul Fabra (au plus court, en section Politique économique). Des centaines et des milliers de milliards d’euro de chiffres d’affaires supplémentaires sont d'autant plus solidement établis qu'ils proviennent de placements de l’épargne des ménages européens dans du nouveau capital social émis par des entreprises européennes.

Et pourtant, nos clairvoyants experts des banques centrales cherchent à relancer l'économie en baissant les taux. L'expérience du Japon dans ce domaine, soutenu pour ce faire par la Fed, ne leur a donc rien appris.

L’économie de marché à crédit est impuissante à revenir structurellement au plein-emploi et à la stabilité des taux de change. Il est amusant de relever les critiques actuelles portées à l'économie capitaliste au moment où cette dernière est devenu non pas capitaliste mais créditiste. Le capitalisme, quant à lui, est attaché un haut taux de capitalisation des entreprises — au rebours du créditisme qui se fonde sur le moins possible de capital et donc le plus possible de crédit. En capitalisme véritable, les prêts des banques deviennent financés à plus de leur moitié par une fraction de leur capital, capital pleinement rémunéré et détenu par des particuliers. Ceci change considérablement les conditions dans lesquelles, par de la création monétaire trop débridée, se gonflent les bulles pourvoyeuses de désastres pour la plus grande partie des populations concernées, notamment en matière de logement mais aussi plus généralement de pouvoir d’achat et d’emploi.

Jusqu’à ce que les sourds entendent et admettent

Il n'est pas exclu que le nombre de décennies de la crise en cours se révèle avoir été celui qu’il aura fallu pour que nos experts se rendent à la solution la plus saine et efficace du problème de la croissance en zone euro : la distribution complète des bénéfices des entreprises ; l'imposition de ces bénfices seulement auprès de ceux à qui ils sont distribués ; la publicité des rendements des placements en capital proprement dit ; d’autres réformes favorables à l’instauration d’une économie de plein-échange. Là il est adroit de passer outre à l’américanisme ambiant, surabondant et caricatural en France.

Puisque nous sommes européens, dépensons-nous afin que ce soit d’abord en Europe que ce grand changement prenne corps, sans nous lasser de répéter au besoin pendant plusieurs dizaines d’années encore les mêmes refrains, jusqu’à ce que les tenants de l’orthodoxie économique et du succès à l’arraché de l’euro les écoutent, les admettent et les mettent en application.

DM, AL

181 - Lundi 6 août 2012

Décryptage, priorité nationale

  • Pourquoi vaut-il mieux diminuer les dépenses sociales que les investissements publics ?
  • Hélas ce sont les investissements que l’on sacrifie
  • L’effet d’éviction provoqué par le choix du social à crédit

Pour chacun de ces développements, en trois à cinq vigoureux paragraphes Jacques Bichot fait part de ses observations sur Le sacrifice des investissements publics.

 

Ce lien renvoie à un site sur lequel se trouve l'enregistrement de deux exposés sur la manière dont les États de la zone euro « vont à leur abîme », ce qui est trop dire mais fait sensation sur le carton d'invitation. En réponse à une question d'un auditeur, Pierre de  Lauzun, directeur général délégué de la Fédération Bancaire Française et essayiste, insiste sur son diagnostic de l’état économique de la France et sur l'ordonnance qu'il délivre en conséquence : nos entreprises, banques les premières, droguées par la prise de risques à crédit, manquent beaucoup trop de capital ; il est grand temps de faire enfin de la réparation de ce défaut une priorité nationale.

Cela ne vaut certes pas indice que l’innovation organique de la pleine rémunération du capital a commencé à faire son chemin dans les milieux français et européens de la haute finance et de la non moins haute administration publique. Il est vrai qu’aucun pays n'en a encore donné l'exemple. Mais n’est-ce pas là pour nous autres Français, jamais mécontents d'étonner au-delà de nos frontières, un substantiel motif pour se faire les premiers prescripteurs et utilisateurs de cette médecine ?

 

DM

183 - 15 octobre 2012

Série La réforme du plein-emploi

Troisième épisode : cibler un capitalisme.

Paul Krugman : Sortez-nous de cette crise… maintenant !

Daniel Fortin, rédacteur en chef aux Echos, a consacré un compte rendu au dernier livre de Paul Krugman. L'Atelier Paul Fabra en fait l'analyse

Daniel Cohen : la prétendue urgence d’une reconstruction

« À l’heure où se pressent des milliards de « nouveaux venus » à la table d’un modèle occidental vacillant, il y a urgence à repenser de fond en comble le rapport entre le bonheur individuel et la marche des sociétés. »

Jacques Bichot : plus personne ne peut s'y retrouver

« Le moment d’une destruction créatrice est venu : ... ; il faut savoir liquider ce qui est vétuste et le remplacer par des institutions fonctionnelles. Il s'agit, hélas car ce remplacement n'est toujours pas à l'ordre du jour, de notre sécurité sociale.

Internet et crowd-funding : le placement direct en capital

La déliquescence des financements d'entreprise par l'endettement font émerger de nouvelles initiatives qui vont dans le sens d'un retour au vrai capitalisme. Des sites comme Wiseed ou Octopousse mettent en place des mécanismes de crowd funding’ qui sont un moyen de placement direct d'épargne dans les entreprises. Il manque encore de mettre l'accent d'abord sur la rémunération de ces placements (dividendes) et non pas sur la plus-value escomptée (reventes des actions), faute de quoi la contribution de ces dispositifs au comblement du manque d'emplois est moindre que ce qu'elle pourrait être.

 

AL, DM

184 - 6 novembre 2012

Pour le financement direct

Notre travail d’assemblage d’un jeu de propositions premières de science économique porte en ce moment sur l’intérêt. Nous y supposons établie la volonté politique d’un fort taux moyen national de capitalisation.

Dans ce qui plaide en faveur de cet établissement, il y a la préférence pour le plus possible de financement direct. [Consulter le sommaire du chapitre 10, lire la proposition 10.2]

Un épargnant heureux

Un épargnant a placé, et continue à placer, de l’argent dans des augmentations de capital social. Cela lui rapporte des dividendes sensiblement plus élevés qu’autrefois. [Suite]

Misère de la pensée économique, Paul Jorion

Ce livre récent (octobre 2012, Fayard) affirme une fois de plus que le capitalisme — sous-entendu tout capitalisme — est inéluctablement « une machine à concentrer la richesse » entre les mains « d’une aristocratie de l’argent ». [Suite]

DM, AL

185 - 19 décembre 2012

Deux livres sur le métier

Recentrons, élaguons. Recentrons sur ce que nous voulons d’abord produire. Élaguons ce qui retarde l’atteinte de cet objectif. (…) Il est à notre connaissance sans équivalent d’avoir la carte d’identité que voici. (…)  [795 mots, 19 en moyenne par phrase]

Préparation de refonte

La préparation d’une refonte de la section Politique économique a été lancée à un emplacement temporaire. Elle comporte une première rédaction d’une préface à partir de laquelle se trouve, en un clic, une esquisse du futur plan de masse de cette section. [641 mots, 21 en moyenne par phrase]

AL, DM

La réforme du plein-emploi

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Aa — Avant-propos

— Vous m’avez demandé d’examiner ce que vous appelez « la réforme du plein-emploi ». J’ai fini par accepter. Mais, je vous le répète, je vais m’appliquer à débusquer ce qui permet de bonne foi de ne pas être d’accord avec vous.

— Et de ne pas être assez d’accord. Notre appel est à se faire partisan déclaré de la réforme du plein-emploi.

— J’entends bien. Je vais m’appliquer à débusquer aussi ce que votre appel comporte de trop peu convainquant.

Entrons dans le vif du sujet. En résumé, le plein-emploi par quoi ?

— Par des règles de gestion. Les unes sont du capital social de toutes les entreprises qui en ont un. Deux autres sont des finances publiques.

— Que me proposez-vous d’examiner en premier ?

— Un constat à partir duquel se dégage la possibilité de nouvelles règles de gestion du capital social.

Ab — Constat initial

Les entreprises sont d’autant plus créatrices d’emplois stables qu’elles sont financièrement solides. Les entreprises en société sont d’autant plus financièrement solides que le placement d’épargne en nouvelles parts de capital social est abondant. C’est pourquoi davantage de placement d’épargne en nouvelles parts de capital social participe au comblement du manque d’emplois.

Ce constat soulève une question.  Que faire pour que davantage d’épargne soit placée en nouvelles parts de capital social ? Selon la réponse la plus en vigueur, le comblement du manque d’emplois va plus ou moins bon train.

— Le constat est incontestable, la question qu’il soulève appelle une réponse. Est-ce pour autant selon cette réponse que le comblement du manque d’emplois va plus ou moins bon train ? Ce manque ne serait complètement résorbable, laissez-vous entendre, qu’au moyen de davantage d’épargne placée en nouvelles parts de capital social. Je doute qu’il soit possible de le démontrer.

— Comment ce manque est-il résorbable le plus sainement possible ? Ces trois derniers mots importent beaucoup. Qu’il faille de la croissance pour faire moins de chômeurs n’est pas douteux.

— J’en conviens.

— Quelle croissance est à terme la moins vulnérable ? Ce n’est pas celle qui est alimentée par toujours plus d’endettement par tête d’habitant. Une autre se peut à condition de la vouloir. Elle est alimentée par un surcroît d’épargne directement placée en capital tant qu’il n’y a pas plein-emploi ; et chaque fois qu’un manque généralisé d’emplois réapparaît. Par des mesures d’organisation stable de ce type de placement, ce surcroît est fait d’autant plus important que l’endettement par tête d’habitant doit être baissé parce qu’il est à un niveau qui est devenu un frein à la croissance.

— Voyons si ce que vous donnez pour réalisable ne butte pas sur une fatalité qui l’empêche d’advenir.

Ac — Cibler un capitalisme

S1 et S2 sont deux sociétés commerciales. Elles ont en commun que leur capital social constitue plus de la moitié de leur financement.

Le capital de S1 est entièrement détenu par des particuliers et des associations privées à but non lucratif. Le capital de S2 est, lui, entièrement, ou très majoritairement, détenu par d’autres sociétés commerciales, dont éventuellement ce qu’il est convenu d’appeler des « investisseurs institutionnels », ou/et par une entité publique.

Les sociétés S1 et S2 appartiennent respectivement à ce que nous proposons d’appeler le « capitalisme simple » et le « capitalisme complexe ».

Si les propriétés stimulatrices et régulatrices du capitalisme simple sont sous-estimées, alors ce que le capitalisme complexe retranche aux propriétés du capitalisme simple l’est lui aussi.

Bien des désordres financiers, et autrement économiques, donnent à suspecter qu’une de leurs causes majeures, voire somme toute leur cause majeure, provient de là. C’est pourquoi, quand il s’agit de se prononcer sur ce qui est le plus à même de remédier à un manque chronique d’emplois, il nous paraît heureux, tout au moins dans un premier temps, de cibler un capitalisme simple.

— Pourquoi stipulez-vous que S1 et S2 ont en commun que « leur capital social constitue plus de la moitié de leur financement » ?

— Parce que nous proposons de cibler un capitalisme et non pas un créditisme. Il est certes arbitraire de considérer qu’une entreprise, qu’elle soit en nom personnel ou en société, appartient au secteur capitaliste ou créditiste de l’économie selon qu’une moitié au moins de son financement est du capital ou du crédit. Mais cet arbitraire nous paraît de loin préférable à l’entretien tacite d’une contrevérité. Il y aurait neutralité de la structure de financement des entreprises sur leur capacité à être de plus ou moins bons employeurs et, plus largement, de plus ou moins bons fournisseurs.

— Soit. Mais le critère de la part prépondérante de capital social dans le financement d’une entreprise ne suffit pas à la rendre capitaliste. Une coopérative, qu’elle satisfasse ou non ce critère, appartient à un autre secteur de l’économie privée.

— Qu’est-ce qui fait premièrement la différence ?

— Les buts respectifs, bien évidemment. Toute entreprise a pour but une maximisation. Mais il y a les entreprises pour lesquelles cette maximisation est financière et d’autre pour lesquelles elle est sociale.

— Force est de reconnaître, tant on nous en rabat les oreilles, que la maximisation du profit et de la valeur vénale de l’entreprise passe très généralement pour être le propre de l’entreprise capitaliste.

— Je ne vous le fais pas dire. Il n’y a de capitalisme proprement dit qu’ainsi vu.

— Le capitalisme qui a pris le pouvoir dans la conception dominante de l’économie use de subterfuges terminologiques. Qu’une entreprise privée soit ou non coopérative, elle a pour contrainte d’être rentable.

— Cette contrainte est moindre dans le cas des coopératives. Il leur suffit de procurer à leurs sociétaires une rémunération limitée de leur placement en capital social.

— Si cette rémunération est constamment inférieure à celle que procure en moyenne un placement en capital social d’une entreprise non coopérative, elle devient l’une des raisons pour lesquelles ce secteur entrepreneurial draine trop peu d’épargne ainsi placé.

— Dans le capitalisme que vous proposez de cibler, dans un premier temps à des fins conceptuelles si je vous ai bien compris…

— Vous avez bien compris. C’est par un usage, que nous jugeons en l’occurrence bob, du rasoir d’Occam.

[…]

— Revenons au capitalisme que vous proposez de cibler. Un même but et une même contrainte financière y sont-ils assignés aux entreprises, tant non coopératives que coopératives ?

— Oui. Le but est de maximiser les contributions qualitatives. La contrainte financière est d’être assez hautement rentable. Outre le discours des économistes devenus les plus écoutés, la concurrence assez bien organisée pousse à l’adoption de ce but et au respect de cette contrainte.

Au demeurant, quand la contrainte est faite le but de l’entreprise, que se passe-t-il ? Les buts ne peuvent plus être communs aux différentes parties prenantes. C’est, en soi, une erreur de management. En commentaire d’un éditorial titré Mital et la grammaire des affaires, ce point a été soulevé.

[…]

— Vous avez parlé tout à l’heure de subterfuge terminologique. L’un d’entre eux, si ce n’est le principal d’entre eux, consisterait à faire passer la contrainte financière pour un but afin de faire prévaloir une conception originellement viciée du capitalisme.

— Comparons les économies de deux nations qui ont une frontière commune et dont les entreprises respectives commercent beaucoup entre elles.

Dans l’un de ces deux pays prévaut que les entreprises ont pour but de maximiser leurs contributions qualitatives, en premier lieu en direction de leurs clients, en deuxième lieu en direction de leurs salariés et de leurs autres fournisseurs, sous-traitants compris. Les syndicats et l’opinion publique admettent que de relativement hauts standards de rentabilité et de dividendes sont une contrainte à moyen et long termes socialement bénéfiques.

Dans l’autre pays ce réalisme reste marginal. Quand on y pose la question « qu’est-ce qu’une entreprise ? », la réponse de loin la plus fréquente est du genre « une machine à produire du profit », y compris dans les rangs patronaux.

— L’entreprise est « une association pour le profit » a mis en avant la patronne du Medef, Laurence Parisot.

— Laquelle des deux économies comparées est vraisemblablement la plus concurrentielle ? Dans laquelle moins de chômage structurel est-il le plus probable ?

— Il est transparent dans votre propos que vous considérez être des citoyens du pays perdant. Je vous souhaite beaucoup de courage pour parvenir à convaincre de plus en plus de nos compatriotes que la France fait fausse route en se refusant, comme par peur du ridicule, à faire du maximum de contributions qualitatives le but le plus intelligent de l’entreprise et de la rentabilité de l’entreprise une contrainte nécessaire et heureuse.

— Permettez-nous de vous suggérer la lecture, en section Science économique de notre site, des propositions 3.1 et 3.2.

Ad — Un épargnant heureux

Un épargnant a placé, et continue à placer, de l’argent dans des augmentations de capital social. Cela lui rapporte des dividendes sensiblement plus élevés qu’autrefois.  Les entreprises dont il est l’un des copropriétaires lui remettent, tous les trois à six ans, des actions gratuites que la réévaluation prudente de leurs actifs leur permet d’émettre ; cela protège cette épargne de la perte que l’érosion monétaire (l’inflation) fait subir. Une petite partie de son portefeuille de placements en capital social est en actions cotées en bourse, la plus grosse partie l’étant en actions non négociables qui lui permettent de récupérer sa mise dans un délai de trois mois au plus.

Ces actions non négociables, que nous disons restituables, existent déjà. Mais elles sont devenues beaucoup plus répandues depuis qu’un nouveau capitalisme a été instauré par la réforme qui a rendu les dividendes sensiblement plus élevés qu’autrefois.

— Je n’ai jamais entendu dire que les actions sont pour les unes négociables et pour les autres restituables. Est-ce seulement à des initiés à vos choix de vocabulaire que votre appel à la réforme du plein-emploi s’adresse ?

— Les actions sont, de fait, des parts de capital social ou, plus brièvement dit, des parts sociales. Mais il y aurait des parts sociales qui ne seraient pas des actions parce qu’elles ne sont pas négociables, de gré à gré ou en bourse. En vérité, ces titres de placement d’épargne ont un autre mode de liquidation : leur remboursement à leur valeur comptable par la société dont elles ont constitué une part du capital social, à charge pour cette société d’obtenir de nouvelles souscriptions qui compensent ces restitutions d’argent. On fait mieux apparaître cette vérité en désignant par « actions » aussi bien les parts de capital social qui sont négociables que celles qui sont restituables.

— C’est conséquent s’il s’agit d’en arriver à un dispositif qui a pour effet de rapprocher sans cesse les rendements respectifs de ces deux sortes de placement. Admettons que « la réforme qui a rendu les dividendes sensiblement plus élevés qu’autrefois » comporte un tel dispositif. Ce n’est cependant pas lui qui suffira à faire admettre une substantielle augmentation des dividendes puisque cette dernière aura forcément pour effet d’entraîner à due concurrence une diminution de salaires.

— Ce ne serait vrai que si la hausse des dividendes avait été alimentée par une hausse des bénéfices des entreprises. Si vous le voulez bien, ne discutons de salaires qu’après avoir vu comment une plus entière rémunération du placement en capital peut être instaurée.

Le progrès du plein-échange

Aa - Mise en chantier

— Supposons qu’un éditeur nous demande de lui soumettre le canevas d’un livre sur les principes de l’économie de plein-échange. Que commences-tu par faire ?

Page de garde, rôles

— Je commence par me mettre d’accord avec toi sur trois points : la page de garde du document à faire parvenir à l’éditeur, le public à qui l’ouvrage est destiné, la postérité de l’ouvrage.

— La page de garde coule de source. Il y figure, sous le titre Principes de l’économie de plein-échange, la mention Atelier Paul Fabra puis, sous cette mention et en plus petits caractères, les noms des auteurs.

— Faute d’assez de temps à y consacrer, tu n’auras peut être finalement fait que signaler des maladresses et des manques. Mais ce sera avec tant de constance et de sympathie pour les idées avancées que tu auras été non seulement pleinement un coauteur mais aussi celui des deux qui a le plus contribué à rendre l’ouvrage plus lisible.

— Ce rôle me convient, pourvu qu’il ne soit pas en surcharge du travail que demande le bulletin de l’Atelier.

—  J’accepte d’autant plus volontiers cette condition qu’elle vaut pour moi.

Public auquel l’ouvrage s’adresse

Te convient-il également que l’ouvrage s’adresse délibérément aux gens prédisposés à s’ouvrir à une vision de l’économie qui n’a pas encore cours ?

Je n’arrête pas de me demander si le nombre de ces gens est grand, petit ou très petit. Je désire, comme toi, que le parti du plein-échange ne reste pas pour encore des décennies et des décennies un groupuscule. N’y a-t-il pas des critiques et des prescriptions qui sont de nature à faire grandir ce parti ?

— Les critiques les plus décisives et constructives s’extraient de l’exposition de réalisables manifestement préférables à ce qui existe actuellement. Encore faut-il doter cette exposition de la force de l’évidence. En s’y échinant le nombre de gens disposés à s’ouvrir à cette vision devient plus grand, jusqu'à ce que ce que de la renommée colportée par des personnalités commence à faire boule de neige.

Postérité du travail fait

— Quel engagement me demandes-tu de prendre sur la postérité de l’ouvrage ?

— Nous ne savons pas si nous aurons le temps de mettre ensemble un point final à une première version. Si ce n'est pas le cas et puisque tu es plus jeune que moi de plus de 20 ans, je te demande d’aller jusqu’à ce point final, de préférence en coopération avec ton possible successeur en tant que secrétaire général de l’Atelier.

— Même cela fait, la question de ce qui pourrait être mieux vu et dit sur les principes de l’économie de plein-échange restera à jamais posée.

— C’est pourquoi je te demande aussi de mettre, le moment venu, au programme de production de l’Atelier la reprise de la première version, puis des versions précédentes, sans rien changer d’autre à la page de garde que les noms des auteurs qui se sont juchés sur les épaules de leurs prédécesseurs pour tenter de mieux faire.

Ab - Distinguée et définie

— Pendant une durée impossible à prévoir, ce que nous avons à écrire restera difficile à faire lire.

Qu’est-ce qui te fait dire ça ? S’il devient assez couramment recommandé de le lire, ce sera lu, au besoin après avoir été réécrit pour que ce soit plus lisible !

Absence décisive

— Encore faut-il des recommandations qui aient le poids d’arguments d’autorité. L’économie dont nous parlons est définie et distinguée. Ce n’est pas encore le cas de l’économie telle qu’elle est enseignée.

La qualification « distinguée et définie » est prétentieuse. Il faut l’argumenter.

— Toute pensée use de distinctions. Les distinctions primordiales qui structurent la pensée économique qui se respire avec l’air du temps ne sont pas encore établies sur des définitions au sens de ce concept en logique des ensembles non flous. Cette absence est décisive. Tout ce qui s’en suit est au mieux vague et au pire imaginaire, jusqu’en bien de ses aspects techniques les plus pointus.

La distinction entre une définition, au sens que tu viens d’évoquer, et une acception est abstraite, bien qu’elle soit facile à illustrer par des exemples. Les acceptions qui font passer pour du réel ce qui ne l’est pas sont légions, au point qu’il devient vite vertigineux de s’en dispenser.

Pouvoir des savants

L’indéfinition absolue que constitue la notion de rareté, pilier de l’économie telle qu’est aujourd’hui enseignée, produit de la théorie… rarement confirmée par les expériences qui en sont faites. Cette critique est si radicale qu’il n’en est tenu compte qu’en faisant table rase, non sans s’interdire de ramasser, dans ce que l’arasement a fait tomber, des idées à reconsidérer.

— Qui est prêt à le reconnaître et à en tirer pleinement conséquence ?

Qui, comme par instinct, est attiré par ce qui est assez scrupuleusement distingué en étant assez rigoureusement défini. Qui, de plus ou premièrement, se rend à l’évidence que les économistes, et plus largement les savants, ont le pouvoir de rendre l’économie malade.

L’effort de l’impartialité

— La pensée et la pratique de l’économie sont des activités sociales. Or la raison principale pour laquelle ce fait doit être considéré est absente du premier chapitre des manuels. Toute activité sociale est un foyer de culture d’émotions ou, comme on voudra, d’affects. Elle n’est pas forcément que cela. Mais dans le cas où cette activité est de penser les pratiques économiques, l’impartialité de cette pensée est constamment menacée.

Le premier chapitre des manuels d’économie passent outre à cette menace pour une raison qui n’a rien de mystérieuse. Une parade à cette menace est la discipline de la définition.

— Les auteurs des manuels ne font pas que tenir pour négligeables cette discipline et sa raison d’être la plus élémentaire — s’accorder, avec le moins possible de jugements de valeur sous-jacents. Ils s’empressent de contribuer à l’affaissement de l’esprit critique de leurs lecteurs par ce qu’ils disent être la « définition » de l’économie qui leur paraît être la plus appropriée.

Une rupture et non pas une variante

— C’est du genre, je cite de mémoire ce qui m’a été appris : comportement de l’homme en prise avec la rareté car si les ressources étaient illimitées, il n’existerait pas de biens économiques et il n’y aurait plus guère lieu d’étudier l’économie car tous les biens seraient gratuits... !!!

Prétendre à l’honorabilité scientifique en proférant de telles inanités est une imposture. C’est d’autant plus pitoyable qu’il existe une définition de l’économie qui est recevable à la fois scientifiquement et empiriquement.

— Nous allons reparler de cette définition où, ô scandale, il n’est question ni de comportement ni de rareté. Mais ne nous laissons pas prendre à l’apparence de cette réorientation. Ce qu’elle introduit n’est pas une variante mais une rupture, ce qui rend l’aventure dans laquelle nous nous sommes lancés d’autant plus difficile à faire aboutir. Même parmi ceux qui sont les moins satisfaits des prestations des économistes, la croyance la plus répandue est qu’une variante est à même de sortir le char de l’ornière. Ne nous attendons pas à une prompte reconnaissance qui, pour ce motif, ne peut pas avoir lieu, même sollicitée par des gens bien plus érudits et talentueux que nous.

Ac – Pétition de principe

— La conception dominante de l’économie de marché ressemble à un immeuble haussmannien sur la façade de laquelle une petite plaque en émail indique « gaz à tous les étages ». La loi de l’offre et de la demande est présente à tous les étages de la représentation néoclassique de l’économie de marché et de la vulgate dont elle est le faire-valoir.

Exclusion d’entrée de jeu

— L’universalité de la loi de l’offre et de la demande ne fait-pas partie des principes de l’économie de plein-échange.

Que désignes-tu au juste par l’expression « universalité de la loi de l’offre et de le demande » ?

— Tenir pour a priori vrai que tous les prix sont principalement régis par cette loi.

Ta question devient : pourquoi postuler que tous les prix ont en commun d’être régis par la loi de l’offre et de la demande ne fait-il pas partie des principes de l’économie de plein-échange ?

La magie plutôt que l’observation

— En premier lieu, la demande, alias l’achat, est une conséquence de l’offre, alias la vente. Pour qu’un individu achète, il faut qu’il en ait le pouvoir que lui a procuré ou bien ce qu’il a vendu ou bien ce qui lui a été prêté ou donné en provenance de ce qu’au moins un autre que lui a vendu. Dans l’échange, la demande est l’offre en contrepartie, avec des demandeurs qui sont aussi des offreurs de contrepartie et des offreurs qui sont aussi des demandeurs de contrepartie. Hypostasier la demande, jusqu’à en faire avec Walras le primordial par rapport auquel l’offre est secondaire, surexpose au danger de la non-conformité avec les faits.

— Trop faire cas de l’offre et de la demande détourne des élucidations normatives de la formation du prix de chaque catégorie principale de fourniture échangée. Le savant qui s’y laisse prendre ne délivre plus, sur la problématique des prix, qu’une incantation, ce qui est typique de la magie plutôt que de l’observation.

La faute de la pétition de principe

— Il y a un autre danger. Faire migrer un postulat au rang d’un principe n’est recevable que si cette action n’est pas effectuée au moyen d’une pétition de principe. Que tous les prix aient plus en commun que d’être des valeurs d’échange ne doit en aucune façon être postulé. Il devient, en effet, alors inévitable de commettre l’erreur de la pétition de principe.

Cette argumentation ne porte qu’auprès de ceux qui ont bien en tête ce qu’est une pétition de principe, notamment parce qu’ils ne confondent pas ce concept de l’art du raisonnement en vérité avec la notion de position de principe.

— Une pétition de principe est l’erreur qui consiste à tenir pour vrai ce qu’il s’agit de démontrer. La pensée économique qui n’a pas dans ses principes méthodologiques de se garder comme de la peste de la pétition de principe n’est pas vouée à la recherche de la vérité ; elle n’est, somme toute, qu’une projection de sentiments, aussi mathématisée que cette projection soit faite pour mieux donner l’illusion de sa recevabilité scientifique.

Tirer deux boulets

Fort bien mais ne fais pas, toi, l’économie de considérations pratiques. Face à des gens qui disqualifient des principes d’économie parce que l’universalité de la loi de l’offre et de la demande y est mise en doute, que faire pour au moins parvenir à ébranler leur certitude ?

— Leur apprendre, ils peuvent fort bien être de bonne foi persuadés du contraire, que cette universalité n’est pas démontrée. Tant qu’elle ne le sera pas, une réponse non fautive à la question de l’existence de cette universalité est : cette existence depuis longtemps supposée n’est toujours pas attestée.

Sauf à ce qu’il soit démontré que des prix, qui n’ont rien d’accessoire dans le train de vie de la plupart des gens, ne sont pas du tout déterminés, ou ne sont qu’accessoirement déterminés, par la loi de l’offre et de la demande.

— En conclusion de l’étude de la formation des prix par catégorie principale de marchandise, rémunérations du travail et des placements compris, tous les prix n’ont rien d’autre en commun que d’être des valeurs d’échange marchand. Il est vrai que pour s’en assurer, il faut se livrer à cette étude. Mais pourquoi ne pas voir en science économique dans les prix que ce dont la participation à la vie économique donne incontestablement l’expérience : des rapports d’échange qui n’ont pour point commun que d’être des valeurs d’échange, quelle que soit la nature de la fourniture échangée en contrepartie de son paiement ? Parce que cela prive de la possibilité de mettre à jour ce que la pratique des échanges marchands optimise ? La seule question qui vaille dans ce dernier ordre de considérations, avec une réponse attendue des économistes par le reste de la population, n’est-elle pas : quels dispositifs d’organisation de la pratique des échanges marchands maximise les bienfaits et minimise les méfaits de cette pratique ? L’économie est affaire d’intendance et non pas de transcendance.14

Enfumages conjoints

— Ne nuisons pas aux thèses que nous soutenons en exagérant l’importance politique de ces vérités. Un gouvernement obtient du mieux économique souvent davantage par ce qu’il décide de ne plus faire, et de s’abstenir de faire, que par ce qu’il fait.

— Le discernement qu’il faut à ce gouvernement et à ses techniciens est incompatible avec une trop faible qualité de leur formation économique – mais qualité qu’une autoformation, indifférente aux jugements académiques, peut avoir fait plus grande que celle des diplômés.

— Quand cette qualité est trop faible, l’enfumage de l’opinion publique par du volontarisme politique sert de cache-misère. La population en souffre d’autant plus qu’elle se voit traitée en clientèle dans l’ensemble de moins en moins intelligente, en dépit des proclamations des candidats et des élus qui, cela va de soi à les en croire, tiennent en bien plus haute estime le peuple que leurs égos...

— En tout commerce, celui des mandats électifs compris, les caractéristiques des offres en concurrence rendent plus ou moins efficients, et sains du point de vue de l’intérêt général, les arbitrages rendus par les demandeurs… qui n’ont exactement demandé ce qui leur est offert que dans les contes où la fiction de la concurrence pure et parfaite est prise pour une bonne approche de la réalité. Cela aussi est de l’enfumage, cette approche servant à la dissimulation de quatre pétitions de principe :

  • la rareté faite comme par décret divin grande ordonnatrice de l’économie,
  • l’utilité marginale inévitablement maximisée par les acheteurs finaux,
  • le profit non moins inévitablement maximisé par les offreurs,
  • la loi de formation de tous les prix par l’offre et la demande.

Les économistes qui font prendre pour avérés de tels déterminismes imaginaires préparent le terrain aux politiciens qui se rabattent sur l’enfumage par du volontarisme pour masquer leurs incompétences. Un pays s’en trouve d’autant plus pénalisé qu’y avoir réussi à être sélectionné par voie d’examens et de concours compte davantage pour se faire entendre que de tenir des propos de bon sens et de mener des actions d’aussi bon aloi.

Ad – Début d’enquête

— Qu’appelons-nous «  plein-échange » ?

Un état de l’économie de marché. Un peu moins brièvement dit, un état de la pratique des échanges marchands.

Méthode d’investigation

L’énumération des caractéristiques essentielles de cet état procure un début substantiel de définition en extension du plein-échange.

La méthode d’établissement de cet inventaire est la même que pour la théorie des prix.

— C’est sans surprise puisque tout prix est une valeur d’échange marchand et inversement. Nous avons dans nos archives une typologie des échanges marchands. Utilisons-la.

La rémunération du placement en capital

Commençons par la rémunération du placement en capital social, c’est-à-dire en titres de copropriété d’entreprise.

— L’emploi en dépend potentiellement beaucoup mais réellement pas encore assez dans l’esprit des autorités qui ont le plus de pouvoir sur l’évolution de nos mœurs économiques.

La rémunération du placement en capital est le terme d’un échange dont l’autre terme est le service fourni par ce placement. C’est d’abord, selon l’expression de Fabra, « le profit dans le schéma de l’échange » qui n’est pas assez présent dans l’esprit des autorités.

— C’est ensuite ce qui rend cet échange plénier et les raisons pour lesquelles ce sera un grand progrès quand il le deviendra. Mais l’affaire est lourde. C’est la question du modèle actionnarial qui est posée.

Maltraitance du placement en capital

Plus le taux de capitalisation des entreprises

— Par l’expression « taux de capitalisation des entreprises », nous désignons la proportion de capital dans le financement des entreprises, ce financement étant par ailleurs inévitablement constitué de crédits. Le taux de capitalisation d’une entreprise importe plus que le montant de son capital.

Plus ce taux est élevé, plus la croissance des entreprises et l’emploi vont bon train, toutes autres choses que celles qui font obstacle à cette élévation étant égales par ailleurs.

— La publicité systématique de ce taux pourrait bien ne voir le jour que quand la maltraitance du placement en capital sera en voie de disparition. Les travailleurs et leurs avocats qui sous-estiment les retombées négatives de cette maltraitance sur l’emploi et les rapports avec les employeurs ne voient pas à côté de quoi ils passent. Il en va de même des consommateurs et de leurs avocats.

Mobilisation générale

Une conséquence est que le placement en capital social ne procure au mieux à l’épargnant qui y procède qu’une fraction des pouvoirs qui lui reviennent quand il y a, sur ce point, plein respect de la logique de l’échange marchand.

— Faisons attention à cet argument, dont j’ai agité le chiffon en parlant d’échange plénier. Le résumé que tu viens d’énoncer a de quoi laisser sceptique. Le plein respect de la logique de l’échange du placement en capital contre sa rémunération, qu’est-ce à dire concrètement ?

Tu as raison. Pour qu’il y ait un jour une mobilisation générale sur la création d’emplois par un vif et durable regain du placement direct d’épargne en capital, il faut un changement de doctrine sur le profit et le modèle actionnarial. Attachons-nous à faire aisé à comprendre qu’un nouveau capitalisme est possible.

— Possible et socialement de rang supérieur. L’affairisme, avec ce qu’il comporte d’attentatoire au bien commun, n’est pas le nec plus ultra de l’économie de marché. Tout le monde le sait mais on est encore bien loin, en France, d’un consensus sur ce qu’il y a à soigner et comment le soigner.

Ae – Modèle actionnarial

Quel est le modèle actionnarial économiquement le plus pertinent du point de vue de l’intérêt général ? Des principes d’économie de plein-échange doivent comporter une réponse claire, concrète et convaincante.

Le plus favorable à l’emploi

— Le début de réponse qui s’impose logiquement aux autorités, et aux économistes, ne fait aucun doute. Le modèle actionnarial le plus pertinent est celui qui est le plus favorable à l’instauration du plein-emploi puis à sa restauration chaque fois qu’il est compromis.

Je reformule. L’offre d’emplois dépend beaucoup de la hauteur du taux moyen de capitalisation des entreprises[1]. C’est pourquoi le modèle actionnarial le plus pertinent est celui qui est le plus favorable à l’élévation de ce taux puis à l’évitement de son affaissement.

— Avançons. Il n’y a que le modèle actionnarial le plus ouvert à l’augmentation du nombre d’actions et, autant que besoin au cas d’espèce d’actionnaires, qui puisse avoir cette vertu. Il n’y a que lui, en effet, qui puisse drainer autant d’épargne placée en capital qu’il en faut au plein-emploi gagné sur les reconversions qu’imposent les évolutions techniques et les déplacements de courants commerciaux.

Libertés divergentes

Mais ce modèle ouvert est fermé au refus de dilution. Or il fait partie de la liberté de s’associer à titre commercial afin d’en tirer le plus-possible de plus-value.

— Il fait également partie de la liberté de s’associer à titre commercial sous une forme telle qu’il n’y a aucune plus-value à en attendre (ce qui ne veut pas dire aucune protection contre l’érosion monétaire).

Un instrument de l’exercice de cette seconde liberté est, nous nous en sommes déjà entretenus, les actions restituables, par distinction d’avec les actions négociables.

À l’encontre de l’usage

—Le modèle actionnarial le plus pertinent a une caractéristique, surplombante par rapport à la différence entre actions négociables et restituables. Mais elle est difficile à faire approuver par les décideurs tant elle va à l’encontre de l’usage.

Cette caractéristique est la pleine rémunération du placement en capital, à savoir la distribution aux actionnaires de la totalité de ce qui reste du bénéfice après intéressement au résultat des salariés.

— La distribution partielle de ce reste aux actionnaires, c’est bien admis, sans s’attarder à ce que cela comporte d’arbitraire et de néfaste à la concurrence car un chiffre clé s’en trouve manipulé par les conseils d’administration.

— En revanche, l’élimination de l’autofinancement par les bénéfices non distribués, ça ne passe pas.

— C’est jugé contraire à l’ordre, à la religion et à la science. Cela durera jusqu’à ce qu’il en soit dit qu’il y longtemps que tout le monde savait que c’est préférable.

Scénario de travail

Tu m’as dit qu’un scénario de travail qui t’attire est celui de la mobilisation générale. Comment vois-tu que nous puissions l’utiliser pour exposer nos propositions de dynamisation de la croissance par une réforme de la rémunération du placement en capital ?

Le scénario que je dis être celui de la mobilisation générale consiste à imaginer ce qu’un candidat à la plus haute fonction gouvernementale pourrait annoncer, puis une fois nommé faire, pour obtenir que son pays entre en économie de plein-échange à cause du mieux être et avoir que cela va lui procurer.

— Comment vois-tu que nous puissions nous livrer à cet exercice ?

— Je vais préparer un début de déclaration de mobilisation générale. Je te le lirai et tu réagiras. Puis si cet exercice nous semble fécond, nous le poursuivrons de la même façon.

— La magie du verbe ne se convoque pas sur un claquement de doigts. Essayons quand même. La frustration que les politiciens français procurent à leurs compatriotes et à maints autres Européens est trop grande pour dédaigner ce qui peut se révéler être à même de la faire reculer un jour.



[1] Voir dialogue précédent.

 

Af – Dette et croissance

— Alors, comment commence la déclaration de mobilisation générale ?

Voici : « Je veux d’abord exposer à mes compatriotes pourquoi et comment la France doit réduire puis contenir sa dette publique.

L’excès de dette publique

« La dette publique ne doit être qu’à raison de dépenses d’équipement, à l’exclusion de toute dépense de fonctionnement. Quand cette condition n’est plus remplie, l’excès de dette publique d’un pays étouffe la croissance de l’économie de ce pays, avec ce que cela comporte de négatif pour l’emploi.

« Les causes de cet étouffement n’ont rien de mystérieuses. L’une des plus importantes est la suivante. Davantage de dette publique nécessite davantage de placements en titres de cette dette. Par rapport à ce qui pourrait être sans cet alourdissement, il y a moins de placements en financements d’initiatives privées. Or, en dépit de ce que les antilibéraux se refusent à voir, ce sont ces initiatives privées qui, bien qu’elles ne soient pas les seules nécessaires au bien commun, sont par leur diversité, leur persistance et leur masse les plus déterminantes de l’essor durable de l’économie. Le retour à davantage de croissance qui, tôt ou tard, survient dans un pays dont la dette publique ne participe plus du tout au financement de dépenses de fonctionnement en atteste.

« Le premier large accord auquel j’appelle en matière économique est sur la raison principale, que je viens de résumer, de l’élimination, certes progressive mais à terme définitive, du facteur de ralentissement de la croissance que constitue l’excès de dette publique. Cette élimination est nécessaire afin que la France entre et reste dans le cercle vertueux du plein-emploi. »

L’autel de l’austérité

— Affirmer que « les initiatives privées, bien qu’elles ne soient pas les seules nécessaires au bien commun, sont par leur diversité, leur persistance et leur masse les plus déterminantes de l’essor de l’économie » suscite le regain des propos qui font le plus obstacle au libéralisme économique. Ton personnage ne peut pas l’ignorer.

— Ces initiatives sont, en effet, réputées avoir pour ressort la maximisation d’intérêts patrimoniaux qui compriment la progression du plus grand nombre des salaires et creusent des inégalités de revenu et de fortune. Mon personnage en est conscient et il va y venir. Pour l’instant, il poursuit ainsi :

« Ce qui est nécessaire n’est cependant pas pour autant suffisant. En l’occurrence, les générations en activité ne peuvent pas être sacrifiées sur l’autel de l’austérité, en expiation des facilités excessives que les prédécesseurs se sont accordés et en préparation d’un mieux pour les successeurs. Un regain de croissance peut être obtenu, et partant doit être obtenu, en même temps que le déficit public est allégé. Voici comment.

Une bonne nouvelle mais virtuelle

« Les entreprises de toute taille et de toute ancienneté sont d’autant mieux armées pour créer de l’emploi que dans leur financement la proportion de capital non seulement est élevée mais aussi est maintenue élevée au fur et à mesure de leur développement — et plus élevée encore aux moments où il leur faut se reconvertir, même en partie. Les syndicats de salariés qui privilégient davantage de crédit, et partant relativement moins de capital, dans le financement des entreprises défendent mal, sur ce point, les intérêts de leurs adhérents.

« Si, par un effort collectif dont je vais vous dire les principes, la proportion de capital dans le financement des entreprises françaises est nettement augmentée, cependant que les possibilités d’endettement à plus d’un an des entreprises restent inchangées en valeur absolue, alors en peu de temps le manque d’emplois commence à régresser et cette régression se poursuit tant que cet effort est maintenu.

— C’est une bonne nouvelle. Mais elle est virtuelle. Des habitudes de pensée et d’action bloquent sa réalisation.

2011

Bulletins 2011

152 - Lundi 24 janvier 2011, épisode 46

Erreurs à l'envoi du bulletin

Certains bulletins précédents sont restés bloqués dans une file d’attente informatique du site. Tous les destinataires l’ont-ils finalement reçu ?
Pour mémoire, le dernier bulletin est archivé à la section suivante du site :  www.atelierpaulfabra.org/B151. Cette section permet, en outre, d'accéder aux autres bulletins.

L’épisode 46

L’épisode 46 du feuilleton de science économique est le cinqième à porter sur le chapitre 6 sur le profit: : 6.5. La distribution de la totalité des bénéfices est sensée. L'expérience nous a appris que c'est un des points qui fait le plus de difficultés dans l'adoption des propositions de l'APF (Atelier Paul Fabra). Pour tous ceux pour lesquels la perrenité de l'entreprise passe par l'autofinancement, ce point reste incompréhensible. Mais le vrai financement libre des entreprises ne peut venir que des acteurs en dernier ressort de la vie économique, c'est à dire nous-mêmes (Voir les conséquences dans le point suivant sur le PS et l'IS).

Le PS et l’IS

En France, le Parti socialiste a mis à son programme un moindre taux d’imposition des bénéfices non distribués que des bénéfices distribués. C'est le contraire que propose l'Atelier Paul Fabra, l'objectif étant à terme la suppression des bénéfices non distribués conjointe à la suppression de l'impôt sur les sociétés. Considérer l'entreprise comme un sujet fiscal est, en effet, une fiction (voir la proposition 3.5).  Au final, ce sont les hommes et femmes, et les hommes et femmes seuls, qui sont imposables au titre de leur revenus (salaires ou dividendes).  Il en va rien de moins que des conditions du retour au plein emploi. Les raisons de fond qui justifient cette position feront l'objet du feuilleton de science économique, de mars à juillet de cette année.

Production de l’Atelier

La production en cours sur les établis de l’Atelier porte, et portera jusqu’en 2012 au moins, sur le contenu de la section Science économique du site. Cela fait, le contenu de la section Politique économique sera restructuré et augmenté.

A propos des « suites » de bulletins et de leur préparation 

La mention « Suite » en bas de bulletin a, par maladresse de ma part (DM), prêté à confusion. Il s’agissait non pas de la suite du bulletin mais de la matière des épisodes suivants du feuilleton de science économique. D’où, à partir de maintenant, le remplacement de la mention « Suite (n) » par « Épisodes suivants (n) ».
Cette mention, après initiales du ou des rédacteurs du bulletin, « Épisodes suivants », suivie entre parenthèses d’un chiffre, a pour but de permettre leur préparation. Il s’agit de permettre une relecture pour ajustement et simplification du contenu des bulletins. Paul Fabra, Antoine Lonjon, Jean-Bernard Mattret participent notamment à cette relecture quand leur emploi du temps le leur permet.

Le lien associé à cette mention ouvre la page du site où se trouve  la matière du prochain épisode. 

La relecture des bulletins à suivre est ouverte à tous les destinataires du bulletin. C'est un moyen dynamique de s'initier à l'économie politique objective.

DM & AL, Épisodes suivants (5)

 

153 - Jeudi 3 février 2011, épisode 47

Actualité

G20 : un jeu dangereux

Immobilier, matières premières

Je signe seul ce bulletin afin de pouvoir recommander vivement la lecture, en suite donnée à l’article de Paul Fabra du 7 janvier, du commentaire d’Antoine Lonjon.

Épisode 47

Qu’est-ce qu’un prétendu « capitalisme » fondé premièrement sur la plus-value et accessoirement sur le rendement ? Une économie qu’on soutient être « de marché ». Ce serait vrai si elle était le plus possible vouée au plein jeu des échanges marchands. Or, depuis plusieurs décennies, en bonne part sous l’impulsion des théoriciens de la « finance moderne », ce sont les transferts qui sont privilégiés par les « capitalistes » et les gouvernements. Plus-values et moins-values sont, en effet et parmi d’autres, des transferts alors que le rendement du placement en capital est, lui, la contrepartie d’un échange marchand renouvelé exercice après exercice. Mais, tel que nous avons été éduqués, il nous faut du temps pour habituer notre esprit à ces évidences. Avec la formidable contradiction d’un régime économique dit « capitaliste » alors que la publicité du taux de profit sur capital n’y est pas organisée – rien moins ! –, il y a dans ce qui aide de proche en proche à se rendre à ces évidences la proposition 6.6. La normalisation de la publicité des taux de profit sur capital améliore l’organisation du marché du capital.

Le premier plus de la qualité de sociétaire

Les sociétaires sont des destinataires du bulletin qui se sont inscrits afin de disposer d'un accès personnalisé qui, seul, affiche les commentaires et permet d'en ajouter (modération par le secrétariat de l'Atelier).

DM, Épisodes suivants (5)

154 - Mardi 15 février 2011, épisode 48

Rentabilité et profitabilité

Cette distinction est, à ce stade du feuilleton de science économique, en prévention d’un amalgame entre deux sortes de taux de profit. Nous verrons ultérieurement, à propos de la répartition du revenu global, que sa nécessité est beaucoup plus étendue. Mais, pour l’heure, acceptons en économie politique objective, EPO, de dire de l’un des taux de profit qu’il est une « rentabilité » et de l’autre une « profitabilité ».

Qui ?

Qui d’entre nous n’a ou n’aura pas dans son carnet d’@dresses des proches dont la formation secondaire ou supérieure n’a pas été au moins en partie à l’économie et « aux affaires » ? Et de responsables dont, à leur échelon, les raisonnements économiques importent ? Des élus de gauche et de droite dopés à l’EPO, peut-il y en avoir tant que des électeurs ne le réclameront pas ?

Inviter

La colonne de droite du site comporte l’option ° Envoyer un message d’invitation. Il s’agit de convier à prendre acte de l’existence de l’Atelier Paul Fabra et de l’offre qu’on y trouve sur son site www.atelierpaulfabra.org : se faire envoyer le bulletin et éventuellement s’inscrire en qualité de sociétaire, le tout gratuitement. Le contenu de ces messages, dits en informatique peer to peer, et le fait qu’ils aient été émis ne sont pas enregistrés dans la base de données du site.

Revue

Des articles datés vont continuer à se trouver en Publications / Revue du site de l’Atelier. Mais peu à peu vont apparaître des thèmes tels que, par exemple :  Économie politique subjective et objective / Publicités organiques. Ce sera autant de piles dans lesquels des notes sont accumulées et tenant chacune dans une seule page web. Les initiales du rédacteur de chacune de ces notes et la date de mise en ligne y figureront. Le bulletin informera de l’ouverture d’un thème ou de l’ajout d’une note.

Roland Verhille: Le mystère de l’argent chinois

DM & AL, Épisodes suivants (5)

155 - Lundi 28 février 2011, épisode 49

Le gouvernement ne sait pas créer d’emplois

Le renvoi à l’argumentation de ce fort juste jugement de Bernard Zimmern est accompagné de l’annonce sur ce que va être l’objet principal du bulletin pendant quatre mois. C’est à lire.

Publicités organiques

Une première description des « publicités organiques » prescrite par l'économique politique objective (EPO) est disponible dans la section Publications / Revue / Dossiers de la revue. Il était temps de le faire : l’épisode 49 du feuilleton de science économique met en avant l’une de ces publicités: de même que le système de poids et mesures physiques relève des autorités publiques, la publicité des taux moyens de profit sur capital incombe aux pouvoirs publics. C'est l'une des conditions pour l'établissement d'une véritable économie de marché.

Cherchons volontaire bénévole

L'objectif est rendre accessible sur le site en version bilingue les 55 pages des 8 sections de Capitalism with Capital: The Recipe for Full Employment écrit par Paul Fabra en 1994 – 20 ans après la première parution de L’Anticapitalisme / Essai de réhabilitation de l’économie politique. La langue dans laquelle traduire est, bien entendu, le français. Il est nécessaire d'avoir une traduction respectant le style utilisé par Paul Fabra. Le candidat traducteur bénévole aura avantage à avoit été un lecteur régulier de ses chroniques ou à avoir lu Le capitalisme sans capital, recueil paru en 2009 depuis 200 (décennie pendant laquelle Fabra est revenu plus qu’auparavant sur sa désapprobation du (maximum de) profit fait « but de l’entreprise » vraiment « capitaliste »).

DM & AL, Épisodes suivants (11 consécutifs, 12 avec 8.15)

156 - Vendredi 11 mars 2011 (épisodes 50, 1)

(Le premier numéro d'épisode est celui du feuilleton de science économique, le second du feuilleton de politique-fiction.)  

L’emploi

Avec le cinquantième épisode de notre feuilleton de science économique commence la série sur l’emploi. L’économie politique objective (EPO), ce produit de la voie rouverte par Paul Fabra, renouvelle si grandement l’analyse macronomique et le traitement politique de cette question lancinante qu’il sera justifié d’y consacrer au moins une douzaine d’épisodes d’affilée.

L’aspiration primordiale (1/2)

L’importance donnée pratiquement au plein-emploi est à l’image de celle qui lui est donnée conceptuellement. Comme toujours en raisonnement économique, le principal se joue avec les prémisses retenues. Entre l’emploi jugé comme une affaire importante ou comme une affaire primordiale, il y a plus qu’une nuance. En épisode 50, considérons donc d’abord les arguments 1 à 7 de la proposition 7.1.

Nouveau !

Lucien Contrepoint, dans son article C’est trop bon pour n’être publié que sur le site, a proposé de contribuer à la vulgarisation de l’EPO par des dialogues de politique-fiction. Dans le premier de ces dialogues, Nicolas S. et François F. entrent en scène...

Le combat de Charles

Sociétaire de l’Atelier, M. Charles, Thierry de son prénom, poursuit son combat pour qu’on arrête de maltraiter un large pan de la petite et moyenne industrie française. Il en appelle à un Davos de la sous-traitance et à la levée de la barrière abaissée par les donneurs d’ordre dans la répercussion de la hausse des prix des matières premières.

DM & AL, Épisodes suivants (11 consécutifs, 12 avec 8.15)

157 - Mercredi 23 mars 2011 (épisodes 51, 2)

(Le premier numéro d'épisode est celui du feuilleton de science économique, le second du feuilleton de politique-fiction.)

L'emploi : l’aspiration primordiale (2/2)

La satisfaction de l’aspiration économique socialement primordiale ne serait pas inscrite dans la dynamique de l’économie de marché. Il est couramment admis qu'il faudrait laisser les petits et moyens salaires s’établir à des niveaux assez bas pour que l’offre et la demande d’emplois s’égalisent. Lire l’argumentation de la proposition 7.1 à partir de son point 11.

Manifestation ostensible

Où la classe politique manifeste ostensiblement qu’elle ignore ce qu’il y a de mieux à faire pour relever la satisfaction de l’aspiration primordiale, objet des épisodes 50 et 51 de notre feuilleton de science économique. De son côté le point de vue du ministre tunisien Saïd Aïdi reprend l'idée que l'emploi est le produit de la croissance. Mais c'est là en trop grande part supposer le problème résolu. Il y a une autre approche qui n'a pas cette faiblesse logique. Les épisodes suivants vont l'exposer, pas à pas tant il est incroyable que le comblement de cette faiblesse soit à ce point tenu hors du champ du concevable et du réalisable.

Deuxième dialogue

Après l’entrée en scène de Nicolas S. et François F., la fiction annonce que la démonstration va commencer.

DM, AL & LC, Épisodes suivants (12 consécutifs, 13 avec 8.15)

158 - Lundi 4 avril 2011 (épisodes 52, 3)

(Le premier numéro d'épisode est celui du feuilleton de science économique, le second du feuilleton de politique-fiction.)

Affirmation

Notons A l’affirmation qui est le sujet de l’épisode 52 : les augmentations de capital sont le moyen le plus sain d'assurer l’augmentation du nombre d’emplois par les entreprises.

Rupture

Entre deux conceptions de l’économie de marché où l’affirmation A est tenue dans l’une pour auxiliaire ou fausse et dans l’autre vraie et principale, il y a rupture, c’est-à-dire différence de nature et non pas seulement de degré, dans la manière de penser et de pratiquer « le capitalisme ».

Troisième dialogue

Nicolas S. lit et commente la fiche que François F. s’est engagé à lui rédiger au cours de leur entretien précédent. Rien que le titre de cette fiche est une perspective à laquelle personne ne peut être indifférent : Faisons place à une autre rupture.

Léon Say

Pas plus au temps de la vie publique de l’économiste et politicien français Léon Say (1826-1896) qu’aujourd’hui, l’époque n’est révolue des mises au point sur le libéralisme économique. Sur ce même thème, Le Cercle Les Echos a fait paraître de Roland Verhille Le capitalisme : libéral ? Ultralibéral ? Régulé ?

LC, AL & DM, Épisodes suivants (12 consécutifs, 13 avec 8.15)

159 - Samedi 16 avril 2011 (épisodes 53, 4)

Le premier numéro d’épisode est celui du feuilleton de science économique, le second du feuilleton de politique-fiction. Chaque bulletin est une invitation à entreprendre ou à poursuivre l’étude du traité en cours d’édition, à partir de son début et, eu égard au temps que cela prend, à petite vitesse.

Interface

Dans de nombreux logiciels, un clic sur une option d’une barre de menus fait se dérouler une liste de choix. Sur le site de l’Atelier, comme désormais en d’autres logiciels d’édition (au sens français de ce mot), c’est maintenant un survol qui provoque le déroulement et le titre du menu déroulé est lui-même une option (ce lien pour le constater)

Un épisode pour réviser

L’épisode 4 du feuilleton de politique-fiction revient sur le moyen le plus sain d’augmentation de l’emploi par les entreprises.

Un épisode pour avancer

Une conséquence de ce fait est l’objet de l’épisode 53 du feuilleton de science économique : cette dernière n’est faite aussi objective et utile que possible qu’en prenant en compte la relation certaine entre le stock national de capital et l’état de l’emploi.

Matières premières

Thierry Charles, dont le livre Plaidoyer pour la sous-traitance industrielle paraîtra prochainement chez L’Harmattan, attire notre attention sur le verre à moitié plein de la stratégie française.

LC, AL & DM, Épisodes suivants (12 consécutifs, 13 avec 8.15)

160 - Jeudi 28 avril 2011 (épisodes 54, 5)

Chaque bulletin est une invitation à poursuivre ou entreprendre l’étude du traité en cours d’édition, à partir de son début mais à petite vitesse faute de disposer de plus de temps à y consacrer maintenant.


Un épisode pour avancer

L’épisode 54 du feuilleton de science économique attire l’attention sur le fait que le niveau de stock national de capital peut être le déterminant principal du stock d’emplois.

Ce constat permet d'ouvrir la porte à une politique de l’emploi efficace et économe en impôts et emprunts publics. Un telle politique rétablirait de même une autorégulation de l'économie actuellement par trop entravée, comme s’il importait avant tout de maintenir l’économie ainsi que le corps social sous perfusion gouvernementale.

Un épisode pour réviser

L’épisode 5 du feuilleton de politique-fiction aide à prendre conscience que l’économie de marché dans laquelle nous vivons, et qui pour la plupart d’entre nous est de plus en plus loin d’être optimale, procède largement d’un secret de famille.

Agissons

Verhille, merci Roland, commente un article qui se trouve au-dessus de la partie de page à laquelle ce lien conduit : Capitalisme contre capitalisme.

Michaut voit plus que des grains de sable dans la mécanique financière et tire de ce qu'il rapporte une invitation à l'action : Un tel enchaînement d'avaries appelle une rupture


LC, AL & DM, Épisodes suivants (12 consécutifs, 13 avec 8.15)

161 - Mardi 10 mai 2011 (épisodes 55, 6)

Chaque bulletin est une invitation à poursuivre ou entreprendre l’étude du traité en cours d’édition, à partir de son début mais à petite vitesse, faute de disposer de plus de temps à y consacrer maintenant et pour laisser à l’œil le temps de s’accoutumer.

L’épisode 6

C’est l’épisode du feuilleton de politique-fiction, pour réviser et rattraper le retard.  François remplace EPCE par E’PCE’’ et use d’un tropisme de Nicolas : du volontarisme, en voici.

L’épisode 55

C’est l’épisode du feuilleton de science économique. Il porte sur le renforcement du lien entre le flux de profit P et le stock national de capital C : la variation du taux de profit sur capital participe à la variation du stock national de capital.

Disponible en librairie

De Thierry Charles : Plaidoyer pour la sous-traitance industrielle. Nous y reviendrons par un compte-rendu de lecture.

LC, AL & DM, Épisodes suivants (12 consécutifs, 13 avec 8.15)

162 - Lundi 23 mai 2011 (épisodes 56, 7)

Chaque bulletin est une invitation à poursuivre ou entreprendre l’étude du traité de sciences économique en cours d’édition..

Science économique - épisode 56 : l’état de l’emploi

Selon que l’emploi s’éloigne ou se rapproche du plein-emploi, le taux moyen de profit sur capital tend à s’élever ou à s’abaisser. Mais les procédés économiques actuels - d'imposition des bénéfices des entreprises, d'intermédiation de la détention du capital entre autres - ont pour effet de bloquer les mécanismes d'ajustements de la relation emploi-profit-capital. Seul un abandon de ces procédés permettrait de vérifier à grande échelle et sur longue période que l’état de l’emploi tend à être un déterminant principal de la variation du taux moyen de profit sur capital.

Politique fiction - épisode 7

Relation emploi-profit-capital  : Là le laisser faire s’impose.

 

LC, AL & DM, Épisodes suivants (12 consécutifs, 13 avec 8.15)

163 - Samedi 4 juin 2011 (épisodes 57, 8)

Chaque bulletin est une invitation à poursuivre ou entreprendre l’étude du traité en cours d’édition, à partir de son début mais à petite vitesse faute de disposer de plus de temps à y consacrer maintenant.

Chiffres à méditer

Thierry Charles, dès le début de son Plaidoyer pour la sous-traitance industrielle (L’Harmattan, avril 2011), donne les chiffres suivants : ces dix dernières années, la France a perdu quelque 500 000 emplois dans l’industrie, qui n’occupe désormais plus que 13 % de la population active, contre 16 % il y a encore dix ans. Le poids de notre industrie dans les exportations européennes a chuté de 25 % pendant la même période (pages 19 et 20).
Quelles réformes systémiques sont à même de redresser l'économie du pays ?

Science économique - épisode 57: réformes systémiques

L’épisode 57 du feuilleton de science économique révèle les réformes systémiques rendant la relation EPCE plus efficiente.

Politique fiction - épisode 8 : refondation du capitalisme

Les projets de transformation ne peuvent être réalisés que s'ils prennent en compte l'environnement dans lequel ils s'exercent. L'épisode 8 du dialogue de politique-fiction situe l’une des marges de manœuvre dont un gouvernement dispose pour promouvoir une refondation du capitalisme.

 

LC, AL & DM, Épisodes suivants (12 consécutifs, 13 avec 8.15)

164 - Jeudi 16 juin 2011 (épisodes 58, 9)

Chaque bulletin est une invitation à poursuivre ou entreprendre l’étude du traité en cours d’édition, à partir de son début.

Interpénétration

Déjà présent sous la plume de Ricardo, le terme « économie politique » est utilisé comme le synonyme de « science économique ». L’économique et le politique s’interpénétrent de fait. Les problèmes économiques n’ont de vraies solutions que par la prise d’initiatives politiques. Les problèmes politiques n’ont eux-mêmes de vraies solutions que si elles sont économiquement de bon aloi.

Emploi et croissance

L’épisode 58 du feuilleton de science économique affirme que, par la relation EPCE, l’économie de marché comporte un dispositif permanent de relance et de création d’emplois. Il y a là bien plus qu'un détail, mais il manque encore la volonté politique pour faire fonctionner à plein régime ce dispositif. Il est aujourd'hui en mauvais état par une incurie dont les indignés ont la prescience.

Organisation et réalisation

Pour que les problèmes économiques de l’emploi et de la croissance soient traités au mieux, le politique doit se centrer sur des questions d’organisation des marchés et laisser à la société civile la charge de la réalisation de la croissance qui lui convient. Du coup, le politique y trouve de quoi reprendre un souffle jugé trop court par le corps électoral.

Tirant parti de ces constats, l’épisode 9 du feuilleton de politique-fiction prescrit un scénario de campagne présidentielle (à quand le « Françaises, français, je vous félicite pour le dynamisme que vous avez insufflé à l’économie de notre pays » ?).

LC, AL & DM, Épisodes suivants (12 consécutifs, 13 avec 8.15)

165 - Mardi 28 juin 2011 (épisodes 59, 10)

Ce bulletin est l’avant-dernier de la série traitant du chapitre 7, L’emploi, section [Science économique]. Avant de passer au chapitre 8, La répartition, et par conséquent aux épisodes suivants des deux feuilletons, nous espérons pouvoir consacrer plusieurs numéros de suite à Paul Fabra en cet été 2012. Le prochain bulletin, à paraître le 9 juillet, en dira plus à ce sujet.

Science économique

David Ricardo notamment a fait grand cas de la tendance à l’égalisation des taux de profit sur capital au sein de chaque économie nationale. Nous soutenons la thèse que, pays par pays, la relation EPCE et la tendance à l’égalisation des taux de profit sont liées : du bon ou mauvais fonctionnement de la relation EPCE dépend une plus ou moins grande tendance à l’égalisation des taux de profit. Par son appariement avec la relation EPCE, la tendance à l’égalisation des taux de profit est ainsi partie prenante à l'établissement du plein emploi .

C’est cette thèse de bon sens à laquelle se réfère l’avant-dernière proposition du chapitre sur l’emploi : trois réformes qui rendent la relation EPCE plus efficiente renforcent la tendance à l’égalisation des taux de profit sur capital.

Politique-fiction

Lucien Contrepoint poursuit son plaidoyer en faveur de la prise en compte explicite par un gouvernement national de la relation EPCE, quitte à se lancer dans la promotion de cette innovation politique sur le mode impératif.

Brève histoire de la comptabilité

Roland Verhille résume ce qu’a été le produit de sa recherche historique de théoricien de la comptabilité et son jugement sur l’évolution de cette discipline ces dernières décennies. Lire cet article.

LC, AL & DM, Épisodes suivants (16 consécutifs)

166 - Samedi 23 juillet 2011

Amorçage

L’amorçage du flux d'interventions écrites de Paul Fabra, rappelant et enrichissant par touches successives ses positions et prescriptions, est en cours. Le moment venu, plusieurs moyens de signalement de chacune de ces interventions seront utilisés et leur archivage facilitera la consultation de leur suite.

Suspension

Du 24 juillet au 23 septembre, l’envoi du bulletin est suspendu. C’est, entre autres raisons, pour consacrer plus de temps au choix, pas encore vraiment arrêté, des dispositifs de signalement et d'archivage dont il vient d’être question.

AL & DM

167 - Jeudi 29 septembre 2011

Face à la crise

Dans Pour un modèle de sortie de crise : la relance par le capital, l’Atelier Paul Fabra, par la voix d’Antoine Lonjon, commence par dresser un constat. Il y a, au moins, « une faille majeure dans le raisonnement économique contemporain ». L’ampleur du désarroi sur les orientations à prendre pour se sortir au moins mal de la crise en cours est à la hauteur des erreurs de jugement commises.

Et si l’on s’était lourdement trompé ?

La question posée par Éric Le Boucher dans Les Echos du 23 septembre 2001 — Et si l'on s'était lourdement trompé ? Les politiques de relance de 2008-2009 ont stoppé la chute de nos économies mais n’ont pas entraîné leur remontée — est édifiante, voir pathétique. Mais voilà ! Éric Le Boucher termine sa chronique en nous appelant à prendre conscience du « problème d’un État providence qui est sapé dans ses tréfonds par la mondialisation, l'individualisme et le grippage des mécanismes de la redistribution ». Si cette sape a en réalité pour cause majeure une erreur de raisonnement sur le ressort naturel de l’économie de marché, et partant sur sa dynamique sociale naturelle (le plein emploi et l'élévation des revenus), c’est le tréfonds du catéchisme en vigueur qui est à changer.

Le bien public de l’organisation de l’économie

Certains adeptes du grand soir aimeraient jeter le bébé avec l’eau du bain. L’économie de marché, sans laquelle certaines libertés fondamentales sont bafouées, est bien évidemment un acquis à conserver. Mais il y a un grand ménage à faire dans les idées qui ont configurée l'économie. Ces dernières décennies celle-ci est devenue bien trop financiarisée, bien trop inégalitaire et bien trop impotente sur le front de l'emploi. C’est certes à des économistes que ce grand ménage incombe. Cependant, ils ne peuvent ni ne doivent être seuls à se prononcer. L’organisation de l’économie est un bien public : la vie de tout citoyen en est affectée. En dépit de ce qu’on dit être la dictature des marchés, le législateur a la haute main sur cette organisation.

Le ressort naturel de la relance par le capital

C’est à force de croire que la demande est le ressort naturel de la croissance économique qu’il est devenu de plus en plus périlleux, puis en maints pays impossible, de soutenir cette même demande par un accroissement sans fin de la dépense publique et des dettes. La banqueroute guette !

L'Atelier Paul Fabra indique une autre voie : celle d'une relance par le capital, c'est à dire par la remise en place du circuit de l'épargne vers le capital social des entreprises ; là réside le ressort naturel de l’économie de marché.

Les prochains bulletins reprendront, à partir des arguments mis en avant par Antoine Lonjon, les propositions de réformes rétablissant la voie de relance par le placement d’épargne en nouveau capital social. Ces propositions sont porteuses en elles-mêmes d'une redynamisation de l'activité aujourd’hui encore insoupsonnée.

La refondation sociale de l’économie de marché

Opter pour l’économie de marché plutôt que pour l’économie planifiée c'est renoncer à la fiction qui rend nécessaire de corriger l'économie à coups de subventions et de redistributions. Certains politiques veulent en faire leurs choux gras. En vérité, il y a tout lieu de penser que l’économie de marché peut être organiquement orientée vers le plein emploi et vers la maximisation du revenu total du travail.

C’est pourquoi, après la série des bulletins sur le thème de la relance par le capital en viendra une autre sur le thème de la refondation sociale de l’économie de marché.

Une fin qui va d'elle-même

La théorie de l’économie politique objective montre qu'il existe des solutions structurelles aux plus lourds de nos problèmes économiques. La première tâche à accomplir est de bien exposer et expliquer les tenants et aboutissants de ces solutions. Au delà des explications, l'objectif à atteindre est clair : faire en sorte que les réformes d’organisation économique qui mettront ces solutions en œuvre en viennent à &