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Dominique Michaut (DM), webmestre éditorial

Antoine Lonjon (AL), webmestre technique

Dominique Michaut

Dominique Michaut, né le 6 décembre 1941, a reçu, après des études universitaires en économie, une formation de deux ans à plein temps de conseil en gestion d’entreprise. Il a exercé ce métier jusqu’à son départ en retraite, en 2002.

Il s’est fait chercheur en théorie fondamentale à partir de sa lecture, en 1975, de la première édition de L’essai de réhabilitation de l’économie politique de Paul Fabra. Avec ce dernier, dès la fin des années 1970 jusqu’à l’été 2008, il a coproduit un jeu de Propositions premières de théorie économique.

La livraison du traité qui est le produit de cette recherche a commencé avec la création, au dernier trimestre 2008, de L’Atelier Paul Fabra, instrument d’extension à long terme d’un lectorat et d’un sociétariat.

Antoine Lonjon

Versailles le 30 décembre 2008,
 Mes cours de microéconomie et de macroéconomie à Dauphine dans les années 1980 m'ont toujours laissé songeur, en particulier sur les courbes d'indifférence sensées servir de base à la détermination de la courbe dite de « la demande » devant elle-même être confrontée à celle de l’offre. Fort heureusement, nous avions en deuxième année un assistant fort avisé, qui après avoir fait ressortir le contre sens de Marx sur le « prix de la force de travail », nous avait indiqué Paul Fabra comme un auteur à part dans le domaine de l'économie politique.
Je crois avoir acheté alors un des derniers exemplaires à la Fnac de son livre L'Anticapitalisme.

 À rebours des modèles universitaires néo-classiques, j’ai été et je reste impressionné par la puissance de l’approche. À la suite de cette lecture j’ai cherché à confronter la thèse avancée. Ma surprise a été grande de ne rencontrer qu’un faible écho parmi la communauté des économistes.

En 2005, au lendemain du non français au référendum sur la constitution européenne, j'assistais à une conférence où Michel Camdessus faisait une explication de texte de son livre vert sur les réformes à effectuer. Rien que du bon sens et de la remise en ordre d'une gestion ayant perdu ses repères et sa capacité d'agir. Cependant, il devint évident qu’il y manquait un cadre conceptuel robuste pour inscrire en profondeur les réformes proposées. Nous vivions déjà une baisse effective et réelle du niveau de vie dont un des ressorts majeurs me semblait être la montée vertigineuse des prix de l'immobilier (c’est « le prix du marché » disait-on alors). Je trouvais alors un article écrit à ce sujet par Dominique Michaut et qui dénonçait l'origine culturelle de ces grands déséquilibres en faisant référence au travaux de Paul Fabra : « … la négligence néoclassique de la distinction introduite par David Ricardo (1772-1823) entre les marchandises rares et les marchandises reproductibles à volonté par l'industrie humaine… ».

C’est le grand drame des fondements de l’économie contemporaine, issue des auteurs appelés néo-classiques. Comme le dit Paul Fabra en caricaturant, on ne sait plus y faire la différence entre le prix d'une voiture et le prix de la vacation d'une prostituée. Qu’ont en commun tous les prix ? L’offre et la demande. C'est ce que l'on apprend à l'université ou ce que l’homme de la rue vous dira spontanément. Les mêmes règles s’appliqueraient donc à l’automobile, aux biens immobiliers, aux prestations des prostituées et aux casinos ? Tout un chacun se rend bien compte que ceci ne peut être le cas. Pourtant, sans définition précise des principes fondamentaux du fonctionnement de l'économie, nous perdons les moyens d'agir efficacement sur ce fonctionnement. Il ne reste alors plus que le discours des extrêmes, d’une part des néo-libéreaux fondé sur l’offre et la demande et d’autre part de la volonté de puissance du politique (il suffit de vouloir pour faire), au besoin jusqu’à la vision totalitaire des anticapitalistes et de leurs affiliés.

 Les fondements de l’économie politique ne sont pas uniquement une affaire de spécialistes. Ils doivent permettre à tout un chacun de peser sur les choix d’orientation de la société. Loin d’être soumis à la subjectivité et à l’arbitraire comme le désarroi actuel le donne à croire, ces principes sont de bon sens et relativement simples à appréhender. Citons en quelques uns :

  • Le travail n'est pas une marchandise et donc l'homme n'est pas un capital: le "capital humain" n'existe pas. C'est une fausse bonne idée.
  • Les marchandises s'échangent contre des marchandises : les prix ne sont pas fixés par une loi de l'offre et de la demande où le "besoin" serait l'étalon de valeur.
  • Le capital est un financement permanent fourni aux entreprises par les épargnants.
  • Le plein emploi et la qualité de l'emploi dépendent d'un financement stable des entreprises, donc de la dynamique par laquelle l'épargne peut se constituer en capital.
  • En conséquence, la maximisation du profit n'est pas le caractère distinctif d'un capitalisme bien compris, mais sa négation.
  • En dernier ressort, seuls les individus sont les acteurs - travailleurs, épargnants - de l'économie. L'entreprise n'est à proprement parler propriétaire de rien.
  • La finalité première de l'économie est l'augmentation du revenu total du travail, sous contrainte de profits suffisants.
  • ...

La vision que chacun de nous se forge de l’économie doit aussi s’intégrer aux autres composantes de la vie sociale et politique. Je me permets d’ajouter que, pour ma part, je souhaite confronter chacun des principaux composants de cette conception avec la doctrine sociale de l’Église Catholique. Raymond Aron a fort bien montré qu’il y fallait se méfier d'un pseudo humanisme évangélique accusant l'économie de tous les maux et mettant en exergue la "redistribution" comme l'unique moyen de corriger ces maux. Il est possible d'améliorer les conditions de vie de chacun par une vision appropriée du profit, du salaire, de l’intérêt et de la concurrence.

AL

Cadre supérieur en conception de système d’information et ingénierie des systèmes.
Au moment de l’écriture
de ces lignes, Directeur de la Recherche chez MEGA International