Chapitre 6 - Le profit

6.1. N’appelons « profit » que du bénéfice distribué aux apporteurs de « capital » et de « quasi-capital » en tant que tels.

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6.2. Le profit est le dividende dans le cas des sociétés commerciales de toute sorte.

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6.3. Le profit, toujours servi par une entreprise, dépend et se distingue des bénéfices de cette entreprise.

[Le texte de la section Science économique auquel le bulletin 147, 23/11/10, a renvoyé a été déplacé dans l'archive de ce bulletin.]

1. C’est, plus précisément, des bénéfices nets que les profits dépendent et se distinguent.

La différence positive entre produits et charges est un bénéfice brut quand l’entreprise doit acquitter un impôt sur le bénéfice, ainsi que quand elle a versé des dons non comptabilisés parmi les charges. Le bénéfice net est alors après déduction de ces transferts.

En l’absence de ces derniers, ce qui vaut ci-après pour le bénéfice net vaut pour le bénéfice tout court.

2. Le bénéfice net d’une entreprise est divisible, au plus, en quatre parts.

Dans l’ordre alphabétique des désignations ci-dessous utilisées, ces quatre parts sont :

1) une affectation A à l’autofinancement de l’entreprise, abondement aux réserves obligatoires comprises ;

2) un complément C de salaire pour intéressement au bénéfice de l’entreprise d’une partie ou de la totalité du personnel ;

3) un profit P distribué au(x) propriétaire(s) de l’entreprise (en partie ou en totalité provenant d’au moins un « report à nouveau » positif sur exercice antérieur) ;

4) un trop-perçu T ristourné aux clients dont le montant des achats a été enregistré.

3. La doctrine de répartition des bénéfices nets qui prévaut aujourd’hui est celle des trois parts.

Ces trois parts sont l’une « pour l’entreprise » – l’affection A – ; l’autre pour les salariés – le complément C – ; la troisième pour le(s) propriétaire(s) de l’entreprise – le profit P.

4. La prédétermination des proportions entre ces trois parts est souvent tenue pour normale.

Considérer que le plus conforme à la justice distributive est que ces trois parts soient égales revient à prescrire une telle prédétermination. Une autre manière de prédéterminer la répartition des bénéfices nets est de fixer des quotités dont l’une au moins est différente des autres, avec, par exemple : 50 % pour la part A « compte-tenu du plan d’investissement de l’entreprise », 30 % pour la part C car les salariés sont, sic, « le capital humain », 20 % pour P car, met-on en avant sans se soucier d’une infraction à la justice commutative, le plus gros de « la création de valeur pour l’actionnaire » est la plus-value qui sera réalisée à la liquidation de tout ou partie des parts de copropriété.

5. Quelle justice, commutative ou distributive, est en cette matière la plus appropriée ?

Les échanges marchands sont des commutations de propriétés cessibles. C’est pourquoi la justice commutative a vocation à régir ces échanges, sinon en totalité au moins en bonne part. Partant de ce constat, la répartition des bénéfices des entreprises soulève des questions de fond.

Que peut-il y avoir de commutativement juste dans cette répartition ? Est-ce à raison de ce qui entrave le moins les fonctions stimulatrices et régulatrices du profit ? Ces fonctions, par ce qu’elles comportent de plus objectif, ont-elles une importance sociale de première grandeur, bien que masquée par la petitesse du total de la part des bénéfices des entreprises allouée aux profits relativement à la masse des salaires tous emplois compris ?

6. Des écarts donnent à réfléchir.

Quand la distribution ne porte que sur le bénéfice net du dernier exercice clos et que les trois parts sont égales, le taux de profit sur capital est trois fois plus petit que le taux de bénéfice sur la même base. Il faut alors, dans le cas d’une société, pour un P de 4 % sur capital servi aux actionnaires, 12 % de bénéfice net sur capital – et 18 % de bénéfice brut sur la même base avec un prélèvement fiscal du tiers du bénéfice brut. Quand P est le cinquième du bénéfice net, pour un 2,5 % sur capital servi aux actionnaires, il faut 12,5 % de bénéfice net – et, au même taux d’imposition des bénéfices, 18,75 % de bénéfice brut sur la même base.

Les écarts entre profit et bénéfice net, ci-dessus respectivement de 1 à 3 et de 1 à 5, sont indépendants de l’imposition des entreprises sur leurs bénéfices : c’est en premier lieu sur eux que nous attirons ici l’attention.

7. Alors que le bénéfice est toujours un reste, le profit n’en est pas forcément un.

Un conseil d’administration ou le propriétaire d’une entreprise en nom propre qui, en vue du calcul du montant du profit, fixe un taux qu’il juge convenable fait que ce montant n’est pas le reste d’une soustraction. Ce procédé a pour conséquence qu’il n’y a pas alors, en vérité, de marge de profit, au sens ici donné au substantif « profit », cependant qu’il y a bien toujours une marge de bénéfice.

8. Remarquons l’un des cas dans lesquels le profit est un reste proportionnel au bénéfice net.

Dans ce cas, la part C est proportionnelle au bénéfice net B et il n’y a qu’une seule autre part, la P qui est ce qui reste de B après déduction de C. Alors la part B est elle aussi proportionnelle au bénéfice net.

Est-ce, convient-il de se demander, la généralisation de cette répartition qui porte à leur plus faut les fonctions régulatrices et stimulatrices du profit ?

9. Le remède à un inconvénient de la part C est évident.

Le complément de salaire C a un effet, d’autant plus important qu’il est relativement élevé : différents salaires, tels que touchés au mois le mois, ne sont plus exactement comparables. Il en va de même du treizième mois ou plus ainsi que d’autres primes et avantages en nature. Des réglages en chaîne s’en trouvent plus approximativement et lentement faits.

Le remède est évident. Ce sont les salaires annuels, tous leurs composants compris, qu’il faut prendre l’habitude de comparer, quitte à les diviser par douze pour que leurs ordres de grandeur soient plus significatifs pour tout un chacun.

10. Le trop-perçu T n’en est vraiment un qu’à toute une série de conditions.

Sans entrer dans une analyse historique de l’orientation donnée, dans les années 1840, à la notion de « trop-perçu » par les fondateurs du mouvement des coopératives de consommation, les Équitables Pionniers de Rochdale, notons qu’il faut à l’évitement de son détournement une panoplie de dispositions statutaires qui fixent notamment :

1) la nomenclature des parts entre lesquels le bénéfice de fin d’exercice doit être réparti ;

2) pour chacune des parts autres que la part T, dont en premier lieu les parts P et C, les définitions du taux et de l’assiette de leurs calculs respectifs ;

3) l’interdiction de s’engager à rendre régulière, exercice après exercice, la part T ;

4) les règles de gestion décrites en arguments de la proposition 4.1.9.

Alors, mais alors seulement, la part T devient ce qui reste occasionnellement du bénéfice après ses autres répartitions. D’après ce que nous en savons, reprendre sur ces bases toute une part de l’inspiration coopérative reste à faire.

6.4. Le profit a, lui aussi, pour nécessité celle du service dont il est la contrepartie marchande.

1. Le profit rend marchand le service de la mise en capital.

Comme le service du travail et le salaire, un placement en crédit et l’intérêt qu’il rapporte sont les deux termes d’un échange marchand. Il en va de même d’un placement en capital et du profit qu’il rapporte.

2. Un système économique sans profit attente à la liberté d’entreprendre.

Dans le cadre de l'économie marchande, la liberté d’entreprendre, et plus largement d’échanger, comporte la liberté du placement en capital avec, en contrepartie de ce placement, sa rénumération appelée « profit ». En outre, ce placement en échange se révèle indispensable à l’augmentation du revenu du travail étendue à toute la population.

3. Le profit, en rendant marchand le service de la mise en capital, hérite des nécessités objectives de ce service.

Du profit, il en faut à cause des nécessités objectives du capital : la création et le développement d’entreprises viables et autonomes, condition nécessaire à l’élévation de ce qu’on a coutume d’appeler « le niveau de vie ».

4. Le manque de bénéfice bloque la dynamique d'augmentation du capital.

Pour que l'entreprise existe, il lui faut du capital. Il lui en faut davantage non seulement pour croître de façon durablement viable mais aussi pour s’adapter à un environnement et des techniques qui changent.

Les pertes au lieu de bénéfices réduisent ce capital. De trop faibles bénéfices compromettent la rémunération suffisante du capital. La dynamique d'augmentation et de renouvellement du capital est alors bloquée, car l'investissement dans l'entreprise - l'épargne placée en capital - n'apparait pas comme suffisament "profitable".

5. La dynamique d'augmentation du capital est entravée par les dogmes de management contemporains.

° Le modèle d'économie libérale issu des propositions de Léon Say

La théorie économique contemporaine et les règles de management qui en découlent ignorent les trois lois suivantes :

  • L’offre crée la demande, c’est-à-dire l’offre en contrepartie.
  • Les augmentations de capital par mobilisation d’une nouvelle épargne sont le moyen le plus sain d’augmentation par les entreprises du nombre d’emplois.
  • Le taux moyen de profit sur capital est le prix le mieux à même de stimuler la création d’emplois et d'assurer la hausse des revenus du travail.

Les propositions à suivre, sur l’emploi puis la répartition des revenus et le salaire, exposent et argumentent ces deux dernières lois.

6. Assez de bénéfice est la contrainte que la réalité économique oblige à rendre la plus omniprésente en gestion d’entreprise.

Avoir un bénéfice à hauteur suffisante, et partant du profit de même, est une contrainte à laquelle l’entreprise est soumise, indépendamment de la psychologie de qui que ce soit.

Cette contrainte est proche de celle qui s’exerce sur les familles, les associations à but non commercial et en administration publique : les recettes R doivent assez fréquemment et longuement dépasser les dépenses de fonctionnement D afin que l’accumulation de ces dépassement autofinance, au moins en partie, des dépenses d’équipement et des placements de rapport. Mais la problématique des tirelires et celle des bénéfices des entreprises diffèrent sur un point essentiel.

La différence entre R et D, quand elle est positive, appartient à tout point de vue à l’entité gérée (ou, dans le cas de certaines associations pour ainsi dire à succursales multiples, à un groupement lui-même non commercial). Cette caractéristique n’est pas celle des bénéfices d’entreprise, même quand ils sont traités comme s’il s’agissait d’une mise en tirelire.

7. Une entreprise n’est pas économiquement propriétaire de ses bénéfices.

Ces derniers appartiennent, ce qui ne revient pas au même, au(x) propriétaire(s) de l’entreprise, tout au moins pour sa partie après intéressement contractualisé des salaries.

Mais la tentation est grande de voir, dans le bénéfice ou la perte d’une entreprise, une différence de même nature que celle entre les recettes et les dépenses de fonctionnement d’une association non commerciale. C’est une source de méprise sur les statuts économiques des pertes et des bénéfices des entreprises ainsi que des profits qu’elles servent.

8. Les premiers exercices déficitaires sont plus souvent évitables qu’on ne l’admet aujourd’hui.

Si, à l’actif des bilans d’entreprise, les rubriques « frais de premier établissement » et «  production de l’entreprise pour elle-même » n’existait pas afin d’y stocker des coûts à progressivement amortir (considérations fiscales mises à part pour certains d’entre eux), il faudrait les créer. Non seulement et pour ainsi dire, la construction d’une machine à vendre est coûteuse mais aussi son réglage jusqu’à ce qu’elle soit bénéficiaire l’est aussi dans de nombreux cas. Tout une partie du capital initial doit y être consacrée.

Quand, par exemple, les dépenses faites pendant les premiers dix huit mois d’existence d’une nouvelle entreprise sont toutes des « frais de premier établissement », au terme de cette période et même sans aucune vente, il n’y a certes pas de bénéfice mais aussi il n’y a pas de perte. À cette condition, le franchissement du « point mort » dès les mois suivants est plus probable. Encore faut-il assez de capital donnant le moyen de gérer ainsi le lancement d’une nouvelle entreprise, d’une diversification, d'une reconversion.

9. Il n’est ni économiquement logique ni socialement judicieux de ranger le profit ou la plus-value dans la case des buts du management d’entreprise.

En revanche, il est logique et judicieux de placer la nécessité du profit, qui n’est pas celle de la plus-value, au sommet de la hiérarchie des contraintes. Le corrolaire est d'avoir le taux de profit sur capital au sommet de la hiérarchie des objectifs.

Au sommet de la hiérarchie des buts du management d’entreprise vient de vendre des fournitures qui, dans leur catégorie et compte tenu de la concurrence, sont les plus substantielles possibles : « vendre des marchandises qui ne reviendront pas à des clients qui eux reviendront » enseigne la sagesse marchande. Immédiatement après vient bien une autre maximisation mais c’est celle de la satisfaction du personnel : c’était cela à l’origine le mouvement dit du management, avant que quelques générations durant on se bouche les oreilles aux enseignements de la sagesse marchands pour mieux céder aux sirènes de la financiarisation à outrance.

6.5. La distribution de la totalité des bénéfices des entreprises est sensée.

[Une argumentation en ce sens a figuré à l’appui de la proposition 3.5. Sa partie sur la doctrine de la répartition des bénéfices en trois parts a été rattachée à la proposition 4.2.3 et sa partie sur l’abandon de la part d’autofinancement a été déplacée en argumentation de la présente proposition.]

1. Le grand résultat à obtenir est l’aussi prompt que possible retour au plein-emploi chaque fois qu’il est compromis.

Beaucoup, en économie, continue à se passer comme si la clé principale de ce grand résultat n’avait jamais été trouvée ou avait été perdue. Si cette clé existe, où peut-elle se trouver ? Une piste de recherche est le financement des entreprises.1

La rémunération de la partie la plus stable de ce financement ne peut être assurée que par du bénéfice. C’est donc aussi du côté de la répartition des bénéfices qu’il faut chercher si un indice d’existence de la clé s’y trouve.

2. Rappelons la doctrine de répartition des bénéfices nets qui prévaut aujourd’hui.

Cette doctrine est celle des trois parts. Une part du bénéfice net est distribuée au(x) salarié(s). C’est pour intéressement aux résultats. Une part est distribuée au(x) propriétaire(s). C’est pour rémunération de l’apport en capital. Une part est laissée en compte pour contribution à l’amélioration de la situation financière de l’entreprise.

3. Une autre solution est la répartition de la totalité des bénéfices annuels.

Dans cette solution, le reste du bénéfice net, après intéressement des salariés et abondement à la réserve imposée par le législateur le cas échéant, va entièrement au revenu de la propriété d’entreprise.

4. Comparons cette solution.

Les entreprises E1 et E2 affectent la même proportion de leurs bénéfices nets à l’intéressement de leurs salariés. Ces bénéfices par euro de capital sont à très peu près les mêmes. Ils le restent pendant toute la période pluriannuelle considérée. La valeur des actions d’E1 et d’E2 sont également à peu près les mêmes en début de période.

Appelons R ce qui reste du bénéfice net après intéressement des salariés et abondement aux réserves obligatoires. Les profits servis aux copropriétaires respectifs sont, tout au long de la période, la moitié de son R pour E1 et la totalité de son R pour E2.

5. Année après année, les « dividende » d’E2 sont à peu près le double des dividendes d’E1.

E2 use de cette supériorité pour, tous les ans, procéder à des augmentations de capital supérieures aux bénéfices non distribués de E1. Pendant que le nombre d’actions d’E2 augmente, celui d’E1 reste stable.

6. Le conseil d’administration d’E1 ne veut pas imiter celui d’E2.

Le principal argument mis en avant par le conseil d’E1 est le refus de la dissolution. Effectivement, en fin de la période considérée, l’actif par action est plus grand pour E1 que pour E2. L’attachement du conseil d’E1 à la doctrine des trois parts vient pour beaucoup de là.

Grâce à l’autre solution, E2 a réussi à faire croître plus vite sa mobilisation d’épargne placée en capital qu’E1. Par ce moyen, E2 a également réussi à faire croître ses actifs et ses ventes plus vite qu’E1. Au final, il n’est pas assuré que des actions d’E1 puissent se vendre plus chère à l’unité que des actions d’E2.

7. Le conseil d’administration d’E1 vise le plus possible de plus value par action en cas de fusion ou d’absorption.

Même si l’entreprise E1 est cernée, sur ses débouchés, par des entreprises E2, la concurrence n’entraîne pas forcément la renonciation à cette visée.

La doctrine des trois parts a sa rationalité. Son actuelle domination n’a rien d’étonnante. Une autre donnée doit cependant être prise en considération.

8. E2 a été plus créateur d’emplois qu’E1.

La cause en a été la croissance supérieure de ses actifs et de ses ventes par le truchement de l’augmentation elle aussi supérieure de sa mobilisation d’épargne placée en capital.

Quand l’un des actionnaires minoritaires d’E2 décide de liquider sa position, il trouve plus facilement que son homologue d’E1 à la faire reprendre. Cela provient du rendement de l’action E2 qui est double de l’action E1 ainsi que de la solidité du bilan et de la croissance d’E2.

9. E2 est en mesure de pousser son avantage.

Si le conseil d’E2 affiche que son objectif est d’en arriver à un bilan qui permet de payer au comptant non seulement ses fournisseurs à raison de son cycle d’exploitation mais aussi des absorptions d’autres entreprises, il accroît la confiance dans l’entreprise de ses actionnaires, de son personnel et, par ce dernier, de sa clientèle.

10. La comparaison entre E1 et E2 incline à penser que l’autre solution est économiquement plus pertinente.

Mais il manque à cette comparaison des généralisations qui établissent qu’à l’échelle de la macronomie l’autre solution donne accès à l’obtention du grand résultat.15

La manière de procéder plus avant à ces généralisations est, à grands traits, la suivante. L’existence d’entreprises tend à doter l’économie marchande d’une rétroaction centrale. Les trois variables de cette rétroaction sont l’emploi E, le profit P et le capital C qui rétroagit sur l’emploi E. Cela nous conduira à faire état de la possibilité macronomique du plein exercice de la relation EPCE.

11. La fiscalité offre un moyen de contraindre à la distribution de la totalité des bénéfices.

Ce moyen consiste à porter à 100 % l’impôt sur les bénéfices non distribués, sauf abondement aux réserves rendues obligatoires par le législateur. Une manière d’y parvenir est la suivante.

Sur plusieurs années consécutives, le taux d’imposition des bénéfices distribués est abaissé. Symétriquement, le taux d’imposition des bénéfices non distribués est augmenté. Au terme de cette réforme, le premier de ces taux est nul et le second de 100 %.

12. La distribution par les entreprises de la totalité de leurs bénéfices est une caractéristique de l’économie de plein-échange.

Dans le cas du placement en capital échangé contre la série, non limitée dans le temps, des parts de bénéfice allouées au profit, il n’y a plein-échange que dans la mesure où ces parts ne sont pas minorées par le coéchangiste que constitue en l’occurrence l’entreprise. Alors, sur ce point, une justice commutative est établie.19

Une conséquence de son application est que chaque actionnaire, qu’il se rende ou non à une assemblée générale, vote exercice après exercice d’accorder ou non à l’entreprise dont il est copropriétaire une fraction de l’augmentation de capital que le management et le conseil d’administration demandent explications à l’appui. Et quand cet actionnaire l’est de plusieurs entreprises faisant de même, il lui revient de répartir ses nouveaux placements entre ces entreprises et d’autres éventuelles selon des considérations qui ne regardent que lui et son ange gardien.

6.6. La normalisation de la publicité des taux de profit sur capital améliore l’organisation du marché du capital.

1. L’argumentation à suivre s’ajoute à une précédente.

Cette argumentation précédente est celle qui est portée à l’appui de la proposition 5.10 : des normes relatives au capital participent à l’assainissement permanent de l’économie de marché.

Ce que nous appelons « capital exploité », pour distinction d’avec « capitalisation boursière », découle de ce qu’indique l’argument 4 de la proposition 5.7 au sujet de la valeur exploitée par action.

2. Les « fonds propres » d’une entreprise de la terminologie comptable et le « capital exploité » par cette entreprise désignent le même objet.

Cet objet, également souvent appelé « capitaux propres », est constitué de fonds permanents qui appartiennent au(x) propriétaires(s) de l’entreprise. Contrairement à ce que ces appellations laissent entendre, ils n’appartiennent pas à l’entreprise.

3. À proprement parler, il n’y a de « fonds propres » qu’aux bilans des particuliers et des associations non commerciales.

Les prétendus « capitaux propres » des entreprises sont du capital dont tous les composants, dont les réserves obligatoires et statutaires, appartiennent au(x) propriétaire(s) de l’entreprise.

4. Cet objet existe aussi bien dans le cas des sociétés commerciales que dans celui des entreprises en nom personnel.

C’est un argument suffisant pour en faire la base 100 de la normalisation de la publicité des taux de profit sur capital. Une caractéristique que doit, en effet, avoir cette publicité est de valoir pour toutes les sortes d’entreprise car le marché du capital a un périmètre plus étendu que celui du seul capital social.

5. Dans une entreprise en société, le taux de profit sur capital exploité et le taux de « dividende » par rapport à la valeur exploitée par action sont les mêmes.

Le numérateur et le dénominateur du second taux sont le résultat de la division de ceux du premier par le nombre d’actions.

6. Les taux annuels de profit sur capital exploité se prêtent non seulement à leur comparaison directe entre eux mais aussi avec des taux annuels d’intérêt.

Tous ces taux sont des prix. Or il n’y a vraiment concurrence marchande que là où il y a comparaison facile des prix : plus cette facilité est réduite et moins la concurrence pousse à la discipline des prix.

Il n’y a que par trop approximativement « économie de marché » quand à son organisation manque une norme de publicité des taux de profit sur capital, symétrique à ce qu’est pour les intérêts le TEG, taux effectif global.

7. Un « dividende » servi sans indication de son taux par rapport à la valeur exploitée par action acquitte un prix sans dire quel est ce prix.

Ce manquement rend la concurrence, sur le seul marché du capital en première analyse, moins régulatrice que ce qu’elle devient quand il y est mis fin en le comblant. Toujours en première analyse, ce comblement rend service aux actionnaires et aux propriétaires d’entreprise en nom propre.

8. La manière d’annoncer les prix du placement en capital est un élément important d’organisation économique.

À tout pourcentage de profit P sur capital C correspond un coefficient C/P. Par exemple, à un profit sur capital de 5 % l’an correspond un coefficient de 20, 100/5. Selon que le pourcentage augmente ou baisse, le coefficient varie en sens contraire. Un Price Earning Ration (PER) est un coefficient de cette sorte.

La préférence donnée à P/Ce, avec Ce pour Capital exploité, ou Cb/P, avec Cb pour Capitalisation boursière, ne revient pas au même. La préférence pour P/Ce, y compris pour les sociétés dont les titres sont cotés en bourse, va de pair avec la volonté de l’incitation aux placements en capital pour les rentes qu’ils procurent et le service d’intérêt général qu’ils constituent. La mise en avant de Cb/P va, elle, de pair avec la priorité donnée à la recherche de plus-values sur le marché des valeurs mobilières.

9. Pour compléter ou remplacer un régime de retraite par répartition par des rentes du placement en capital, une condition évidente s’impose.

Il faut que, dans le stock national de capital, la proportion de capital-qualité-retraite soit assez élevée. Il faut donc encourager le service du revenu, sous contrainte de la conservation de la valeur d’échange de l’épargne placée.

La normalisation de la publicité du taux de profit sur capital ici prescrite est de nature à y contribuer.

10. Le taux moyen de profit sur capital est directeur.

Conjointement à d’autres paramètres mais d’une façon qui ne peut pas être accessoire, le taux moyen profit sur capital est, pays par pays, directeur en partie du taux d’épargne par rapport au revenu global, plus complètement de la part de cette épargne qui est placée en capital. Ce faisant, il est directeur en partie de ce qui résulte de ce taux, plus complètement de ce qui résulte de cette part.

C’est considérable. Dans ce résultat, il y a rien de moins que l’emploi, ainsi que le chapitre suivant le montre analytiquement.

11. La position prise à l’égard de la normalisation des taux de profit sur capital est révélatrice d’un choix.

De plus en plus, échec historique de l’économie planifiée aidant, les alternatives de ce choix commencent de la même façon : « Je suis d’accord pour que toute une part de l’économie soit de marché ». Puis elles divergent : « Je suis d’accord / ne suis pas d’accord pour que les taux de profit sur capital participent ouvertement, grâce à la normalisation qui en facilite les comparaisons, à la régulation de cette part de l’économie ».

12. Où sont les arguments recevables en faveur du « pas d’accord » ?

Comment se peut-il que le « capitalisme » où le « pas d’accord » prévaut ne soit ou devienne pas un régime sous la coupe de ceux qui ont intérêt à ce que la concurrence y soit lacunaire et, au fil du temps, en peau de chagrin ?

6.7. Disons de l’un des taux de profit qu’il est une « rentabilité » et de l’autre une « profitabilité ».

1. D’une part, le profit est la rémunération du placement en capital.

D’autre part, le profit est obtenu au moyen de ventes, lesquelles, portant toutes sur des marchandises composées, sont effectuées par la mise en œuvre des actifs financés par un passif dont un capital fait partie. C’est pourquoi il existe deux taux significatifs de profit.

2. Ces deux taux ont le même numérateur, le profit, et des dénominateurs différents.

Pour l’un, le dénominateur est le capital dont le profit rémunère la fourniture. Pour l’autre, le dénominateur est le montant des ventes ou d’un autre flux tel qu’une marge grâce auquel le profit a été obtenu.

3. Un moyen littéraire évite la confusion à laquelle l’expression « taux de profit » expose.

Ce moyen consiste à qualifier le taux de profit considéré. Il s’agit, en effet, soit de taux de profit sur capital, soit de taux de profit sur vente ou « valeur ajoutée », soit de tous les taux de profit en l’absence de leur qualification « sur … ».

4. Il y a également le recours à l’algèbre.

Avec C de Capital, V de Ventes ou de Valeur élémentaire, P de profit : ») :

P / C : taux de profit sur capital : rentabilité du capital ;

P / V : taux de profit sur ventes ou « valeur ajoutée » : profitabilité de l’activité commerciale considérée.

5. Ce recours à l’algèbre facilite deux observations.

1) Les taux de profit P / C et P /V ayant le même numérateur, il existe un troisième terme V / C qui commande leur rapport : P / C = P / V fois V / C.

2) Rien n’autorise à admettre qu’un taux de profit P / C varie en toute circonstance dans le même sens que le taux de profit P / V correspondant. Du fait de leur relation V / C, il y a, tout au contraire, lieu de s’attendre à ce que la tendance de longue période qui affecte l’un ne soit pas la tendance qui affecte l’autre.

6. Le profit étant une marge quand il est le reste d’une différence, remarquons l’existence de deux familles de taux de marge.

L’une de ces familles est celle des taux de marge sur stock. L’autre est celle des taux de marge sur flux.

Un taux de profit sur capital est un ratio de la famille des taux de marge sur stock. Un taux de profit sur ventes est un ratio de la famille des taux de marge sur flux.

7. L’emploi du mot « rentabilité » pour désigner aussi bien un ratio de la première famille que de la seconde prête à confusion.

Un moyen d’y pallier use du mot « rentabilité » en le faisant suivre d’un qualificatif. Les taux de marge sur stock, et avec eux les taux de bénéfice et de profit sur capital, sont dits être des « rentabilités financières ». Les taux de marge sur flux, et avec eux les taux de bénéfice et de profit sur chiffre d’affaires, sont dits être des « rentabilités commerciales » ou « économiques ».

8. Ces qualifications sont préjudiciables et inefficaces.

Ces qualifications sont préjudiciable parce qu’elles incitent à tenir pour vraies des fausses oppositions. Le financier est, pour le meilleur et pour le pire, un sous-ensemble strict de l’économique. Ce qui est commercial n’est pas non financier, même en cas d’apports en industrie et de troc.

Ce moyen est inefficace parce que cette qualification est souvent omise. Au moyen de cette omission, très nombreux restent les cas dans lesquels une marge exprimée en proportion d’un stock ou d’un flux continue à être appelé « rentabilité » tout court. Et c’est ainsi que les faibles taux de marge de ventes sont tenus pour être les moins rentables alors qu’il arrive souvent qu’ils le sont le plus.

9. Mieux vaut n’appeler « rentabilité » que les ratios de la famille des marges sur stock et « profitabilité » que les ratios de la famille des marges sur flux.

Dans cette convention, un bénéfice et un profit sur capital sont des rentabilités, comme un taux de marge brute sur stock de marchandises à revendre en l’état. Ce même bénéfice ou profit sur chiffre d’affaires ou « valeur ajoutée » est une profitabilité, comme un taux de marge brute sur prix d’achat ou de vente.

Nous constaterons plus avant que ces définitions de la rentabilité et de la profitabilité aident beaucoup à dégager plusieurs lois économiques de toute première importance.

Plus évidemment, ces définitions aident, en entreprise, à éviter des erreurs de gestion. Les profitabilités les plus basses ne sont plus assimilées aux rentabilités les plus basses. La recherche de ces dernières est plus volontiers orientée vers les offres de plus forte profitabilité.

6.8. La publicité des taux moyens de profit sur capital incombe aux pouvoirs publics.

1. Un ratio est une valeur relative économiquement significative.

Tout ce qui est ci-dessus admis sur le capital et le profit fait partie de ce qui est à prendre en compte pour rendre ces ratios conceptuellement pertinents et, partant, statistiquement justes dans la limite des marges d’erreurs inhérentes à l’usage d’échantillons.

2. La nationalité des entreprises est fonction du lieu de leur siège.

La nationalité des profits est celle des entreprises qui les ont servis, quelle que soit la nationalité des épargnants qui reçoivent ces profits.

3. Quand une entreprise ne sert pas de profit, la rentabilité de son capital n’est jamais négative.

Cette rentabilité est alors toujours nulle, bien qu’il soit tentant de considérer qu’elle est négative quand l’entreprise perd de l’argent. Revoir au besoin, sur ce point, ce qui oblige à reconnaître que pertes et profits ne sont pas économiquement symétriques : argument 8 de la proposition 6.2.

4. Illustrons cette propriété des taux moyens de profit sur capital.

Soit deux entreprises dont le capital de début d’exercice est de même montant. Au titre de cet exercice, l’une sert du profit à hauteur de 8 % de son capital, l’autre fait des pertes à même hauteur. La rentabilité moyenne du capital pour ces deux entreprises est de 4 % et non pas de 0 %.

5. Dans tout pays, il existe une rentabilité moyenne du capital.

Pour autant que la distribution de la totalité des bénéfices soit devenue de règle, d’année en année la rentabilité moyenne du capital des entreprises de tout pays fluctue. Cela se produit sans que sur longue période (plusieurs générations) une baisse tendancielle, annonciatrice d’une économie de marché restant viable sans profit, se fasse jour (la question des tendances divergentes qui affectent normalement la rentabilité moyenne du capital et la profitabilité moyenne des entreprises est examinée au chapitre suivant).

6. De quoi ces fluctuations peuvent être mieux régulatrices dès lors qu’elles sont connues ?

Pour répondre à cette question, il faut supposer connue et largement diffusée, année après année, la rentabilité moyenne du capital des entreprises du pays considéré. La théorie de l’emploi et la théorie de la répartition des revenus entre ceux des placements et du travail, quand elles sont articulées sous cette supposition, établissent que de la connaissance largement répandue de la rentabilité moyenne du capital d’un pays et de ses fluctuations est cybernétiquement essentiel et socialement faste. C’est au point qu’il apparaît alors que les pouvoirs publics qui tiennent cette connaissance largement répandue pour auxiliaire en économie de marché – et, à plus forte raison, pour négligeable – commettent une faute de diligence et que cette faute est lourde par ses conséquences.

7. De quoi les rentabilités moyennes du capital par secteur d’activité des entreprises de même nationalité est-elle régulatrice ?

Que les hôpitaux (qui sont tous de fait des entreprises) soient chroniquement moins rentables que l’industrie pharmaceutique ou les compagnies d’assurance et qu’il en aille de même des exploitations agricoles et de « la grande distribution » ou de la construction automobile n’est pas sans conséquences. D’une part les rentabilités sectorielles du capital menacent des emplois et compriment des revenus quand elles sont sensiblement inférieures à la moyenne nationale. D’autre part les rentabilités sectorielles du capital qui sont sensiblement supérieures à la moyenne nationale signalent des marges plus élevées que ce qu’une meilleure organisation de la concurrence produirait.

8. Dans cette meilleure organisation, il y a celle de la concurrence de toutes les entreprises entre elles sur le marché de leur financement permanent.#81

Qui dit marché, en l’occurrence du placement en capital contre profit périodique, dit prix et qui dit concurrence dit prix rendus directement comparables. Si, entreprise par entreprise, les taux de profit sur capital font partie du secret des affaires et si la rentabilité moyenne du capital par secteur d’activité et tous secteurs confondus des entreprises de même nationalité sont un point aveugle de l’appareil statistique et des coups de projecteur des médias, le moins qu’on puisse dire est que l’organisation générale de la concurrence reste par trop lacunaire.

Mais il y a un autre argument, encore plus décisif.

9. Supposons les activités d’un pays réparties en deux secteurs.

Admettons que la rentabilité moyenne du capital est dans le secteur 1 de 4 %, dans le secteur 2 de 12 %, ces deux secteurs réunis de 7 %. Si la rentabilité moyenne du secteur 2 est abaissée à cette moyenne, ce secteur reste attractif pour le placement en capital. Si, en même temps, la rentabilité moyenne du secteur 1 est relevée jusqu’à devenir égale à la moyenne de 7 %, ce secteur devient plus attractif pour le placement en capital. Au final, c’est plus de capital, et non pas autant qu’avant, qui devient mobilisable grâce à l’égalisation des rentabilités sectorielles du capital des entreprises de même nationalité.

Par un calcul algébrique d’optimisation, il se démontre que ce qui vaut à cet égard pour deux secteurs vaut pour autant de secteurs qu’il convient aujourd’hui d’en distinguer dans le pays considéré. D’où la généralisation que le sous-titre suivant résume.

10. La réduction de la dispersion des taux sectoriels de profit sur capital favorise la croissance du stock national de capital.

Rien que ce constat suffit à justifier l’attribution de l’estimation et de la publicité des rentabilités moyennes du capital, ou taux moyen de profit sur capital, aux pouvoirs publics. Il la faut, en effet, cette mesure d’organisation car, en rendant l’incessant rapprochement des taux de profit sur capital de leur moyenne nationale plus actif, elle favorise l’augmentation du stock national de capital et l’emploi supplémentaire que cette augmentation donne le moyen de créer.