Chapitre 7 - L'emploi

Le plein-emploi dépend d'une relation dans laquelle interviennent le profit et le capital. Cette relation macronomique est ici appelée EPCEEmploi, Profit, Capital, Emploi. Son plein-exercice est affaire de volonté politique.

7.1. L’aspiration économique socialement primordiale a pour objet l’emploi.

1. La définition de cet objet fait partie du sens donné au quotidien aux expressions « avoir un emploi » et « avoir du travail ».

Ce sens fait référence à l’échange qui a pour termes le service du travail et sa rémunération (nous ne revenons pas ici sur le caractère toujours marchand de cet échange : chapitre 2). Dans ce contexte, « un emploi » désigne un contrat d’échange de cette sorte, « l’emploi », l’ensemble de ces contrats.

2. Le sous-emploi structurel est une machine à dupliquer des inégalités croissantes.

Le chômage endémique ne dégrade pas seulement les relations d’employés avec leurs employeurs et des vies familiales. C’est, de proche en proche, l’ensemble de la vie économique et plus largement sociale qui est affectée.

3. Le corps social ne se laisse pas durablement aller à l’illusion que davantage de solidarité est plus qu’un palliatif partiel à trop peu d’emplois.

Le sens commun ramène sans cesse à l’évidence que ce davantage de solidarité associé à ce trop peu d’emplois est facteur d’amoindrissements de dignités et d’appauvrissements contagieux.

4. Le corps social aspire au plein-emploi.

Le corps social aspire à ce que ses membres en âge et capacité de tenir un emploi mettent peu de temps à trouver le premier puis, le cas échéant, à en retrouver un auprès d’un autre employeur.

5. Le corps social aspire également à l’élévation de la qualité des emplois.

Le corps social veut des emplois de mieux en mieux rémunérés et de meilleures autres conditions de travail. Les argumentations visant à établir qu’ici et maintenant cette aspiration ne peut pas être satisfaite pour un grand nombre de ses membres n’y changent rien. C’est à la levée de cette impossibilité, incompatible avec ses intérêts les plus légitimes, que le corps social aspire.

6. Autrement dit, l’aspiration économique socialement primordiale a deux volets quantitatifs et un volet qualitatif.

Les deux volets quantitatifs sont le plein-emploi et la progression du pouvoir d’achat des salaires. Le volet qualitatif est l’amélioration des autres conditions de travail.

7. L’aspiration économique socialement primordiale est aussi l’aspiration sociale économiquement primordiale.

Quand, pour une raison quelconque, le travail en échange de sa rémunération devient moins recherché par une partie grandissante de la population en âge et capacité de s’y livrer, la pratique des échanges marchands s’en trouve ralentie quelles que soient les ressources financières mobilisées pas les entreprises.7

Dans toute la suite de cet ouvrage, il est fait référence à l’aspiration économiquement et socialement primordiale par les deux mots « aspiration primordiale », sans changement de sens par rapport à ce qui vient d’être admis.

8. Davantage ou moins de satisfaction de l’aspiration primordiale fait le succès ou l’échec principal d’une politique économique.

Il y a une priorité suprême dans ce que la science économique doit élucider et ce que la politique économique doit produire. La satisfaction de l’aspiration primordiale est cette priorité.

9. Soit une société dont aucune consommation n’est celle du stock épuisable d’une ressource naturelle.

L’environnement est, dans cette société, admirablement respecté et entretenu, supposons-le. Mais le sous-emploi d’une partie de la population en âge et capacité de travailler en échange d’un salaire y est chronique. Cette société écologiquement exemplaire est en état d’échec économique. Les pauvres y sont plus pauvres qu’ils le seraient sans le sous-emploi chronique.

10. Il n’y a pas de limite à la satisfaction de l’aspiration primordiale.

Même quand il y a plein-emploi, les salariés restent dans l’attente de : 1) l’élévation du pouvoir d’achat des revenus du travail ; 2) l’écart, jugé ici et maintenant convenable par la subjectivité collective, entre les plus hauts et les plus bas de ces revenus ; 3) l’amélioration des autres conditions de travail.

11. La satisfaction de l’aspiration primordiale ne serait pas inscrite dans la dynamique de l’économie de marché.

Le moteur de cette dynamique serait la recherche du maximum de profit et de plus-value. Son régulateur principal serait la loi de l’offre et de la demande. Le moteur ferait qu’il n’y aurait d’augmentation des petits et moyens salaires que juste suffisante pour alimenter la consommation de masse, réputée indispensable à la stimulation de l’esprit d’entreprise.11

12. Il faudrait laisser les petits et moyens salaires s’établir à des niveaux assez bas pour que l’offre et la demande d’emplois s’égalisent.

Il faudrait donc aussi juxtaposer à l’économie marchande un dispositif fiscal assez renforcé pour procéder massivement à de la redistribution. Mais c’est alors en passant outre à ce que la thèse de la viabilité sociale partielle de l’économie marchande a d’irrecevable parce qu’elle est une pétition de principe.

13. Encore faut-il prêter assez d’attention à la faute appelée « pétition de principe ».

Dans la thèse de la viabilité sociale partielle de l’économie de marché, les principes économiques les plus généraux sont postulés pour ensuite, notamment quand il s’agit d’en tirer une vulgate et des prescriptions de politique économique, les tenir pour démontrés sans qu’en vérité ces démonstrations aient été produites. Comme tout dictionnaire de la langue française l’indique, c’est typique d’une « pétition de principe », expression traduite du latin par la Logique de Port-Royal » (1662) pour désigner en français le « raisonnement vicieux qui tient pour acquise une chose qu’il s’agit de démontrer » (dictionnaire historique de la langue française Le Robert, 1992).

14. Le présent chapitre renforce la démonstration du caractère captieux d’une prémisse.

Cette prémisse est le « (maximum de) profit but de l’entreprise ». Dans ce qui la rend captieuse (fallacieuse, spécieuse, imaginaire), il y a que la suffisance de la rémunération du capital et ses conditions d’établissement sont démontrables par des observations que la suite de ce chapitre expose.

15. Les deux chapitres suivants établissent que l’autre prémisse est elle aussi captieuse.

L’autre prémisse du raisonnement qui conduit à la conclusion qu’il faut laisser les salaires s’établir aux niveaux qui égalisent l’offre et la demande d’emplois, quitte à compléter par des subventions aux salariés les plus faiblement rémunérés, est contenue dans la conclusion de ce raisonnement : la loi de l’offre et de la demande postulée active et dominante dans tout l’univers des échanges marchands.

Le chapitre qui suit celui-ci établit que la répartition du revenu global entre le revenu total des placements et le revenu total du travail n’est pas régie par une égalisation entre une offre et une autre offre – par définition de l’échange marchand, il n’y a en contrepartie d’une offre qu’une autre offre, tant et si bien que l’élévation de la demande au rang d’une catégorie générale distincte est imaginaire.

Puis, aussitôt après le chapitre sur la répartition, celui sur le salaire établit que les inégalités de rémunérations du travail n’ont pour cause qu’accessoire et assez souvent inopérante des insuffisances et des excès d’offres de service de demandeurs d’emploi.

16. Des vues, qui ont fait d’autant plus illusion qu’elles sont mathématisables, s’en trouvent congédiées.

Le poids politique de ce congédiement est considérable. Pour élever le plus possible le degré de satisfaction de l’aspiration économique socialement primordiale, une toute autre orientation que la baisse du « coût du travail », le « traitement social du chômage » et la relance par l’endettement est à prendre et maintenir, gouvernement après gouvernement.

7.2. Les augmentations de capital sont le moyen le plus sain d’augmentation par les entreprises du nombre d’emplois.

1. Un moyen plus sain que tout autre s’établit par comparaison.

Deux entreprises ou deux ensembles d’entreprises, puis deux économies nationales, sont comparées une décennie durant. Au début de la décennie, les deux taux de capitalisation (moyens dans le cas des ensembles d’entreprises et des économies nationales) sont identiques ou plus rapprochés qu’ils ne vont le devenir. Dans le premier tiers de la décennie, l’un de ces taux augmente beaucoup, par nettement plus de mobilisation d’épargne placée en capital que de recours à du crédit. L’autre taux de capitalisation reste, lui, stable ou diminue. Tout au long de la décennie, le taux sensiblement relevé est maintenu ou encore augmenté.

2. Si la comparaison porte sur deux entreprises ou ensembles d’entreprises, les résultats de fin de décennie en matière d’emploi sont le plus souvent très différents.

Dans la première moitié de la décennie environ, les bilans ont pu croître dans la même proportion et cette croissance a pu avoir à peu près le même effet sur l’emploi. Après, il y a décrochage. Le taux de capitalisation le plus élevé se révèle plus approprié à l’élargissement et à l’ouverture de débouchés pourvoyeurs d’augmentations des ventes à marge suffisante, et partant aux reconversions à temps face aux débouchés en train de se fermer. Plus de fonds de roulement fait des dirigeants qui, plus sereins car moins rivés au court-terme, recrutent plus volontiers en contrats à durée indéterminée.

Provenant d’un supplément d’épargne placée en capital, l’élévation d’un taux de capitalisation a sur l’emploi un effet qui va dans le même sens que si ce supplément avait été affecté à la création d’une nouvelle entreprise ou de plusieurs. Ce sens est incontestablement positif bien qu’il ne soit pas encore d’usage, en science et politique économiques, d’en tirer l’entière conséquence.

3. Si la comparaison porte sur des économies nationales, les résultats sur l’emploi sont les mêmes.

Ce qui vaut pour deux entreprises ou ensembles d’entreprises vaut pour des économies nationales. L’élévation du taux moyen de capitalisation dans l’une, alors que ce même taux se maintient ou s’effrite dans l’autre, a pour effet à peine différé que dans l’une la satisfaction de l’aspiration primordiale progresse alors que dans l’autre elle stagne ou régresse.

4. Ce qui se passe dans un pays où le manque d’emplois sévit révèle l’existence de deux lois économiques.

La population de ce pays cherche par tous les moyens à sa disposition à y créer de nouvelles entreprises, fussent-elles le plus fréquemment très précaires et très faiblement rémunératrices (se mettre à exercer un « petit métier » de rue est créer une entreprise). Une loi économique est à l’œuvre et en actionne une autre : la réduction de cette précarité et de cette faiblesse ne s’obtient que par plus de financement à proprement parler permanent, c’est-à-dire de capital, et relativement moins d’endettement pour la réussir.

7.3. L’existence d’une relation entre stock national de capital et état de l’emploi est certaine.

1. Un stock national de capital est un agrégat réel.

Dans un pays, des entreprises exercent tout ou partie de leurs activités et y sont domiciliées. La somme des fonds permanents qui, aux passifs de leurs bilans, appartiennent à leurs propriétaires et ne sont pas du quasi-capital constitue le stock de capital de ce pays.

2. Deux impossibilités établissent l’existence d’une relation entre ce stock et l’état de l’emploi.

Pour que cette relation n’existe pas, il faudrait en premier lieu que les créations et les expansions d’entreprises de toute taille au seul moyen d’apports en capital, pour ce qui est de leurs ressources financières à plus d’un an, ne soient pas créatrices d’emploi chaque fois que leur activité le nécessite.

Il faudrait, en second lieu, qu’à l’échelle de pays entiers aucune corrélation ne puisse être observable entre le stock national de capital par tête d’habitant et le degré de satisfaction de l’aspiration primordiale.

3. La baisse de la teneur en emplois directs d’une augmentation du stock national de capital ne peut être qu’asymptotique.

De plus en plus de machines et, comme cela se dit désormais en agriculture d’intrants, fait baisser dans maints secteurs d’activité le nombre d’emplois directement créés au moyen de nouvelles mobilisations de ressources financières à plus d’un an par les entreprises. Ce n’est pas pour autant que ces apports financiers en viendront à ne plus être directement créateurs d’emplois. C’est bien, en revanche, à cause de cette baisse que plus de machines et d’intrants rend nécessaire davantage de mise en capital, sauf à ce que plus d’équipement devienne une source de dysfonctionnements systémiques par excès de recours à l’endettement.

4. La relation entre la croissance de l’endettement des entreprises et leur création d’emplois existe aussi.

Mais cette croissance, quand elle est plus forte que celle du stock de capital a une limite fatale. Hors sa petite part, toutes entreprises confondues, constituée par des obligations directement souscrites par des épargnants, elle est fournie par des banques commerciales et d’autres entreprises (crédit fournisseur). Inexorablement le seuil de trop d’insolvabilités se rapproche puis est franchi.

5. Alors l’emploi recule cependant que plus de capital n’a pas cet effet.

Ce que nous appelons les « crises du capitalisme » sont, pour l’essentiel, des excès de recours à l’endettement qui provoquent la formation d’une chaîne de manques d'autonomie. Une baisse de la satisfaction de l’aspiration primordiale ne peut qu’en résulter, dans un cortège de drames personnels dont la multiplication déprime le corps social.6

6. L’inclination au « soutien de la demande » par la désépargne élude une évidence.

L’épargne dépensée en achats à des entreprises soutient l’activité marchande. L’épargne placée en capital la soutient tout autant dans un premier temps puis plus longuement. Dans un premier temps, c’est parce que ces placements financent des achats à des entreprises et abondent des fonds de salaire permettant de créer des emplois. Plus longuement, c’est à cause des fonds de salaire : ils participent au maintien des emplois qu’ils ont permis de créer et qui, par la dépense des salaires correspondants, alimente les ventes des entreprises.

7. La relation entre le capital et l’emploi vient au premier rang des réalités économiques sur lesquelles l’exercice du pouvoir politique doit être centré.

Tant que ce centrage n’est pas instauré, le corps électoral reste, à juste titre, habité par une intuition : les élus aux plus hautes fonctions et les grands commis de la fonction publique et de la finance ne font pas ce qui est en leur pouvoir afin que davantage de satisfaction de l’aspiration primordiale soit obtenue.

8. Sur le marché de l’emploi apparaît très nettement ce qu’a d’artificieuse la distinction entre offre et demande en matière d’échange marchand.

Un employeur qui recrute offre du salaire et demande de l’ouvrage. Le travailleur qui vient à un entretien d’embauche offre de l’ouvrage et demande du salaire. Tant que dure le contrat qui oblige réciproquement un employeur et un employé, ce qui s’échange est une offre de salaire contre une offre d’ouvrage aussi bien qu’une demande de salaire contre une demande d’ouvrage.

9. La problématique de l’emploi a conduit à la notion d’ « employabilité » : la capacité d’un individu à être employé.

Mais ce n’est là que l’une des deux faces de cette problématique. De l’autre face, il est souvent dit qu’elle est celle « l’offre d’emploi ». C’est cependant une convention boiteuse. Qui se juge employable et le fait savoir à un employeur fait bel à bien à ce dernier une offre d’emploi… ou, comme on voudra, une demande d’emploi.

10. Au côté de l’employabilité, il y a de fait l’ « employeurabilité » : la capacité d’une entité à employer.

Que l’employeurabilité d’une entreprise ne dépende pas que de son taux de capitalisation ne fait aucun doute. Elle n’en dépend pas moins principalement, au rebours de la préférence créditiste pour le minimum de capital et le maximum de crédit dans le financement des entreprises, plus néfaste que faste par ses conséquences.

11. Mettre l’accent davantage sur l’employabilité que sur l’employeurabilité est partial.

Cela procède de l’idée que c’est d’abord aux individus de s’adapter aux employeurs. En réalité il est nécessaire que l’adaptation soit premièrement celle des emplois aux individus et, en réciprocité, des individus aux emplois qui leur sont fournis.

12. Ne pas prendre ces choses dans cet ordre est contreproductif.

Il n’y a pas un droit des employeurs à se faire fournir par un système de formation des employés sur mesure. Il y a un devoir des employeurs à former, à partir de leurs appréciations équitables (Fayol) des prédispositions et des acquis des individus qu’ils prennent la responsabilité d’employer.

Un faible taux de capitalisation nécessite de l’entreprise qu’elle se décharge le plus possible de ce devoir sur la collectivité en général et sur son appareil de formations initiales et complémentaires en particulier.

13. Il y a un premièrement et un deuxièmement dans une politique nationale de l’emploi économiquement réaliste.

Le premièrement est le centrage sur l’employeurabilité des entreprises. Ce centrage comprend l’attention portée à la relation entre le stock de capital et l’état de l’emploi.

Le deuxièmement est la multitude des impulsions qui améliorent l’employabilité et ne peuvent être qu’en partie institutionnalisées par les pouvoirs publics parce que le bien commun commande qu’en règles générales les individus soient considérés comme devant se prendre en charge et les finances publiques soient gérées comme une famille qui par principe exclut le surendettement.

14. Ce premièrement met la science économique face à un devoir majeur.

Il existe ou il n’existe pas dans la cybernétique que l’échange de propriétés cessibles tend à établir et faire fonctionner une autorégulation dont le plein exercice a pour objet l’emploi vu sous le jour de la capacité des entreprises à en créer autant que la population en demande. Un devoir majeur de la science économique est d’élucider ce point.

15. Chercher cette élucidation dans des statistiques est méthodologiquement inadéquat.

L’économétrie est inévitablement le produit d’une théorisation de l’économie. Si cette théorisation ne comporte pas très explicitement la spécification d’une autorégulation dans laquelle le stock national de capital stricto sensu (1 ci-dessus) et l’état de l’emploi interagissent ou sont susceptibles d’interagir, alors c’est à la place un faisceau d’autres facteurs qu’elle met en avant en faisant peu ou pas du tout cas de cette interaction.

16. Il y a pire

On passe à de l’absurde avec l’affirmation qu’il n’y a pas de relation entre le stock national de capital stricto sensu (1 ci-dessus) et l’état de l’emploi pays par pays « parce que » les statistiques ne rapprochent pas la variation de ce stock par habitant de celle de cet état. En vérité et à notre connaissance, les statistiques macronomiques ne rapprochent pas encore cette variation et cet état.

7.4. Le niveau du stock national de capital peut être le principal déterminant de la hauteur du stock d’emplois.

1. Cette possibilité varie selon le taux moyen de capitalisation.

Plus, dans un pays, la moyenne des taux de capitalisation est élevée, plus le stock national d’emplois dépend du stock national de capital.

2. En première approche, ce n’est que le stock d’emplois par les entreprises qui dépend plus ou moins du stock de capital.

Mais dès que les entreprises offrent autant d’emplois qu’il en est cherché auprès d’elles, un plein-emploi susceptible de durer est rapidement instauré. Seul, en effet, l’emploi en entreprise est de nature à instrumenter des ventes qui, à cause des revenus qu’elles procurent, permettent de l’accroître ailleurs qu’en entreprise puis de le maintenir sans, à cause de cela, creuser des déficits structurels.

3. Les conséquences qualitatives d’un taux moyen de capitalisation nettement supérieur à 50 % sont également à prendre en considération.

Les conditions de travail, davantage qu’il semble que ce soit jusqu’à présent couramment admis, dépendent d’une façon qui n’est pas marginale du tout de l’état des finances de l’employeur – de la structure du bilan principalement quand l’employeur est une entreprise. Les trésoreries chroniquement trop étroites sont sources de tensions et de reports à plus tard. Aux « flux tendus » sont forcément appariés, sans jeu de mot, des tensions mentales et de moins bons services aux clients.

4. En entreprise, plus le taux de capitalisation est élevé, plus les échéances se font facilement.

C’est tout au moins le cas en régime de croisière. La qualité de vie au travail s’en ressent. Les tenants du minimum de capital afin d’en maximiser la rentabilité n’aiment pas qu’on le leur rappelle.

5. Plus largement, la qualité des relations commerciales, et comme à leur image celle de bien d’autres relations sociales, sont en bonne part sous la coupe du taux moyen de capitalisation.

Les tenants de l’analyse économique et du management et de l’action politique par de la psychologie d’abord et enfin n’en ont généralement pas cure. Cela ne fait pas partie des histoires que ce parti pris donne l’assurance de pouvoir raconter pour mieux s’en persuader.

7.5. La variation du taux moyen de profit sur capital participe à la variation du stock de capital.

1. La relation entre ces deux variations n’est pas rigide.

Cela provient de deux faits. Percevoir du profit et placer de nouveau sont deux actes différents. Le montant annuel des placements en capital peut être, selon les appels des entreprises à ces placements, supérieur ou inférieur au montant annuel des profits.

2. Quand l’attrait du placement en capital est-il nettement affecté par une variation du taux moyen de profit sur capital ?

Dans les paramètres à prendre en compte, il y a la durée sur laquelle le changement de rendement du placement en capital a été constaté. Il semble qu’on puisse s’attendre à ce que cette durée soit le plus souvent comprise entre trois à sept ans, selon que ce changement a été plus ou moins important.

3. Une hausse du taux moyen de profit sur capital incite les épargnants à placer davantage en capital.

La création et la croissance d’entreprises en sont favorisées. Du coup, la concurrence entre les entreprises sur leurs débouchés s’intensifie. De plus, avec moins ou plus du tout de chômage structurel, les salaires augmentent davantage que dans la précédente phase de ce cycle. Les marges en valeurs relatives (profitabilité, rentabilité) se tassent. Pour cette phase, la hausse du taux moyen de profit sur capital prend fin.

4. Les entreprises devenues structurellement déficitaires ou trop faiblement rentables sont fermées ou reconverties.

Celles de ces reconversions qui se révèlent réussies ralentissent, voire conjointement à des créations d’entreprises qui se révèlent elles aussi réussies, retournent la baisse ou la stagnation du taux moyen de profit sur capital en une hausse.

5. Avant ce retournement, le stock national de capital, après avoir possiblement baissé, augmente moins que pendant la phase précédente.

L’attirance des épargnants vers le placement en titres de copropriété des entreprises est moindre que ce qu’il a été parce que son rendement moyen a baissé.

6. Les tendances de longue période des taux moyens nationaux de profit sur capital et des stocks nationaux de capital sont différentes.

Sur une période d’au moins cinquante ans d’une économie nationale où le pouvoir d’achat des bas salaires a sensiblement augmenté, la tendance qui affecte le taux moyen de profit sur capital est une oscillation. Graphiquement représentée, la tendance autour de laquelle ces oscillations se produisent est la stabilité.

Pour, dans le même cas, le stock national de capital, hors des catastrophes qui ont pour conséquence son effondrement temporaire, la tendance est à la hausse.

7. La baisse tendancielle des taux de croissance est, elle, normale.

Le pourquoi de cette normalité et une considération fiscale attenante font l’objet de l’argumentation de la proposition 1.12.

8. La priorité donnée à la plus-value des placements en capital plutôt qu’à leur rendement distend la relation entre le taux moyen de profit sur capital et le stock de capital.

Cette priorité, qui à la limite là où elle sévit fait disparaître cette relation, prend appui sur l’assimilation d’intérêts particuliers à l’intérêt général. Dans la mesure où il est réalisable de faire d’un plus fort taux de capitalisation un instrument principal d’un fort taux d’emploi, cette assimilation est abusive.

La négligence de la possible normalisation de la publicité des taux de profit sur capitalet la non moins possible production de leurs moyennes nationales (par secteur, tous secteurs confondus) vont dans le même sens.

7.6. L’état de l’emploi tend à être un déterminant principal de la variation du taux moyen de profit sur capital.

1. La variation d’un taux moyen national de profit sur capital tend à être haussière quand il y a sous-emploi.

Le sous-emploi a pour effet de comprimer, voire de bloquer selon sa sévérité, l’augmentation de la plupart des salaires, voire de tous. Quasi mécaniquement, les taux moyens de bénéfice et de profit augmentent.

2. Les profits d’aujourd’hui sont les emplois de demain.

La tendance haussière du taux moyen de profit sur capital enrichit les rentiers par placements en capital, plus ou moins selon la pente et la durée de cette hausse. Mais avant de juger scandaleux cet enrichissement, il faut penser à la suite. Ces rentiers vont contribuer par leurs nouveaux placements à la création d’emplois.

3. La variation d’un taux moyen national de profit sur capital tend à être baissière puis insignifiante quand il y a plein-emploi.

Le plein-emploi a pour effet de favoriser l’augmentation des salaires. Quasi mécaniquement, les taux moyens de bénéfice et de profit baissent.

Cette baisse est asymptotique tant le plein-emploi dure. Elle vient, en effet, buter sur le seuil ci-après indiqué.

4. L’état de l’emploi ne peut pas être le seul déterminant de la hauteur du taux moyen de profit sur capital.

Les considérations suivantes exposent pourquoi.

5. Les placements en capital ont une autre fonction que le financement permanent des entreprises.

Cette autre fonction est de procurer des revenus qui sont, ou qui devraient pouvoir être, en plus ou moins grande partie des pensions de retraite par placements, en complément ou en substitution à de la retraite par répartition. Cette autre fonction est de nature à déterminer un seuil au-dessous duquel un taux moyen national de profit sur capital ne doit pas descendre pour qu’elle puisse être convenablement assurée.

6. L’importance de ce seuil ne doit pas être sous-estimée.

L’importance de ce seuil, élément nécessaire au plein-emploi et à son prompt rétablissement chaque fois qu’il est compromis, est accrue par le fait qu’en règle générale les individus placent une fraction croissante de leurs revenus dans la seconde moitié du parcours professionnel puis après. Assez d’épargne placée en capital en dépend beaucoup.

7. Le discours économique dominant affaiblit ou renforce les effets autorégulateurs des variations du taux moyen de profit sur capital dues à l’état de l’emploi.

Un moyen de s’en apercevoir est d’examiner la perspective qu’ouvre un discours économique dont l’un des centres de gravité est le plein exercice de la relation EPCE. En commençant par indiquer le sens donné à cet acronyme, les trois propositions suivantes procèdent à un examen de cette perspective.

7.7. Des réformes systémiques rendent la relation EPCE plus efficiente.

1. Dans l’abréviation « EPCE », le premier et le dernier E sont l’initiale du mot « Emploi ».

La lettre P étant l’initiale de « Profit », au sens univoque ci-dessus retenu (proposition 4.2), la lettre C est bien entendu l’initiale de « Capital », également au sens univoque ci-dessus retenu (proposition 4.1).

2. Deux pronoms suffisent à décrire en une phrase la relation EPCE.

L’état de l’emploi E participe à la variation du taux moyen sur capital de profit P qui agit sur la hauteur du stock national de capital C dont dépend l’état suivant de l’emploi E.

3. Les délais entre ces états différents varient selon le plus ou moins bon fonctionnement de la relation EPCE.

Ce plus ou moins bon fonctionnement fait que les périodes de sous-emploi sont raccourcies ou allongées, voir éternisées. Les périodes de plein-emploi sont au contraire allongées ou raccourcies, voir éliminées.

4. Les états successifs de l’emploi ont de multiples autres causes que le plus ou moins bon fonctionnement de la relation EPCE.

Mais l’enchevêtrement et la variabilité dans l’espace et le temps de ces autres causes laissent intacte une loi économique. Quand, dans une nation, sévit structurellement du sous-emploi subi, ce dernier ne peut être éliminé, sans effets pervers qui réduisent la durée de cette élimination, qu’au moyen, parmi d’autres cohérents avec lui, d’une augmentation du stock national de capital. C’est une conséquence du fait que les augmentations de capital sont le moyen le plus sain d’augmentation par les entreprises du nombre d’emplois (proposition 4.3.2).

5. La non distribution par les entreprises de la totalité de leurs bénéfices entrave le fonctionnement de la relation EPCE.

Alors que la distribution de la totalité des bénéfices des entreprises est sensée (proposition 4.2.4), la distribution partielle a deux effets. Les taux de profit sur capital s’en trouvent amoindris et lissés.

Ces amoindrissements sont ceux de toutes les régulations qui ont pour détecteurs les taux de profit sur capital. Or ces régulations sont plus efficientes que celles qui ont pour détecteurs les taux de bénéfice des entreprises. Cela provient du fait que le profit, tel qu’ici défini (proposition 4.2), se palpe, au sens littéral et familier de ce verbe, par ceux non seulement qui en touchent mais aussi qui sont susceptibles d’en toucher – potentiellement tous les adultes et toutes les associations non commerciales qui épargnent.

6. Les profits sont lissés quand ils varient, d’un exercice à l’autre, dans une moindre proportion que les bénéfices d’où ils proviennent.

Quand ce lissage est généralement pratiqué, la variation du taux moyen de profit sur capital est décalée par rapport à celle du taux moyen de bénéfice sur la même base. Ce décalage entraîne celui des régulations dont les taux de profit sur capital sont les détecteurs les plus efficients.

7. Pour le bon fonctionnement de la relation EPCE, les pertes passées en reports à nouveau sont potentiellement dommageables.

Quand, pour une entreprise, le résultat de l’exercice est une perte, de fait le capital a été amputé du montant de la perte pendant cet exercice. Faire comme si ce n’était pas le cas fausse des chiffrages et, avec eux, des appréciations.

8. Un moyen d’éviter cet inconvénient est d’en passer par le concept de « capitaux propres ».

Les « capitaux propres » (qui seront mieux nommés en gestion d’entreprise « capital » tout court ou « financement permanent » quand ce dernier adjectif ne sera plus en cette matière détournée de son sens) comprennent les reports à nouveau de bénéfice ou de perte sur exercices antérieurs. Mais alors, il faut aller jusqu’au bout quand l’entreprise est en copropriété. Les copropriétaires, connus ou anonymes, doivent être informés de la nouvelle valeur exploitée par action (argument 4 de 4.1.6), quotient de la division des « capitaux propres » par le nombre d’actions.

9. L’absence de normalisation de la publicité des taux de profit sur capital entrave le fonctionnement de la relation EPCE.

L’argumentation de la proposition 4.2.5 sur la normalisation de la publicité des taux de profit sur capital montre en creux en quoi cette entrave consiste. Un marché fonctionne nettement mieux quand un système universel de poids et mesures s’applique aux transactions qui s’y déroulent. Il y a très évidemment un vice de construction de l’économie de marché, surtout quand elle est réputée capitaliste, quand dans ce système universel manque rien de moins qu’une norme de mesure des taux de profit sur capital, elle-même universelle en ce sens qu’elle doit être applicable à toutes les entreprises.

10. L’instauration de la publicité des taux de capitalisation favorise le fonctionnement de la relation EPCE.

L’instauration de la publicité des taux de capitalisation, propositions 4.1.5 et 4.1.9, introduit plus d’attention aux proportions de capital qui financent les entreprises. Cette attention, même si elle se traduit par un très lent relèvement du taux moyen de capitalisation, rend la relation EPCE plus active.

11. Une offre abondante de placements en capital social variable favorise le fonctionnement de la relation EPCE.

Le capital social variable est constitué d’actions restituables (proposition 4.1.7). L’abondance de l’offre dans ce type de placement, dès lors que son rendement moyen est au moins égal à celui des actions négociables (proposition  4.1.8), augmente le stock national de capital. Ce faisant, elle renforce la relation EPCE.

12. L’imposition des revenus du capital et du travail à taux différent(s) biaise le fonctionnement de la relation EPCE.

Pour que, dans une nation, la relation EPCE fonctionne au mieux, il faut que la population de cette nation en ait la pleine maîtrise dans le cadre de mesures d’organisation prises par la puissance publique. L’imposition des revenus du capital et du travail à taux différent(s) rogne cette maîtrise. Ce sont alors, en effet, des élus qui, sous les impulsions de groupes de pression (dont ceux que constituent de fait des hauts fonctionnaires formés à la même école), manipulent par la fiscalité des emplois que les citoyens font de leurs revenus.

13. L’assujettissement des entreprises à un impôt sur leurs bénéfices est incompatible avec l’égalité devant l’impôt des revenus du capital et du travail.

Les bénéfices des entreprises étant les assiettes économiques des profits, il faut un dispositif fiscal bien trop compliqué pour mettre tout un chacun en mesure de comprendre et vérifier que profits et salaires sont également imposés. Mieux vaut, dans ces conditions, aucun impôt payé par les entreprises sur leurs bénéfices distribués et de l’impôt sur le revenu pour tous les profits – profits qui, quand ils sont dits « réinvestis » bien que l’expression soit impropre car ils n’étaient pas déjà investis, sont des nouveaux placements constitutifs d’un acte d’épargne ou consécutifs d’un tel acte.

14. Une organisation de la fixation des taux d’intérêt est favorable au plein exercice de la relation EPCE.

Les principes de cette organisation sont exposés dans un chapitre suivant. Il y est montré que l’économie de plein-échange aura, dans tout pays où elle sera pratiquée, pour taux directeur le taux moyen national de profit sur capital et non pas un ou des taux d’intérêt.

15. Le meilleur fonctionnement de la relation EPCE a pour première condition la propagation de sa volonté.#86

D’une part, il y a probablement en économie de peu à très peu qui soit à ce point automatique que la conscience qu’on en a ou n’en a pas soit sans importance. Á coup sûr, la relation EPCE ne fait pas partie de ce peu ou très peu. D’autre part, il y a de façon certaine en économie, tant générale que financière, beaucoup de dires qui sont auto réalisateurs ou qui tendent à l’être. À coup sûr, c’est le cas des dires qui ont positivement traits à la relation EPCE.

La propagation de la volonté du meilleur fonctionnement de la relation EPCE ne se produira à une assez grande échelle que quand de plus en plus d’initiateurs à l’économie et de formateurs, tant en économie fondamentale qu’en économie appliquée, enseigneront cette relation. Cela se produira quand d’abord de plus en plus de citoyens se seront, pour ainsi dire, tirés par la manche afin de s’alerter sur ce que la prise de conscience de cette relation apporte au bien commun.

16. La recherche d’un consensus sur les mesures à prendre afin que la relation EPCE fonctionne mieux est un acte de refondation sociale.

« Nous, syndicats respectivement d’entrepreneurs et de salariés, quelles sont nos positions de principe sur la relation EPCE ? ». Le dialogue ainsi engagé est porteur d’une refondation sociale si plusieurs de ces positions sont communes sans éluder ce qui pour chque partie est essentiel en matière d’emploi, de profit, de capital et, partant, d’entreprise. Rien que pour en arriver là, beaucoup de réunions sur une longue période peuvent se révéler nécessaires. Mais arrivé là, s’ouvre le boulevard des mesures qui, de commun accord, sont à prendre afin que la relation EPCE fonctionne mieux. Même si pendant tout le temps de cette élaboration, sagement l’expression « refondation sociale » n’est pas utilisée, il y en a, au final, de fait une.

7.8. Par la relation EPCE, le capitalisme libéral comporte un dispositif permanent de relance.

1. Les sens donnés aux mots « capitalisme » et, dans son emploi en économie, « libéralisme » sont ceux indiqués plus haut.

Ces sens, spécifiés dans l’argumentation de la proposition 4.1.10, font que les expressions équivalentes « Capitalisme libéral » et « Libéralisme capitaliste » ne sont pas tautologiques.

2. Les quatres conditions d'une relance sans effet pervers.

Une tel relance a pour seul financement des nouveaux placements en capital. Aucun de ces nouveaux placements ne provient d’un crédit obtenu à cette fin. Les entreprises financées n’ont pas réduit leur taux de capitalisation en s’endettant. En particulier, les nouvelles entreprises ont maintenu un taux de capitalisation au plus proche de 100 % jusqu’à ce que le seuil de leur rentabilité structurelle ait été franchi.

3. Que peut-il se passer au pire quand une relance remplit ces conditions ?

Le plus gros de cette épargne est perdue par ses détenteurs. Tout se passe alors comme si ce plus gros avait été des subventions qui ont servi à payer des salaires et à faire d’autres achats. Sauf prévisions de recettes fiscales qui se révèlent avoir été trop imprudentes, les finances publiques ne s’en trouvent pas dégradées.

4. Ce ne serait pas vers les pouvoirs publics qu’il y aurait lieu de se retourner dans un tel cas.

Ce serait bien, en revanche, vers les formateurs et les conseils des créateurs et repreneurs d’entreprise. Les orientations qu’ils ont pris la responsabilité de relayer sont, au vu des résultats, trop souvent calamiteuses.

5. Le créditisme, cet opposé de fait au capitalisme, détourne de la relance par davantage de mises en capital principalement.

Plus de mises en capital n’est pas hors de ce que le créditisme conduit à concevoir et à vouloir. Mais c’est à condition que plus encore de mise en circulation de crédit aux entreprises soit effectuée. Si, en effet, cette condition n’est pas remplie, la remontée du taux moyen de capitalisation rapprocherait du seuil à partir duquel il y a basculement en capitalisme, avec la moindre croissance du secteur financier que cela implique.

6. Le centralisme, cet opposé de fait au libéralisme, procède d’une illusion qui détourne ses états-majors de la prise en compte de la relation EPCE.

Cette illusion est le produit du culte de la puissance. En économie, des entreprises grandes à l’internationale, avec de préférence parmi elle plusieurs premières mondiales, aurait un effet d’entraînement indispensable à la croissance. S’en préoccuper davantage que de l’état du tissu des petites et moyennes entreprises serait de bonne politique économique.

Alors la vanne est grande ouverte aux interventions palliatives et incitatrices. De plus en plus téléguidées par des groupes de pression, ces interventions sont les instruments d’une « ingénierie économique et sociale » qui, à déjà trop de bureaucratie et d’oligarchie, en ajoute davantage. Pour tenir ce cap, mieux vaut non seulement déclarer le plein-emploi désormais impossible mais aussi reléguer en fond de cale, ou même passer par-dessus bord, les autorégulations qu’on ne veut pas prendre le temps d’étudier et de faire mieux fonctionner.

 

7.9. Trois réformes qui rendent la relation EPCE plus efficiente renforcent la tendance à l’égalisation des taux de profit sur capital.

1. Ces trois réformes sont liées.

Toute trois ont pour objet commun les taux de profit sur capital. L’une normalise leur chiffrage. L’autre organise leur publicité. La troisième porte sur la production statistique et la mise à disposition de grand public des taux moyens de profit sur capital.

Dans l’organisation de cette publicité, il y a l’obligation faite d’accompagner l’annonce et le service d’un « dividende » du taux normalisé de profit sur capital correspondant.

2. Par la publicité des taux de profit sur capital, plus d’épargne est attirée vers les placements en capital de plus fort rendement.

Ce plus a un effet, admis par David Ricardo notamment mais depuis plusieurs générations le plus souvent laissé de côté. Après, pour ainsi dire, la prime tirée de ces plus forts rendements par ceux qui ont eu la chance ou la perspicacité de s’y risquer, cette attirance provoque une tension de la concurrence qui réduit ces rendements.

3. Par la publicité de taux moyens de profit sur capital, les diversifications, reconversions et fermetures des entreprises les moins rentables surviennent plus tôt.

Dès lors que des taux moyens de profit sur capital sont annuellement publiés et commentés, ils deviennent une référence de notation. Les entrepreneurs réagissent d’autant plus vivement à la note qui les concerne qu’ils sont dans l’obligation de la publier. Les placeurs en capital réagissent eux aussi plus vivement. Les décisions de diversification, reconversions et fermetures en viennent à être, dans l’ensemble, prises plus tôt.

4. Tout n’est pas encore devenu commun en gestion la plus avisée d’entreprise sous la férule de la concurrence.

Cet argument fait référence à la solution au problème de la répartition des coûts communs et à la réduction volontaire des inégalités de rentabilité de même appartenance. L’actuel état de l’art et la technicité de ces innovations rendent aujourd’hui impossibles de les exposer clairement en peu de mots. Mais qui voudra bien s’en enquérir en étudiant le dernier chapitre du présent traité ne pourra qu’en convenir : des changements dans la manière de pratiquer l’économie d’entreprise auront tôt ou tard pour effet de renforcer la tendance à l’égalisation des taux de profit sur capital.

7.10. La relation EPCE ne détermine qu’en partie la hauteur, à chaque instant, du taux moyen de profit sur capital.

1. Le profit a, rappelons-le, deux fonctions.

L’une est de susciter suffisament de placement en capital pour qu’il en résulte un nombre d'emploi suffisant. L’autre est de procurer ce qu’il est déplacé de ne pas appeler des « rentes » alors qu’on parle tant de « rentabilité » et des problèmes que le service de pensions de retraites pose.

2. En période de sous-emploi, le taux moyen suffisant de profit sur capital est celui qui permet d’en venir ou revenir au plein-emploi.

Le qualificatif « suffisant » fait alors référence à la première des deux fonctions du profit ci-dessus rappelées.

3. En fin de période de sous-emploi et début de période de plein-emploi, le taux moyen national de profit sur capital baisse.

Cette baisse a pour cause les augmentations de salaires favorisée par la concurrence de plein-emploi sur le marché du travail.

La survenance de cette baisse soulève deux questions.

4. La période de plein-emploi se prolongeant, les taux moyens de profit sur capital sont-ils susceptibles de devenir extrêmement faibles, voire nuls ?

En toute période, du capital est perdu. Rien que pour maintenir le stock national de capital, il faut de nouveaux placements. Des taux moyens de profit sur capital trop faibles les compromettent. C’est pourquoi après le temps de la baisse de ces derniers vient, en période de plein-emploi, celui de leur stabilisation.

5. Dans la régulation des taux moyens de profit sur capital, une autre suffisance que par rapport à l’état de l’emploi est-elle susceptible d’intervenir ?

La fonction du profit qui a pour objet de procurer des rentes incline à le penser. Mais il faut aller y regarder de plus près.

Nous allons le faire dans la première partie du chapitre suivant sur la répartition du revenu global entre le revenu total du travail et le revenu total des placements.

7.11. Deux règles de gestion des finances publiques sont favorables à l’emploi.

Cette argumentation est à recaler sur ce qui a été admis depuis en section Politique économique aux pages 1.2.3, 1.2.3.1 et 1.2.3.2.

1. Les finances publiques sont favorables à l’emploi quand leur gestion est guidée par :

  • la règle des résultats budgétaires chroniquement excédentaires ;
  • la règle du poids des achats d’équipement chroniquement stabilisé.1

En régime de liberté d’entreprendre, ce qui est favorable et défavorable à l’emploi l’est aussi à l’élévation du pouvoir d’achat par habitant. C’est pourquoi ce qui est ici indiqué avoir une conséquence sur l’emploi doit être compris comme ayant aussi une conséquence sur le pouvoir d’achat par habitant.2

2. La variation de l’endettement public est défavorable ou favorable à l’emploi.

L’augmentation de l’endettement public est défavorable à l’emploi parce qu’elle mobilise de l’épargne qui aurait pu être placée en augmentations de capital. La diminution de l’endettement public est favorable à l’emploi pour la raison inverse : moins d’épargne placée en titres de la dette publique fait autant d'épargne qui peut être placée en augmentations de capital.3

Une diminution de l’endettement public a d’autant plus certainement pour conséquence une augmentation du stock national de capital que la relation EPCE a été volontairement activée. Au demeurant, l’initiative ou le maintien de la relation EPCE est la condition primordiale à laquelle une politique économique est durablement efficace dans sa lutte contre le sous-emploi. Ce qu’il est possible de faire à cette même fin en gestion des finances publiques complète le dispositif.4

La fourniture à l’opinion publique de substantielles raisons de soutenir ces innovations fait partie de ce dispositif (soulignement en projet de lien à un appendice ou un article ou un manifeste).5

3. En gestion, aussi bien publique que privée, il y a lieu de distinguer les achats d’équipement des charges.

La notion d’achat d’équipement est familière. Mais pour bien caractériser ce que cette sorte d’achat a en propre, l’explication exposée au point suivant s’impose.6

La notion de charges, pour désigner des dépenses, est également familière. Par exemple, tous les frais financiers échus sur la période considérée, dont les intérêts, en font partie. Nous indiquons plus avant à grands traits ce que les charges publiques comportent notamment d’autre 7

4. Les achats d’équipement sont des augmentations d’immobilisation.

En comptabilité et plus largement en économie, la classe des immobilisations est celle non seulement des éventuels biens immobiliers mais aussi des biens meubles, dont des machines, acquis par l’entité considérée. Tel achat est-il celui d’une immobilisation ou d’un gros entretien d’une immobilisation ? Si oui, alors : 1) il est celui d’un équipement, 2) il ne fait pas partie des charges.8

Par exemple, la réfection à neuf d’une voierie, celle d’une toiture, le changement d’une chaudière de chauffage central font partie des achats d’équipement. Il est cependant admis que, pour alléger les inventaires d’immobilisation, les achats de petits équipements soient assimilés à ceux de fournitures consommables et, en tant que tels, considérés comme étant des charges.9

Les grands travaux font toujours partie des achats d’équipement et les travaux d’entretien courant toujours partie des charges. Mais qu’est-ce que le gros entretien ? Les réponses au cas par cas sont faites constantes, tant en comptabilité privée que publique, par l’application du principe de permanence des méthodes.10

5. Les charges publiques comprennent entre autres :

Les salaires, charges dites patronales incluses, tant des fonctionnaires que des vacataires et des élus rémunérés ; les fournitures d’eau, d’électricité, de carburants, de bureau, de télécommunication ; tous autres abonnements ; l’entretien courant déjà mentionné ; les frais de déplacement, de réception, de publication, de publicité, de sondage ; les déjà mentionnés frais financiers dont l’endettement peut faire l’une des charges les plus lourdes, au point d’atteindre et dépasser ce que l’imposition directe des revenus rapporte au Trésor public.11

Les remboursements d’emprunt sont des décaissements qui ne font pas partie des charges. Si, au jour où un tel remboursement doit être effectué, le Trésor public n’a pas en caisse de quoi s’en acquitter, il n’a qu’une solution pour parvenir à payer : emprunter d’une façon ou d’une autre, que ce soit à court, moyen, long terme ou sans terme défini (découvert, obligations perpétuelles). Il en va de même pour tous les autres règlements, dont ceux des salaires.12

Notons qu’une dépense de fonctionnement, comptabilisée en charges, n’est pas pour autant une absence d’investissement, c’est-à-dire de préparation d’un futur. Des salaires sont notamment et nettement des investissements : penser aux formateurs et aux chercheurs. Mais tenir pour normal que tout investissement soit financé à crédit est dommageable à l’emploi parce qu’il ouvre la porte à toujours plus d’endettement.13

6. Les charges publiques ne sont pas sous évaluées faute d’y avoir inclus des amortissements d’immobilisation.

Les raisons d’être, en entreprise, des amortissements d’actifs sont de provisionner le renouvellement des immobilisations usées ou obsolètes et de faire de chaque dotation à ce provisionnement une charge ; c’est indispensable pour ne pas surévaluer le bénéfice, ou sous-évaluer la perte, ainsi que pour préparer les remplacements ou réfections des actifs amortis. Le secteur public est, lui, à but non lucratif et personne ne détient une part de sa propriété. Il y a bien à y pourvoir, ô combien, à des réfections et des remplacements d’équipement mais, dans ce secteur stricto sensu, pas en ayant assuré, comme en entreprise, la conservation de la valeur d’un capital.14

7. En revanche, les subventions octroyées et les niches fiscales sont toutes des charges.

Les niches fiscales sont justement appelées, dans le vocabulaire juridique des finances publiques, « dépenses fiscales ».15

Quand une association soutient qu’elle ne perçoit aucune subvention publique alors que les dons en argent qui lui sont faits donnent lieu à la minoration de l’impôt sur le revenu des donateurs d’une partie de leur montant, ce propos est faux. Quand une société immobilière procédant à des émissions périodiques de nouvelles parts de capital social met en avant les déductions d’impôt sur le revenu que ces souscriptions procurent, alors ce placement est subventionné et fausse la concurrence sur le marché du placement en capital. Etc., etc. dont ceci et cela :16

1. Quand les employeurs, grands patrons en tête, trouvent salutaire que l’allègement de leurs frais de personnel soit mis à la charge des finances publiques , et donc de la collectivité, l’addiction aux subventions a sapé le régulateur économique que constitue l’assomption par tout un chacun des coûts complets, dont en particulier ceux du travail  — « je ne prends en charge qu’à la hauteur de ce qui m’apparaît pas trop cher et pour le reste je me décharge sur la collectivité du soin de me subventionner ». 2. Qui se prononce en faveur de l’instauration d’un « revenu minimum » universel — d’une allocation, en fait, par gonflement des charges publiques — demande l’arrivée au pouvoir du Père Ubu muni de sa pompe à phynances, comme s’il se pouvait que cette redistribution ne soit pas dépressive et qu’en peu de trimestres l’emploi ne s’en porte pas plus mal.17

Comment se pourrait-il qu’un total de plus en plus élevé de dépenses fiscales et de subventions, ces dernières dispensées du haut en bas des échelons de l’administration publique, ne multiplie pas les effets d’aubaine et ne soit pas d’autant plus corrupteur qu’il est plus élevé ? Comme la chasse permanente à la fraude fiscale s’impose, le nettoyage tout aussi permanent des charges publiques s’impose, somme toute pour les mêmes raisons.18

8. L’activation de la relation EPCE facilite le nettoyage des charges publiques.

Si la pleine rémunération du placement en capital n’a pas encore été instaurée, le ressort de la croissance est à tendre de cette façon. La relance incessante qui s’en trouve mieux établie rend plus supportables des mesures telles que:19

  • réduire et supprimer le plus possible de subventions et, à ce titre, de tâches dans la fonction publique, y compris en tenant pour normal que les partis politiques et les syndicats deviennent progressivement puis restent financés par les seules cotisations de leurs membres ;
  • fermer les unes après les autres toutes les niches fiscales et, ce faisant, supprimer des tâches dans la fonction publique ;
  • externaliser des fournitures de prestations, généralement auprès de sociétés par actions restituables ;
  • aligner par étapes le statut des fonctionnaires sur celui qui est commun aux autres salariés ;
  • pourvoir à l’extinction de régimes spéciaux par leurs fusions avec les régimes généraux correspondants ;
  • redimensionner les missions, l’organisation et les effectifs des services publics qu’il est jugé indispensable de conserver.20

Alléger la pression fiscale est favorable à l’emploi mais le faire avant d’avoir allégé le total des charges publiques expose au risque de devoir en revenir à une augmentation du prélèvement fiscal faute d’avoir obtenu le supplément de croissance escompté.21

9. Une croyance contribue beaucoup à l’alourdissement des charges publiques et contrarie tout autant leur allègement.

Le cours naturel de l’économie de marché n’est pas de maximiser le revenu total du travail, dit cette croyance. C’est le contraire qui est normal, cela se démontre et se vérifie historiquement : le cours naturel de l’économie de marché est de maximiser le revenu total du travail. De plus, cette remise d’aplomb conduit au dégagement de la vraie cause de l’inégalité des salaires et du vrai remède aux excès de cette inégalité.22

Ces conceptions sont exposées dans les deux chapitres suivants — 8. La répartition, 9. Le salaire. Leur exposition et leurs applications améliorent considérablement la recevabilité sociale des deux règles de gestion ci-après expliquées et, plus largement, de la politique économique premièrement la plus favorable à l’emploi, deuxièmement la plus appropriée à la réduction de la pression fiscale devenue excessive.23

10. Le résultat budgétaire est la différence entre le total des recettes publiques et le total des charges publiques.

Ces totaux étant afférents à la même période, une année généralement, le résultat budgétaire est celui de cette période. Le plus gros des recettes publiques est le total des impôts sur la période considérée, quelles que soient les dénominations de ces derniers (et leurs affectations en contravention avec le principe d’universalité budgétaire). D’autres entrées d’argent plus ou moins régulières, voire exceptionnelles (les ventes de parts publiques de propriété d’entreprises, par exemple), s’y ajoutent.24

Il est à peine besoin de le mentionner : selon que, sur la période considérée, la différence entre le total des recettes publiques et le total des charges publiques est négative ou positive, le résultat est un déficit budgétaire ou un excédent budgétaire. Quand excédent il y a, il est lui-même inférieur, égal ou supérieur au total des achats d’équipement sur l’exercice considéré.25

En comptabilité de ménage, la somme des charges et des achats d’équipement sur les douze derniers mois n’a de sens que pour ce qui est de la trésorerie : il a fallu que le total des entrées d’argent, éventuels emprunts compris, soit égal à cette somme pour payer ce qui a été dû. La différence qui indique à ce ménage s’il a fait ou non des économies pendant cette période — n’a pas ou a vécu au-dessus de ses moyens — est entre d’une part ses revenus éventuellement augmentés des allocations qu’il perçoit, d’autre part ses charges. Il en va de même en finances publiques. La gestion de ces dernières doit clairement répondre à la question : le secteur public a-t-il cette année vécu au-dessus de ses moyens ? Oui s’il y a eu déficit budgétaire, non dans le cas contraire.26

Le « au moins » dont il va être question est à cause des remboursements de principal à faire et des éventuels décalages saisonniers ou accidentels entre les flux d’entrées et de sorties d’argent pouvant nécessiter de faire appel à des concours bancaires à court terme. Au début de l’année budgétaire considérée, il n’y a rien de restant de précédents résultats excédentaires, supposons-le. À la fin de l’année : 1) s’il y a, par égalité des recettes et des charges, équilibre budgétaire, de nouveaux emprunts auront été nécessaires au moins à la hauteur du total des achats d’équipement ; 2) s’il y a, par des charges supérieures aux recettes, déficit budgétaire, de nouveaux emprunts auront été nécessaires au moins à la hauteur du déficit augmenté du total des achats d’équipement ; 3) s’il y a, par des recettes supérieures aux charges, excédent budgétaire, de nouveaux emprunts auront été nécessaires au moins à la hauteur du total des achats d’équipement de la période diminué de l’excédent.27

Considérer que l’endettement public est alourdi par le déficit budgétaire et allégé par l’excédent budgétaire est juste. En revanche, considérer que l’endettement public n’est alourdi que par le déficit budgétaire, et allégé que par l’excédent budgétaire, est fautif à cause notamment des achats publics d’équipement.28

11. Convenons qu’en matière de finances publiques, « chroniquement » s’entend sur une période d’au moins trois ans.

Sur trois ans ou plus — cinq ans au moins est souvent plus significatif —, chaque résultat budgétaire est calculé en poids (en pourcentage) du revenu global de la même année, ou pour toute la série en poids du PIB. Chaque poids est positif quand le résultat a été excédentaire, négatif quand le résultat a été déficitaire. Selon que la moyenne des poids est positive ou négative, la gestion des finances publiques a été, ou est prévue être, chroniquement excédentaire ou déficitaire sur la période considérée.29

Une représentation graphique des poids des résultats budgétaires sur une période échue plus longue que trois ou cinq ans, par exemple sur quinze ou trente ans, fait apparaître de quand à quand ces résultats ont été chroniquement excédentaires ou déficitaires ou nuls.30

12. Des résultats budgétaires chroniquement excédentaires permettent une réduction bien ordonnée de l’endettement public.

Les poids dont il est question jusqu’à la fin de la présente argumentation sont, comme ci-dessus, par rapport au revenu global ou au PIB de l’année considérée.31

La règle de bonne gestion à suivre pour réduire le poids de l’endettement public au moyen de résultats budgétaires chroniquement excédentaires coule de source. Le poids des achats d’équipement public doit être 1) rendu stable lui aussi chroniquement, 2) à un niveau qui au long cours permet d’éliminer et d’éviter tant les retards techniques des services publics que des délabrements de bien public — notons qu’un endettement public exponentiel a pu avoir ceci de bon : permettre d’atteindre ce niveau, en dépit des délabrements et sous-équipements auxquels il aurait pu être remédié avec au sommet des pouvoirs publics des classements par ordre décroissant de nécessité plus impartialement établis.32

Il est remarquable que la question du poids standard de longue période du total des commandes publiques d’équipement se présente de la même façon selon que le poids de l’endettement public n’est pas encore ou est enfin nettement redescendu au-dessous du standard en cours. Dans les deux cas, remonter ce standard doit répondre à une nécessité structurelle certaine.33

13. Le protocole de sortie bien ordonnée de la spirale de l’endettement exponentiel est le même que de l’évitement bien ordonné de l’entrée dans cette spirale.

Après avoir permis le cas échéant une réduction bien ordonnée de l’endettement public, l’application de la règle de gestion des résultats budgétaires chroniquement excédentaires évite de revenir lourdement en arrière, tout au moins tant qu’un évènement de grande ampleur n’y contraint pas. Cet évitement est cependant à la même condition : l’application de la règle de gestion du poids chroniquement stabilisé des commandes publiques d’équipement.34

Ne doutons pas que ces applications ne puissent être qu’administrativement complexes, comme tout ce qui touche dans le détail aux finances publiques d’un pays développé. Mais constatons que la résolution politique que ces applications nécessitent se ramène à ceci : ranger dans les devoirs civiques un train de vie collectif faiblement à crédit car le contraire est, malgré l’illusion qu’il donne, défavorable à l’emploi.35

Faiblement jusqu’à quel point ? Est-ce au point que le Trésor public n’ait plus recours que quelques fois par an à du découvert bancaire et que les administrations publiques soient exemplaires par la petitesse de leurs délais de paiement aux entreprises qui le fournissent ? Rien d’autre qu’une grande catastrophe n’empêche d’y arriver patiemment. Si conjointement le taux moyen de capitalisation des entreprises s’est nettement élevé, ce qui est économiquement le plus important pour l’emploi a été fait et a renforcé des préventions de collapse financier.36

14. Stabilité chronique et oscillations conjoncturelles sont compatibles.

Les poids des totaux annuels des achats d’équipement public sont faits oscillants en fonction de la conjoncture en étant montés de quelques points à l’amorce d’un ralentissement de la marche des affaires et baissés d’autant au début d’une accélération. Mais cette baisse d’autant doit être tenue pour impérative, cela aussi bien quand le poids P’ de l’endettement public n’est pas redescendu au-dessous du poids standard en cours P des commandes publiques d’équipement que quand P’ est devenu nettement inférieur à P.37

15. La diminution du poids du prélèvement fiscal est favorable à l’emploi.

Mais est-ce pour autant qu’il convient, une fois des résultats budgétaires chroniquement excédentaires installés (ce qui n’exclut pas des années déficitaires, répétons-le), d’affecter les économies de charges publiques à l’allègement du prélèvement fiscal ? Il se justifie bien que cela soit fait en partie tant que le (retour au) plein-emploi n’est pas obtenu ou quand son obtention a considérablement augmenté les recettes et diminué les charges.38

En revanche, qu’il soit souhaitable et possible de rendre cette affectation permanente est douteux. Il existe probablement, à chaque époque et dans chaque pays, un poids minimal des charges publiques à partir duquel leur nettoyage ne peut plus consister qu’à baisser et supprimer certaines dépenses et à en augmenter et créer d’autres à due concurrence.39

16. Les finances publiques gérées de la façon qui vient d’être dite sont monétairement vertueuses.

Dans ce qui gage une monnaie, d’autant plus qu’elle est à cours forcé, il y a le sérieux éprouvé de la gestion des finances publiques du pays ou du groupe de pays émetteur de cette monnaie. Les majorités successives qui, en dépit de leurs divergences, appliquent continument la règle des résultats budgétaires chroniquement excédentaires et la règle du poids des commandes d’équipement chroniquement stabilisé, fournissent une preuve de leur sérieux. S’ajoute à cela que les pouvoirs publics sont, dans ces conditions, en bien meilleure posture pour imposer aux établissements financiers qui créent de la monnaie de ne pas alimenter des bulles spéculatives par ce moyen.40