Science économique

La section science économique comprend un ensemble de propositions premières, c'est à dire de propositions exprimant l'ensemble des axiomes du traité d'économie politique élaboré par l'Atelier Paul Fabra.  Son contenu est présenté sous forme d'articles identifiés par une formule (proposition) formant chacune l'un des énoncés du traité.

Propositions premières

Le socle conceptuel de l'économie de plein échange

L’économie de plein échange est une orientation travaillée depuis longtemps. Aristote fait partie de la lignée de ceux qui se sont appliqués à la penser. Smith, Say et, de la manière qui a porté le plus l'économie politique au seuil d'une authentique science, Ricardo l'ont fait grandement progresser. Les modes de fonctionnement actuels sont cependant de moins en moins satisfaisants. Les spéculations de « l’économie mathématique » (appellation d’origine de la construction néo-classique) puis de la « macroéconomie » sont passées par là. Les points de départ les plus facilement compréhensibles et admissibles par tout un chacun (les prix, le profit, le capital) ont été perdus de vue.

Le système des échanges marchands est configuré par le législateur. Cette configuration porte ou non à leur plus haut point d’efficacité les régulations que le système est à même d’entretenir. Mais quelles sont, au juste, ces régulations ? Quelles sont les interactions des unes avec les autres ? À quoi convient-il, en conséquence, que le législateur oblige ? De quoi convient-il qu'il s'abstienne ? Qu'en est-il des autres autorités de marché ?

La théorisation économique dominante a produit trop de réponses fausses ou imprécises à ces questions. Ce qu’il est convenu d’appeler, en politique et en direction d’entreprise, le pragmatisme n’a pas produit de meilleurs résultats.

Une autre approche est nécessaire. Sur ce site, la partie Science économique en donne une architecture conceptuelle : l'économie poltique objective (EPO pour les initiés) est le socle conceptuel de l'économie de plein échange. La partie Politique économique en tire les conclusions opérationnelles.

Dans cette autre approche, l’économie de marché devient productrice durable de trois résultats :

  • la réalisation du plein-emploi et son prompt rétablissement chaque fois qu’il est compromis ;
  • la maximisation du revenu du travail sous contrainte de revenus de placements, dont notamment ceux en capital, suffisants pour maintenir ou rétablir le plein-emploi ;
  • le réglage par l’ensemble du corps social, et non par une technostructure usant de pouvoirs confisqués, des écarts de rémunération du travail. 

Ces trois grands résultats sont manifestement de haute importance sociale. Leur obtention est bien entendu conditionnelle: le grand ressort des échanges marchands doit fonctionner à plein régime, y compris pour le profit et les produits du travail ce qui va bien à rebours de la prétendue loi universelle de l'offre de et la demande . Or cette universalité postulée est un fondement de la théorisation actuellement la plus admise de l'économie de marché. Celle-ci a, entre autres, les caractéristiques suivantes :

  • La loi de l’offre et de la demande régit principalement tous les prix, y compris ceux du travail. Le modèle du casino est pris comme référent du mécanisme de formation  des prix.
  • Le maximum de profit est postulé comme l'inévitable but de l’entreprise.
  • L’autofinancement des entreprises est jugé comme sain, avec comme conséquence une non distribution d’une part des bénéfices de ces mêmes entreprises.
  • La fiction des cotisations patronales est tolérée et ouvre la voie à la collectivisation des salaires, au mépris de justes rémunérations.
  • Le fait que tous les impôts sont, au final, à la charge des particuliers et de leurs associations à but non commercial n’est pas mis en avant.
  • Méconnaître que l’épargne placée en financement d’entreprise contribue plus, en règle générale, à la croissance économique que la même somme dépensée en achats à des entreprises n'est selon ses critères qu'une faute vénielle d'analyse.
  • Le créditisme et le centralisme ne sont pas pour elle des contre-modèles du capitalisme.
  • Les grands taux directeurs y sont les taux d’intérêt et non pas les taux sur capital de bénéfice distribué. Effets de levier, plus-values, achats et ventes des actions sont ainsi préférés au placement de l'épargne en capital des entreprises.

Ce que nous tenons pour être une théorie générale de bon aloi du plein jeu des échanges marchands n’a aucune de ces caractéristiques. Autres prémisses, autres repères : c’est du fondamentalement mieux conçu dans l’ordre de l’économie de marché dont, en tout état de cause, nous avons besoin pour nettement mieux faire.

Aux études de ce mieux, citoyens !

DM et AL, juillet - novembre 2010

Chapitre 1 - L'économie

1.1. La pensée économique doit utiliser des définitions au sens de ce concept en logique mathématique.

La pensée économique n’utilise pas encore assez de définitions au sens de ce concept en théorie des ensembles. La recherche dont le traité d'économie objective rend compte fait partie des travaux qui produisent des preuves de cette insuffisance et qui s’efforcent de contribuer à la réduire. Les dictionnaires, lexiques et glossaires renseignent sur des acceptions qui ne sont pas, le plus souvent, des énoncés correspondant à la définition de la définition en logique mathématique.

La définition de la définition en logique mathématique des ensembles non flous tient en trois propositions élémentaires:

  • Un ensemble n’est définissable qu’au moyen d’un énoncé ou bien en extension ou bien en compréhension.
  • Une définition en extension énumère tous les objets qui font partie de l’ensemble considéré.
  • Une définition en compréhension énonce une propriété ou des propriétés que tous les éléments de l’ensemble considéré et eux seuls possèdent.

Il faut, en économie aussi, s’attendre à ce que les définitions soient pour la plupart en compréhension. L’énoncé d’une définition en compréhension peut être souvent imbriqué à une énumération partielle qui ne peut pas être le début d’une définition en extension. Exemple d’un tel énoncé :

Les richesses marchandes sont les produits du travail humain tels que des outils, des aliments et des vêtements, qui s’échangent le plus souvent contre une quantité de monnaie et pour le reste directement entre elles.

Pour que l’énumération partielle puisse être le début d’une définition en extension, il faudrait pouvoir constater que les outils, les aliments et les vêtements sont des richesses qui font toutes l’objet d’échanges marchands. Or ce n’est pas le cas à cause de celles que leurs propriétaires ont produit et dont ils gardent pour eux l’usage. Par ce genre d’impossibilité et en raison d’autres incommodités, en économie notamment les définitions proprement dites sont pour la plupart en compréhension. Cela rend encore plus nécessaire, dans cette discipline, d’apporter un grand soin au préalable de la mathématique littéraire.

La définition, les autres observations du réel et le raisonnement font grand usage de conventions sémantiques. C’est pourquoi la pensée économique n’est portée à son plus haut point de rigueur scientifique qu’en faisant explicitement état des conventions majeures de dénomination qu’elle utilise. Les clauses verbales les plus typiques de la théorie économique sont réputées être « toutes choses égales par ailleurs » et « tôt ou tard ». En fait, la clause mathématique la plus nécessaire à l’élaboration de la théorie économique authentiquement scientifique est :

  • « convenons d’appeler… » – suit un mot ou une expression –
  • « l’ensemble… » – suit une définition en compréhension.

Autres considérations initiales de méthode (appendice)

Théorème de la différence - version étendue

[Cet énoncé et cette démonstration usent de la notion de richesse marchande avant que soit établi plus tard qu'une acception plus précise de cette notion fait sens. Dans cette acception plus précise, n'est plus de la richesse marchande qu'un revenu du travail et de placement. Quand le chapitre 1 sera revu pour aligner la présentation des argumentations sur ce qu'elle est devenue du chapitre 3 au chapitre 12, cette page devra être réécrite et peut être déplacée en appendice du chapitre 8 car c'est là que le bien fondé de l'assimilation des richesses marchandes aux revenus apparait le mieux. DM, 8/3/11]

Énoncé

À montants égaux, les placements dans le financement permanent (capital) ou long (plusieurs années) d’une entreprise sont davantage créateurs de richesses marchandes que les impôts et les placements dans le financement de la dette publique.

Démonstration

Précisons d’abord qu’une richesse marchande est toujours:  1) un produit d’une dépense outillée d’énergie humaine.  2) qui a été mis en vente avec succès.
Cette seconde caractéristique fait que, sur la période et le territoire considérés, il y a autant de créations de richesse marchande que d’achats, dont en premier lieu ceux de prestations salariées et avec, entre autres, les achats, effectués par paiements d’émoluments, des produits du travail des fonctionnaires et des élus rémunérés.

    • Soit P le placement d’un montant M dans le financement permanent ou long d’une entreprise. P finance un flux temporaire de premiers achats donnant à l’entreprise les moyens d’établir un flux durable de ventes, ce flux alimentant lui-même un flux durable d’achats qui augmentent d’autant les créations de richesse marchande.
    • Soit I un impôt de montant M. Cet impôt finance un flux temporaire d’achats qui sont autant de créations de richesse marchande.
    • Soit P’ le placement de montant M dans le financement de la dette publique. P’, étant le substitut d’un impôt supplémentaire, ne sert également qu’à financer un flux temporaire d’achats qui sont autant de créations de richesse marchande.
    • Soit V la valeur totale des richesses créées en au moins deux ans au moyen de P.

Sur la même période, il faut, avec n > 1, n fois I pour que la valeur totale des richesses créées au seul moyen d’impôts soit égale à V. Toujours sur la même période, il faut, avec n’ > 1, n’ fois P’ pour que la valeur totale des richesses créées au seul moyen de placements en emprunts publics soit égale à V (l’écart entre n et n’ tient à ce que P’ fait l’objet d’un achat au moyen du service d’intérêts). Un placement P qui se révèle raté est, au pire, l’équivalent, pour ce qui est de la création de richesses marchandes, d’un impôt ou d’une autre sorte de don de même montant. Tous les placements de type P n’étant pas ratés, sur une période de deux ans au moins une somme de P est davantage créatrice de richesses que la même somme de I et que la même somme de P’.

Allons plus loin

  • Appelons maintenant M le maintien de la création nationale de richesses marchandes ; tant que M, la prospérité générale est étale.
  • Appelons D les dépenses de fonctionnement du secteur public, hors entreprises qui en font partie, toutes fournitures de subventions pu-bliques comprises.

Une réciproque du théorème de dépendance est que l’augmentation du poids de D relativement au volume des ventes des entreprises nécessite plus de recettes fiscales ou, et, plus d’épargne placée en titres d’emprunt public (il y a une exception qui, quand elle existe, n’a jusqu’à présent concerné qu’un pays à la fois ; ce qui suit ne vaut qu’en partie de la même façon pour ce pays). Il en résulte de moindres contributions au financement permanent et long des entreprises.
Le théorème de différence a pour conséquence que l’augmentation du poids relatif de D est elle-même réductrice de la création de richesses marchandes par rapport à ce que cette création serait sans cette augmentation.

1.2. Qualifions de marchand tout échange dont l'un des termes est un service rendu ou une propriété autre qu'une quantité de monnaie et l'autre terme, en contrepartie, une quantité de monnaie ou une autre propriété ou un service rendu.

Echange marchand

Pour le temps du commentaire de cette proposition, nous parlerons d’échanges de type X et de type Y en considérant d’abord un exemple de chaque.

  • Echange de type X : André fait la vaisselle du restaurant d’Antoine en échange, d’une quantité de nourriture ou de monnaie. Le nettoyage de la vaisselle est un service rendu. Sa contrepartie est la cession d’une propriété, sous la forme d’une quantité de nourriture ou de monnaie.

    Exchange Marchand de type X

  • Echange de type Y : Jacques cède à Jean du pain contre du vin ou contre une quantité de monnaie. Il y a, dans cet échange de type Y, cessions réciproques de deux propriétés.

    Exchange Marchand de type Y

Aussi bien un échange de type X que de type Y est un troc quand la contrepartie n’est pas une quantité de monnaie et il est en partie un troc quand la contrepartie n’est pas seulement une telle quantité. Dans une économie où la pratique du troc est devenue très marginale et paraît devoir le rester (hors catastrophe monétaire), un énoncé un peu plus court de la proposition 1.2 devient presque suffisant.

DÉFINITION SIMPLIFIÉE: Échange marchand Qualifions de marchand tout échange dont l’un des termes est un service ou une propriété autre qu’une quantité de monnaie et l’autre terme une quantité de monnaie.

André fait la vaisselle du restaurant d’Antoine en échange d’une quantité de monnaie qu’il utilise ultérieurement pour acheter un objet vendu par Jacques qui à son tour use de cette quantité de monnaie pour se livrer à un échange de type X ou Y et ainsi de suite quasi à l’infini. Les échanges de type X et Y sont les rouages d’un même système qui font partie d’une sorte de contrats comportant obligations réciproques des deux parties. L’utilisation d’un qualificatif spécifique à l’ensemble des échanges de type X et Y s’impose pour rendre compte de leur double appartenance à un même système et à une sorte de contrats. Ces échanges sont donc qualifiés de marchand. Le qualitif marchand mène naturellement à la marchandise : un échange marchand, c’est-à-dire un échange dont l’un au moins des deux termes est une marchandise mais étant alors entendu – élargissement – que n’importe quelle prestation à titre onéreux est une marchandise. Les échanges marchands sont un des échanges sociaux. Tout contrat comportant obligations réciproques n’est pas forcément marchand ; par exemple le contrat de mariage. Parmi d'autres exemples d'échanges sociaux non marchands on trouve les échanges de politesses et d’injures dégénérant en échanges de coups.

Taxonomy des échanges

Marchandise : l’objet apporté au marché par son vendeur et rapporté du même marché par son acheteur.

Y compris – élargissement – le marché de l’emploi salarié et le marché du placement en fonds permanents d’une entreprise (le capital de cette entreprise).

Qu’est-ce qui fait la différence entre une marchandise et un objet qui n’en est pas une ? Quelles sont les différentes catégories homogènes de marchandises ? Une théorie des échanges marchands, c’est-à-dire des échanges de marchandises, n’est pas assez solidement étayée si elle ne prend pas appui sur une théorie de la marchandise. Sans cet appui, la théorie économique ne précise pas assez ce qu’elle étudie et les aspects objectifs de la loi systémique de l’offre en échange de l’offre ne s’en trouvent pas assez méthodiquement élucidées. D’où, ici, le chapitre 2 sur la marchandise.

DÉFINITION : Marchandise Hors des changes d’une quantité de monnaie contre une autre quantité de monnaie, toutes les contreparties en échange d’une quantité de monnaie.

Faire l’inventaire des grandes sortes de contrepartie en échange d’une quantité de monnaie divise l’ensemble des marchandises en sous-ensembles. Cette division est accessoire dans la pratique des échanges marchands si le déterminant principal de n’importe quel prix, ou valeur d’échange, est toujours le même. Dans le cas contraire, le déterminant principal varie d’une grande sorte de marchandise à l’autre. Pour s’en assurer, une méthode s’impose : postuler le cas contraire quitte à devoir conclure que le déterminant principal est toujours le même. Donc ne pas s’attarder à la question : d’où vient la valeur (d’échange) de toute chose qui se vend et s’achète ? Lui préférer : d’où vient la valeur (toujours d’échange) de chaque grande sorte de chose qui se vend et s’achète ? Donc en se gardant de toute pétition de principe dont celle, remarque en a déjà été faite, de la loi de l’offre et de la demande en tant que régisseuse principale de la formation de tous les prix.

1.3. Tout don, volontaire ou forcé, d'une quantité de monnaie ou d'une autre propriété ayant une valeur marchande est un transfert d'un terme d'échange marchand.

Une propriété a une valeur marchande, c’est-à-dire une valeur vénale, lorsque que cette propriété est de nature à pouvoir être vendue. Ceci exclut la propriété de moyens de paiement. Le verbe « vendre » et l’expression « valeur vénale » s’utilisent, en effet, à propos des termes non monétaires d’échange marchand seulement et non pas aussi des moyens de paiement. Parler de « transfert de propriété » au lieu de « transfert d’un terme d’échange marchand » convient aussi bien quand il ne fait pas de doute que la propriété dont il s’agit est un tel terme d'échange marchand. On parlera de transfert tout court dans un contexte où il ne fait pas de doute qu’il s’agit du transfert d’un terme d’échange marchand. Il est, au demeurant, mieux venu de parler de transfert tout court que de « revenu de transfert ». Un revenu est, en effet, une contrepartie en échange, un retour (en outre, l’analyse des catégories d’échanges marchands conduit à spécifier qu’il n’y a à proprement parler revenu que quand il s’agit d’une contrepartie perçue par un particulier).

DÉFINITION : Subvention Tout transfert d’une quantité de monnaie ou d’une autre propriété ayant une valeur marchande est une subvention. L’impôt est une subvention que le législateur oblige à fournir et qui est utilisé, pour une partie, à procéder à des échanges marchands et, pour l’autre partie, à transmettre des subventions.

Une doctrine de la pratique des transferts est susceptible de faire grand cas de la notion de solidarité. L’assistance apportée par les uns à d’autres et l’obligation morale de ne pas desservir autrui sont, dans ce contexte, l’avers et l’envers de cette notion. Il y a dérive quand il est admis que l’assistance économique doit prendre la forme principalement de transferts et résiduellement la forme de l’obtention d’un revenu proprement dit. Il y a également dérive quand, dans la pratique des échanges marchands, l’obligation morale de ne pas desservir autrui n’est respectée que par-dessus le marché. Cette seconde dérive, en étant génératrice de précarités de revenus et de réductions de pouvoir d’achat, pousse à la première dérive qui en retour entretient la seconde. Les transferts rendus par le législateur obligatoires ne sont pas nécessairement publics. Il en va ainsi, mais ce ne sont pas les seuls cas, de l’obligation alimentaire et de la pension de même qualification. Il y a, au demeurant, des échanges marchands eux aussi rendus obligatoires par le législateur. Dans cette dernière catégorie entre, par exemple, la souscription d’un contrat d’assurance automobile de la responsabilité civile du conducteur. La vie familiale emporte la nécessité pour les parents de subvenir aux besoins de leurs enfants, ainsi que, parfois, aux enfants de subvenir aux besoins de leurs parents. D’autres circonstances rendent indispensable ou désirable la pratique à titre privé de la subvention. Cette dernière fait aussi bien partie des libertés fondamentales que la pratique de l’échange marchand.

A propos de l’amalgame entre cotisation, assurance et salaire, et des dérives de transferts qui en découlent

Une cotisation obligatoire à une caisse d’allocations familiales est, comme tout autre impôt, un transfert. Une cotisation à un régime obligatoire d’assurance, maladie et chômage notamment, est non pas un transfert mais une prime en échange de garanties. Une cotisation à un régime de retraite par répartition n’est pas un transfert puisqu’il y a en contrepartie certaine le service, le moment venu, d’une pension. Cette dernière est un revenu de quasi placement tout aussi constitutif d’une rente qu’un revenu de placement. Parmi les questions de bonne organisation économique, il y a celle d’apprécier si, sous la dénomination de « cotisations sociales », l’amalgame de transferts imposés et d’achats, pour les uns obligatoires et pour les autres facultatifs, entretient des confusions génératrices d’effets pervers. Pourquoi ces cotisations sont-elles qualifiées de « sociales » alors qu’elles sont salariales ? Ces cotisations sont-elles en (plus grande) partie vraiment patronales ou sont-elles économiquement des éléments (substantiels) des salaires complets ? Si elles sont de tels éléments, de quoi se mêlent les employeurs qui participent en tant que tels à la gestion de régimes financés par ces cotisations ? Qu’enseignent l’évidence du désamorçage et, plus complètement, l’ensemble de la logique de l’échange marchand – de la loi systémique de l’offre en échange de l’offre – en ces matières de très grand poids à tous égards ?

THÉORÈME : Dépendance des transferts

Le volume des transferts imposés afin de financer les dépenses publiques ne dépend que du volume des ventes des entreprises, à fiscalité, (dés)équilibre budgétaire, salaires complets en proportions de ce volume et part des bénéfices distribués par les entreprises constants.

Ce théorème de dépendance se démontre en observant ce qu’implique, aux conditions spécifiées, une augmentation du volume des recettes fiscales. Pratiquement, la stabilité des transferts imposés afin de financer les dépenses publiques est assurée quand ils restent constants par rapport au total des revenus. Notons ce « par rapport au total des revenus ». L’un des moyens mis à la disposition des gouvernements par les statisticiens pour mentir par omission consiste à ne pas respecter cette base 100. Cela se faiten prenant la base 100 beaucoup plus élevée du PIB ou d’un autre agrégat de la même famille statistique, ce qui minore d’autant le poids affiché et donc la capacité de ce dernier à rendre alarmiste. Parmi les autres cas, se trouve celui du déficit ou du surplus budgétaire. Sa base 100 la plus significative est le montant des recettes fiscales ou celui des dépenses publiques et non pas le PIB. Etc.

1.4. L'économie définie n'a pour objet que ce qui est spécifique aux échanges marchands et aux transferts de termes de ces échanges.

[Rédaction provisoire. Introduire la distinction entre l'économie indéfinie et l'économie définie ; la considération du positionnement de la seconde par rapport à la première ; la vertu propre à la seconde.]

Les échanges marchands et les transferts de termes d’échange marchand alimentent des échanges et des transferts de même sorte. C’est pourquoi la pratique de ces échanges et de ces transferts détermine l’existence d’un système.

Bien que les marchandises ne sont échangées, le plus courrament par monnaie interposée, que contre les marchandises, ce système n’est pas fermé. Outre qu’il y a création incessante de nouvelles marchandises, des écosystèmes naturels, des savoirs techniques et des organisations sociales, dont un appareil juridique, font notamment partie de l’environnement de ce système et participent à son pilotage. En retour, des effets de son fonctionnement altèrent son environnement.

Pour être acheteur il a fallu être vendeur ou bénéficiaire d’un transfert et le cumul débité du compte en banque d’un particulier ou d’une entreprise privée ne peut pas dépasser indéfiniment le cumul crédité. Il existe, à coup sûr, au moins un mécanisme d’autorégulation économique. Or ce qui fait un écosystème est d’être doté d’au moins un tel mécanisme. Le système économique l’étant, il est un écosystème. Cet écosystème, lui artificiel comme l’est par exemple un ouvrage de génie civil, étant ouvert sur son environnement, ses autorégulations n’assurent qu’une partie de son pilotage.

Ce pilotage ne peut être lui-même qu’un ensemble flou de copilotages émetteurs d’impulsions dont la cohérence n’a rien d’automatique. Une caractéristique majeure de l’appareil économique est d’être un système social avec tout ce que cela comporte d’inégalités et d’irrégularités. Une autre caractéristique majeure est d’avoir pour sous-systèmes une organisation monétaire et une organisation fiscale avec tout ce que ces dispositifs comportent d’inévitablement approximatif. Ces seules observations donnent à penser qu’il est de très hautement improbable à résolument impossible que la notion même d’équilibre général appliquée au système économique soit pertinente, sauf à faire sur le papier de ce système ce qu’en réalité il est impossible qu’il soit.

L’objet de la science économique est le système ouvert que la pratique des échanges marchands et des transferts de termes d’échange marchand établit.

Autre que la question du quoi étudier est celle du pourquoi s’adonner à cette étude. La quête de ce qu’il faut faire et ne pas faire pour le plus avoir et le mieux être de la majorité des moins fortunés et le désir de faire un point approfondi sur les responsabilités sociales que la vie économique met de fait à la charge de la minorité la plus fortunée sont, entre autres, des éléments de réponse à la question du pourquoi. Pour ce qui est de la question du comment, seules, bien sûr, des considérations de méthode en traitent. La proposition 1.1 et le dernier paragraphe du commentaire de la proposition 1.2 (« une méthode s’impose ») sont des éléments de réponse à la question du comment. Les commentaires ci-après sur la prédictibilité et l’objectivité en sont d’autres. Etc.

La science économique est un enjeu de société. Si dès ses premiers attendus elle projette sur la vie économique, et plus largement sociale, un imaginaire alors sa consécration encombre cette vie de dénis de réalité.

Les manques respectifs et assez souvent complémentaires de rigueur conceptuelle dans la gestion des affaires économiques publiques et privées font système. Une fonction majeure de la théorie économique est de mettre au jour les points d’appui objectifs (qualificatif plus avant commenté) de la critique de ces manques puis l’ouvrage au long cours de leur comblement. Des politiques, les entreprises et les syndicats en ayant aussi, en synonyme aux désignations « théorie économique » et « science économique », l’appellation « économie politique » reste heureuse.

L’économie étant un système, le parti pris idéologique ou trop exclusivement pragmatique d’un chef de gouvernement et de ses ministres en charge des affaires « économiques et sociales » ne peut, faute d’une vue assez complète et exacte du système tel qu’il serait préférable qu’il soit, déboucher que sur le recours à des expédients avec tout ce que cela peut comporter d’incohérent. À l’échelle nationale ainsi qu’à celle encore plus globale d’une communauté de nations, une politique économique non étayée par une économie politique pertinente tourne à la navigation à vue par temps de brouillard, la multiplicité des informations et des commentaires faisant écran à la prise de repères certains. Pour qu’une telle politique soit systémiquement pertinente et médiatiquement convaincante, il faut que l’économie politique dont elle procède soit si fondamentalement objective et cohérente qu’elle décrive un réalisable ayant ces qualités car ce sont elles qui font sa capacité à débusquer « au-dessus de la mêlée » le plus important à maintenir et redresser dans le réalisé actuel. En tout état de cause, les plans et les catalogues de réformes « économiques et sociales » restent trop peu méthodiquement élaborés quand ils n’ont pas pour préambule l’énoncé, initialement fourni ou approuvé par leur commanditaire, d’une politique économique digne de ce nom.

Bien que cela soit à première vue surprenant, une politique digne de ce nom est un concept et non une notion. Ce concept est défini quelques paragraphes plus loin.

Un des moyens d’établir que des caractéristiques du système économique peuvent faire l’objet d’une théorie vraie consiste à s’assurer que la théorie de base de la comptabilité commerciale est vraie.

La théorie de base, c’est-à-dire les distinctions primordiales. Ces dernières sont exposées au chapitre 3, sur l’entreprise. Un moyen, préalable ou complémentaire, consiste à s’assurer que les deux théorèmes ci-après démontrés sont vrais.

L’affirmation de l’inexistence de lois économiques objectives est irrecevable parce qu’il est impossible de prouver cette inexistence. L’affirmation que les plus importantes lois mises en avant par un courant de pensée économique ne sont pas objectives peut être recevable car il est possible, le cas échéant, de le prouver.

Des économistes perpétuent le déni de réalité qui consiste à soutenir que leur discipline ne peut pas être une science expérimentale. Outre le théorème de dépendance, les deux autres théorèmes un peu plus avant démontrés, ainsi que le rappel à suivre de l’évidence du désamorçage, prédisent des conséquences expérimentalement vérifiables. Telle économie de marché plutôt que telle autre a des conséquences théoriquement prédictibles et expérimentalement vérifiables. Remonter des constats de l’économie telle qu’elle est pratiquée à un schéma conceptuel de l’économie telle qu’elle devrait normalement être pratiquée n’est impossible que quand la normalité théorisée est fondamentalement imaginaire. Quand ce n’est pas le cas, à force d’observations exactes et d’évitements de pétitions de principe, la normalité prescrite par la théorie devient prédictive de conséquences expérimentalement vérifiables dans le laboratoire in vivo de la pratique des échanges et des transferts. Partir du réel objectif et du réalisable de même puis y revenir sans cesse fait partie du protocole de la science économique. Cette dernière s’en trouve alors dotée d’un statut épistémologique assimilable, mutatis mutandis, à celui de la médecine expérimentale chère à Claude Bernard.

La science économique, quand cette appellation n’est pas usurpée, est une collection cohérente d’observations, de vérifications, de prescriptions et de prédictions le plus possible objectives. L’adepte de cette science s’en trouve condamné à ne répondre, en sa qualité d’économiste, qu’à une partie et un aspect des questions que la vie économique soulève. Pas de science, dont l’économique, sans l’acception et la confession de ses limites.

N’importe quelle personne ou instance, dont un gouvernement, qui a une solution à fournir à n’importe quel problème économique se méprend lourdement pour ce qui est aussi de son efficacité. Cette dernière, personnelle ou collective, consiste toujours à concentrer son attention et son action sur ce qu’on juge être l’essentiel, ce qui se fait nécessairement au détriment de l’accessoire : De minimis non curat praetor. Pour qu’il en aille autrement, il faudrait non seulement que le temps et l’argent ne soient pas ce qu’ils sont mais aussi que partout une faible part de ce qui produit – typiquement, 20 % – ne soit pas la cause d’une forte part de ce qui est produit – typiquement 80 %. Cette loi, dite des 20/80, s’applique à tout le réel et c’est elle qui fait qu’en toute chose existe l’essentiel et l’accessoire ainsi qu’en toutes affaires humaines des comportements plus ou moins efficaces. Une politique n’est digne de ce nom qu’à la condition d’être une concentration sur le tout petit nombre de questions qui font le plus gros des résultats. Cela importe aussi beaucoup en économie. Non seulement sa pratique mais aussi sa théorie doivent en tenir compte.

Une définition de l’économie emporte une définition des actes économiques. Vendre avec succès est inconditionnellement un acte économique ; acheter l’est donc. Acquitter un impôt l’est aussi ; percevoir un impôt l’est donc. En revanche, donner, comme voler, n’est que conditionnellement un acte économique : l’objet donné, ou volé, doit être de l’argent ou un autre terme d’échange marchand.

Le don ou le vol d’un savoir est-il toujours, certaines fois, ou jamais un acte économique ? C’est selon qu’un savoir est lui-même toujours, certaines fois ou jamais une marchandise. Le chapitre suivant élucide ce point.

La théorie économique tire de la notion de richesse le concept de richesse marchande en convenant de dire de n’importe quel terme non monétaire d’échange dont la contrepartie est ou aurait pu être une quantité de monnaie qu’il est une richesse marchande. Cette convention pose l’identité de l’ensemble des termes non monétaires d’échange marchand et de l’ensemble des richesses marchandes. Cet unique ensemble ne comprend évidemment pas que des objets tels que des biens immobiliers, du pain, des vêtements et des machines mais aussi des prestations de service achetées à des entreprises. Ce n’est pas tout. La production et la commercialisation des précédentes richesses nécessitent les prestations de service de travailleurs. Quand ces prestations ont pour contrepartie un salaire, elles font partie des termes non monétaires d’échanges marchands et donc de l’ensemble des richesses marchandes. Dans l’ordre de causalité, ce sont ces dernières richesses qui viennent en premier, avant le champ cultivable, la maison, le pain, les vêtements et les machines, entre autres produits du travail.

Un demandeur d’emploi est un offreur de richesse marchande en attente de trouver preneur.

Les richesses marchandes ne sont rares que pour la partie d’entre elles dont les quantités ne peuvent pas être augmentées par l’industrie des hommes. Définition en compréhension. Faute de tirer de la notion de rareté le concept de rareté économique, admettre que toutes les richesses marchandes sont rares introduit dans la théorie des échanges marchands un déni de réalité et une pétition de principe.

Les discours qui affirment que les entreprises sont seules créatrices de richesse, outre qu’ils omettent généralement de donner à entendre qu’il ne s’agit que de richesse marchande, ne tiennent pas compte du fait que la prestation de service d’un fonctionnaire est, comme celle fournie par tout autre salarié, une création de richesse marchande. Illustrons cette dernière observation par une démonstration qui, prenant en compte une capacité que seules les entreprises ont, élucide un aspect crucial de la problématique de la création de richesse marchande.

Cette démonstration est celle d’un théorème de différence. À montants égaux, les placements dans le financement permanent (capital) ou long (plusieurs années) d’une entreprise sont davantage créateurs de richesses marchandes que les impôts et les placements dans le financement de la dette publique. Précisons d’abord qu’une richesse marchande est toujours un produit 1) d’une dépense outillée d’énergie humaine, 2) qui a été mis en vente avec succès. Cette seconde caractéristique fait que, sur la période et le territoire considérés, il y a autant de créations de richesse marchande que d’achats, dont en premier lieu ceux de prestations salariées et avec, entre autres, les achats, effectués par paiements d’émoluments, des produits du travail des fonctionnaires et des élus rémunérés. Soit P le placement d’un montant M dans le financement permanent ou long d’une entreprise. P finance un flux temporaire de premiers achats donnant à l’entreprise les moyens d’établir un flux durable de ventes, ce flux alimentant lui-même un flux durable d’achats qui augmentent d’autant les créations de richesse marchande. Soit I un impôt de montant M. Cet impôt finance un flux temporaire d’achats qui sont autant de créations de richesse marchande.[2]Soit P’ le placement de montant M dans le financement de la dette publique. P’, étant le substitut d’un impôt supplémentaire, ne sert également qu’à financer un flux temporaire d’achats qui sont autant de créations de richesse marchande.[3]Soit V la valeur totale des richesses créées en au moins deux ans au moyen de P. Sur la même période, il faut, avec n > 1,n fois I pour que la valeur totale des richesses créées au seul moyen d’impôts soit égale à V. Toujours sur la même période, il faut, avec n’ > 1, n’ fois P’ pour que la valeur totale des richesses créées au seul moyen de placements en emprunts publics soit égale à V (l’écart entre n et n’ tient à ce que P’ fait l’objet d’un achat au moyen du service d’intérêts). Un placement P qui se révèle raté est, au pire, l’équivalent, pour ce qui est de la création de richesses marchandes, d’un impôt ou d’une autre sorte de don de même montant. Tous les placements de type P n’étant pas ratés, sur une période de deux ans au moins une somme de P est davantage créatrice de richesses que la même somme de I et que la même somme de P’.

Allons plus loin. Appelons maintenant M le maintien de la création nationale de richesses marchandes ; tant que M, la prospérité générale est étale. Appelons D les dépenses de fonctionnement [4]du secteur public, hors entreprises qui en font partie, toutes fournitures de subventions publiques comprises. Une réciproque du théorème de dépendance (page 17) est que l’augmentation du poids de D relativement au volume des ventes des entreprises nécessite plus de recettes fiscales ou, et, plus d’épargne placée en titres d’emprunt public (il y a une exception qui, quand elle existe, n’a jusqu’à présent concerné qu’un pays à la fois ; ce qui suit ne vaut qu’en partie de la même façon pour ce pays). Il en résulte de moindres contributions au financement permanent et long des entreprises. Le théorème de différence (page 21) a pour conséquence que l’augmentation du poids relatif de D est elle-même réductrice de la création de richesses marchandes par rapport à ce que cette création serait sans cette augmentation. Aux théorèmes de dépendance et de différence s’ajoute un théorème de réduction : si le poids relatif de D augmente alors la création de richesses est réduite par rapport à ce qu’elle serait sans cette augmentation. Cette dernière, trop longtemps poursuivie, en vient à compromettre M puis à faire basculer dans un déclin de plus en plus manifeste de la prospérité nationale. La ligne rouge a été franchie quand une partie du financement de D a commencé à être empruntée au-delà de quelques semaines. Le franchissement dans l’autre sens de cette même ligne rouge nécessite la réduction de D au montant des recettes fiscales compatibles avec au moins M, quitte à devoir réduire des taux d’imposition.

En sus de la reconnaissance démontrable qu’un pays est appauvri par une croissance trop rapide de D, deux assimilations, fréquemment et justement utilisées dans des conversations privées, facilitent la vulgarisation de cet aspect de la problématique de la création nationale de richesses. La limitation des dépenses publiques de fonctionnement aux recettes fiscales est la version nationale de ce qu’est pour un ménage l’évitement du déficit car le financement de ce déficit appauvrit ce ménage. Seconde assimilation : la réduction de D pour franchir dans l’autre sens la ligne rouge est, elle, la version nationale de ce qu’est pour un ménage l’effort d’économies importantes, voire drastiques, pour mettre fin à l’appauvrissement provoqué par le financement des déficits de ce ménage.

L’économie, parce que double pratique d’échanges marchands et de transferts de termes de ces échanges, expose tous ses acteurs à mal juger de ce qui relève avec le minimum d’inconvénients durables respectivement de ces échanges et de ces transferts.

Bien juger de ce qui relève avec le minimum d’inconvénients durables respectivement des échanges marchands et des transferts se révèle parfois délicat mais est aussi en bonne part régi par l’évidence du désamorçage. Qualifions de primaires les échanges marchands dont un terme est la prestation d’un investisseur en capital ou d’un travailleur. Des subventions publiques aux entreprises pallient des carences dans la pratique entrepreneuriale des échanges primaires alors qu’il serait d’intérêt général d’éliminer durablement les causes de ces carences. Autrement dit, ce palliatif désamorce la recherche du résultat à obtenir par le plein jeu des échanges marchands alors que ce résultat peut, le plus souvent sinon toujours, être obtenu de cette manière quand les conditions décrites du quatrième au septième chapitre du présent ouvrage sont remplies. Outre les « baisses de charge » consenties aux employeurs, les subventions publiques directement versées aux salariés du bas de l’échelle des rémunérations désamorcent elles aussi la formation et l’évolution normales des salaires, tous sans exception termes d’échanges marchands. L’évidence du désamorçage s’applique aussi à d’autres transferts publics. Quand les partis politiques et les syndicats de salariés sont financés par des subventions publiques, leur financement normal par leurs seuls adhérents s’en trouve désamorcé et la main mise de la fonction publique sur la vie du corps social s’en trouve renforcée d’autant.

L’homme est à tout instant de sa vie astreint à travailler, c’est-à-dire à dépenser son énergie, dans tous ses agissements sans aucune exception, distractions et repos compris. Cette astreinte existe en toute indépendance d’une quelconque production de l’esprit humain. Cette astreinte est donc objective, cet adjectif étant le plus approprié à la signification concise de l’indépendance constatée. L’échange marchand, le transfert de propriété et la monnaie existent en toute indépendance d’une production de l’esprit d’un homme vivant (et, de plus, d’un mort connu). Ces existences sont donc pour nous objectives, cet adjectif étant, dans ce cas aussi, le plus approprié à la signification concise de l’indépendance constatée. Etc. C’est dans ce sens courant, voir dictionnaires, que le qualificatif « objectif » et le substantif « objectivité » sont utilisables aussi en théorie économique.

L’objectivité a une vertu qui lui est propre. Le dialogue sur la morale et l’économie, à partir de la page 38, examine ce point. Cet examen établit que seule une doctrine de l’objectivité en économie qui prend explicitement en compte le rapport très étroit entre l’objectivité, la morale et l’économie est assez substantielle tant rationnellement que didactiquement et socialement.

Une théorie des échanges marchands a un caractère nettement plus objectif que subjectif quand elle reste centrée sur les phénomènes spécifiques aux échanges marchands. Cela la rend indépendante de la subjectivité des échangistes. Où sont, en effet, les causes et les conséquences psychiques, les morales comprises, spécifiques aux aspects économiques de la vie sociale ? Ces causes et ces conséquences spécifiques existeraient si, par exemple, l’appétit de pouvoir d’achat était d’une autre nature que l’appétit de pouvoir ; le désir de posséder par l’échange marchand d’une autre nature que le désir de posséder ; le besoin satisfait par le moyen de l’échange marchand d’une autre nature que le besoin satisfait par l’autoconsommation de sa production ; la mentalité économique d’une autre nature que la mentalité sociale ; etc.

Convenir de ces inexistences est cohérent avec les trois constats suivants :

L’homme tire de sa subjectivité tout ce qu’il produit, dont, par le truchement de l’intuition d’indépendances par rapport à ses états de conscience, ses observations objectives et leurs applications.

Moins ces dernières participent à la vie économique et politique, plus la mentalité ambiante est rendue perméable aux exploitations subjectives abusives et aux avilissements qui en résultent.

Au seuil d’une investigation menée selon la méthode indiquée page 15(dernier paragraphe du commentaire de la proposition 1.2), rien ne permet d’exclure que la subjectivité collective soit normalement un déterminant principal du prix d’au moins une catégorie de marchandise.

L’histoire critique des idées économiques apprend que l’effort d’objectivité interdit un recours, dans cette discipline aussi, et en conditionne un autre. Elle interdit le recours positif aux élucubrations qui, si apparemment mathématiques qu’elles aient pu être rendues, ne reposent en définitive que sur des préjugés. Elle conditionne le recours aux mathématiques supérieures à une préalable et rigoureuse « analyse primitive des faits ».

Cette dernière expression et la condition qu’elle sert à exprimer se trouvent sous la plume de Paul Valéry rendant compte de sa lecture critique de Léon Walras.L’analyse primitiveque le présent ouvrage expose utilise quatre principaux instruments et porte sur trois matières principales. Les quatre principaux instruments sont : 1) la définition, au sens de ce concept en logique mathématique ; 2) la délimitation du champ d’étude par la définition de l’économie ; 3) la division de l’ensemble des marchandises en sous-ensembles homogènes ; 4) la conceptualisation de ce qu’est objectivement la seule institution qui n’existe que par et pour la pratique des échanges marchands, l’entreprise. Les trois matières principales sont : 1) la valeur d’échange, c’est-à-dire le prix, de chaque grande catégorie de marchandise ; 2) l’emploi ; 3) la répartition entre profits et salaires. Le tout constitue un jeude propositions premières de science économique ou, plus complètement désigné, de propositions premières d’économie politique objective. Du champ de la science économique, ce tout ne couvre que la partie fondamentale de la théorie objective des échanges marchands ou, ce qui désigne mieux la teneur de cette partie, la théorie générale des prix, de l’emploi et de la répartition. Ce tout constitue aussi une initiation à l’économie.

Par les idées qu’il sème en masse, l’enseignement est désormais un grand pouvoir en matière d’économie. C’est pourquoi on ne voit pas que le degré de qualité sociale de l’économie pratiquée puisse être sensiblement relevé sans être précédé ou rapidement accompagné par celui du degré d’objectivité de l’économie pensée dès le stade des initiations scolaires et des propédeutiques universitaires.

Mais aussi, avant ce relèvement, bien des améliorations très substantielles peuvent être apportées et doivent être conservées là où elles l’ont déjà été. Les trois théorèmes et l’évidence du désamorçage en attestent d’autant plus que quelques considérations de bon sens sur le thème de la création des richesses marchandes suffisent à faire majoritairement approuver par le corps électoral ce que ces théorèmes et cette évidence enseignent. Dans un pays en paix où ce discours grand public n’est pas ou plus de mise, qu’y a-t-il d’accessoire à ce qu’il le devienne ou le redevienne ?

Au moins depuis la première moitié du 19èmesiècle, il se répète que l’économie est la production, la distribution et la consommation de richesses. Cette affirmation colporte une indéfinition de l’économie. Les commentaires de la proposition suivante disent pourquoi.



[1]Proposition 2.11, page 53.

[2]L’impôt finance aussi des subventions publiques qui elles-mêmes financent des achats. Une subvention octroyée à une entreprise pour financer, en partie ou en totalité, un actif, au sens comptable de ce mot, devient un placement P mais à titre gratuit et à fonds perdu. Le théorème de différence ne vaut que pour la partie des impôts qui ne servent pas à prodiguer ce type de subvention. Pour ce qui est du caractère généralement dommageable de cette sorte de transfert, voir page 23 le passage relatif à l’évidence du désamorçage.

[3]Le théorème de différence ne vaut que pour la partie de la dette publique qui ne sert pas à octroyer le type de subvention indiqué dans la précédente note de bas de page. Le renvoi à l’évidence du désamorçage, page 23, concerne aussi la partie de la dette publique qui a servi ou va servir à octroyer ce type de subvention.

[4]La distinction entre dépenses de fonctionnement et d’équipement fait l’objet d’une note en bas de la page 36.

1.5. Le champ de l’économie définie comporte deux productions seulement et aucune consommation.

2 mai 2011, AL indique à DM qu'à la relecture il préfère la formulation précédente :

1.5. Produire et consommer ne sont pas intrinsèquement des actes économiques.

Enoncé

Les deux productions qui font partie du champ de l'économie définie sont celles d'un échange marchand ou d'un transfert de propriété cessible. Toute consommation est soit indépendante de l'une de ces productions, soit antérieure ou postérieure à l'une de ces productions.

Commentaires

Chez les assureurs, le mot « production » désigne la vente, en l’occurrence de garanties moyennant primes. En gestion d’entreprise, l’usage de l’expression « production des ventes » se rencontre fréquemment. En comptabilité, un « produit » provient toujours d’une vente effectuée (échange marchand) ou d’une subvention (transfert) perçue ou à percevoir. Certaines productions et consommations ont pour raison d’être l’élaboration de marchandises. Ces productions et ces consommations sont évidemment économiques par destination. Pourquoi alors soutenir que produire et consommer de la marchandise n’est pas un acte économique ?
La définition de la marchandise énoncée au chapitre 2 spécifie que :

  • 1) produire des marchandises consiste à mettre en vente et à réussir à faire acheter.
  • 2) marchandise il n’y a que pour la durée que sa vente prend (une maison est meublée d’objets qui ont été des marchandises et qui, pour certains, le redeviendront peut-être ou sûrement.

Si les actes de produire autre chose qu’un échange marchand ou un transfert de propriété, ainsi que de consommer quoi que ce soit, sont reconnus comme étant en eux-mêmes économiques, alors tout acte humain est économique. En effet, l’homme ne fait rien sans produire et consommer. Si tout acte de l’homme est plus ou moins implicitement réputé économique, il n’y a pas distinction d’un sous-ensemble des activités économiques au sein des activités humaines. Faute de cette distinction, il n’y a pas de définition de l'économie, au sens du concept de définiton en théorie des ensembles.
Dans toutes les circonstances où pour commencer à produire ou consommer il a fallu acheter, l’économie est présente par ce « il a fallu acheter ». Dans toutes les circonstances où pour continuer à produire il faudra vendre, l’économie est présente par ce « il faudra vendre ». En toutes circonstances où une activité ou une situation a fait l’objet d’une subvention prélevée ou allouée, l’économie est présente. Cela fait beaucoup de circonstances comportant un aspect économique.
Si l’on tient néanmoins à ce que de la production, autre que d’échanges marchands et de transferts de propriété, et de la consommation figurent au nombre des activités économiques, alors il faut justifier ce que cette extension apporte à l’exactitude de la théorie objective des échanges marchands. Or il semble bien qu’il soit impossible de produire cette justification. Elle ne peut pas être que les conditions de production et les quantités écoulées (consommées) d’une marchandise vendue par une entreprise participent à la détermination de son coût unitaire et, partant, de son prix. C’est pourtant incontestable. Mais il est tout aussi incontestable que ces déterminants sont:

  • 1) des valeurs d’échange et des transferts à raison des amortissements, d’autres éventuelles sortes de provisions et d’impôts.
  • 2) des prévisions puis des réalisations de quantités vendues – de quantités échangées.

Pas plus la pratique que la théorie de la prise en compte de ces déterminants ne nécessite de faire de l’économie plus que ce qu’en dit la proposition 1.4 et que ce qu’en exclut la proposition 1.5. Bien sûr, les hommes se livrent à des échanges marchands pour produire davantage (spécialisation dite « division du travail ») et consommer davantage afin de mieux satisfaire ce qu’ils éprouvent être leurs besoins. Et alors ? Il n’y a là rien de spécifique à ces échanges et aux transferts de termes de ces échanges.

Les hommes produisent et consomment, ô combien, des sentiments et en font échanges et dons, ô combien, également afin de mieux satisfaire ce qu’ils éprouvent être leurs besoins. Mais ces besoins ne sont pas les mêmes ? Qu’ils le soient ou non en partie n’est pas le constat qui tranche le débat. La condition humaine est une mer immense d’expériences et d’études. Dans cette mer se trouve un chapelet d’îles d’expériences et d’études objectives. La part objective de la pratique des échanges marchands et des transferts de termes d’échange marchand est, malgré le sentiment qu’on peut en avoir (on en a sur tout), l’une de ces îles sur laquelle se trouve aussi, pour autant qu’on en produise l’effort, son étude elle-même objective. Cette étude n’est ni d’abord ni aussi celle de la mer qui environne cette île. Cette délimitation non seulement n’enlève rien à la spécificité, l’utilité et l’importance de cette étude et de son objet mais tout au contraire les ren-force. Il n’est pas concevable, quand on veut bien y réfléchir quelques ins-tants, que l’élucidation de ce qui détermine objectivement des valeurs d’échange marchand dissipe si peu que ce soit le mystère de la condition humaine, avec les productions et les consommations auxquelles elle oblige et qu’elle permet.

Dans ces conditions, partir de considérations subjectives sur la condition humaine et sur la notion d’utilité pour en tirer l’élucidation attendue de la science économique expose non seulement à philosopher pitoyablement mais surtout à rater cette élucidation. Une doctrine des causes subjectives de la pratique des échanges marchands fait nécessairement grand cas des notions de besoin, de rareté, d’utilité, de désir, de plaisir, de peine. Quand une théorisation de l’économie repose sur une telle doctrine, les énoncés qui en sont tirés ne définissent rien parce que toutes les activités humaines satisfont un besoin en comblant un manque, procurent un plaisir, donnent de la peine. En amalgamant des notions éminemment subjectives, l’économiste en vient forcément à l’économie qui est tout et, par conséquent, rien en particulier. Les portes sont alors grandes ouvertes à des constructions imaginaires au moyen de pétitions de principe.
En tout état de cause, l’économie qui est tout, c’est n’importe quoi.

1.6. L'économie doit être d'abord étudiée sous l'hypothèse de la perfection monétaire.

[Rédaction provisoire]

L’économie est très largement monétarisée. Les échanges marchands se font presque toujours par usage d’une monnaie et les subventions sont souvent des transferts de sommes monétaires. C'est une commodité indispensable : il suffit de songer au handicap très considérable que le troc généralisé et le paiement des impôts en nature constitueraient pour s’en faire une idée. Mais cette indispensable commodité a des inconvénients qui ne disparaîtraient que si les monnaies ayant cours étaient des conservatrices de valeur d’échange telles que, aussi bien dans le temps que dans l’espace, une perte ou un gain de pouvoir d’achat ne résulterait jamais de leur détention et de leur circulation.

Conservation non seulement dans le temps mais aussi d’un espace monétaire à l’autre : système monétaire international, commerce international.

En matière monétaire, l’hypothèse de la perfection consiste à supposer qu’il puisse exister un système assurant la conservation, sans aucune perte ni aucun gain tant dans l’espace que dans le temps de la valeur d’échange de chaque monnaie régie par ce système.

La science économique doit-elle être construite d’abord sur l’hypothèse de la perfection monétaire pour ultérieurement, dans l’ordre logique de ses développements, mettre au jour, parmi les organisations monétaires observées et concevables, celle qui éloigne le moins de la perfection monétaire ? La réponse négative amenuise, et à la limite annihile, la capacité de la pensée économique à (re)produire cette mise au jour.

Le choc d’un « changement de paradigme » touchant au socle non monétaire de la science économique a nécessairement des prolongements dans la manière de traiter les questions monétaires. Cela étant, rien n’exclut la survenance préalable d’un choc salutaire de « changement de paradigme » propre à la sphère monétaire et financière.

Bien qu’ils soient l’un et l’autre irréalistes, le modèle de la concurrence pure et parfaite et l’hypothèse de la perfection monétaire n’ont pas du tout le même statut méthodologique. Ce modèle (page 308) conforte une pétition de principe (page 13). Cette hypothèse neutralise une variable afin d’en tirer le constat de ce qu’un système monétaire doit perturber le moins possible.

Les échanges et les transferts de richesses marchandes (concept défini plus haut) ne sont pas des instruments de la détention et de la circulation de quantités de monnaie. C’est le contraire. La réponse positive à la question de la perfection monétaire respecte le fait que la monnaie n’est qu’un instrument d’échanges et de transferts de richesses marchandes, avec les stockages y compris de longue durée que l’usage de cet instrument implique.

Bien que posséder plus ou moins d’argent que son voisin soit effectivement être, sur ce point, plus ou moins riche que lui, ce n’est évidemment pas l’argent qui constitue une richesse en soi mais c’est le pouvoir d’acheter, de placer et de donner que l’argent procure. Il y a là plus qu’une nuance. Sans cette distinction et d’autres qui peuvent sembler à première vue plus spécieuses, la pensée économique est condamnée à ne pas parvenir à se dégager de préjugés, dont ceux qui ne tiennent somme toute qu’à la façon de s’exprimer au quotidien.

L’usage intensif du crédit implique fait que toute une part de l’usage de la monnaie est mise au service de cet usage. C’est pourquoi il faut s’attendre à ce que la solution au problème de la moindre imperfection monétaire comporte tout un volet relatif aux taux d’intérêt.

Ces taux sont des prix. Le sixième chapitre du présent ouvrage est consacré à ces prix de grande importance non seulement monétaire mais aussi relative à la régulation de l’ensemble du système économique.

Parmi les grandes pathologies économiques, l’une des plus lourdes, et en certaines circonstances de loin la plus grave, est ce qu’il est convenu d’appeler l’inflation. Cette dernière sévit en étant nichée ou généralisée. Quand elle est nichée, elle n’affecte, par exemple, que les prix des actifs ou même que ceux de l’immobilier. Quand elle est généralisée, elle affecte les prix de toutes les marchandises. Dans ces deux cas, les hausses de prix constatées sont en réalité, on ne le répétera jamais trop, des baisses de valeur d’échange d’au moins une monnaie et souvent de plusieurs enchaînées les unes aux autres. La cause est toujours une émission débridée de monnaie et de crédit. Le remède, tant dans le cas de la rémission que de la guérison, est lui aussi forcément toujours le rétablissement d’un bridage de cette émission.

Dans Les Echos du 19 juin 2008, la chronique de Favilla, titrée Inflation à double détente, commence ainsi : « L’inflation est de retour : dans notre vie quotidienne, elle se fait sentir dans les prix de l’essence et de l’alimentation. Ces hausses affectent l’ensemble de la planète et leurs causes sont faciles à identifier : excès de demande, insuffisance d’offre. » Cet excès et cette insuffisance sont des causes non pas immédiates mais fallacieuses. Leur invocation fait partie du rituel instauré par la pétition de principe décrite dès la page 13du présent livre. Au demeurant, dès le début de son paragraphe suivant, la même chronique fait état des causes effectives : « Cette pluie de dollars a stimulé l’économie mondiale, mais a constitué un réservoir d’inflation. » Cette fois encore, les causes effectives sont des émissions débridées de monnaie et de crédit. Cette fois encore, l’excès en cause est celui de l’éloignement délibéré avec la moindre imperfection monétaire. Pour des motifs géopolitiques stratégiques. Bien entendu sous couvert de dires d’experts.

Nous constaterons au chapitre 5 que l’analyse de base du placement en capital, de sa rémunération et de sa liquidation doit prendre en compte l’érosion de la valeur d’échange de l’unité monétaire.

1.7. Convenons de distinguer, en tant qu'échelles d'observation des phénomènes économiques, la mésonomie, la macronomie et la micronomie.

1. L'histoire de la théorie économique a voulu que la microéconomie comporte sa propre macroéconomie.

Elle a aussi voulu que « la » macroéconomie soit érigée en discipline présumée se suffire à elle-même, particulièrement à des fins économétriques (comptabilité nationale) et politiques.

Le réel instauré par la pratique des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges (sommes d’argent, objets vendables) fait qu’il existe des échelles d’observation des phénomènes économiques. C’est d’ailleurs pour distinguer deux de ces échelles que les notions de microéconomie et de macroéconomie sont désormais spontanément utilisées.

2. Les investigations dont cet ouvrage rend compte usent de trois échelles.

Afin de ne pas prêter à confusion, des néologismes sont utilisés pour désigner ces échelles : la « mésonomie » pour la moyenne, la « macronomie » pour la plus grande, la « micronomie » pour la plus petite.

3. L’entreprise étant la seule institution qui n’existe qu’à des fins économiques, calons l’échelle mésonomique sur l’entreprise.

Les concepts de la comptabilité générale commerciale sont mésonomiques. L’entreprise en tant qu’entité juridique et son capital sont, entre autres, des objets mésonomiques.

4. Quand l’analyse économique prend en compte ce qui se passe sur une ère géographique, elle se fait macronomique.

Alors que le taux de profit sur capital d’une entreprise est une grandeur et un régulateur mésonomiques, le taux moyen de profit sur capital pour l’ensemble des entreprises d’un pays est une grandeur et un régulateur macronomiques. Le stock global de capital et le stock global d’emplois sont également des grandeurs et des régulateurs macronomiques. Le phénomène de la répartition du revenu global est macronomique.

5. Les concepts de la comptabilité analytique sont micronomiques.

Plusieurs de ces concepts sont définis et exploités au chapitre 12. Le problème de la part de coûts communs à faire entrer dans un prix de revient complet est micronomique.

6. Nous verrons que ce problème est à tort réputé sans solution objective.

La portée de cette solution micronomique, nous le constaterons également, est mésonomique et macronomique. Une théorie homogène et complète des prix est faite de constats dont les uns sont macronomiques, les autres mésonomiques et les derniers micronomiques.

La théorie des valeurs d’échange marchand admise en économie politique objective se doit d'aller jusqu’au calcul des prix objectifs de vente des marchandises non rares commercialisées par les entreprises. C'est une preuve de son utilité et une mise à l’épreuve de sa cohérence.

1.8. La finalité majeure de la théorie économique est politique.

[Rédaction provisoire]

La théorie économique reposant sur une vraie définition de son objet est une recherche de normes aussi favorables que possible aux libertés d’autrui, au plein exercice de la démocratie et à une prospérité générale durable, trois thèmes éminemment politiques. Un peu plus précisément, les pratiques prescrites ont trait : 1) aux échanges marchands, 2) aux transferts dont en premier lieu ceux que le législateur impose, 3) aux dépenses publiques, 4) aux monnaies. Or l’organisation des marchés est un ouvrage éminemment politique, l’organisation d’un système fiscal et des autres modalités économiques de gestion des affaires publiques de même, l’organisation d’un système monétaire tout autant.

– Tu préjuges comme beaucoup que la liberté des échanges marchands produit le maximum de prospérité générale et, de plus, de prospérité durable.

– Je revendique le parti pris du maximum de libertés et de démocratie économique. Je ne vois pas, en effet, comment se prononcer en assez bonne connaissance de cause sur ce qu’il faut empêcher ou corriger, dans ce que la liberté des échanges marchands produit, sans avoir d’abord étudié objectivement ce qu’il est dans son cours normal de nécessiter et de fournir.

– Il est dans son cours normal de produire des injustices sociales et des dégradations de l’environnement. C’est pourquoi la redistribution au moyen de confiscations fiscales de revenus s’est imposée cependant que des renchérissements réducteurs d’impacts écologiques sont entrain de s’imposer.

– Ne nous prononçons sur la redistribution qu’à la lumière d’une théorie objective du profit, du salaire et de la répartition (chapitres 4 et 5) et sur les renchérissements qu’à la lumière d’une théorie des prix des produits industriels (chapitre 7). Nous ne traitons au moins mal des lourds problèmes politiques inhérents à l’économie qu’à la lumière du schéma explicatif et prédictif scientifiquement le moins défectueux.

– Avec la grande difficulté qu’il faut avoir le goût et les moyens de se faire expert ès idées économiques théoriquement articulées pour juger de ce « scientifiquement le moins défectueux » !

– Ce que je vais te répondre vaut pour aujourd’hui et jusqu’à ce que les économistes en soient venus à un nouveau consensus sur ce qu’est et n’est pas la science économique ainsi que sur son socle, à savoir la théorie générale des prix, de l’emploi et de la répartition. Ce qui fait la différence la plus déterminante des courants de pensée économique continue à se trouver dans leurs commencements. Si, dans ce qu’admet de plus fondamental un courant qui ne fait plus ou pas encore autorité, tu mets la main sur un lot cohérent de considérations objectives qui ne s’accordent pas avec le courant qui, lui, fait autorité, alors tu as trouvé un schéma scientifiquement moins défectueux.

– Si le plus fondamental est la théorie générale des prix, de l’emploi et de la répartition, c’est bien ce que je dis, il faut être expert ès idées économiques théoriquement articulées.

– Tu t’enquières de ce qu’un courant qui ne fait pas aujourd’hui autorité soutient principalement sur l’économie globalement considérée et la science économique de même puis sur le travail, l’entreprise, le capital et le profit. C’est, dans un premier temps, suffisant pour juger en assez bonne connaissance de cause si tu as affaire à un schéma scientifiquement moins défectueux.

– Après quoi, devrais-tu ajouter, l’attachement à des habitudes de pensée sociale et politique a des raisons sur lesquelles la raison n’a pas toujours prise, c’est le moins qu’on puisse en dire.

– Comment ne pas être complètement d’accord avec ce jugement de fait ? À cause de cet attachement, il faudra peut-être encore beaucoup de temps avant que les économistes renouvellent leur consensus de base et que des politiciens, des entrepreneurs et des syndicalistes deviennent de plus en plus nombreux à les suivre. Mais ce n’est qu’un peut-être. Personne ne connaît ce scénario.

– Soit. Mais quand même. Ricardo était tory, Marx rouge, Walras socialiste, Barre centriste. Fabra et Michaut ?

– Fabra et Michaut et consorts. D’une part les attitudes sur la scène politique sont catégorisées au moyen de vocables dont, en français et dans l’ordre alphabétique de leurs suffixes puis de leurs préfixes, libéral, conservateur, capitaliste, progressiste, socialiste. D’autre part, il y a deux manières d’être socialiste, progressiste, capitaliste, conservateur, libéral : l’une subjectiviste et l’autre objectiviste. Cela fait dix manières mais dont cinq sont identiques : capitaliste objectiviste, conservateur objectiviste, libéral objectiviste, progressiste objectiviste, socialiste objectiviste. Cet ordre d’énumération ne change rien par rapport à n’importe quel autre, dont l’inverse commençant par socialiste objectiviste et se terminant par capitaliste objectiviste.

– Objectiviste, c’est-à-dire ?

– Il se dit que l’objectivismeconsiste à écarter les données subjectives pour ne s’en tenir qu’aux données objectives. L’objectivisme dont je viens de faire état est moins sommaire. Il consiste à étendre autant que faire se peut l’îlot de l’objectivité au milieu de la mer de subjectivité dont cet îlot est lui-même une construction. Cet objectivisme ne consiste pas du tout à considérer que la vertu de l’objectivité a pour pendant systématique le vice de la subjectivité. Il ne vise pas davantage à refouler quelque expression subjective que ce soit. Seule réserve pour ce qui est du statut de cette expression : qu’elle ne se fasse pas passer pour un savoir objectif, ainsi que cela se pratique excessivement en « sciences humaines ».[1]

– Cette vue très générale ne suffit pas à faire en sorte que l’identité politique « objectiviste » ne sonne pas creux.

– C’est juste. Cette identité politique n’en est pas une si elle n’a pas pour substance l’articulation, méticuleusement mise au point et scrupuleusement entretenue, d’une pensée économique objective. L’un des accomplissements de cette pensée est de tirer de la notion de capitalisme un concept de même nom désignant par un seul mot les dispositions objectives de la loi systémique de l’offre en échange de l’offre. La nature même de cet accomplissement le met hors de portée du libéralisme subjectif et du socialisme subjectif, entre autres. L’histoire des idées économiques et celle des faits politiques ne dément pas cette incapacité et ne la démentira jamais.

Parmi les trois appellations synonymes « économie politique », « science économique » et « théorie économique », la première fait état de la finalité majeure de cette discipline.

La première partie de la présentation du présent ouvrage situe les origines de l’économie politique dont il est ici traité. À partir des considérations rassemblées dans le présent chapitre, la part la plus fondamentale des élucidations, sans lesquelles l’économiste, par défaillances de son « analyse primitive des faits », reste incapable de donner à sa discipline une assise scientifique, est exposée au chapitre suivant.

Une enquête de l’économie politique porte sur la répartition des richesses marchandes entre leurs fournisseurs de dernier ressort, à savoir les investisseurs en échange de la rémunération de leurs prestations et les travailleurs en échange de la rémunération des leurs. Cette enquête est la plus centrale de l’économie politique parce qu’elle traite de la question économique socialement la plus importante : si la pratique normale des échanges marchands maximise un revenu total, quel est-il et sous quelle contrainte principale cela se fait-il ? En l’absence d’une réponse claire et en présence d’une réponse fausse, il est inévitable que, mal instruit, le corps social, dont ses élus, ses entrepreneurs et ses syndicalistes, se trompe sur ce qu’il faut faire et ne pas faire pour tirer le meilleur parti du moteur des échanges marchands et des appareils de transfert qu’il permet de faire fonctionner.

Les investisseurs de dernier ressort sont les épargnants qui effectuent des placements pour en tirer des revenus. Le travailleur et cet investisseur sont désormais souvent le même individu. L’enquête centrale de l’économie politique porte sur la répartition des richesses marchandes entre des rôles économiques et non pas entre des classes sociales.

Autour de cette enquête s’ordonne nécessairement une investigation sur les valeurs d’échange marchand, c’est-à-dire sur les prix de toutes les grandes sortes de richesses marchandes. Dans ce qui fait le préjudice considérable d’une réponse inexacte à la question de ce que maximise principalement la pratique normale des échanges marchands rentre ce qu’admet d’inexact l’investigation sur les prix qui va avec.

Le préjugé qui tient lieu de théorie de la répartition de loin aujourd’hui encore la plus commune repose sur l’affirmation qu’il est dans le cours normal de l’économie de marché de maximiser les profits sous contrainte de salaires juste suffisants pour assurer la subsistance des travailleurs ; cette subsistance devenant cependant de moins en moins inconfortable grâce à l’élévation des rendements du travail ; cette élévation étant elle-même provoquée, circularité suspecte, par la recherche incessante du maximum de profit. Bien que la relation entre l’élévation des rendements du travail et celle du pouvoir d’achat des salaires soit réelle,[2] ce préjugé est une pétition de principe. Il tient, en effet, pour vrai que la recherche du maximum de profit est une loi économique sans que cela soit non seulement démontré mais aussi démontrable.[3]

Toute théorie générale de l’économie est elle aussi un système qui est un schéma partiel de régime social. Considérer que la finalité majeure de la théorie économique est sociale convient aussi bien que de dire qu’elle est politique.

Si, tout au moins en français, l’expression « économie sociale » n’était pas aussi idéologiquement connotée qu’elle l’est, l’économie politique pourrait être aussi bien dénommée « l’économie sociale »... ce qui renvoie au doute sur ce que cette dernière expression désigne de généralisable quand son point d’appui conceptuel n’est pas une théorie générale de l’économie aussi complètement articulée qu’une économie politique doit l’être.

Il y a lieu de craindre que préférer l’emploi de l’adjectif « sociétal », pour qualifier le schéma que constitue une théorie générale de l’économie et la finalité majeure de cette théorie, vise à perpétuer un déni de réalité. Ce déni consiste à entretenir l’identité « n’est vraiment social que ce qui est non marchand », voire non économique, ce qui va à l’encontre du fait que tout ce qui est relatif aux rapports des hommes entre eux est à proprement parler social. Tant que ce déni perdure, on ne répète jamais assez que les échanges marchands sont tout aussi sociaux que les transferts publics et privés. Une vulgate qui entretien le préjugé d’une supériorité qualitative du don sur l’échange est, sur ce point, pernicieuse.

S’il est possible de tirer de la notion de démocratie le concept de démocratie économique, il y a lieu de s’attendre à ce qu’une économie politique atemporelle – non asservie au temps présent ou à un époque révolue – soit la plus appropriée pour y parvenir.

Des indices manifestes donnent à penser que cette possibilité existe. Un usage sine qua non de la démocratie politique est la mise en concurrence alors que toute une part de la vie économique exploite le même principe d’organisation. Un bulletin de vote glissé dans l’urne est un choix entre plusieurs annonces alors que des actes économiques sont des choix entre plusieurs annonces, qu’il s’agisse, par exemple, de « faire son marché », de trouver un employeur ou un employé, de souscrire un placement, de donner à une œuvre plutôt qu’à une autre. Le constat de ce parallélisme suggère deux observations dont le développement trouve sa place dans une enquête approfondie sur la pratique des échanges marchands et des transferts de termes d’échange marchands. Le concept de démocratie économique est définissable en extension : démocratie fiscale, démocratie financière, démocratie salariale,[4]démocratie industrielle (ventes et achats des marchandises non rares commercialisées par les entreprises). Chaque sorte de démocratie économique paraît bien pouvoir faire l’objet d’une définition en compréhension par l’énoncé des normes qui l’établissent. Or le socle de la science économique digne de ce nom est l’écriture de ces normes car toutes les stipulations de la loi systémique de l’offre en échange de l’offre en font partie.

Une économie politique atemporelle est comme un compas (une boussole) qui indique le nord constamment, y compris au milieu des pires dépressions. Ce n’est pas le cas d’une pensée économique asservie à la mentalité et aux usages du lieu et du temps de son élaboration. L’art de la politique économique et des réformes qu’elle étaye consiste beaucoup à prendre appui sur une pensée économique atemporelle. Une pratique plus accomplie de la démocratie en dépend.

« Définitivement » s’emploie à bon escient à la place de « scientifiquement » alors que « scientifiquement » et « actuellement » ne s’emploient pas à bon escient de façon interchangeable. Quand le site internet de Météo France annonce que « les situations météorologiques ne sont pas scientifiquement prévisibles à plus de 10 jours », la démonstration scientifique de cette impossibilité existe ou n’existe pas. Si elle existe, « scientifiquement » est, dans cette annoncé, employé à bon escient et « définitivement » le serait aussi. Si elle n’existe pas, « scientifiquement » est utilisé fallacieusement pour signifier « actuellement ». Ce qui vaut, à cet égard, pour la météorologie et le météorologue vaut pour l’économie et l’économiste.

L’atemporalité dont il vient d’être fait état est une propriété d’autant plus précieuse que la finalité politique de la théorie économique expose cette dernière à être manipulée pour donner en représentation des illusions qui font obstacle au plus possible de démocratie économique et de prospérité générale de la population.

Le moral et la morale d’une population font partie de sa prospérité générale. Cette partie n’a rien d’accessoire pour ce qui est de la qualité de vie des individus et des collectivités dont ils sont membres. Garbage in, garbage out [5] répètent volontiers les informaticiens pour signifier que les défauts de qualité font système. Il faut être enfermé dans une adulation quasi obsessionnelle de la modernité pour ne pas éprouver, encore plus aujourd’hui qu’hier semble-t-il, de l’inquiétude quant à l’évolution de la morale et du moral qui se respirent dans l’air du temps, ainsi que pour balayer d’un revers de main l’existence des causes et des conséquences économiques de cette évolution.

L’une des illusions encore beaucoup trop donnée en représentation est celle de la prétendue vertu, quand un bas conjoncturel s’amorce, du déficit budgétaire creusé en faisant financer des dépenses publiques de fonctionnement [6]par de l’emprunt. La preuve qu’il s’agit d’une illusion est à portée de main de qui veut bien s’en emparer. Il existe, en effet, en complément du théorème de différence (page 21) et du théorème de réduction (page 22), le théorème du temps économiquement perdu – ce temps ne se rattrape jamais – et le théorème des relances illusoires – toute autre relance que par davantage de financement permanent d’entreprises et secondairement de dépenses publiques d’équipement est illusoire. Que ce soit pour un particulier ou pour l’ensemble des particuliers d’un pays, un temps économiquement perdu est celui pendant lequel la différence entre le flux de ses revenus et le flux de ses dépenses, tous débours fiscaux compris, est moins positive (ou plus négative) que ce qu’il aurait pu être. En conséquence son patrimoine net – sa situation nette de toute dette – est moindre que ce qu’il aurait pu être. Au terme de n’importe quelle période suivante, ce patrimoine net restera inférieur à ce qu’il aurait été s’il y avait eu moins de temps économiquement perdu. Les ruines déblayées par les reconstructions restent à jamais les pertes économiques qu’elles ont été. Dans ces conditions, toutes les relances macronomiques qui ont pour effet d’augmenter du temps économiquement perdu sont illusoires pour ce qui est de leur contribution à terme à l’augmentation du patrimoine, net de tout endettement, de l’ensemble du secteur privé et public d’un pays. Pour qu’il en aille autrement, il faudrait que le temps économiquement perdu puisse se rattraper, ce qui est impossible. Seule une sorte de relance macronomique ne présente pas ce défaut. Des observations exposées plus loin dans cet ouvrage, particulièrement dans son chapitre quatrième sur le capital, le profit et l’emploi, établissent que cette sorte consiste avant tout en davantage de financement à proprement parler permanent d’entreprises. Quitte à ce que ce soit au moyen de davantage d’épargne des particuliers. Ce davantage, quand sa plus grosse part est placée en fonds propres d’entreprises, lesquelles utilisent ces placements pour financer leurs fonds de roulement et des dépenses d’équipement, et quand sa plus petite part est placée en emprunts finançant des dépenses publiques d’équipement, lesquelles alimentent les ventes d’entreprises, 1) n’est pas une cause de dépression du niveau général d’activité, 2) ou bien engendre une augmentation de la masse des revenus des particuliers, 3) ou bien atténue la décroissance de cette masse.

On est alors loin de l’illusionnisme qui donne à croire qu’un gouvernement privé du financement par l’emprunt public d’une augmentation des dépenses publiques de fonctionnement ne dispose plus d’une marge de manœuvre conjoncturellement indispensable. Surtout quand un bas de conjoncture s’amorce, ce qu’est une politique économique digne de ce nom (loi dite des 20/80, page 20) fait obligation à un gouvernement de concentrer son action avant tout sur la levée structurelle des entraves, notamment fiscales et entrepreneuriales, à l’augmentation du stock de capital proprement dit (fonds propres des entreprises) – et, qui plus est, à l’augmentation de la partie « qualité retraite » de ce stock. Autre diagnostic, autre pronostic, autre pharmacopée.

Cette autre médecine nécessite une cohérence conceptuelle dans laquelle la relance par la consommation, les subventions aux entreprises et la négligence de l’évidence du désamorçage (page 23) font, entre autres, partie de ce qu’il ne faut pas faire pour servir au mieux l’intérêt général. Même quand l’opinion publique est enfumée d’illusions, l’intérêt de la population est que l’instauration puis la conservation d’un haut degré de démocratie économique ne fasse pas l’objet d’incessantes procrastinations pour cause de manipulations conjoncturelles.  La résistance à ces manipulations et à d’autres défauts des pilotages du système de l’offre en échange de l’offre n’en apparaît que plus remarquable mais il est inconcevable que ces défauts ne participent pas à ceux de notre qualité de vie. Garbage in, garbage out : du défaillant en entrée fait du défaillant en sortie qui, lui-même, etc.  



[1]L’expression « sciences humaines » ne prend, en l’absence de sciences inhumaines, un sens franc que s’il est sous entendu qu’il s’agit des sciences des mœurs humaines. La science économique est une branche des sciences des mœurs humaines.

[2]Mais ce n’est pas la hausse de la prétendue « productivité du travail » qui détermine l’élévation du revenu global du travail, nous le constaterons au chapitre 5.

[3]Chapitre 3.

[4]Salariale et non pas sociale. Pas une seule des autres branches de la démocratie économique ici énumérées ne peut être, comme l’économie elle-même dans tous ses composantes, asociale et, point discuté un peu plus loin, amorale.

[5]Garbage : ordures, déchets, détritus. Du défaillant en entrée fait du défaillant en sortie. Partout dont en analyses économiques.

[6]La distinction entre dépenses de fonctionnement, ou « charges » en terminologie comptable, et dépenses d’équipement, ou « actifs » dans cette même terminologie, est beaucoup moins incertaine que cela se dit. Les premières sont des flux, les secondes des constitutions de stocks à prendre en compte dans tout inventaire sincère. Exemple : le « coût du travail » des enseignants, à savoir leurs salaires complets, est un flux de dépenses de fonctionnement cependant que la construction et le gros entretien d’une école sont des dépenses d’équipement. Prétendre que ces salaires sont en réalité des dépenses d’équipement de la nation parce qu’elles contribuent à la constitution d’un « capital humain » (sic) est une histoire à dormir debout dont ceux qui la racontent ne font rien de moins que prescrire une authentique malversation comptable, contre productive socialement et culturellement – quand tout est possible, plus rien de sensé ne le devient – et notoirement immorale (proposition suivante et son commentaire).

 

1.9. L'ensemble des pratiques économiques amorales est, comme l'ensemble des pratiques scientifiques et des techniques amorales, vide.

Le sujet des rapports entre la morale et l’économie reste si souvent maltraité sur le fond que trois mises au point s’imposent dans l’observation la plus globale de ce qu’est l’économie.

  • L’ensemble des pratiques scientifiques et des techniques amorales est, comme l’ensemble des pratiques économiques amorales, vide.
  • Une doctrine économique comportant l’affirmation que son amoralité et sa scientificité sont gages l’une de l’autre doit, au constat de cette seule de ses caractéristiques, être présumée idéologique, ascientifique et immorale.
  • Le plus possible d’objectivité dans les considérations et les décisions économiques suffit complètement à pourvoir à leur moralité.

Le dialogue sur la morale et l’économie, appendice C1.9, commente ces trois points et tire de ce qu’il passe en revue le constat que l’économie politique objective est un instrument indispensable au progrès moral.

1.10. Il faut que l'assainissement de l'économie soit permanent.

Pour que l’assainissement de l’économie puisse ne pas être permanent, il faudrait que la pratique des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges soit pilotée par des conceptions entièrement et définitivement assainies et que tout l’environnement des activités économiques reste stable.

Rien de cela n’étant possible, la permanence de cet assainissement s’impose. L’art du pilotage politique de l’économie à l’échelle d’un pays ne consiste pas seulement à faire en sorte qu’il y ait au moins non appauvrissement et au mieux enrichissement du pays. Il consiste également à faire en sorte qu’il y ait le plus sainement possible tantôt cet au moins et tantôt cet au mieux.

Tout comme les salariés d’une organisation à but commercial (entreprise) ou non commercial (administration, association) ne sont pas spontanément opposés à la rigueur de gestion de cette organisation, le corps électoral n’est pas spontanément hostile à la rigueur de la politique économique et de la gestion des affaires publiques.

Pourvu que le vrai motif de cette rigueur soit l’élévation qui vient d’être dite et non pas un habillage d’un renforcement de pouvoirs. Tant dans les affaires économiques que dans les autres, les familiales et les scolaires comprises, la rigueur pour la rigueur est une perversion mais le refus de la rigueur en est une aussi dont les conséquences sont à, la longue, au moins aussi néfastes. L’art du pilotage politique de l’économie à l’échelle d’un pays consiste pour beaucoup à ne pas faire à la souveraineté populaire l’offense du non recours à la rigueur de la politique économique et de la gestion des affaires publiques.

1.11. Le progrès économique est qualitatif.

Le progrès économique s'entend comme le progrès de la pratique des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges; , c’est-à-dire conformément à la définition de l’économie ici retenue. Le forçage des performances quantitatives expose à une dégradation de la qualité des échanges et des transferts. Certes il faut des performances quantitatives, notamment en matière d’emploi et d’élévation du pouvoir d’achat des salaires. Mais il est malencontreux que ce soit moyennant une dégradation de la qualité des échanges et des transferts. Quand c’est le cas, le dommage est double. La qualité de la vie sociale et la protection de l’environnement s’en trouvent desservies. Les performances quantitatives à terme les plus nécessaires s’en trouvent compromises. Ce qui contribue à qualité des échanges et des transferts sont la simplicité et l’objectivité. Ces deux plus contribuent à une vie sociale plus apaisée et moins compartimentée – la société ouverte de Karl Popper. En appendice, Lettre ouverte à Dieu et au Diable, objet : l’économie. Appendice C111.

[Ci-dessous, notes complémentaires en vue d'une reformulation de l'argumentation de la proposition 1.11]

Depuis plusieurs générations, les technèmes, c’est-à-dire les éléments techniques minimaux, qu’il faut posséder pour entrer de plain pied au rez-de-chaussée de la science économique ne présentent pas plus de difficulté à enseigner et à mémoriser que les règles les plus utilisées de l’arithmétique, de la géométrie et de l’algèbre élémentaires. Désormais le courrier électronique facilite grandement la mise en circulation et la propagation de textes à visée scientifique et didactique maintenus ouverts à l’amélioration de leur lisibilité. Au premier rang des éléments techniques minimaux qu’il faut posséder pour entrer de plain pied au rez-de-chaussée de la science économique, il y a les technèmes de la comptabilité commerciale. Le chapitre 4 sur l’entreprise en comporte un exposé. La manière dont des extraits du présent ouvrage sont publiés, tout en res-tant ouverts à l’amélioration de leur lisibilité, sous la forme de documents transmissibles par courrier électronique illustre le fait que les techniques in-formatisées de circulation et de stockage de documents met à la portée d’un large public une participation active à des sociétés, de fait et savantes, d’économie politique objective.

1.12. La baisse tendancielle des taux de croissance est normale.

1. La croissance macronomique a pour base 100 la somme des revenus.

Ces revenus sont ceux du travail et des placements, toutes pensions viagères incluses, rendement des placements des associations non commerciales compris.

Opposer à la croissance la décroissance revient au même qu’opposer à l’expansion la récession. En revanche, prendre pour base 100 de ces accélérations et décélérations un autre agrégat que celui des revenus ne revient pas au même, notamment en ce qui concerne la clarté de l’information statistique fournie à la population.

2. Un total de revenus qui, pour un pays, passe de 100 à 110 est équivalent au même total qui, pour un autre pays, passe de 1 000 à 1 010.

Dans le premier cas, le taux de croissance est de 10 %. Dans le second cas, il est de 1 %. Dans les deux cas, le pouvoir d’achat des populations concernées a été augmenté du même nombre d’unités monétaires.

Si, sur l’année considérée, les populations de ces deux pays sont, comme le pouvoir d’achat domestique de leurs monnaies, restées stables ou ont évoluées dans les mêmes sens et proportions, ce même supplément de pouvoir d’achat est aussi par habitant.

3. Un taux moyen annuel de croissance stable de décennie en décennie fait une croissance exponentielle.

L’arithmétique de ce scénario est celui des intérêts composés, c’est-à-dire de l’accumulation exponentielle.

Considérer que cette arithmétique est aussi celle de « la capitalisation » expose à prendre un mirage pour du réel. En ce qui concerne les patrimoines et leurs revenus, « la capitalisation » n’a jamais fonctionné au plus et à plein régime que quelques générations durant. Il paraît hautement probable que, pour bien des raisons, il continuera à en aller ainsi.

4. La croissance exponentielle du pouvoir d’achat par habitant ne se peut pas.

Pour qu’elle se puisse, il faudrait que la courbe du plus en quantité ne croise pas tôt ou tard celle du moins en qualité. Autrement dit, il faudrait que le plus en quantité ne se puisse pas au moyen de moins en qualité.

Une fois le croisement des deux courbes manifestement dépassé, le rapport qualité/prix reste un critère autour duquel la concurrence gravite. Mais c’est alors la demande de plus de qualité qui prend plus ou moins progressivement le pas sur l’offre de plus de quantité à moindre prix.

5. L’impôt sur les successions n’est pas, dans son principe, une entrave à l’économie de plein-échange.

Mais cela ne se voit bien qu’après avoir assez complètement observé ce qu’est, pour l’essentiel et à raison de ce qu’elle comporte de plus objectif, la cybernétique d’une telle économie.

Chapitre 2 - La marchandise

En science économique, l’emploi du mot « marchandise » est préférable à l’emploi du mot « produit » pour la simple raison que seuls les produits marchands, c’est-à-dire les produits mis en vente, font l’objet d’échanges marchands.

2.1. Toute marchandise est le produit d'une dépense d'énergie humaine.

Il n’y a marchandise que quand il y a mise en vente. Même lorsque la marchandise à vendre n'a rien coûté, il reste le coût de sa mise en vente. Autrement dit, toute marchandise est le produit d’une dépense d’énergie humaine, ne serait-ce qu’à raison du travail nécessité par sa mise en vente. On peut aussi bien dire : toute marchandise est le produit d’un travail humain. Mais il faut alors préciser que, dans un tel énoncé, le mot « travail » est utilisé dans l’une de ses trois significations principales. Le mot «travail» désigne en effet soit:

  • Une dépense d’énergie.
  • Le produit d’une dépense d'énergie
  • L'emploi d'une personne en tant que travailleur.

C’est surtout entre le travail en tant que dépense d’énergie et le travail en tant que produit élaboré au moyen de cette dépense qu’il y a le plus grand risque de confusion. Précison enfin qu'énoncer que « toute marchandise est un produit du travail humain» ne permet pas de conclure :

  • 1) que toute marchandise n’est que le produit du travail humain.
  • 2) que tout produit du travail humain – tout ouvrage – est une marchandise. Ainsi, chacun peut jardiner sans pour autant chercher à vendre les produits de son jardin.

2.2. Le travail en tant que dépense d'énergie humaine n'est pas une marchandise.

Le travail, en tant que dépense d’énergie humaine, est et restera un moyen indispensable à l’échange de toutes les marchandises. Le vendeur, le chaland et l’acheteur dépensent de leur énergie et de leur temps dans l’exercice de leurs fonctions respectives.

Ce moyen indispensable n’est cependant jamais lui-même une marchandise pour la raison suivante : c’est un produit – un résultat – d’une dépense d’énergie et de temps qui est échangé, contre de l’argent ou directement contre un autre produit – un autre résultat – d’une dépense d’énergie et de temps.

Travail (dépense d’énergie) et travail (ouvrage)

DÉFINITION : Travailleur

Personne exerçant une activité dans le cadre d’une organisation afin de produire un ouvrage aussi appelé produit du travail.

Attirons de nouveau l’attention sur le fait que les expressions « prix du travail » et « coût du travail » ne veulent rien dire quand il s’agit du travail en tant que dépense d’énergie humaine. Elles ne prennent un sens que quand il s’agit du travail en tant qu’ouvrage fourni en contrepartie d’un salaire.

Précisons par un exemple la distinction entre le travail en tant que dépense d’énergie humaine et le travail en tant que produit échangeable :

Une très grande pièce montée est commandée à un pâtissier. Ce dernier entreprend la fabrication la veille au soir du jour de livraison. Il y passe toute la nuit, au sous-sol car c’est là que se trouve son laboratoire. Le matin, le client qui a passé cette commande arrive à la boutique. La femme du pâtissier le lui dit depuis le haut de l’escalier. Le pâtissier, qui venait de s’assoupir, se réveille en sursaut et entreprend de monter à la boutique le produit de son travail. Mal réveillé et trop fatigué par sa nuit de labeur, il rate une marche, la pièce dévale l’escalier, le chien qui a déjà fait de forts bons goûters en se tenant de préférence au bas du dit escalier, engloutit illico une grosse part de la pièce de toute façon défoncée par sa chute et jonchée de débris de porcelaine. Résultat ? Il y a bel et bien eu dépense d’énergie humaine mais il n’y a plus, pour l’heure, de produit de cette dépense en échange de son paiement par le client.

La non distinction, entre travail (ouvrage) et travail (dépense d'énergie) a eu des conséquences prodigieuses en économie et en politique. C'est sur cette base que Marx a monté toute sa théorie de l'exploitation avec les conséquences que l'on sait. De même, les néo-classiques parlant de "facteurs de production" mettent sur le même plan le "travail", le capital et les ressources naturelles.
C'est ainsi la place même de l'homme qui est en question dans le circuit de la production et de l'échange marchand.

2.3. La marchandise primaire est le travail en tant que produit d'une dépense d'énergie humaine.

Les produits du travail, en échange desquels les travailleurs perçoivent des salaires, sont les marchandises primaires qui entrent dans la composition du plus grand nombre des marchandises vendues par les entreprises et de bien d'autres productions.

Echange marchand : salaire
 

DÉFINITION : Salaire
Prix du produit du travail dans le cadre d’une relation d’échange marchand entre un travailleur salarié - offreur de marchandise primaire - et l’organisation marchande (entreprise, administration,…) qui l’emploie..

La marchandise primaire entre également dans la production des administrations publiques et des associations à but non commercial. Toutes les organisations, familles comprises, qui emploient du personnel achètent de la marchandise primaire. Tout titulaire d’un revenu du travail tire ce revenu de la vente de la marchandise primaire, y compris quand ce titulaire n’a pas conscience d’être, économiquement parlant, un marchand.

Hiérarchie des marchandises élémentaires

Des nombreux reproches adressés à l'économie marchande perdraient de la force s'il était perçu que la rémunération de nos travaux fait de chacun de nous des marchands. Pour donner l’exclusivité à la pratique de la subvention (du don), il faut interdire la pratique de l’échange marchand. Il faut donc interdire le salariat même, sous toutes ses formes. C'est porter très lourdement atteinte à l’exercice des libertés fondamentales.

2.4. Une marchandise comprend toujours la fourniture d'un service et parfois d'un bien.

L’expression « biens et services » est souvent utilisée à la place du mot « marchandises » ou de la notion de « production marchande ». L’expression « services et biens » serait même encore plus adéquate. La marchandise primaire, résultat d’une dépense d’énergie humaine mettant en œuvre des outils de production, est, en effet, un pur service.

Il est souhaitable que l’on ne considère plus les marchandises sous le seul aspect des produits finis de l’industrie. La prestation de service payée à la tâche d’un manœuvre est plus représentative de ce qu’est une marchandise. Une marchandise, c’est bien souvent :

  • la consultation d’une messagerie vocale,
  • le nettoyage de votre véhicule,
  • une livraison à domicile,

mais aussi

  • une  activation,
  • une facturation,
  • une assistance de dépannage automobile,
  • une assurance,
  • une réparation.

Une marchandise s’appuie très souvent sur un bien pour être délivrée, comme dans le cas du téléphone portable pour l’accès au service de communication. Cependant, depuis la toute première pratique des échanges marchands, aucun bien n’a été à lui seul une marchandise. Il en est ainsi parce qu’il a toujours fallu le service de la mise en vente.

Les biens possèdent des caractéristiques dont les services sont dépourvus. Ils sont stockables et transmissibles. C’est pourquoi la richesse est spontanément associée d’abord à la possession de biens. Mais ce qui fait la richesse du propriétaire d’un bien immobilier hors du commun n’est pas cette seule propriété. C’est aussi le nombre et la variété des personnes employées à servir ce propriétaire et sa famille ainsi qu’à travailler à l’entretien et à l’embellissement de la propriété.

2.5. Une marchandise possède une valeur d'usage et une valeur d'échange.

La valeur d’usage d'une marchandise correspond à son utilité. La valeur d’échange d'une marchandise correspond à son prix. L’expression « valeur d’échange » et le mot « prix » sont utilisés pour désigner très exactement la même chose. Un prix n’est pas seulement une quantité d’argent.

DÉFINITION : Prix
Un prix est un rapport de quantités échangées à titre marchand;. Un pain vaut deux poissons, ce qui est équivalent à deux poissons valent un pain.
L’usage le plus commode et, le plus répandu est d’exprimer un prix sous la forme d’une quantité d’argent.

La distinction entre la valeur d’usage et la valeur d’échange a été introduite dans la pensée économique par Adam Smith dans les termes suivants :

« Il faut observer que le mot valeur a deux significations différentes : quelquefois il signifie l’utilité d’un objet particulier, et quelquefois il signifie la faculté que donne cet objet d’acheter d’autres marchandises. On peut appeler l’une valeur en usage et l’autre valeur en échange. ».

Smith ajoute immédiatement, en réfutation de toute théorie de la valeur fondée sur l’utilité en tant que cause des prix :

« Des choses qui ont la plus grande valeur en usage n’ont souvent que peu ou point de valeur en échange. Il n’y a rien de plus utile que l’eau, mais elle ne peut presque rien acheter : à peine y a-t-il moyen de rien avoir en échange. Un diamant, au contraire, n’a presque aucune valeur quant à l’usage, mais on trouvera fréquemment à l’échanger contre une très grande quantité d’autres marchandises. ».

Représentation graphique - valeur d'usage et valeur d'échange

Il existe une autre distinction majeure entre valeur d’usage et valeur d’échange : les valeurs d’échange marchand sont universellement commensurables entre elles alors que les valeurs d’usage ne le sont pas.
Cela fait partie de la nature et de la raison d’être des valeurs d’échange puisqu’il s’agit de prix, c’est-à-dire de rapports d’échange. Il convient aussi de remarquer que les marchandises ont presque toujours plusieurs utilités – plusieurs valeurs d'usage. L'eau sert non seulement à désaltérer hommes et bêtes mais aussi à laver, à faire cuire ou chauffer, à refroidir, à générer de la vapeur, à produire de l’énergie motrice, etc. La pluralité des utilités d’une marchandise ne s’accompagne pas nécessairement d’une pluralité en conséquence de ses valeurs d’échange.

Il n’y a pas de marchandise dépourvue de valeur d’usage. Pour autant, ceci ne fait pas de l’utilité (valeur d’usage) la cause des prix (valeur d’échange). En effet, .les marchandises n’ont pas pour propriété spécifique d’être utiles. Ce sophisme est très redoutable car il conduit à l’économisme, c'est à dire à considérer que tout ce qui est utile a un prix, donc tout est économique. Selon cette logique, la spiritualité et la sexualité seraient des marchandises, puisqu’elles sont utiles à l’homme. (Voir la proposition 2.10 pour la liste propriétés intrinsèques d’une marchandise).
 

2.6. Les monnaies ayant cours ne sont pas des marchandises.

Une monnaie ayant cours est constituée de signes qui n’ont d’utilité que parce qu’ils ont un pouvoir d’échange contre n’importe quelle marchandise, là où cette monnaie est acceptée par les vendeurs. La valeur d’usage des monnaies ayant cours est réduite au fait qu’elles ont une valeur d’échange. C’est pourquoi les monnaies ayant cours ne sont pas des marchandises.

Des billets et des pièces qui n’ont plus cours deviennent des marchandises quand ils sont mis en vente auprès de collectionneurs.

Une conception de l’économie qui admet que les monnaies ayant cours sont des marchandises comme les autres repose sur une transformation pas ou mal entreprise de la notion de marchandise en un concept proprement dit.

Ces observations complètent ce qui est admis au chapitre précédent sur la monnaie (l’argent) et répondent définitivement par la négative à la question : la monnaie est-elle une marchandise ?
 

2.7. Les moyens élémentaires de toute production humaine sont : du savoir accumulé, des ressources naturelles, du travail nouveau.

Énoncé

Du savoir accumulé

Il s’agit du savoir, accumulé et rectifié et parfois redécouvert de générations en générations. En d’autres termes, des connaissances de tout ordre.
On y trouve, par exemple, les techniques enseignées aux apprentis ainsi que les tours de main et les initiations à n’importe quelles activités. De même, toutes les théories sont des moyens de production; les théories économiques ne font pas exception.

Des ressources naturelles

Les ressources naturelles exploitées par l’homme lui procurent de l’énergie et des matériaux. Parmi ces ressources on trouve notamment l’énergie hydraulique, l’énergie éolienne, l’énergie nucléaire et le rayonnement solaire.

Par la dépense de sa propre énergie physique et mentale, l’homme tire de l’énergie et des matériaux notamment de la flore, des terres arables, de la faune, de sous-sols, du vent et de l’eau. Il faut à l’homme comme à tous les vivants la consommation incessante de ressources naturelles pour continuer à vivre et, dans le cas de l’homme, modifier ses conditions de vie.
Au musée des ressources naturelles fameuses dans l’histoire de la pensée économique, on trouve l’air, l’eau et le diamant, l’or. L’air à cause de sa gratuité, dans les circonstances ordinaires, alors que son utilité est vitale. L’eau potable et le diamant à cause de la bien moindre cherté de l’eau alors que son utilité est vitale et que celle du diamant ne l’est pas. L’or à cause de son utilisation, actuellement abandonnée, pour étalonner par son propre prix toutes les autres valeurs d’échange marchand.

Au palmarès des ressources naturelles dont les exploitations intensives ont considérablement contribué à modifier les conditions de vie des hommes on trouve le charbon, le pétrole, le gaz et l’énergie nucléaire. Il faut ajouter un défi qualitatif et quantitatif du futur humain concernant la production d’énergie par une combinaison de ressources naturelles inépuisables et au moyen de procédés de bout en bout écologiquement propres. C’est l’un des domaines de recherche puis d’aide à l’industrialisation qui doit et devra faire l’objet de très importantes subventions publiques avant la mise en exploita-tion commerciale des techniques prototypées au stade de la recherche.

Du travail nouveau

Du travail nouveau, c’est-à-dire, ici, une nouvelle dépense d’énergie humaine.
Dans la vie quotidienne, le travail est opposé aux loisirs. C’est inévitable mais cela ne doit cependant pas faire illusion. Les activités de loisir nécessitent aussi du travail, en tant que dépense d’énergie et exposition à la fatigue de celui qui s’y livre. Souvent leur résultat n’est pas seulement l’agrément qu’elles procurent: des biens y sont aussi produits. Dans de nombreux cas, le travail et la production de l’amateur et du professionnel sont très comparables et parfois identiques.

2.8. Aucun des moyens élémentaires de production n'est une marchandise.

Le travail, en tant que dépense d’énergie, n’est pas une marchandise

Ce point a été traité dans la proposition 2.2.

Le savoir n’est pas une marchandise

Le savoir n’est pas en lui-même une marchandise parce qu’il ne suffit jamais d’en posséder pour être en mesure d’en faire un objet de commerce. Il faut toujours y ajouter du travail nouveau, ne serait-ce que pour trouver un acheteur et pour lui fournir la chose convenue.

Supposons, pour exemple, une personne dont le bagage de connaissances soit hors du commun ainsi que l’art d’en tirer des exposés particulièrement clairs et convaincants. Cette personne ne peut tirer des revenus de ses connaissances et de son art que si elle publie, professe ou conseille. Toutes ces activités nécessitent de sa part un travail nouveau.

Réciproquement, un savoir ne s’achète pas ; il s’acquiert par un effort personnel. Bien sûr, cette acquisition peut passer par l’achat d’une prestation d’enseignement, mais cet achat ne garantie pas par lui-même l’acquisition du savoir. Joseph E. Stiglitz, dans Un autre monde (Fayard, 2006, pages 160 et 161)  indique que : « …le savoir est ce que les économistes appellent un "bien public"  : potentiellement, tout le monde peut en bénéficier. (…) ».
Thomas Jefferson, troisième président des Etats-Unis, l’a dit de façon bien plus poétique en assimilant le savoir à une bougie : « …quand elle en allume une autre, sa lumière ne diminue pas. »
Cette expression est non seulement plus poétique mais aussi moins équivoque que l’appellation « bien public ». L’image de la bougie souligne que le savoir en lui-même ne peut même pas faire l’objet d’un échange puisque sa possession ne se transfère pas d’un co-échangeur à un autre. Il peut encore moins être l’objet d’un échange marchand.

Les ressources naturelles ne sont pas des marchandises

Une ressource naturelle n’est pas en elle-même une marchandise. Sa présence ne suffit jamais pour être en mesure d’en faire un objet de commerce. Même s’il n’y a qu’à cueillir ou pêcher puis à mettre en vente, encore faut-il le travail nouveau de la cueillette ou de la pêche puis de la mise en vente.

Supposons, pour exemple, un pittoresque village situé au seul endroit qui permet d’admirer un paysage naturel exceptionnel. Les villageois s’avisent qu’ils pourraient tirer de substantiels revenus de ce don que la nature leur a fait. Au terme d’une homérique bagarre juridique avec les autorités de tutelle de leur commune, ils obtiennent l’autorisation d’installer et de faire fonctionner des péages aux entrées de leur village. Après plusieurs années pendant lesquelles il fallut amortir d’une part les notes d’honoraires des avocats qui gagnèrent la bataille juridique, d’autre part l’investissement nécessité par l’installation des postes de péage, leur entreprise commune devint bénéficiaire. Le paysage exceptionnel se révéla être une ressource naturelle qui, comme toute autre ressource naturelle, n’était pas en elle-même suffisante pour en faire un objet de commerce.    

2.9. Une marchandise est un objet qui a été mis en vente et qui n'a pas encore trouvé preneur.

Un objet qui peut être vendu mais qui n’est pas mis en vente n’est pas une marchandise et ne le deviendra peut-être jamais.

Un objet qui après avoir été mis en vente a trouvé preneur n’est plus une marchandise, sauf, bien entendu, quand son achat a été effectué alors que la décision de sa nouvelle mise en vente est déjà prise.

Plus la pratique des échanges marchands est intense, plus grande est la quantité et la variété des objets qui sont des marchandises, l’ont été ou sont susceptibles de le redevenir temporairement.

2.10. En résumé, une marchandise est un objet qui a quatre propriétés.

Ces quatre propriétés sont :

  • être le produit d'une dépense d'énergie humaine.
  • comprendre toujours la fourniture d'au moins un service et parfois d'un bien.
  • avoir une autre valeur d'usage que de posséder une valeur d'échange.
  • ne pas être un moyen élémentaire de production.
  • avoir été mis en vente et de ne pas avoir encore trouvé preneur.

Chacune des propositions 2.1, 2.4, 2.5, 2.8 et 2.9 énonce un critère d’appartenance à l’ensemble des marchandises. Au moyen de ces cinq critères, la proposition 2.10 définit en compréhension la marchandise. Cette définition est complétée de quatre exclusions qui permettent d’éviter de préciser le champ de la sphère marchandes et d’éviter ainsi que graves erreurs de science économique et de politique économique :

  • Le travail en tant que dépense d’énergie humaine n’est pas une marchandise et n’a pas de prix.
  • Les monnaies ayant cours ne sont pas des marchandises mais ont une valeur d’échange marchand.
  • Les ressources naturelles ne sont pas des marchandises et n’ont pas de prix.
  • Le savoir, ou si l’on préfère la connaissance, n’est pas une marchandise et n’a pas de prix.

Illustration 1 : économie de la connaissance

Ce qu’il est aujourd’hui bien porté d’appeler « l’économie de la connaissance » n’indique en rien que la connaissance est devenue une marchandise. La proposition 2.7 a indiqué que, par nature, la connaissance ne pouvait en être une.

L’économie de la connaissance n’est rien d’autre qu’une augmentation de la proportion du nombre de marchandises dont l’élaboration et la commercialisation, ainsi qu’assez souvent l’utilisation, ont été rendus possibles par la dématérialisation de l’information et la mise en place de « réseaux sociaux ».
Ces deux facteurs multiplient les échanges possibles à pro-pos du savoir. Enseigner, publier, conseiller ont trouvé des nouveaux supports et ouvrent la porte à de nouvelles possibilités d’échange. La loi systémique de l’offre en échange de l’offre ne s’en trouve pas modifiée. En revanche, il y a augmentation des besoins de financement permanent pour les entreprises voulant prendre part à ces échanges.
 

Illustration 2 : économie de la santé

L’expression « économie de la santé » a, elle aussi, un tout autre sens que celui dans lequel elle est désormais quasi officiellement utilisée. Il s’agit, en fait, de l’économie des soins médicaux et paramédicaux au moyen de la pra-tique d’échanges marchands dont un terme est la fourniture de cette sorte de soins.

La santé n’est effectivement pas une marchandise. Elle n’est pas transmissible et ne peut faire l’objet d’aucun échange. Elle n’a donc pas de prix (valeur d’échange). .Les prestations médicales, quant à elles, ont bien un prix, hors les cas dans lesquels elles sont fournies bénévolement (aux indi-gents le Serment d’Hippocrate y oblige).

Elles sont donc aussi, pour ce qui est de leur aspect économique, des marchandises. Le progrès dans la fourniture des soins médicaux et même paramédicaux fait que les besoins de financement permanent des entreprises de ce secteur d’activité s’en trouvent, eux aussi, augmentés.
 

Plus largement …

L’éducation n’est pas non plus une marchandise. La justice n'est pas une marchandise. Etc.
 

2.11. Les marchandises ne sont échangées que contre d'autres marchandises bien que, le plus souvent, par monnaie interposée.

Si seul le troc était pratiqué, toute marchandise ne s’échangerait immédiatement que contre une autre ou plusieurs autres marchandises. Une vente en contrepartie d’une quantité de monnaie ou un achat au moyen d’une quantité de monnaie ne font qu’introduire une commodité et un délai. Cette commodité, ce délai et les autres usages des monnaies modifient la pratique des échanges marchands. Les affaires monétaires ont été, sont et resteront au moins potentiellement à l’origine de désordres, voire de catastrophes. Cela ne change rien au fait que les marchandises ne sont échangées que contre d’autres marchandises (voir aussi l'interview à l'express de Paul Fabra).

Dire que « les marchandises ne sont échangées que contre d’autres marchandises » conduit à trois observations importantes.

Première observation

Les subventions sont des transferts des pouvoirs d’achat qui proviennent nécessairement de la vente de marchandises. Pour qu’il y ait des achats, il faut qu’il y ait d’abord eu des ventes.
Il faut apporter ici une précision de vocabulaire : « Demande » signifie « achats » et « Offre » signifie « ventes ».

Pour qu’il y ait de la demande, il faut d’abord qu’il y ait eu de l’offre. Plus précisément, pour qu’il y ait de la demande de produits finis, il faut qu’y ait d’abord eu l’offre de la marchandise primaire, c’est-à-dire d’emplois contre salaires. Encore plus précisément, pour qu’il y ait davantage de demande de produits finis, il faut avant tout qu’il y ait davantage d’offres d’emplois procurant un pouvoir d’achat lui-même orienté à la hausse. Ceci correspond à la loi de Say, dite aussi loi des débouchés : l’offre crée la demande.

Deuxième observation.

L’augmentation durable du volume et de la qualité des échanges marchands dépend de l’augmentation elle-même durable du volume et de la qualité des échanges de marchandise primaire.
Il n’y a véritablement croissance économique que quand il y a au moins autant de créations que de disparitions d’emplois privés stables et que le pouvoir d’achat des salaires augmente (voir le chapitre 5). 
Pour arriver à cette fin, il faut mettre en place une politique économique fondée sur une théorie cohérente des prix des marchandises. C’est ce que nous établirons au chapitre 4 en étudiant la formation du prix du placement en capital dans une conception de l’économie débarrassée du postulat du maximum de profit.
 

Troisième observation.

Les parties prenantes aux échanges marchands sont toutes à la fois offreuses et demanderesses. Cela apparait plus clairement encore dans le cas du troc. Cela reste vrai quand l’un des deux termes de l’échange marchand est une quantité de monnaie. Dans ce dernier cas, pour l’une des deux parties, l’offre est d’une marchandise et la demande est d’une quantité de monnaie. Pour l’autre partie, c’est l’inverse : l’offre est d’une quantité de monnaie et la demande d’une marchandise.
Qui sont, l’offreur et le demandeur dans le cas de l’employeur et de l’employé ?
L’employeur est demandeur d’un service et offreur d’un salaire. L’employé est demandeur d’un salaire et offreur d’un service.
L’usage mettant davantage l’accent sur le salaire que sur sa contrepartie, on considère que l’offreur est l’employeur et le demandeur l’employé ou le chercheur d’un emploi. Mais cet usage est partial et il le resterait s’il était inversé.

2.12. ll existe, en première division, deux sous-ensembles de marchandises : les marchandises élémentaires, les marchandises composées.

Les marchandises élémentaires sont les marchandises de base à partir desquelles les autres marchandises sont composées. Les marchandises élémentaires ne sont vendues que par les particuliers.

Une marchandise est dite composée lorsqu’elle correspond à l’usage courant qui est fait de ce mot : denrée, produit, article, cargaison.

Hierarchie - marchandise élémentaire et marchandise composée

2.13. Il y a deux catégories de marchandises élémentaires, les unes fournies par des épargnants, les autres par des travailleurs.

Des épargnants fournissent le service de placements en échange de la rémunération de ce service. Des travailleurs fournissent le service de leurs prestations en échange de la rémuunération de ce service. Ces deux sortes de services font l'ensemble des marchandises élémentaires.

 Tout prêt ou toute prise de participation d’une banque ou d’une autre sorte d’entreprise est une marchandise composée et non pas une marchandise élémentaire.

Hiérarchie des marchandises élémentaires

La « création de richesse » et la « création de valeur » sont assurées par les individus qui tirent un revenu de leur travail et qui placent la partie épargnée de leurs revenus. Ce sont les individus qui, en étant directement et indirectement créateurs incessants des marchandises élémentaires, sont les « créateurs de richesse » et les « créateurs de valeur ».

Les entreprises sont, certes, des moyens indispensables pour que cette création perdure et s’amplifie, mais il ya aussi d’autres organisations comme les administrations qui participent à cette création. En dernier ressort, ce sont les aptitudes industrieuses d’une population qui sont à l’origine de sa prospérité.

Pour ce qui est du travail en tant qu’ouvrage fourni, la précision « en contrepartie d’un salaire » n’est comprise dans toute son extension que si le concept de salaire est sorti du cadre juridique où, aujourd’hui encore, il est tronqué. Toutes les dénominations données aux rémunérations du travail sont des salaires, économiquement parlant.
Les gages, les jetons de présence, les piges sont des salaires. Les honoraires des professions libérales sont, eux, du chiffre d’affaires. Un médecin, un avocat, un architecte, etc. affecte une partie de ce chiffre d’affaires à la rémunération de son travail, c’est-à-dire à son salaire. L’employeur d’un travailleur « à son compte » est son entreprise.

Certains salariés sont aussi employeurs de personnel domestique. Leur rôle d’employeur reste distinct de leur rôle de salarié. D’autres salariés sont aussi actionnaires. Leur rôle d’actionnaire n’en est pas moins distinct de leur rôle de salarié.
Sur la scène économique, les acteurs jouent plusieurs rôles. Or la confusion entre les acteurs et les rôles fait commettre des fautes d’analyse et inspire des politiques inappropriées.
Par exemple, il a été approximativement conforme à la réalité sociale du XIXème siècle de distinguer la classe des propriétaires fonciers de celle des capitalistes et des travailleurs. Quelques générations après, il s’est révélé inapproprié d’affecter l’exclusivité de ces rôles à des catégories particulières de la population.

2.14. Production des marchandises composées et marchandise primaire

Énoncé

Les marchandises composées ont pour propriété commune d'avoir été produites au moyen de l'achat de plusieurs marchandises dont l'une est toujours l'ouvrage fourni par au moins un individu en contrepartie d'une rémunération.

Commentaires

L’élaboration de toute marchandise composée inclut l’achat de la marchandise primaire que constitue le service du travail fourni en contrepartie d’un salaire.

2.15. Les entreprises ne vendent que des marchandises composées.

Un bien meuble ou immeuble mis en vente par le particulier qui en est propriétaire est une marchandise composée. Mais aussi ce particulier crée une entreprise que fait naître sa décision et à laquelle le règlement de la vente met fin.

Alors que, hors de cas de ce genre, les entreprises achètent un mélange de marchandises élémentaires et de marchandises composées, elles ne vendent toutes que des marchandises composées.

2.16. Les marchandises élémentaires ne sont vendues que par les particuliers.

Assimiler à un revenu le produit des ventes d’une entreprise ou le produit des impôts fait perdre de vue ce que les revenus des particuliers ont de spécifique.

Parallèlement, l’assimiler à une épargne les réserves constituées par les entreprises ou les excédents de recettes sur les dépenses des budgets publics fait perdre de vue ce que l’épargne des particuliers a de spécifique.

C’est pourquoi une bonne convention consiste à dire que seuls les particuliers perçoivent des revenus et épargnent.
Les revenus des particuliers sont la contrepartie en échange de la vente de marchandises élémentaires. Par leur épargne les particuliers se mettent en mesure de vendre le placement de cette épargne, ce placement étant alors une marchandise élémentaire. Les chiffres d’affaires des entreprises proviennent de la vente de marchandises composées. Les recettes fiscales sont des subventions imposées et non pas des contreparties d’échanges marchands.
L’économie est faite pour les particuliers et, en premier et dernier ressort, par eux – par et pour les gens, les individus, les familles. Attribuer à d’autres organisations, entreprises comprises, les prérogatives de celles et ceux par qui et pour qui l’économie est faite revient à s’affranchir de ce précepte.
 

2.17. Seuls les particuliers et les associations non commerciales perçoivent des revenus et épargnent.

1. N’appelons « revenu » que la contrepartie de l’échange d’une marchandise élémentaire.

La marchandise élémentaire est un service soit du travail soit du placement d’épargne.

Quand cette marchandise est le service du travail, sa contrepartie est un revenu génériquement dénommable « salaire ». Quand elle est le service du placement, sa contrepartie est un revenu constitué d’intérêts et, ou, de profits.

2. Les revenus du travail ne sont perçus que par des particuliers.

Assimiler à un « revenu » le produit des ventes d’une entreprise ou le produit des impôts fait perdre de vue ce que les revenus des particuliers ont de spécifique.

Dire d’une allocation perçue par un particulier qu’elle est un revenu (de transfert) a le même effet.

3. Seuls des particuliers et des associations non commerciales épargnent.

Assimiler à une « épargne » les réserves constituées par les entreprises fait perdre de vue ce que l’épargne des particuliers et des associations non commerciales a de spécifique.

4. Les revenus de l’épargne sont perçus par des particuliers et des associations non commerciales.

Par leur épargne des particuliers et des associations non commerciales se mettent en mesure de vendre le placement de cette épargne. Cette vente est celle d’une marchandise élémentaire. Les chiffres d’affaires des entreprises proviennent de la vente de marchandises composées. Les recettes fiscales sont des transferts imposés et non pas des contreparties d’échanges marchands.

5. Rien de dû à un établissement financier, et plus largement à une entreprise, n’est un revenu.

Les intérêts payés par les établissements financiers à des particuliers ou des associations non commerciales sont, pour ces derniers, des revenus. Les cotisations encaissées par une association non commerciale, comme tout autre don ayant une valeur vénale, sont des transferts et non pas des revenus de cette association. C’est cohérent avec le fait qu’une famille est, de fait, une association non commerciale.

6. Un particulier ou une association non commerciale qui met en location un bien immobilier crée de ce fait une entreprise.

Les loyers,rents en anglais, constituent le chiffre d’affaires de cette entreprise. Le profit est égal au loyer diminué : 1) de frais directement générés par le fait de louer, 2) d’une dotation aux amortissements qui est destinée à pourvoir à la part de l’entretien du bien qui incombe à son propriétaire (si ce bien est uniquement un espace foncier non clos, il peut n’y avoir aucun amortissement à effectuer).

7. Aucune plus-value ne fait partie des revenus, aucune moins value ne réduit des revenus.

Les plus-values mobilières et immobilières, comme les moins-values, affectent la valeur vénale de patrimoines et, par ricochet, influent sur des montants de loyers.

8. Une réalité primordiale est liée aux revenus.

L’économie est faite pour les particuliers et leurs associations non commerciales et, en premier et dernier ressort, par eux. Attribuer à d’autres entités, entreprises comprises, les prérogatives de celles et ceux par et pour qui l’économie est faite déforme une réalité primordiale à laquelle l’existence des revenus est liée.

2.18. L'ensemble des marchandises élémentaires constitué par des placements d’épargne comporte deux sous-ensembles qui ont respectivement pour contrepartie des intérêts et des profits.

Premier cas : le particulier P prête une somme d’argent ou une autre sorte d’objet moyennant l’engagement pris par l’emprunteur de restituer à P le prêt à l’échéance convenue.
Deuxième cas : le particulier P apporte à l’entreprise E une somme d’argent ou une autre sorte d’objet qui lui procure la propriété partielle ou totale de l’entreprise E.

Hiérarchie des placements

Dans les deux cas, il y a placement. Dans les deux cas, P reste propriétaire de ce qu’il a placé. Dans les deux cas, il n’y a échange marchand que si le service fourni est rémunéré.
Dans le premier cas, il y a placement limité dans la durée et sous engagement de restitution par l’emprunteur de la chose prêtée.
Dans le deuxième cas, il y a placement illimité dans la durée et sans engagement de restitution de la chose apportée.
Parler de prêt dans le premier cas et d’apport en capital ou en fonds propres dans le deuxième cas paraît être la convention de vocabulaire la plus spontanément utilisée pour rendre compte de cette différence. Tenons-nous en à cette convention, quitte à la compléter si le besoin s’en fait sentir.

Un prêt peut être sans intérêt et l’est souvent dans la vie privée. Cette gratuité en fait un acte non marchand. Le remboursement de la somme d’argent prêtée ou le rendu de l’autre sorte d’objet prêté n’est pas la contrepartie d’un échange marchand. C’est une restitution à son propriétaire de ce qui lui appartient et n’a pas cessé de lui appartenir.
Pour qu’il y ait échange marchand, il faut qu’il y ait deux objets (deux termes) dont chacun donne lieu à cession en échange de l’autre objet (l’autre terme). Le service d’un prêt ne devient le terme d’un échange marchand que quand l’autre terme est un intérêt proportionnel, en valeur absolue, au montant du principal et à la durée du prêt.

Echange marchand : prêt 

Les dons volontaires et imposés, dont les vols, ne sont pas des échanges marchands. Ils restent cependant des actes économiques en tant que transferts de pouvoir d’achat.
Changer une quantité de monnaie en une autre quantité de monnaie est aussi un acte économique qui n’est pas un échange marchand, mise à part l’éventuelle commission prélevée par le changeur.

Le prêt d’un principal devient un terme d’échange marchand dès lors qu’il a une contrepartie sous forme d’intérêts périodiques, payés par l’emprunteur au préteur. Prêt et intérêts périodiques sont ainsi les deux termes d’un même échange marchand.

Anticipons sur la théorie du capital et du profit : l’apport en capital devient un terme d’échange marchand dès lors qu’il a une contrepartie sous forme les profits périodiques versés par l’entreprise aux actionnaires. Apport en capital et profits périodiques sont ainsi les deux termes d’un même échange marchand.
Voir dans le profit le terme d’un échange marchand, permet d’inscrire le profit dans la discipline de l’échange auquel le salaire et le prêt contre intérêt sont eux-mêmes astreints.
 

2.19. Il y a deux sortes de marchandises composées : les marchandises rares et les marchandises industrielles.

Il y a des marchandises dont aucune industrie humaine ne peut augmenter la quantité et il y en a d’autres qui sont, au contraire, productibles à volonté par l’industrie humaine. Cette distinction a été introduite dans la théorie économique par David Ricardo dès les premiers paragraphes du premier chapitre Des principes de l’économie politique et de l’impôt.

There are some commodities, the value of which is determined by their scarcity alone. No labour can increase the quantity of such goods, and therefore their value cannot be lowered by an increased supply. Some rare statues and pictures, scarce books and coins, wines of peculiar quality, which can be made only from grapes grown on a particular soil, of which there is a very limited quantity, are all of this description. Their value is wholly independent of the quantity of labour originally necessary to produce them, and varies with the variying wealth and inclinations of those who are desirous to possess them.

These commodities, however, form a very small part of the mass of commodities who are daily exchanged on the market. By far the greatest of part of those goods which are are the objects of desire, are procured by labour ; and they may be multiplied, not in one country alone, but in many, almost without any assignable limit, if we are disposed to bestow the labour necessary to obtain them.

Il y a des marchandises dont la valeur d’échange n’est déterminée que par leur rareté. Nul travail ne peut augmenter la quantité de tels biens et leur valeur d’échange ne peut pas baisser par suite d’une augmentation de leur offre. Des statues et des peintures fameuses, des livres et des médailles rares, des vins de grande qualité qui ne peuvent être faits que de raisins cultivés sur des sols particuliers dont il n’existe qu’une très petite quantité, sont tous de cette sorte. Leur valeur d’échange est entièrement indépendante de la quantité de travail qui a été originellement nécessaire pour les produire et dépend des inconstantes fortunes et envies de ceux qui ont le désir de les posséder.

Ces marchandises, cependant, constituent une très petite part de la masse de celles qui sont quotidiennement échangées sur le marché. De loin le plus grand nombre des marchandises qui sont l’objet de nos désirs procèdent d’un travail [tel qu’elles] peuvent être multipliés, non  dans un seul pays mais en beaucoup, à peu près sans aucune limite assignable quand on est disposé à y consacrer le travail nécessaire à leur obtention.

Les marchandises composées dont aucune industrie ne peut augmenter la quantité forment le sous-ensemble des marchandises rares.
Symétriquement, les marchandises composées qui sont produites ou dupliquées en série par l’industrie humaine forment le sous-ensemble des marchandises industrielles.

Hiérarchie des marchandises composées

Certaines théories des prix – dont celle de la théorie néo-classique - ont été élaborées comme s’il n’existait que des marchandises composées rares (voir la définition de science économique).
Dans la réalité l’ensemble des marchandises composées comporte un petit sous-ensemble de marchandises rares et un énormément plus grand sous-ensemble de marchandises industrielles.

Parmi les exemples de marchandises rares que donne Ricardo – citation en commentaire de la proposition 7. 1 –, on trouve des tableaux et des statues, des vins fins, des livres.
Presque tous les objets de collection deviennent, quand ils sont mis en vente, des marchandises rares.
L’espace foncier est une marchandise rare qui a joué et continue à jouer un grand rôle.

2.20. Les marchandises industrielles sont pour les unes produites en série et pour les autres dupliquées en série.

Les livres publiés, les copies de films, les exemplaires du même logiciel, du même numéro d’un journal, de la même livraison d’une revue, etc., font partie de l’ensemble des marchandises industrielles, c’est-à-dire des marchandises que l’industrie humaine peut produire sans limite assignable pour autant qu’elle s’en donne les moyens. Mais leur nature fait qu’il est possible d’en reproduire un grand nombre d’exemplaires par un procédé de duplication.
Un moyen de distinguer les deux catégories de marchandises industrielles consiste à constater que les unes sont produites en série alors que les autres sont dupliquées en série.

Hiérarchie des marchandises industrielles

Pour produire dix mille voitures automobiles ou dix mille ordinateurs, il faut construire dix mille fois une automobile ou un ordinateur, après les études et les essais qui ont conduit à l’élaboration du modèle. Pour produire dix mille exemplaires du même logiciel, il faut produire ce logiciel puis le dupliquer en dix mille exemplaires, comme pour produire dix mille exemplaires d’un livre broché, il faut un jeu d’épreuves puis faire imprimer et brocher dix mille exemplaires.

Toute marchandise est un objet cessible en ce sens que sa vente transfère un droit de propriété auquel son vendeur renonce.
Cela n’empêche pas que, dans le cas de certaines marchandises dupliquées en série, le droit transféré est strictement limité à l’usage du produit.

Pour illustrer ce point, comparons ce que sont les droits de l’acheteur d’un livre et les droits de l’acheteur d’un logiciel. L’acheteur d’un livre n’a pas le droit d’en faire une copie intégrale mais a le droit de revendre ce livre. L’acheteur d’un logiciel a le droit d’en faire une copie à son seul usage mais n’a pas le droit de revendre l’usage qui lui est concédé non plus que l’exemplaire ou une copie de l’exemplaire qui lui a été fourni.

Pour une marchandise industrielle dupliquée en série, la notoriété que les prescripteurs les plus influents sur cette sorte de produit lui confèrent joue un rôle beaucoup plus important que pour une marchandise industrielle produite en série.
Comparer, pour exemples, ce qui se passe dans le cas des logiciels et des livres d’une part, des ordinateurs et du mobilier d’autre part. Pour les logiciels et les livres, la quantité qui en est vendue est fortement dépendante de l’appréciation des prescripteurs les plus influents. Le prix, pour autant qu’il reste inférieur au niveau jugé excessif par ces prescripteurs, n’a plus qu’une influence faible sur la quantité vendue.
 

2.21. L'ensemble des marchandises comporte six sous-ensembles homogènes.

La présentation graphique suivante résume la division de l’ensemble des marchandises en six sous-ensembles homogènes :

Taxonomie des marchandises

Tableau des catégories de marchandises
Marchandises  élementaires Marchandise composées
(1) Travail (ouvrage) en contrepartie d'un salaire Placement d'épargne
 

(2) Placement d'épargne en capital

(3) Placement d'épargne en crédit

(4) Marchandises rares Marchandises industrielles
 

Marchandises industrielles produites en série (5)

Marchandises industrielles dupliquées en série (6)

2.22. L'ensemble des échanges marchands comporte autant de sous-ensembles homogènes que l'ensemble des marchandises.

La nomenclature des échanges marchands découle, par définition, de la nomenclature des marchandises qui sont impliquées dans ces échanges marchands.
Les prix étant un rapport entre les termes d’un échange marchand, il en découle de même que la nomenclature des prix correspond aussi à celle des marchandises.

Les prix de chacune des catégories de marchandise.élémentaire ont une dénomination particulière :

  • Dans le cas de l’échange de marchandise primaire, cette dénomination est « salaire ». 
  • Dans le cas de l’échange d’apport en capital (financement permanent d’une entreprise), cette dénomination est « profit » ou « bénéfice ». 
  • Dans le cas de l’échange de prêt (prêt à terme ou à vue), cette dénomination est «intérêt ».

Une différence entre le capital (avance permanente) et le crédit (facilité temporaire ou révocable) est que seul le premier est un financement indispensable, économiquement et pas seulement juridiquement, à la création et au fonctionnement d’une entreprise. Une véritable théorie de la formation des prix doit donc comporter :

  • Une théorie de la détermination du taux normal (objectif) de profit par rapport au capital, avance permanente dont (le service de) la fourniture est rémunérée par le profit (tout ou partie du bénéfice d’une entreprise, à voir de plus près).
  • Une théorie de la détermination des salaires
  • La détermination du prix objectif (normal) de chacune des marchandises non rares vendues par les entreprises afin de vérifier sa cohérence interne et, par cela même, être en mesure de faire des propositions de politique économique.

La logique des échanges marchands, déterminée par la coexistence des six catégories de marchandises et de leurs prix courants respectifs, comporte deux branches, la logique de l’excès marchand et la logique de l’inexcès marchand. Voir, à ce sujet, le commentaire de la proposition 4.1, note 11, sur les plus-values et les moins-values.
 

2.23. C’est après avoir étudié les mécanismes de formation des prix de chacune des six catégories homogènes de marchandises qu’il convient de chercher si tous les prix ont davantage en commun que d'être des valeurs d'échange marchand.

La nécessité de la prise en compte de ce très important point de méthode est, dans le présent ouvrage, indiquée dès le premier chapitre, dans les termes suivants. Faire l’inventaire des grandes sortes de contrepartie en échange d’une quantité de monnaie divise l’ensemble des marchandises en sous-ensembles. Cette division est accessoire dans la pratique des échanges marchands si le déterminant principal de n’importe quel prix, ou valeur d’échange, est toujours le même. Dans le cas contraire, le déterminant principal varie d’une grande sorte de marchandise à l’autre. Pour s’en assurer, une méthode s’impose : postuler le cas contraire quitte à devoir conclure que le déterminant principal est toujours le même. Donc ne pas s’attarder à la question : d’où vient la valeur (d’échange) de toute chose qui se vend et s’achète ? Lui préférer : d’où vient la valeur (toujours d’échange) de chaque grande sorte de chose qui se vend et s’achète ? Donc en se gardant de toute pétition de principe dont celle, remarque en a déjà été faite (page 13), de la loi de l’offre et de la demande en tant que régisseuse principale de la formation de tous les prix.

Si tous les prix n’ont en commun que d’être des valeurs d’échange, alors il n’y a pas d’autres faits essentiels à répertorier dans une théorie économique de la valeur que ceux observés dans ce chapitre. La marchandise primaire et élémentaire est le travail en tant que produit d’une dépense d’énergie humaine, ce travail étant instrumenté par le commerce de l’autre marchandise élémentaire qu’est le placement d’épargne effectué en contrepartie de la rémunération du service rendu. Distinction entre la valeur d’usage de tout objet qui a été ou qui sera temporairement une marchandise et sa valeur d’échange marchand, c’est-à-dire sa valeur vénale. Indépendance de ces deux valeurs, en règle la plus générale. Détermination de la valeur d’échange des marchandises industrielles en grande partie par la valeur d’échange de la marchandise primaire, c’est-à-dire par le travail en tant que produit échangeable d’une dépense d’énergie humaine.

L’argent est empiriquement perçu comme étant le moyen le plus nécessaire à la prospérité et à la qualité de vie d’une population et de chacun des individus qui la composent. Or, en dernier ressort, cette prospérité et cette qualité de vie dépendent elles-mêmes, certes non exclusivement mais bel et bien principalement, de la quantité et de la qualité du travail fourni par les membres de cette population.

En tout état de cause, le travail des hommes est le fait général auquel il semble le plus réaliste, le plus objectif et le plus socialement sain d’associer non seulement l’argent mais aussi, plus largement, la vie économique.

C’est pourquoi un renouveau publiciste de la « théorie de la valeur » admise par David Ricardo est souhaitable pour, cette fois, en extraire le soubassement d’une économie politique et d’un contrat social plus objectifs et, ce faisant, mieux armés pour réduire la pauvreté.

Dans beaucoup de propos, dont de nombreux écrits, ainsi que dans la vie courante, l’idée même d’argent n’est pas du tout ou très faiblement associée au travail des hommes. Il serait réaliste et raisonnable que cette association soit rendue plus fréquente. Toute somme d’argent constitue, de toute façon et d’abord, un pouvoir d’achat élaboré par des hommes – un pouvoir d’achat produit du travail des hommes. Il n’y a là rien d’idéologique (page 26). Ce n’est pas le cas de la mise à l’écart du constat de ce que l’argent constitue.

Le marché créateur de valeur (d’échange) ? Ou l’entreprise ? Premièrement et finalement, le travail dans tous les sens du mot car il faut qu’il y ait la dépense d’énergie humaine et l’emploi pour qu’il y ait produit échangeable.

Un grand problème politique que la solution donnée au problème économique de la « théorie de la valeur » d’échange marchand est celui de la salubrité du point de vue adopté. Qu’est-il préférable d’ancrer dans la mentalité d’une population afin de la mettre en mesure de pourvoir à sa prospérité et à sa sérénité ? Est-ce une causalité à dominante subjective des valeurs d’échange marchand, c’est-à-dire des prix ? Est-ce une causalité à dominante objective ? Quel choix est le plus favorable à plus de raison publique ? Et à la prospérité de cette population ainsi qu’à sa qualité de vie ?

Quel choix est le plus favorable au remembrement des constats objectifs susceptibles de constituer le commencement d’une science économique, méthodologiquement recevable en tant que telle ? Pourquoi le bon sens populaire s’en tient, en dépit de ce que tant et tant de docteurs continuent à soutenir sur la causalité subjective des valeurs d’échange marchand, aux faits ci-dessus rappelés ? Qu’y a-t-il d’authentiquement scientifique et de socialement viable à opposer à ce bon sens, pourtant rompu à la pratique quotidienne des échanges marchands et des transferts de pouvoir d’achat, pour le convaincre qu’il fait erreur ? Est-il, ce bon sens, si mal dégrossi qu’il est prêt à se laisser aller à la personnalisation abusive « du marché » ou « des marchés » ayant « toujours raison » ? Le scepticisme politique du corps électoral serait-il ce qu’il est devenu sans autant de maltraitance de ce bon sens ? En serions-nous là si la théorisation de l’économie aujourd’hui quasi exclusivement enseignée avait opté pour une causalité à dominante objective des valeurs d’échange marchand ? Pourquoi les dénonciateurs du « fanatisme de marché » (Stiglitz) ne remontent pas à cette origine ? Que vaut une médecine qui ne s’attaque pas à la racine du mal ? Etc.

La nécessité de la prise en compte de ce très important point de méthode est, dans le présent ouvrage, indiquée dès le premier chapitre, dans les termes suivants. Faire l’inventaire des grandes sortes de contrepartie en échange d’une quantité de monnaie divise l’ensemble des marchandises en sous-ensembles. Cette division est accessoire dans la pratique des échanges marchands si le déterminant principal de n’importe quel prix, ou valeur d’échange, est toujours le même. Dans le cas contraire, le déterminant principal varie d’une grande sorte de marchandise à l’autre. Pour s’en assurer, une méthode s’impose : postuler le cas contraire quitte à devoir conclure que le déterminant principal est toujours le même. Donc ne pas s’attarder à la question : d’où vient la valeur (d’échange) de toute chose qui se vend et s’achète ? Lui préférer : d’où vient la valeur (toujours d’échange) de chaque grande sorte de chose qui se vend et s’achète ? Donc en se gardant de toute pétition de principe dont celle, remarque en a déjà été faite (page 13), de la loi de l’offre et de la demande en tant que régisseuse principale de la formation de tous les prix.

Si tous les prix n’ont en commun que d’être des valeurs d’échange, alors il n’y a pas d’autres faits essentiels à répertorier dans une théorie économique de la valeur que ceux observés dans ce chapitre. La marchandise primaire et élémentaire est le travail en tant que produit d’une dépense d’énergie humaine, ce travail étant instrumenté par le commerce de l’autre marchandise élémentaire qu’est le placement d’épargne effectué en contrepartie de la rémunération du service rendu. Distinction entre la valeur d’usage de tout objet qui a été ou qui sera temporairement une marchandise et sa valeur d’échange marchand, c’est-à-dire sa valeur vénale. Indépendance de ces deux valeurs, en règle la plus générale. Détermination de la valeur d’échange des marchandises industrielles en grande partie par la valeur d’échange de la marchandise primaire, c’est-à-dire par le travail en tant que produit échangeable d’une dépense d’énergie humaine.

L’argent est empiriquement perçu comme étant le moyen le plus nécessaire à la prospérité et à la qualité de vie d’une population et de chacun des individus qui la composent. Or, en dernier ressort, cette prospérité et cette qualité de vie dépendent elles-mêmes, certes non exclusivement mais bel et bien principalement, de la quantité et de la qualité du travail fourni par les membres de cette population.

En tout état de cause, le travail des hommes est le fait général auquel il semble le plus réaliste, le plus objectif et le plus socialement sain d’associer non seulement l’argent mais aussi, plus largement, la vie économique.

C’est pourquoi un renouveau publiciste de la « théorie de la valeur » admise par David Ricardo est souhaitable pour, cette fois, en extraire le soubassement d’une économie politique et d’un contrat social plus objectifs et, ce faisant, mieux armés pour réduire la pauvreté.

Dans beaucoup de propos, dont de nombreux écrits, ainsi que dans la vie courante, l’idée même d’argent n’est pas du tout ou très faiblement associée au travail des hommes. Il serait réaliste et raisonnable que cette association soit rendue plus fréquente. Toute somme d’argent constitue, de toute façon et d’abord, un pouvoir d’achat élaboré par des hommes – un pouvoir d’achat produit du travail des hommes. Il n’y a là rien d’idéologique (page 26). Ce n’est pas le cas de la mise à l’écart du constat de ce que l’argent constitue.

Le marché créateur de valeur (d’échange) ? Ou l’entreprise ? Premièrement et finalement, le travail dans tous les sens du mot car il faut qu’il y ait la dépense d’énergie humaine et l’emploi pour qu’il y ait produit échangeable.

Un grand problème politique que la solution donnée au problème économique de la « théorie de la valeur » d’échange marchand est celui de la salubrité du point de vue adopté. Qu’est-il préférable d’ancrer dans la mentalité d’une population afin de la mettre en mesure de pourvoir à sa prospérité et à sa sérénité ? Est-ce une causalité à dominante subjective des valeurs d’échange marchand, c’est-à-dire des prix ? Est-ce une causalité à dominante objective ? Quel choix est le plus favorable à plus de raison publique ? Et à la prospérité de cette population ainsi qu’à sa qualité de vie ?

Quel choix est le plus favorable au remembrement des constats objectifs susceptibles de constituer le commencement d’une science économique, méthodologiquement recevable en tant que telle ? Pourquoi le bon sens populaire s’en tient, en dépit de ce que tant et tant de docteurs continuent à soutenir sur la causalité subjective des valeurs d’échange marchand, aux faits ci-dessus rappelés ? Qu’y a-t-il d’authentiquement scientifique et de socialement viable à opposer à ce bon sens, pourtant rompu à la pratique quotidienne des échanges marchands et des transferts de pouvoir d’achat, pour le convaincre qu’il fait erreur ? Est-il, ce bon sens, si mal dégrossi qu’il est prêt à se laisser aller à la personnalisation abusive « du marché » ou « des marchés » ayant « toujours raison » ? Le scepticisme politique du corps électoral serait-il ce qu’il est devenu sans autant de maltraitance de ce bon sens ? En serions-nous là si la théorisation de l’économie aujourd’hui quasi exclusivement enseignée avait opté pour une causalité à dominante objective des valeurs d’échange marchand ? Pourquoi les dénonciateurs du « fanatisme de marché » (Stiglitz) ne remontent pas à cette origine ? Que vaut une médecine qui ne s’attaque pas à la racine du mal ? Etc.

La nécessité de la prise en compte de ce très important point de méthode est, dans le présent ouvrage, indiquée dès le premier chapitre, dans les termes suivants. Faire l’inventaire des grandes sortes de contrepartie en échange d’une quantité de monnaie divise l’ensemble des marchandises en sous-ensembles. Cette division est accessoire dans la pratique des échanges marchands si le déterminant principal de n’importe quel prix, ou valeur d’échange, est toujours le même. Dans le cas contraire, le déterminant principal varie d’une grande sorte de marchandise à l’autre. Pour s’en assurer, une méthode s’impose : postuler le cas contraire quitte à devoir conclure que le déterminant principal est toujours le même. Donc ne pas s’attarder à la question : d’où vient la valeur (d’échange) de toute chose qui se vend et s’achète ? Lui préférer : d’où vient la valeur (toujours d’échange) de chaque grande sorte de chose qui se vend et s’achète ? Donc en se gardant de toute pétition de principe dont celle, remarque en a déjà été faite (page 13), de la loi de l’offre et de la demande en tant que régisseuse principale de la formation de tous les prix.

Si tous les prix n’ont en commun que d’être des valeurs d’échange, alors il n’y a pas d’autres faits essentiels à répertorier dans une théorie économique de la valeur que ceux observés dans ce chapitre. La marchandise primaire et élémentaire est le travail en tant que produit d’une dépense d’énergie humaine, ce travail étant instrumenté par le commerce de l’autre marchandise élémentaire qu’est le placement d’épargne effectué en contrepartie de la rémunération du service rendu. Distinction entre la valeur d’usage de tout objet qui a été ou qui sera temporairement une marchandise et sa valeur d’échange marchand, c’est-à-dire sa valeur vénale. Indépendance de ces deux valeurs, en règle la plus générale. Détermination de la valeur d’échange des marchandises industrielles en grande partie par la valeur d’échange de la marchandise primaire, c’est-à-dire par le travail en tant que produit échangeable d’une dépense d’énergie humaine.

L’argent est empiriquement perçu comme étant le moyen le plus nécessaire à la prospérité et à la qualité de vie d’une population et de chacun des individus qui la composent. Or, en dernier ressort, cette prospérité et cette qualité de vie dépendent elles-mêmes, certes non exclusivement mais bel et bien principalement, de la quantité et de la qualité du travail fourni par les membres de cette population.

En tout état de cause, le travail des hommes est le fait général auquel il semble le plus réaliste, le plus objectif et le plus socialement sain d’associer non seulement l’argent mais aussi, plus largement, la vie économique.

C’est pourquoi un renouveau publiciste de la « théorie de la valeur » admise par David Ricardo est souhaitable pour, cette fois, en extraire le soubassement d’une économie politique et d’un contrat social plus objectifs et, ce faisant, mieux armés pour réduire la pauvreté.

Dans beaucoup de propos, dont de nombreux écrits, ainsi que dans la vie courante, l’idée même d’argent n’est pas du tout ou très faiblement associée au travail des hommes. Il serait réaliste et raisonnable que cette association soit rendue plus fréquente. Toute somme d’argent constitue, de toute façon et d’abord, un pouvoir d’achat élaboré par des hommes – un pouvoir d’achat produit du travail des hommes. Il n’y a là rien d’idéologique (page 26). Ce n’est pas le cas de la mise à l’écart du constat de ce que l’argent constitue.

Le marché créateur de valeur (d’échange) ? Ou l’entreprise ? Premièrement et finalement, le travail dans tous les sens du mot car il faut qu’il y ait la dépense d’énergie humaine et l’emploi pour qu’il y ait produit échangeable.

Un grand problème politique que la solution donnée au problème économique de la « théorie de la valeur » d’échange marchand est celui de la salubrité du point de vue adopté. Qu’est-il préférable d’ancrer dans la mentalité d’une population afin de la mettre en mesure de pourvoir à sa prospérité et à sa sérénité ? Est-ce une causalité à dominante subjective des valeurs d’échange marchand, c’est-à-dire des prix ? Est-ce une causalité à dominante objective ? Quel choix est le plus favorable à plus de raison publique ? Et à la prospérité de cette population ainsi qu’à sa qualité de vie ?

Quel choix est le plus favorable au remembrement des constats objectifs susceptibles de constituer le commencement d’une science économique, méthodologiquement recevable en tant que telle ? Pourquoi le bon sens populaire s’en tient, en dépit de ce que tant et tant de docteurs continuent à soutenir sur la causalité subjective des valeurs d’échange marchand, aux faits ci-dessus rappelés ? Qu’y a-t-il d’authentiquement scientifique et de socialement viable à opposer à ce bon sens, pourtant rompu à la pratique quotidienne des échanges marchands et des transferts de pouvoir d’achat, pour le convaincre qu’il fait erreur ? Est-il, ce bon sens, si mal dégrossi qu’il est prêt à se laisser aller à la personnalisation abusive « du marché » ou « des marchés » ayant « toujours raison » ? Le scepticisme politique du corps électoral serait-il ce qu’il est devenu sans autant de maltraitance de ce bon sens ? En serions-nous là si la théorisation de l’économie aujourd’hui quasi exclusivement enseignée avait opté pour une causalité à dominante objective des valeurs d’échange marchand ? Pourquoi les dénonciateurs du « fanatisme de marché » (Stiglitz) ne remontent pas à cette origine ? Que vaut une médecine qui ne s’attaque pas à la racine du mal ? Etc.

2.24. La dynamique que la pratique des échanges marchands tend à établir résulte de la formation des prix de chacune des six catégories homogènes de marchandises.

Les principaux effets dynamiques que la mécanique générale des échanges de marchandises tend à entretenir sont nécessairement des résultats de l’interaction entre l’évolution d’au moins deux prix. L’identification méthodique de ces interactions n’est possible qu’au cours de l’étude de la formation des prix de chacune des catégories économiquement homogènes de marchandises.

Les divergences des conceptions, sur ce que sont les principaux effets dynamiques que la mécanique générale des échanges marchands tend à instaurer et à entretenir, jouent un rôle politique et syndical éminent. Les faits constatés après coup aplanissent très peu ces divergences, voire pas du tout : chacun fait dire aux faits ce qu’il a envie d’entendre. Pour améliorer la convergence des actions, il faut le préalable de la convergence des conceptions sur les mécanismes de formation des prix, profits et salaires en tête, ainsi que sur la dynamique qui en résulte. Toutes les autres élucidations que la théorie économique est susceptible de produire paraissent bien être secondaires.

2.25. Clarifications sur l'usage des mots «prix» et «coût»

Il est commode d’utiliser le mot « prix » pour désigner la valeur d’échange d’une marchandise selon les dires et dans les comptes de son vendeur et le mot « coût » pour désigner la valeur d’échange de la même marchandise ou d’une autre selon les dires et dans les comptes de son acheteur.

Le vocabulaire de la comptabilité commerciale et du contrôle de gestion utilisent cette commodité. Ce n’est pas systématique mais c’est fréquent. Il en va de même dans la vie courante.

Les prix des vendeurs font les coûts des acheteurs. La valeur d’échange demandée par le vendeur est la valeur d’échange acceptée par l’acheteur, quand la transaction s’établit et se dénoue de cette façon. La valeur d’échange offerte par l’acheteur est la valeur d’échange acceptée par le vendeur, quand la transaction s’établit et se dénoue de cette autre façon.

Qui observe que tels prix de marchandises composées sont ou tendent à être essentiellement des sommes de coûts augmentées de rémunérations du capital ne dresse pas un constat vide de sens : ces prix ne sont pas arbitraires ou, comme cela se dit justement de manière familière, « à la tête du client », c’est-à-dire subjectifs, ou tout au moins ne le sont que résiduellement. Cela étant, ce constat n’est qu’un début d’explication. D’où viennent ces coûts qui sont eux-mêmes des prix ? Qu’est-ce qui détermine les taux de rémunération du capital, ces taux étant eux-mêmes des prix ? Sur ce dernier point et sur celui des salaires, quoi d’objectif ? Pour que l’explication prenne corps, il faut qu’elle comporte la production de deux élucidations, l’une relative à la formation des valeurs d’échange de la marchandise élémentaire et primaire qu’est le travail en tant que produit en contrepartie d’un salaire, l’autre relative à la formation des valeurs d’échange de la marchandise également élémentaire qu’est le placement en capital en contrepartie de sa rémunération.

Mais là se pose un problème d’ordre. D’abord l’élucidation de la formation des salaires ou d’abord l’élucidation de la formation des profits ? Dans le prix de la plupart des marchandises composées, les salaires sont en beaucoup plus grosse proportion que les profits. La recherche dont le présent ouvrage rend compte établit qu’il convient d’abord d’observer le phénomène du profit et de l’emploi de salariés par les entreprises – chapitre 4 – pour ensuite tirer au clair le phénomène de la répartition et du salaire – chapitre 5.

2.26. Toute valeur d’échange, en contrepartie marchande, étant ce qu’il est convenu d’appeler un prix, tout salaire et tout profit est un prix.

Les salaires sont en contrepartie d’une fourniture et c’est pourquoi ils sont des prix. Les intérêts dus par un emprunteur à un prêteur sont en contrepartie d’une fourniture et c’est pourquoi ils sont des prix. Les profits sont également en contrepartie d’une fourniture et c’est pourquoi ils sont également des prix.

Même si l’usage se trouve être de ne jamais parler de salaires ou de profits en tant que prix, le fait est que l’ensemble des valeurs d’échange marchand comporte ces deux prix.

Pour l’heure, l’usage est de faire fréquemment cas des salaires en tant que prix et plus rarement, ou jamais dans certains milieux, des profits en tant que prix. Un changement, sur de dernier point, de discours des entrepreneurs, en prélude ou en accompagnement d’un changement de gestion du profit, sera de très grande portée (chapitres 4 et 5 principalement mais aussi chapitres 6 et 7).

Une théorie des prix qui comprend une analyse de la détermination de la hauteur et de l’évolution des salaires mais pas des profits n’est pas seulement incomplète. Ce qu’elle admet d’incompatible avec le fait que les profits sont des prix est faux, de même qu’est faux ce qu’elle admet d’incompatible avec les déterminants effectifs de la hauteur et de l’évolution des profits.

Chapitre 3 - L'entreprise

L’entreprise n'a pas pour raisons d’être de dégager un « maximum de profit » . Ce chapitre repositionne la nature propre de l'entreprise à partir des fonctions qu'elle joue dans le circuit de l'échange.

3.1. L'entreprise est la seule entité qui n'existe que pour la pratique d'échanges marchands.

 1. Cette proposition est une définition au sens de ce concept en théorie des ensembles.

C'est une définition de l’entreprise commerciale dans son acception la plus large :

  • quel que soit son statut juridique,
  • quelle que soit la durée pour laquelle elle a été établie,
  • que cette entreprise soit par ailleurs dite agricole, artisanale, financière, industrielle, libérale, etc,
  • que sa propriété soit privée ou publique ou mixte,
  • qu’elle soit ou non enregistrée en tant qu’entreprise.

Une définition étant aussi une convention de vocabulaire, nous convenons d’appeler en économie « entreprise » tout court l’entreprise commerciale, avec ses autres spécificités dont plusieurs sont indiquées dans la suite de chapitre.

2. Toutes les entreprises humaines ne sont évidemment pas commerciales.

Les familles n’existent pas que pour la pratique d’échanges marchands. Tout ce que l’homme se propose d'entreprendre ne se limite pas aux échanges marchands ;  ses entreprises sont bien loin d’être toutes commerciales. Les États n’existent pas qu'en raison de la pratique d’échanges marchands.

3. L’assimilation d’un État à une entreprise est abusive.

Cette assimilation n’en reste pas moins fréquente. La reconnaissance des principales spécificités de l’entreprise reste encore trop peu répandue.  Le camouflage d’anomalies en est facilité. Les réformateurs de l’administration publique qui ne le voient pas prennent pour des avancées ce qui se révèle à l’expérience être des reculs.

4. Les entreprises sont des carrefours de marchés.

Les épargnants font des placements contre rémunération. Les travailleurs fournissent des prestations contre leur rémunération. D’autres fournisseurs l’approvisionnent. Des clients lui achètent ce qu’elle met en vente.
Il n’y a que dans les entreprises que ces différentes catégories d'échanges marchands sont pratiquées.

5. Les entreprises sont créatrices de débouchés.

Cette création s’opère par trois sortes d’offres : les unes sont faites à des épargnants, les autres à des travailleurs, les troisièmes à des clients.

Ces offres sont indispensables à l’augmentation du pouvoir d’achat en circulation. C’est, en dernier ressort, les épargnants et les travailleurs qui sont les artisans de cette augmentation. Les managers en sont, eux, des organisateurs.

Les entreprises sont économiquement indispensables à cause des débouchés qu’elles créent et qu’elles entretiennent.

6. Dire des entreprises qu’elles sont créatrices de richesse et de valeur est exagérément approximatif.

Il faut d’abord préciser de quelle richesse et quelle valeur il s’agit. Cette richesse est marchande. Cette valeur est d’échange marchand, en conjonction avec de l'utilité, ou valeur d’usage.

Les entreprises participent à la création de richesse marchande. Les entreprises participent à la création de valeur d’échange marchand et d’utilités.

Cette participation contribue à rendre les entreprises économiquement indispensables. Mais l’acte créateur de valeur d’échange marchand est l’échange de marchandises élémentaires. La population tire ses revenus de la vente de ces marchandises là. Or les entreprises n’en sont pas les seules acheteuses.

Il convient néanmoins de garder présent à l’esprit l’une des exclusivités des entreprises. Elles seules achètent aux épargnants le placement en capital, au sens univoque dans lequel nous serons conduits à utiliser ce mot.

7. L’échange marchand, ce contraire du vol, est un acte aussi positivement moral que le don.

Quand dans une société cette reconnaissance reste refoulée, la manière dont ses entreprises sont, en règle générale, gérées est affectée par ce refoulement.

8. Théorie de l’entreprise et stature morale ont partie liée.

Auguste Detoeuf l’a perçu avec une remarquable acuité ainsi que le rappelle l’appendice C301.

3.2. Les entreprises ne sont pas inéluctablement asservies à un maximum à l'avantage de leurs propriétaires ou dirigeants.

1. Peter F. Drucker oppose une argumentation à qui juge cette affirmation irréaliste.

« Si l’on demande à un homme d’affaires type de définir une entreprise, il répondra probablement que c’est une organisation qui doit faire du bénéfice. L’économiste type donnera probablement la même réponse. Cette réponse n’est pas seulement fausse. Elle est sans rapport avec les faits. ... »

L'extrait reproduit en appendice C302 permet d'en juger. Nous recommandons d'en prendre connaissance.

2. L'impératif du maximum de profit est antilibéral.

La liberté d'entreprendre comporte le libre choix de fins licites. Quand le maximum de profit est élevé au rang d'un impératif, le libre choix des fins est moins pratiqué. L'exercice de la liberté d'entreprendre s'en trouve appauvri. Les réductions de concurrence prolifèrent. Il faut, en effet, ces réductions à la systématisation d'abus.

° Le modèle d'économie libérale issu des propositions de Léon Say

3. L'alternative du maximum de plus-values est encore plus contestable.

Je suis propriétaire d'un bien immobilier. Je le mets en location. Le locataire se met à ne régler qu'une fraction du loyer convenu. Je lui demande pourquoi. Il me répond que la hausse de l'immobilier pourvoit à mon enrichissement. C'est évidemment inacceptable.

C'est pourtant ce qu'un courant de doctrine incite les sociétés commerciales à faire. Limiter les quotients appelés « dividendes » constituent à une faible fraction du bénéfice commande cette doctrine. Mais, c'est là où elle veut en venir, s'en remettre au marché, et si possible le manipuler, afin que la plus-value fasse plus que compenser la faiblesse des dividendes.

Il y a évidemment une autre façon de procurer des retraites par capitalisation. Cette alternative utilise, elle, le plein jeu des échanges marchands.

3.3. Les principales responsabilités de l'entrepreneur sont économiques et ce faisant sociales.

1. Il est inutile de passer en revue ces responsabilités pour s'en assurer.

Ce qui vaut, à ce niveau de généralité, pour les responsabilités économiques des entrepreneurs vaut pour celle des épargnants et des salariés. Plus largement encore, elle vaut pour tous les rôles joués sur la scène de la vie économique.

Les responsabilités économiques des pouvoirs publics sont elles aussi autant de responsabilités sociales.

2. Alors que tous les actes sociaux ne sont pas économiques, tous les actes économiques sont sociaux ou ont un effet social.

Embaucher et débaucher sont des actes sociaux, tout le monde en convient. Tout le monde convient également que vendre et acheter sont des actes économiques.

Embaucher est commencer à acheter, débaucher est arrêter d'acheter. Embaucher et débaucher font partie des actes sociaux qui sont économiques. Il en va plus généralement de même d'acheter et de vendre.

Placer de l'épargne dans le financement de telle entreprise plutôt que telle autre est un choix économique. Ce choix a des effets sociaux. Rémunérer plus ou moins les apports en fonds propres est un choix économique. Ce choix aussi a des effets sociaux.

Faire entrer dans la comptabilité d'une entreprise une dotation aux amortissements  est un acte économique. C'est nécessaire pour conserver l'épargne placée en capital. Que cette conservation soit finalement réussie ou ratée, tenir compte d'amortissements a un effet social.

3. L'opposition du social à l'économique est dommageable.

Elle légitime des pratiques économiques affranchies de la prise en compte de leurs effets sociaux. L'économie s'en trouve plus exposée aux crises provoquées par la manière de la pratiquer.

Un fait social est ou n'est pas aussi un fait économique. Quand il l'est, ce qu'il comporte de socialement faste ou néfaste provient de sa configuration économique. L'opposition du social à l'économique masque cette provenance.

3.4. L'entreprise est la seule entité qui doit tout ce qu'elle possède.

1. Les entreprises sont des objets qui ont des propriétaires et sont souvent traités comme étant eux-mêmes propriétaires.

Ce traitement est pratiquement nécessaire. Le point 5 ci-dessous rappelle pourquoi.

Cela ne doit cependant pas faire illusion. Une société commerciale est bien juridiquement propriétaire. Ses achats et ses ventes ne s'en font pas moins par délégation de pouvoir de ses copropriétaires.

Cela étant, qu'implique d'admettre qu'une entreprise doit tout ce qu'elle possède ?

2. Un individu qui est propriétaire ou copropriétaire d'une entreprise est toujours, de ce fait, un fournisseur et un créancier de cette entreprise.

Il est fournisseur du financement qu'il consent à cette entreprise. De plus, pour des raisons bien connues que la théorie du capital nous donnera l'occasion de rappeler, il est fournisseur de premier ressort.

Qui fournit un financement devient un créancier. De plus, ce qu'il advient de cette fourniture en cas de vente ou de liquidation d'une entreprise oblige à observer que ce créancier là est de dernier ressort.

3. Une " situation nette " est la différence entre un montant total de stocks et un montant total de dettes.

Ces stocks sont exclusivement composés d'objets susceptibles d'être vendus par l'entité considérée ou constitutifs d'une encaisse. Il est d'usage d'utiliser le mot " actifs " pour les désigner. Des financements consentis sont susceptibles d'en faire partie. Les financements obtenus n'en font pas partie. Ces derniers constituent le " passif ".

Le concept de situation nette fait partie de ceux qui sont communs à toutes les sortes d'entités susceptibles de faire l'objet de la tenue d'une comptabilité générale complète. Le principe de son calcul est constant. Ses modalités d'application au cas d'espèce sont cependant régies par l'état de la doctrine économique et comptable. C'est pourquoi en tirer au clair la terminologie peut se révéler très laborieux.

4. La situation nette d'une entreprise n'appartient jamais à cette entreprise.

Si l'entreprise est la propriété d'un seul créancier de dernier ressort, la situation nette positive de cette entreprise fait entièrement partie du patrimoine de ce créancier. Si l'entreprise est en copropriété, une fraction de sa situation nette positive fait partie du patrimoine de chacun de ses créanciers de dernier ressort. Dans ce cas aussi, la situation nette d'une entreprise ne lui appartient pas.

Nous rappelons plus bas que la situation nette positive d'une autre entité qu'une entreprise appartient, elle, toujours à cette autre entité.

5. La propriété de stocks doit être attribuée à une entreprise pour en tenir la comptabilité générale.

Cette nécessité comptable est doublée d’une nécessité juridique dans le cas des sociétés commerciales. Il faut à ces dernières une personnalité morale. C’est nécessaire pour les doter des capacités juridiques des entrepreneurs en nom propre.

Cette nécessité n’enlève rien au fait qu’elles sont des objets. En revanche, elle pousse à user abusivement de ces objets comme s’ils étaient des sujets.

6. Tout ce qu’une entreprise possède comptablement appartient finalement à ses créanciers.

Considérer que tout ce qu’une entreprise possède comptablement appartient finalement à ses créanciers, dont en dernier ressort ses propriétaires, ne fait que préciser l’adage « tout ce qu’une entreprise possède, elle le doit ».

Ce qui se passe en cas de cessation de paiement d’une entreprise est en application de cet adage. La propriété de l’entreprise est mise sous tutelle. La perte complète de la créance de dernier ressort est alors exposée à devenir irrémédiable, voire à se transformer en un endettement personnel.

7. Un particulier est, lui, propriétaire de sa situation nette.

Tout ce qu’un particulier possède, il ne le doit pas nécessairement à un créancier. La différence positive entre ses stocks et ses dettes lui appartient. L’adage « tout ce qu’une entreprise possède, elle le doit » n’est pas transposable à son cas.

Un particulier est financièrement propriétaire de ses actifs à hauteur de sa situation nette.

8. Une association privée à but non commercial est, elle, propriétaire de sa situation nette.

Cette situation nette n’est pas un élément des patrimoines de ses sociétaires. Une telle association, en cas de dissolution, lègue à une ou plusieurs autres. L’adage « tout ce qu’une entreprise possède, elle le doit » n’est pas transposable au cas d’une association privée à but non commercial.

Une association privée à but non commercial est financièrement propriétaire de ses actifs à hauteur de sa situation nette.

9. Il en va de même d’un État et d’une collectivité territoriale.

Leurs situations nettes n’entrent pas dans la composition d’autres patrimoines. Leur statut économique n’est pas assimilable à celui d’une entreprise. L’adage « tout ce qu’une entreprise possède, elle le doit » n’est pas transposable au cas d’un État et d’une collectivité territoriale.

Les États et les collectivités territoriales sont financièrement propriétaires de leurs actifs à hauteur de leur situation nette.

10. La société S est juridiquement propriétaire d’une pommeraie.

La décision du mode d’exploitation appartient aux propriétaires de S. La décision de vendre la pommeraie appartient aux mêmes. La qualité de personne morale de la société S ne lui confère aucune autonomie par rapport à ses propriétaires.

En principe seulement ? Un chef d’entreprise est recruté. Un salaire est négocié avec lui. Délégation de pouvoirs lui est donnée. Les pouvoirs effectifs des copropriétaires peuvent s’en trouver réduits. Mais si cette réduction se produit, elle résulte d’un abandon et d’un abus. La copropriété aura abdiqué d’une partie de ses pouvoirs. Le chef d’entreprise aura abusé des pouvoirs qui lui ont été délégués. Un foyer de contagion du non respect de la règle logique du plein jeu des échanges marchands perdurera.

Enseignons davantage que l’entreprise n’est économiquement propriétaire de rien. Une règle logique de la vie sociale s’en trouvera peu à peu plus complètement appliquée.

3.5. L'entreprise n’est pas économiquement un sujet fiscal.

1. Les particuliers et les associations à but non commercial sont les contribuables de dernier ressort.

Des impôts acquittés par les entreprises sont ajoutés aux prix réputés hors taxes. C’est notamment le cas de la TVA. Ces impôts sont ouvertement à charge des contribuables de dernier ressort.

Les autres impôts acquittés par les entreprises ont un effet au moment de leur apparition ou de leur changement, un autre après. L’impôt sur les sociétés est l’un d’entre eux. Dans un premier temps, ces impôts modifient les résultats des entreprises. Par la suite, leur incidence est répercutée dans les prix de vente réputés hors taxes. Comme par capillarité, ces impôts deviennent complètement à charge des contribuables de dernier ressort.

2. L’égalité devant l’impôt sur le revenu n’est pas qu’une question de justice.

L’approbation de la progressivité de cet impôt est si répandue qu’il faut s’empresser de préciser de quelle égalité il s’agit. Une phrase courte y suffit. Tous les revenus sont imposés au(x) même(s) taux.

Cette égalité met à parité fiscale les revenus du travail et du placement. Parmi eux, il y a les pensions de retraite par répartition. Les cotisations qui y donnent droit sont des quasis placements. Les pensions versées sont des rentes viagères. Les revenus de la propriété d’entreprise sont eux aussi des rentes tirées de placements.

L’imposition de tous les revenus au(x) même(s) taux met le choix entre les offres de placement à l’abri de considérations fiscales. D’autres considérations économiques prennent plus de poids.

Tenir inégaux le(s) taux d’imposition sur le revenu du travail  et le revenu de la propriété d’entreprise n’a lieu d’être qu’en compensation d’un défaut de l’exercice de cette la propriété. Mais en ce cas c’est remédier à ce défaut qui s’impose.

3.6. Seules les entreprises vendent des marchandises composées.

1. Toute personne physique ou morale qui entreprend de vendre de la marchandise composée crée, de ce fait, une entreprise.

La définition de l’entreprise ci-dessus retenue oblige à le considérer (3.1).

L’un des cas est le suivant. Françoise ou François possède un bien et le loue. Cette mise en location crée une entreprise. Cette entreprise dure tant que la mise en location dure. Etc.

Certaines entreprises sont très éphémères ou épisodiques. Par exemple, je décide de louer un emplacement sur une foire à tout pour y vendre des objets qui m’encombrent.

Des entreprises se nichent dans des associations. Le vestiaire d’une association caritative n’est pas une entreprise. Il en devient une à raison de ce qu’il vend. Il n’en devient pas une rien qu’à raison de ce qu’il achète non seulement pour son fonctionnement mais aussi éventuellement en vue de le donner.

2. L’entreprise en nom personnel est une entité économiquement distincte de son propriétaire et patron.

Ce propriétaire échange avec son entreprise son apport en capital contre tout ou partie des bénéfices nets de cette entreprise. Ce patron échange avec son entreprise le service de son travail contre la rémunération de ce service. Une partie du bénéfice net qui lui revient peut être en complètement de salaire.

3. La double qualité de salarié d’une entreprise et de propriétaire ou copropriétaire de cette entreprise pose un problème d’organisation.

Existe-t-il des circonstances dans lesquelles la confusion de ces deux qualités, ou l’exploitation d’une de ces qualités pour traiter autrement l’autre, est économiquement justifiée ?

Hors du cas où la responsabilité financière de l’entrepreneur en nom personnel sur l’ensemble de son patrimoine est appelée à jouer, il semble bien qu’il n’existe pas de telles circonstances.

Les formes juridiques d’entreprise et les pratiques de la vie d’entreprise qui obligent au cumul de ces deux qualités ne sont économiquement assez complètement élaborées que si elles comportent des dispositifs de séparation des rôles et des pouvoirs respectifs attachés à chacune de ces qualités.

4. Il en va de même quand la double qualité est celle de copropriétaire d’une entreprise et de client de cette entreprise.

Il en va également de même, à plus forte raison, quand il y a triple qualité : copropriétaire (sociétaire), salarié et client. Et quand il y a quadruple qualité parce que celle de fournisseur de marchandise composée s’ajoute aux trois autres.

Ces cas se rencontrent notamment dans des coopératives.

3.7. La « valeur ajoutée » peut aussi bien être appelée « valeur élémentaire ».

1. Nos manuels disent souvent d’abord de la « valeur ajoutée » qu’elle « est »  une différence entre deux valeurs.

Ce « est » fait fonction de « se calcule par ». Pour ce calcul, l’une des deux valeurs est dite être celle « de la production ». Concrètement, entreprise par entreprise, cette valeur est le chiffre d’affaires hors TVA. La valeur soustraite est dite être celle des « consommations intermédiaires ». Concrètement, entreprise par entreprise, cette valeur est celle des achats consommés de marchandises composées.

2. Les entreprises, entre autres, achètent également de la marchandise élémentaire.

La « valeur ajoutée », dite « nette » parce qu’elle n’inclut pas les amortissements de l’exercice, est celle d’achats de marchandise élémentaire. C’est pourquoi on peut aussi bien dire qu’elle est la « valeur élémentaire ».

Quelle que soit l’adjectif utilisé pour qualifier cette valeur, elle est d’échange.

3. Tous les employeurs participent à la création de valeur d’échange élémentaire.

Ils le font en achetant à des travailleurs leurs services. Doit-on pour autant considérer que ces achats les rendent créateurs de valeur d’échange ? L’acte créateur de cette valeur est la fourniture d’une prestation. Le créateur est le fournisseur de la prestation.

4. Tout mobilisateur d’un placement par un épargnant participe à la création de valeur d’échange élémentaire.

Cette création n’a lieu que quand le service du placement est rémunéré.

Les raisons pour lesquelles il ne s’agit que d’une participation reste les mêmes. Le créateur de valeur d’échange reste le fournisseur de la prestation.

Une association à but non commercial est susceptible d’être un tel fournisseur.

5. En dernier ressort, qui est créateur de « valeur élémentaire », alias « valeur ajoutée » ?

D’une part l’individu qui vend le service de son travail en échange d’un salaire. D’autre part, l’individu ou l’association non commerciale qui vend le service du placement de son épargne en échange d’intérêts ou de bénéfices.

3.8. Un seul échange marchand n’a pour coéchangistes qu’une entreprise et qui la possède.

1. Un terme de cet échange est un placement qui rend propriétaire ou copropriétaire d’une entreprise.

L’autre terme de cet échange est la rémunération, versée par cette entreprise, de ce placement.

2. Cette rémunération est assurée au moyen du bénéfice tiré de la vente de marchandise composée.

Seules les entreprises vendent de la marchandise composée. C’est pourquoi la propriété qui permet de pratiquer cet échange marchand est nécessairement celle d’une entreprise.

3. Aucun autre échange marchand n'a pour coéchangistes une entreprise et qui la possède.

Pour s’en assurer, il suffit de passer en revue la typologie des échanges marchands.

Chapitre 4 - La comptabilité

La théorie de la comptabilité économique est une base de la science économique.

4.1. La théorie générale de la comptabilité économique est mésonomique.

4.1. La théorie générale de la comptabilité économique est mésonomique.

Le point 3 ci-dessous rappelle le sens donné au néologisme « mésonomie ».

1. Le propre d’une comptabilité économique est d’enregistrer et de totaliser des valeurs d’échange marchand.

Ces valeurs sont exprimées sous la forme de quantités d’une même monnaie.

Soit D1 un décompte qui ne porte que sur des montants d’impôt ou de subventions. Soit D2 un décompte qui ne porte que sur des montants d’achats ou de ventes réputés hors taxes. D1 porte autant que D2 sur des valeurs d’échange marchand. D1 est tout aussi économique que D2.

2. L’un des instruments nécessaires à la tenue d’une comptabilité économique est assez souvent une « comptabilité matière ».

On appelle ainsi l’enregistrement de quantités physiques. Dans cet enregistrement se trouve toujours celui d’un stock départ et des quantités entrées par produit.

Quand l’enregistrement des quantités sorties s’y ajoute, le dispositif est dit constituer un « inventaire permanent ». Le comptage périodique des quantités en stock n’en reste pas moins nécessaire.

Sur la période du… au…, quelle quantité de ce produit a-t-elle été vendue ou consommée ? Seule une comptabilité matière fournit la réponse.

3. Il y a, en première analyse, autant de catégories de comptabilité économique que de niveaux d’observation économique.

Le niveau le plus global est celui de la macronomie. Une comptabilité nationale est macronomique. Une comptabilité régionale l’est également.

Le niveau intermédiaire est celui de la mésonomie. La comptabilité commerciale dite générale est mésonomique.

Le niveau le plus fin est celui de la micronomie. La comptabilité dite analytique est micronomique.

4. La comptabilité commerciale et la comptabilité publique sont deux des quatre catégories de comptabilité mésonomique.

Les deux autres sont la comptabilité associative et la comptabilité personnelle.

En toute rigueur, la comptabilité familiale est une comptabilité associative. Les transferts des revenus des parents à la cellule familiale y sont tenus pour implicites. Mais ils sont explicites quand Françoise et François tiennent séparément une comptabilité personnelle et ensemble une comptabilité familiale.

La distinction des catégories de comptabilité mésonomique est nécessaire. L’articulation d’une théorie générale de la comptabilité économique l’est également. Soit, par exemple, une disposition spécifique à la comptabilité commerciale. Elle est néanmoins de plus en plus appliquée en comptabilité associative et publique. Un manque de discernement s’en trouve répandu.

5. La théorie de la comptabilité macronomique a pour socle la théorie de la comptabilité mésonomique.

Une comptabilité macronomique ne se conçoit et ne se pratique qu’au moyen de comptabilités mésonomiques.

Considérons le cas de la comptabilité nationale. Son idée même est dérivée de la comptabilité mésonomique.

Ce n’est pas pour autant que cette dérivation est opérée avec assez de discernement. Si la comptabilité mésonomique prise pour référence est la commerciale, la nation est assimilée à une entreprise. L’assimilation à une personne morale non commerciale est moins défectueuse.

En entrées et en sorties d’une comptabilité nationale, il y a des agrégats. Ce sont des totalisations de valeur d’échange marchand. Les éléments de ces totalisations proviennent de comptabilités mésonomiques. La théorie générale de la comptabilité économique doit en tenir compte.

6. La théorie d’une comptabilité micronomique a pour socle la théorie de la comptabilité mésonomique.

Une comptabilité micronomique ne se conçoit et ne se pratique qu’au moyen d’une comptabilité mésonomique.

« Comptabilité analytique » et « Contrôle de gestion » désignent la même production de données que la comptabilité générale ne procure pas. Ces données sont des marges, des ratios, des prix de revient.

L’héritage par la comptabilité analytique de catégories de la comptabilité générale n’est pas qu’une commodité. C’est une nécessité. Quand cet héritage est mal administré, les résultats de l’analyse deviennent irréconciliables avec ceux de la synthèse. C’est alors les deux comptabilités, l’analytique et la générale, qui y perdent leur crédibilité. De cela aussi, la théorie générale de la comptabilité économique doit tenir compte.

7. La théorie de l’analyse financière a elle aussi pour socle la théorie générale de la comptabilité économique.

Les analyses financières sont désormais un vecteur majeur de propagation d’idées économiques de base. Il en va de même des normes comptables.

Ces idées et normes sont, en bonne part, indissociables de la théorie générale de la comptabilité économique. C’est pourquoi il faut tenir sous le boisseau ou gauchir cette théorie pour dégrader ces idées et normes. Inversement, une étape s’impose pour remonter la pente. Il faut en passer par une réarticulation de la théorie générale de la comptabilité économique.

8. Une norme de comptabilité économique est, ou n’est pas, de bon aloi.

Elle est de bon aloi quand son application évite de se tromper ou de tromper.

En comptabilité économique aussi, la recherche des normes de bon aloi a deux caractéristiques. Elle est sans limite assignable. Elle est exposée à des régressions.

La conformité d’une comptabilité économique aux normes en vigueur est certifiable. Le complet bon aloi d’une comptabilité économique ne l’est pas et ne le sera jamais.

Il faut le souligner. Le complet bon aloi d’une comptabilité économique ne sera jamais certifiable. Les débats sur les normes comptables n’en prennent que plus d’importance.

9. Un petit nombre d’énoncés paraît devoir suffire à l’articulation de la théorie générale de la comptabilité économique.

Les propositions 3.1* de ce chapitre le donnent à penser.

Que faut-il inclure dans cette théorie ? Que faut-il en exclure ? Sur quel(s) axiome(s) explicite(s) est-il le moins contestable de la faire reposer ? Cette articulation là est-elle un bon élément d’initiation à l’économie ? Non seulement à l’économie en général mais aussi à l’économie d’entreprise et à l’économie publique ?

Les propositions 3.1* sont une contribution à l’instruction de ces questions.

4.2. Au commencement logique de la comptabilité économique se trouve la distinction entre stocks et flux.

1. La distinction entre fluxs et stock est axiomatique : c'est un postulat de base.

Je compte, sur une photographie aérienne, un nombre de véhicules stationnés. Ce comptage est une mesure de stock. Je compte les nombres d’entrées de véhicules sur un parc de stationnement. Ce comptage est celui d’un flux.

Dans une voiture, une jauge renseigne sur le niveau de la réserve d’énergie. C’est une mesure de stock. Un compteur indique le nombre total de kilomètres parcourus. C’est une mesure de flux.

La mesure d’un stock est un instantané. Ce constat ne définit pas ce qu’est un stock. La mesure d’un flux porte sur une durée. Ce constat ne définit pas ce qu’est un flux. Les revenus et les encaisses n’en ont pas moins une différence. Les revenus sont des flux, les encaisses sont des stocks. Etc.

2. L’assimilation des circuits économiques à des dispositifs hydrauliques est souvent utilisée.

Cette assimilation aide à observer l’existence de stocks et de flux économiques. Les uns sont de marchandise, d’autres de monnaie. Les stocks sont représentés par des réservoirs. Les courants qui vont d’un réservoir à l’autre y représentent des flux.

Un schéma de circuits économiques ne vaut que pour une entité pour laquelle une comptabilité peut être tenue. C’est pourquoi il existe autant de ces schémas que de catégories de ces entités.

Un schéma d’un circuit économique masque une réalité s’il se réduit à des tracés de flux. Le schéma macronomique le plus exact n’a pas ce défaut. Il situe le point le plus haut du circuit mésonomique. En ce point, il y a comme un château d’eau. C’est le stock dont l’élévation du niveau augmente le nombre d’emplois et le débit des flux de revenus. Nous le constaterons au chapitre suivant.

3. Le premier outil d’une comptabilité économique est une nomenclature.

L’usage est désormais de l’appeler « plan comptable ». Des intitulés de classes de compte et de comptes y sont spécifiés.

Tous ces comptes ont deux caractéristiques. La première est souvent tenue pour implicite dans les cours de comptabilité. La seconde est, elle, toujours décrite.

4. Tout compte est ou bien un compte de stock ou bien un compte de flux.

Il en va de même de toute classe de comptes.

François et Françoise tiennent désormais leur comptabilité familiale sur ordinateur. Une fois par semaine, ils mettent à jour cette comptabilité. Deux à trois clics les renseignent sur le solde de leurs comptes en banque à ce jour. Ce solde est le montant d’un stock. Trois à quatre autres clics les renseignent sur la différence entre leurs revenus et leurs dépenses du… au… Ce solde est entre deux flux. Il est lui-même un flux.

5. La seconde caractéristique est la « partie double ».

Les comptes qu’un banquier doit rendre à ses clients sont de ceux pour lesquels la nécessité d’un « crédit » et d’un « débit » est évidente. Y compris dans le cas, de plus en plus fréquent, où un crédit est indiqué par un nombre positif et un débit par un nombre négatif.

Faire en sorte qu’un montant débiteur ou créditeur puisse être enregistré sur n’importe quel compte est l’un des dispositifs d’une comptabilité économique en partie double. Balancer tout crédit par un débit de même montant, et inversement, est l’un des autres dispositifs.

L’égalité de la somme des débits et des crédits assure que ce balancement est arithmétiquement exact.

6. La technique de la partie double inverse le signe algébrique d’un solde selon qu’il est de flux ou de stock.

Un solde est le produit d’une addition algébrique. Dans une telle addition, les nombres sont relatifs. Par exemple, (+3)+(+2)+(-1)=3+2-1 fait un solde positif de 4. Et (-3)+(-2)+(+1)=-3-2+1 fait un solde négatif de même montant.

Quand un solde est de flux F, notons le (+F) ou (-F). S’il est de stock, notons le (-S) ou (+S).

Un solde créditeur est positif quand il est de flux (+F), négatif quand il est de stock (-S). Inversement, un solde débiteur est négatif quand il est de flux (-F), positif quand il est de stock (+S).

Soit C1 le compte de la banque B dans les livres, tenus en partie double, de l’entité E. Soit C2 le compte de l’entité E dans les livres, tenus en partie double, de la banque B. C1 est à l’envers de C2 pour ce qui est du sens des écritures. Qui a tenu en partie double la comptabilité d’une entité ayant au moins un compte en banque l’a vérifié à de multiples reprises.

7. Le balancement de tout crédit par un débit de même montant est économiquementpertinent.

Tout flux de marchandise ou de monnaie a, entité par entité, un effet sur un stock de monnaie ou de marchandise. C’est l’enregistrement concomitant, dans les comptes d’une entité, d’un flux et d’une augmentation ou diminution de stock qui rend la partie double économiquement pertinente.

Considérons l’évènement suivant. Du travail est fourni en échange de sa rémunération. Si cet échange est en tout ou partie un troc, un stock de marchandise détenue par l’employeur s’en trouve diminué. Mais supposons que la rémunération soit entièrement monétaire. Un stock de monnaie détenu par l’employeur s’en trouvé diminué.

La comptabilité en partie double de l’employeur enregistre cette rémunération par un crédit et un débit. Le crédit est d’un compte de stock, caisse ou banque. Le débit est d’un compte de flux, salaires. La comptabilité en partie double de l’employé enregistre aussi cette même rémunération par un crédit et un débit. Le crédit est d’un compte de flux, salaires. Le débit est d’un compte de stock, caisse ou banque.

8. N’importe quel mouvement d’un terme d’échange marchand a le même effet.

Un stock est réduit – crédit –, ou augmenté, –débit. C’est selon que le mouvement considéré est un flux sortant – débit –, ou entrant – crédit.

Certes il faut être deux pour échanger, comme pour transférer. La partie double n’en tire cependant pas son principe. L’origine logique de ce principe tient en deux constats. Tout flux a, entité par entité, un effet sur un stock. Cet effet est à due concurrence du montant du flux.



 

4.3. Les stocks d'une entité mésonomique sont de deux sortes : de financement et d'investissements.

1. L’usage est d’appeler « passif » le stock de financement d’une entité mésonomique.

Du passif, il est également fréquemment dit qu’il résume l’état des ressources financières de l’entité considérée.

« Le passif, ce qu’on doit. » Littré a fait figurer cet énoncé dans son dictionnaire. La mention qui précède est « Terme de commerce ». La phrase qui suit est : « L’actif surpasse le passif. »

Dans le stock de financement d’une entité, il n’y a presque jamais rien que les montants dont cette entité est débitrice dans les livres de ses créanciers. Mais c’est cette partie, le passif stricto sensu, qui a donné son nom au tout.

Pour désigner ce tout, est-il souhaitable de continuer à user autant du substantif « passif » ? Le substantif « financement » est plus explicite. C’est toutefois à une condition indiquée plus avant à propos du « bilan ».

2. L’usage est d’appeler « actif » le stock des investissements d’une entité.

Dire d’objets qu’ils sont des « actifs » ou des « investissements » ne définit pas l’ensemble de ces objets.

Ces objets ont en commun d’être stockables et d’avoir une valeur d’échange marchand. L’ensemble des « actifs » ou « investissements » d’une entité est constitué  des objets stockables qui ont pour cette entité une valeur d’échange marchand. Que cette valeur soit certaine ou éventuelle ne change rien à la validité de cette définition.

Un financement autre qu'un don n’est une valeur d’échange marchand stockée que pour l’entité 1 qui l’a fourni à l’entité 2. Dans l’entité 1, cette fourniture fait partie de ses « actifs » ou « investissements ». Dans l’entité 2, elle fait partie de son « passif ».

4.4. Les stocks de financement d'une entité sont de deux sortes : fonds non emprunté et fonds empruntés.

1. Le sens pris par le substantif « passif » peut être alternativement rendu par « financements ».

Le concept de « bilan » peut être, lui, alternativement rendu par « compte de stocks ». C’est utile. Ce concept est moins facile à bien comprendre  que celui de « compte de résultat ». Les analyses et les gestions qui font mal le lien entre stocks et flux restent nombreuses.

2. L’existence de fonds non empruntés se constate aisément dans le cas des associations privées non commerciales.

Soit l’une de ces associations. Peu importe qu’il s’agisse ou non d’une famille.

Excluons de ses recettes tout éventuel emprunt. C’est de bonne règle : il s’agit d’une avance à rembourser. Comptons dans ses dépenses d’éventuels frais financiers. Excluons des dépenses tout éventuel remboursement d’un principal : c’est la restitution d’une avance.

Cette association a, depuis sa création, un total de recettes supérieur au total de ses dépenses. Son stock de fonds non emprunté est, à coup sûr, positif.

Ce stock est aussi celui de l’épargne de cette association. De l’endettement a pu être l’un des moyens utilisés pour constituer ce stock. Par exemple, du crédit a été obtenu pour financer l’achat d’un bien immobilier. Si le loyer économisé était supérieur au coût du crédit, la contribution positive à la constitution d’un stock d’épargne est patente.

3. « Fonds non emprunté » d’un stock de financement et « situation nette » désignent la même différence.

Pour l’entité considérée, cette différence est entre les montants de deux stocks. L’un est celui des investissements, ou actifs. L’autre est celui des dettes.

De cet autre montant, on peut aussi bien dire qu’il est celui du passif stricto sensu.

4. Toute entité mésonomique est exposée au risque de situation nette négative.

Si les causes de cette dégradation perdurent, la spirale du surendettement croissant est amorcée. Une mise sous tutelle ne peut qu’en résulter. L’indépendance la plus grande procurée par l’absence de dette est alors remplacée par son contraire.

Le point auquel un État arrive à ce contraire existe. Il est atteint quand le service de la dette publique atteint le montant des recettes fiscales.

Dire d’une situation nette négative qu’elle est un surendettement exponentiel convient pour n’importe quelle entité.

5. La situation nette positive d’une entreprise est un fonds permanent, celle d’une autre entité économique un fonds propre.

La situation nette positive d’une entreprise n’est pas la propriété cette entreprise. C’est pourquoi l’appeler « fonds propres » prête à confusion. Il en va différemment pour chaque propriétaire ou copropriétaire d’une entreprise. Lui a un fonds propre pour autant que sa situation nette personnelle soit positive.

Utiliser le mot « capital » pour désigner toute situation nette prête également à confusion. La situation nette d’une entreprise est un terme d’échange marchand. Le fonds propre d’une autre entité qu’une entreprise ne l’est pas.

6. Ne pas payer comptant est une manière d’emprunter.

Un panneau affiché par des commerçants le rappelle. « La maison ne fait pas crédit ». Cela n’empêche pas beaucoup de ces commerçants de se méprendre sur leur rapport financier avec leurs fournisseurs.

Le dispositif de l’escompte pour paiement comptant n’est équitable que dans des conditions étroites. Soient A et B les clients du fournisseur F. L’escompte pour paiement comptant est, supposons-le, de 2 %. A obtient de F de payer à 30 jours fin de mois. B obtient de F de payer à 90 jours fin de mois. Dans les deux cas, le coût du crédit est le même : la renonciation à la baisse de 2 % des montants à payer à F par A et par B. Or, rapporté aux sommes empruntées à F respectivement par A et B, ce coût est à l’année trois fois moindre pour B que pour A. Le payeur au plus tard est favorisé.

4.5. Le stock des investissements d'une entité comporte souvent des placements et presque toujours des équipements.

1. L’un des sens pris par le substantif « actif » peut être alternativement rendu par « investissements ».

Quand cette alternative est utilisée, mieux vaut que ce soit conjointement à une autre. Cette autre a déjà été signalée. Un « bilan » est un « compte de stocks ».

Un stock d’investissements est à proprement parler un patrimoine sauf dans un cas. Or ce cas joue un rôle central en économie. C’est celui de l’entreprise. Là, la propriété des actifs n’est qu’intermédiaire. L’entreprise a, en effet, elle-même au moins un propriétaire. Aucune autre entité mésonomique n’est dans ce cas. Les associations privées non commerciales ont des membres et non pas des copropriétaires de ses actifs. Les États et leurs filiales non commerciales ont, de ce point de vue, le même statut.

2. Les « immobilisations financières » du Plan comptable général sont des placements.

Certains de ces placements ne rapportent rien. C’est, par exemple, le cas du dépôt de garantie exigé du locataire par le loueur. C’est aussi le cas d’un prêt à titre gratuit.

Les immobilisations non financières sont des équipements. L’acquisition, par une entreprise, d’un brevet ou d’une marque est une immobilisation « incorporelle ». Elle fait partie des équipements conjointement aux immobilisations « corporelles ».

3. Ce qui caractérise un équipement est d’être utilisable de façon récurrente pendant un an au moins.

Les illustrations faciles à retenir sont nombreuses. Une casserole est un équipement. Ce qu’on y met à cuire et qui a été acheté n’en est pas un. Nappes et serviettes en tissu sont des équipements. Leurs ersatz en papier n’en sont pas. Une imprimante et un beau stylo à plume sont n’en sont pas. Une chaudière est un équipement. Un achat de combustible n’en est pas un.

Sur des achats de petit montant, il peut y avoir des doutes. Sur les achats de plus gros montant, il n’y en a jamais dès lors qu’ils satisfont la définition d’un actif.

4. La distinction entre « équipement » et « fonctionnement » est un concept premier de la comptabilité économique.

Les dépenses d’une entité sont susceptibles d’être d’équipement ou de fonctionnement. Quand elles sont d’équipement, des investissements d’équipement sont constitués. Quand elles sont de fonctionnement, des investissements de fonctionnement sont susceptibles de s’en trouver constitués. Cela n’arrive que lorsque ce qui a été acheté est stockable.

La distinction entre « équipement » et « fonctionnement » est tenue pour implicite par la réglementation comptable. Deux dispositifs le permettent. L’un est d’appeler « charges » les dépenses de fonctionnement. L’autre est d’appeler « immobilisation » les dépenses d’équipement.

5. Des stocks de fonctionnement sont négligeables.

Théoriquement, tout stock qui a une valeur d’échange marchand est un actif. Pratiquement, des exceptions sont admises. Tenir pour nuls, au jour de l’arrêté des comptes, des petits stocks de fonctionnement fausse le calcul du résultat. Les comptables disposent de moyens pour réduire ce biais. Leur usage n’est cependant pas indispensable dès lors que d’un exercice à l’autre le principe de la permanence des méthodes est appliqué.

4.6. La synthèse des comptes de stock est appelée "bilan".

1. Ce qui rend premièrement nécessaire cette synthèse fait partie de la théorie générale de la comptabilité économique.

Dans ce premièrement, il n’y a pas que la distinction entre stock et flux. Deux autres principes en font partie. Les notes suivantes les passent en revue.

La théorie générale de la comptabilité économique est une discipline fondamentale. La normalisation des pratiques comptables n’est pas forcément maintenue dans le droit fil de cette théorie.

2. La structure du financement est économiquement primordiale.

Un ratio caractérise premièrement la structure du stock de financement d’une entité. Son numérateur est le montant des fonds non empruntés. Son dénominateur est le montant total du stock de financement. Ce qu’il mesure est un degré d’indépendance.

Plus, toutes entreprises confondues, ce degré est élevé, plus le champ d’amélioration de la pratique des échanges marchands est ouvert.

La concurrence joue un rôle irremplaçable. Mais les degrés d’indépendance financière participent à sa configuration.  Attendre que les offres concurrentes aient les mêmes effets régulateurs quels que soient les niveaux d’endettement est irréaliste.

3. Le stock de financements, ou passif, est toujours réductible à deux masses.

Le critère est la durée du financement. D’une part les financements à plus d’un an font une masse. D’autre pat les financements dont la durée est d’un an au plus font la seconde masse.

La normalisation comptable favorise l’estimation de ces deux masses. L’une de ses règles est, en effet, le classement des rubriques du passif par ordre approximatif d’exigibilité.

La première de ces deux masses est souvent appelée « capitaux permanents ». La seconde est souvent appelée « dettes à court terme » ou « passif d’exploitation ».

4. Le stock d’investissements, ou actif, est lui aussi toujours réductible à deux masses.

Le critère est la durée des investissements. D’une part les investissements à plus d’un an font une masse. D’autre pat les financements dont l’échéance est dans un an au plus font la seconde masse.

La normalisation comptable favorise l’estimation de ces deux masses. L’une de ses règles est, en effet, le classement des rubriques de l’actif par ordre approximatif de liquidité, au sens ordinal de cette notion.

Plusieurs expressions sont utilisées pour désigner ces deux masses. Celles qui restent les plus utilisées par les économistes sont « capital fixe » et « capital circulant ». Remplacer « capital fixe et circulant » par « actif  fixe et circulant» revient au même. Parler des « immobilisations nettes » et des « actifs ou valeurs d’exploitation » revient aussi au même.

Ces termes ont leur commodité. Mais ils ne doivent pas servir à mal observer. Tout le stock d’investissements SI d’une entreprise permet d’entretenir un flux de vente FV. Le rapport FV/SI mesure une vitesse de rotation VR. VR est, à cette échelle, mésonomique. De la VR macronomique existe aussi. Les VR micronomiques jouent également un grand rôle. Bien observer leurs effets est essentiel. Qualifier les actifs de « fixes » pour les uns et de « circulants » pour les autres ne doit pas en détourner.  

5. La différence entre le financement et les investissements à plus d’un an constitue le fonds de roulement.

Notons D est cette différence.  Elle est, par définition, égale à une autre. Cette autre, D’, est entre les investissements à moins d’un an et les financements de même.

Ce n’en est pas moins D qui forme le fonds de roulement, FDR. Ce n’est pas D’. Dire de D’ qu’il est le « besoin en fonds de roulement », BFDR, n’évite qu’en partie la confusion.  Certes la baisse des investissements à moins d’un an sans baisse des financements à moins d’un an réduit ce besoin. Mais quand il faut augmenter le FDR, il n’y a qu’une solution. Il faut agir sur les déterminants de D.

Soit une entreprise E dont tous les clients paient comptant. Il lui faut avoir recours au crédit fournisseur si son FDR est nul. De plus, si son FDR est négatif, les fournisseurs participent au financement des équipements. Ce qui leur en coûte doit être répercuté d’une façon ou d’une autre. Ce ne peut être qu’en coûts cachés. Une cause de mauvaise qualité d’échanges marchands s’en trouve établie.

La raison d’être d’un FDR positif est, en règle générale, la même que celle d’un ratio élevé d’indépendance financière. Un FDR positif est, en effet, une allocation d’une fraction du financement à plus d’un an. Cette allocation est elle aussi pour évitement d’une dépendance trop grande. Cette fois, c’est trop de dépendance à l’endettement à moins d’un an qui est évité. Quand cet évitement est réussi, une cause de bonne qualité d’échanges marchands s’en trouve établie.

6. Quand un fonds de roulement est-il suffisant ?

Contribuer à l’avènement d’une économie au comptant fait ou non partie des buts d’une entité.

Dans le premier cas, les paiements sont à réception de facture. Le FDR jugé suffisant est calibré en conséquence.

Dans le second cas, des délais de paiement sont le plus souvent possible recherchés. Ils sont ce que la loi dicte ou ce que les rapports de force permettent. Le fonds de roulement jugé suffisant est calibré en conséquence. Et, dans cette optique, tant mieux s’il se peut qu’il soit négatif.

Dans une économie au comptant, les insolvabilités, plus vite détectées, se propagent moins loin. L’emploi y gagne.

Des enseignements gratuits sur le FDR et le BFDR se trouvent désormais sur Internet. L’argument de recherche [Fonds de roulement] y donne accès. Ils sont inévitablement orientés par des sous-jacents théoriques. Ce qui est ci-dessus admis ne fait pas exception.

4.7. La synthèse des "produits" et des "charges" est appelée "compte de résultat".

1. Le « produit » principal d’une entité est spécifique à sa catégorie.

Selon la comptabilité considérée :

Comptabilité

Produit principal

associative

Transferts obtenus

commerciale

Ventes alias chiffre d’affaires

personnelle

Revenus

publique

Impôts

User du mot « revenu »pour désigner certains transferts et un chiffre d’affaires tend à se généraliser. Cela prête à confusions. Parler du « revenu » d’une association non commerciale fait cependant sens quand il s’agit des intérêts ou des dividendes perçus par cette association à raison de ses placements.

2. Les « charges » comprennent toujours les dépenses de fonctionnement.

Les dépenses d’équipement sont, elles, des investissements. Que les dépenses soient de fonctionnement ou d’équipement, l’une des écritures en partie double qui l’enregistre reste un débit. Ce débit est celui d’un compte de flux sortant, dit de « charge », quand la dépense est de fonctionnement. Il devient celui d’un compte de stock investi, dit « actif », quand la dépense est d’équipement.

Les dotations aux amortissements et (autres) provisions font partie des charges. Est-il pour autant sensé que la comptabilité de n’importe quelle entité mésonomique en comporte ? La proposition suivante examine ce point.

3. Les flux de résultat et de trésorerie sont, le plus souvent, différents.

Soit D la durée considérée. Un flux fait partie de D si l’évènement correspondant en fait partie. Mais l’évènement n’est pas le même selon que le flux est de résultat ou de trésorerie. Quand le flux est de résultat, l’évènement est un échange ou un transfert. Quand le flux est de trésorerie, l’évènement est un encaissement ou un décaissement.

Même si l’entité E ne subit et ne fait subir aucun délai de paiement, flux de résultat et de trésorerie souvent ne correspondent pas. Soit, par exemple, un équipement acquis et payé pendant D. Son coût d’acquisition ne fait pas partie des charges. Son paiement fait partie des sorties de trésorerie. Soit, pour exemple symétrique, un équipement de l’entité E vendu et encaissé pendant D. Cette vente ne fait pas partie des produits à prendre en compte dans le calcul du résultat. L’encaissement fait partie des entrées de trésorerie pendant D.

Ce ne sont là que deux exemples. Il en existe beaucoup d’autres. Le recours au crédit sous toutes ses formes augmente leur nombre.

4. L’universalité du principe de calcul du « résultat » ne doit pas faire illusion.

Le « résultat » est la différence entre les « produits » et les « charges ». Ce principe s’applique à toutes les entités économiques.

Une autre réalité est commune à toutes les entités économiques. Une entité a, sur la période considérée, perdu de l’argent quand le résultat est négatif. C’est pourquoi appeler « perte » un tel résultat ou le qualifier de « déficitaire » convient pour toute entité.

Ce n’est pas pour autant qu’utiliser un seul mot pour désigner n’importe quel résultat positif convient. Entendons-nous. Les scènes de la vie quotidienne où cette désignation ne change rien sont très nombreuses. Il n’en va cependant pas de même en analyse économique.

5. Le « résultat » est une épargne ou une désépargne pour deux catégories d’entité.

Un particulier qui tient sa comptabilité en partie double se met en mesure de constater un « résultat » périodique. Selon que le résultat est positif ou négatif, le particulier a épargné ou désépargné pendant la période considérée. S’il a épargné, le montant correspondant ne se retrouve pas forcément dans la trésorerie de fin de période de ce particulier. Cela dépend de ce qu’ont été ses investissements. Peut être n’ont-ils comportés que des dépenses d’équipement. Peut être ont-ils comportés aussi ou uniquement des placements.

Le « résultat » d’une association non commerciale est de même nature que celui d’un particulier. Quand il est positif, il augmente le fonds propre de l’association. Quand il est négatif, il diminue ce même fonds.

Pour ces deux catégories d’entités, le « résultat » périodique est une marge. Quand cette dernière est positive, elle est d’autofinancement d’équipements et d’autres investissements.

6. Un « excédent » et un « déficit » sont « de trésorerie » ou « de résultat ».

C’est selon qu’une « comptabilité de caisse » ou un « compte de résultat » les détermine. Dans le premier cas, ils sont « de trésorerie ». Dans le second cas, ils sont « de résultat ».

Cette distinction reste encore trop souvent négligée. Un moyen de corriger ce défaut est de préciser, selon le cas, « de trésorerie » ou « de résultat ». Les manières d’expliquer simplement la différence entre l’un et l’autre ne font pas défaut.

4.8. Les amortissements d'équipement n'ont leur pleine raison d'être qu'en entreprise.

1. Amortir un équipement consiste à étaler la reconstitution de sa valeur d’acquisition.

Notons E l’équipement considéré. Notons également DT la durée totale de l’étalement. DT est composé de périodes courtes PC. Chaque PC est au plus égale à un an.

À chaque fin de PC, une dotation à l’amortissement de E est comptabilisée. Le montant de cette dotation périodique est débité d’un compte de charge ad hoc. La contrepartie est un crédit d’un compte d’immobilisation. Ce compte est celui où figure déjà, en débit, la valeur d’acquisition de E.

2. Cette écriture en partie double est nécessaire à la conservation de la valeur investie.

Elle n’est cependant pas suffisante. Un autre dispositif doit lui être ajouté.

Les provisions constituées sont placées contre intérêts. La valeur perdue par les « immobilisations nettes » se trouve en « immobilisation financière ».

Quand ce n’est pas le cas, la trésorerie courante est censée prendre part à la conservation de la valeur investie. Or, bien gérée, la trésorerie courante n’est pas chroniquement excédentaire. La conservation de la valeur investie par des provisions n’est certaine que si ces dernières constituent un disponible placé. Ce dernier n’est en partie liquidé qu’en cas d’acquisitions d’équipements. L’amortissement de ces acquisitions fait remonter ce disponible placé. La trésorerie d’exploitation est doublée d’une trésorerie d’investissements à plus d’un an.

3. Cet autre dispositif n’est pas encore considéré comme normal.

Pour le mettre en place, il faut un fonds de roulement assez largement positif (3.14, commentaire 5). La solidité de la situation financière de l’entreprise s’en trouve améliorée. Mais il y a renonciation à davantage de croissance à court terme. C’est contraire à la religion du maximum de bénéfice.

L’emploi en fait les frais. Quand il faudrait reconvertir, le financement permanent se révèle avoir été par trop érodé. La précaution a bien été prise de ne pas surestimer les bénéfices du montant des amortissements. Mais ces derniers n’ont été que constatés. Il a manqué le dispositif qui rend ces amortissements financièrement concrets et sûrs.

4. La conservation de la valeur investie ne s’impose qu’aux entreprises.

Les entreprises ont une valeur vénale. Les associations privées à but non commercial n’en ont pas. Un service public non commercial n’en a pas davantage.

La perte de valeur d’échange du total des immobilisations d’une entreprise participe à la réduction de la valeur vénale de cette entreprise. Autrement dit, cette perte appauvrit le(s) propriétaire(s) de cette entreprise.

5. Les autres catégories d’entités mésonomiques s’appauvrissent ou s’enrichissent.

C’est selon l’évolution de leur capacité d’autofinancement de leurs dépenses d’équipement. Gérer leur résultat comme il est normal que les entreprises gèrent leurs amortissements est sensé. Hors périodes durant lesquelles elles font de grosses dépenses d’équipement, leurs « immobilisations financières » doivent croître.

Illustrons par un cas d’école. Soit A une association non commerciale. Ses gestionnaires utilisent un ratio structurel. Ils l’ont fixé à 60 %. Le numérateur N est le total annuel des dépenses de fonctionnement. Le dénominateur D est le total annuel des « produits » du compte de résultat. Les gestionnaires de A ont donc pour objectif un résultat annuel moyen de 40 %. Si ces 40 % font un montant supérieur aux dépenses d’équipement d’une année, la différence est placée. Dans le cas contraire, le placement antérieur est réduit pour financer la différence.

L’association A gère son résultat comme une entreprise solide gère ses amortissements.

6. La situation nette de toute entité mésonomique dépend de la valeur vénale de ses immobilisations.

Mais procéder à cette estimation est souvent coûteux. D’autres moyens existent pour apprécier quelle a été l’évolution de la situation nette.

Seules les entreprises ont des résultats à distribuer. C’est pourquoi l’ajout d’amortissements aux charges est indispensable dans leur cas. C’est aussi pourquoi il est superflu dans le cas de l’association A.

En gestion de trésorerie, une norme est commune à toutes les entités mésonomiques. Un compte courant ne suffit pas. Il faut, dès que possible, le doubler d’au moins un compte de placement. Quand cette norme est respectée, une règle devient également commune à toutes les entités. La situation nette s’est dégradée s’il a fallu puiser dans le compte de placement pour régler des dépenses de fonctionnement.

Dans un pays, les bonnes pratiques en matière de trésoreries sont comme ceci. Dans un autre, elles sont comme cela. Il est impossible que ces deux économies aient les mêmes effets sociaux. Or dans ces bonnes pratiques, il y a ce qui concerne les amortissements. La gestion financière repliée sur elle-même est dommageable. Elle fait perdre de vue ses enjeux sociaux. Les trésoreries trop étroites sont une source inépuisable de précarités excessives.

7. De nombreux calculs de coûts nécessitent l’estimation d’un amortissement.

Parmi ces calculs, il y a bien sûr celui du « prix de revient » complet d’un article vendu par une entreprise. Il y en a cependant bien d’autres. Certains sont communs à toutes les catégories d’entités.

C’est notamment le cas quand le choix d’un équipement est à instruire. Soit, par exemple, des chaudières de chauffage central. Leurs différences techniques et de prix sont importantes. Il y a doute sur le coût complet de la thermie produite par chacune. Pour estimer au plus près ce coût, il faut bien entendu prendre en compte les amortissements respectifs.

Que se passe-t-il, de fait, quand l’entité équipée n’est pas une entreprise ? Examinons son compte de résultat. Une marge après frais de fonctionnement hors amortissements s’en dégage. Cette marge est toute entière d’autofinancement.

Tirons de ces observations deux constats. Des amortissements d’équipement sont à estimer dans la gestion de n’importe quelle entité. La présence d‘amortissements parmi les charges n’est nécessaire qu’au bon aloi d’une comptabilité d’entreprise.

Chapitre 5 - Le capital

Il ne peut pas y avoir d'analyse critique du régime économique dît capitalisme sans une définition rigoureuse de ce que l'on entend pas capital. Ce chapitre est entièrement dédié à cette définition et aux mises au point qui en découlent.

5.1. N’appelons « capital » que le financement à proprement parler permanent fourni directement à une entreprise par un épargnant au moins.

 [DM, 18/3/11 - Il manque à l'argumentation ci-dessous de renvoyer à une définition de l’épargnant et de l'épargne (sil n’y en pas d’antérieure à 5.1, la poser ici pour la première fois : n’appelons « épargnant » qu’un individu ou une associations non commerciale qui a placé une fraction ou la totalité de son patrimoine afin d’en tirer un revenu et n’appelons « épargne » que cette sorte de placement). Il manque également d’indiquer ce que, par conséquent, la clause « fourni directement par un épargnant » exclut, sans encore poser le concept de quasi-capital qui fait l’objet d’une proposition suivante.]

1. Cette définition est un avertissement.

Quand ci-après nous allons utiliser le substantif « capital », ce sera toujours dans ce seul sens. La clause « n’appelons… que… » y oblige.

2. Cette définition n’écarte rien de réel ou de réalisable.

C’est l’une des raisons pour lesquelles on ne peut pas, de bonne foi, faire grief de poser une telle définition et de s’y tenir. Rien de ce qui a été et sera écrit sur le capital n’y change quoi que ce soit.

3. La seule critique recevable est de la forme suivante.

Il est préférable de n’appeler « capital » qu’une autre réalité parce que cette autre réalité, clairement désignable par ce mot, a une fonction plus régulatrice et stimulatrice que l’épargne placée par ses détenteurs en financement permanent d’entreprise.

 

5.2. Est à proprement parler «permanent» ce qui dure jusqu'à la fin.

Le sens du verbe latin permanere est « demeurer jusqu'au bout ».

1. Le renouvellement d’un crédit est à la discrétion du prêteur.

L’éventuelle permanence d’un crédit est subordonnée au bon-vouloir du prêteur.

Le financement d’une entreprise par qui la possède n’a pas le même statut. La permanence d’au moins une partie de ce financement est imposée par l’existence même de l’entreprise. De plus, ce financement permanent est indissolublement lié à la propriété ou copropriété de l’entreprise.

2. Pour une entreprise est « permanent » ce qui persiste jusqu’à sa disparition.

 Une partie du financement d’une entreprise n’est pas assurée par du crédit. Cette partie devient sans objet à la fermeture de l’entreprise. Cette partie est à proprement parler permanente relativement à l’entreprise. L'usage, devenu quasi-officiel, est de dire de cette partie qu'elle est le « capital ».

3. Appeler « capitaux permanents » le passif à plus d’un an d’une entreprise est malencontreux.

Cette partie du financement constitue les « ressources à plus d’un an ». Les dettes à moyen et long termes en font partie. Les dettes à court terme, constitutives des « ressources à moins d’un an », en sont exclues.

Le capital proprement dit devient une fraction des « capitaux permanents » quand il existe des dettes à plus d'un an. Il n’y a que cette fraction qui soit à proprement parler permanente. Les dettes à plus d'un an ne l’étant pas, appeler « ressources à plus d’un an » les prétendus « capitaux permanents » est plus exact.

5.3. L'emploi univoque du substantif «capital» est possible et désirable.

1. Les emplois de l'adjectif « capital,  ale, aux » n'en sont pas affectés.

Le Grand Robert de la langue française rappelle la primauté historique de cet adjectif. Il a été « emprunté vers 1200 au latin capitalis « de la tête », dérivé de caput,« tête » (->chef) ». Son premier emploi « est spécialisé dans la langue du droit avec la valeur de « qui peut coûter la tête, mortel » – la peine capitale... En 1567, « un emploi substantivé du masculin capital est attesté en économie ». Il est « destiné – sans jeu de mot – à faire fortune ». Il se peut qu'il « soit né directement en français ». Il se peut qu'il ait été « emprunté à l'italien capitale », partie principale d'un prêt.

Est capitale, au sens aujourd'hui premier de cet adjectif, la partie essentielle d'une chose. Plus simplement dit, est capital ce qui est le plus important.

2. La question de ce qui est capital en économie se pose. 

Elle appelle une première réponse qui appelle elle-même une question suivante. Cette chaîne conduit, quand on veut bien s'y laisser mener, à l'objet « financement permanent de l'entreprise ». Voici comment.

La pratique des échanges marchands est capitale en économie. Elle procure les revenus sur lesquels les transferts sont prélevés. L'entreprise est capitale dans la pratique des échanges marchands. Cette pratique produit des résultats différents selon ce qui est de règle en entreprise. Le compte des stocks, ou bilan, est capital dans l'entreprise. De sa structure dépend le débit des flux, dont ceux des bénéfices. Le financement permanent est capital dans le bilan d'une entreprise. Sa hauteur, relativement aux investissements, ou actifs, commande principalement la solidité de l'entreprise et sa capacité à employer durablement.

La science économique doit, à l'épreuve de son usage, se révéler juste sur ce qui est, dans la matière qu'elle traite, capital. Les matériaux de construction de cette science doivent, pour ce faire, comporter le moins possible d'équivoques. La discipline qu'il y faut est connue. Dans d'autres champs, son succès est patent. Des concepts doivent être extraits de notions. L'outil de cette extraction est la définition de la définition.

3. Il est facilement évitable de dire de n'importe quelle somme d'argent qu'elle est un « capital ».

Ce qu'il est d'usage d'appeler « capitaux » est souvent constitué de fonds. Ces derniers ne sont souvent pas seulement du financement permanent d'entreprises. Il arrive même fréquemment qu'ils n'en soient pas du tout. À tous ces emplois du pluriel « capitaux », celui du mot « fonds » est substituable.

Une somme d'argent est un fonds. Un titre de propriété d'une créance ou d'une entreprise l'est également. Ce n'est forcément pas tout un éventail de fonds qui est, en économie, capital.

4. La partie remboursable d'un crédit se décrit sans ambiguïté par le mot « principal ».

L'usage de ce mot dans ce sens paraît bien être, en français, antérieure à celui du substantif « capital ». La pratique du crédit est probablement bien plus ancestrale que celle du « capital social ».

Au programme d’arithmétique des grandes classes de l’enseignement primaire, la « capitalisation » procurée par un principal augmenté d'intérêts est une accumulation. Perrine portant son pot au lait spécule sur une telle accumulation car elle a pour caractéristique est d'être potentiellement exponentielle. Les placements en crédit et en capital ont en commun de donner accès à une éventuelle accumulation exponentielle. Il serait préférable que ce soit sous cette dernière désignation que cette « capitalisation », qui est bien loin d’être spécifiquement économique, soit enseignée et pratiquée, en contribution à un usage moins équivoque du substantif « capital ».

5. Il y a, du fait de l'industrie humaine, de très nombreuses accumulations.

Elles sont autant de stocks, les uns corporels, les autres incorporels, les uns ayant ou pouvant avoir une valeur d’échange marchand, les autres ne le pouvant pas. Voir dans chacun de ces stocks du capital conduit à en voir partout. L'essentiel économique en devient plus difficile à discerner, voire indiscernable.

6. Il est facilement évitable d'employer  l'expression « capital physique ».

La chose ainsi dénommée est un équipement ou des équipements. On peut aussi utiliser les mots « actif » et « investissement ».

Un « capital physique » a inévitablement pour contrepartie un passif. Ce dernier est, en règle générale, composite avec ses proportions de « capital financier » et de crédits de différentes sortes et durées. Tous les investissements d'une entreprise sont financés par ces proportions. Plus largement, il en va de même pour toutes les dépenses d'une entité.

7. Le capital, dans le sens univoque ici retenu, est permanent et financier par définition.

Les expressions « capital permanent » et « capital financier » en sont rendues tautologiques.

8. La distinction entre « capital fixe » et « capital variable » est trompeuse. 

Cette distinction est utilisée à propos des investissements, ou actifs. Les « variables » sont dits aussi « circulants ».

Une seule rotation établit la relation entre le résultat périodique sur ventes et sur actifs d'une entreprise. Le rapport entre le chiffre d'affaires et la moyenne des actifs sur la période considérée mesure cette rotation. Il n'y a que quand elle est de 1 que les taux de résultat sur ventes et sur actifs sont les mêmes.

9. Tous les actifs, et non pas certains d'entre eux, participent à la formation du résultat.

Leur existence n'empêche en rien d'attribuer un sens univoque au mot « capital ».

10. Hommes et connaissances ne sont pas des objets économiques.

Il ne suffit pas, de toute façon, à un objet d'avoir une valeur d'échange pour prendre part au financement permanent d'une entreprise. Il faut que cette valeur ait été délibérément placée de cette façon là.

11. La notion de « capital humain » contrevient à l'abolition de l'esclavage.

Par son truchement, les hommes deviennent assimilables à des richesses marchandes. Avec eux, leurs connaissances le deviennent aussi. Marchandisation et financiarisation à outrance triomphent. L'amélioration des conditions de travail en pâtit.

12. L'attribution d'un sens univoque au substantif « capital » passe encore pour une idée trop simple pour être de grande portée. 

Pascal a fait faire à la physique un grand progrès en forgeant le concept univoque de « pression ». La pensée économique dominante reste en l'attente de progrès de même sorte.

Faisons donc du concept univoque de capital un candidat à cette avancée.

5.4. Appelons « quasi-capital » un financement permanent d'entreprise ne provenant pas directement d'un épargnant au moins.

1. L'intermédiation dans les placements d'épargne en financement permanent d'entreprise confisque du pouvoir.

Les sociétés A à G ont des actionnaires qui sont tous des épargnants. Ces derniers disposent, de ce fait, de pouvoirs. Leurs arbitrages sont rendus au moyen de comparaisons. Les conditions sont remplies pour que de la concurrence loyale prenne part à l'exercice de la propriété de ces sociétés.

Mais voici que la société G, au moyen d'une augmentation de son capital, prend le contrôle complet de A. Puis elle acquière successivement les sociétés B à F.  Des arbitrages autrefois rendus par les épargnants ont disparus.

La liberté d'entreprendre ne pourvoie pas d'elle-même à son bornage.

2. Les actions détenues par un investisseur institutionnel sont du quasi-capital.

C'est, plus généralement, le cas des actions détenues par toute entreprise. C'est, également, le cas des actions détenues par une entité publique.

Rien de public n’est financé par du capital strictement dit.

Les mesures des emprises respectives de l’entreprenariat privé et de l’entreprenariat public décrivent un état du système économique d’un pays. Mais ces mesures peuvent être comme un train qui en cache un autre. Il y a aussi les mesures des emprises respectives de l’entreprenariat privé dont le financement permanent est au moins pour sa moitié du capital strictement dit et de l’entreprenariat en général (privé + public) dont le financement permanent est au moins pour sa moitié du quasi-capital.

3. La nécessité de la distinction entre « capital » et « quasi-capital » est certaine.

Pour qu'il en aille autrement, il faudrait que l’extension du recours à du quasi-capital à la place d’une nouvelle mobilisation de capital strictement dit soit sans effets systémiques. Or les confiscations de pouvoir et les réductions de concurrence dont cette extension est le moyen sont de tels effets.

Un oligopole de maisons mères financées par du capital strictement dit et finançant par du quasi-capital presque toutes les entreprises de plus de dix salariés a des propriétés systémiques. Au pôle opposé, rien que des sociétés commerciales financées, comme les entreprises en nom personnel, par du capital strictement dit, donc sans participations croisées ni filiales (ce qui ne veut pas dire sans réseaux d’entreprises franchisées), a nécessairement des propriétés systémiques différentes.

4. Une définition du capital qui ne conduit pas à la distinction entre « capital » et « quasi-capital » est trop peu restrictive.

La pratique de l’économie de marché qui n’est pas éclairée par cette distinction est, elle, trop peu rigoureuse. C’est pour la même raison. Comme ce qui tient lieu de définition du capital, cette pratique est trop exposée à un déni de réalisé et de réalisable.

Ce réalisé ou ce réalisable est le train caché par un autre dont il est question au point 2 ci-dessus. La dynamique d’un régime économique dans lequel les entreprises sont de plus en plus financées par du quasi-capital n’a forcément pas les mêmes qualités que la dynamique du régime concurrent dans lequel le financement permanent des entreprises n’est que très marginalement ou pas du tout assuré par du quasi-capital.

Une proposition à suivre, sur les régimes économiques de base, tire parti de ce constat.

5.5. Crédit finançant une entreprise et capital sont des contraires.

1. Aucun terme de remboursement n'est attaché au placement en capital. 

Au crédit est attaché un terme de remboursement ou l'exigibilité à tout moment d'un remboursement partiel ou complet.
La possibilité du remboursement d'un apport en capital existe dans le cas des sociétés « à personnel et capital variables ». Nous y reviendrons plus avant.

2. La propriété ou copropriété d'une entreprise est attachée au placement en capital.

La seule propriété d'une créance est attachée au placement en crédit.

3. Le revenu constitué par tout ou partie du bénéfice d'une entreprise est attaché au placement en capital. 

Le paiement d'un intérêt est attaché au financement par du crédit.
Le prix du crédit est susceptible d'être, une fois conclu, fixe. Le revenu d'un placement en capital est exposé à varier selon les résultats et la trésorerie de l'entreprise.

4. Le recours d’une entreprise au crédit participe à la minoration du capital de cette entreprise.

Inversement, le recours d’une entreprise à une augmentation de son capital participe à la minoration de l’endettement de cette entreprise.

5. Le remboursement du principal d’un crédit constitue une sortie de trésorerie. 

Cette sortie n’existe pas quand assez de capital dispense du recours à ce crédit

6. Les taux de bénéfices d’une entreprise sont toujours, au-delà d’un petit moyen terme, dépendants de la hauteur relative et de la structure de son financement à plus d’un an.

La recherche de l’effet levier néglige cette dépendance – beaucoup d’entrées sur internet à « Effet de levier ».
Cette recherche expose au service d’une dette qui épuise l’entreprise. Sans ce service, la même quantité de travail améliorerait la solidité de l’entreprise.

7. L’insuffisance de capital est presque toujours due à une insuffisance du nombre d’actionnaires. 

Un plus grand nombre d’actionnaires fait un plus grand nombre de gens intéressés à la suite. Des dividendes jugés bons par ces gens les prédisposent à l’augmentation de leur participation. Ils les prédisposent également à prescrire autour d’eux cette participation.
Il y a là un cercle vertueux.
La recherche de l’effet de levier sacrifie le maintien ou l’entrée dans ce cercle.  La règle que cette recherche suit est le maximum de bénéfices moyennant le minimum de capital.

8. Un capital nouveau est une contribution durable à l’augmentation de la production de richesses marchandes. 

L’emprunt entrant dans le financement d’une entreprise est une contribution temporaire à l’augmentation de cette même production. Ce temporaire n’est suivi par du plus durable que dans un cas. Une nouvelle mise en capital prend le relais de l’emprunt.
Nous verrons plus avant qu’une plus-value est un transfert de termes d’échange marchand et non pas une création de pouvoir d’achat.

9. Les placements en crédit et en capital ne sont pas sur deux points des contraires.

Ils ont en commun d’être financiers et spéculatifs. Mais il existe deux sortes de spéculation financière. Elles deviennent faciles à distinguer quand on observe assez attentivement ce qu’est et implique une forme de vente d’un crédit pour l’achat d’une chose susceptible de valoir demain plus cher – plus-value – que ce qu’elle vaut aujourd’hui.
Avant de donner la parole à un vendeur de cette forme de crédit, précisons un point fondamental de théorie de la valeur d’échange marchand.

10. Il n’y a création de valeur d’échange marchand que par la fourniture d’une nouvelle marchandise élémentaire.

Cette fourniture prend la forme d’un nouveau placement effectué par un épargnant et, ou, de la production d’une nouvelle quantité de travail.
Chaque fois qu’il y a création d’une marchandise élémentaire par un salarié ou un épargnant qui effectue un placement, l’un et l’autre rémunérés pour leur prestation, il y a création de valeur d’échange. Chaque fois que le coéchangiste est une entreprise, cette dernière assemble les marchandises qu’elle achète, ce qui a pour effet non pas de créer de la valeur d’échange mais d’ouvrir ou d’entretenir des débouchés qui permettent la poursuite de création de marchandise élémentaire et donc de valeur d’échange.

Au final, il n’y a création de valeur d’échange que par la fourniture d’une nouvelle marchandise élémentaire. Le postulat de l’entreprise ayant, en règle générale, pour but le maximum de profit fait obstacle à la reconnaissance de ce point fondamental puis à la distinction ci-après expliquée entre spéculation non enrichissante et spéculation enrichissante.

11. Donnons la parole à un vendeur de cette forme de crédit.

« Achetez cette chose qui vaut aujourd’hui 100 au moyen du prêt de 100 que mon établissement va vous octroyer. Dans un an, cette chose vaudra 115 alors que sur un an le crédit de 100 va vous coûter 5. Vous vous serez donc enrichi de 115 moins 100 moins 5, 10. »
Quand ce procédé est utilisé, le vendeur V fait au client C une offre d’échange marchand, le crédit en contrepartie du paiement d’intérêts, dans des conditions qui déportent la prise en charge du prix de cette offre sur un tiers putatif, l’acheteur suivant de la chose acquise par C au moyen du financement fourni par F.

Cela survient sans que ce financement prenne part à une création de richesse marchande, laquelle création n’existe que quand il y a fourniture d’au moins une nouvelle marchandise élémentaire (point précédent). Le financement dont il vient d’être question est celui d’une spéculation non enrichissante pour la communauté des échangistes à titre marchand, c’est-à-dire pour l’ensemble de la population.

12. Dans la fourniture à une entreprise d’un financement, permanent ou temporaire, il y a bien aussi un déport de prise en charge du prix de cette fourniture.

Ce déport est sur les tiers putatifs que sont les futurs clients de l’entreprise. Mais, différence essentielle, c’est moyennant l’achat de produits du travail nouveau au personnel de l’entreprise. Dans ce cas aussi, il y a spéculation financière mais créatrice de richesse marchandise. Pour qu’il puisse y avoir les revenus du travail et de l’épargne procurés par les entreprises, il faut cette spéculation enrichissante qui tend normalement à être régulée par des prix de revient complets, profit suffisant inclus.

13. On peut également parler d’une part socialement neutre ou négative de la spéculation financière et d’une part socialement positive.

À qui l’admet vient la question : comment augmenter la seconde de ces parts au détriment de la première ? La réponse est bien celle que le sens commun admet sans difficulté : faire, en matière de placement en capital, du rendement (du quotient appelé « dividende ») le principal et de la plus-value tantôt l’inutile (une catégorie de titres de propriété d’entreprise qui, en bien des pays dont la France, est utilisée à grande échelle, proposition à suivre 4.1.7), tantôt l’accessoire (une autre catégorie de titres de copropriété d’entreprise à laquelle les actions cotées en bourse appartiennent, proposition à suivre 4.1.8).

5.6. Le taux de capitalisation d’une entreprise importe plus que le montant de son capital.

1. Appelons « taux de capitalisation d’une entreprise » le rapport entre son capital et le total de son bilan (= du passif ou de l’actif).

Le capital d’une entreprise assure le financement permanent de cette entreprise. Il le fait d’autant mieux que le rapport qui vient d’être défini, exprimé en pourcentage, se rapproche de 100.

Rien de la mathématique de l’accumulation exponentielle n’entre dans la détermination de ce rapport. Notons, à charge d’y revenir, que l’accumulation, au moyen de placement en capital, plus rapide que celle fournie par le placement dans un livret d’épargne, sans prendre le risque que la cotation d’une action en bourse fait encourir, sans priver de la faculté d’une liquidation aisée à tout moment, n’est pas forcément destinée à rester marginale en économie de marché.

2. Le remplacement de la mention obligatoire « Société… au capital de … » par « Société… capitalisée à …. % (……. €) » présente deux avantages.

Elle renseigne mieux les parties concernées sur la solidité financière de l’entreprise. Elle stimule, par les très faciles et fréquentes comparaisons auxquelles elle invite, l’élévation du stock national de capital.

L’extension de cette publicité pourrait être progressivement étendue, par le Code du commerce, aux entreprises en nom propre. L’efficacité de cette mesure s’en trouverait renforcée.

3. La propriété juridique d’une entreprise est une chose, sa propriété économique en est une autre.

Cette autre est en proportion de son taux de capitalisation. Il n’y a pas d’exception à cette règle. Elle vaut aussi bien pour, par exemple, le cabinet d’un dentiste que n’importe quelle société dont les actions sont cotées en bourse.

Un jeune agriculteur achète entièrement à crédit une exploitation. Juridiquement, il en est le nouveau propriétaire et réellement il ne le devient qu’au fur et à mesure de l’amortissement de ce crédit. Notons qu’il lui faut, à cause des traites qu’il doit honorer, se montrer sauvage sur les rendements dès le début de sa prise en main de cette exploitation. Il en va de même des jeunes médecins qui créent ou reprennent un cabinet dans les mêmes conditions, d’un jeune notaire, d’un jeune boulanger, d’un jeune patron marin pêcheur, etc. Les causes du manque de capital de proximité sont en même temps celles d’une qualité de vie amoindrie par rapport à ce que cette qualité serait si ce manque était sensiblement réduit.

4. L’apporteur de capital d’une entreprise en nom propre n’est réellement propriétaires que d’une proportion de chacun des actifs inventoriés au bilan. 

Les apporteurs de capital d’une société commerciale sont dans la même situation.

Cette proportion est le taux de capitalisation. Selon que, par exemple, ce taux est environ un quart, une moitié ou un trois quarts, les fournisseurs de crédits globalement considérés détiennent économiquement le complément. Comment cela pourrait-il ne pas avoir d’effets  importants ?

5. La sécurité du placement en capital est certes fonction de toute une série de variables.

Mais l’une de plus grand poids est la hauteur même du taux de capitalisation – la solidité du bilan.

Entre un placement en capital qui rapporte un dividende de 9 % avec un taux de capitalisation de 40 % et un autre un dividende de 6 % avec un taux de capitalisation de 80 %, lequel présente la meilleure combinaison entre son rendement et sa sécurité ?

6. Un marché est, de toute façon, ce que l’on en fait.

Si la publication des taux de capitalisation est assurée, les épargnants qui placent en capital et qui perçoivent des dividendes, en viennent très vite à utiliser un indice qui est le produit du taux de dividende par le taux de capitalisation. Dans le précédent exemple chiffré, 9 fois 40 font 360 et 6 fois 80 font 480.

Ajoutons la publication de taux moyens de dividende et de capitalisation. Supposons que les deux placements en capital dont les indices rendement sécurité sont de 360 et de 480 font partie d’un ensemble dont le même indice est de 490, 7 fois 70. La direction de l’entreprise exploitante du placement dont l’indice est de 360 en déduit que c’est sur le taux de capitalisation qu’il faut qu’elle progresse cependant que la direction de l’entreprise exploitante du placement dont l’indice est de 480 en déduit que son « dividende » (profit par action) est un peu trop faible.

7. De proche en proche la dispersion des dividendes et celle des taux de capitalisation s’amenuisent.

Cela se fait de proche en proche par les arbitrages d’épargnants et d’entrepreneurs mieux informés.

Les autorités de marché ont alors bien fait leur travail : imposer la publication d’un tout petit nombre de chiffres faciles à interpréter et à comparer afin qu’il en résulte les tendances qu’il est d’intérêt général de rendre actives.

8. Il n’y a que dans une économie interentreprises au comptant que les taux de capitalisation de n’importe quelle entreprise à n’importe quelle entreprise deviennent directement comparables.

Quand ce n’est pas le cas et compte tenu des poids différents du crédit fournisseur, par rapport aux totaux de bilan, d’un secteur à l’autre, la comparaison ne devient pleinement significative que sectoriellement.

Une économie où le crédit fournisseur est la règle dans le commerce entre entreprises et des collectivités publiques avec les entreprises, et le paiement comptant l’exception, pallie de cette façon la hauteur insuffisante du stock national de capital.

5.7. Un capital social est celui d’une société commerciale.

1. Un capital social est divisé en « actions » détenues par son « actionnariat » ou en « parts sociales » souscrites par son « sociétariat ».

L’actionnariat serait, comme la copropriété d’entreprise en nom collectif ou en commandite, éminemment « capitaliste ». Les sociétés coopératives ou mutualistes à capital variable seraient, elles, éminemment « sociales ». Une catégorisation de grande portée est perpétuée sans la soumettre à la vérification rigoureuse de son statut économique.

2. Des faits imposent un point de départ à cette vérification.

Toute action est de facto une part sociale. Tout actionnaire est de facto un sociétaire. Voyons d’abord ce que la copropriété d’entreprise réputée la plus « sociale » d’une part et la plus « capitaliste » d’autre part ont en commun. Ne considérons qu’ensuite ce qui fait la principale différence économique entre deux sortes d’actions ou, comme on voudra, parts sociales.

3. La valeur nominale d’une action ou part est toujours égale au même quotient.

Ce quotient est celui de la division du montant total d’une émission par le nombre de titres au moment de son calcul.
La valeur nominale, ou valeur d’émission, d’un titre de copropriété d’entreprise est intangible, quoi qu’il arrive ensuite.

4. La valeur exploitée d’une action ou part est égale à la division du capital social de début d’exercice par le nombre de titres au moment de son calcul.

Le capital social de début d’exercice s’entend réserves, obligatoires et autres, comprises et pertes déduites. Autrement dit, le solde des résultats non affectés (« reports à nouveau ») est pris en compte dans le calcul de la valeur exploitée par action. Cette dernière varie dans la durée, contrairement à la valeur nominale.

5. L’augmentation du nombre de titres de copropriété d’une entreprise provoque mécaniquement une dilution.

Une augmentation de capital social par émission de nouveaux titres de copropriété réduit la part relative, par titre, de copropriété de l’entreprise et de bénéfice. Elle réduit également, le cas échéant, le potentiel de plus-value par titre à la revente. De cette double réduction, il est convenu de dire qu’elle constitue une dilution.

6. La déconcentration de la copropriété des sociétés commerciales est favorisée par l’acception de la dilution.

Cette acceptation est également favorable à l’augmentation de la base en capital des entreprises où elle est pratiquée.
Le refus de la dilution a les effets contraires.

5.8. Appelons « actions restituables » les actions dont le seul mode de liquidation est leur remboursement par l’entreprise qui les a émises.

1. Les actions restituables, ou parts, ne sont pas négociables et, par conséquent, ne sont pas cotables en bourse.

Le délai de leur remboursement est, en principe, réglé par les statuts de la société. Dans certains cas, ce remboursement intervient une fois par an, après le service du quotient appelé « dividende ». Dans d’autres cas, il est effectué par retour de courrier.

C’est évidemment dans ces derniers cas que les avantages de ce mode de liquidation d’une part de capital social sont portés à leur plus haut.

2. Un placement en capital social par actions restituables est amputé de la possibilité d’une plus-value.

La possibilité d’une plus-value de cession d’une part de copropriété d’une entreprise est-elle inhérente au plein-échange marchand ? Qu’advient-il selon que cette possibilité est utilisée principalement ou marginalement ?

Ces questions font partie de ce qu’il revient à la science économique d’élucider. Selon les réponses, l’image donnée du capitalisme est très différente.

3. Cette amputation est conciliable avec une protection contre la dépréciation monétaire du placement en capital.

Le dispositif utilisable à cette fin est celui de la distribution gratuite d’actions. Son application prend, par exemple, la forme suivante.

Depuis 20 ans, je suis sociétaire de l’entreprise E à « personnel et capital variables ». En sus de la rémunération annuelle de ce placement, E m’a versé plusieurs fois des actions gratuites pendant ces 20 ans. La valeur de liquidation de mon placement, exprimée en unités monétaires courantes, en a été augmentée. L’entreprise E a été gérée pour me procurer le maintien de la valeur d’échange de mon placement.

4. Aucun copropriétaire d’une société dont le capital social n’est composé que d’actions restituables ne détient plus qu’une fraction faible et plafonnée du capital.

Typiquement : 5 % au plus du capital social détenu par un sociétaire. Ce qui donne 20 sociétaires au moins.

De plus et en règle générale, la société doit être maintenue émettrice de nouvelles actions et ouverte à de nouveaux sociétaires afin de compenser au moins les liquidations qui ont eu lieu. C’est pourquoi la législation française use de l’expression « à personnel et capital variables » pour caractériser ce type de société. Le « personnel variable » dont il s’agit est l’effectif des sociétaires.

5. Au moyen des actions restituables, la montée au capital d’un sociétaire indésirable est complètement maîtrisable.

Il suffit que les statuts prévoient une procédure d’agrément des nouveaux copropriétaires et la liquidation imposée au copropriétaire si les conditions de son agrément ne sont plus remplies. Cela permet de concilier la protection de l’affectio societatis et le maintien de l’ouverture du capital à un plus grand nombre d’actionnaires afin de pourvoir à la suffisance du financement permanent, voire à son léger excédent par rapport à cette suffisance.

6. La règle qui, en matière de droit de vote, a été historiquement la plus souvent associée à la pratique des actions restituables est « un homme, une voix ».

Cette règle remplace, là où elle est statutaire, celle d’un nombre de voix égal au nombre de parts sociales détenues.

Ce remplacement repose sur un déni de réalité économique. Soit un sociétaire qui s’en tient à la détention d’un tout petit nombre d’actions, bien au-dessous du plafond fixé par les statuts. Il dispose en assemblée générale du même pouvoir qu’un autre qui contribue davantage au financement permanent de la société.

7. La règle « un homme, une voix » est secondaire.

Elle est secondaire par rapport au mode de liquidation des parts sociales. Elle est également secondaire par rapport à la hauteur du dividende par part sociale. La viabilité sur longue période du « modèle économique » de la société par actions restituables dépend, pour l’essentiel, de trois conditions :

  1. Il est servi, en règle général, un dividende au moins une fois et demi plus élevé que celui du taux d’intérêt du livret d’épargne le plus populaire.
  2. Le mode de liquidation est maintenu actif, au besoin à l’encontre de ce que peut être la tendance de la technostructure.
  3. La distribution d’actions gratuites compense l’effet de l’érosion monétaire.

5.9. Appelons « actions négociables » celles dont le mode de liquidation le plus usuel est leur vente à un repreneur.

1. Les actions cotées en bourse sont celles dont la négociabilité est la plus ouverte.

La liquidation d’actions négociables non cotées est, en règle générale, plus difficile.

Cette difficulté est considérablement accrue quand il s’agit de participations minoritaires non rémunérées. Ce cas est souvent celui de sociétés qui ne le sont qu’en droit : le copropriétaire majoritaire et chef de l’entreprise use de limitations statutaires de la cessibilité des parts sociales, ainsi que de pouvoirs en blanc, afin que l’entreprise reste, en fait, en nom propre.

Ce travestissement a pour pendant les sociétés par actions restituables dont les dirigeants ont mis en sommeil le mode de liquidation propre à cette sorte de copropriété et, ceci va avec cela, le service du dividende.

2. La publicité de la valeur exploitée par action renforce le lien entre cette valeur et le cours de cette action.

Actuellement, le nombre d’actions, généralement au côté de celui du « volume » (nombre de titres échangés sur une période), figure bien dans les cotes publiées. Mais ni le montant du capital exploité, tel qu’il est au passif du bilan d’ouverture de l’exercice en cours, ni le quotient de la division de ce montant par le nombre d’actions ne s’y trouvent. Rien n’est fait pour que la valeur exploitée par action (4 de l’argumentation de la proposition 4.1.6) soit le niveau vers lequel la négociabilité d’une action cotée ramène son cours chaque fois que ce dernier s’en est sensiblement éloigné.

Supposons en vigueur la publicité de cette valeur. Supposons également en vigueur la publicité du taux de dividende par rapport à cette valeur. Les comparaisons objectives que ces deux publicités constituent renforcent tôt ou tard deux tendances. L’une, due à la concurrence mieux organisée des entreprises sur le marché du capital, est la moindre dispersion des dividendes par rapport aux valeurs exploitées correspondantes. L’autre, due à la négociabilité en bourse elle-aussi mieux organisée, est le renforcement du lien organique entre le cours d’une action et la valeur exploitée de cette action.

3. La capitalisation boursière d’une société est égale au produit du cours de son action par le nombre de ses actions.

Dans les lexiques dont sont maintenant pourvus les sites internet dédiés à la bourse « enfin facile », on trouve à « valeur actionnariale » l’énoncé « création de valeur par l’entreprise ». Cette dernière est dite aussi  « création de valeur pour l’actionnaire ». Il s’agit principalement de la plus-value, comme par ailleurs la très insistante mise en avant de la capitalisation boursière en atteste : ses indices (CAC 40, Dow Jones, etc.) sont devenus, les seules grandeurs économiques aussi largement publiés et commentés du lundi au vendredi toute l’année durant !

Plus-values et rendements jouent inévitablement un rôle sur les sous-ensembles du marché du capital que les marchés d’actions constituent. Ces rôles sont tout aussi inévitablement subordonnés l’un à l’autre. Quand, en règle générale, la recherche de la plus-value est dominante, le rôle du rendement est auxiliaire et inversement.

Laquelle de ces deux dominations est, en règle générale, préférable à l’autre ? Comment la faire prévaloir ? On aimerait que les partisans de la « refondation du capitalisme » se prononcent sur ces questions. Mais, sans une vision qui a pour sous-ensembles cohérents les théories renouvelées de l’entreprise, du capital, du profit et de l’emploi, un réalisable manque pour le faire.

4. Les plus-values sont des transferts.

Il n’y a création de valeur d’échange marchand que par la fourniture rémunérée d’une marchandise élémentaire (chapitre 2). À taux de dividendes sur valeur exploitée identiques, les actions restituables et négociables contribuent les unes autant que les autres à cette création.

Une plus-value, résultat d’un excès d’offres d’achat sur les offres de vente, déplace du pouvoir d’achat sans en être, par elle-même, créatrice. Cela en fait un transfert. Le législateur s’en trouve avoir un motif économiquement recevable pour ordonner par voie fiscale des transferts de fractions de transferts.

Le problème, commun aux actions restituables et négociables, de la protection des placements en capital social contre l’érosion monétaire a une solution qui lui est propre. L’argumentation de la proposition 4.1.9, à suivre, en fait état.

5. Le procédé des stock options n’a pas cours en économie de plein-échange.

Ce procédé revient à dire à qui cette forme d’intéressement s’adresse : « Je vous emploie pour que votre travail contribue à créer de la valeur pour l’actionnaire. En pratique, cela veut dire : donner aux actionnaires actuels et potentiels le sentiment que la plus-value en unités monétaires constantes est, sur nos actions, un arbre qui grimpe au ciel. »

En économie de plein-échange, ce propos devient : « Si vous voulez devenir copropriétaire, c’est aux mêmes conditions que quiconque, que ce quiconque soit ou non salarié de l’entreprise ».

Cette séparation des rôles fait partie d’un dispositif d’assainissement qui comporte l’impossibilité légale pour une banque d’être à la fois d’investissement et de détail.

6. D’autres techniques financières n’ont pas cours en économie de plein-échange.

La titrisation de créances et les dérivés de taux sont des manières de démultiplier le nombre de transactions susceptibles de procurer de la plus-value tout en minimisant le taux de capitalisation. La prohibition de ces techniques est l’une des caractéristiques d’une économie dans laquelle l’exposition aux moins-values et les possibilités de plus-values sont réduites à l’indispensable afin que la maximisation financière dominante devienne celle des taux de capitalisation.

Car c’est de cette maximisation financière que la résistance aux épidémies d’insolvabilité et le plein-emploi, nous verrons plus avant comment, dépendent le plus.

7. Quelles actions, restituables ou négociables, sont les plus favorables à la déconcentration, la désintermédiation et la rentabilisation de la copropriété d’entreprise ?

Déconcentration : davantage de copropriétaires. Désintermédiation : plus de copropriétaires directs qui le sont d’un nombre d’entreprises d’autant plus grand que leur situation de fortune le leur permet. Rentabilisation : la copropriété d’entreprise est une source de rentes à laquelle toute une série d’efforts a réussi, dans un grand nombre de cas, à donner les qualités voulues pour être viagères et transmissibles d’une génération à l’autre en le restant.

Dans les vertus propres aux actions négociables, il y a qu’elles seules se prêtent à la copropriété majoritaire (plus de la moitié des voix ou majorité de blocage) et, ce faisant, à la transmission patrimoniale de cette majorité. Les actions restituables d’une société ne permettent de transmettre qu’avec l’accord de cette société la qualité de copropriétaire et les droits qui y sont attachés. La perception d’une série illimitée de dividendes périodiques, constitutive d’une rente, fait partie de ces droits dans tous les cas de copropriété d’une entreprise.

Le seul fait que la question des vertus comparées et de la complémentarité des actions restituables et négociables se pose incite à considérer que la concurrence entre ces deux formes de copropriété d’entreprise – concurrence non faussée par la fiscalité et par des abus de pouvoir managérial –, fait partie de ce qui est nécessaire, en économie de plein-échange, à l’organisation du marché du capital et à l’acquisition de la qualité de rentier, cette dernière notamment en complément d’une retraite par répartition ou à sa place.

Tant sur la rémunération que sur la protection contre l’érosion monétaire et la liquidation de ces deux sortes de titre de copropriété, de grands progrès restent aujourd’hui à faire dans toutes les tailles d’entreprise et, semble-t-il, tous les pays. En prendre l’initiative appartient certes aux entrepreneurs mais aussi aux législateurs. Toute politique économique qui passe à côté de la possibilité de ces progrès est lacunaire sur un point essentiel. 

5.10. Des normes relatives au capital participent à l’assainissement permanent de l’économie de marché.

Des normes relatives au capital participent à l’assainissement permanent de l’économie de marché.

1. Parmi ces normes, il y a celles qui ont pour objet la réévaluation des bilans des entreprises.

La réévaluation des bilans participe d’autant mieux à la protection du placement en capital social contre l’érosion monétaire que la publicité de la valeur exploitée par action est en usage. Ce n’est pas encore le cas.

Le respect du fait que l’entreprise n’est pas un sujet fiscal et des dispositions s’appliquant à toutes les entreprises en copropriété juridiquement constituées sont nécessaires à cette protection. Ces dispositions pourvoient au réalignement de la valeur exploitée par action, et partant de la valeur de liquidation des actions restituables, dans une autre configuration que celle qui rend la réévaluation du bilan nécessaire : argument suivant.

2. Une autre norme a pour objet la perte constatée en dernière ligne du compte de résultat d’une entreprise.

Quand, à la clôture d’un exercice d’une entreprise, une perte est constatée en dernière ligne du compte de résultat, le montant du capital est amputé du montant de cette perte. De plus, si l’entreprise est une société, une baisse à due concurrence de la valeur exploitée par action est constatée.

Dans les arguments en faveur de cette norme qui n’est pas encore en vigueur, il y a les deux suivants. 1) Après une perte, le prochain résultat devra être obtenu avec un capital d’ouverture d’exercice diminué de facto ; mieux vaut en prendre acte et, au besoin, déclencher au plus vite une augmentation de capital par émission de nouvelles parts. 2) Dans la mesure où les exercices suivants sont bénéficiaires, une réévaluation du bilan est susceptible de conduire au constat de la remontée de la valeur exploitée par action.

3. La publicité des taux de capitalisation est un élément d’orientation générale de l’organisation du marché du capital. 

Dans ce qui justifie cette publicité, il n’y a pas seulement ce que l’argumentation de la proposition 4.1.5 indique. Plus politiquement, il y a l’orientation générale donnée à l’organisation du marché du capital, toutes sortes d’entreprises incluses.

Ou bien cette orientation générale respecte le postulat du maximum de taux de bénéfice sur capital ou, et, de plus-value, quitte à ce que ce soit par le moins possible de capital. Ou bien, pour des considérations d’intérêt public qui restent à exposer, cette orientation générale vise un haut taux de capitalisation, quitte à ce que ce soit… au moyen de dividendes en règle générale plus élevés !

Seule cette seconde orientation prend en compte toutes les actions, qu'elles soient négociables ou restituables.

4. Nationalisations et privatisations par actions négociables ont une même alternative.

Cette alternative est la privatisation par actions restituables.

Ce que nous appelons familièrement en France la « Sécu » est transformable en sociétés par actions restituables, toutes gérées pour servir des dividendes aux publics qui ont choisi de s’en faire copropriétaires. Un lien naturel de gestion s’en trouve établi. Si, au plus tard à l’occasion de cette transformation, la fiction des cotisations patronales est abandonnée, leurs montants augmentant d’autant les salaires bruts et devenant en droit les cotisations salariales qu’elles sont de fait, un second lien naturel de gestion, entre les primes et les garanties, s’en trouve rétabli.

5.11. Il y a quatre régimes économiques de base.

Une typologie générale des régimes économiques fait partie des implications de la définition du capital.

1. Le centralisme le plus complet est établi par la nationalisation de toutes les entreprises. 

Le financement permanent d’une entreprise nationalisée à 100 % est totalement du quasi-capital.

2. La propriété privée d’entreprise se prête au centralisme quand l’administration de la concurrence n’y fait pas obstacle. 

La constitution de trusts, de cartels et de holdings, avec des financements permanents de sociétés de sociétés par du quasi-capital et éventuellement des participations croisées, centralise du pouvoir économique.

3. Le libéralisme le plus complet est établi par la propriété directe de toutes les entreprises.

En libéralisme économique non amalgamé à un autre régime, il n’y a plus du tout de quasi-capital. La coopération interentreprises a, dans une telle configuration, possiblement beaucoup recours à des contrats de franchise.

4. Centralisme et libéralisme sont les pôles d’un axe typologique.

Selon que la fréquence de la propriété d’entreprise exclusivement directe est plus ou moins forte et étendue aux plus grandes sociétés commerciales, le degré de libéralisme est plus ou moins élevé. Plus le degré de libéralisme ainsi apprécié est faible, plus le degré de centralisme est fort et inversement.

5. Un autre critère typologique des régimes économiques est le taux moyen de capitalisation des entreprises.

Quand ce taux est inférieur à 50 %, plus de crédit que de capital participe au financement des entreprises. Les néologismes « créditisme » et « créditiste » sont utilisables pour désigner ce fait structurel.

Inversement, quand le taux moyen de capitalisation est supérieur à 50 %, plus de capital, et, plus ou moins marginalement, de quasi-capital que de crédit participe au financement des entreprises. Le substantif « capitalisme » et l’adjectif « capitaliste » sont utilisables pour désigner ce fait structurel.

6. Créditisme et capitalisme sont les pôles d’un second axe typologique. 

L’indication d’un pourcentage rend plus précis l’usage de la distinction entre créditisme et capitalisme. Des taux moyens de capitalisation de 20 ou 40 % font un créditisme à 80 ou 60 %. Des taux moyens de capitalisation de 60 ou 80 % font du capitalisme à 60 ou 80 %. Selon ces degrés, il n’y a pas lieu de s’attendre à ce que cela revienne à peu près au même.

7. Ces considérations conduisent à une typologie en quatre classes des régimes économiques. 

1 – Centralisme créditiste alias créditisme centralisé ;

2 – centralisme capitaliste alias capitalisme centralisé ;

3 – libéralisme créditiste alias créditisme libéral ;

4 – libéralisme capitaliste alias capitalisme libéral.

° Le modèle d'économie libérale issu des propositions de Léon Say

8. Ce qui importe le plus en organisation économique n’est que partiellement pris en compte par cette typologie.

Dans ce qui est de plus grand poids en organisation générale de la vie économique, il y a, en effet, notamment la monnaie et les taux de change d’une devise en une autre.

En science économique, quand suffisamment de définitions assez étroites ont-elles été posées, et d’explications expérimentalement vérifiables ont-elles été produites, pour qu’il ne soit pas logiquement prématuré de commencer à traiter normativement des affaires monétaires ? C’est plus loin que là où en sommes dans le présent traité.

9. Quel est le régime de base le moins exposé aux crises d’origine financière et le plus apte à procurer le plein-emploi ?

Le capitalisme libéral est le plus riche d’indépendances. Ses structures le dotent de beaucoup plus de cloisons étanches que chacun des autres régimes. Est-il pour autant le plus apte à procurer le plein-emploi plus souvent et longuement que le sous-emploi ? Quels revenus est-il dans sa pente logique de maximiser : ceux des placements, jusqu’à présent communément dits « du capital », ou ceux du travail, ou ni l’un ni l’autre ?

Il apparaît hautement probable que la formation de bulles, l’inflation et la déflation résultent d’infractions à ce que la théorie la plus prudente de la monnaie, du crédit et des finances publiques prescrit. Est-il vraisemblable que leur prévention puisse être efficace sans le recours délibérément accepté à une orthodoxie tant en matière monétaire que plus complètement économique ?

Chapitre 6 - Le profit

6.1. N’appelons « profit » que du bénéfice distribué aux apporteurs de « capital » et de « quasi-capital » en tant que tels.

Version la plus récente

6.2. Le profit est le dividende dans le cas des sociétés commerciales de toute sorte.

Version la plus récente

6.3. Le profit, toujours servi par une entreprise, dépend et se distingue des bénéfices de cette entreprise.

[Le texte de la section Science économique auquel le bulletin 147, 23/11/10, a renvoyé a été déplacé dans l'archive de ce bulletin.]

1. C’est, plus précisément, des bénéfices nets que les profits dépendent et se distinguent.

La différence positive entre produits et charges est un bénéfice brut quand l’entreprise doit acquitter un impôt sur le bénéfice, ainsi que quand elle a versé des dons non comptabilisés parmi les charges. Le bénéfice net est alors après déduction de ces transferts.

En l’absence de ces derniers, ce qui vaut ci-après pour le bénéfice net vaut pour le bénéfice tout court.

2. Le bénéfice net d’une entreprise est divisible, au plus, en quatre parts.

Dans l’ordre alphabétique des désignations ci-dessous utilisées, ces quatre parts sont :

1) une affectation A à l’autofinancement de l’entreprise, abondement aux réserves obligatoires comprises ;

2) un complément C de salaire pour intéressement au bénéfice de l’entreprise d’une partie ou de la totalité du personnel ;

3) un profit P distribué au(x) propriétaire(s) de l’entreprise (en partie ou en totalité provenant d’au moins un « report à nouveau » positif sur exercice antérieur) ;

4) un trop-perçu T ristourné aux clients dont le montant des achats a été enregistré.

3. La doctrine de répartition des bénéfices nets qui prévaut aujourd’hui est celle des trois parts.

Ces trois parts sont l’une « pour l’entreprise » – l’affection A – ; l’autre pour les salariés – le complément C – ; la troisième pour le(s) propriétaire(s) de l’entreprise – le profit P.

4. La prédétermination des proportions entre ces trois parts est souvent tenue pour normale.

Considérer que le plus conforme à la justice distributive est que ces trois parts soient égales revient à prescrire une telle prédétermination. Une autre manière de prédéterminer la répartition des bénéfices nets est de fixer des quotités dont l’une au moins est différente des autres, avec, par exemple : 50 % pour la part A « compte-tenu du plan d’investissement de l’entreprise », 30 % pour la part C car les salariés sont, sic, « le capital humain », 20 % pour P car, met-on en avant sans se soucier d’une infraction à la justice commutative, le plus gros de « la création de valeur pour l’actionnaire » est la plus-value qui sera réalisée à la liquidation de tout ou partie des parts de copropriété.

5. Quelle justice, commutative ou distributive, est en cette matière la plus appropriée ?

Les échanges marchands sont des commutations de propriétés cessibles. C’est pourquoi la justice commutative a vocation à régir ces échanges, sinon en totalité au moins en bonne part. Partant de ce constat, la répartition des bénéfices des entreprises soulève des questions de fond.

Que peut-il y avoir de commutativement juste dans cette répartition ? Est-ce à raison de ce qui entrave le moins les fonctions stimulatrices et régulatrices du profit ? Ces fonctions, par ce qu’elles comportent de plus objectif, ont-elles une importance sociale de première grandeur, bien que masquée par la petitesse du total de la part des bénéfices des entreprises allouée aux profits relativement à la masse des salaires tous emplois compris ?

6. Des écarts donnent à réfléchir.

Quand la distribution ne porte que sur le bénéfice net du dernier exercice clos et que les trois parts sont égales, le taux de profit sur capital est trois fois plus petit que le taux de bénéfice sur la même base. Il faut alors, dans le cas d’une société, pour un P de 4 % sur capital servi aux actionnaires, 12 % de bénéfice net sur capital – et 18 % de bénéfice brut sur la même base avec un prélèvement fiscal du tiers du bénéfice brut. Quand P est le cinquième du bénéfice net, pour un 2,5 % sur capital servi aux actionnaires, il faut 12,5 % de bénéfice net – et, au même taux d’imposition des bénéfices, 18,75 % de bénéfice brut sur la même base.

Les écarts entre profit et bénéfice net, ci-dessus respectivement de 1 à 3 et de 1 à 5, sont indépendants de l’imposition des entreprises sur leurs bénéfices : c’est en premier lieu sur eux que nous attirons ici l’attention.

7. Alors que le bénéfice est toujours un reste, le profit n’en est pas forcément un.

Un conseil d’administration ou le propriétaire d’une entreprise en nom propre qui, en vue du calcul du montant du profit, fixe un taux qu’il juge convenable fait que ce montant n’est pas le reste d’une soustraction. Ce procédé a pour conséquence qu’il n’y a pas alors, en vérité, de marge de profit, au sens ici donné au substantif « profit », cependant qu’il y a bien toujours une marge de bénéfice.

8. Remarquons l’un des cas dans lesquels le profit est un reste proportionnel au bénéfice net.

Dans ce cas, la part C est proportionnelle au bénéfice net B et il n’y a qu’une seule autre part, la P qui est ce qui reste de B après déduction de C. Alors la part B est elle aussi proportionnelle au bénéfice net.

Est-ce, convient-il de se demander, la généralisation de cette répartition qui porte à leur plus faut les fonctions régulatrices et stimulatrices du profit ?

9. Le remède à un inconvénient de la part C est évident.

Le complément de salaire C a un effet, d’autant plus important qu’il est relativement élevé : différents salaires, tels que touchés au mois le mois, ne sont plus exactement comparables. Il en va de même du treizième mois ou plus ainsi que d’autres primes et avantages en nature. Des réglages en chaîne s’en trouvent plus approximativement et lentement faits.

Le remède est évident. Ce sont les salaires annuels, tous leurs composants compris, qu’il faut prendre l’habitude de comparer, quitte à les diviser par douze pour que leurs ordres de grandeur soient plus significatifs pour tout un chacun.

10. Le trop-perçu T n’en est vraiment un qu’à toute une série de conditions.

Sans entrer dans une analyse historique de l’orientation donnée, dans les années 1840, à la notion de « trop-perçu » par les fondateurs du mouvement des coopératives de consommation, les Équitables Pionniers de Rochdale, notons qu’il faut à l’évitement de son détournement une panoplie de dispositions statutaires qui fixent notamment :

1) la nomenclature des parts entre lesquels le bénéfice de fin d’exercice doit être réparti ;

2) pour chacune des parts autres que la part T, dont en premier lieu les parts P et C, les définitions du taux et de l’assiette de leurs calculs respectifs ;

3) l’interdiction de s’engager à rendre régulière, exercice après exercice, la part T ;

4) les règles de gestion décrites en arguments de la proposition 4.1.9.

Alors, mais alors seulement, la part T devient ce qui reste occasionnellement du bénéfice après ses autres répartitions. D’après ce que nous en savons, reprendre sur ces bases toute une part de l’inspiration coopérative reste à faire.

6.4. Le profit a, lui aussi, pour nécessité celle du service dont il est la contrepartie marchande.

1. Le profit rend marchand le service de la mise en capital.

Comme le service du travail et le salaire, un placement en crédit et l’intérêt qu’il rapporte sont les deux termes d’un échange marchand. Il en va de même d’un placement en capital et du profit qu’il rapporte.

2. Un système économique sans profit attente à la liberté d’entreprendre.

Dans le cadre de l'économie marchande, la liberté d’entreprendre, et plus largement d’échanger, comporte la liberté du placement en capital avec, en contrepartie de ce placement, sa rénumération appelée « profit ». En outre, ce placement en échange se révèle indispensable à l’augmentation du revenu du travail étendue à toute la population.

3. Le profit, en rendant marchand le service de la mise en capital, hérite des nécessités objectives de ce service.

Du profit, il en faut à cause des nécessités objectives du capital : la création et le développement d’entreprises viables et autonomes, condition nécessaire à l’élévation de ce qu’on a coutume d’appeler « le niveau de vie ».

4. Le manque de bénéfice bloque la dynamique d'augmentation du capital.

Pour que l'entreprise existe, il lui faut du capital. Il lui en faut davantage non seulement pour croître de façon durablement viable mais aussi pour s’adapter à un environnement et des techniques qui changent.

Les pertes au lieu de bénéfices réduisent ce capital. De trop faibles bénéfices compromettent la rémunération suffisante du capital. La dynamique d'augmentation et de renouvellement du capital est alors bloquée, car l'investissement dans l'entreprise - l'épargne placée en capital - n'apparait pas comme suffisament "profitable".

5. La dynamique d'augmentation du capital est entravée par les dogmes de management contemporains.

° Le modèle d'économie libérale issu des propositions de Léon Say

La théorie économique contemporaine et les règles de management qui en découlent ignorent les trois lois suivantes :

  • L’offre crée la demande, c’est-à-dire l’offre en contrepartie.
  • Les augmentations de capital par mobilisation d’une nouvelle épargne sont le moyen le plus sain d’augmentation par les entreprises du nombre d’emplois.
  • Le taux moyen de profit sur capital est le prix le mieux à même de stimuler la création d’emplois et d'assurer la hausse des revenus du travail.

Les propositions à suivre, sur l’emploi puis la répartition des revenus et le salaire, exposent et argumentent ces deux dernières lois.

6. Assez de bénéfice est la contrainte que la réalité économique oblige à rendre la plus omniprésente en gestion d’entreprise.

Avoir un bénéfice à hauteur suffisante, et partant du profit de même, est une contrainte à laquelle l’entreprise est soumise, indépendamment de la psychologie de qui que ce soit.

Cette contrainte est proche de celle qui s’exerce sur les familles, les associations à but non commercial et en administration publique : les recettes R doivent assez fréquemment et longuement dépasser les dépenses de fonctionnement D afin que l’accumulation de ces dépassement autofinance, au moins en partie, des dépenses d’équipement et des placements de rapport. Mais la problématique des tirelires et celle des bénéfices des entreprises diffèrent sur un point essentiel.

La différence entre R et D, quand elle est positive, appartient à tout point de vue à l’entité gérée (ou, dans le cas de certaines associations pour ainsi dire à succursales multiples, à un groupement lui-même non commercial). Cette caractéristique n’est pas celle des bénéfices d’entreprise, même quand ils sont traités comme s’il s’agissait d’une mise en tirelire.

7. Une entreprise n’est pas économiquement propriétaire de ses bénéfices.

Ces derniers appartiennent, ce qui ne revient pas au même, au(x) propriétaire(s) de l’entreprise, tout au moins pour sa partie après intéressement contractualisé des salaries.

Mais la tentation est grande de voir, dans le bénéfice ou la perte d’une entreprise, une différence de même nature que celle entre les recettes et les dépenses de fonctionnement d’une association non commerciale. C’est une source de méprise sur les statuts économiques des pertes et des bénéfices des entreprises ainsi que des profits qu’elles servent.

8. Les premiers exercices déficitaires sont plus souvent évitables qu’on ne l’admet aujourd’hui.

Si, à l’actif des bilans d’entreprise, les rubriques « frais de premier établissement » et «  production de l’entreprise pour elle-même » n’existait pas afin d’y stocker des coûts à progressivement amortir (considérations fiscales mises à part pour certains d’entre eux), il faudrait les créer. Non seulement et pour ainsi dire, la construction d’une machine à vendre est coûteuse mais aussi son réglage jusqu’à ce qu’elle soit bénéficiaire l’est aussi dans de nombreux cas. Tout une partie du capital initial doit y être consacrée.

Quand, par exemple, les dépenses faites pendant les premiers dix huit mois d’existence d’une nouvelle entreprise sont toutes des « frais de premier établissement », au terme de cette période et même sans aucune vente, il n’y a certes pas de bénéfice mais aussi il n’y a pas de perte. À cette condition, le franchissement du « point mort » dès les mois suivants est plus probable. Encore faut-il assez de capital donnant le moyen de gérer ainsi le lancement d’une nouvelle entreprise, d’une diversification, d'une reconversion.

9. Il n’est ni économiquement logique ni socialement judicieux de ranger le profit ou la plus-value dans la case des buts du management d’entreprise.

En revanche, il est logique et judicieux de placer la nécessité du profit, qui n’est pas celle de la plus-value, au sommet de la hiérarchie des contraintes. Le corrolaire est d'avoir le taux de profit sur capital au sommet de la hiérarchie des objectifs.

Au sommet de la hiérarchie des buts du management d’entreprise vient de vendre des fournitures qui, dans leur catégorie et compte tenu de la concurrence, sont les plus substantielles possibles : « vendre des marchandises qui ne reviendront pas à des clients qui eux reviendront » enseigne la sagesse marchande. Immédiatement après vient bien une autre maximisation mais c’est celle de la satisfaction du personnel : c’était cela à l’origine le mouvement dit du management, avant que quelques générations durant on se bouche les oreilles aux enseignements de la sagesse marchands pour mieux céder aux sirènes de la financiarisation à outrance.

6.5. La distribution de la totalité des bénéfices des entreprises est sensée.

[Une argumentation en ce sens a figuré à l’appui de la proposition 3.5. Sa partie sur la doctrine de la répartition des bénéfices en trois parts a été rattachée à la proposition 4.2.3 et sa partie sur l’abandon de la part d’autofinancement a été déplacée en argumentation de la présente proposition.]

1. Le grand résultat à obtenir est l’aussi prompt que possible retour au plein-emploi chaque fois qu’il est compromis.

Beaucoup, en économie, continue à se passer comme si la clé principale de ce grand résultat n’avait jamais été trouvée ou avait été perdue. Si cette clé existe, où peut-elle se trouver ? Une piste de recherche est le financement des entreprises.1

La rémunération de la partie la plus stable de ce financement ne peut être assurée que par du bénéfice. C’est donc aussi du côté de la répartition des bénéfices qu’il faut chercher si un indice d’existence de la clé s’y trouve.

2. Rappelons la doctrine de répartition des bénéfices nets qui prévaut aujourd’hui.

Cette doctrine est celle des trois parts. Une part du bénéfice net est distribuée au(x) salarié(s). C’est pour intéressement aux résultats. Une part est distribuée au(x) propriétaire(s). C’est pour rémunération de l’apport en capital. Une part est laissée en compte pour contribution à l’amélioration de la situation financière de l’entreprise.

3. Une autre solution est la répartition de la totalité des bénéfices annuels.

Dans cette solution, le reste du bénéfice net, après intéressement des salariés et abondement à la réserve imposée par le législateur le cas échéant, va entièrement au revenu de la propriété d’entreprise.

4. Comparons cette solution.

Les entreprises E1 et E2 affectent la même proportion de leurs bénéfices nets à l’intéressement de leurs salariés. Ces bénéfices par euro de capital sont à très peu près les mêmes. Ils le restent pendant toute la période pluriannuelle considérée. La valeur des actions d’E1 et d’E2 sont également à peu près les mêmes en début de période.

Appelons R ce qui reste du bénéfice net après intéressement des salariés et abondement aux réserves obligatoires. Les profits servis aux copropriétaires respectifs sont, tout au long de la période, la moitié de son R pour E1 et la totalité de son R pour E2.

5. Année après année, les « dividende » d’E2 sont à peu près le double des dividendes d’E1.

E2 use de cette supériorité pour, tous les ans, procéder à des augmentations de capital supérieures aux bénéfices non distribués de E1. Pendant que le nombre d’actions d’E2 augmente, celui d’E1 reste stable.

6. Le conseil d’administration d’E1 ne veut pas imiter celui d’E2.

Le principal argument mis en avant par le conseil d’E1 est le refus de la dissolution. Effectivement, en fin de la période considérée, l’actif par action est plus grand pour E1 que pour E2. L’attachement du conseil d’E1 à la doctrine des trois parts vient pour beaucoup de là.

Grâce à l’autre solution, E2 a réussi à faire croître plus vite sa mobilisation d’épargne placée en capital qu’E1. Par ce moyen, E2 a également réussi à faire croître ses actifs et ses ventes plus vite qu’E1. Au final, il n’est pas assuré que des actions d’E1 puissent se vendre plus chère à l’unité que des actions d’E2.

7. Le conseil d’administration d’E1 vise le plus possible de plus value par action en cas de fusion ou d’absorption.

Même si l’entreprise E1 est cernée, sur ses débouchés, par des entreprises E2, la concurrence n’entraîne pas forcément la renonciation à cette visée.

La doctrine des trois parts a sa rationalité. Son actuelle domination n’a rien d’étonnante. Une autre donnée doit cependant être prise en considération.

8. E2 a été plus créateur d’emplois qu’E1.

La cause en a été la croissance supérieure de ses actifs et de ses ventes par le truchement de l’augmentation elle aussi supérieure de sa mobilisation d’épargne placée en capital.

Quand l’un des actionnaires minoritaires d’E2 décide de liquider sa position, il trouve plus facilement que son homologue d’E1 à la faire reprendre. Cela provient du rendement de l’action E2 qui est double de l’action E1 ainsi que de la solidité du bilan et de la croissance d’E2.

9. E2 est en mesure de pousser son avantage.

Si le conseil d’E2 affiche que son objectif est d’en arriver à un bilan qui permet de payer au comptant non seulement ses fournisseurs à raison de son cycle d’exploitation mais aussi des absorptions d’autres entreprises, il accroît la confiance dans l’entreprise de ses actionnaires, de son personnel et, par ce dernier, de sa clientèle.

10. La comparaison entre E1 et E2 incline à penser que l’autre solution est économiquement plus pertinente.

Mais il manque à cette comparaison des généralisations qui établissent qu’à l’échelle de la macronomie l’autre solution donne accès à l’obtention du grand résultat.15

La manière de procéder plus avant à ces généralisations est, à grands traits, la suivante. L’existence d’entreprises tend à doter l’économie marchande d’une rétroaction centrale. Les trois variables de cette rétroaction sont l’emploi E, le profit P et le capital C qui rétroagit sur l’emploi E. Cela nous conduira à faire état de la possibilité macronomique du plein exercice de la relation EPCE.

11. La fiscalité offre un moyen de contraindre à la distribution de la totalité des bénéfices.

Ce moyen consiste à porter à 100 % l’impôt sur les bénéfices non distribués, sauf abondement aux réserves rendues obligatoires par le législateur. Une manière d’y parvenir est la suivante.

Sur plusieurs années consécutives, le taux d’imposition des bénéfices distribués est abaissé. Symétriquement, le taux d’imposition des bénéfices non distribués est augmenté. Au terme de cette réforme, le premier de ces taux est nul et le second de 100 %.

12. La distribution par les entreprises de la totalité de leurs bénéfices est une caractéristique de l’économie de plein-échange.

Dans le cas du placement en capital échangé contre la série, non limitée dans le temps, des parts de bénéfice allouées au profit, il n’y a plein-échange que dans la mesure où ces parts ne sont pas minorées par le coéchangiste que constitue en l’occurrence l’entreprise. Alors, sur ce point, une justice commutative est établie.19

Une conséquence de son application est que chaque actionnaire, qu’il se rende ou non à une assemblée générale, vote exercice après exercice d’accorder ou non à l’entreprise dont il est copropriétaire une fraction de l’augmentation de capital que le management et le conseil d’administration demandent explications à l’appui. Et quand cet actionnaire l’est de plusieurs entreprises faisant de même, il lui revient de répartir ses nouveaux placements entre ces entreprises et d’autres éventuelles selon des considérations qui ne regardent que lui et son ange gardien.

6.6. La normalisation de la publicité des taux de profit sur capital améliore l’organisation du marché du capital.

1. L’argumentation à suivre s’ajoute à une précédente.

Cette argumentation précédente est celle qui est portée à l’appui de la proposition 5.10 : des normes relatives au capital participent à l’assainissement permanent de l’économie de marché.

Ce que nous appelons « capital exploité », pour distinction d’avec « capitalisation boursière », découle de ce qu’indique l’argument 4 de la proposition 5.7 au sujet de la valeur exploitée par action.

2. Les « fonds propres » d’une entreprise de la terminologie comptable et le « capital exploité » par cette entreprise désignent le même objet.

Cet objet, également souvent appelé « capitaux propres », est constitué de fonds permanents qui appartiennent au(x) propriétaires(s) de l’entreprise. Contrairement à ce que ces appellations laissent entendre, ils n’appartiennent pas à l’entreprise.

3. À proprement parler, il n’y a de « fonds propres » qu’aux bilans des particuliers et des associations non commerciales.

Les prétendus « capitaux propres » des entreprises sont du capital dont tous les composants, dont les réserves obligatoires et statutaires, appartiennent au(x) propriétaire(s) de l’entreprise.

4. Cet objet existe aussi bien dans le cas des sociétés commerciales que dans celui des entreprises en nom personnel.

C’est un argument suffisant pour en faire la base 100 de la normalisation de la publicité des taux de profit sur capital. Une caractéristique que doit, en effet, avoir cette publicité est de valoir pour toutes les sortes d’entreprise car le marché du capital a un périmètre plus étendu que celui du seul capital social.

5. Dans une entreprise en société, le taux de profit sur capital exploité et le taux de « dividende » par rapport à la valeur exploitée par action sont les mêmes.

Le numérateur et le dénominateur du second taux sont le résultat de la division de ceux du premier par le nombre d’actions.

6. Les taux annuels de profit sur capital exploité se prêtent non seulement à leur comparaison directe entre eux mais aussi avec des taux annuels d’intérêt.

Tous ces taux sont des prix. Or il n’y a vraiment concurrence marchande que là où il y a comparaison facile des prix : plus cette facilité est réduite et moins la concurrence pousse à la discipline des prix.

Il n’y a que par trop approximativement « économie de marché » quand à son organisation manque une norme de publicité des taux de profit sur capital, symétrique à ce qu’est pour les intérêts le TEG, taux effectif global.

7. Un « dividende » servi sans indication de son taux par rapport à la valeur exploitée par action acquitte un prix sans dire quel est ce prix.

Ce manquement rend la concurrence, sur le seul marché du capital en première analyse, moins régulatrice que ce qu’elle devient quand il y est mis fin en le comblant. Toujours en première analyse, ce comblement rend service aux actionnaires et aux propriétaires d’entreprise en nom propre.

8. La manière d’annoncer les prix du placement en capital est un élément important d’organisation économique.

À tout pourcentage de profit P sur capital C correspond un coefficient C/P. Par exemple, à un profit sur capital de 5 % l’an correspond un coefficient de 20, 100/5. Selon que le pourcentage augmente ou baisse, le coefficient varie en sens contraire. Un Price Earning Ration (PER) est un coefficient de cette sorte.

La préférence donnée à P/Ce, avec Ce pour Capital exploité, ou Cb/P, avec Cb pour Capitalisation boursière, ne revient pas au même. La préférence pour P/Ce, y compris pour les sociétés dont les titres sont cotés en bourse, va de pair avec la volonté de l’incitation aux placements en capital pour les rentes qu’ils procurent et le service d’intérêt général qu’ils constituent. La mise en avant de Cb/P va, elle, de pair avec la priorité donnée à la recherche de plus-values sur le marché des valeurs mobilières.

9. Pour compléter ou remplacer un régime de retraite par répartition par des rentes du placement en capital, une condition évidente s’impose.

Il faut que, dans le stock national de capital, la proportion de capital-qualité-retraite soit assez élevée. Il faut donc encourager le service du revenu, sous contrainte de la conservation de la valeur d’échange de l’épargne placée.

La normalisation de la publicité du taux de profit sur capital ici prescrite est de nature à y contribuer.

10. Le taux moyen de profit sur capital est directeur.

Conjointement à d’autres paramètres mais d’une façon qui ne peut pas être accessoire, le taux moyen profit sur capital est, pays par pays, directeur en partie du taux d’épargne par rapport au revenu global, plus complètement de la part de cette épargne qui est placée en capital. Ce faisant, il est directeur en partie de ce qui résulte de ce taux, plus complètement de ce qui résulte de cette part.

C’est considérable. Dans ce résultat, il y a rien de moins que l’emploi, ainsi que le chapitre suivant le montre analytiquement.

11. La position prise à l’égard de la normalisation des taux de profit sur capital est révélatrice d’un choix.

De plus en plus, échec historique de l’économie planifiée aidant, les alternatives de ce choix commencent de la même façon : « Je suis d’accord pour que toute une part de l’économie soit de marché ». Puis elles divergent : « Je suis d’accord / ne suis pas d’accord pour que les taux de profit sur capital participent ouvertement, grâce à la normalisation qui en facilite les comparaisons, à la régulation de cette part de l’économie ».

12. Où sont les arguments recevables en faveur du « pas d’accord » ?

Comment se peut-il que le « capitalisme » où le « pas d’accord » prévaut ne soit ou devienne pas un régime sous la coupe de ceux qui ont intérêt à ce que la concurrence y soit lacunaire et, au fil du temps, en peau de chagrin ?

6.7. Disons de l’un des taux de profit qu’il est une « rentabilité » et de l’autre une « profitabilité ».

1. D’une part, le profit est la rémunération du placement en capital.

D’autre part, le profit est obtenu au moyen de ventes, lesquelles, portant toutes sur des marchandises composées, sont effectuées par la mise en œuvre des actifs financés par un passif dont un capital fait partie. C’est pourquoi il existe deux taux significatifs de profit.

2. Ces deux taux ont le même numérateur, le profit, et des dénominateurs différents.

Pour l’un, le dénominateur est le capital dont le profit rémunère la fourniture. Pour l’autre, le dénominateur est le montant des ventes ou d’un autre flux tel qu’une marge grâce auquel le profit a été obtenu.

3. Un moyen littéraire évite la confusion à laquelle l’expression « taux de profit » expose.

Ce moyen consiste à qualifier le taux de profit considéré. Il s’agit, en effet, soit de taux de profit sur capital, soit de taux de profit sur vente ou « valeur ajoutée », soit de tous les taux de profit en l’absence de leur qualification « sur … ».

4. Il y a également le recours à l’algèbre.

Avec C de Capital, V de Ventes ou de Valeur élémentaire, P de profit : ») :

P / C : taux de profit sur capital : rentabilité du capital ;

P / V : taux de profit sur ventes ou « valeur ajoutée » : profitabilité de l’activité commerciale considérée.

5. Ce recours à l’algèbre facilite deux observations.

1) Les taux de profit P / C et P /V ayant le même numérateur, il existe un troisième terme V / C qui commande leur rapport : P / C = P / V fois V / C.

2) Rien n’autorise à admettre qu’un taux de profit P / C varie en toute circonstance dans le même sens que le taux de profit P / V correspondant. Du fait de leur relation V / C, il y a, tout au contraire, lieu de s’attendre à ce que la tendance de longue période qui affecte l’un ne soit pas la tendance qui affecte l’autre.

6. Le profit étant une marge quand il est le reste d’une différence, remarquons l’existence de deux familles de taux de marge.

L’une de ces familles est celle des taux de marge sur stock. L’autre est celle des taux de marge sur flux.

Un taux de profit sur capital est un ratio de la famille des taux de marge sur stock. Un taux de profit sur ventes est un ratio de la famille des taux de marge sur flux.

7. L’emploi du mot « rentabilité » pour désigner aussi bien un ratio de la première famille que de la seconde prête à confusion.

Un moyen d’y pallier use du mot « rentabilité » en le faisant suivre d’un qualificatif. Les taux de marge sur stock, et avec eux les taux de bénéfice et de profit sur capital, sont dits être des « rentabilités financières ». Les taux de marge sur flux, et avec eux les taux de bénéfice et de profit sur chiffre d’affaires, sont dits être des « rentabilités commerciales » ou « économiques ».

8. Ces qualifications sont préjudiciables et inefficaces.

Ces qualifications sont préjudiciable parce qu’elles incitent à tenir pour vraies des fausses oppositions. Le financier est, pour le meilleur et pour le pire, un sous-ensemble strict de l’économique. Ce qui est commercial n’est pas non financier, même en cas d’apports en industrie et de troc.

Ce moyen est inefficace parce que cette qualification est souvent omise. Au moyen de cette omission, très nombreux restent les cas dans lesquels une marge exprimée en proportion d’un stock ou d’un flux continue à être appelé « rentabilité » tout court. Et c’est ainsi que les faibles taux de marge de ventes sont tenus pour être les moins rentables alors qu’il arrive souvent qu’ils le sont le plus.

9. Mieux vaut n’appeler « rentabilité » que les ratios de la famille des marges sur stock et « profitabilité » que les ratios de la famille des marges sur flux.

Dans cette convention, un bénéfice et un profit sur capital sont des rentabilités, comme un taux de marge brute sur stock de marchandises à revendre en l’état. Ce même bénéfice ou profit sur chiffre d’affaires ou « valeur ajoutée » est une profitabilité, comme un taux de marge brute sur prix d’achat ou de vente.

Nous constaterons plus avant que ces définitions de la rentabilité et de la profitabilité aident beaucoup à dégager plusieurs lois économiques de toute première importance.

Plus évidemment, ces définitions aident, en entreprise, à éviter des erreurs de gestion. Les profitabilités les plus basses ne sont plus assimilées aux rentabilités les plus basses. La recherche de ces dernières est plus volontiers orientée vers les offres de plus forte profitabilité.

6.8. La publicité des taux moyens de profit sur capital incombe aux pouvoirs publics.

1. Un ratio est une valeur relative économiquement significative.

Tout ce qui est ci-dessus admis sur le capital et le profit fait partie de ce qui est à prendre en compte pour rendre ces ratios conceptuellement pertinents et, partant, statistiquement justes dans la limite des marges d’erreurs inhérentes à l’usage d’échantillons.

2. La nationalité des entreprises est fonction du lieu de leur siège.

La nationalité des profits est celle des entreprises qui les ont servis, quelle que soit la nationalité des épargnants qui reçoivent ces profits.

3. Quand une entreprise ne sert pas de profit, la rentabilité de son capital n’est jamais négative.

Cette rentabilité est alors toujours nulle, bien qu’il soit tentant de considérer qu’elle est négative quand l’entreprise perd de l’argent. Revoir au besoin, sur ce point, ce qui oblige à reconnaître que pertes et profits ne sont pas économiquement symétriques : argument 8 de la proposition 6.2.

4. Illustrons cette propriété des taux moyens de profit sur capital.

Soit deux entreprises dont le capital de début d’exercice est de même montant. Au titre de cet exercice, l’une sert du profit à hauteur de 8 % de son capital, l’autre fait des pertes à même hauteur. La rentabilité moyenne du capital pour ces deux entreprises est de 4 % et non pas de 0 %.

5. Dans tout pays, il existe une rentabilité moyenne du capital.

Pour autant que la distribution de la totalité des bénéfices soit devenue de règle, d’année en année la rentabilité moyenne du capital des entreprises de tout pays fluctue. Cela se produit sans que sur longue période (plusieurs générations) une baisse tendancielle, annonciatrice d’une économie de marché restant viable sans profit, se fasse jour (la question des tendances divergentes qui affectent normalement la rentabilité moyenne du capital et la profitabilité moyenne des entreprises est examinée au chapitre suivant).

6. De quoi ces fluctuations peuvent être mieux régulatrices dès lors qu’elles sont connues ?

Pour répondre à cette question, il faut supposer connue et largement diffusée, année après année, la rentabilité moyenne du capital des entreprises du pays considéré. La théorie de l’emploi et la théorie de la répartition des revenus entre ceux des placements et du travail, quand elles sont articulées sous cette supposition, établissent que de la connaissance largement répandue de la rentabilité moyenne du capital d’un pays et de ses fluctuations est cybernétiquement essentiel et socialement faste. C’est au point qu’il apparaît alors que les pouvoirs publics qui tiennent cette connaissance largement répandue pour auxiliaire en économie de marché – et, à plus forte raison, pour négligeable – commettent une faute de diligence et que cette faute est lourde par ses conséquences.

7. De quoi les rentabilités moyennes du capital par secteur d’activité des entreprises de même nationalité est-elle régulatrice ?

Que les hôpitaux (qui sont tous de fait des entreprises) soient chroniquement moins rentables que l’industrie pharmaceutique ou les compagnies d’assurance et qu’il en aille de même des exploitations agricoles et de « la grande distribution » ou de la construction automobile n’est pas sans conséquences. D’une part les rentabilités sectorielles du capital menacent des emplois et compriment des revenus quand elles sont sensiblement inférieures à la moyenne nationale. D’autre part les rentabilités sectorielles du capital qui sont sensiblement supérieures à la moyenne nationale signalent des marges plus élevées que ce qu’une meilleure organisation de la concurrence produirait.

8. Dans cette meilleure organisation, il y a celle de la concurrence de toutes les entreprises entre elles sur le marché de leur financement permanent.#81

Qui dit marché, en l’occurrence du placement en capital contre profit périodique, dit prix et qui dit concurrence dit prix rendus directement comparables. Si, entreprise par entreprise, les taux de profit sur capital font partie du secret des affaires et si la rentabilité moyenne du capital par secteur d’activité et tous secteurs confondus des entreprises de même nationalité sont un point aveugle de l’appareil statistique et des coups de projecteur des médias, le moins qu’on puisse dire est que l’organisation générale de la concurrence reste par trop lacunaire.

Mais il y a un autre argument, encore plus décisif.

9. Supposons les activités d’un pays réparties en deux secteurs.

Admettons que la rentabilité moyenne du capital est dans le secteur 1 de 4 %, dans le secteur 2 de 12 %, ces deux secteurs réunis de 7 %. Si la rentabilité moyenne du secteur 2 est abaissée à cette moyenne, ce secteur reste attractif pour le placement en capital. Si, en même temps, la rentabilité moyenne du secteur 1 est relevée jusqu’à devenir égale à la moyenne de 7 %, ce secteur devient plus attractif pour le placement en capital. Au final, c’est plus de capital, et non pas autant qu’avant, qui devient mobilisable grâce à l’égalisation des rentabilités sectorielles du capital des entreprises de même nationalité.

Par un calcul algébrique d’optimisation, il se démontre que ce qui vaut à cet égard pour deux secteurs vaut pour autant de secteurs qu’il convient aujourd’hui d’en distinguer dans le pays considéré. D’où la généralisation que le sous-titre suivant résume.

10. La réduction de la dispersion des taux sectoriels de profit sur capital favorise la croissance du stock national de capital.

Rien que ce constat suffit à justifier l’attribution de l’estimation et de la publicité des rentabilités moyennes du capital, ou taux moyen de profit sur capital, aux pouvoirs publics. Il la faut, en effet, cette mesure d’organisation car, en rendant l’incessant rapprochement des taux de profit sur capital de leur moyenne nationale plus actif, elle favorise l’augmentation du stock national de capital et l’emploi supplémentaire que cette augmentation donne le moyen de créer.

Chapitre 7 - L'emploi

Le plein-emploi dépend d'une relation dans laquelle interviennent le profit et le capital. Cette relation macronomique est ici appelée EPCEEmploi, Profit, Capital, Emploi. Son plein-exercice est affaire de volonté politique.

7.1. L’aspiration économique socialement primordiale a pour objet l’emploi.

1. La définition de cet objet fait partie du sens donné au quotidien aux expressions « avoir un emploi » et « avoir du travail ».

Ce sens fait référence à l’échange qui a pour termes le service du travail et sa rémunération (nous ne revenons pas ici sur le caractère toujours marchand de cet échange : chapitre 2). Dans ce contexte, « un emploi » désigne un contrat d’échange de cette sorte, « l’emploi », l’ensemble de ces contrats.

2. Le sous-emploi structurel est une machine à dupliquer des inégalités croissantes.

Le chômage endémique ne dégrade pas seulement les relations d’employés avec leurs employeurs et des vies familiales. C’est, de proche en proche, l’ensemble de la vie économique et plus largement sociale qui est affectée.

3. Le corps social ne se laisse pas durablement aller à l’illusion que davantage de solidarité est plus qu’un palliatif partiel à trop peu d’emplois.

Le sens commun ramène sans cesse à l’évidence que ce davantage de solidarité associé à ce trop peu d’emplois est facteur d’amoindrissements de dignités et d’appauvrissements contagieux.

4. Le corps social aspire au plein-emploi.

Le corps social aspire à ce que ses membres en âge et capacité de tenir un emploi mettent peu de temps à trouver le premier puis, le cas échéant, à en retrouver un auprès d’un autre employeur.

5. Le corps social aspire également à l’élévation de la qualité des emplois.

Le corps social veut des emplois de mieux en mieux rémunérés et de meilleures autres conditions de travail. Les argumentations visant à établir qu’ici et maintenant cette aspiration ne peut pas être satisfaite pour un grand nombre de ses membres n’y changent rien. C’est à la levée de cette impossibilité, incompatible avec ses intérêts les plus légitimes, que le corps social aspire.

6. Autrement dit, l’aspiration économique socialement primordiale a deux volets quantitatifs et un volet qualitatif.

Les deux volets quantitatifs sont le plein-emploi et la progression du pouvoir d’achat des salaires. Le volet qualitatif est l’amélioration des autres conditions de travail.

7. L’aspiration économique socialement primordiale est aussi l’aspiration sociale économiquement primordiale.

Quand, pour une raison quelconque, le travail en échange de sa rémunération devient moins recherché par une partie grandissante de la population en âge et capacité de s’y livrer, la pratique des échanges marchands s’en trouve ralentie quelles que soient les ressources financières mobilisées pas les entreprises.7

Dans toute la suite de cet ouvrage, il est fait référence à l’aspiration économiquement et socialement primordiale par les deux mots « aspiration primordiale », sans changement de sens par rapport à ce qui vient d’être admis.

8. Davantage ou moins de satisfaction de l’aspiration primordiale fait le succès ou l’échec principal d’une politique économique.

Il y a une priorité suprême dans ce que la science économique doit élucider et ce que la politique économique doit produire. La satisfaction de l’aspiration primordiale est cette priorité.

9. Soit une société dont aucune consommation n’est celle du stock épuisable d’une ressource naturelle.

L’environnement est, dans cette société, admirablement respecté et entretenu, supposons-le. Mais le sous-emploi d’une partie de la population en âge et capacité de travailler en échange d’un salaire y est chronique. Cette société écologiquement exemplaire est en état d’échec économique. Les pauvres y sont plus pauvres qu’ils le seraient sans le sous-emploi chronique.

10. Il n’y a pas de limite à la satisfaction de l’aspiration primordiale.

Même quand il y a plein-emploi, les salariés restent dans l’attente de : 1) l’élévation du pouvoir d’achat des revenus du travail ; 2) l’écart, jugé ici et maintenant convenable par la subjectivité collective, entre les plus hauts et les plus bas de ces revenus ; 3) l’amélioration des autres conditions de travail.

11. La satisfaction de l’aspiration primordiale ne serait pas inscrite dans la dynamique de l’économie de marché.

Le moteur de cette dynamique serait la recherche du maximum de profit et de plus-value. Son régulateur principal serait la loi de l’offre et de la demande. Le moteur ferait qu’il n’y aurait d’augmentation des petits et moyens salaires que juste suffisante pour alimenter la consommation de masse, réputée indispensable à la stimulation de l’esprit d’entreprise.11

12. Il faudrait laisser les petits et moyens salaires s’établir à des niveaux assez bas pour que l’offre et la demande d’emplois s’égalisent.

Il faudrait donc aussi juxtaposer à l’économie marchande un dispositif fiscal assez renforcé pour procéder massivement à de la redistribution. Mais c’est alors en passant outre à ce que la thèse de la viabilité sociale partielle de l’économie marchande a d’irrecevable parce qu’elle est une pétition de principe.

13. Encore faut-il prêter assez d’attention à la faute appelée « pétition de principe ».

Dans la thèse de la viabilité sociale partielle de l’économie de marché, les principes économiques les plus généraux sont postulés pour ensuite, notamment quand il s’agit d’en tirer une vulgate et des prescriptions de politique économique, les tenir pour démontrés sans qu’en vérité ces démonstrations aient été produites. Comme tout dictionnaire de la langue française l’indique, c’est typique d’une « pétition de principe », expression traduite du latin par la Logique de Port-Royal » (1662) pour désigner en français le « raisonnement vicieux qui tient pour acquise une chose qu’il s’agit de démontrer » (dictionnaire historique de la langue française Le Robert, 1992).

14. Le présent chapitre renforce la démonstration du caractère captieux d’une prémisse.

Cette prémisse est le « (maximum de) profit but de l’entreprise ». Dans ce qui la rend captieuse (fallacieuse, spécieuse, imaginaire), il y a que la suffisance de la rémunération du capital et ses conditions d’établissement sont démontrables par des observations que la suite de ce chapitre expose.

15. Les deux chapitres suivants établissent que l’autre prémisse est elle aussi captieuse.

L’autre prémisse du raisonnement qui conduit à la conclusion qu’il faut laisser les salaires s’établir aux niveaux qui égalisent l’offre et la demande d’emplois, quitte à compléter par des subventions aux salariés les plus faiblement rémunérés, est contenue dans la conclusion de ce raisonnement : la loi de l’offre et de la demande postulée active et dominante dans tout l’univers des échanges marchands.

Le chapitre qui suit celui-ci établit que la répartition du revenu global entre le revenu total des placements et le revenu total du travail n’est pas régie par une égalisation entre une offre et une autre offre – par définition de l’échange marchand, il n’y a en contrepartie d’une offre qu’une autre offre, tant et si bien que l’élévation de la demande au rang d’une catégorie générale distincte est imaginaire.

Puis, aussitôt après le chapitre sur la répartition, celui sur le salaire établit que les inégalités de rémunérations du travail n’ont pour cause qu’accessoire et assez souvent inopérante des insuffisances et des excès d’offres de service de demandeurs d’emploi.

16. Des vues, qui ont fait d’autant plus illusion qu’elles sont mathématisables, s’en trouvent congédiées.

Le poids politique de ce congédiement est considérable. Pour élever le plus possible le degré de satisfaction de l’aspiration économique socialement primordiale, une toute autre orientation que la baisse du « coût du travail », le « traitement social du chômage » et la relance par l’endettement est à prendre et maintenir, gouvernement après gouvernement.

7.2. Les augmentations de capital sont le moyen le plus sain d’augmentation par les entreprises du nombre d’emplois.

1. Un moyen plus sain que tout autre s’établit par comparaison.

Deux entreprises ou deux ensembles d’entreprises, puis deux économies nationales, sont comparées une décennie durant. Au début de la décennie, les deux taux de capitalisation (moyens dans le cas des ensembles d’entreprises et des économies nationales) sont identiques ou plus rapprochés qu’ils ne vont le devenir. Dans le premier tiers de la décennie, l’un de ces taux augmente beaucoup, par nettement plus de mobilisation d’épargne placée en capital que de recours à du crédit. L’autre taux de capitalisation reste, lui, stable ou diminue. Tout au long de la décennie, le taux sensiblement relevé est maintenu ou encore augmenté.

2. Si la comparaison porte sur deux entreprises ou ensembles d’entreprises, les résultats de fin de décennie en matière d’emploi sont le plus souvent très différents.

Dans la première moitié de la décennie environ, les bilans ont pu croître dans la même proportion et cette croissance a pu avoir à peu près le même effet sur l’emploi. Après, il y a décrochage. Le taux de capitalisation le plus élevé se révèle plus approprié à l’élargissement et à l’ouverture de débouchés pourvoyeurs d’augmentations des ventes à marge suffisante, et partant aux reconversions à temps face aux débouchés en train de se fermer. Plus de fonds de roulement fait des dirigeants qui, plus sereins car moins rivés au court-terme, recrutent plus volontiers en contrats à durée indéterminée.

Provenant d’un supplément d’épargne placée en capital, l’élévation d’un taux de capitalisation a sur l’emploi un effet qui va dans le même sens que si ce supplément avait été affecté à la création d’une nouvelle entreprise ou de plusieurs. Ce sens est incontestablement positif bien qu’il ne soit pas encore d’usage, en science et politique économiques, d’en tirer l’entière conséquence.

3. Si la comparaison porte sur des économies nationales, les résultats sur l’emploi sont les mêmes.

Ce qui vaut pour deux entreprises ou ensembles d’entreprises vaut pour des économies nationales. L’élévation du taux moyen de capitalisation dans l’une, alors que ce même taux se maintient ou s’effrite dans l’autre, a pour effet à peine différé que dans l’une la satisfaction de l’aspiration primordiale progresse alors que dans l’autre elle stagne ou régresse.

4. Ce qui se passe dans un pays où le manque d’emplois sévit révèle l’existence de deux lois économiques.

La population de ce pays cherche par tous les moyens à sa disposition à y créer de nouvelles entreprises, fussent-elles le plus fréquemment très précaires et très faiblement rémunératrices (se mettre à exercer un « petit métier » de rue est créer une entreprise). Une loi économique est à l’œuvre et en actionne une autre : la réduction de cette précarité et de cette faiblesse ne s’obtient que par plus de financement à proprement parler permanent, c’est-à-dire de capital, et relativement moins d’endettement pour la réussir.

7.3. L’existence d’une relation entre stock national de capital et état de l’emploi est certaine.

1. Un stock national de capital est un agrégat réel.

Dans un pays, des entreprises exercent tout ou partie de leurs activités et y sont domiciliées. La somme des fonds permanents qui, aux passifs de leurs bilans, appartiennent à leurs propriétaires et ne sont pas du quasi-capital constitue le stock de capital de ce pays.

2. Deux impossibilités établissent l’existence d’une relation entre ce stock et l’état de l’emploi.

Pour que cette relation n’existe pas, il faudrait en premier lieu que les créations et les expansions d’entreprises de toute taille au seul moyen d’apports en capital, pour ce qui est de leurs ressources financières à plus d’un an, ne soient pas créatrices d’emploi chaque fois que leur activité le nécessite.

Il faudrait, en second lieu, qu’à l’échelle de pays entiers aucune corrélation ne puisse être observable entre le stock national de capital par tête d’habitant et le degré de satisfaction de l’aspiration primordiale.

3. La baisse de la teneur en emplois directs d’une augmentation du stock national de capital ne peut être qu’asymptotique.

De plus en plus de machines et, comme cela se dit désormais en agriculture d’intrants, fait baisser dans maints secteurs d’activité le nombre d’emplois directement créés au moyen de nouvelles mobilisations de ressources financières à plus d’un an par les entreprises. Ce n’est pas pour autant que ces apports financiers en viendront à ne plus être directement créateurs d’emplois. C’est bien, en revanche, à cause de cette baisse que plus de machines et d’intrants rend nécessaire davantage de mise en capital, sauf à ce que plus d’équipement devienne une source de dysfonctionnements systémiques par excès de recours à l’endettement.

4. La relation entre la croissance de l’endettement des entreprises et leur création d’emplois existe aussi.

Mais cette croissance, quand elle est plus forte que celle du stock de capital a une limite fatale. Hors sa petite part, toutes entreprises confondues, constituée par des obligations directement souscrites par des épargnants, elle est fournie par des banques commerciales et d’autres entreprises (crédit fournisseur). Inexorablement le seuil de trop d’insolvabilités se rapproche puis est franchi.

5. Alors l’emploi recule cependant que plus de capital n’a pas cet effet.

Ce que nous appelons les « crises du capitalisme » sont, pour l’essentiel, des excès de recours à l’endettement qui provoquent la formation d’une chaîne de manques d'autonomie. Une baisse de la satisfaction de l’aspiration primordiale ne peut qu’en résulter, dans un cortège de drames personnels dont la multiplication déprime le corps social.6

6. L’inclination au « soutien de la demande » par la désépargne élude une évidence.

L’épargne dépensée en achats à des entreprises soutient l’activité marchande. L’épargne placée en capital la soutient tout autant dans un premier temps puis plus longuement. Dans un premier temps, c’est parce que ces placements financent des achats à des entreprises et abondent des fonds de salaire permettant de créer des emplois. Plus longuement, c’est à cause des fonds de salaire : ils participent au maintien des emplois qu’ils ont permis de créer et qui, par la dépense des salaires correspondants, alimente les ventes des entreprises.

7. La relation entre le capital et l’emploi vient au premier rang des réalités économiques sur lesquelles l’exercice du pouvoir politique doit être centré.

Tant que ce centrage n’est pas instauré, le corps électoral reste, à juste titre, habité par une intuition : les élus aux plus hautes fonctions et les grands commis de la fonction publique et de la finance ne font pas ce qui est en leur pouvoir afin que davantage de satisfaction de l’aspiration primordiale soit obtenue.

8. Sur le marché de l’emploi apparaît très nettement ce qu’a d’artificieuse la distinction entre offre et demande en matière d’échange marchand.

Un employeur qui recrute offre du salaire et demande de l’ouvrage. Le travailleur qui vient à un entretien d’embauche offre de l’ouvrage et demande du salaire. Tant que dure le contrat qui oblige réciproquement un employeur et un employé, ce qui s’échange est une offre de salaire contre une offre d’ouvrage aussi bien qu’une demande de salaire contre une demande d’ouvrage.

9. La problématique de l’emploi a conduit à la notion d’ « employabilité » : la capacité d’un individu à être employé.

Mais ce n’est là que l’une des deux faces de cette problématique. De l’autre face, il est souvent dit qu’elle est celle « l’offre d’emploi ». C’est cependant une convention boiteuse. Qui se juge employable et le fait savoir à un employeur fait bel à bien à ce dernier une offre d’emploi… ou, comme on voudra, une demande d’emploi.

10. Au côté de l’employabilité, il y a de fait l’ « employeurabilité » : la capacité d’une entité à employer.

Que l’employeurabilité d’une entreprise ne dépende pas que de son taux de capitalisation ne fait aucun doute. Elle n’en dépend pas moins principalement, au rebours de la préférence créditiste pour le minimum de capital et le maximum de crédit dans le financement des entreprises, plus néfaste que faste par ses conséquences.

11. Mettre l’accent davantage sur l’employabilité que sur l’employeurabilité est partial.

Cela procède de l’idée que c’est d’abord aux individus de s’adapter aux employeurs. En réalité il est nécessaire que l’adaptation soit premièrement celle des emplois aux individus et, en réciprocité, des individus aux emplois qui leur sont fournis.

12. Ne pas prendre ces choses dans cet ordre est contreproductif.

Il n’y a pas un droit des employeurs à se faire fournir par un système de formation des employés sur mesure. Il y a un devoir des employeurs à former, à partir de leurs appréciations équitables (Fayol) des prédispositions et des acquis des individus qu’ils prennent la responsabilité d’employer.

Un faible taux de capitalisation nécessite de l’entreprise qu’elle se décharge le plus possible de ce devoir sur la collectivité en général et sur son appareil de formations initiales et complémentaires en particulier.

13. Il y a un premièrement et un deuxièmement dans une politique nationale de l’emploi économiquement réaliste.

Le premièrement est le centrage sur l’employeurabilité des entreprises. Ce centrage comprend l’attention portée à la relation entre le stock de capital et l’état de l’emploi.

Le deuxièmement est la multitude des impulsions qui améliorent l’employabilité et ne peuvent être qu’en partie institutionnalisées par les pouvoirs publics parce que le bien commun commande qu’en règles générales les individus soient considérés comme devant se prendre en charge et les finances publiques soient gérées comme une famille qui par principe exclut le surendettement.

14. Ce premièrement met la science économique face à un devoir majeur.

Il existe ou il n’existe pas dans la cybernétique que l’échange de propriétés cessibles tend à établir et faire fonctionner une autorégulation dont le plein exercice a pour objet l’emploi vu sous le jour de la capacité des entreprises à en créer autant que la population en demande. Un devoir majeur de la science économique est d’élucider ce point.

15. Chercher cette élucidation dans des statistiques est méthodologiquement inadéquat.

L’économétrie est inévitablement le produit d’une théorisation de l’économie. Si cette théorisation ne comporte pas très explicitement la spécification d’une autorégulation dans laquelle le stock national de capital stricto sensu (1 ci-dessus) et l’état de l’emploi interagissent ou sont susceptibles d’interagir, alors c’est à la place un faisceau d’autres facteurs qu’elle met en avant en faisant peu ou pas du tout cas de cette interaction.

16. Il y a pire

On passe à de l’absurde avec l’affirmation qu’il n’y a pas de relation entre le stock national de capital stricto sensu (1 ci-dessus) et l’état de l’emploi pays par pays « parce que » les statistiques ne rapprochent pas la variation de ce stock par habitant de celle de cet état. En vérité et à notre connaissance, les statistiques macronomiques ne rapprochent pas encore cette variation et cet état.

7.4. Le niveau du stock national de capital peut être le principal déterminant de la hauteur du stock d’emplois.

1. Cette possibilité varie selon le taux moyen de capitalisation.

Plus, dans un pays, la moyenne des taux de capitalisation est élevée, plus le stock national d’emplois dépend du stock national de capital.

2. En première approche, ce n’est que le stock d’emplois par les entreprises qui dépend plus ou moins du stock de capital.

Mais dès que les entreprises offrent autant d’emplois qu’il en est cherché auprès d’elles, un plein-emploi susceptible de durer est rapidement instauré. Seul, en effet, l’emploi en entreprise est de nature à instrumenter des ventes qui, à cause des revenus qu’elles procurent, permettent de l’accroître ailleurs qu’en entreprise puis de le maintenir sans, à cause de cela, creuser des déficits structurels.

3. Les conséquences qualitatives d’un taux moyen de capitalisation nettement supérieur à 50 % sont également à prendre en considération.

Les conditions de travail, davantage qu’il semble que ce soit jusqu’à présent couramment admis, dépendent d’une façon qui n’est pas marginale du tout de l’état des finances de l’employeur – de la structure du bilan principalement quand l’employeur est une entreprise. Les trésoreries chroniquement trop étroites sont sources de tensions et de reports à plus tard. Aux « flux tendus » sont forcément appariés, sans jeu de mot, des tensions mentales et de moins bons services aux clients.

4. En entreprise, plus le taux de capitalisation est élevé, plus les échéances se font facilement.

C’est tout au moins le cas en régime de croisière. La qualité de vie au travail s’en ressent. Les tenants du minimum de capital afin d’en maximiser la rentabilité n’aiment pas qu’on le leur rappelle.

5. Plus largement, la qualité des relations commerciales, et comme à leur image celle de bien d’autres relations sociales, sont en bonne part sous la coupe du taux moyen de capitalisation.

Les tenants de l’analyse économique et du management et de l’action politique par de la psychologie d’abord et enfin n’en ont généralement pas cure. Cela ne fait pas partie des histoires que ce parti pris donne l’assurance de pouvoir raconter pour mieux s’en persuader.

7.5. La variation du taux moyen de profit sur capital participe à la variation du stock de capital.

1. La relation entre ces deux variations n’est pas rigide.

Cela provient de deux faits. Percevoir du profit et placer de nouveau sont deux actes différents. Le montant annuel des placements en capital peut être, selon les appels des entreprises à ces placements, supérieur ou inférieur au montant annuel des profits.

2. Quand l’attrait du placement en capital est-il nettement affecté par une variation du taux moyen de profit sur capital ?

Dans les paramètres à prendre en compte, il y a la durée sur laquelle le changement de rendement du placement en capital a été constaté. Il semble qu’on puisse s’attendre à ce que cette durée soit le plus souvent comprise entre trois à sept ans, selon que ce changement a été plus ou moins important.

3. Une hausse du taux moyen de profit sur capital incite les épargnants à placer davantage en capital.

La création et la croissance d’entreprises en sont favorisées. Du coup, la concurrence entre les entreprises sur leurs débouchés s’intensifie. De plus, avec moins ou plus du tout de chômage structurel, les salaires augmentent davantage que dans la précédente phase de ce cycle. Les marges en valeurs relatives (profitabilité, rentabilité) se tassent. Pour cette phase, la hausse du taux moyen de profit sur capital prend fin.

4. Les entreprises devenues structurellement déficitaires ou trop faiblement rentables sont fermées ou reconverties.

Celles de ces reconversions qui se révèlent réussies ralentissent, voire conjointement à des créations d’entreprises qui se révèlent elles aussi réussies, retournent la baisse ou la stagnation du taux moyen de profit sur capital en une hausse.

5. Avant ce retournement, le stock national de capital, après avoir possiblement baissé, augmente moins que pendant la phase précédente.

L’attirance des épargnants vers le placement en titres de copropriété des entreprises est moindre que ce qu’il a été parce que son rendement moyen a baissé.

6. Les tendances de longue période des taux moyens nationaux de profit sur capital et des stocks nationaux de capital sont différentes.

Sur une période d’au moins cinquante ans d’une économie nationale où le pouvoir d’achat des bas salaires a sensiblement augmenté, la tendance qui affecte le taux moyen de profit sur capital est une oscillation. Graphiquement représentée, la tendance autour de laquelle ces oscillations se produisent est la stabilité.

Pour, dans le même cas, le stock national de capital, hors des catastrophes qui ont pour conséquence son effondrement temporaire, la tendance est à la hausse.

7. La baisse tendancielle des taux de croissance est, elle, normale.

Le pourquoi de cette normalité et une considération fiscale attenante font l’objet de l’argumentation de la proposition 1.12.

8. La priorité donnée à la plus-value des placements en capital plutôt qu’à leur rendement distend la relation entre le taux moyen de profit sur capital et le stock de capital.

Cette priorité, qui à la limite là où elle sévit fait disparaître cette relation, prend appui sur l’assimilation d’intérêts particuliers à l’intérêt général. Dans la mesure où il est réalisable de faire d’un plus fort taux de capitalisation un instrument principal d’un fort taux d’emploi, cette assimilation est abusive.

La négligence de la possible normalisation de la publicité des taux de profit sur capitalet la non moins possible production de leurs moyennes nationales (par secteur, tous secteurs confondus) vont dans le même sens.

7.6. L’état de l’emploi tend à être un déterminant principal de la variation du taux moyen de profit sur capital.

1. La variation d’un taux moyen national de profit sur capital tend à être haussière quand il y a sous-emploi.

Le sous-emploi a pour effet de comprimer, voire de bloquer selon sa sévérité, l’augmentation de la plupart des salaires, voire de tous. Quasi mécaniquement, les taux moyens de bénéfice et de profit augmentent.

2. Les profits d’aujourd’hui sont les emplois de demain.

La tendance haussière du taux moyen de profit sur capital enrichit les rentiers par placements en capital, plus ou moins selon la pente et la durée de cette hausse. Mais avant de juger scandaleux cet enrichissement, il faut penser à la suite. Ces rentiers vont contribuer par leurs nouveaux placements à la création d’emplois.

3. La variation d’un taux moyen national de profit sur capital tend à être baissière puis insignifiante quand il y a plein-emploi.

Le plein-emploi a pour effet de favoriser l’augmentation des salaires. Quasi mécaniquement, les taux moyens de bénéfice et de profit baissent.

Cette baisse est asymptotique tant le plein-emploi dure. Elle vient, en effet, buter sur le seuil ci-après indiqué.

4. L’état de l’emploi ne peut pas être le seul déterminant de la hauteur du taux moyen de profit sur capital.

Les considérations suivantes exposent pourquoi.

5. Les placements en capital ont une autre fonction que le financement permanent des entreprises.

Cette autre fonction est de procurer des revenus qui sont, ou qui devraient pouvoir être, en plus ou moins grande partie des pensions de retraite par placements, en complément ou en substitution à de la retraite par répartition. Cette autre fonction est de nature à déterminer un seuil au-dessous duquel un taux moyen national de profit sur capital ne doit pas descendre pour qu’elle puisse être convenablement assurée.

6. L’importance de ce seuil ne doit pas être sous-estimée.

L’importance de ce seuil, élément nécessaire au plein-emploi et à son prompt rétablissement chaque fois qu’il est compromis, est accrue par le fait qu’en règle générale les individus placent une fraction croissante de leurs revenus dans la seconde moitié du parcours professionnel puis après. Assez d’épargne placée en capital en dépend beaucoup.

7. Le discours économique dominant affaiblit ou renforce les effets autorégulateurs des variations du taux moyen de profit sur capital dues à l’état de l’emploi.

Un moyen de s’en apercevoir est d’examiner la perspective qu’ouvre un discours économique dont l’un des centres de gravité est le plein exercice de la relation EPCE. En commençant par indiquer le sens donné à cet acronyme, les trois propositions suivantes procèdent à un examen de cette perspective.

7.7. Des réformes systémiques rendent la relation EPCE plus efficiente.

1. Dans l’abréviation « EPCE », le premier et le dernier E sont l’initiale du mot « Emploi ».

La lettre P étant l’initiale de « Profit », au sens univoque ci-dessus retenu (proposition 4.2), la lettre C est bien entendu l’initiale de « Capital », également au sens univoque ci-dessus retenu (proposition 4.1).

2. Deux pronoms suffisent à décrire en une phrase la relation EPCE.

L’état de l’emploi E participe à la variation du taux moyen sur capital de profit P qui agit sur la hauteur du stock national de capital C dont dépend l’état suivant de l’emploi E.

3. Les délais entre ces états différents varient selon le plus ou moins bon fonctionnement de la relation EPCE.

Ce plus ou moins bon fonctionnement fait que les périodes de sous-emploi sont raccourcies ou allongées, voir éternisées. Les périodes de plein-emploi sont au contraire allongées ou raccourcies, voir éliminées.

4. Les états successifs de l’emploi ont de multiples autres causes que le plus ou moins bon fonctionnement de la relation EPCE.

Mais l’enchevêtrement et la variabilité dans l’espace et le temps de ces autres causes laissent intacte une loi économique. Quand, dans une nation, sévit structurellement du sous-emploi subi, ce dernier ne peut être éliminé, sans effets pervers qui réduisent la durée de cette élimination, qu’au moyen, parmi d’autres cohérents avec lui, d’une augmentation du stock national de capital. C’est une conséquence du fait que les augmentations de capital sont le moyen le plus sain d’augmentation par les entreprises du nombre d’emplois (proposition 4.3.2).

5. La non distribution par les entreprises de la totalité de leurs bénéfices entrave le fonctionnement de la relation EPCE.

Alors que la distribution de la totalité des bénéfices des entreprises est sensée (proposition 4.2.4), la distribution partielle a deux effets. Les taux de profit sur capital s’en trouvent amoindris et lissés.

Ces amoindrissements sont ceux de toutes les régulations qui ont pour détecteurs les taux de profit sur capital. Or ces régulations sont plus efficientes que celles qui ont pour détecteurs les taux de bénéfice des entreprises. Cela provient du fait que le profit, tel qu’ici défini (proposition 4.2), se palpe, au sens littéral et familier de ce verbe, par ceux non seulement qui en touchent mais aussi qui sont susceptibles d’en toucher – potentiellement tous les adultes et toutes les associations non commerciales qui épargnent.

6. Les profits sont lissés quand ils varient, d’un exercice à l’autre, dans une moindre proportion que les bénéfices d’où ils proviennent.

Quand ce lissage est généralement pratiqué, la variation du taux moyen de profit sur capital est décalée par rapport à celle du taux moyen de bénéfice sur la même base. Ce décalage entraîne celui des régulations dont les taux de profit sur capital sont les détecteurs les plus efficients.

7. Pour le bon fonctionnement de la relation EPCE, les pertes passées en reports à nouveau sont potentiellement dommageables.

Quand, pour une entreprise, le résultat de l’exercice est une perte, de fait le capital a été amputé du montant de la perte pendant cet exercice. Faire comme si ce n’était pas le cas fausse des chiffrages et, avec eux, des appréciations.

8. Un moyen d’éviter cet inconvénient est d’en passer par le concept de « capitaux propres ».

Les « capitaux propres » (qui seront mieux nommés en gestion d’entreprise « capital » tout court ou « financement permanent » quand ce dernier adjectif ne sera plus en cette matière détournée de son sens) comprennent les reports à nouveau de bénéfice ou de perte sur exercices antérieurs. Mais alors, il faut aller jusqu’au bout quand l’entreprise est en copropriété. Les copropriétaires, connus ou anonymes, doivent être informés de la nouvelle valeur exploitée par action (argument 4 de 4.1.6), quotient de la division des « capitaux propres » par le nombre d’actions.

9. L’absence de normalisation de la publicité des taux de profit sur capital entrave le fonctionnement de la relation EPCE.

L’argumentation de la proposition 4.2.5 sur la normalisation de la publicité des taux de profit sur capital montre en creux en quoi cette entrave consiste. Un marché fonctionne nettement mieux quand un système universel de poids et mesures s’applique aux transactions qui s’y déroulent. Il y a très évidemment un vice de construction de l’économie de marché, surtout quand elle est réputée capitaliste, quand dans ce système universel manque rien de moins qu’une norme de mesure des taux de profit sur capital, elle-même universelle en ce sens qu’elle doit être applicable à toutes les entreprises.

10. L’instauration de la publicité des taux de capitalisation favorise le fonctionnement de la relation EPCE.

L’instauration de la publicité des taux de capitalisation, propositions 4.1.5 et 4.1.9, introduit plus d’attention aux proportions de capital qui financent les entreprises. Cette attention, même si elle se traduit par un très lent relèvement du taux moyen de capitalisation, rend la relation EPCE plus active.

11. Une offre abondante de placements en capital social variable favorise le fonctionnement de la relation EPCE.

Le capital social variable est constitué d’actions restituables (proposition 4.1.7). L’abondance de l’offre dans ce type de placement, dès lors que son rendement moyen est au moins égal à celui des actions négociables (proposition  4.1.8), augmente le stock national de capital. Ce faisant, elle renforce la relation EPCE.

12. L’imposition des revenus du capital et du travail à taux différent(s) biaise le fonctionnement de la relation EPCE.

Pour que, dans une nation, la relation EPCE fonctionne au mieux, il faut que la population de cette nation en ait la pleine maîtrise dans le cadre de mesures d’organisation prises par la puissance publique. L’imposition des revenus du capital et du travail à taux différent(s) rogne cette maîtrise. Ce sont alors, en effet, des élus qui, sous les impulsions de groupes de pression (dont ceux que constituent de fait des hauts fonctionnaires formés à la même école), manipulent par la fiscalité des emplois que les citoyens font de leurs revenus.

13. L’assujettissement des entreprises à un impôt sur leurs bénéfices est incompatible avec l’égalité devant l’impôt des revenus du capital et du travail.

Les bénéfices des entreprises étant les assiettes économiques des profits, il faut un dispositif fiscal bien trop compliqué pour mettre tout un chacun en mesure de comprendre et vérifier que profits et salaires sont également imposés. Mieux vaut, dans ces conditions, aucun impôt payé par les entreprises sur leurs bénéfices distribués et de l’impôt sur le revenu pour tous les profits – profits qui, quand ils sont dits « réinvestis » bien que l’expression soit impropre car ils n’étaient pas déjà investis, sont des nouveaux placements constitutifs d’un acte d’épargne ou consécutifs d’un tel acte.

14. Une organisation de la fixation des taux d’intérêt est favorable au plein exercice de la relation EPCE.

Les principes de cette organisation sont exposés dans un chapitre suivant. Il y est montré que l’économie de plein-échange aura, dans tout pays où elle sera pratiquée, pour taux directeur le taux moyen national de profit sur capital et non pas un ou des taux d’intérêt.

15. Le meilleur fonctionnement de la relation EPCE a pour première condition la propagation de sa volonté.#86

D’une part, il y a probablement en économie de peu à très peu qui soit à ce point automatique que la conscience qu’on en a ou n’en a pas soit sans importance. Á coup sûr, la relation EPCE ne fait pas partie de ce peu ou très peu. D’autre part, il y a de façon certaine en économie, tant générale que financière, beaucoup de dires qui sont auto réalisateurs ou qui tendent à l’être. À coup sûr, c’est le cas des dires qui ont positivement traits à la relation EPCE.

La propagation de la volonté du meilleur fonctionnement de la relation EPCE ne se produira à une assez grande échelle que quand de plus en plus d’initiateurs à l’économie et de formateurs, tant en économie fondamentale qu’en économie appliquée, enseigneront cette relation. Cela se produira quand d’abord de plus en plus de citoyens se seront, pour ainsi dire, tirés par la manche afin de s’alerter sur ce que la prise de conscience de cette relation apporte au bien commun.

16. La recherche d’un consensus sur les mesures à prendre afin que la relation EPCE fonctionne mieux est un acte de refondation sociale.

« Nous, syndicats respectivement d’entrepreneurs et de salariés, quelles sont nos positions de principe sur la relation EPCE ? ». Le dialogue ainsi engagé est porteur d’une refondation sociale si plusieurs de ces positions sont communes sans éluder ce qui pour chque partie est essentiel en matière d’emploi, de profit, de capital et, partant, d’entreprise. Rien que pour en arriver là, beaucoup de réunions sur une longue période peuvent se révéler nécessaires. Mais arrivé là, s’ouvre le boulevard des mesures qui, de commun accord, sont à prendre afin que la relation EPCE fonctionne mieux. Même si pendant tout le temps de cette élaboration, sagement l’expression « refondation sociale » n’est pas utilisée, il y en a, au final, de fait une.

7.8. Par la relation EPCE, le capitalisme libéral comporte un dispositif permanent de relance.

1. Les sens donnés aux mots « capitalisme » et, dans son emploi en économie, « libéralisme » sont ceux indiqués plus haut.

Ces sens, spécifiés dans l’argumentation de la proposition 4.1.10, font que les expressions équivalentes « Capitalisme libéral » et « Libéralisme capitaliste » ne sont pas tautologiques.

2. Les quatres conditions d'une relance sans effet pervers.

Une tel relance a pour seul financement des nouveaux placements en capital. Aucun de ces nouveaux placements ne provient d’un crédit obtenu à cette fin. Les entreprises financées n’ont pas réduit leur taux de capitalisation en s’endettant. En particulier, les nouvelles entreprises ont maintenu un taux de capitalisation au plus proche de 100 % jusqu’à ce que le seuil de leur rentabilité structurelle ait été franchi.

3. Que peut-il se passer au pire quand une relance remplit ces conditions ?

Le plus gros de cette épargne est perdue par ses détenteurs. Tout se passe alors comme si ce plus gros avait été des subventions qui ont servi à payer des salaires et à faire d’autres achats. Sauf prévisions de recettes fiscales qui se révèlent avoir été trop imprudentes, les finances publiques ne s’en trouvent pas dégradées.

4. Ce ne serait pas vers les pouvoirs publics qu’il y aurait lieu de se retourner dans un tel cas.

Ce serait bien, en revanche, vers les formateurs et les conseils des créateurs et repreneurs d’entreprise. Les orientations qu’ils ont pris la responsabilité de relayer sont, au vu des résultats, trop souvent calamiteuses.

5. Le créditisme, cet opposé de fait au capitalisme, détourne de la relance par davantage de mises en capital principalement.

Plus de mises en capital n’est pas hors de ce que le créditisme conduit à concevoir et à vouloir. Mais c’est à condition que plus encore de mise en circulation de crédit aux entreprises soit effectuée. Si, en effet, cette condition n’est pas remplie, la remontée du taux moyen de capitalisation rapprocherait du seuil à partir duquel il y a basculement en capitalisme, avec la moindre croissance du secteur financier que cela implique.

6. Le centralisme, cet opposé de fait au libéralisme, procède d’une illusion qui détourne ses états-majors de la prise en compte de la relation EPCE.

Cette illusion est le produit du culte de la puissance. En économie, des entreprises grandes à l’internationale, avec de préférence parmi elle plusieurs premières mondiales, aurait un effet d’entraînement indispensable à la croissance. S’en préoccuper davantage que de l’état du tissu des petites et moyennes entreprises serait de bonne politique économique.

Alors la vanne est grande ouverte aux interventions palliatives et incitatrices. De plus en plus téléguidées par des groupes de pression, ces interventions sont les instruments d’une « ingénierie économique et sociale » qui, à déjà trop de bureaucratie et d’oligarchie, en ajoute davantage. Pour tenir ce cap, mieux vaut non seulement déclarer le plein-emploi désormais impossible mais aussi reléguer en fond de cale, ou même passer par-dessus bord, les autorégulations qu’on ne veut pas prendre le temps d’étudier et de faire mieux fonctionner.

 

7.9. Trois réformes qui rendent la relation EPCE plus efficiente renforcent la tendance à l’égalisation des taux de profit sur capital.

1. Ces trois réformes sont liées.

Toute trois ont pour objet commun les taux de profit sur capital. L’une normalise leur chiffrage. L’autre organise leur publicité. La troisième porte sur la production statistique et la mise à disposition de grand public des taux moyens de profit sur capital.

Dans l’organisation de cette publicité, il y a l’obligation faite d’accompagner l’annonce et le service d’un « dividende » du taux normalisé de profit sur capital correspondant.

2. Par la publicité des taux de profit sur capital, plus d’épargne est attirée vers les placements en capital de plus fort rendement.

Ce plus a un effet, admis par David Ricardo notamment mais depuis plusieurs générations le plus souvent laissé de côté. Après, pour ainsi dire, la prime tirée de ces plus forts rendements par ceux qui ont eu la chance ou la perspicacité de s’y risquer, cette attirance provoque une tension de la concurrence qui réduit ces rendements.

3. Par la publicité de taux moyens de profit sur capital, les diversifications, reconversions et fermetures des entreprises les moins rentables surviennent plus tôt.

Dès lors que des taux moyens de profit sur capital sont annuellement publiés et commentés, ils deviennent une référence de notation. Les entrepreneurs réagissent d’autant plus vivement à la note qui les concerne qu’ils sont dans l’obligation de la publier. Les placeurs en capital réagissent eux aussi plus vivement. Les décisions de diversification, reconversions et fermetures en viennent à être, dans l’ensemble, prises plus tôt.

4. Tout n’est pas encore devenu commun en gestion la plus avisée d’entreprise sous la férule de la concurrence.

Cet argument fait référence à la solution au problème de la répartition des coûts communs et à la réduction volontaire des inégalités de rentabilité de même appartenance. L’actuel état de l’art et la technicité de ces innovations rendent aujourd’hui impossibles de les exposer clairement en peu de mots. Mais qui voudra bien s’en enquérir en étudiant le dernier chapitre du présent traité ne pourra qu’en convenir : des changements dans la manière de pratiquer l’économie d’entreprise auront tôt ou tard pour effet de renforcer la tendance à l’égalisation des taux de profit sur capital.

7.10. La relation EPCE ne détermine qu’en partie la hauteur, à chaque instant, du taux moyen de profit sur capital.

1. Le profit a, rappelons-le, deux fonctions.

L’une est de susciter suffisament de placement en capital pour qu’il en résulte un nombre d'emploi suffisant. L’autre est de procurer ce qu’il est déplacé de ne pas appeler des « rentes » alors qu’on parle tant de « rentabilité » et des problèmes que le service de pensions de retraites pose.

2. En période de sous-emploi, le taux moyen suffisant de profit sur capital est celui qui permet d’en venir ou revenir au plein-emploi.

Le qualificatif « suffisant » fait alors référence à la première des deux fonctions du profit ci-dessus rappelées.

3. En fin de période de sous-emploi et début de période de plein-emploi, le taux moyen national de profit sur capital baisse.

Cette baisse a pour cause les augmentations de salaires favorisée par la concurrence de plein-emploi sur le marché du travail.

La survenance de cette baisse soulève deux questions.

4. La période de plein-emploi se prolongeant, les taux moyens de profit sur capital sont-ils susceptibles de devenir extrêmement faibles, voire nuls ?

En toute période, du capital est perdu. Rien que pour maintenir le stock national de capital, il faut de nouveaux placements. Des taux moyens de profit sur capital trop faibles les compromettent. C’est pourquoi après le temps de la baisse de ces derniers vient, en période de plein-emploi, celui de leur stabilisation.

5. Dans la régulation des taux moyens de profit sur capital, une autre suffisance que par rapport à l’état de l’emploi est-elle susceptible d’intervenir ?

La fonction du profit qui a pour objet de procurer des rentes incline à le penser. Mais il faut aller y regarder de plus près.

Nous allons le faire dans la première partie du chapitre suivant sur la répartition du revenu global entre le revenu total du travail et le revenu total des placements.

7.11. Deux règles de gestion des finances publiques sont favorables à l’emploi.

Cette argumentation est à recaler sur ce qui a été admis depuis en section Politique économique aux pages 1.2.3, 1.2.3.1 et 1.2.3.2.

1. Les finances publiques sont favorables à l’emploi quand leur gestion est guidée par :

  • la règle des résultats budgétaires chroniquement excédentaires ;
  • la règle du poids des achats d’équipement chroniquement stabilisé.1

En régime de liberté d’entreprendre, ce qui est favorable et défavorable à l’emploi l’est aussi à l’élévation du pouvoir d’achat par habitant. C’est pourquoi ce qui est ici indiqué avoir une conséquence sur l’emploi doit être compris comme ayant aussi une conséquence sur le pouvoir d’achat par habitant.2

2. La variation de l’endettement public est défavorable ou favorable à l’emploi.

L’augmentation de l’endettement public est défavorable à l’emploi parce qu’elle mobilise de l’épargne qui aurait pu être placée en augmentations de capital. La diminution de l’endettement public est favorable à l’emploi pour la raison inverse : moins d’épargne placée en titres de la dette publique fait autant d'épargne qui peut être placée en augmentations de capital.3

Une diminution de l’endettement public a d’autant plus certainement pour conséquence une augmentation du stock national de capital que la relation EPCE a été volontairement activée. Au demeurant, l’initiative ou le maintien de la relation EPCE est la condition primordiale à laquelle une politique économique est durablement efficace dans sa lutte contre le sous-emploi. Ce qu’il est possible de faire à cette même fin en gestion des finances publiques complète le dispositif.4

La fourniture à l’opinion publique de substantielles raisons de soutenir ces innovations fait partie de ce dispositif (soulignement en projet de lien à un appendice ou un article ou un manifeste).5

3. En gestion, aussi bien publique que privée, il y a lieu de distinguer les achats d’équipement des charges.

La notion d’achat d’équipement est familière. Mais pour bien caractériser ce que cette sorte d’achat a en propre, l’explication exposée au point suivant s’impose.6

La notion de charges, pour désigner des dépenses, est également familière. Par exemple, tous les frais financiers échus sur la période considérée, dont les intérêts, en font partie. Nous indiquons plus avant à grands traits ce que les charges publiques comportent notamment d’autre 7

4. Les achats d’équipement sont des augmentations d’immobilisation.

En comptabilité et plus largement en économie, la classe des immobilisations est celle non seulement des éventuels biens immobiliers mais aussi des biens meubles, dont des machines, acquis par l’entité considérée. Tel achat est-il celui d’une immobilisation ou d’un gros entretien d’une immobilisation ? Si oui, alors : 1) il est celui d’un équipement, 2) il ne fait pas partie des charges.8

Par exemple, la réfection à neuf d’une voierie, celle d’une toiture, le changement d’une chaudière de chauffage central font partie des achats d’équipement. Il est cependant admis que, pour alléger les inventaires d’immobilisation, les achats de petits équipements soient assimilés à ceux de fournitures consommables et, en tant que tels, considérés comme étant des charges.9

Les grands travaux font toujours partie des achats d’équipement et les travaux d’entretien courant toujours partie des charges. Mais qu’est-ce que le gros entretien ? Les réponses au cas par cas sont faites constantes, tant en comptabilité privée que publique, par l’application du principe de permanence des méthodes.10

5. Les charges publiques comprennent entre autres :

Les salaires, charges dites patronales incluses, tant des fonctionnaires que des vacataires et des élus rémunérés ; les fournitures d’eau, d’électricité, de carburants, de bureau, de télécommunication ; tous autres abonnements ; l’entretien courant déjà mentionné ; les frais de déplacement, de réception, de publication, de publicité, de sondage ; les déjà mentionnés frais financiers dont l’endettement peut faire l’une des charges les plus lourdes, au point d’atteindre et dépasser ce que l’imposition directe des revenus rapporte au Trésor public.11

Les remboursements d’emprunt sont des décaissements qui ne font pas partie des charges. Si, au jour où un tel remboursement doit être effectué, le Trésor public n’a pas en caisse de quoi s’en acquitter, il n’a qu’une solution pour parvenir à payer : emprunter d’une façon ou d’une autre, que ce soit à court, moyen, long terme ou sans terme défini (découvert, obligations perpétuelles). Il en va de même pour tous les autres règlements, dont ceux des salaires.12

Notons qu’une dépense de fonctionnement, comptabilisée en charges, n’est pas pour autant une absence d’investissement, c’est-à-dire de préparation d’un futur. Des salaires sont notamment et nettement des investissements : penser aux formateurs et aux chercheurs. Mais tenir pour normal que tout investissement soit financé à crédit est dommageable à l’emploi parce qu’il ouvre la porte à toujours plus d’endettement.13

6. Les charges publiques ne sont pas sous évaluées faute d’y avoir inclus des amortissements d’immobilisation.

Les raisons d’être, en entreprise, des amortissements d’actifs sont de provisionner le renouvellement des immobilisations usées ou obsolètes et de faire de chaque dotation à ce provisionnement une charge ; c’est indispensable pour ne pas surévaluer le bénéfice, ou sous-évaluer la perte, ainsi que pour préparer les remplacements ou réfections des actifs amortis. Le secteur public est, lui, à but non lucratif et personne ne détient une part de sa propriété. Il y a bien à y pourvoir, ô combien, à des réfections et des remplacements d’équipement mais, dans ce secteur stricto sensu, pas en ayant assuré, comme en entreprise, la conservation de la valeur d’un capital.14

7. En revanche, les subventions octroyées et les niches fiscales sont toutes des charges.

Les niches fiscales sont justement appelées, dans le vocabulaire juridique des finances publiques, « dépenses fiscales ».15

Quand une association soutient qu’elle ne perçoit aucune subvention publique alors que les dons en argent qui lui sont faits donnent lieu à la minoration de l’impôt sur le revenu des donateurs d’une partie de leur montant, ce propos est faux. Quand une société immobilière procédant à des émissions périodiques de nouvelles parts de capital social met en avant les déductions d’impôt sur le revenu que ces souscriptions procurent, alors ce placement est subventionné et fausse la concurrence sur le marché du placement en capital. Etc., etc. dont ceci et cela :16

1. Quand les employeurs, grands patrons en tête, trouvent salutaire que l’allègement de leurs frais de personnel soit mis à la charge des finances publiques , et donc de la collectivité, l’addiction aux subventions a sapé le régulateur économique que constitue l’assomption par tout un chacun des coûts complets, dont en particulier ceux du travail  — « je ne prends en charge qu’à la hauteur de ce qui m’apparaît pas trop cher et pour le reste je me décharge sur la collectivité du soin de me subventionner ». 2. Qui se prononce en faveur de l’instauration d’un « revenu minimum » universel — d’une allocation, en fait, par gonflement des charges publiques — demande l’arrivée au pouvoir du Père Ubu muni de sa pompe à phynances, comme s’il se pouvait que cette redistribution ne soit pas dépressive et qu’en peu de trimestres l’emploi ne s’en porte pas plus mal.17

Comment se pourrait-il qu’un total de plus en plus élevé de dépenses fiscales et de subventions, ces dernières dispensées du haut en bas des échelons de l’administration publique, ne multiplie pas les effets d’aubaine et ne soit pas d’autant plus corrupteur qu’il est plus élevé ? Comme la chasse permanente à la fraude fiscale s’impose, le nettoyage tout aussi permanent des charges publiques s’impose, somme toute pour les mêmes raisons.18

8. L’activation de la relation EPCE facilite le nettoyage des charges publiques.

Si la pleine rémunération du placement en capital n’a pas encore été instaurée, le ressort de la croissance est à tendre de cette façon. La relance incessante qui s’en trouve mieux établie rend plus supportables des mesures telles que:19

  • réduire et supprimer le plus possible de subventions et, à ce titre, de tâches dans la fonction publique, y compris en tenant pour normal que les partis politiques et les syndicats deviennent progressivement puis restent financés par les seules cotisations de leurs membres ;
  • fermer les unes après les autres toutes les niches fiscales et, ce faisant, supprimer des tâches dans la fonction publique ;
  • externaliser des fournitures de prestations, généralement auprès de sociétés par actions restituables ;
  • aligner par étapes le statut des fonctionnaires sur celui qui est commun aux autres salariés ;
  • pourvoir à l’extinction de régimes spéciaux par leurs fusions avec les régimes généraux correspondants ;
  • redimensionner les missions, l’organisation et les effectifs des services publics qu’il est jugé indispensable de conserver.20

Alléger la pression fiscale est favorable à l’emploi mais le faire avant d’avoir allégé le total des charges publiques expose au risque de devoir en revenir à une augmentation du prélèvement fiscal faute d’avoir obtenu le supplément de croissance escompté.21

9. Une croyance contribue beaucoup à l’alourdissement des charges publiques et contrarie tout autant leur allègement.

Le cours naturel de l’économie de marché n’est pas de maximiser le revenu total du travail, dit cette croyance. C’est le contraire qui est normal, cela se démontre et se vérifie historiquement : le cours naturel de l’économie de marché est de maximiser le revenu total du travail. De plus, cette remise d’aplomb conduit au dégagement de la vraie cause de l’inégalité des salaires et du vrai remède aux excès de cette inégalité.22

Ces conceptions sont exposées dans les deux chapitres suivants — 8. La répartition, 9. Le salaire. Leur exposition et leurs applications améliorent considérablement la recevabilité sociale des deux règles de gestion ci-après expliquées et, plus largement, de la politique économique premièrement la plus favorable à l’emploi, deuxièmement la plus appropriée à la réduction de la pression fiscale devenue excessive.23

10. Le résultat budgétaire est la différence entre le total des recettes publiques et le total des charges publiques.

Ces totaux étant afférents à la même période, une année généralement, le résultat budgétaire est celui de cette période. Le plus gros des recettes publiques est le total des impôts sur la période considérée, quelles que soient les dénominations de ces derniers (et leurs affectations en contravention avec le principe d’universalité budgétaire). D’autres entrées d’argent plus ou moins régulières, voire exceptionnelles (les ventes de parts publiques de propriété d’entreprises, par exemple), s’y ajoutent.24

Il est à peine besoin de le mentionner : selon que, sur la période considérée, la différence entre le total des recettes publiques et le total des charges publiques est négative ou positive, le résultat est un déficit budgétaire ou un excédent budgétaire. Quand excédent il y a, il est lui-même inférieur, égal ou supérieur au total des achats d’équipement sur l’exercice considéré.25

En comptabilité de ménage, la somme des charges et des achats d’équipement sur les douze derniers mois n’a de sens que pour ce qui est de la trésorerie : il a fallu que le total des entrées d’argent, éventuels emprunts compris, soit égal à cette somme pour payer ce qui a été dû. La différence qui indique à ce ménage s’il a fait ou non des économies pendant cette période — n’a pas ou a vécu au-dessus de ses moyens — est entre d’une part ses revenus éventuellement augmentés des allocations qu’il perçoit, d’autre part ses charges. Il en va de même en finances publiques. La gestion de ces dernières doit clairement répondre à la question : le secteur public a-t-il cette année vécu au-dessus de ses moyens ? Oui s’il y a eu déficit budgétaire, non dans le cas contraire.26

Le « au moins » dont il va être question est à cause des remboursements de principal à faire et des éventuels décalages saisonniers ou accidentels entre les flux d’entrées et de sorties d’argent pouvant nécessiter de faire appel à des concours bancaires à court terme. Au début de l’année budgétaire considérée, il n’y a rien de restant de précédents résultats excédentaires, supposons-le. À la fin de l’année : 1) s’il y a, par égalité des recettes et des charges, équilibre budgétaire, de nouveaux emprunts auront été nécessaires au moins à la hauteur du total des achats d’équipement ; 2) s’il y a, par des charges supérieures aux recettes, déficit budgétaire, de nouveaux emprunts auront été nécessaires au moins à la hauteur du déficit augmenté du total des achats d’équipement ; 3) s’il y a, par des recettes supérieures aux charges, excédent budgétaire, de nouveaux emprunts auront été nécessaires au moins à la hauteur du total des achats d’équipement de la période diminué de l’excédent.27

Considérer que l’endettement public est alourdi par le déficit budgétaire et allégé par l’excédent budgétaire est juste. En revanche, considérer que l’endettement public n’est alourdi que par le déficit budgétaire, et allégé que par l’excédent budgétaire, est fautif à cause notamment des achats publics d’équipement.28

11. Convenons qu’en matière de finances publiques, « chroniquement » s’entend sur une période d’au moins trois ans.

Sur trois ans ou plus — cinq ans au moins est souvent plus significatif —, chaque résultat budgétaire est calculé en poids (en pourcentage) du revenu global de la même année, ou pour toute la série en poids du PIB. Chaque poids est positif quand le résultat a été excédentaire, négatif quand le résultat a été déficitaire. Selon que la moyenne des poids est positive ou négative, la gestion des finances publiques a été, ou est prévue être, chroniquement excédentaire ou déficitaire sur la période considérée.29

Une représentation graphique des poids des résultats budgétaires sur une période échue plus longue que trois ou cinq ans, par exemple sur quinze ou trente ans, fait apparaître de quand à quand ces résultats ont été chroniquement excédentaires ou déficitaires ou nuls.30

12. Des résultats budgétaires chroniquement excédentaires permettent une réduction bien ordonnée de l’endettement public.

Les poids dont il est question jusqu’à la fin de la présente argumentation sont, comme ci-dessus, par rapport au revenu global ou au PIB de l’année considérée.31

La règle de bonne gestion à suivre pour réduire le poids de l’endettement public au moyen de résultats budgétaires chroniquement excédentaires coule de source. Le poids des achats d’équipement public doit être 1) rendu stable lui aussi chroniquement, 2) à un niveau qui au long cours permet d’éliminer et d’éviter tant les retards techniques des services publics que des délabrements de bien public — notons qu’un endettement public exponentiel a pu avoir ceci de bon : permettre d’atteindre ce niveau, en dépit des délabrements et sous-équipements auxquels il aurait pu être remédié avec au sommet des pouvoirs publics des classements par ordre décroissant de nécessité plus impartialement établis.32

Il est remarquable que la question du poids standard de longue période du total des commandes publiques d’équipement se présente de la même façon selon que le poids de l’endettement public n’est pas encore ou est enfin nettement redescendu au-dessous du standard en cours. Dans les deux cas, remonter ce standard doit répondre à une nécessité structurelle certaine.33

13. Le protocole de sortie bien ordonnée de la spirale de l’endettement exponentiel est le même que de l’évitement bien ordonné de l’entrée dans cette spirale.

Après avoir permis le cas échéant une réduction bien ordonnée de l’endettement public, l’application de la règle de gestion des résultats budgétaires chroniquement excédentaires évite de revenir lourdement en arrière, tout au moins tant qu’un évènement de grande ampleur n’y contraint pas. Cet évitement est cependant à la même condition : l’application de la règle de gestion du poids chroniquement stabilisé des commandes publiques d’équipement.34

Ne doutons pas que ces applications ne puissent être qu’administrativement complexes, comme tout ce qui touche dans le détail aux finances publiques d’un pays développé. Mais constatons que la résolution politique que ces applications nécessitent se ramène à ceci : ranger dans les devoirs civiques un train de vie collectif faiblement à crédit car le contraire est, malgré l’illusion qu’il donne, défavorable à l’emploi.35

Faiblement jusqu’à quel point ? Est-ce au point que le Trésor public n’ait plus recours que quelques fois par an à du découvert bancaire et que les administrations publiques soient exemplaires par la petitesse de leurs délais de paiement aux entreprises qui le fournissent ? Rien d’autre qu’une grande catastrophe n’empêche d’y arriver patiemment. Si conjointement le taux moyen de capitalisation des entreprises s’est nettement élevé, ce qui est économiquement le plus important pour l’emploi a été fait et a renforcé des préventions de collapse financier.36

14. Stabilité chronique et oscillations conjoncturelles sont compatibles.

Les poids des totaux annuels des achats d’équipement public sont faits oscillants en fonction de la conjoncture en étant montés de quelques points à l’amorce d’un ralentissement de la marche des affaires et baissés d’autant au début d’une accélération. Mais cette baisse d’autant doit être tenue pour impérative, cela aussi bien quand le poids P’ de l’endettement public n’est pas redescendu au-dessous du poids standard en cours P des commandes publiques d’équipement que quand P’ est devenu nettement inférieur à P.37

15. La diminution du poids du prélèvement fiscal est favorable à l’emploi.

Mais est-ce pour autant qu’il convient, une fois des résultats budgétaires chroniquement excédentaires installés (ce qui n’exclut pas des années déficitaires, répétons-le), d’affecter les économies de charges publiques à l’allègement du prélèvement fiscal ? Il se justifie bien que cela soit fait en partie tant que le (retour au) plein-emploi n’est pas obtenu ou quand son obtention a considérablement augmenté les recettes et diminué les charges.38

En revanche, qu’il soit souhaitable et possible de rendre cette affectation permanente est douteux. Il existe probablement, à chaque époque et dans chaque pays, un poids minimal des charges publiques à partir duquel leur nettoyage ne peut plus consister qu’à baisser et supprimer certaines dépenses et à en augmenter et créer d’autres à due concurrence.39

16. Les finances publiques gérées de la façon qui vient d’être dite sont monétairement vertueuses.

Dans ce qui gage une monnaie, d’autant plus qu’elle est à cours forcé, il y a le sérieux éprouvé de la gestion des finances publiques du pays ou du groupe de pays émetteur de cette monnaie. Les majorités successives qui, en dépit de leurs divergences, appliquent continument la règle des résultats budgétaires chroniquement excédentaires et la règle du poids des commandes d’équipement chroniquement stabilisé, fournissent une preuve de leur sérieux. S’ajoute à cela que les pouvoirs publics sont, dans ces conditions, en bien meilleure posture pour imposer aux établissements financiers qui créent de la monnaie de ne pas alimenter des bulles spéculatives par ce moyen.40

Chapitre 8 - La répartition

8.1. Appelons revenu global la somme du revenu total des placements d'épargne et du revenu total du travail.

Ci-dessous, les arguments 1 à 8 sont communs avec ceux de la proposition 2.17.

1. N’appelons « revenu » que la contrepartie de l’échange d’une marchandise élémentaire.

La marchandise élémentaire est un service soit du travail soit du placement d’épargne.

Quand cette marchandise est le service du travail, sa contrepartie est un revenu génériquement dénommable « salaire ». Quand elle est le service du placement, sa contrepartie est un revenu constitué d’intérêts et, ou, de profits.

2. Les revenus du travail ne sont perçus que par des particuliers.

Assimiler à un « revenu » le produit des ventes d’une entreprise ou le produit des impôts fait perdre de vue ce que les revenus des particuliers ont de spécifique.

Dire d’une allocation perçue par un particulier qu’elle est un revenu (de transfert) a le même effet.

3. Seuls les particuliers et les associations non commerciales épargnent.

Assimiler à une « épargne » les réserves constituées par les entreprises fait perdre de vue ce que l’épargne des particuliers et des associations non commerciales a de spécifique.

4. Les revenus de l’épargne sont perçus par des particuliers et des associations non commerciales.

Par leur épargne des particuliers et des associations non commerciales se mettent en mesure de vendre le placement de cette épargne. Cette vente est celle d’une marchandise élémentaire.

Les chiffres d’affaires des entreprises proviennent de la vente de marchandises composées. Les recettes fiscales sont des transferts imposés et non pas des contreparties d’échanges marchands.

5. Rien de dû à un établissement financier, et plus largement à une entreprise, n’est un revenu.

Les intérêts payés par les établissements financiers à des particuliers ou des associations non commerciales sont, pour ces derniers, des revenus. Les cotisations encaissées par une association non commerciale, comme tout autre don ayant une valeur vénale, sont des transferts et non pas des revenus de cette association. C’est cohérent avec le fait qu’une famille est, en droit naturel et positif, une association non commerciale.

6. Un particulier ou une association non commerciale qui met en location un bien immobilier crée de ce fait une entreprise.

Les loyers,rents en anglais, constituent le chiffre d’affaires de cette entreprise. Le profit est égal au loyer diminué : 1) de frais directement générés par le fait de louer, 2) d’une dotation aux amortissements qui est destinée à pourvoir à la part de l’entretien du bien qui incombe à son propriétaire (si ce bien est uniquement un espace foncier non clos, il peut n’y avoir aucun amortissement à effectuer).

7. Aucune plus-value ne fait partie des revenus, aucune moins value ne réduit des revenus.

Les plus-values mobilières et immobilières, comme les moins-values, affectent la valeur vénale de patrimoines, font varier des capacités de placement, influent sur des montants de loyers. Parler à leur sujet, notamment en commentaire du niveau des cours de bourse, d’un « effet » d’enrichissement ou d’appauvrissement peut faire sens mais c’est à condition de bien garder présent à l’esprit que hausses et baisses du débit global de richesses marchandes n’en sont pas affectées.

8. Une réalité primordiale est liée aux revenus.

L’économie est faite pour les particuliers et leurs associations non commerciales et, en premier et dernier ressort, par eux. Attribuer à d’autres entités, entreprises comprises, les prérogatives de celles et ceux par et pour qui l’économie est faite déforme une réalité primordiale à laquelle l’existence des revenus est liée.

9. Le revenu global, RG, est, par définition, égal au revenu total des placements d’épargne, RP, et au revenu total du travail, RT.

Noter RG = RP + RT ne revient cependant pas à dire que c’est l’addition de RP à RT qui détermine RG.

10. Toute variation de RP par rapport à RG est accompagnée d’une variation en sens contraire de RT par rapport à RG.

Si, par exemple, le RP passe de 15 % à 10 % puis remonte à 20 % du RG, alors le RT passe de 85 % à 90 % puis redescend à 80 % du RG.

11. La répartition « classique » est entre trois classes sociales.

Ricardo l’a écrit dès le premier paragraphe de la préface de ses Principles of Political Economy and Taxation : « The produce of the earth (…) is divided among three classes of the community ; namely, the proprietor of the land, the owner of the stock or capital necessary for its cultivation, and the labourers [travailleurs] by whose industry it is cultivated. »

12. Quelle est l’évaluation économiquement la plus pertinente des « produits de la terre » ?

Ces produits sont pour Ricardo (les …) « –all that is derived from its [the earth] surface by the united application of labour, machinery, and capital ». Deux précisions manquent pour que l’ensemble de ces produits soit aussi défini qu’ils le sont en réalité. Il ne s’agit que de produits échangés à titre marchand. Ces échanges ne comportent pas ceux dont les coéchangistes sont deux entreprises alors que leur volume et leur importance sont très grands.

Tenir compte de ces observations conduit à tirer de la notion de production marchande, et par conséquent de production marchande et non marchande, le concept de « revenu » puis, comme cela est fait à la fin de ce chapitre, à voir que l’évaluation économiquement la plus pertinente des « produits de la terre » est la somme des revenus.

13. La répartition « classique » est dynamique.

Le deuxième paragraphe de la même préface commence par ce membre de phrase : « But in different stages of society, the proportions of the whole produce of earth which will be allowed to each of three classes, under the names of rent, profit, and wages, will be essentially different; (…). ».

14. Les dénominations « rente de situation » et « rente d’acheteur » sont malencontreuses.

Les « sciences économiques » enseignent qu’une « rente de situation » est un ajout « à la rémunération normale des facteurs de production » ; une « rente d’acheteur », le plus souvent dite « du consommateur », est un « gain implicite réalisé par qui était prêt à acheter plus cher ». La réalité de ces phénomènes n’est pas contestable. Prendre en compte leur existence dans ces termes n’en est pas moins malencontreux pour deux raisons.

15. Première raison : les gains ainsi appelés « rente » sont des captations de transferts.

Ces transferts obtenus ou supportés par des vendeurs augmentent ou diminuent des valeurs d’échange marchand, à savoir des prix. Les voir en usant du substantif « transfert » plutôt que du substantif « rente » aide à l’analyse de la problématique créée par la coexistence d’échanges marchands et de transferts de pouvoir d’achat.

16. Seconde raison : la connotation idéologique des rentes, au sens propre de ce mot en français, en est confortée.

Ce qui a été exposé dans le chapitre précédent sur l’emploi et ce qui va être indiqué plus avant sur les deux types de retraite viennent au premier rang de ce qui montre que c’est malencontreux.

17. Ce qui reste au propriétaire foncier qui loue est du profit, comme ce qui revient en échange à tout propriétaire d’une entreprise.

Quand cette entreprise, au lieu d’être une exploitation agricole ou forestière ou minière, est une manufacture ou un négoce ou un transporteur etc., le profit qu’elle procure est lui aussi de nature à procurer une rente, c’est-à-direun revenu périodique d'une propriété placée auprès d’un coéchangiste mis en devoir de procurer ce revenu autant que faire se peut. Cette réalité, qui est très loin de n’être apparue qu’avec la Révolution industrielle, impose le remplacement par deux rôles économiques des trois classes de la répartition « classique ».

18. Consultons nos dictionnaires.

Un revenu constitutif d’une rente est appelé en anglais annuity, pension, private income, alors que le sens propre et le plus courant de rent est « loyer ». L’anglais distribution a pour premier sens le français « répartition » : distribution of wealth se traduit, au plus près de la sémantique propre à ces deux langues, « répartition des richesses ».

19. Des « agents » jouent sur la scène économique plusieurs rôles.

Le développement économique accentue deux tendances. Le même individu est de plus en plus, durant une grande part de sa vie, salarié, épargnant, propriétaire d’au moins un bien-fonds, copropriétaire d’entreprises au pluriel, locataire de plusieurs objets, membre de plusieurs associations non commerciales ayant compte en banque, et, bien sûr, contribuable même quand il est exonéré d’impôt sur le revenu. Les deux rôles de salarié d’une entreprise et de copropriétaire de cette entreprise sont de plus en plus fréquents.

20. L’amalgame de ces deux rôles n’est pas justifié.

Les tentatives contraires, surtout dans le secteur dit en France de « l’économie sociale », le font ressortir. La logique des échanges marchands pousse à la distinction des rôles afin que du système ouvert comportant des autorégulations plus actives puisse en résulter. Cette poussée est nécessaire au progrès de la séparation des pouvoirs dans la sphère économique aussi.

21. Ricardo a considéré que la mise au jour les lois qui régissent la répartition du revenu global est ce que l’économie politique doit principalement s’efforcer de faire.

Le troisième paragraphe de la préface ci-dessus citée est on ne peut plus explicite : « To determine the laws which regulate this distribution, is the principal problem in Political Economy: much as the science has been improved by the writings of Turgot, Stuart, Smith, Say, Sismondi, and others, they afford very little satisfactory information respecting the natural course of rent, profit, and wages ».

22. Cette invitation de Ricardo reste à honorer.

Des syndicalistes, les uns d’une confédération salariale et les autres d’une confédération patronale, des économistes et des juristes, des électeurs et des élus, les uns et les autres de sensibilités politiciennes concurrentes, des magistères et des fidèles, des diplomates sur le front des dissensions internationales, des financiers et des industriels aimeraient se mettre d’accord sur le cours naturel de la répartition du revenu global en économie de marché. Quand ils y parviendront, ce sera sur ce qui fait une économie de marché principalement normale et anormale qu’ils se seront accordés. Pour eux, il y aura du neuf sous le soleil.

8.2. Le revenu total des placements peut être rendu suffisant.

1. La durée prise en considération est d’une génération au moins.

Cette durée minimale est égale à ce que les démographes et les actuaires appellent « l’espérance de vie », diminuée de l’âge moyen d’obtention d’un premier emploi. Ce qui est admis dans l’ensemble de ce chapitre vaut pour des périodes qui ont au moins cette durée et à l’échelle, dite ici « macronomique » (proposition 1.7), de l’ensemble d’une population.

2. Disons de ces périodes qu’elles sont longues.

Un long terme financier commence à partir de sept ans. La longue période que la pratique et la théorie économiques doit prendre en considération, toutes affaires financières et dispositions monétaires comprises, est aujourd’hui au minimum de quarante ans.

3. Le plein exercice de la relation EPCE est supposé.

Ce plein exercice, théorisé au chapitre précédent, est supposé non seulement jusqu’à la fin du présent chapitre mais aussi tout au long des suivants.

4. L’une des fonctions des revenus de placement est de procurer des rentes.

L’autre fonction, décrite dans le chapitre précédent, est propre aux profits.

La thèse de la suffisance possible des profits, par le truchement du plein exercice de la relation EPCE, n’est fondée que si la thèse de la suffisance de l’ensemble des rentes l’est. La cause en est que, proposition 7.10, la relation EPCE ne suffit pas à établir qu’un taux moyen suffisant de profit sur capital puisse constamment exister.

5. Sur la durée minimale prise en considération, les rentes sont objectivement suffisantes à une première condition.

La valeur de liquidation des placements doit avoir été, et rester, réajustée pour compenser l’érosion monétaire. En d’autres termes, assez doit avoir été fait et refusé, notamment en matière de finances publiques et de rigueur monétaire, pour éviter « l’euthanasie des rentiers ».

6. Sur cette même durée minimale, les rentes sont objectivement suffisantes à une seconde condition.

Soit un individu auquel aucune propriété ayant une valeur d’échange n’a été transférée mais qui a épargné et placé tout au long de sa vie professionnelle, en préparation de son ultime vie suivante sans retraite par « répartition ». Ses placements ont été suffisants, et leur rendement moyen le reste, quand cet individu peut, sa vie professionnelle terminée, jouir de rentes de même ordre de grandeur que ce qu’ont été ses revenus du travail pendant la deuxième moitié de sa vie professionnelle.

7. Ces suffisances sont empiriquement réglables par le corps social.

Soit F la fraction placée du revenu des ménages, R le rendement de ces placements. F est susceptible de se révéler insuffisant si R est trop faible. Mais, pour autant que des calculs, usant de la mathématique de l’accumulation exponentielle (« capitalisation »), alimentent le débat public, l’opinion se répand que des relèvements de F et de R sont nécessaires. Si la pression des opinions qui s’y opposent et des structures qui n’y ont pas intérêt est repoussée, ce relèvement se produit car il vient s’ajouter à l’aspiration primordiale dont la satisfaction est le motif de la volonté du plein exercice de la relation EPCE.

8. La suffisance des revenus de placement a le même statut que la relation EPCE.

Cette suffisance fait partie, comme cette relation, de ce qui est réalisable et non pas de ce qui est forcément réalisé dès lors que la liberté d’entreprendre à titre marchand prévaut. Tant, notamment, que l’opinion dominante chez les économistes ne comporte pas la prise en considération active de ces réalisables, ce sont en substitut d’autres idées auto-réalisatrices, différemment orientées, que cette opinion cultive et répand.

9. Une inévitable montée du rendement des placements sur longue période rendrait excessif le revenu total des placements.

Ce n’est pas fortuitement qu’une telle montée, touchant le rendement des placements et non pas les plus-values de liquidation, ne s’est jamais produite sur longue et très longue périodes. Sa probabilité future est nulle à cause des refus du corps social dont la proposition suivante fait état.

10. L’objectif de retraites par placement seulement est sensé.

Ce « seulement » implique que des retraites par « répartition » ne sont plus du tout nécessaires parce que des progrès assez substantiels ont été faits pour remplir les conditions indiquées ci-dessus (arguments 4 et 5). Ces progrès sont socialement sensés : 1) par ce qu’ils permettent d’obtenir en matière d’emploi, 2)  parce qu’ils favorisent la maximisation du revenu total du travail sous contrainte d’un revenu total des placements suffisant, nous allons voir comment.

11. Le « coût du travail » est-il le produit de deux répartitions ?

Le réel étant ainsi fait gardons présent à l’esprit, particulièrement quand nous articulons nos idées sur la théorie de la valeur et les formations des principales catégories de prix, que la marchandise primaire est le travail en tant queproduit d’une dépense d’énergie humaine – travail-ouvrage. Ricardo en a eu très manifestement conscience même s’il n’a pas su (avant de mourir prématurément d’une otite) : 1)  accorder son vocabulaire avec ce constat initial et final afin que la postérité voit que l’expression « valeur-travail », dont il n’use pas, est impropre alors que celle de « valeur objective d’échange marchand » est recevable chaque fois que le réel ou le réalisable dont il est question s’y prête ; 2) produire une réponse géométriquement impérative à la question : le revenu du travail, salarié par salarié, est-il le produit de deux répartitions dont l’une forme le revenu total du travail et l’autre règle l’inégalité des salaires ?

12. Ce chapitre et le suivant exposent les tenants et les aboutissants majeurs de cette réponse.

Ce que les « sciences économiques » appellent  « coût du travail », alors qu’il s’agit de salaire complet, est un prix et le seul prix à être formé de cette façon. David Ricardo n’aurait pas tourné sa courte préface tel qu’il l’a fait s’il n’en avait pas eu la prescience, ainsi que le confirme une lecture vraiment consciencieuse de ses considérations sur le salaire. Ayant fait une telle lecture et rendant compte de son enquête dans un ouvrage « foisonnant » (Raymond Barre), Paul Fabra a rouvert l’accès à cette élucidation capitale.

13. Il a fallu d’abord cheviller des réfutations elles-mêmes irréfutables.

C’était très évidemment ce qu’il fallait en premier lieu faire dès lors qu’on s’en accordait la liberté. Ce travail critique a notamment porté sur la « force de travail » selon Marx, l’universalité de la loi de l’offre et de la demande ; le profit dans le schéma général de l’échange. Cette production a dégagé un espace afin qu’on puisse y reconstruire « de fond en comble » (quatrièmes de couverture des deux éditions françaises du « livre foisonnant »).

Elle a également fourni du matériau de reconstruction. Cependant, il restait, et il restera toujours, à vérifier ce que cette fourniture, complétée par d’autres écrits dont plus d’un millier de chroniques, comporte en pas assez et en trop afin de pouvoir être enseignée sans que sous son apparente perpétuation sa perversion puisse être introduite et consommée, comme c’est arrivé à la théorie ricardienne de la valeur.

14. Le présent traité d’économie politique objective y contribue.

Mais c’est, hélas à plus d’un égard, sans presque rien assembler qui puisse être exploitable par les « sciences économiques » sans contradictions tolérables. L’idée, somme toute fort simple, de la relance permanente par de nouvelles mises en capital strictement dit remet en cause la relégation de la loi des débouchés de Say – loi formellement approuvée par Ricardo. Partant, la sortie de cette relégation va de paire avec l’entrée en relégation de la « macro-économie » et de la comptabilité nationale « dans un cadre keynésien standardisé » (l’origine de cette citation est indiquée dans le dernier développement de ce chapitre).

15. Pensons en plus à la bourse et à la banque et à la communication et aux concentrations et aux solidarités telles qu’on y joue aujourd’hui.

Mettons en face un schéma qui, par sa conception, prescrit de jouer autrement, certes pas complètement autrement mais bien sur du réel primordial autrement. On comprend que l’étude de ce schéma puisse être fort souvent bien plus insupportable que supportable. On comprend qu’opposer du silence à l’économie politique objective et à la politique économique qui en découle puisse être la meilleure défense contre ce qu’elles remettent en cause.

16. De 1974 jusqu’à présent, il en a été ainsi.

1974 est l’année de première parution du « livre foisonnant ». Bien qu’il ne soit pas du tout passé inaperçu, sous la poussée de la massification de la formation aux « sciences économiques » nous assistons depuis et jusqu’à présent au recul de la volonté de prendre à bras le corps la critique de l’état de la pensée économique et, par de la reconstruction sur des fondations restaurées et consolidées, les maux que seul un assainissement assez radical est de nature à soulager, voire pour certains à éradiquer.

8.3. Deux refus d’évolution sur longue période gouvernent la répartition du revenu global.

 

1. Ces deux refus sont le produit de la morale naturelle.

La création et la pérennité d’entreprises privées soumettent le corps social à un apprentissage qui le conduit à prendre des positions sur les mœurs économiques viables de génération en génération. Au fil du temps, le corps social intègre ces positions à ce que sa mentalité comporte de plus stable.

2. Le corps social refuse que les taux de rapport des placements d’épargne s’élèvent de génération en génération.

Si cela se produisait, l’égalité RG revenu global = RP revenu total des placements + RT revenu total du travail ferait que la part relative du RT dans le RG s’abaisserait tendanciellement. Les périodes de quelques années où cette baisse tendancielle paraît s’amorcer débouchent inexorablement sur des réactions du corps social qui ont pour effet de remonter la part relative du RT dans le RG.

3. Le corps social refuse que si le revenu global, RG, augmente, le revenu total du travail, RT n’augmente pas lui aussi.

Le sens commun sait, par le raisonnement et expérimentalement, que l’augmentation de RG a deux causes : assez de placements nouveaux pour qu’elle puisse être obtenue, assez de travail nouveau car il est indispensable pour donner cet effet aux placements.

4. Ces deux refus procèdent de deux volontés collectives.

L’une de ces volontés est de tenir le revenu total de placement, RP, pour possiblement suffisant. L’autre de ces volontés est de tenir le revenu total du travail, RT, pour irrémédiablement insuffisant.

5. L’assomption de ces deux volontés en fait des éléments explicites de contrat social.

La science économique contribue à cette assomption en faisant de ces deux volontés un pivot normatif de sa théorie de la répartition du revenu global.

6. L’augmentation de RT, le revenu total du travail, ne se décrète pas.

Un gouvernement qui veut forcer cette augmentation n’a pour moyen d’action que le niveau nominal des salaires. S’il oblige à une hausse de ce niveau, il prend le risque, d’autant plus certain que la hausse est importante, de déclencher la propagation d’une augmentation générale des prix nominaux qui a pour effet de laisser finalement revenir l’évolution du pouvoir d’achat du salaire moyen au cours qui aurait été le sien sans cet à-coup.

7. Il n’y a pas de limite assignable à l’augmentation, de génération en génération, du pouvoir d’achat du salaire moyen.

Pour qu’il y ait une telle limite, il faudrait qu’elle concerne d’abord l’élévation du rapport entre qualité et prix des services et des biens marchands en quoi consiste le revenu global, RG. Or c’est, concurrence aidant, cette élévation qui est sans limite assignable, malgré sectoriellement des baisses temporaires de qualité plus que proportionnelles à la baisse des prix.

C’est l’un des nombreux points à côté desquels Malthus est passé et qu’il faut aux encore très nombreux malthusiens se refuser à considérer pour le rester.

8.4. Le revenu total du travail tend à être ce qui reste du revenu global après constitution du revenu total des placements.

1. Puisque, par définition, RG = RP + RT, il n’y a que deux solutions possibles au problème de la répartition.

Solution 1 : la proportion RT / RG est celle qui détermine la proportion RP / RG. Solution 2 : la proportion RP / RG est celle qui détermine la proportion RT / RG.

2. Seule la seconde solution est cohérente avec ce que la proposition précédente indique.

Cette indication est celle des deux refus par lesquels le corps social gouverne la répartition du revenu global RG sur longue période.

3. Le statut méthodologique et politique de l’équation RT = RG – RP est le même que celui de la relation EPCE.

Il est aussi le même que celui de la possible suffisance du revenu total des placements.

4. Le profit (chapitre 6) procède, entreprise par entreprise, d’une différence entre les produits et les charges dont des salaires font généralement partie.

Mais cette détermination est à l’échelle mésonomique (proposition 1.7). La répartition du revenu global, RG, est un phénomène macronomique. Avec « = » signifiant « détermine », une relation de type A – B = C vraie à l’échelle mésonomique ou micronomique ne l’est pas forcément à l’échelle macronomique, et inversement. Une autre relation, de type A fois B = C, dont il est question à partir de la proposition suivante, ne fonctionne pas dans le même sens à l’échelle de la macronomie et aux échelles de la mésonomie et de la micronomie.

5. À échelle mésonomique, il y a échanges entre le service du placement en capital et les profits périodiques.

Simultanément, à échelle macronomique et pour autant que le plein-échange prévaille, il y a : 1) régulation du taux moyen de profit sur capital par l’état de l’emploi : relation EPCE ; 2) détermination du revenu du travail, RT, par ce qui reste du revenu global, RG, une fois déduit le total des profits et des intérêts constitutifs des autres revenus de placement : RT = RG – RP avec « = » signifiant « est déterminé par ».

6. Il est exact de considérer que les profits amputent d’autant les salaires à une première condition.

Cette condition est de voir que cela se passe à échelle macronomique. Là le total des profits participe d’autant à l’amputation du total des revenus du travail, revenus dont une partie est perçue par d’autres salariés que ceux des entreprises.

7. Les bénéfices réalisés par une entreprise, et partant les profits versés par elle, n’amputent pas forcément les salaires du personnel de cette entreprise.

Mais faisons bien attention. Là on est à l’échelle mésonomique. Les salaires payés par une entreprise peuvent avoir été et rester au niveau de ceux des employeurs qui rémunèrent le mieux leur personnel. Entreprise par entreprise, il n’y a pas davantage forcément d’amputation des profits, ni même des bénéfices, par n’importe quelle augmentation de la masse salariale.

Il y a évidemment, entreprise par entreprise, une relation entre la marge avant frais de personnel, les frais de personnel et les bénéfices. Des augmentations du poids, par rapport à cette marge, de ces frais sont susceptibles d’avoir pour conséquence une baisse de ces bénéfices ou une perte. Des réductions de ce poids sont susceptibles d’avoir l’effet inverse. Un manque croissant d’emplois, dans l’ensemble de l’économie, favorise ces réductions et, par elles, les augmentations de bénéfices et de profits qu’elles permettent.

La proposition macronomique « le revenu total de la propriété ampute d’autant le revenu total du travail » est juste. Les propositions mésonomiques « le bénéfice d’une entreprise ampute d’autant la masse salariale de cette entreprise » et « le profit perçu par le(s) propriétaire(s) d’une entreprise ampute d’autant la somme des salaires du personnel de cette entreprise » sont fausses.

8. Faire une généralité de la réduction du « coût du travail » pour augmenter la « compétitivité » n’est pas recevable.

La notion de « compétitivité » n’a un sens économique que si elle sert à désigner par un mot la comparaison de rapports entre qualité et prix (valeur d’usage et valeur d’échange) et non pas de prix seulement. Estimer que la comparaison des offres est sur les prix seulement revient à amputer la concurrence de l’une de ses dimensions. La règle générale est qu’il faut plus de qualité pour augmenter la compétitivité, afin que ce ne soit pas aux dépens d’autrui mais quitte à ce que ce soit au détriment de rendements plus élevés.

9. Il est exact de considérer que les profits amputent d’autant les salaires à une seconde condition.

Cette seconde condition est de nouveau macronomique. Elle consiste à reconnaître que, pour élever le total des salaires et le salaire médian plus que proportionnellement au revenu total des placements, RP, il faut qu’il y ait assez de profits pour drainer assez d’épargne vers son placement en titres de propriété d’entreprises afin de hisser et maintenir le stock national de capital à la hauteur nécessaire au plein-emploi.

10. Toute une part de ce qu’il revient, à la science économique d’installer de plus favorable au progrès social en découle.

Dans cette installation, il y a en premier lieu le profit vu en tant que contrainte imposée par la cybernétique des échanges marchands, au lieu du bénéfice vu en tant que raison d’être de l’entreprise standard – laquelle, quand elle n’est riche que de ses bénéfices est en réalité pauvre ainsi qu’inévitablement sa destinée finit par le prouver. Il y a en second lieu la relation EPCE. Il y a en troisième lieu la théorie de la répartition quand elle a pour pivots les deux refus indiqués par la proposition précédente et l’équation dont il va être maintenant question.

8.5. Une autre équation règle la répartition du revenu global.

1. La forme de cette autre équation est mathématiquement élémentaire.

Cette forme est, en effet, A = B fois C, chacun de ces trois termes étant un ratio entre deux variables parmi trois : x / y =  z / y fois x / z (ex : 8 / 100 = 400 / 100 fois 8 / 400 = 4 fois 2 %).

2. La règle de trois est centrale.

Quand des gestionnaires ont, forts de leur expérience, soutenu que « dans les affaires » l’opération la plus utilisée et utilisable est la règle de trois, ils n’ont vu qu’en partie juste. Cette opération se révèle être aussi centrale en science économique qu’en gestion.

3. Le découvreur de cette application de la règle de trois a été, à notre connaissance, l’américain Donaldson Brown.

Ce fût en 1906 ou 1907. Donaldson Brown a été un proche collaborateur – on dirait aujourd’hui un contrôleur de gestion en chef ou un directeur financier – de l’industriel Pierre Dupont de Nemours.

4. La formule de Brown n’est autre que celle des désormais fameux ROI et ROE.

ROI est l’acronyme de Return On Investment et ROE de Return On Equity. Il n’y a plus d’ouvrages nouveaux de gestion financière qui n’en traitent pas. Il y a cependant encore de récents traités de théorie économique qui n’en font explicitement aucun état.

5. Les conventions que posent les trois propositions suivantes aident beaucoup à bien formuler et assez complètement interpréter cette règle de trois.

La première et la troisième de ces conventions complètent ce qui a été précédemment admis au sujet de la rentabilité et de la profitabilité (proposition 6.7). La deuxième définit le concept de productivité.5

8.6. N’appelons « rentabilité » qu’un taux de revenu ou de marge sur stock.

1. Dans cette définition, « stock » est utilisé dans son sens économique le plus général.

C’est par distinction avec « flux », conformément à ce que la proposition 4.2 rappelle. Les bilans sont des comptes de stock. Les patrimoines et les dettes des particuliers sont des stocks.

2. La même distinction axiomatique entre stock et flux intervient dans deux définitions à suivre.

La première de ces définitions a pour objet la productivité, la seconde la profitabilité.

3. Utilisons, ci-après, la lettre G, de gain, pour désigner un revenu de placement ou une marge.

Les profits, tels qu’ici définis (chapitre 6), sont entièrement des revenus mais de placement. Les salaires sont également entièrement des revenus mais du travail.

L’usage est d’appeler « marge » la différence entre un flux de ventes à sa valeur-prix – le « chiffre d’affaires » – et ce même flux à une valeur-coût – un « prix de revient des ventes ». Ce qu’il est convenu d’appeler « valeur ajoutée » (proposition 3.7) est une marge. Aucun revenu, dont le profit, n’est, entre les mains de qui le perçoit, une marge. Plus généralement, tout montant d’une vente n’est pas une marge.

4. Des marges, parfois appelées « contributions », il faut de plus au moins savoir ceci :

Quand le « prix de revient des ventes » est le coût d’achat des marchandises revendues, la marge est fréquemment dite « brute ». Quand le coût considéré est « direct », il est conséquent de qualifier la marge de « directe ». Bénéfices et pertes sont eux aussi des marges. Il n’y a que dans certains secteurs industriels qu’appeler « contributions » des marges est estimé moins trivialement marchand...

5. Seul un ratio entre un revenu ou une marge G et un stock S est une rentabilité R telle que R = G / S.

Il résulte de cette définition qu’aucun rapport entre un revenu ou une marge et un flux n’est une rentabilité.

6. Un taux de profit sur capital est un ratio de la famille des rentabilités.

Le rapport entre le revenu de l’épargne placée et la valeur attribuée à cette épargne l’est également. Sont aussi, entre autres, des rentabilités les taux de marge brute sur stock moyen et les taux de marge directe sur actif direct.

7. Rendre logiquement homogène la famille des rentabilités évite des malentendus et des erreurs.

Ce point est de grande importance. Des exemples simples sur les taux de bénéfice et d’autres marges l’établissent.

8. X et Y appellent aussi bien « rentabilité » un taux de bénéfice sur ventes que sur capital.

X affirme qu’il existe, sur longue période, une tendance à la baisse de la rentabilité des entreprises. Y affirme que cette tendance est, au contraire, à la stabilité. Les deux peuvent avoir raison. Il suffit que quand X parle de rentabilité des entreprises, c’est de taux de bénéfice sur chiffre d’affaires dont il est question alors que pour Y c’est aussi de taux de bénéfice mais sur capital ou actifs.

9. La baisse tendancielle des taux de profit a été prédite par de très célèbres économistes.

De savantes discussions de ce point, crucial quant au jugement d’ensemble porté sur l’économie de marché, sont restées sans issue à cause de définitions qui n’en sont pas. Il peut très évidemment y avoir, sur longue période, baisse asymptotique de taux de profit sur ventes et oscillations autour de leur stabilité des taux de profit sur capital.

10. Soit une entreprise où, comme cela reste encore fréquent, on ne s’astreint pas à l’usage univoque du concept de rentabilité.

Son encadrement, patron en tête, estime que l’activité A est moins « rentable » que l’activité B. En fait, le taux de marge sur chiffre d’affaires de A est nettement inférieur à celui de B. Mieux vaut se défaire de l’activité A, estime cet encadrement, car cela renforcera la rentabilité de l’entreprise. En réalité, au sens univoque ici donné au concept de rentabilité, il se trouve que, comme souvent, c’est la rentabilité directe de l’activité A qui est plus grande que celle de l’activité B.

11. Beaucoup de décisions, lourdes de conséquences notamment sur l’emploi, sont prises eu égard à la rentabilité.

Ce n’est pas encore pour autant qu’il s’agit presque toujours d’un élément de l’ensemble des rentabilités quand cet ensemble satisfait ce qu’est une définition en logique mathématique (proposition 1.1). Tant à des fins théoriques que pratiques, c’est pourtant méthodologiquement nécessaire, faute de quoi le réel économique n’est sur un point clé ni observé ni traité pour ce qu’il est.

12. Usons sans retenue de ce que le français nous a légué d’économiquement perspicace.

En français, une « rentabilité » évoque la rente rapprochée de la valeur attribuée au placement qui procure cette rente. Ce rapprochement constitue une valeur relative, toujours exprimable en pourcentage à l’année. Cette valeur relative est, pour ainsi dire, la mère des rentabilités en économie politique objective (EPO) et en bonne gestion.

 

8.7. N’appelons « productivité » qu’un rapport entre un flux, autre qu’une marge, et un stock.

1. Les chiffres d’affaires des entreprises sont des montants monétaires de leurs flux de ventes.

De ces montants, on peut dire qu’ils sont à leur « valeur-prix ». Un flux de ventes par une entreprise est, en effet, aussi exprimable à une « valeur-coût », ce qui se fait beaucoup en gestion car c’est indispensable à la détermination de certaines marges.

2. Les revenus sont des flux de vente.

Dans la mesure où on accepte de convenir que seules les ventes de marchandises élémentaires – services du travail et du placement par les épargnants – procurent des revenus, le concept de « revenu » est défini (et l’expression « revenu de transfert » devient celle d’une contradiction, de même que l’usage du mot « revenu » pour désigner le chiffre d’affaires d’une entreprise devient à contre-emploi en français).

3. Seuls les revenus de placement sont en rapport avec le montant monétaire d’un stock.

Ce stock est, bien entendu, celui de l’épargne placée en vue de procurer ce type de revenu. Le stock et le flux d’énergie vitale d’un individu, comme plus généralement de la « ressource humaine », n’ont aucune valeur d’échange marchand et, en conséquence, ne sont pas des grandeurs économiques – des grandeurs spécifiques à la pratique des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges.

4. Seul un ratio entre un flux F, autre qu’une marge, et un stock S est une productivité P telle que P = F / S.

Il résulte de cette définition qu’une productivité P mesure ce qu’un stock S a produit ou est susceptible de produire ayant valeur marchande, l’expression de ce flux F de production et de ce stock S étant elle-même exclusivement monétaire.

5. La productivité ainsi définie est une « rotation ».

Ce dernier terme est, à juste titre, souvent utilisé dans ce sens en gestion et en analyse économique.

6. Un rendement par unité physique ou horaire n’est pas une productivité.

Un rendement à l’hectare, un chiffre d’affaires au mètre carré, un tonnage ou un nombre de pièces à l’heure, etc., ne sont pas des productivités au sens univoque ci-dessus attribué à ce concept.

7. Un rendement, mot qui en français évoque l’action de rendre, est un rapport entre un résultat et un moyen mis en œuvre pour l’obtenir.

Le numérateur et le dénominateur de ce rapport sont, bien entendu, différents selon qu’il s’agit, par exemple, du rendement d’une terre agricole, du rendement d’un placement, du rendement de tels gens dans telle activité, du rendement d’une chaudière ou d’un moteur, etc.

8. Un chiffre d’affaires par personne employée ou n’importe quelle autre quantité par tête n’est pas une productivité.

Que cette autre quantité soit monétaire ou physique n’y change rien. Ce que ce genre de ratio mesure est un rendement et non pas une productivité quand cette dernière est conforme à la définition ci-dessus.

9. Cette définition fait de la famille des productivités un sous-ensemble strict de l’infinité des rendements.

La « productivité » dont il est fait de nos jours le plus souvent état ne respecte pas cette définition. Il s’agit, en effet, de chiffre d’affaires ou de valeur ajoutée par personne employée.

10. Il existerait une productivité par « facteur de production ».

Il existe, en vérité, une infinité de rendements. Répétons que les productivités telles qu’ici définies sont un sous-ensemble strict de cette infinité.

11. Examinons le cas d’un agriculteur travaillant seul.

Dans le stock que le travail de cet agriculteur met productivement en œuvre, il y a des machines. Il y a également, parmi d’autres « facteurs de production », un fonds de salaire, partie du fonds de roulement, car l’agriculteur travaillant seul n’en est pas moins économiquement un salarié.

12. Interrogeons-nous.

Quelles parts de la production de cet agriculteur sont respectivement attribuables à son travail, aux machines qui instrumentent ce travail, aux variétés culturales, aux engrais utilisés, à la terre elle-même, au soleil, à l’eau, à telle ou telle masse du bilan, etc. ?

13. Il n’y a pas de réponse à ce genre de question.

Il n’y a pas, en effet, dans un processus de production, mise en œuvre de facteurs indépendamment les uns des autres. Il y a combinaison et c’est la combinaison qui est productive. Que la production considérée puisse ou ne puisse pas être qualifiée de marchande n’y change rien.

Les citations à suivre sont tirées de récents manuels d’économie.

14. Affirmer que la productivité est un « rapport entre un volume ou une valeur de production et une quantité de facteur » rend compte d’une acception.

Cette acception, valant pour tout rendement, n’est pas une définition au sens de ce concept en théorie des ensembles non flous. Le fait qu’aucune propriété spécifique aux rendements appelés « productivités » ne soit spécifiée en atteste.

15. Il est admis que « ce sont les gains de productivité qui permettent d’améliorer le niveau de vie de la population ».

Ces « gains de productivité » sont ceux « obtenus lorsque les entreprises produisent soit plus de biens sans utiliser plus de facteurs, soit autant de biens avec moins de facteurs de production ». Comme cela va être montré dans la suite de ce chapitre, « le niveau de vie d[‘une] population » dépend, en fait, du rapport entre son revenu global, RG, et le stock des placements, SDP, « facteur de production » du RG.

16. Une conception de la création de richesse marchande s’accorde mal avec ce « en fait ».

Dans cette conception, la quantité finie de ressources naturelles borne la production de richesse marchande, vue sous la forme des objets tangibles vendus par les entreprises – la forme des gigantesques entreposages portuaires de conteneurs empilés que le développement du commerce international lui donne.

17. Cette conception est faussée.

Les ressources naturelles sont en quantité limitée à l’exception d’une qui n’est négligeable que par nécessité idéologique : l’intelligence humaine. Qualité et quantité de ce « facteur de production » sont illimitées comme l’est l’utilité, ou valeur d’usage, susceptible de trouver preneur en contrepartie de valeur d’échange sonnante et trébuchante.

18. Une évidence capitale s’en trouve actuellement encore par trop laissée de côté.

Quand ces absences de limite sont prises en compte et quand la richesse marchande est vue sous la forme, non quantifiable à cause de son composant « valeur d’usage » et néanmoins ô combien réel, du pouvoir d’achat moyen par tête de valeur d’usage, cette évidence se dégage d’elle-même. Même en bornant la liberté d’entreprendre par de plus en plus de contraintes quant à l’emploi de toute autre ressource naturelle que l’intelligence humaine, il n’y a pas de limite à la production marchande, comme il n’y en a pas à la production non marchande.

19. La civilisation gagnera au remplacement d’une rengaine par une invitation.

Depuis plusieurs générations, il est seriné à tout bout de champ – et particulièrement à tout début de champ de culture économique et d’initiation au réalisme commercial – que les besoins des hommes sont infinis (et que la finitude des ressources naturelles fait de la rareté le deus ex machina de l’économie, assertion que l’argument précédent fait plus que nuancer). Le remplacement de cette rengaine par l’invitation à prendre acte et à tirer parti du fait que l’accumulation par les hommes de savoirs et de sagesse est sans limite sera une avancée de grande portée.

20. Ce changement de cap a des conséquences morales considérables.

Le constat suivant fait partie de l’accumulation qui vient d’être évoquée. L’économie politique objective tient debout sans que le truisme sur les besoins humains illimités et le sophisme de la rareté universelle en soient des fondations. La conséquence morale est considérable : les mœurs les plus typiques de la société de consommation et l’économisme, arrivé au point d’affirmer que le capitalisme est amoral, sont eux fondés sur ce truisme et ce sophisme.

21. Il revient à la science économique d’apporter une réponse claire à trois questions de fond sur ce qui rend un peuple économiquement prospère.

Ces trois questions sont étroitement liées. Question 1 : un « facteur de production » a-t-il un effet d’entraînement plus initial que les autres afin qu’il y ait élévation du « niveau de vie de la population » avec le minimum d’effets pervers ? Question 2 : un rendement est-il le plus déterminant de cette élévation ? Question 3 : la hausse du revenu total du travail a-t-elle pour plafond la hausse du rendement du travail ?

22. Un « facteur de production » a-t-il un effet d’entraînement plus initial que les autres afin qu’il y ait élévation du « niveau de vie de la population » avec le minimum d’effets pervers ?

Les trois chapitres précédents, successivement sur le capital, le profit et l’emploi, établissent que ce « facteur de production » est la mise en capital, ce dernier concept au sens univoque posé au début du chapitre 5.

23. Un rendement est-il le plus déterminant de l’élévation du « niveau de vie de la population » ?

Oui, poussent à répondre les « sciences économiques » : ce rendement est celui du travail. Cette réponse est aussi celle du patron qui s’échine à rendre le travail assez productif de vente et de marge. Cela ne suffit pas à garantir que cette réponse soit économiquement la plus pertinente.

24. La hausse du revenu total du travail a-t-elle pour plafond la hausse du rendement du travail ?

Non, poussent à répondre les « sciences économiques » : ce plafond est plus bas car le fruit des « gains de productivité », sous-entendu du travail, est à partager. En entreprise, ce partage est entre les clients, les salariés et l’entreprise car c’est cette dernière qui a instrumenté ces gains. Cela semble être de bonne justice distributive. Mais nous allons constater avant la fin de ce chapitre que l’économie de la répartition du revenu global, RG, fait que ce n’est pas commutativement juste.

25. Nombreuses sont les décisions, lourdes de conséquences notamment sur l’emploi, prises eu égard à « la productivité ».

C’est pourquoi il est, pour le moins, souhaitable de faire des productivités un ensemble conforme à ce qu’est une définition en logique mathématique (proposition 1.1). Tant à des fins théoriques que pratiques, c’est en fait méthodologiquement indispensable, faute de quoi toute une part du réalisable économique socialement le plus positif n’est ni observé ni traité pour ce qu’il est.

26. Quelle est, à l’échelle de la macronomie, la productivité qui a le plus grand effet ?

Anticipons sur ce qui va être établi par la suite de ce chapitre. Pays par pays, le ratio macronomique de la famille des productivités qui a le plus grand effet est celui dont le numérateur est le revenu global, RG, et le dénominateur le stock de placements, SDP – dont fait partie le stock national de capital (sur ce dernier concept, argument 1 de la proposition 7.3). Mais pour en arriver à ce qui donne le plus sûrement accès à ce constat, passer par la définition du concept de « profitabilité » s’impose.

8.8. N’appelons « profitabilité » qu’un taux de revenu ou de marge sur flux.

1. Le G de gain est de nouveau utilisé ci-dessous.

Il l’est déjà dans l’argumentation de la définition de la rentabilité, proposition 8.6. Il continue à désigner dans ce chapitre exclusivement un revenu de placement ou une marge, même quand elle est négative.

2. Notons P’ toute profitabilité.

L’argumentation de la proposition précédente attribue la notation générique P à la productivité.

3. Seul un ratio entre un revenu ou une marge G et un flux F est une profitabilité P’ telle que P’ = G / F.

Tout rapport entre un revenu ou une marge G et un stock S est une rentabilité R telle que R = G / S et non pas une profitabilité P’ telle que P’ = G / F.

4. Les montants monétaires qui déterminent ces trois ratios sont eux-mêmes au nombre de trois.

La conséquence, en sus d’être algébriquement évidente, x / y = z / y fois x / z, est économiquement de si grande portée qu’il y a du réel essentiel négligé dans une initiation à l’économie qui n’en fait pas état.

5. Les numérateurs, notés G, d’une rentabilité et de la profitabilité qui lui correspond sont les mêmes.

Le dénominateur d’une rentabilité, noté S, est le même que celui de la productivité qui lui correspond. Cette dernière a pour numérateur, noté F, le dénominateur de la profitabilité qui lui correspond. L’application de la règle de trois qui s’en trouve établie est, avec ces notations : G / S = F / S fois G / F.

6. Il y a une bonne habitude à prendre.

Elle consiste à se poser la question suivante. Dès qu’un ratio a pour numérateur un revenu, dont notamment du profit, ou une marge, dont notamment du bénéfice d’entreprise, s’agit-il, certainement ou probablement, d’une rentabilité ou d’une profitabilité ou, faute d’indication sur le dénominateur, des deux à la fois ?

7. Deux usages sont notamment à éviter.

L’un consiste à dire d’un taux de profit sur capital qu’il mesure une profitabilité au lieu de dire qu’il mesure une rentabilité. L’autre consiste, inversement, à dire d’un taux sur la valeur-prix ou la valeur-coût de ventes qu’il mesure une rentabilité.

8. L’économie n’est pas qu’une affaire de mots.

Elle en est cependant une aussi. Un petit nombre de mots clés utilisés de façon trop imprécise donnent le sentiment tantôt d’une complexité qu’une terminologie plus précise dissipe sur toute une série de points élémentaires, tantôt d’une simplicité dont la fausseté fait commettre des erreurs d’analyse et de politique économiques.

8.9. Appelons « relation RPP’ » le fait que toute rentabilité est égale à une productivité multipliée par une profitabilité.

1. Résumons les trois précédentes définitions.

Avec R pour rentabilité ; P pour productivité ; P’ pour profitabilité ; G, de gain, pour un montant exprimé en quantité de monnaie d’un revenu ou d’une marge ; S pour un montant exprimé en quantité de monnaie du stock ayant permis d’obtenir G ; F pour un montant exprimé en quantité de monnaie de vente, qui est un revenu de la propriété quand S est un placement effectué par un épargnant :1

R = G / S

P = F / S

P’= G / F

2. G / S = (F / S) * (G / F).

Toute rentabilité R est égale à une productivité P multipliée [*] par une profitabilité P’ et seule une rentabilité a cette propriété. Cet énoncé définit ce que nous proposons d’appeler la « relation RPP’ ».

3. La relation RPP’ est ce que met au jour de plus général la relation de Brown (3 de 8.5).

Postérieurement, l’économiste anglaise Joan Robinson a fait usage de cette relation. Mais ce fut hors du contexte de la théorie du capital et de la théorie du profit exposés aux chapitres 5 et 6, ainsi que sans entrer dans les considérations suivantes.

4. Aux trois étages de la pyramide des échelles économiques, la relation RPP’ est active.

L’étage du bas de cette pyramide est celui de la micronomie. L’étage intermédiaire est celui de la mésonomie. L’étage du haut est celui de la macronomie.

5. L’échelle de la micronomie est celle des produits vendus par les entreprises.

À cette échelle, les rentabilités R, les productivités P et les profitabilités P’ sont directes, c’est-à-dire avant toute répartition de coûts communs et, pour les rentabilités R et les productivités P, l’actif à prendre en considération est lui aussi direct (les concepts de marge directe et d’actif direct sont définis au chapitre 12).

6. L’échelle de la mésonomie est celle de l’entreprise.

À cette échelle, les rentabilités R sont celles du capital et de l’ensemble des actifs de l’entreprise. Les productivités P sont les rapports entre les ventes à valeur-prix (chiffre d’affaires) ou à valeur-coût (prix de revient) et le capital ou les actifs (numérateur identique dans les deux cas). Les profitabilités P’ sont celles de ces mêmes ventes.

7. L’échelle de la macronomie est celle du revenu global et de sa répartition.

Avec : RG revenu global ; RP revenu total des placements ; RT revenu total du travail = RG – RP ; SDP stock des placements ; RDP rentabilité des placements = RP / SDP ; PDP productivité des placements = RG / SDP ; P’RG profitabilité du revenu global = RP / RG ; à l’échelle de la macronomie nationale et régionale (supranationale, infranationale) la déclinaison de la relation RPP’ est :

RDP = PDP * P’DP

RP / SDP = (RG / SDP) * (RP / RG)

8. Les relations RPP’ sont myriades.

C’est en milliards, voire en milliards de milliards, que se compteraient, s’il était possible de procéder à un tel dénombrement, les relations RPP’ actives ou potentiellement actives dans l’économie d’un pays et d’une région supranationale.

9. Cela fait penser aux synapses d’un immense système nerveux stimulant et régulant les alvéoles d’un gigantesque poumon.

Aucun dirigisme, même équipé de toute la batterie d’ordinateurs et de bases de données qu’on voudra, ne peut être aussi régulateur et stimulateur dès lors que des soins assez diligents sont apportés au bornage de la liberté d’entreprendre par la liberté de choisir.

10. Toute rentabilité R est égale au produit d’une productivité P et d’une profitabilité P’ : R = P * P’.

Il n’en résulte pas que toute rentabilité R est complètement ou principalement déterminée par un tel produit.

11. Toute profitabilité P’ est égale au quotient d’une rentabilité R et d’une productivité P : P’ = R / P.

Il n’en résulte pas que toute profitabilité P’ est complètement ou principalement déterminée par un tel rapport.

12. Toute productivité P est égale au quotient d’une rentabilité R et d’une profitabilité P’ : P = R / P’.

Mais existe-t-il une seule productivité P qui soit complètement ou principalement déterminée par ce rapport ?

8.10. Trois variables déterminent le revenu total du travail : le revenu global, la rentabilité et la productivité des placements.

1. La détermination du revenu total du travail, RT, doit s’entendre pays par pays.

Cette limite géographique est une conséquence de la nature des variables de cette détermination. Tout ce qui rend une population plus ou moins adroitement industrieuse agit sur ce qu’est le revenu global par tête pour elle, ce revenu par tête étant toujours susceptible d’être peu ou prou différent d’un pays à l’autre.

2. Avec « = » signifiant « est déterminé par », nous avons montré que RT = RG – RP.

Rappelons que c’est la problématique, arguments 1 et 2 de 8.2, sur longue période de la répartition du revenu global qui est ici d’abord prise en considération.

3. Par définition de la rentabilité des placements, RDP, le revenu total des placements, RP, est égal à la multiplication de RDP par le montant du stock des placements, SDP.

RP = RDP * SDP

Comme par définition de la productivité des placements, PDP :

SDP = RG / PDP

RP = RDP * (RG / PDP)

4. Puisque RT = RG – RP :

RT = RG – (RDP * (RG / PDP))

le revenu total du travail, RT, est déterminé par une différence dont les variables sont le revenu global, RG, la rentabilité des placements, RDP, la productivité des placements, PDP. Cqfd.

5. De l’équation RT =RG – (RDP * (RG / PDP)) se déduisent tous les cas de progression, de stagnation et de régression du RT.

Il y a notamment une hausse du revenu total du travail RT, quand il y a hausse du revenu global RG, stabilité de la rentabilité des placements RDP, hausse de la productivité des placements PDP.

8.11. La tendance de longue période de la rentabilité des placements est à la stabilité.

1. Cette tendance a pour cause les refus indiqués plus haut.

Ce plus haut est la proposition 8.3. Le libéralisme politique, avec en particulier le droit reconnu aux salariés de se syndiquer et de faire grève, augmente les moyens de manifestation de ces refus.

2. La relation EPCE n’en fait pas moins osciller la RDP autour de sa tendance à la stabilité sur longue période.

Le raisonnement laisse attendre que le plein exercice de la relation EPCE, chapitre 7, réduit la durée entre les hauts et les bas des oscillations de la RDP autour de sa tendance à la stabilité.

3. Des décrochages de bande d’oscillations peuvent survenir.

Il y a un tel décrochage, en profil de marche de marche d’escalier, quand la tendance de longue période de la RDP passe de x % à y % avec y assez nettement supérieur ou inférieur à x.

4. Ces décrochages sont à raison d’une fonction des rentes.

Il résulte des arguments 6 et 7 de la proposition 8.2 que cette fonction est de nature à faire en sorte qu’il faille de la très longue période pour constater l’un de ces décrochages. Il en résulte aussi que cette fonction n’est pas de nature à compromettre la tendance à la stabilité sur longue période de la RDP. Les rentiers en tant que tels n’ont pas intérêt à ce que les salariés et les clients des entreprises, respectivement en tant que tels, voient se réduire comme peau de chagrin les revenus du travail : la montée du mécontentement qui en résulterait leur serait préjudiciable.

5. La tendance à la stabilité sur longue période de la RDP est relative.

Elle est relative à la tendance sur longue période de la productivité des placements, PDP, qui par le rapport RDP / PDP détermine la profitabilité du revenu global, P’RG.

[6. Une flèche horizontale, orientée vers la droite, représente trop approximativement la tendance de la RDP.

Mieux vaut que la tige de la flèche soit ondulée. Quand nous disposerons de ce dessin, il conviendra de le faire figurer dans le tableau qui, plus loin, se trouve en argumentation de la proposition 8.13.]

8.12. La tendance de longue période de la productivité des placements est à la hausse.

 

1. Les innovations techniques qui ont pour effet d’élever des rendements sont une cause de cette hausse.

C’est si connu et avéré qu’il n’est pas ici la peine d’y insister. Gardons cependant présent à l’esprit que parmi les techniques qui élèvent des rendements, il y a celles de commercialisation et d’administration, avec pour instruments des ordinateurs reliés par des réseaux… dont désormais un réseau de réseaux où Teilhard de Chardin aurait vu un nouveau grand instrument de « l’hominisation » qu’il a théorisée.

2. L’essor fulgurant de cette instrumentation a incité à faire grand cas de « l’économie de la connaissance ».

La pratique des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges, à savoir l’économie telle que définie au premier chapitre de ce traité, exploite du savoir accumulé depuis qu’elle est apparue aux temps préhistoriques. L’accélération de cette accumulation ne change fondamentalement rien à ce qui rapproche ou éloigne l’économie pratiquée de l’économie de plein-échange.

3. Les améliorations de qualité contribuent à la hausse de la PDP.

Les besoins des chalands, et partant la concurrence entre les offreurs à titre marchand, portent sur les rapports entre qualités et prix. Les améliorations de qualité, plus que proportionnelles aux différentiels de prix des offres comparées, élèvent la PDP. Dans le numérateur qui détermine la PDP rentre, en effet, le revenu total du travail, RT. Plus de qualité nécessite plus de qualifications professionnelles que les entreprises ne parviennent à mobiliser qu’en procurant des salaires assez élevés à cette fin.

4. La hausse de la PDP s’accompagne de plafonnements de productivités mésonomiques.

Un exemple de ces plafonnements est la location d’un espace foncier. L’entreprise que cette location constitue a pour profitabilité P’ le rapport entre le profit qu’elle procure et le loyer ; pour productivité P le rapport entre le loyer et la valeur vénale du bien loué ; pour rentabilité R, le rapport entre le profit et la valeur vénale du bien loué. Quand l’assainissement permanent de l’économie de marché à laquelle cette entreprise appartient n’est pas trop déréglé, ces trois termes de la relation RPP’ sont stables.

5. Il en va de même de productivités micronomiques.

Des rotations de stock de marchandise vendue par des entreprises ont des limites physiques qui ne peuvent être éliminées qu’en supprimant le stock. Mais alors il en résulte des services qui, n’étant plus fournis, en viennent tôt ou tard à l’être par d’autres entreprises dont les prix de ces fournitures comportent le coût du stockage qu’elles rétablissent.

6. Les plafonnements de productivité ne touchent pas les entreprises qui exploitent un espace foncier.

Dans ces entreprises entrent celles qui sont d’exploitation agricole ou forestière. Dès lors que cette exploitation, avec ses propres bilans et comptes de résultat, se trouve dans un pays d’évolutions techniques qui font croître des rendements, sa productivité P est vouée à croître asymptotiquement et sa profitabilité P’ à décroître de même.

7. Les rendements décroissants ne freinent pas ipso facto la hausse de la productivité des placements, PDP.

Les rendements décroissants, en exploitation de gisements par exemple – fait différent des rendements qui croissent de moins en moins – augmentent, là où il est inévitable ou devenu viable de les assumer, des investissements à consentir et des augmentations de coûts. Diversifications de productions et de débouchés aidant, au moins un parallélisme entre ces augmentations et la hausse des prix de ces fournitures s’établit tôt ou tard. De plus, au mieux en contribution positive à la hausse générale de productivité telle qu’ici définie, des augmentations de qualité de ces fournitures par rapport à d’autres qui leur sont substituables sont obtenues ou finissent par l’être.

8. La concurrence ne fait pas que stimuler la hausse de rendements.

Elle stimule tout autant les diversifications et les ouvertures de débouchés. À leur moyen de nouvelles contributions au ralentissement ou à l’accélération de la hausse générale de productivité sont fournies.8

9. L’augmentation du pouvoir d’achat des salaires fait partie de l’aspiration primordiale (7.1).

C’est, en outre, avec un plus grand poids des bas et moyens salaires parce que c’est eux qui concernent le plus directement la plus grosse partie de la population tirant revenu de son travail.

10. Le désir de cette augmentation contribue à la hausse de la productivité des placements, PDP.

La causalité dont l’équation RT = RG – (RDP * (RG / PDP)) rend compte est connue des populations qui ont vécu, et continuent à vivre, le dépassement par les bas salaires de leurs niveaux si misérables que la durée de vie s’en trouve sensiblement réduite. Par cette expérience, ces populations sont disposées aux myriades d’initiatives entrepreneuriales qui contribuent à la hausse de la PDP.

11. « C’est nous qui faisons croître la productivité des placements ».

« C’est nous et tous les autres salariés des entreprises, au moyen des infrastructures publiques et d’autres fonctions régaliennes, sous l’aiguillon de la concurrence et pour le bien commun, qui sommes moteurs de la croissance de la productivité des placements ». Les entrepreneurs ont économiquement raison de penser ainsi et de le faire savoir alors qu’ils ont tort de croire et donner à croire que les entreprises sont créatrices de richesse marchande, et à plus forte raison les seules créatrices (la raison de ce tort est plus avant rappelé dans l’argumentation de la proposition 8.15).

12. La hausse de la PDP est pérenne sur très longue période.

Les causes multiples de hausse de la PDP ont pour conséquence que, dans les pays où le revenu par tête est le plus élevé, le remplacement sur longue période de la tendance à la hausse de la PDP par une tendance à la stabilité ou à la baisse est très peu probable.

13. Il y a cependant d’un pays à l’autre des pourcentages de hausse de la PDP pouvant aller temporairement plus que du simple au double.

On ne peut pas s’attendre, en économie ouverte, à ce que la PDP d’un pays A, où le revenu par tête est actuellement nettement plus élevé que dans un pays B, puisse ordinairement s’élever autant en A qu’en B. En tout état de cause, la même augmentation en équivalent monétaire du pouvoir d’achat du revenu par tête en A qu’en B fait un plus faible taux de croissance en A qu’en B. Sous l’effet d’une moindre hausse de la PDP le revenu par tête d’habitant du pays A ne peut ordinairement plus augmenter en pourcentage autant que celle du pays B dans sa phase d’émergence.

14. Le libre-échange en commerce international crée et entretient la tendance à l’égalisation vers le haut des PDP nationales.

Il le fait en exposant à d’autant moins de crises, dont des guerres, et d’incessantes interventions palliatives de déséquilibres exponentiels de balances commerciales, qu’il est placé en prolongement du plein-échange marchand à usage domestique.

Cette perspective n’implique pas l’uniformisation de toutes les mœurs. Au contraire, trop de cette uniformisation réduit la qualité et la variété de ce que le génie humain produit.

[15. Une flèche montante, orientée vers la droite, représente trop approximativement la tendance de la PDP.

Mieux vaut que la tige de la flèche soit ondulée. Quand nous disposerons de ce dessin, il conviendra de le faire figurer dans le tableau qui se trouve en argumentation de la proposition suivante.]

8.13. La tendance de longue période de la profitabilité du revenu global est à la baisse.

1. Cette baisse résulte des tendances respectives de la RDP et la PDP.

Puisque les équations :

RDP = PDP * P’RG

P’RG = RDP / PDP

sont toujours satisfaites par les définitions dont elles procèdent, la tendance à la stabilité de la rentabilité des placements, RDP, et la tendance à la hausse de la productivité de ces mêmes placements, PDP, ont pour conséquence la tendance à la baisse de la profitabilité du revenu global, P’RG. Cqfd.

2. Le tableau suivant illustre cette loi économique de toute première importance.

Tendances de longue période

Rentabilité
RDP
RP / SDP =

Productivité
PDP
(RG / SDP) *

Profitabilité
P’RG
(RP / RG)

Flèche
horizontale
à tige
ondulante,
pointe à droite

Flèche
montante
à tige
ondulante,
pointe à droite

Flèche
descendante
à tige
ondulante,
pointe à droite

 

3. Quand ces ratios sont exprimés en pourcentage, la P’RG est le complément à 100 du revenu total du travail, RT, rapporté au revenu global, RG.

Puisque, avec RP pour le revenu total des placements RT = RG – RT :

(RT / RG) *100 = 100 – ((RP / RG)*100)

Le pourcentage (RP / RG) * 100 étant une expression de la P’RG, il est le complément à 100 du pourcentage du RT par rapport au RG, (RT / RG) *100. Si par, par exemple, la P’RG est de 15 %, le RT est de 85 % du RG.

4. La baisse du pourcentage du RP par rapport au RG est compatible avec une hausse en valeur absolue du RP.

Il peut fort bien y avoir, notamment, une hausse du revenu total des placements, RP, moins que proportionnelle au revenu global, RG. Alors le poids du RP dans le RG baisse cependant que non seulement le poids du RT dans le RG augmente mais aussi que la hausse du RT est plus que proportionnelle à celle du RG.

5. Schématiquement, les évolutions respectives de RG, RP et RT en valeur absolue et relative sont normalement les suivantes.

[Ce schéma, destiné à prendre place ici, comporte l’un à côté ou au dessous de l’autre deux cercles. Le premier est le revenu global en début de longue période, le second le revenu global en fin de longue période. Les légendes l’indiquent.

La surface du premier cercle est plus petite que la surface du second : RG a augmenté. Deux traits joignent les centres de ces cercles à leur circonférence. Cela fait deux tranches très inégales dont l’une représente le RP et l’autre le RP. Celles de ces tranches qui représentent le RP en début et fin de période sont nettement plus petites que celles qui représentent le RT en début et fin de période. La surface de ces tranches est moins augmentée en fin de période que la surface des cercles. Les angles aigus qui ont pour sommets les centres des cercles sont plus petits en fin de période qu’en début.7

Un exemple numérique se trouve en argumentation de la proposition suivante.]

6. Cette normalité entretient une supériorité durable.

Cette supériorité est celle de l’augmentation du revenu total du travail, RT, non seulement par rapport à l’augmentation du revenu total des placements, RP, mais aussi à l’augmentation du revenu global, RG.9

7. Tourner le dos à cette normalité est fautif.

Il n’y a peut-être pas d’estimation économique fausse plus dommageable socialement que celle affirmant, explicitement ou implicitement : il est dans le cours naturel du capitalisme de maximiser le revenu du capital moyennant la compression du revenu du travail. Et il n’y a peut-être pas d’enseignement économique de plus grande portée politique que celui qui, démonstration à l’appui de ce qu’il en est, dénonce cette erreur.

Si le revenu total du travail s’approchait de trop près du revenu global, la stagnation puis la contraction de ce dernier faute d’assez de nouveaux placements entraînerait celle du premier. Cela se produirait avec la circonstance aggravante d’avoir à restaurer un revenu total des placements suffisant.

8.14. La dynamique de la répartition du revenu global rend possible la maximisation du revenu total du travail.

1. Quand y a-t-il maximisation ?

Tout au long du présent traité, il est convenu de dire qu’il y a maximisation d’un des termes d’une relation quand son augmentation tend à être normalement supérieure à celle de chacun des autres termes.

° Le modèle d'économie libérale issu des propositions de Léon Say

2. La productivité des placements, PDP, est le terme maximisé d’une relation.

Les trois précédentes propositions établissent qu’il y a normalement, notamment au moyen d’un assez ferme asservissement de la liberté d’entreprendre à la liberté de choisir, maximisation de la PDP relativement à la RDP et à la P’RG, avec leurs tendances de longue période respectivement à la stabilité et à la baisse;

3. L’argumentation de la précédente proposition démontre que la maximisation du revenu total du travail, RT, est possible.

Cette maximisation possible est non seulement par rapport au revenu total des placements, RP, mais aussi, contrairement à ce qui reste de nos jours souvent estimé, par rapport au revenu global, RG. Sa principale contrainte est la suffisance du revenu total des placements, RP.

4. Illustrons numériquement la dynamique de la répartition quand elle maximise le revenu du travail, RT.

Utilisons pour cette illustration numérique un tableau comportant le rappel de la signification des abréviations et des formules employées dans ce chapitre :

 

Année

Variation

 

 

 

en %

RDP

 

 

 

PDP

 

 

 

P’RG

 

 

 

SDP

 

 

 

RG

 

 

 

RP

 

 

 

RT

 

 

 

– Abréviations et formules –

RDP : rentabilité des placements = (RP /SDP) * 100, PDP : productivité des placements = RG / SDP, P’RG : profitabilité du revenu global= (RP / RG)  * 100, SDP : stock des placements, RG : revenu global, RP : revenu total des placements, RT : revenu total du travail = RG – RP

5

5. Considérons une période de 40 ans.

 

Année

Variation

 

1

40

en %

RDP

 

 

 

PDP

 

 

 

P’RG

 

 

 

SDP

 

 

 

RG

 

 

 

RP

 

 

 

RT

 

 

 

– Abréviations et formules –

RDP : rentabilité des placements = (RP /SDP) * 100, PDP : productivité des placements = RG / SDP, P’RG : profitabilité du revenu global= (RP / RG)  * 100, SDP : stock des placements, RG : revenu global, RP : revenu total des placements, RT : revenu total du travail = RG – RP

 

6. Entrons quatre données relatives à l’année 1.

 

Année

Variation

 

1

40

en %

RDP

 

 

 

PDP

 

 

 

P’RG

 

 

 

SDP

200

 

 

RG

300

 

 

RP

20

 

 

RT

280

 

 

– Abréviations et formules –

RDP : rentabilité des placements = (RP /SDP) * 100, PDP : productivité des placements = RG / SDP, P’RG : profitabilité du revenu global= (RP / RG)  * 100, SDP : stock des placements, RG : revenu global, RP : revenu total des placements, RT : revenu total du travail = RG – RP

Ces données sont cohérentes : 300 – 20 = 280.

7. Calculons les valeurs relatives de l’année 1.

 

Année

Variation

 

1

40

en %

RDP

10,00 %

 

 

PDP

1,5

 

 

P’RG

6,67 %

 

 

SDP

200

 

 

RG

300

 

 

RP

20

 

 

RT

280

 

 

– Abréviations et formules –

RDP : rentabilité des placements = (RP /SDP) * 100, PDP : productivité des placements = RG / SDP, P’RG : profitabilité du revenu global= (RP / RG)  * 100, SDP : stock des placements, RG : revenu global, RP : revenu total des placements, RT : revenu total du travail = RG – RP

RDP % = (‘20 / 200) *100 ;

PDP = 300 / 200 ;

P’RG %= (20 / 300) *100.8

8. Renseignons la colonne « Année 40 ».

 

Année

Variation

 

1

40

en %

RDP

10,00 %

10,00 %

 

PDP

1,5

2

 

P’RG

6,66 %

5,00 %

 

SDP

200

250

 

RG

300

500

 

RP

20

25

 

RT

280

475

 

– Abréviations et formules –

RDP : rentabilité des placements = (RP /SDP) * 100, PDP : productivité des placements = RG / SDP, P’RG : profitabilité du revenu global= (RP / RG)  * 100, SDP : stock des placements, RG : revenu global, RP : revenu total des placements, RT : revenu total du travail = RG – RP

Les chiffres de l’année 40 sont aussi cohérents entre eux que ceux de l’année 1.

 

9. Calculons les variations de l’année 1 à l’année 40.

 

Année

Variation

 

1

40

en %

RDP

10,00 %

10,00 %

0

PDP

1,5

2

+ 33

P’RG

6,66 %

5,00 %

– 25

SDP

200

250

+ 25

RG

300

500

+ 66

RP

20

25

+ 25

RT

280

475

+ 70

– Abréviations et formules –

RDP : rentabilité des placements = (RP /SDP) * 100, PDP : productivité des placements = RG / SDP, P’RG : profitabilité du revenu global= (RP / RG)  * 100, SDP : stock des placements, RG : revenu global, RP : revenu total des placements, RT : revenu total du travail = RG – RP

Dans les revenus, la variation la plus importante est celle du revenu total du travail, RT.10

 

10. Dans deux cas la croissance du revenu global, RG, n’a plus qu’un seul moteur.

L’un est celui dans lequel, pour un quelconque complexe de raisons, la productivité des placements, PDP, est stagnante. Alors la croissance du RG n’est plus dépendante que de celle du stock de placements, SDP.

L’autre cas est inverse. Le SDP stagne alors que la PDP continue à croître.

 

11. La prescription de la croissance zéro du revenu global, RG, est liberticide.

Par définitions, le revenu global, RG, est égal à la multiplication du stock de placement, SDP, par la productivité des placements, PDP. Pour que sur longue période la croissance de RG soit nulle, un corps social qui a été apte à faire croître son revenu global doit être contraint par des privations de liberté ou à n’augmenter ni son SDP ni la PDP qui va avec ou à compenser la hausse de l’une de ces deux grandeurs par la baisse de l’autre.

12. La prescription de la décroissance du revenu global, RG, est encore plus liberticide.

La camisole de force passée au corps social doit être telle que le produit de la multiplication du stock des placements, SDP, par la productivité des placements, PDP, baisse. Le moyen le plus sûr d’y parvenir est de faire en sorte que les deux baissent. C’est terrifiant à cause de ce que cela suppose.

13. La maximisation du revenu total du travail, RT, ne peut se produire qu’au moyen de deux hausses et d’une suffisance.

Ces deux hausses sont celles de la productivité des placements, PDP, et du stock de placements, SDP. La suffisance est celle du revenu total des placements, RP : il lui faut être aussi élevé que le plein exercice de la relation EPCE et la fourniture de rentes le demandent.

14. La maximisation du revenu total du travail, RT, ne peut pas être concomitante à la maximisation du revenu total des placements, RP.

Sous-emploi et concentrations et déficits budgétaires aidant, la recherche réussie de toujours plus de rentabilité des placements, RDP, freine l’augmentation du revenu total du travail, RT, voire la renverse en une diminution. Ce freinage ou cette diminution sont d’autant moins brefs et plus sévères que l’exercice de la relation EPCE est entravé lourdement et probablement plus que par un endettement public exponentiel.

15. La prémisse du maximum de profit est incohérente avec ce que la dynamique de la répartition rend possible.

Cette prémisse fait entrer dans une pétition de principe qui ferme à la reconnaissance de ce que la relation EPCE et la dynamique de la répartition rendent possible. Si ce n’était pas le cas, il faudrait attribuer au hasard le fait que cette reconnaissance non seulement soit encore si peu répandue mais aussi qu’elle a nettement reculé depuis la première guerre mondiale.

16. Tant que cette prémisse aura cours, on ne répétera jamais trop qu’elle est pseudo libérale.

Elle est pseudo libérale car elle attribue d’office aux propriétaires et dirigeants d’entreprises « capitalistes » une motivation à laquelle ils ne sont pas forcément enclins et qui, en tout état de cause, relève de leur libre-arbitre – de leur responsabilité qui n’a pas à être atténuée par le colportage depuis le café du commerce d’un déterminisme tenu intangible par idéologie (enfermement dans une vue partielle et partiale et pétrie d’imaginaire du réel).

17. Tant que cette prémisse pseudo libérale aura cours, on ne répétera aussi jamais trop qu’elle est boiteuse.

Elle est boiteuse car quand des patrons, cadres et administrateurs de société ont en vue un maximum de ce genre, il porte non pas sur les « dividendes », ou leur équivalent dans les entreprises en nom propre, mais sur les bénéfices d’où ils peuvent tirer de substantiels intéressements qui augmentent la rémunération de leur travail – les jetons de présence en sont.

18. Tant que cette prémisse pseudo libérale et boiteuse aura cours, on ne répétera enfin jamais trop qu’elle est non discriminante.

Elle est non discriminante parce que tous les travailleurs ont dans leurs buts des salaires plus élevés, comme tous les acheteurs ont dans les leurs du moins cher à qualités identiques. C’est le B A BA : 1) en économie de marché bien réglée, les buts des coéchangistes sont tenus à parité ; 2) en économie politique objective, ces buts ne sont pas principalement pris en considération parce qu’ils ne sont pas spécifiques aux échanges marchands : l’appétit de pouvoir d’achat est de même nature que l’appétit de pouvoir tout court ; pour se faire de l’argent, il y a les transferts qu’on se fait accorder ou qu’on s’octroie par divers moyens dont le jeu et le vol ; nos impulsions et nos répulsions ont les mêmes ressorts dans toutes nos activités ; l’économiste en tant que tel ne trouve pas dans sa discipline, quelle qu’en soit la version, des lumières sur la condition humaine cachées à d’autres investigations ou inaccessible par d’autres spéculations.

19. Une politique économique maintenue, au prétexte de la prétendue loi d’airain du maximum de profits, sous la coupe des idéologies qui vont avec est entachée de paralogismes et de sophismes.

Ces fautes de raisonnement, commises de bonne foi (paralogisme) ou généralement de mauvaise foi (sophisme), poussent vers une représentation inversée ou obscurcie de la dynamique normale de la répartition du revenu global. Cette inversion ou cet obscurcissement, exploitable à des fins idéologiques gauchères ou droitières, n’ayant pas de fondement objectif, la politique économique qu’elle inspire lèse, par son manque de pertinence, des intérêts légitimes du peuple qui en retour dégrade l’estime dans laquelle il tient les politiques et la politique.

20. Les évolutions divergentes du RT et du RP sont expérimentalement vérifiées.

Dans un pays comme la France métropolitaine, le salaire moyen ou médian, exprimé en kilos de pain de ménage ou en nombre de consultations d’un médecin généraliste, respectivement en 1800 et en 2000, approche de près ce qu’y a été en deux siècles la variation du revenu total du travail, RT. Cette variation positive est sans commune mesure avec ce qu’a pu être celle, pour autant qu’elle ait été positive, de la rentabilité des placements, RDP, sur la même période. Pour que ce ne soit pas le cas, il faudrait que si, par exemple, le salaire moyen ou médian exprimé en kilos de pain de ménage ou en nombre de consultations d’un médecin généraliste a été multiplié par 50, la RDP soit de 1800 à 2000 passé de 3, 5 ou 7 % l’an à un ordre de grandeur de 150, 250 ou 350 % l’an.

21. La maximisation du revenu total du travail, RT, participe à la satisfaction de l’aspiration primordiale.

Le capital, les autres sortes de placements rémunérés de l’épargne, les entreprises, les marchés, les impôts à raison de leurs emplois régaliens, sont des moyens de donner plus grand effet au travail humain. Le corps social sera d’autant plus prêt à l’admettre complètement que ses économistes s’accorderont enfin sur le fait que la maximisation du revenu total du travail est un résultat normal de l’économie de marché.23

22. La marchandise primaire étant le travail en tant que produit d’une dépense d’énergie humaine, une normalité en découle.

La théorie de la répartition ci-dessus exposée dégage du fouillis des faits tout un pan de cette normalité. Le plein jeu des échanges marchands maximise le revenu total du travail, sous contrainte de la suffisance du revenu total des placements. Il le fait d’autant mieux que sa compréhension par ceux qui ont le pouvoir de participer à sa configuration procède davantage de celle cultivée par l’économie politique objective que par sa parente collatérale fondamentalement subjective, axée sur des comportements que les hommes adoptent dans toutes leurs activités au lieu de l’être sur ce qui est spécifique à la pratique des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges.

23. La thèse qu’il n’y a globalement justice commutative qu’à une condition générale paraît pouvoir être soutenue.

Cette condition est l’installation de la répartition du revenu global dans son cours normal, par toute une série de mesures d’organisation économique, dont des démantèlements. Faute, en effet, que ces mesures aient été assez complètement prises – l’argument 4 de la proposition suivante renvoie à des prescriptions concrètes et systémiques –, le travail contre rémunération, globalement considéré, reste trop exposé à une spoliation par la propriété procurant du revenu, elle aussi globalement considérée.

24. Une autre source de spoliation pose un problème de justice distributive.

Au nom de la solidarité nationale, les revenus sont exposés à un alourdissement chronique des impôts qui directement et indirectement les frappent. La dynamique normale de la répartition ne justifie pas cet alourdissement chronique. Comme nous allons le voir au chapitre suivant, une autre répartition, elle du revenu total du travail en salaires individuels, ne le justifie pas davantage, pour autant que cette autre répartition soit expurgée des illusions qui masquent sa réalité et bloquent sa gestion lucide.

25. L’aversion pour le rentier est contreproductive.

Exploitée par Keynes, restant jusqu’à présent à tout instant idéologiquement exploitable, cette aversion conduit à se tromper beaucoup sur l’emploi, la répartition du revenu global, la répartition du revenu total du travail en salaires individuels (chapitre suivant). Le résultat est que là où, avec les rentiers que cela implique et qui sont désormais par ailleurs en règle générale travailleurs rémunérés pendant tout un long temps de leur vie, – là où il faudrait plus de capital, il n’y en a pas assez, principalement dans les petites et moyennes entreprises. Beaucoup de néfaste financièrement et socialement en résulte.

26. La retraite par « répartition » est nommable autrement.

Dans l’économie dite de la retraite par « répartition », il y a transferts provenant des cotisants et allant aux pensionnés en faisant de ces derniers une sorte de rentiers à titre viager. C’est pourquoi il est plus conforme aux faits de parler de retraite par transferts – tout en reconnaissant, c’est plus qu’un détail, que ce type de retraite procure à ses bénéficiaires un vrai revenu de la simulation de placement que les cotisations payées pour acquérir ce droit ont constituée.

27. À ce type de retraite, on oppose la retraite dite « par capitalisation ».

Mais elle aussi peut être plus exactement désignée. On veut dire qu’elle est par accumulation au moyen de placements, lesquels ne sont pas forcément tous en capital (chapitre 5) bien que rien d’anti économique ne s’y oppose. On veut aussi signifier que ce type de retraite se constitue possiblement par accumulation exponentielle – possiblement car dans une société où on fait grand cas des responsabilités individuelles, c’est à qui constitue sa rente de disposer librement de ses fruits.

28. Il y a plus simple : parler de retraite par placements.

C’est plus homogène avec ce qu’enseigne l’économie politique objective sur le capital, le profit, l’emploi, la répartition du revenu global, le salaire.

29. Les disparités d’enrichissement par héritage sont atténuées par l’impôt sur les successions.

Il faut le rappeler au sujet des retraites par placements. Ces derniers et les rentes qui vont avec sont transmissibles par legs alors que les retraites par transferts sont viagères. Mais ce que peut représenter de socialement nécessaire l’impôt sur les successions n’enlève évidemment rien aux règles à respecter pour réduire le risque d’un prélèvement fiscal global trop élevé.

30. L’une de ces règles est de voir dans tout impôt – toute taxe – un élément d’une masse de recettes finançant une masse de dépenses.

Voir dans un impôt, tel que celui sur les successions, une recette affectable à telle ou telle dépense publique s’en trouve écarté. Quand on veut bien réfléchir à ce que cette mise à l’écart implique en matière d’annonces et d’actes politiques, on s’aperçoit que son importance est considérable.

31. Le potentiel de bienfaits sociaux des retraites par placements est supérieur à celui des retraites par transferts.

Outre que les transferts obligatoires exposent à un alourdissement du fardeau fiscal et « social » que la justice distributive ne légitime pas (argument 24 ci-dessus), les placements en capital strictement dit sont le moyen le plus sain de créer de l’emploi (chapitre 7) et d’installer solidement dans une répartition du revenu global qui maximise le revenu total du travail. Bien des sociétés, dont la française, rechignent par atavisme à le reconnaître. Un remède de bonne médecine est pour elles d’oser se projeter dans l’économie de plein-échange.

32. La théorie de la répartition du revenu global ci-dessus exposée instrumente cette projection.

Elle le fait au moyen d’un appareil terminologique cohérent avec ce qui la précède et la suit dans ce traité – dans « terminologique », il y a le suffixe « -logique » qui sert à former des adjectifs relatifs à une science ou à une façon de parler : c’est beaucoup car il faut à une science digne de ce nom un « langage bien fait » comme avec une grande clairvoyance Condillac l’a vu – un langage brodé dans le droit fil de l’étymologie qui lui est propre et de la philologie que ses plus beaux écrits déclinent. Cela permet à ceux qui veulent en faire l’effort de se projeter dans l’économie seule à même de procurer le plus possible de satisfaction de l’aspiration primordiale (proposition 7.1).

33. Cette économie est de plein-échange.

Les considérations ci-dessus sur la retraite par placements, donc par échanges marchands, versus la retraite par transferts, font partie de celles qui conduisent à constater que, contrairement à la réputation souvent au moins en partie sulfureuse bien au-delà des cercles altermondialistes du « capitalisme » (pas au sens proposé en 5.11), cette économie est riche d’un potentiel social encore trop peu exploité parce qu’elle est ourdie de justice commutative et distributive.

34. Cette trame vaut aussi à l’international.

L’étude de cette économie pousse à se demander si autant que possible de libre-échange loyal entre pays et groupes de pays se peut sur longue et très longue période sans que leurs économies respectives convergent vers des pratiques identiques ou très proches des principes du plein-échange marchand, et ce quand bien même au départ les revenus par habitant sont très différents. Plus avant dans le présent ouvrage, le chapitre sur la monnaie examine cette question dont il est inutile de souligner l’importance commerciale, géopolitique et humanitaire.

 

8.15. Le revenu global vient au premier rang des agrégats macronomiques les plus significatifs.

1. N’appelons pas ça « revenu ».

Le ça est la pseudo définition qui se trouve dans des précis de vocabulaire économique à : « Revenu. Ressources monétaires nouvelles qui permettent de consommer sans s’appauvrir, à patrimoine constant ». C’est ainsi qu’on en vient à faire l’amalgame des revenus et des transferts, notamment en usant de la dénomination « revenu de transfert », contradictoire en français manié en fonction des réalités qui l’on façonné.

2. En économie politique objective, c’est par définitions qu’un revenu n’est pas un transfert.

C’est aussi par définition que, contrairement à ce que donne à entendre la citation ci-dessus, tout ou partie d’un revenu peut être par troc. Un cas dans lequel cela se pratique encore couramment est celui des fractions de salaire entier qui sont des « avantages en nature ».

3. Des échanges marchands sont inévitablement vecteurs de transferts sous la forme de plus-values et de moins values.

Parmi ces échanges, outre ceux qui portent sur des tableaux de maître et d’autres (collections de) raretés, il y a les transactions immobilières et boursières. Notons que pour ces dernières, c’est jusqu’à présent comme s’il était inscrit dans le marbre des tables des lois économiques que les dividendes ne suffisent pas à rendre attractif le placement en capital de sociétés dont les titres de copropriété sont cotés en bourse.

4. Ce marbre est à cet endroit de l’ardoise.

Après un coup d’éponge, un nouveau « paradigme » peut y être aisément inscrit. Les prescriptions en matière de publicités organiques des chapitres 5et 6et en matière de distribution de bénéfices, proposition 6.5, le montrent. Il suffit de les supposer suivies pour s’apercevoir que le marché du capital et, par ricochet, le marché de l’immobilier peuvent par ces réformes systémiques être faits moins générateurs de transferts et plus stimulateurs de spéculations fastes du point de vue de l’intérêt général (sur les deux sortes de spéculation financière, arguments 10 à 13 de la proposition 5.5).

5. Faire état des « revenus primaires » est superflu.

Le « revenu primaire », indique le précis ci-dessus cité, est l’ « ensemble des revenus perçus par les ménages comme contrepartie à leur activité productive » – perçus en produits de leur vente de marchandise élémentaire. L’adjectif « primaire » pour qualifier du revenu n’aurait sa raison d’être que s’il existait des « revenus secondaires ». Les autres « ressources monétaires nouvelles » proviennent sans exception de transferts dont n’importe quelle plus-valuefait partie.

6. Le titulaire d’un prétendu « revenu » de solidarité est allocataire.

En dernier ressort, c’est seulement au moyen des revenus que des transferts de cette sorte peuvent être alloués.

7. Le « revenu national » est la « somme de tous les revenus primaires perçus par les ménages ».

C’est ce qu’on lit dans le précis ci-dessus cité, comme en bien d’autres manuels et sur le site de l’Insee. Autrement dit, le « revenu national » est le revenu global, RG, probablement d’aussi près qu’il est statistiquement possible de l’évaluer.

8. Ce qui se dit de plus court et exact sur l’état actuel de l’art des « comptes de la nation » conduit à se poser une question.

Ce plus court et exact se trouve, dans le précis déjà cité, à : « Comptabilité nationale. Ensemble des comptes de la nation présentés dans un cadre keynésien standardisé » (le soulignement est notre fait ; comptabilité nationale et comptabilité publique sont distincts). En quoi un « produit national » et un « produit intérieur » ont un sens économique et civique ?

9. Avant d’instruire cette question, faisons une remarque inquiétante.

Dans la comptabilité nationale, standardisée comme il vient d’être dit, il y a non seulement des agrégats de « produit » mais aussi de « production ». Laissons pour l’instant de côté ce qui conduit à spécifier que la « production nationale s’oppose à la production intérieure ». Pour la simple raison qu’il n’y a pas de production sans produit et inversement, du spécieux est à soupçonner.

10. Qu’est-ce donc que la « production » dans ce contexte ?

C’est « l’activité socialement organisée destinée à créer des biens ou des services habituellement échangés sur un marché et/ou obtenus à l’aide de facteurs de production s’échangeant sur un marché. ». Cet « et/ou », souligné par nous, fait la différence entre « produit » sans lui et « production » avec lui… mais pas toujours car on a vite fait de s’y perdre. Les considérations suivantes font apparaître qu’est ainsi introduit dans les comptes de la nation du non conforme au réel à proprement parler économique.

11. Un « produit national » agrège à la « valeur ajoutée » par les entreprises une évaluation du « produit » des administrations publiques et de tout autre emploi.

Cela se fait en prenant notamment en compte « les services rendus par les salariés des administrations publiques nationales évalués d’après les salaires et les prestations qui leur sont versées et les cotisations sociales payées pour eux » (ce « pour » est façon de laisser entendre que les cotisations dites patronales ne sont pas salariales ; c’est faux, nous y revenons au chapitre suivant).

12. L’idée même d’évaluer en unité monétaire le « produit » des administrations publiques n’est pas économiquement pertinente.

L’unité monétaire est celle de la mesure de la valeur d’échange marchand. La production des administrations publiques a une valeur d’usage. Ce n’est pas pour autant qu’elle a une valeur d’échange marchand. Le fait même qu’elle ne soit pas vendue la prive d’une telle valeur.

13. Dans un « produit intérieur », il n’y a pas le « produit » des administrations publiques.

La masse salariale des administrations publiques n’en est pas moins une somme de revenus du travail et partant une création de richesse marchande – accès à plus sur ce point en 13 ci-dessous. Que cette masse soit considérée « nationale » mais pas « intérieure » est abscons.

14. De la base 100 opaque s’en trouve mise en circulation.

En qualité d’informés par des références aux agrégats les plus utilisés des « comptes de la nation présentés dans un cadre keynésien standardisé », électeurs et élus désirant comprendre quel sens a dans ces statistiques la notion de « produit », et ce qui la différencie éventuellement de la notion de « production », s’y perdent et dans leur très grande majorité y renoncent. Cela fait incontestablement d’un « produit intérieur », qu’il soit brut ou net, ou d’un « produit national », idem, une base 100 opaque mais, panurgisme aidant, quand même intensivement exploitée sous la forme du souverain « PIB », le « produit intérieur brut », venu au monde en anglais sous le nom de GDP, Global Domestic Product.

15. La production de richesse marchande n’a que deux origines.

L’une de ces origines est le service du travail, l’autre le service du placement d’épargne, quand l’un et l’autre sont en contrepartie d’un revenu, comme indiqué plus haut dans ce passageet cet autre.

16. Qui ou quoi crée produit : une création est une production, une production est une création.

Les expressions « création de richesse marchande » et « production de richesse marchande » désignent très exactement le même phénomène. Le reste de la production humaine, dont celle des fonctions publiques régaliennes qui coûtent de l’argent comme coûte de l’argent de faire vivre une famille, est par définition non marchande, non pas seulement sur le papier mais d’abord dans la réalité. Il en va de même de toute la production naturelle hors la production humaine.

C’est à se demander s’il faut être économiste pour ne pas le voir puis pour passer à côté de ce qu’il en résulte d’à proprement parler économique.

17. La production de richesse marchande n’a qu’une destination.

Du revenu et rien que du revenu est la destination commune des deux origines de la création de richesse marchande. Cela provient du fait que les marchandises ne sont échangées que contre les marchandises, proposition 2.1, bien que ce soit le plus souvent par monnaie interposée et étant entendu : 1)qu’il s’agit exclusivement de la marchandise définie et répartie en catégories homogènes au chapitre 2, 2) que les entreprises sont les seules entités qui doivent tout ce qu’elles possèdent, comme en prend acte au chapitre 3 l’une des propositions.18

18. Ces deux origines et cette unique destination ne sont pas incorporables aux « sciences économiques ».

La théorisation néoclassique et la macroéconomie, afin de voir dans la monnaie une marchandise comme les autres (presque ou complètement selon les auteurs) ne peuvent comporter, sans contradiction avec ses affirmations subjectivistes sur l’échange marchand, ni la définition de la marchandise ni la répartition en catégories homogènes qui lui est logiquement associée, ni une conception de l’entreprise asservie à cette que cet « agent économique » a d’objectivement spécifique – comme plus généralement elles ne peuvent pas, sans se renier, s’astreindre à la discipline de la définition au sens de ce concept rappelé en 1.1. Leur champ d’étude s’en trouve expurgé de faits élémentaires créés par la pratique des échanges marchands indépendamment de toute subjectivité. Les origines et la destination de la création de richesse marchande faisant partie de ces faits, force est de substituer à leur réalité une version qui en tient lieu : ce sont les entreprises qui créent les richesses marchandes et c’est d’elles que la diffusion de cette création part.

19. Ce bon sens apparent conforte les idéologies pourvoyeuses de la raison d’être de cette famille d’approches de l’économie.

Dans le minimum à savoir de l’histoire de la pensée économique, il y a que la parade bourgeoise à l’attaque idéologique de Marx a, sous couvert du recours aux mathématiques des dérivées, été elle-même idéologique et a, sous couvert de continuation, contredit sans vraiment réfuter .ce que Ricardo a justement tenu pour primordialement intangible sur la question de la valeur. L’Anticapitalisme est, à notre connaissance (Contrepoint, Lonjon, Mattret, Michaut… Rocard), le livre qui établit le plus solidement ce point de toute première importance quant aux idées qui ont fait et continuent à faire des politiques économiques nationales et internationales ce qu’elles persistent à être, avec des ruptures trop partielles et désordonnées pour éviter d’aller de crise en crise.

20. Ce qu’il a été universitairement convenu d’appeler « sciences économiques » est le terreau de la science économique.

Les « sciences économiques » usent de notions dont sont extractibles des concepts constitutifs des articulations de la science économique. Cette extraction a pour effet de faire passer du registre des notions, dont l’imprécision ne fournit pas de raisons objectives pour repousser la précision des concepts, au registre des concepts dont la précision fournit des raisons objectives pour repousser l’imprécision des notions.

21. Une fatalité en résulte.

Le rempart du silence s’impose aux « sciences économiques » pour se tenir à l’abri de ce que l’économie politique objective prescrit de remplacer. Entre ces « sciences » et cette économie politique, il y a ce qui est justement appelé en histoire des savoirs exacts une « rupture épistémologique ».

22. Un résultat d’une des origines et de la destination unique de la création de richesse marchande concerne les fonctionnaires.

Les fonctionnaires et autres salariés de la fonction publique, tout comme les employés de maison entre autres, participent au côté des salariés des entreprises à la création de richesse marchande.

23. Quelle a été l’évolution de la contribution du pays P à la création de richesse marchande ?

Au vu des constats qui viennent d’être exposés, la réponse coule de source : l’évolution de la somme, pour le pays P, des revenus de ses ressortissants et, à raison de leurs placements, de leurs associations non commerciales.

24. Il y a et il faut plein d’individus et d’organes improductifs de marchandise composée.

Il n’y a cependant pas d’individus et d’organismes qui soient improductifs de valeur d’usage. Monnaie mise à part car sa valeur d’usage est réduite au fait d’avoir une valeur d’échange – sous sa forme de billets avec lesquels il est interdit de refuser un paiement au moins jusqu’à un certain montant pour des raisons fiscales, elle n’est pas faite pour tapisser les murs et au demeurant la loin interdit également cet usage –, toute production possède une valeur d’usage et rien qu’une marchandise a en sus une valeur d’échange marchand. Il n’en résulte évidemment pas que toute production est, même potentiellement, celle de marchandise.

25. C’est notamment le cas de la production de beaucoup d’idées, de dévouements, de chefs d’œuvre.

Le fait que personne ne produise et n’use que de choses achetées s’ajoute à ces considérations. Une idée n’est pas en soi une marchandise. Ci-dessus, la proposition 1.5et le chapitre 2sont logiquement indispensables à l’analyse primitive de faits dès qu’il est question d’économie.

26. Il est normal que les dépenses publiques aient pour plafond un pourcentage du revenu global, RG.

Pour que la discussion de ce plafond, qui est un choix collectif évidemment de grande importance, soit ouverte à tous, mieux vaut que le total des impôts soit également rapproché du revenu global, RG. Que cet agrégat soit appelé « revenu global en <nom de pays> » ou autrement pourvu que le concept de revenu soit utilisé dans cette désignation est, bien sûr, très accessoire par rapport au fait que ce qu’il comporte, ayant sa réplique dans la vie familiale, se comprend bien par tout quidam.

27. Il en va de même de l’endettement public.

La réalité n’est pas approchée au plus près quand l’expression en pourcentage de l’endettement public n’a pas elle aussi pour base 100 le revenu global, RG. Quand un prêteur a besoin de mesurer le poids de l’endettement d’une famille, c’est par rapport aux revenus de cette famille qu’il le fait à juste titre d’abord et souvent uniquement.

28. Le statut économique d’une nation est celui d’une famille.

Un individu, une famille et une nation ont en commun de ne pas exister que pour la pratique d’échanges marchands, au contraire des entreprises. Il en résulte que les « produits intérieurs » (PIB, PIN) et les « produits nationaux » (PNB, PNN), ne seraient des agrégats économiquement pertinents que s’ils avaient leurs répliques, tout aussi économiquement pertinentes, dans une famille.

29. Que vaut l’idée d’évaluer en unité monétaire le plus possible de la production d’une famille, tous ses membres compris ?

Cette idée est économiquement insensée pour la simple raison que beaucoup de cette production, et souvent l’essentiel selon le point de vue qu’on adopte puisque les relations familiales et amicales sont des productions, n’a pas de valeur d’échange marchand. La velléité d’évaluer de la même façon du bien être et du patrimoine sans valeur vénale est encore plus saugrenue, jusqu’à devenir franchement absurde quand on y prétend aux « prix de marché ».

30. La sanctuarisation du PIB n’a été adossée ni à une théorie claire de la répartition du revenu global, RG, ni à un remède efficace au chômage de masse.

La sanctuarisation du RG peut être adossée d’une part à une théorisation claire des évolutions normales du revenu total des placements, RP, et du revenu total du travail, RT. Elle peut l’être d’autre part à une politique de l’emploi axée sur la levée des entraves au plein exercice de la relation EPCE (chapitre précédent).

31. Cela ne peut pas aller sans un grand effet sur la substance donnée au contrat social par ses parties prenantes.

Mais cela contrevient substantiellement à l’absolutisme des rapports de force en matière de relations sociales en général et économiques en particulier ; d’où, dès le stade de l’intuition, de la résistance à de l’opposition farouche à ce progrès de civilisation.

32. Les évolutions du revenu global et de sa structure font partie des publicités organiques.

Le corps social en a besoin pour mesurer un aspect de la satisfaction de son aspiration primordiale. Le corps social en a également besoin à cause de ses deux refus d’évolution sur longue période de la répartition du revenu global.

33. Privilégier, parmi les agrégats macronomiques exprimables en unité monétaire, le revenu global est un message envoyé à ses compatriotes.

C’est, de la part d’un gouvernement, de l’administration publique, d’un syndicat, etc., une attestation : « L’évolution des revenus vient, aussitôt après l’emploi, au premier rang de nos préoccupations économiques. » C’est aussi une prise de position en rupture avec le technocratisme qui a produit le culte opaque du PIB : «  La production de richesse marchande de notre pays, c’est la somme de nos revenus et de ceux des placements de nos associations non commerciales, rien de plus, rien de moins. ».

Chapitre 9 - Le salaire

9.1. Appelons « salaire » tout revenu du travail et rien que du revenu du travail.

1. Le travail qui procure un revenu est l’ouvrage produit par un individu au moyen de la dépense de son énergie et de son temps.

C’est un rappel de ce qui est admis plus haut au sujet :

— du travail, avec la distinction entre travail-dépense (le moyen) et travail-ouvrage (le résultat) ;
— du revenu. À la différence des revenus de placement, les revenus du travail n’ont pour détenteurs que des individus.

Echange marchand : salaire

2. Ce revenu est génériquement appelée « salaire » en théorie économique.

Cela est fait quelle que soit la dénomination sous laquelle cette rémunération, pourvu qu’elle soit du travail, est pratiquée : émoluments, gages, jetons de présence, soldes, pourboires, etc.

Mais cachets, honoraires, piges sont, comme les loyers perçus, le plus souvent du chiffre d’affaires d’une entreprise, que cette dernière soit ou non formellement constituée.

3. Seul un revenu du travail constitue un salaire.

Cette définition exclut du salaire tout revenu de la propriété et, par conséquent, tout intérêt et profit.

4.La distinction des rôles améliore l’organisation de la vie économique.

Le travailleur et propriétaire, ou copropriétaire, de l’entreprise est d’une part salarié, d’autre part placeur qui, à la liquidation de ce qui lui appartient, encaissera éventuellement une plus-value. La distinction de ces rôles, comme plus généralement la distinction des différents rôles économiques joués par les mêmes individus, améliore l’organisation de la vie économique. Inversement, la confusion des rôles est désorganisatrice.

5. Les paquets de rémunération complétant du salaire par du profit et de la plus-value sont désorganisateurs.

Les prestations d’épargnant qui place en titres de propriété et de travailleur non seulement comportent des devoirs et des droits qui leurs sont propres mais aussi interviennent dans des autorégulations certes complémentaires mais différentes. C’est pourquoi l’une des dérives de l’économie de marché est éliminée quand le législateur veille à ce que quiconque ne puisse devenir copropriétaire d’une entreprise qu’aux mêmes conditions que n’importe qui d’autre.

6. X est partisan(e) de la redistribution systématique.

Y n’est pas persuadé(e) que cette systématisation soit assez dénuée d’effets pervers pour être bénéfique. Le débat entre X et Y est sans issue tant qu’ils ne sont pas parvenus à s’accorder sur ce qui rend objectivement normale les distributions, ou répartitions, de revenus en échanges de prestations d’épargnant d’une part, de travailleur d’autre part, ces deux participations non seulement comportant des devoirs et des droits qui leurs sont propres mais aussi intervenant dans des autorégulations certes complémentaires mais différentes.

9.2. L’état de salarié n’est pas économiquement défini par un lien de subordination.

1. Le salariat a historiquement comporté une subordination de l’employé à l’employeur.

Cet aspect historique ne légitime en rien l'assimilation du salariat à un lien de subordination. Bien au contraire, la logique de l’échange marchand offre une autre vision du contrat de travail..

2. Un salarié est tenu d’obéir à des ordres de son employeur qui est économiquement son client.

Ou bien ces ordres sont de même nature que ceux passés par un client à un fournisseur. Ou bien ils sont assortis d’injonctions d’une autre nature et alors ces injonctions sont, littéralement parlant, par-dessus le marché.

3. Le contrat de travail a pour objet la fourniture d’une prestation en échange d’un salaire.

Il n’y a rien, dans cet objet, qui ne relève pas économiquement d'un contrat d’échange marchand, autrement dit d'un contrat commercial.

4. Cela reste vrai quand l’employeur est une administration publique.

Un fonctionnaire est, en qualité de salarié, un marchand qui vend à son employeur le produit de son travail.

5. La légalisation du lien de subordination fait d’une sorte de salariat la seule forme juridiquement reconnue de l’état de salarié.

Dès lors, toutes les autres rémunérations du travail sont considérées comme étant des catégories séparées soumises à des régimes différents. Il en résulte des distorsions de concurrence et des impossibilités artificielles.

6. Le marché du travail est mieux organisé si toutes les rémunérations du travail y sont rendues aisément comparables.

Actuellement et notamment en France, ce n’est même pas le cas pour toutes les rémunérations du travail que le droit considère comme ayant pour spécificité un lien de subordination à un employeur. Cela l’est encore moins quand la comparaison est étendue aux autres rémunérations du travail, dont par exemple celles des professions libérales et des patrons « à leur compte ».

9.3. Les salaires moyens nationaux ne résultent pas d’un ajustement entre l’offre et la demande d’emplois.

1. Un raisonnement est tentant.

Les prémisses de ce raisonnement sont de considérer que le salaire est un prix, ou rapport d’échange marchand, et que tout rapport de cette sorte est exclusivement ou principalement une variable d’ajustement d’une offre trouvant preneur et d’une demande trouvant offreur.

La première de ces prémisses est vraie par définition. Mais en user pour conclure que le salaire est un prix qui se forme comme tout autre n’est logiquement recevable que si la seconde prémisse est vraie.

2. Les salaires horaires moyens nationaux font partie des prix qui ne résultent pas d’un ajustement entre une offre et une demande.

Le chapitre précédent expose quels sont les déterminant des salaires horaires moyens nationaux. Comme cela ressort des chapitres sur le profit et l’emploi, les taux moyens nationaux de profit sur capital sont également des prix qui ont leurs propres déterminants. La seconde prémisse est une généralisation inexacte.

3. L’observation des déterminants du salaire moyen par pays et période laisse sans réponses trois questions de grande importance :

— Quelles dispositions relatives aux salaires améliorent le fonctionnement du marché de l’emploi ?

— Que révèlent les écarts de salaires ?

— De quelles autres considérations principales sur les bas salaires et le « coût du travail » une politique économique doit-elle tenir compte ?

9.4. La part patronale des cotisations qui ont pour assiette du salaire est une fiction dommageable.

1. N’importe quelle charge récurrente payée par un employeur directement à raison d’un emploi est un élément de salaire du travailleur qui occupe cet emploi.

C’est, à juste titre, la règle qui est suivie pour les « avantages en nature » : la fourniture à un salarié par son employeur d’un bien ou d’un service est un élément de salaire. Les parts patronales des cotisations qui ont pour assiette du salaire étant une fourniture de cette sorte, faire comme si elles étaient des subventions est une fiction.

2. Les cotisations réputées patronales qui ont pour raison d’être le versement d’un salaire sont salariales.

Ces cotisations font partie des salaires entiers — des salaires complets. Le « coût du travail » est la somme du salaire net, celui que le salarié perçoit en numéraire, et du salaire indirect, les fournitures payées par l’employeur qui font partie des salaires entiers. Tant en comptabilité générale qu’analytique, ainsi qu’en contrôle de gestion, les frais de personnel décomptés parmi les coûts sont les salaires complets, cotisations réputées patronales comprises.

3. L’abrogation de la part patronale des cotisations qui ont pour assiette du salaire ne change rien aux salaires nets à une condition.

Cette condition est que les salaires bruts soient augmentés des cotisations réputées patronales.

4. Avant cette abrogation, le salaire réputé brut de Jacqueline et de 100.

Sur ces 100 réputés bruts, le net de cotisations réputées salariales est, par exemple, de 80 cependant que les cotisations réputées patronales sont de 30. Jacqueline est, par ce dispositif, incitée à considérer que sa couverture sociale lui coûte 20. En réalité, elle lui coûte 50 car les 30 réputés patronaux sont une part de son salaire.

5. Après l’abrogation, le salaire brut de Jacqueline est porté à 130.

Son salaire net de cotisations salariales reste à 80 : 130 moins 50. Une substantielle fraction des salaires perd sa réputation de subvention qu’elle n’a jamais été.

6. La fiction des cotisations patronales bloque une autorégulation car elle met les assurés en position d’abuser et de laisser abuser de prestations.

Les régimes d’assurance obligatoire financés par une part importante de cotisations patronales sont exposés à devenir et rester structurellement déficitaires. La raison en est fort simple. Leurs bénéficiaires ne se rendent pas compte de ce qui leur en coûte. Un indispensable lien de gestion, pourtant consubstantiel au principe même de la mutualisation, est rompu.

7. La fiction des cotisations patronales fournit aux employeurs un titre usurpé de participation à l’administration d’organismes qui gèrent des fonds considérables.

Or ces fonds ne proviennent, en réalité, que des seuls vrais cotisants qui sont tous des particuliers et dont aucun n’est une entreprise ou une autre sorte d’employeur. En revanche, les organismes qui gèrent ces fonds sont, elles, des entreprises dont il serait économiquement logique et socialement sensé que l’entière copropriété, par actions restituables, soit détenue par des particuliers, que ces derniers soient par ailleurs cotisants ou non.

8. Il en va, en effet, de tous les prélèvements obligatoires comme de leur sous-ensemble constitué d’impôts proprement dits.

Ils sont économiquement à seule charge des particuliers et de leurs associations privées non commerciales, quelles que soient les manières dont ils sont collectés.

9. La fiction des cotisations patronales a également pour conséquence qu’un grand nombre de comparaisons et de négociations de salaires portent sur des prix minorés.

De plus, quand il existe des régimes différents de couverture sociale, notamment mais pas seulement entre le secteur privé et le secteur public, un grand nombre de comparaisons et de négociations de salaires portent sur des prix inégalement minorés.

9.5. Rendre les salaires comparables au sein d’un pays améliore le fonctionnement du marché de l’emploi.

1. Il faut une unité de temps pour comparer des revenus.

Les revenus de placement se comparent entre eux sur des périodes de même durée. Il en va de même des revenus du travail entre eux.

2. La durée sur laquelle tous les revenus du travail sont le plus exactement comparables entre eux est l’heure. #

161

Tout salaire est en échange d’un ouvrage mais tout ouvrage échangeable contre un salaire est obtenu au moyen d’un temps de travail – d’un temps consacré par le travailleur à cet ouvrage et pendant lequel il a dépensé de son énergie. Cela a pour effet d’entraîner l’existence de fait de salaires horaires qui, d’une qualification professionnelle et d’un individu à l’autre, sont pour les uns identiques ou modérément inégaux et pour les autres de nettement à fortement inégaux.

3. L’heure de travail est une unité d’œuvre et non pas l’œuvre elle-même. #

161

Cela vaut même pour un planton ou une sentinelle. Cela vaut également pour les nouveaux auto-entrepreneurs et les traditionnels travailleurs indépendants, cas dans lesquels les comptes de l’employeur en tant que tel et celui du salarié en tant que tel sont différents.

4. Les salaires horaires sont pour les uns effectifs. #

161

Un cas de salaire horaire effectif est celui dans lequel les bulletins de paie sont établis sur sa base et sur celle d’un nombre d’heures effectuées. Un autre cas de salaire horaire effectif est celui dans lequel les bulletins de paie sont établis sur la base d’un forfait mensuel moyennant une durée effective de travail à laquelle le salarié et l’employeur se tiennent ; alors la division de ce forfait par cette durée donne un salaire horaire effectif.

5. Les salaires horaires sont pour les autres maximaux. #

161

C’est le cas quand le salaire porté sur les bulletins de paie est également un forfait mais moyennant une durée minimale de travail. La division de ce forfait par cette durée donne un salaire horaire maximal.

6. C’est fréquemment par des grandeurs annuelles que les salaires horaires sont le plus exactement calculés. #

161

Un treizième mois ou plus, un intéressement annuel ou semestriel aux résultats, des primes de même, font du salaire mensuel brut (cotisations patronales incluses tant qu’il y en a), un numérateur incomplet de calcul du salaire horaire réel.

La différence entre les salaires bruts et nets disparaît quand c’est sur le compte courant du salarié que les cotisations qui la constituaient sont prélevées. Cette solution n’est plus administrativement impraticable alors que ce qu’elle apporte à l’organisation économique est manifestement positif.

7. Un salaire horaire minimum légal étalonne la comparaison des salaires. #

161

Cette considération serait suffisante si elle était la seule en faveur de l’instauration, pays par pays, d’un salaire horaire minimum légal. Mais cette instauration joue mal sa fonction quand seuls les salaires les plus bas sont couramment exprimés à l’heure.

8. La publicité des salaires horaires et de leurs coefficients d’écart améliore le fonctionnement du marché de l’emploi. #

162

Les coefficients d’écart de salaires horaires, tant effectifs que maximaux, qui se prêtent le mieux aux utilisations qui peuvent en être faites sont ceux qui ont pour base le salaire horaire minimum légal. Leur publicité, conjointement à celle des salaires horaires, améliore le fonctionnement du marché de l’emploi pour la simple raison que les négociations et les autres débats sur les salaires se déroulent en meilleure connaissance de cause.

9. Il faut à l’économie de marché un système de poids et mesures. #

162

L’examen de ce point d’organisation générale conduit à prescrire des publications dont la nécessité a pu être négligée par le législateur. C’est actuellement le cas en ce qui concerne les taux de profit sur capital d’une part, les salaires d’autre part.

Cela en dit long. Les marchés des placements et du travail sont ceux qui procurent des revenus proprement dits. Ils sont primaires. Si leurs organisations respectives sont défaillantes, les fonctionnements de tous les autres marchés s’en trouvent forcément affectés.

9.6. Les écarts de salaires horaires règlent la répartition du revenu total du travail.

1. La répartition du revenu total du travail n’est modifiable que d’une seule façon.

Des écarts de salaires horaires doivent être changés, en modulant différemment les variations de salaire nominal (exprimé en quantité de monnaie).

2. Les salaires réduisent la moyenne de ceux qui leur sont inférieurs, quand il y en a, et augmentent la moyenne de ceux qui leur sont supérieurs, quand il y en a.

S’il en allait autrement, la répartition du revenu total du travail ne serait pas modifiable en modulant différemment les variations de salaire nominal. Or elle l’est, ainsi que cela se constate statistiquement quand la modulation pratiquée a pour effet une croissance nominale plus élevée des hauts salaires que celle des autres ou, au contraire, une croissance nominale plus élevée des bas salaires que celle des autres.

3. Que le revenu total du travail fasse l’objet d’une répartition s’observe par ce que les écarts de salaire auraient pu être sans que ce total s’en trouve affecté.

La répartition d’un gâteau se négocie en s’entendant sur des proportions et non pas en dissertant sur la taille du gâteau.

4. Une grosse variation de l’écart entre les plus hauts salaires et la moyenne des autres a un gros effet sur cette moyenne.

Si 2 % des salaires horaires ont une moyenne 40 fois supérieure à celle de la moyenne des 98 % autres salaires horaires, à masse salariale constante de combien la moyenne des 98 % autres pourrait être augmentée en passant de 40 fois à 20 fois — en baissant, par conséquent, de moitié la moyenne des 2 % de salaires horaires les plus élevés — ?

De 41 % :

— Soient 98 salaires dont la moyenne est de 100 € = 9 800 €.

— Soient 2 salaires dont la moyenne est de 4 000 € = 8 000 €.

— Masse salariale = 17 800 €.

Cette masse est répartie pour 55 % entre 98 % des salaires et pour 45 % entre 2 % des salaires. Un rapport de plus de 1 à 100 entre les plus bas salaires et le plus haut peuvent conduire à cette distribution.

— 2 salaires de 2 000 € au lieu de 4 000 € chaque = 4 000 € au lieu de 8 000 €.

— Part de la masse salariale affectable aux 98 autres salariés : 17 800 € - 4 000 €= 13 800 €.

— Cette part passant de 9 800 € à 13 800 €, son augmentation est de 41 %.

 

Voir à ce sujet la chronique de Paul Fabra : des inégalités destructrices.

9.7. C’est à la subjectivité collective qu’il revient de régler la répartition du revenu total du travail.

1. L’échelle des salaires est un dispositif d’incitations à l’assomption de responsabilités.

Cette assomption, avec ce qu’il en coûte en efforts d’apprentissages, participe grandement aux jugements portés sur les écarts de salaires et leur évolution.

2. Le corps social aspire à un réglage des écarts de salaire borné par deux refus.

Le corps social refuse trop peu d’inégalités des salaires horaires parce qu’elle désamorcerait des incitations qu’il estime nécessaires. Il refuse également que les écarts de salaire s’accroissent non seulement de plus en plus mais aussi bien au-delà de ce qu’il juge suffisant.

3. Une approbation ou une désapprobation majoritaire de l’évolution des écarts de salaires prend inévitablement corps.

C’est cependant peu ou prou manifestement selon que les écarts de salaires horaires et leurs évolutions font l’objet d’une publicité récurrente fiable.

4. Ces opinions majoritaires ont vocation à influencer les négociations collectives de salaires et des révisions de tarifs.

Cette influence est cependant très dépendante de la doctrine du salaire la plus enseignée. Ce n’est, en effet, que si cet enseignement y pousse que les pouvoirs publics et les syndicats veillent à ce que :

— les comparaisons de salaires horaires soient l’une des statistiques économiques les plus régulièrement établies et les plus complètement diffusées dans le grand public ;

— ces comparaisons fassent l’objet de sondages d’opinion statistiquement fiables et dont les résultats sont eux aussi largement publiés.

9.8. L’ajustement, par le prix, de l’offre et de la demande d’emplois n’intervient que complémentairement dans la fixation des salaires.

1. L’excès de la demande d’emplois à hauts salaires sur l’offre de ces emplois n’est pas une cause de réduction de ces salaires.

Il n’en irait pas ainsi si les inégalités de salaires provenaient principalement d’un ajustement par le prix entre la demande et l’offre d’emplois.

2. Soit une pénurie de cadres et autres employés parlant, lisant et écrivant couramment aussi bien un bon français qu’un bon russe.

Tant que cette pénurie dure, il y a lieu de s’attendre à ce que les cadres et les autres employés qui ont cette qualification tendent à être mieux payés que leurs homologues qui ne parlent, lisent et écrivent couramment que l’une de ces deux langues. Si ce cas se présente, c’est l’un de ceux dans lesquels des inégalités de salaire ont pour cause complémentaire un ajustement par le prix de l’offre à la demande d’emplois.

3. Soit de bons vendeurs et de bons comptables également payés.

Or il se trouve, supposons-le, que le recrutement d’un bon vendeur devient plus difficile que celui d’un bon comptable. Ce fait a pour conséquence de mettre fin à l’égalité de rémunération antérieure. Si cette occurrence se présente, c’est l’une de celles dans lesquelles les inégalités de salaire ont pour cause complémentaire un ajustement par le prix de l’offre à la demande d’emplois.

4. Il n’existe pas de rendement commun à tous les emplois.

Faire état de « la productivité du travail » peut en donner l’illusion. Mais c’est là un montage verbal et non pas une réalité. Au sein d’une entreprise, le chiffre d’affaires ou la valeur ajoutée par personne employée est un quotient qui se prête, bien que dans des limites étroites, à des comparaisons interentreprises significatives. Il n’est pas pour autant une moyenne autour de laquelle se disperseraient les « productivités » propres à chaque personne employée et toutes exprimées aux moyenne des mêmes numérateurs et dénominateurs. S’ajoute à ce fait que tous les employeurs ne sont pas des entreprises et que, quand c’est le cas, il n’y a fréquemment pas de rendement à proprement parler économique par personne employée. C’est, par exemple, le cas d’un juge, d’un policier, d’un militaire, d’un enseignant.

9.9. La compensation de la faiblesse des bas salaires par de la redistribution est temporaire.

1. Jacques et Pierre sont salariés.

Le salaire de Jacques est nettement plus élevé que celui de Pierre. Or voici qu’une redistribution publique est instaurée pour compenser la faiblesse des salaires du niveau de celui de Pierre.

Dans un premier temps, l’instauration de cette redistribution, qui réduit la pouvoir d’achat de Jacques et augmente celui de Pierre, peut rester sans effet sur l’évolution du rapport entre les salaires de Jacques et Pierre.

2. Mais ce rapport est régi par la subjectivité collective.

Les arbitrages rendus par la subjectivité collective dans le réglage de la répartition de la rémunération totale du travail tiennent compte, au fil du temps, de considérations dont la compensation de la faiblesse des bas salaires par de la redistribution fait partie. Le resserrement de l’écart de salaires entre Jacques et Pierre s’en trouve ralenti, voire stoppé ou remplacé par son contraire.

3. Les inconvénients de la compensation de la faiblesse des bas salaires par de la redistribution durent autant que cette redistribution.

Les alourdissements de la réglementation et de l’administration de la répartition compensatrice des bas salaires sont l’un de ces inconvénients. Un autre est qu’un dispositif durable de subventions à l’emploi est mis en place, avec les effets pervers inhérents à cette instauration (proposition suivante).

4. La compensation de la faiblesse des bas salaires par de la redistribution n’est pas une nécessité organique.

Elle le serait si la répartition, ou distribution, du revenu total du travail n’était pas réglable par le corps social au moyen des mesures d’organisation ci-dessus indiquées.

5. La fermeture graduelle du robinet des redistributions compensatrices de la faiblesse des bas salaires est possible.

C’est, cependant, à condition d’aller de pair avec une hausse des bas salaires plus rapide que celle des hauts salaires, jusqu’à ce que le resserrement qui en résulte soit le réglage voulu par la subjectivité collective en matière de répartition du revenu total du travail.

9.10. Les subventions à l'emploi renforcent des incapacités collectives et faussent des prix particulièrement importants.

La meilleure solution est de subventionner les emplois peu qualifiés et mal rémunérés en versant une prime aux patrons pour chaque embauche à plein temps. »

C’est ce qu’Edmund Phelps, lauréat 2006 du prix Nobel d’économie, a prescrit afin de ne plus autant « exclure de l’emploi les moins qualifiés » (tribune parue dans Le Figaro du 23 juin 2006). Les dispositifs français d’ « abaissement des charges » et de « prime pour l’emploi » sont des subventions à l’emploi « des moins qualifiés ».

Ces subventions renforcent des incapacités qui ne sont pas inhérentes à l’économie de marché.

  • Elles rendent moins comparables les salaires entiers horaires et, partant, plus approximatif le réglage de leurs écarts par le corps social.
  • Elles instrumentent la maximisation des bénéfices au détriment de la maximisation des revenus du travail.
  • Elles créent des effets d’aubaine qui détournent d’efforts, dont ceux d’augmentations de capital.
  • Elles contribuent à rendre l’équilibre budgétaire (dépenses publiques de fonctionnement entièrement couvertes par les recettes fiscales) plus difficilement réalisable.

Les bas salaires sont des prix particulièrement importants.

Les bas salaires, et particulièrement le salaire minimum horaire quand il a été instauré, participent, au sein de chaque économie nationale, à l’étalonnage non seulement des salaires plus élevés mais aussi de bien d’autres prix. Toutefois ce repère est d’autant plus approximatif que les salaires des « moins qualifiés » sont subventionnés. Inversement, moins ce repère est approximatif et mieux la subjectivité collective règle en bonne connaissance de cause le degré d’inégalité des rémunérations du travail.

Le raccourcissement de l’échelle des salaires est une meilleure solution que le subventionnement des emplois les moins bien rémunérés.

La solution du resserrement de l’écart entre les plus hauts et les plus bas salaires, outre qu’elle ne contribue pas aux incapacités ci-dessus indiquées, repose sur la reconnaissance du fait que le revenu total du travail est un résultat collectif qui donne lieu à une répartition, autrement dit à une distribution, dont le réglage revient à la collectivité toute entière.

Chapitre 10 - L'intérêt

10.1. Appelons constamment « intérêt » et « profit » les rémunérations respectives de la fourniture d’un crédit et d’un placement en capital.

1. Appeler « intérêt » la rémunération de la fourniture d’un crédit est depuis longtemps systématique.

En revanche, ne plus appeler « intérêt » également la rémunération du placement en capital est plus récent. Jusque dans la première moitié du 20e siècle, fréquents ont été les propos des économistes d’où il ressort que la rémunération du placement en financement permanent d’une entreprise, c’est-à-dire en capital strictement dit, fait, à leurs yeux, partie de la famille des intérêts.

2. Les revenus de placement sont pour les uns des intérêts et pour les autres des profits.

L’administration fiscale n’éprouve aucune difficulté à faire distinguer par les contribuables ce qui dans leurs revenus de placement est constitué d’une part d’intérêts et d’autre part de profits strictement dits, à savoir de bénéfices distribués par une entreprise en échange du placement dans le capital strictement dit de cette entreprise.

3. Une différence majeure entre le placement en capital et en crédit est relative à la croissance.

Soit deux pays pour lesquels l’épargne placée est à très peu près identique. Mais dans l’un des deux pays la proportion de ce stock qui est placée en capital est beaucoup plus grande que dans l’autre, de même que les taux de capitalisation des entreprises sont eux aussi beaucoup plus élevés. Pour autant que d’autres facteurs ne jouent pas en sens contraire, la croissance de l’économie de ce pays sera supérieure. Ce qui vaut, à cet égard pour deux pays pendant le même laps de temps, vaut pour un pays d’une période à l’autre de son histoire économique.

4. Cette différence est l’une des raisons pour lesquelles il y a lieu, en théorie économique, de distinguer nettement le capital en contrepartie de profits et le crédit en contrepartie d’intérêts.

Inversement, qui tient pour malencontreux que la croissance devienne ouvertement alimentée avant tout par de nouvelles mises en capital, dont en particulier davantage de mises directes en capital social, est porté à faire peu de cas de cette raison. Les grands fournisseurs de crédit ont intérêt à cultiver et faire cultiver ce point de vue, favorable à la prospérité de leurs affaires.

10.2. Supposons établie la volonté politique d’un fort Taux Moyen National de Capitalisation, TMNC.

1. Ce que nous appelons « taux de capitalisation » est, entreprise par entreprise, un ratio d’autonomie financière.

Ce taux est défini, dans un chapitre précédent, pour attirer l’attention sur le fait que le taux de capitalisation d’une entreprise importe plus que le montant de son capital.

2. Ce qui vaut sur ce point pour une entreprise vaut pour l’ensemble des entreprises domiciliées dans un pays, qu’elles y exercent complètement ou partiellement leurs activités.

Les sociétés plus ou moins complètement propriétaires d’autres sociétés font que, pour un tel semble, les sommes des fonds propres et des totaux de bilan (actif ou passif) ne sont pas des agrégats pertinents. Le rapport entre ces deux sommes n’en est pas moins significatif de ce qu’est, dans ce pays, le taux moyen national de capitalisation, TMNC.

3. Un stock national doit augmenter plus vite qu’un autre pour qu’il y ait élévation du TMNC.

Le stock national de capital des entreprises doit augmenter plus vite que le stock national d’endettement des entreprises pour qu’il y ait élévation du TMNC. S’il se trouve que c’est le second de ces stocks, celui de l’endettement, qui augmente plus vite que le premier, celui du capital, il y a baisse du TMNC.

4. Vouloir un fort TMNC est un élément d’un choix de régime économique.

Dans ce régime, en matière de financement d’entreprises la préférence pour le capital au détriment du crédit va de pair avec la pleine rémunération du placement en capital social, au moyen de la distribution par les sociétés commerciales de la totalité de leurs bénéfices périodiques. De plus, la préférence pour le capital s’exerce également au détriment du recours au quasi-capital.

5. Une caractéristique de ce régime est d’être de financement direct.

À la limite, toute l’épargne auparavant placée auprès d’intermédiaires financiers chargés de la faire fructifier est, dans ce régime, directement placée d’une part en capital social, d’autre part dans des livrets rémunérés.

6. Le financement direct change la répartition de pouvoirs.

Des pouvoirs d’arbitrage exercés auparavant par des intermédiaires financiers et l’autorité publique le sont maintenant davantage par la population elle-même, en fonction de ce que lui apparaissent être ses intérêts dans un système économique dont elle comprend mieux comment il fonctionne.

7. C’est pourquoi l’instauration d’un régime économique de financement direct est un progrès politique.

Mais il semble bien que ce progrès n’émergera que quand l’opinion publique l’imposera à la classe politique. Cela ne se produira que si se répand dans le grand public une initiation aux vertus du financement direct, malgré la pression des organisations et factions qui ont intérêt à ce que leurs pouvoirs restent entiers.

10.3. Supposons instaurée la publication périodique du Taux Moyen National de Profit, TMNP.

1. Le numérateur du TMNP est la somme des bénéfices distribués par les entreprises sur la période considérée.

Obliger les entreprises à distribuer la totalité de leurs bénéfices, tout en ne soumettant ces bénéfices à l’impôt qu’auprès de ceux qui les ont perçus, rend le numérateur du TMNP fiscalement connu. Mais cela n’adviendra que si un chemin, ci-dessous rappelé, est pris.

2. Le dénominateur du TMNP est la somme du capital exploité des entreprises au début de la période considérée.

Le concept de capital exploité est défini, ci-dessus, progressivement, dans l’argumentation des propositions 5.7, 5.10 et 6.6. En tout état de cause, la publication périodique du TMNP suppose que l’amélioration de l’organisation du marché du capital par la normalisation de la publicité du taux de profit sur capital ait été réalisée.

3. Que fait une société commerciale quand, de sa propre initiative ou par le devoir que lui en fait le législateur, elle distribue année après année la totalité de ses bénéfices ?

Que cette société soit par actions négociables ou par actions restituables, ou par un capital social comprenant ces deux sortes d’actions, elle procure à chacun de ses actionnaires le pouvoir de décision individuelle d’allocation ou non de plus ou moins que sa part entière de bénéfice à l’achat de nouvelles parts sociales. Ce faisant, elle se met en situation d’élever plus rapidement son taux de capitalisation, puis de le garder haut, en ayant mis fin à une confiscation de pouvoir.

4. C’est un cas dans lequel l’aspiration au moins possible de confiscations de pouvoir est systémiquement décisive.

C’est un système en partie replié sur lui-même que celui dans lequel l’oligarchie des conseils d’administration décide arbitrairement la part des bénéfices allouée aux réserves non obligatoires. C’est un système plus ouvert que celui dans lequel il revient à chaque membre de la population entière des épargnants ayant placé en capital social de se prononcer sur l’emploi fait de ce qui lui appartient. Outre cette vertu morale, que ce le dispositif le moins confiscatoire soit le plus approprié au plein-exercice de la relation EPCE, ainsi qu’à la plus grande diffusion de la propriété directe de parts de capital social, ne fait aucun doute.

5. Que fait une société commerciale quand, dans la publicité de ses résultats, elle applique une norme universelle de taux de profit sur capital ?

Elle se plie à une règle élémentaire que l’organisation de la concurrence honnête impose : le plus possible de comparaisons sans avoir de calcul à faire. Il n’y a, en effet, de norme universelle de taux de profit sur capital que si elle est applicable à tous les éléments de l’univers entier des entreprises, qu’elles soient en nom propre ou en société et, dans ce dernier cas, qu’elles que soient les modalités qui régissent leur capital social.

6. Les volontés appariées d’un moins et d’un plus pavent le chemin qui conduit à l’instauration de la publicité périodique du TMNC.

Moins de confiscations de pouvoirs par des oligarchies, tant privées que publiques, et plus de comparaisons sans avoir de calcul à faire, notamment à raison de revenus et d’autres prix, ne pavent une voie qui fait plus que conduire à l’instauration de la publicité périodique du TMNC et de l’autorégulation de l’économie par des taux de profit sans cesse ramenés, tant à la baisse qu’à la hausse, vers leurs niveaux suffisants au regard notamment du besoin de création d’emplois par les entreprises. Dans ce qu’il est dans la nature de l’économie de plein-échange de produire, il y a une réduction d’inégalités. Désirer que cette production reste entravée est un parti-pris idéologique ; substituer à cette production naturelle (logique) un forçage en est un aussi.

7. Il faut à l’économie mieux organisée un renouveau de principes.

Tant en économie qu’en politique, l’intérêt général est celui la population. Or voici que ce qui fait l’essentiel de cet intérêt tient en quelques principes parmi lesquels se trouvent :

  • le minimum de confiscations d’arbitrages qui sont de nature à être directement rendus par la population ;
  • le maximum de comparaisons de rémunérations et d’autres prix sans avoir de calcul à faire.

8. Subordonner les intérêts de la population à ceux de factions nécessite de larges manquements à l’application de ces principes.

C’est pourquoi revendiquer le comblement de ces manquements fait partie de la production au long cours d’une économie mieux organisée.

9. Cette revendication doit être soutenue jusqu’à ce que les cercles d’économistes, les partis politiques et les organisations patronales se tiennent obligés de se prononcer sur des questions de fond.

Une économie dont les taux directeurs sont, officiellement et effectivement, de profit sur capital est-elle systémiquement mieux à même de procurer à l’ensemble de la population plus de pouvoirs sur son cours qu’une autre dont les taux directeurs sont d’intérêt procuré par un principal prêté ? Peut-il être exclu que le plein-emploi, bien plus souvent et longuement que le sous-emploi, soit à cette condition ? Une économie de marché est-elle aussi sociale qu’elle le peut en étant plus centrée sur ce qui rapporte de l’argent à des banquiers qu’à ce qui procure du revenu et du pouvoir d’arbitrage aux épargnants qui ont placé en capital social ? Les nouvelles techniques de transmission et traitement de l’information ne sont-elles pas exploitables à cette fin ?

10.4. Un fort TMNC est favorisé par le financement de la dette publique au seul moyen d’un livret rémunéré à un taux inférieur au TMNP.

1. Appelons ici « livret du trésor public » ce mode de financement.

Ce livret est exclusivement administré par le trésor public. Sur un site télématique et aux guichets de l’administration fiscale, particuliers et associations privées non commerciales créent, augmentent, réduisent et suppriment leurs dépôts.

2. La rémunération de ces dépôts a cinq caractéristiques.

  1. Aucune exemption fiscale n’y est attachée.
  2. Les intérêts sont hebdomadairement crédités sur les livrets.
  3. Ces intérêts sont constamment exprimés en taux annuel.
  4. Ce taux reste à tout instant variable selon que le total des dépôts tend à être insuffisant ou excessif au regard des besoins d’emprunt des finances publiques.
  5. Ce taux est chroniquement maintenu inférieur au TMNP, le Taux Moyen National de Profit.

3. Par cette infériorité, placer en financement permanent d’entreprise reste, sur moyenne et longue périodes, généralement plus rémunérateur.

C’est en application de la volonté politique d’un fort TMNC, la priorité donnée à la création d’emplois ayant enfin acquise cette maturité.

4. Le trésor public ajuste le total de l’épargne qu’il mobilise en faisant aussi varier le plafonnement du livret.

Les variations du plafonnement, conjointement à celles de la rémunération des dépôts dans la limite du plafond, permettent au Trésor public de limiter l’épargne qu’il mobilise au financement par l’emprunt d’une fraction des dépenses publiques.

5. Une autre réforme que la publicité du TMNP est supposée avoir été faite.

Elle a consisté à mettre en application les deux règles de gestion des finances publiques : résultats budgétaires chroniquement excédentaires, poids des achats publics d’équipement chroniquement stabilisé. Quand cette mise en application a eu pour effet que le besoin chronique de nouveaux emprunts publics se monte à la somme des achats publics d’équipement, le livret devient le seul instrument de financement public par l’emprunt à moyen et long termes.

6. Les charges des budgets publics comportent un poste d’amortissement du principal de l’emprunt public.

La base de calcul de ces amortissements est la somme des achats publics d’équipement de chaque entité publique, collectivités territoriales incluses. Le pourcentage appliqué à cette base est fixe. Il est, par exemple, de 5 % s’il a été décidé que la durée d’amortissement de l’emprunt public est de 20 ans.

7. Les charges des budgets publics comportent également un poste de frais financiers.

La base de calcul de ces frais est, pour chaque entité publique, ses achats d’équipement non encore financièrement amortis. Le pourcentage appliqué à cette base est le taux de rémunération du livret.

8. Aucune création monétaire n’entre dans ce mode de financement de l’emprunt public.

C’est, cependant, à condition que les seuls fournisseurs de ce financement soient des particuliers et des associations privées non commerciales, à l’exclusion de tout établissement financier et même de toute autre entreprise.

 


Jacques Bichot, 18/1/2013. J’ai peur que le mieux soit l’ennemi du bien : autant la collecte des livrets (regroupés – nous n’en avons pas besoin de 36) pourrait utilement servir à financer l’investissement public net, autant les modalités complexes que vous prévoyez (un taux d’intérêt très variable) seraient déroutantes pour les épargnants. Reste que le principe est excellent.

10.5. Un fort TMNC est favorisé quand les intérêts versés aux épargnants sont à des taux inférieurs au TMNP.

TMNC : Taux Moyen National de Capitalisation. TMNP : Taux Moyen National de Profit.

1. Les revenus du travail ont pour seuls détenteurs des personnes physiques.

Quand ces détenteurs sont membres d’un ménage, ils le sont aussi d’une association à but non commercial. Il peut en résulter des placements dont le propriétaire effectif est le ménage et non pas l’un de ses membres.

2. Les épargnants sont exclusivement des particuliers et des associations privées à but non commercial.

Il en va de même des détenteurs des revenus. Voir un revenu dans toute perception d’argent repousse une définition. Voir une épargne dans tout argent non dépensé, y compris par une entreprise ou une entité publique, repousse une autre définition. La pratique des échanges marchands en vient alors à être observée et organisée plus confusément qu’il est possible de le faire.

3. Plus le TMNP est supérieur au taux moyen des intérêts versés aux épargnants, plus ces derniers sont incités à placer en capital.

C’est pourquoi cette supériorité est cohérente avec la volonté politique d’un fort TMNC. Mais assumer cette supériorité passe par un renversement. Rappelons que nous appelons « profit » la rémunération effective, ou rendement, du placement en capital. Le renversement est que les taux effectifs de rémunération du capital ne sont plus calés sur des taux d’intérêt. L’augmentation de la supériorité du TMNP sur les taux des intérêts versés aux épargnants est alors d’autant plus tenue pour nécessaire que le manque d’emplois sévit.

10.6. Un fort TMNC est favorisé quand les intérêts facturés par les entreprises sont à des taux supérieurs au TMNP.

TMNC : Taux Moyen National de Capitalisation. TMNP : Taux Moyen National de Profit.

1. Les banques centrales ne font pas partie des entreprises dont il est ici question.

En revanche, tout autre établissement financier qu’une banque centrale en fait partie. Les taux des intérêts facturés à leurs clients par les entreprises autres que des établissements financiers tendent à être, par sorte de crédit consenti et pays par pays, ceux que ces établissements pratiquent.

2. Soit un établissement financier dont l’encours des crédits qu’il octroie est plafonné au montant de son capital social.

Pour cet établissement, la rémunération de son capital ne peut être proche du TMNP que si la moyenne pondérée des taux des intérêts qu’il facture est supérieure à ce même TMNP.

Cet établissement participe de deux façons à l’élévation du TMNC. L’une est la structure de son propre financement. L’autre est à raison des crédits qu’il octroie à d’autres entreprises, la cherté relative de ces crédits poussant à leur préférer des augmentations de capital.

3. Ce modèle réduit l’exposition à des crises économiques d’origine financière.

Mais, faut-il s’empresser d’ajouter, ce modèle n’est généralisable que progressivement, voire hélas très progressivement. Les resserrements, par la réglementation à laquelle ces établissements sont soumis, du rapport entre l’encours des financements qu’ils procurent et leur capital social font progresser en ce sens. Cette progression est cependant freinée par l’industrie financière. Ce freinage ne peut pas perdre de son efficacité tant qu’il ne sera pas reconnu institutionnellement (université, syndicats, gouvernements, notamment) que l’expansion de cette industrie chrnoniquement plus rapide que la croissance du reste de l’économie engendre plus de méfaits qu’elle ne procure de bienfaits.

4. Cette reconnaissance va de pair avec une autre.

L’augmentation de l’endettement public chroniquement plus rapide que la croissance de l’économie engendre lui aussi plus de méfaits qu’il ne procure de bienfaits. C’est, en grande part, pour la même raison. Un pays et un groupe de pays se libère du joug de l’industrie financière en se contraignant au respect de deux règles de gestion des finances publiques.

10.7. La centralisation de la création monétaire implique un renforcement de la réglementation financière.

1. « Zone monétaire » désigne ci-après un territoire ayant trois caractéristiques.

  1. Une nation ou plusieurs le compose.
  2. Une monnaie y a cours légal : aucun paiement dans cette monnaie ne peut y être refusé.
  3. Une banque centrale y est établie.

2. Le degré de centralisation de la création monétaire est réglable.

Ce degré est porté à son maximum quand seule la banque centrale est en mesure de créer ou de détruire légalement de la monnaie de la zone. En ce cas, la banque centrale est mieux à même de contribuer à la faiblesse de la dépréciation monétaire, tout en ayant aussi pour mission de contribuer à l’élévation du TMNC, ou en cas de zone monétaire plurinationale des TMNC.

3. Pour fournir cette dernière contribution, il faut à la banque centrale une extension de ses pouvoirs de réglage.

Cette extension a trait aux taux d’intérêt, plafonds pour la collecte d’épargne, planchers pour les prêts accordés par les établissements financiers. L’indexation de ces plafonds et planchers au TMNP fait qu’ils sont susceptibles d’être différents par pays en cas de zone monétaire plurinationale.

4. La plus grande élévation possible du ou des TMNC dans une zone monétaire passe par un changement des taux les plus directeurs.

Faute de la volonté générale de cette élévation et largement en héritage d’une tradition, les taux directeurs sont d’intérêt. Si cette volonté générale est établie, son exécution n’est assurée que si les taux les plus directeurs de l’économie de la zone monétaire deviennent de profit sur capital.

5. Une seule autorité législative est nécessaire à la viabilité d’une zone monétaire.

Pour qu’il en aille autrement, il faudrait que la banque centrale de la zone puisse n’avoir constamment pour mission effective que la faiblesse de la dépréciation monétaire. Il faudrait aussi que la finance trop faiblement réglementée ne soit pas source de crise.

6. L’autorité législative de gouvernement d’une zone monétaire est trop faible si elle s’en remet aux marchés sur trois points.

L’un de ces points est celui des réglages prudentiels de l’industrie financière de la zone. Puisque de ce ces réglages dépendent le degré de centralisation de la création monétaire, ce qui est en cause est l’organisation générale de l’économie de la zone. Où conduit de trop s’en remettre aux intérêts de l’industrie financière quant à cette organisation ?

Un autre point est celui des cloisonnements de l’industrie financière. La recherche de plus-values pousse à demander leur levée. Or ils se révèlent nécessaires tant pour des raisons de sécurité qu’afin de rendre la concurrence plus régulatrice.

Un troisième point est celui des mises sur le marché de produits financiers, toutes sortes d’assurances comprises. Faut-il en venir à tenir pour interdits ceux qui ne sont pas autorisés ?

7. La nécessité de confinements et de simplifications n’est pas que financière.

Elle est, plus généralement, commerciale et sociale. La progression des moyens de stockage et de traitement de données l’accroît considérablement. Ces moyens sont, en effet, utilisables pour nuire à la comparabilité des offres commerciales. Ces mêmes moyens servent à corrompre le corps social dès lors qu’ils sont utilisés pour rendre clients, usagers et contribuables captifs de dispositifs qui les manipulent sous couvert de la fourniture d’une meilleure qualité de service.

10.8. De ce qui précède ressort l’existence d’un circuit de l’épargne systémiquement optimal.

Chapitre 11 - Les prix

Version 2013-2014

11.1. Ne font l’objet de ce chapitre que les prix, autres que des intérêts, auxquels les entreprises vendent.

1. Le chapitre précédent traite de l’intérêt, prix du service du crédit.

Auparavant, deux autres chapitres traitent également d’un prix. Le profit, quand ce mot désigne la rémunération du placement en capital, est le prix d’un service. Le salaire, à savoir la rémunération du travail, est aussi le prix d’un service.

2. Ces prix ont des déterminants et des fonctions qui leur sont propres.

Les rémunérations de placement, selon qu’ils sont en capital ou en crédit, ont des déterminants propres aux prix qu’ils constituent. Leurs fonctions régulatrices et stimulatrices leur sont aussi propres. Les rémunérations du travail ont aussi des déterminants propres aux prix qu’ils constituent. Leur fonction distributive leur est également propre.

3. Les prix, autres que les intérêts, auxquels les entreprises vendent ont également des déterminants et des fonctions qui leur sont propres.

Le présent chapitre situe ces déterminants et fonctions. Ce faisant, il met au jour la solution du problème, réputé sans solution objective, de la répartition des coûts communs. Une loi réductrice de l’arbitraire des prix auxquels les entreprises vendent est, du coup, mise au jour en même temps. L’implication politique n’a rien de mineur : un choix de régime économique n’est bien instruit qu’en tenant compte de cette loi.

11.2. Les rapports immédiats entre offre et demande ne régissent que certains de ces prix.

1. Les marchés d’ajustement immédiat entre l’offre et la demande par les prix sont de deux sortes.

Pour une part, ce sont les marchés où les entreprises ne sont souvent que des intermédiaires dans l’organisation des transactions. Sur d’autres de ces marchés, il n’y a que des entreprises qui vendent et achètent des marchandises sur lesquelles ces transactions portent.

2. Sur le marché immobilier et sur le marché boursier, des entreprises ne sont souvent que des intermédiaires dans l’organisation des transactions.

Il en va de même des marchés de collections prestigieuses et de plus en plus fréquemment d’occasion. Ce que ces entreprises vendent est alors une prestation de service dont le prix est susceptible d’être régulé par les rentabilités des entreprises. Les prix des objets sur lesquels les transactions portent sont eux principalement ou exclusivement régis par le rapport immédiat entre l’offre et la demande, sans autre régulateur que la vente au mieux disant.

3. Sur des marchés de matière première, notamment d’origine agricole ou minière ou forestière ou halieutique, la vente interentreprises au mieux disant est également pratiquée.

Les prix qui résultent de ces ventes sont eux aussi régis par le rapport immédiat entre l’offre et la demande. Ils n’en ont pas moins un autre régulateur de leur niveau. Les vendeurs y sont en effet des entreprises. Quand les rentabilités d’une de ces entreprises ou d’un secteur constitué par ces entreprises se révèlent sensiblement et durablement plus élevées que le TMNP et quand l’entrée dans ce secteur est maintenue ouverte, la concurrence des nouveaux entrants a pour effet de rapprocher les rentabilités du TMNP.

4. Sur les autres marchés approvisionnés par les entreprises, la concurrence élimine la vente au mieux disant.

Quand sur l’un de ces autres marchés les prix sont fixés par les vendeurs et que les acheteurs sont en mesure d’opter pour l’une des offres concurrentes, il est plus avantageux pour les vendeurs et les acheteurs que les prix fassent l’objet d’abord de moins de marchandage puis d’aucun : le temps pris par les transactions s’en trouve réduit, la défiance des acheteurs à l’égard des vendeurs est moindre, le commerce peut se faire plus industriel. Les entreprises qui font de ces avantages des caractéristiques de leur offre en viennent à être plus rentables que celles qui s’attardent à la vente au mieux disant là où des concurrents ont établi que son abandon est avantageux.

5. Le plus gros des ventes des entreprises se font sur des marchés où la concurrence a éliminé la vente au mieux disant.

Par cette élimination, les prix pratiqués sur ces marchés ne sont pas régis par un rapport immédiat entre l’offre et la demande. Alors des rentabilités deviennent, pour autant que la concurrence soit organisée à cette fin, plus étroitement régulatrices de ces prix, comme nous allons l’établir dans la suite de ce chapitre.

6. Il n’y a que fallacieusement les marchés par excellence et les autres.

Postuler que toutes les valeurs d’échange marchand ont davantage en commun que d’être des prix, puis le tenir pour certain sans l’avoir vraiment démontré est aussi fautif que toute autre pétition de principe. Cette erreur, par inadvertance (paralogisme) ou délibérée (sophisme), conduit à juger que dans les marchés certains le sont par excellence. L’accréditation du postulat de l’offre et de la demande en tant que régulateur principal de tous les prix a notamment pour conséquence que les bourses de valeur et les salles de vente aux enchères sont vues comme étant davantage que la plupart des autres de vrais marchés. Or ces prétendus marchés par excellence ont une caractéristique normalement absente d’autres marchés de grande importance, dont celui du travail et ceux de la plupart des produits vendus par les entreprises : ils donnent accès à la réalisation de plus-values. Alors, par faute de raisonnement et négligence d’observations objectives, la porte est grande ouverte à l’assimilation de l’économie de marché tout entière à du mercantilisme de plus-value[1].

7. La régulation par les rentabilités du plus grand nombre des prix auxquels les entreprises vendent est potentiellement beaucoup plus fine qu’admis jusqu’à présent par la théorie économique.

Peu de mots suffisent à énoncer la loi de cette régulation. Mais cet énoncé est ésotérique avant d’avoir exposé les faits et les définitions qui lui donnent son sens. Indiquons pour l’instant que la concurrence entre les entreprises et les arbitrages que rendent leurs clientèles n’activent complètement cette loi que si la concurrence entre les entreprises est organisée à cette fin par le législateur et les institutions à qui le législateur confie l’application de ses directives. Par exemple, l’interdiction faite aux banques commerciales d’être à la fois « de détail » et « d’investissement » répond à une nécessité qui ne leur est pas propre et qui, quand elle devient enfin explicitement prise en compte, renforce beaucoup la viabilité systémique de l’économie de marché.



[1] Paul Fabra a particulièrement bien montré que cette assimilation procède, somme toute, d’un anticapitalisme. C’est pourquoi dans bien des contextes, opposer au capitalisme de rendement l’anticapitalisme de plus-value plutôt que le mercantilisme de plus-value convient mieux.  Léon Walras, dès les premiers chapitres de ses Éléments d’économie politique pure — la magna carta de la science économique affirme Mark Blaug ainsi que la plupart des économistes universitaires continuent à l’enseigner — admet que la façon dont le cours d’une action en bourse se forme vaut pour n’importe quel prix, sans noter que c’est à démontrer. Il en résulte que la magna carta est en réalité celle d’une pseudoscience.

 

11.3. Une entreprise juridiquement constituée comporte presque toujours une arborescence d’entreprises dans l’entreprise.

1. Les différentes sortes d’entreprises juridiquement constituées, ou entreprises de droit, sont bien connues.

Les entreprises auprès desquelles se contractent les ventes de leurs fournisseurs (dont salariés et financeurs), et les achats de leurs clients, sont pour les unes en nom personnel et pour les autres des personnes morales, depuis les sociétés en nom collectif jusqu’aux plus complètement anonymes en passant par les coopératives et mutuelles entre autres. À toute entreprise contractuelle, parce que juridiquement constituée, est associée une enseigne et, quand elle est une personne morale, une raison sociale. C’est non seulement « la maison » avec laquelle des vendeurs et des acheteurs font affaire mais aussi le périmètre d’exercice d’une direction générale ainsi que de tenue d’une comptabilité générale normalisée.

2. Les ventes d’une entreprise juridiquement constituée sont aussi, le plus souvent, des ventes par les entreprises dans l’entreprise.

Dès qu’une entreprise vend plusieurs fournitures[1], chaque classe homogène de ces fournitures détermine l’existence d’une entreprise de fait dans l’entreprise de droit. Cette observation est complètement établie après avoir montré qu’à ces classes appartiennent directement une fraction non seulement des ventes de l’entreprise contractuelle mais aussi des coûts et des actifs de cette même entreprise. Dans un premier temps, remarquons que la classification homogène des fournitures d’une entreprise contractuelle s’obtient par décompositions en allant du général au particulier et, autant que besoin, en s’y reprenant afin que l’inventaire soit exhaustif.

3. Les entreprises dans l’entreprise forment une arborescence d’appartenances multiples.

Dans le grand commerce de détail, comme en bien des commerces de gros, le premier niveau de décomposition est entre départements ; le deuxième niveau en rayons au sein de chaque département ; le troisième en familles au sein de chaque rayon ; le quatrième et dernier en articles au sein de chaque famille. Dans toute autre entreprise contractuelle, tantôt avec moins de quatre niveaux de décomposition et tantôt avec davantage, une classification complète de ce genre est utilisée ou le deviendra pour le traitement automatisé de l’information de gestion. Ces classifications, depuis leurs premiers niveaux jusqu’à chacun de leurs avant-derniers, spécifient des arborescences d’appartenances multiples : dans l’exemple donné, la vente d’un article augmente les ventes d’une famille, d’un rayon, d’un département et de l’entreprise contractuelle chez laquelle cet article a été acheté.

4. Il n’y a donc pas que les entreprises contractuelles, parce que juridiquement constituées, qui soient de même appartenance.

Les entreprises contractuelles appartiennent à l’ensemble des entreprises auprès desquelles des achats et des ventes sont faits et c’est en ce sens que leur appartenance est la même — le réseau aux innombrables connexions de ces entreprises. Chaque entreprise dans l’entreprise a elle également la même appartenance que ses sœurs et elles seules. Selon la terminologie ci-dessus donnée en exemple, deux rayons de départements différents ne sont pas de même appartenance, comme deux familles de deux rayons différents et deux articles de familles différentes. Pour les raisons qui vont être exposées dans la suite de ce chapitre, le concept d’appartenance identique — même appartenance — permet de dégager une loi générale de tendance. La réduction des écarts de rentabilité entre les entreprises contractuelles, sous l’effet de la concurrence quand elle est assez réelle pour avoir promptement cet effet, n’est que le plus haut niveau d’application de cette loi.

5. Appelons « service général » un autre composant de la structure des entreprises contractuelles.

À la tête d’une entreprise contractuelle se trouve au moins une personne ou une instance pouvant comporter, outre la tenue d’assemblées générales des sociétaires, un conseil d’administration et son président ainsi qu’une direction générale et ses délégataires de premier rang. Au moins une partie de cette tête constitue un service général. La comptabilité, le contrôle de gestion, l’administration du personnel, l’informatique et d’autres fonctions sont également souvent, au moins pour leurs parties centralisées, des spécialisations assumées par autant de services généraux. D’une façon ou d’une autre et à différentes fins (fixations d’objectifs de marge, calculs de prix de revient unitaire), les coûts de service général, souvent vus comme étant « de structure », doivent être répartis.

6. Appelons « atelier » un troisième composant que la structure des entreprises comporte souvent.

Une partie constitutive d’une entreprise contractuelle est susceptible de n’être ni une entreprise dans l’entreprise car ce n’est pas elle qui vend, ni des services généraux par la nature technique de ce qu’elle produit. Elle prend parfois la forme d’une usine tout entière, divisible en sections homogènes de coûts. Quand elle est interne à une entreprise dans l’entreprise, ses coûts entrent complètement dans les charges directes de l’entreprise dont elle est une division. Quand elle fournit plusieurs entreprises dans l’entreprise, ses coûts doivent être répartis.

7. Depuis la présente proposition jusqu’à la fin de ce chapitre, la comptabilité analytique et le contrôle de gestion en entreprise font l’objet d’un apport conceptuel qui les rend plus pertinents.

Des pétitions de principe, par des postulats tenus pour démontrés sans l’avoir été[2], ont fait fonction de théorie générale des valeurs d’échange marchand, comme s’il était forcément irréaliste que toutes ces valeurs puissent n’avoir en commun que d’être des prix ayant des déterminants différents selon les catégories de marchandise et les circonstances. Ces constructions ont détourné de l’observation de la pleine portée de l’équation de Brown, autrement dit de la relation RPP’. En conséquence, le lien entre les prix auxquels les entreprises vendent et les vrais coûts unitaires complets, profit suffisant inclus, a été encore plus distendu que naguère. C’est au préjudice non seulement des clients et des salariés mais aussi de beaucoup d’actionnaires, nous allons expliquer pourquoi.



[1] Toute fourniture vendue est une marchandise par définition, entre le moment où elle est mise en vente et celui où elle trouve preneur. Chaque fourniture vendue par une entreprise comporte toujours celle d’au moins un service, la vente, mais pas forcément celle d’un bien. Dans ce chapitre, nous désignons par le mot « fourniture » ce que les entreprises vendent, étant bien entendu mais c’est évident, que les entreprises n’ont pas pour exclusivité d’être des fournisseurs, notamment en matière de prestations de service échangées contre leur rémunération.

[2] Prétendue rareté universelle, maximum de profit élevé au rang d’impératif s’imposant à toute entreprise contractuelle autre que « sociale », sociétés commerciales dont les statuts excluent ce maximum vues comme un épiphénomène économiquement négligeable, notamment.

 

11.4. Comme les entreprises juridiquement constituées, les entreprises dans l’entreprise ont des coûts directs et dégagent une marge directe.

1. Appelons, à ce niveau d’analyse, « mère » l’entreprise contractuelle et « fille » chacune de ses divisions productrices de vente.

Appelons également « mère » toute fille qui vend plusieurs fournitures aux clients de l’entreprise contractuelle, parce que juridiquement constituée. Les filles sœurs sont de même appartenance directe.

Par exemple, une entreprise contractuelle a pour plus haut niveau de ventilation de ses ventes les sections A à G. Chacune de ces sections a elle-même pour plus haut niveau de ventilation de ses ventes des sous-sections. Désignons par les lettres AA et GC deux de ces sous-sections.

  • Les sections A à G ont la même mère et sont de même appartenance directe.
  • Les sous-sections AA et GC n’ont pas la même mère et donc ne sont pas de même appartenance directe.

2. Au sein d’une entreprise contractuelle, le nombre d’appartenances directes peut être très grand.

Chaque référence de l’assortiment vendu est, en effet, la fille d’une mère, elle-même fille d’une mère, autant de fois que ce chemin de l’arborescence des entreprises dans l’entreprise comporte de niveaux.

Désormais, ces appartenances sont enregistrées dans des fichiers informatiques. Le plus possible des autres données de gestion le sont également. Les exemplaires du tableau dont il va être question sont devenus des requêtes sur écran dont les résultats ne donnent qu’exceptionnellement lieu à des impressions sur papier.

3. Le nombre d’appartenances directes est aussi celui des exemplaires du tableau gigogne situés sur le même chemin.

  • Sur un exemplaire de ce tableau se trouve le chiffre d’affaires de la fille identifiable par une référence de l’assortiment — un article — et le chiffre d’affaires du plus petit regroupement qui est la mère de cette fille, comme ceci avec plus de deux filles autant que nécessaire :
     

 

A

B

C

 

Fille 1

Fille 2

Mère

Chiffre d’affaires

500

400

900

  • Sur un exemplaire de plus haut niveau de ce même tableau se trouve le chiffre d’affaires du plus petit regroupement, fille du plus immédiatement grand regroupement qui est sa mère, de nouveau avec autant de filles que nécessaire.
  • Etc. jusqu’au tableau où le plus grand regroupement est l’entreprise contractuelle, mère de l’arborescence des entreprises dans l’entreprise.

4. Filles et mères ont des coûts directs.

Les coûts directs d'une entreprise contractuelle sont l’ensemble de ses charges, telles que la comptabilité générale en établit le montant.

Les coûts directs d’un sous-ensemble d’une entreprise contractuelle sont ceux qui seraient supprimés ou autrement employés si ce sous-ensemble était supprimé. Les prix d’achat des produits revendus en l’état sont, entre autres, des coûts directs. Le salaire entier d’un chef de département ou de rayon est un coût direct du département ou du rayon. Des amortissements d’immobilisations font partie de certains coûts directs. Il n’y a en économie aucun organe sans coût direct.

5. La somme des coûts directs des filles de la même mère n’est pas forcément égale aux coûts directs de la mère.

Sur un chemin d’appartenances, les coûts directs sont eux aussi gigognes. Par exemple, les salaires entiers des chefs de rayons d’un département sont des coûts directs du département mais dans ces derniers il y a de plus le salaire entier du chef de département. Il en va de même pour d’autres coûts.

C’est pourquoi dans le tableau ci-dessous, puis dans ses tracés plus complets, en cellule 3C (ligne 3, colonne C) le montant est précédé du caractère { signifiant : ceci n’est que la somme des montants figurant à gauche sur la même ligne et non pas forcément le montant des coûts directs de la mère :

 

 

A

B

C

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

2

Chiffre d’affaires

500

400

900

3

Coûts directs

300

240

{540

En règle générale, le montant des coûts directs de la mère est supérieur à la somme des montants des coûts directs des filles.

6. L’existence de coûts directs détermine celle de marges directes.

Une marge directe est la différence entre un chiffre d’affaires et des coûts directs :

 

 

A

B

C

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

2

Chiffre d’affaires

500

400

900

3

Coûts directs

300

240

{540

4

Marge directe (2 – 3)

200

160

{360

En cellule 4C (ligne 4, colonne C), le caractère { signifie également : ceci n’est que la somme des montants figurant à gauche sur la même ligne et non pas forcément le montant de la marge directe de la mère. En règle générale, le montant de la marge directe de la mère est inférieur à la somme des montants des marges directes des filles. C’est ainsi que les marges directes, souvent dites « brutes », font par agrégations et soustractions successives de coûts la marge de plus bas niveau qu’est le résultat bénéficiaire ou déficitaire de l’entreprise contractuelle.

7. Dans le tracé complet du tableau gigogne, le montant des coûts directs de la mère ne figure pas.

Ce n’est pas nécessaire. Montrons-le en reprenant l’exemple des départements et des rayons. En allant du général au particulier :

  • Sur le tableau où la mère est l’entreprise contractuelle, les filles sont les départements et les montants de leurs coûts directs s’y trouvent.
  • Sur chacun des tableaux où la mère est un département et les filles les rayons dans ce département, les montants des coûts directs de ces rayons se trouvent.
  • Etc.

8. La suite de ce chapitre complète le tableau gigogne en plusieurs étapes.

Après un complément d’analyse sur les coûts directs du fait de l’éventuelle existence d’ateliers internes fournissant plusieurs centres producteurs de marge frères ou cousins (proposition suivante), l’étape suivante de construction du tableau gigogne prend en compte l’existence de coûts communs qui participent généralement à la détermination de la marge directe de la mère :

 

 

A

B

C

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

2

Chiffre d’affaires

500

400

900

3

Coûts directs

300

240

{540

4

Marge directe (2 – 3)

200

160

{360

 

8

Coûts communs

360

 

9

Marge directe (C4 – C8)

20

             

9. Cette modélisation de la formation du résultat final d’une entreprise contractuelle ne prend pas en compte une réalité pourtant primordiale.

Ce qui est laissé de côté trouvera sa place en ligne 1. Il fait que seul l’un des trois ratios de la relation de Brown, ci-dessus appelée RPP’, est estimable (en se prêtant à des erreurs de jugement, nous rappellerons plus avant pourquoi) : les profitabilités P’, en l’occurrence rapports entre chacune des marges directes et le chiffre d’affaires correspondant comme en ligne 7 ci-dessous.

 

 

A

B

C

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

2

Chiffre d’affaires

500

400

900

3

Coûts directs

300

240

{540

4

Marge directe (2 – 3)

200

160

{360

7

Profitabilité directe (4/7, P’)

40 %

40 %

{40 %

 

8

Coûts communs

340

 

9

Marge directe (C4 – C8)

20

             

En cellule 7C (ligne 7, colonne C), le caractère { signifie : la valeur relative qui suit est la moyenne pondérée (360/900) de celles qui se trouvent à gauche sur la même ligne. La profitabilité directe, P’, de la mère est dans cet exemple numérique de 6,7 % (60 en 9C / 900 en 2C).

11.5. La répartition des coûts directs d’un atelier interne au prorata de quantités physiques est objective.

1. Considérons de nouveau le haut du tableau gigogne d’analyse :

 

Fille 1

Fille 2

Mère

  • Les filles sont les entreprises dans l’entreprise mère.
  • Une mère a toujours au moins deux filles et le plus souvent davantage.
  • Une entreprise juridiquement constituée est mère de filles qui sont elles-mêmes mères, etc., si bien qu’en chaque cas d’espèce le jeu complet des tableaux gigognes comporte au minimum trois exemplaires et, selon la largeur et la profondeur de l’assortiment vendu, jusqu’à des dizaines de milliers.
  • Mères et filles sont des sections productrices de marge et aucune autre division faisant partie d’une entreprise contractuelle n’est une section de cette sorte.

2. Le tableau gigogne est aussi d’analyse des coûts des sections productrices de marge :

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

3

Coûts directs

300

240

{540

Le total des coûts directs de la mère est :

  • au moins égal à la somme des coûts directs des filles ;
  • souvent supérieur à cette somme ;
  • toujours supérieur à cette somme quand la mère est l’entreprise contractuelle (plus à ce sujet en argumentation de la proposition suivante).

3. Une entreprise contractuelle est susceptible de comporter un atelier interne ou plusieurs.

Une usine qui, au sein d’une entreprise contractuelle, fournit en produits à vendre des sections productrices de marge sœurs ou cousines (à différents degrés de parenté) constitue ce que nous appelons un « atelier interne », comportant le cas échéant une chaîne ou une arborescence d'ateliers dans l'atelier.

L’usage est de dire de plusieurs sortes d’atelier interne qu’ils sont des laboratoires, comme en boulangerie, ce lieu où la production de marge se fait au comptoir ou lors des livraisons et non pas dans le fournil.

Un service d’entretien inclus dans l’organisation d’une entreprise contractuelle n’est pas un atelier interne au sens que nous donnons à cette dénomination :

  • il ne fournit rien à vendre par l’entreprise contractuelle ;
  • son statut économique est le même que celui du service de comptabilité générale, ou encore du service de recherche et développement quand ce dernier a pour mission d’initialiser de la mise en production et non pas de produire ce qu’il a initialisé.

4. Les coûts directs d’un atelier interne entraînent l’existence de coûts unitaires.

  • Si l’atelier n’élabore qu’un seul produit, le coût unitaire de ce produit est sur la période considérée la somme des coûts directs de l’atelier divisée par la quantité produite.
  • Si l’atelier élabore plusieurs produits, ces derniers ont en commun une unité d’œuvre qui est souvent, mais pas exclusivement, un temps de production. En ce cas, chacun des coûts unitaires est le résultat de la règle de trois : somme des coûts directs / nombre total d’unités d’œuvre * nombre d’unités d’œuvre du produit.

5. Les coûts unitaires d’un atelier fournisseur d’une section productrice de marge font partie des coûts directs de cette section.

Ces coûts unitaires ne sont pas encore des prix de revient complets, il s’en faut souvent de beaucoup. Néanmoins, ces coûts unitaires partiels :

  • assurent une répartition complète des coûts directs d’atelier interne ;
  • participent à une estimation conceptuellement exacte des marges directes ;
  • fournissent une base objective de détermination des prix de revient vraiment complets, c’est-à-dire non seulement toutes charges comprises mais aussi bénéfice de l’entreprise contractuelle inclus.

6. Les coûts, qu’ils soient d’un atelier ou d’une section productrice de marge ou d’une entreprise contractuelle, sont pour les uns variables et pour les autres fixes.

Rappelons que nous appelons exclusivement « profitabilité » un ratio de la famille de ceux qui figurent sur l’extrait suivant du tableau gigogne, en lignes 7 et 12 :

 

 

A

B

C

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

2

Chiffre d’affaires

500

400

900

3

Coûts directs

300

240

{540

4

Marge directe (2 – 3)

200

160

{360

7

Profitabilité directe (4/1, P’)

40 %

40 %

{40 %

 

8

Coûts communs

340

 

9

Marge directe (C4 – C8)

20

 

 

Si la mère est l’entreprise contractuelle :

 

12

} sa profitabilité P’ (C9/C2)

2,2 %

             

La distinction entre coûts variables et coûts fixes — fixes dans une plage de quantités produites ou vendues — permet d’estimer un seuil à partir duquel la marge directe de la section productrice de marge devient positive ou la marge finale de l’entreprise contractuelle devient bénéficiaire. Ces estimations de point-mort ont très évidemment leurs raisons d’être en gestion d’entreprise et en administration de société commerciale.

Les prix de revient unitaire varient d’autant plus en fonction des quantités produites ou vendues que la proportion des coûts fixes est importante. Ces variations justifient les remises quantitatives introduites dans les tarifs de vente, bien que ce soit selon des barèmes souvent très coûteux à estimer précisément.

11.6. Au sein des entreprises juridiquement constituées, les entreprises dans l’entreprise ont des coûts communs.

1. Considérons de nouveau un extrait du tableau gigogne :

 

 

A

B

C

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

2

Chiffre d’affaires

500

400

900

3

Coûts directs

300

240

{540

4

Marge directe (2 – 3)

200

160

{360

 

8

Coûts communs

340

 

9

Marge directe (C4 – C8)

20

             

Quand, dans un tel tableau, la mère est l’entreprise juridiquement constituée, alors sur la période considérée :

  • en ligne 9, la marge directe est le bénéfice ou la perte de cette entreprise ;
  • le total des charges, autrement dit des coûts, amortissements d’immobilisation compris, de cette entreprise est égal à la somme des montants se trouvant dans les cellules C3 et C8 ;
  • cette somme est celle des coûts directs de l’entreprise contractuelle, toutes ses divisions organisationnelles comprises, atelier(s) interne(s) le cas échéant (proposition précédente).

2. Les coûts communs à des sections productrices de marge sœurs sont des éléments de coût direct de la mère de ces sœurs.

Les salaires complets de la direction d’un département (père) producteur de marge par plusieurs rayons (fils) sont des :

  • des coûts communs aux fils que les rayons constituent ;
  • coûts directs du père que ce département constitue.

Il n’y a pas dans l’absolu des coûts les uns directs et les autres communs. Un coût qui a justement été considéré direct à une section, parce qu’il disparaîtrait ou serait réalloué si la section était supprimée, devient fréquemment un coût commun au niveau d’analyse où cette section est la mère de plusieurs sœurs.

3. Les coûts des services généraux sont communs.

C’est particulièrement net quand l’exemplaire du tableau considéré est celui dans lequel la mère est l’entreprise contractuelle. Considérons le cas des sociétés commerciales :

  • Les frais d’administration en amont de la direction générale font partie des coûts communs : assemblées générales, conseils d’administration dont jetons de présence, commissariat aux comptes.
  • La direction générale, à raison de ce qu’elle coûte en frais de personnels, avantages en nature compris, fait partie des communs, de même que l’éventuel secrétariat général.
  • À même raison, le sommet ou la totalité de la direction commerciale ainsi que les budgets de publicité institutionnelle et de relations publiques.
  • Font également partie des coûts communs les frais de personnel et les amortissements d’équipements de la DAF, direction administrative et financière comprenant la tenue de la comptabilité générale et l’organe central de contrôle de gestion (dont comptabilité analytique), de la DRH, direction des ressources humaines, de la DSI, direction du système d’information (informatique).

4. En gestion budgétaire (prévisionnelle) et calculs de prix de revient unitaire, les coûts communs posent le problème de leur répartition.

Tout au long d’une chaîne de tableaux gigognes, allant de celui où la mère est l’entreprise contractuelle jusqu’à l’un où les filles sont des produits vendus par l’entreprise contractuelle, des coûts communs sont à répartir en cascade (et en constat de réalisation, ces coûts sont de fait répartis). À l’extrémité de la chaîne où la mère est l’entreprise contractuelle, de plus le bénéfice de cette dernière, autrement dit sa marge directe, est à répartir avec les coûts communs.

Au final, ces répartitions successives peuvent porter jusqu’à plus de 80 ou 90 % des prix de vente hors t.v.a. d’une partie de l’assortiment ou même de la totalité de ce dernier, avec un effet important sur la compétitivité pour les raisons que nous allons examiner dans la suite du présent chapitre.

11.7. Les entreprises dans l’entreprise ont des actifs directs, tous très exactement financés de la même façon.

1. Continuons à compléter le tableau gigogne.

Jusqu’à présent, la ligne 1 que voici, allouée aux actifs directs, a été sautée :

 

 

A

B

C

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

1

Actifs directs

100

200

450

2

Chiffre d’affaires

500

400

900

3

Coûts directs

300

240

{540

4

Marge directe (2 – 3)

200

160

{360

7

Profitabilité directe (4/2, P’)

40 %

40 %

{40 %

 

Les lignes 2 à 4 sont des données de flux. Ligne 7, le ratio le plus significatif entre ces flux est de la famille des profitabilités. Distinguer cette famille de celle des rentabilités et des productivités est en soi un progrès conceptuel qui s’accomplit en appelant exclusivement :

  • rentabilité un ratio qui a pour numérateur une marge et pour dénominateur un élément de bilan — un stock —, qu’il s’agisse soit du capital ou d’endettement parmi les ressources financières, soit d’une une partie ou la totalité des emplois de ces ressources, autrement dit d'actifs ;
  • productivité un ratio qui a pour numérateur un flux autre qu’une marge et dont le dénominateur est celui d’une rentabilité ;
  • profitabilité un ratio qui a pour numérateur celui d’une rentabilité et dont le dénominateur est le numérateur d’une rentabilité.

2. Que la première ligne du tableau soit des éléments de bilan est économiquement logique.

Les flux que sont les chiffres d’affaires, les coûts et les marges proviennent de stocks. Les bilans sont des comptes de stock, les comptes de résultat de flux. En auscultation de la santé d’une entreprise juridiquement constituée, il est économiquement logique d’étudier successivement l’état actuel et le passé récent (en général, sur les trois à cinq dernières années sauf à ce que cette ancienneté ne soit pas encore acquise) :

  1. de son financement par examen de la structure des passifs de ses bilans et le cas échéant d’autres ressources financières hors bilan ;
  2. de ses emplois de ce financement par examen de la structure des actifs de ses bilans et le cas échéant d’actifs hors bilan ;
  3. de ses comptes de résultat.

La façon dont une économie nationale est au mieux relancée se déduit de cette logique, ce mieux confirmant alors par ses résultats que Jean-Baptiste Say a vu juste quand il a énoncé que l’offre crée la demande.

3. Quand la mère est l’entreprise juridiquement constituée, l’existence d’actifs directs est patente.

Il n’y a pas d’entreprise juridiquement constituée sans un bilan périodiquement mis à jour par l’inventaire de ses actifs. C’est pourquoi le Code du commerce français a dès sa première édition fait une obligation de l’établissement d’un tel inventaire à chaque clôture d’exercice.

L’usage ne qualifie pas de directs les actifs d’une entreprise juridiquement constituée parce que cela de soi : ces actifs appartiennent à l’entreprise contractuelle pour laquelle un bilan au moins annuel est produit. Ils n’en sont pas moins des actifs directs parce qu’ils seraient réalloués à un autre propriétaire ou détruits si cette entreprise contractuelle disparaissait.

4. Un actif A d’une entreprise E, juridiquement constituée, est susceptible d’être aussi un actif direct de plusieurs entreprises internes à E.

Un exemple se constate en allant faire des courses dans une grande surface de vente au détail. Quand cette grande surface est une entreprise juridiquement constituée (bien que possiblement son enseigne soit celle d’une chaîne de magasins franchisés), tout son agencement et tout le stock de marchandises font partie de ses actifs. Conjointement, certains de ces agencements et de ces stocks sont constitutifs des actifs directs de l’un de départements.

Au sein de chaque département, il en va de même pour les rayons : leurs actifs directs sont une partie de ceux du département auquel ils appartiennent. Le stock d’un produit vendu dans l’un de ses rayons, éventuelle quantité en réserves comprise, est un actif direct de l’entreprise dans l’entreprise que la vente de ce produit constitue.

5. La somme des actifs directs des filles est souvent inférieure aux actifs directs de la mère.

C’est le cas chaque fois qu’un actif direct de la mère n’est pas aussi un actif direct de l’une des filles. Par exemple, dans un magasin en libre-service, les chariots mis à la disposition des clients et les caisses d’enregistrement des achats ne sont pas des actifs directs d’un rayon, non plus que d’un département constitué de plusieurs rayons.

L’illustration numérique qui sert ici de fil conducteur tient compte de ce fait avec en cellule C1 (colonne C, ligne 1) un montant plus élevé que la somme des cellules A1 et B1.

6. La valeur la plus actuelle d'un actif est son prix de remplacement.

Mais, objecteront des experts en ces questions, la traditionnelle comptabilité analytique d’exploitation et le contrôle de gestion tel qu’il est aujourd’hui le plus pratiqué tiennent compte des actifs en faisant figurer dans les coûts leurs amortissements, de la même façon qu’en comptabilité générale les dotations périodiques aux amortissements d’immobilisations font partie des charges, comme d’éventuelles autres provisions. Ce dernier point est incontestablement exact, définitivement exact. Il n’autorise cependant pas à perpétuer trois erreurs :

  1. Les dotations aux amortissements d’actifs sont des abondements de provision en vue du renouvellement de ces actifs. Tenir compte de cette nécessité, indispensable pour ni surestimer les marges finales ni sous-estimer les prix de revient, ne dispense toutefois pas d’évaluer des retours sur investissements, autrement dit des rentabilités au sens ci-dessus défini (point 1). De deux filles qui ont la même profitabilité directe, comme dans l’illustration numérique du tableau gigogne (ligne 7, colonnes A et B), une seule chose garantit qu’elles ont aussi la même rentabilité directe : la valeur de remplacement de leurs actifs directs est identique (dans l’illustration numérique et comme en réalité fort souvent, ce n’est pas le cas : ligne 1, colonnes A et B).
  2. Tous les actifs immobilisés ne sont pas amortissables. C’est notamment le cas d’un terrain quand il n’est pas celui d’une carrière en exploitation. Or la valeur de ces actifs fait partie de ce qui est le cas échéant à prendre en compte pour comparer des rentabilités directes. Par exemple, la fille A nécessite peut-être l’usage d’une emprise foncière pour un stockage tout à fait séparé alors que la fille B n’a besoin que d’une réserve sur palettes située dans le bâtiment principal où se font tous les achats et toutes les ventes, aussi bien pour A que pour B.
  3. Deux lots d’actifs peuvent faire l’objet de dotations d’amortissement identiques alors que leurs valeurs de remplacement, base de calcul de rentabilités directes, sont différentes. Cela dépend de leurs durées moyennes pondérées d’amortissement. Inversement et pour la même cause, deux lots d’actifs peuvent faire l’objet de dotations d’amortissement différentes alors que leurs valeurs de remplacement sont identiques.

7. Amortir et rentabiliser ne reviennent pas au même.

La confusion n’en reste pas moins encore très fréquente. On entend en effet souvent tenir des propos du genre : « cet investissement a été / sera amorti en » tant de temps « donc il a été / sera rentabilisé au terme de cette période ». C’est aussi une erreur de gestion d’entreprise : ce n’est parce qu’un équipement y a été amorti qu’il est sans dommage que sa rentabilité soit nulle.

Soit F le cumul corrigé de la dépréciation monétaire d’une série de dividendes annuels d’une action A. Il vient un moment où la valeur de A, elle aussi corrigée de la dépréciation monétaire depuis son acquisition, est égale à F. De cette égalité, il ne résulte pas que le placement constitué par l’acquisition de A est amorti. Il en résulte encore moins que, passé ce moment, il devient superflu que la conservation de A procure des dividendes. Une rentabilité proprement dite est un rapport entre un gain et une mise. Quand une rentabilité proprement dite est en moyenne de 5 ou 10 % l’an, cela ne signifie pas 20 ou 10 ans, alors qu’un amortissement linéaire de 5 ou 10 % l’an est lui sur 20 ou 10 ans.[1] Seuls les actifs à renouveler sont amortissables. Il n’est pas dans la nature d’un placement en capital d’être de cette sorte.

En matière de financement, le principal d’un prêt ou un apport en capital est une chose qui, quand il s’agit d’un prêt ou d’une souscription d’actions restituables, fait l’objet d’un engagement de remboursement. Cet objet n’est pas celui d’un échange économique. C’est pourquoi en économie de plein échange, il n’y a qu’en cas d’absence de bénéfices que les parts de capital social ne sont pas rémunérées, dans toutes les formes juridiques de sociétés dotées d’un capital.

8. Aucun sous-ensemble d’une entité juridiquement constituée n’a un bilan complet.

Un bilan complet comporte un actif et un passif. Seules les entités juridiquement constituées en ont un. Cela provient du fait qu’un sous-ensemble d’une entité juridiquement constituée ne peut pas être déclaré en cessation de paiement, autrement dit faire l’objet d’un dépôt de bilan. Cette impossibilité, qui est d’ordre public (rappel de ce point en 12 ci-dessous), a une conséquence économétrique.

Sur le papier, il est toujours possible de faire correspondre à l’actif direct d’un sous-ensemble d’une entité juridiquement constituée un passif de même montant. Mais cela expose à déformer la réalité. Soit, par exemple, dans un kiosque de journaux le stock de début de journée des quotidiens en vente. Le fournisseur de ce stock facture par relevé hebdomadaire payable à 15, 30 ou 45 jours, moyennant un supplément de 0,5 % si c’est à 30 jours ou de 0,75 % si c’est à 45 jours. Le constat que l’actif circulant constitué par ce stock n’est financé que par du crédit fournisseur paraît s’imposer. Il est pourtant lourdement fautif pour la raison suivante. Une entreprise juridiquement constituée a plus ou moins recours au crédit fournisseur et à d’éventuels autres endettements selon ce que permet la hauteur relative de son capital au passif de son bilan. Tirer le plus possible, modérément ou pas du tout sur le crédit fournisseur, comme sur toute autre « facilité » de trésorerie (escomptes, découverts, affacturage), n’est déterminé que par cela : la hauteur relative du capital net (le cas échéant, pertes sur exercice antérieur déduites) au passif de son bilan, avec la tentation douce à entendre car elle dédouane d’efforts et fait miroiter l’enrichissement sensationnel : minorer cette hauteur relative afin de maximiser la rentabilité du capital et la plus-value de cession.[2]

9. Les actifs directs des filles A et B sont financés par la même proportion de capital.

Quand les rentabilités directes de deux filles sont :

  • égales, leurs contributions à la rentabilité du capital de l’entreprise juridiquement constituée sont identiques,
  • inégales, leurs contributions à la rentabilité du capital sont dans la proportion de ces rentabilités directes : si par exemple la rentabilité directe de la fille A est 2 fois supérieure à la rentabilité directe de la fille B, la contribution à la rentabilité du capital de l’entreprise juridiquement constituée de la fille A est 2 fois supérieure à celle de la fille B.

10. L’affectation d’une recette à un dû n’est pas opposable à un créancier.

Cette règle est d’ordre public pour au moins deux raisons.[3] Elle limite à l’inévitable la contagion des infortunes. Elle facilité la contractualisation honnête des rapports économiques. C’est toutefois, sur ce second point, avec une faille quand l’entité gérée est une association privée à but non lucratif ou une collectivité publique. La première peut faire appel à des dons qu’elle annonce affectés à une partie de ses œuvres ; or le seul moyen de garantir que ce sera bien le cas est la création d’une association uniquement dédiée à cette partie. La deuxième peut obliger à des dons, par la création ou l’augmentation d’un impôt qu’elle annonce dédiée à une dépense nouvelle ou accrue ; or le seul moyen de faire en sorte que ce soit bien le cas est de créer une agence qui via le trésor public est créditée du tout du prélèvement imposé et seulement de ce tout, faute de quoi il y a manquement à l’honnêteté des rapports économiques entre les électeurs désormais tous assujettis au paiement d’impôts et les pouvoirs publics.

L’affectation d’une recette à un dû n’étant pas opposable à un créancier, l’affectation d’un crédit fournisseur au seul financement de ce qui a été acheté à ce fournisseur est un expédient et non pas une saine règle de gestion, pour la raison économiquement impérative et juridiquement équitable exposée au second paragraphe du point 10. En revanche, augmenter le coût direct d’une fourniture de frais financiers engendrés par la manière dont elle a été payée est, elle, de bonne gestion.



[1] Le fameux price earning ratio, PER, exprime une durée à la place d’une rentabilité. Plus il est petit, plus la rentabilité est grande, tout au moins par rapport au cours de l’action, ce cours étant possiblement nettement supérieur ou inférieur à la valeur exploité de cette action. Le PER atrophie la comparaison des rentabilités exprimées à l’endroit, dans le même sens que les taux d’intérêt et de résultat sur capital des sociétés non cotées, coopératives comprises. Or la concurrence fonctionne au mieux avec des comparaisons qui ne nécessitent pas de faire des calculs pour y procéder, cela sur tous les marchés. Cela constitue un argument de grand poids dans l’examen de ce qui est d’ordre public en matière de ratios financiers de plus grand usage, y compris bien entendu sur les marchés les plus spéculatifs.

[2] Même quand le capitalisme n’est pas en son meilleur état, cette règle de gestion est imbécile, comme celle avec laquelle elle est souvent appariée : acheter le moins cher possible, vendre le plus cher possible. Une économie politique qui a dans ses préceptes ces deux règles de gestion prêche des sornettes. De la manière dont se font et se défont des fortunes ne se déduit pas rationnellement la plus saine.

[3] Jacques n’a pas payé ses dernières échéances d’emprunt immobilier ainsi que ses dernières factures d’électricité et de gaz. Auparavant, il s’acquittait de ces débours par un loyer qu’il percevait. Mais le locataire ne paie plus. Un juge est saisi du cas de Jacques. Ce dernier, qui n’a pas pris d’avocat, plaide : je ne peux plus acquitter ces échéances parce que je ne suis plus payé des sommes avec lesquelles je le faisais. Le juge commence par lui opposer qu’une façon de gérer ses affaires n’est pas opposable à ses créanciers. Ce disant, en son for intérieur il rumine une fois de plus que les politiques qui affectent à tour de bras des recettes publiques à des catégories de dépenses contreviennent à un devoir que la loi  ordonne.

 

11.8. Des rentabilités, productivités et profitabilités directes sont de même appartenance.

1. Rappelons que nous appelons exclusivement :

  • rentabilité un ratio qui a pour numérateur une marge et pour dénominateur un élément de bilan — un stock —, qu’il s’agisse soit du capital ou d’endettement parmi les ressources financières, soit d’une une partie ou la totalité des emplois de ces ressources, autrement dit d'actifs ;
  • productivité un ratio qui a pour numérateur un flux autre qu’une marge et dont le dénominateur est celui d’une rentabilité ;
  • profitabilité un ratio qui a pour numérateur celui d’une rentabilité et dont le dénominateur est le numérateur d’une rentabilité.

Dans tous les cas où il y a production d’une marge, quel que soit le nom donné à la marge (bénéfice, différence, contribution, gain, profit, résultat), il y a toujours une profitabilité directe P’ ainsi qu’en règle très générale une productivité directe P et une rentabilité directe R. Dans ces cas, l’équation R = P x P’ est toujours satisfaite par les définitions qui viennent d’être rappelées.

2. La matrice du tableau complet comporte neuf ou douze lignes.

 

 

A

B

C

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

1

Actifs directs

100

200

450

2

Chiffre d’affaires

500

400

900

3

Coûts directs

300

240

{540

4

Marge directe (2 – 3)

200

160

{360

5

Rentabilité directe (4/1, R)

200 %

80 %

{120 %

6

Productivité directe (2/1, P)

5

2

{3

7

Profitabilité directe (4/2, P’)

40 %

40 %

{40 %

 

8

Coûts communs

340

 

9

Marge directe (C4 – C8)

20

 

 

Si la mère est l’entreprise contractuelle :

 

10

sa rentabilité R (C9/C1) *

4,4 %

 

11

sa productivité P (C2/C1) *

2

 

12

sa profitabilité P’ (C9/C2)

2,2 %

             

Les lignes 10 à 12 ne viennent en sus qu’à la condition indiquée : la mère est au cas d’espèce l’entreprise juridiquement constituée, à savoir celle avec laquelle fournisseurs et clients contractent. Quand ce n’est pas le cas, la mère est l’une des unités productrices de marge de l’entreprise juridiquement constituée.

3. Attention au cas dans lequel la mère est une entreprise juridiquement constituée.

Alors en lignes 10 et 11 la rentabilité et la productivité sont celles des actifs de cette entreprise. Si cette dernière est, par exemple, une société dont le capital social est égal à 70 % des actifs, soit 315, alors son plus important RPP’ est comme suit :

 

9

Marge finale (C4 – C8)

20

 

10

Rentabilité du capital, R (315/C9)

6,35 %

 

11

Productivité du capital, P (C2/315)

2,86

 

12

Profitabilité, P’ (C9/C2)

2,22 %

4. Les rentabilités, productivités et profitabilités des entreprises juridiquement constituées sont de même appartenance.

Cette appartenance est l’ensemble des entreprises juridiquement constituées domiciliées dans l’espace géographique considéré, tous secteurs entrepreneuriaux confondus ainsi qu'à raison de l’un de ces secteurs.

Si, au cas d’espèce, le nombre d’entreprises juridiquement constituées est de un million, alors à ce seul titre la concurrence est susceptible de réguler, inciter et dissuader par un million de relations RPP’. Qui n'a pas vu cela est exposé à mal estimer la machinerie que constitue une économie de marché car toutes les entreprises jurdiquement constituées de même nationalité y sont portentiellement toutes en concurrence sur le marché du capital par leurs rentabilités.

5. Les rentabilités directes, productivités directes et profitabilités directes des centres de production de marge internes aux entreprises juridiquement sont en grappes de même appartenance.

De là à montrer qu’il existe une loi de tendance à l’égalisation des rentabilités directes de même appartenance, que cette loi jusqu’à présent non enseignée reste ou non plus souvent repoussée qu’admise, il n’y a qu’un pas que nous allons franchir dans la suite de ce chapitre.

L’informatique rend désormais possible la connaissance et la prévision de toutes les rentabilités, productivités et profitabilités directes qui participent à la formation de la rentabilité, positive ou négative, de l’entreprise juridiquement constituée.

Si le nombre moyen des centres de production de marge par entreprise juridiquement constituée est de mille et le nombre de ces entreprises d’un million, alors la concurrence est susceptible de réguler, inciter et dissuader par mille et un millions de relations RPP’. Cela ne fait que renforcer ce qui a été jugé plus haut : qui n’a pas vu cela est exposé à mal évaluer la machinerie que constitue une économie de marché car toutes les entités récursivement productrices de marge, positive ou négative et depuis la création jusqu’à la disparition de chacune d’entre elles, y sont potentiellement astreintes à un niveau normal de rentabilité directe — normales et non pas maximales comme le mix idéologique tenant lieu de science économique en entretient le préjugé et, ce faisant, nuit au plein-emploi ainsi qu’à davantage de concorde.

11.9. La concurrence est défaillante quand elle ne réduit pas les inégalités des rentabilités directes de même appartenance.

Une loi naturelle tenue sous le boisseau

1. Les sens univoques aident à dégager ce qui en réalité n’est pas équivoque.

Avec :

  • M de marge (un bénéfice est une marge) ; 
  • I d’investissement (d’immobilisations et d’autres actifs) ;
  • V de vente (chiffre d’affaires) :

M / I = V / I x M / V

Rentabilité = Productivité x Profitabilité

Relation de Brown

 

Quand n’est plus appelé « rentabilité » qu’un ratio de la famille de type M / I, « productivité » qu’un ratio de la famille V / I, « profitabilité » qu’un ratio de la famille M / V, alors le rôle que la relation de Brown joue dans la régulation des prix auxquels les entreprises vendent devient aussi incontestable que le rôle joué par cette même relation dans la détermination, pays par pays, du revenu total du travail  (chapitre 8).

En conséquence de progrès techniques stimulés par la concurrence, les tendances qui affectent chacun des trois termes de la relation de Brown sont les mêmes à tous les niveaux où cette relation joue. En règle générale, les productivités augmentent cependant que les rentabilités sont stabilisées et les profitabilités abaissées.

2. Dans l’illustration numérique que ce chapitre utilise, la rentabilité directe de la fille 1 est très différente de celle de la fille 2.

Filles : gammes ou références qui sont productrices de marge et dont la mère est une entreprise de droit ou une entreprise de fait dans l’entreprise de droit (la pâtisserie et la boulangerie sont, par exemple, filles chez un pâtissier-boulanger)

 

 

A

B

C

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

1

Actifs directs

100

200

450

2

Chiffre d’affaires

500

400

900

4

Marge directe

200

160

{360

5

Rentabilité directe (4/1, R)

200 %

80 %

{120 %

6

Productivité directe (2/1, P)

5

2

{3

7

Profitabilité directe (4/2, P’)

40 %

40 %

{40 %

Matrice du tableau complet et ensemble de l'illustration numérique

La moyenne pondérée de la rentabilité de la fille 1 et de la fille 2 est indiquée dans la colonne « Mère » : 120. La rentabilité de la fille est 1,7 fois (200 / 120) plus grande que la moyenne pondérée. La rentabilité de la fille 2 est 1,5 fois (120 / 80) plus petite que la moyenne pondérée.

En commerce de gros et de détail, les profitabilités directes de deux articles de la même famille dans le même rayon (du même département, le cas échéant) sont souvent identiques. Ce n’est pas pour autant que les rotations de stock, constitutives de leurs productivités directes, sont les mêmes. Or dès que les productivités directes sont différentes alors que les profitabilités directes sont les mêmes, les rentabilités directes sont différentes, du fait de la relation RPP’ : toute rentabilité R est égale à une productivité P multipliée par une profitabilité P’. Chez un fabricant d’outils métalliques de jardin à manches universels, les différents modèles de manches ou de parties métalliques sont des articles de la même famille. Il se peut que les prix de vente de ce fabricant soient tels que les profitabilités directes de ces deux familles sont les mêmes. Ce n’est pas pour autant que leurs productivités directes sont les mêmes. Ce n’est donc pas pour autant que leurs rentabilités directes sont les mêmes. Il en va pareillement à de plus hauts et bas niveaux : ce n’est pas parce que deux entreprises juridiquement constituées ont la même profitabilité finale (même taux de bénéfice sur chiffre d’affaires) qu’elles ont la même rentabilité finale (même taux de bénéfice sur capital) ; ce n'est pas davantage parce que les râteaux, les binettes et les louchets pouvant être montés sur les mêmes manches universels ont la même profitabilité directe que la rentabilité directe de la vente de ces outils est la même.

Il est encore très répandu que :

  • dans la presse économique, les rentabilités dont il y est question soient généralement des profitabilités, souvent comparées abusivement, comme des rendements par personne employée sont tout aussi abusivement tenus pour être des mesures pertinentes de la productivité économiquement la plus importante :
  • dans la gestion générale et au quotidien d’un grand nombre d’entreprises, de la profitabilité soit bien plus souvent confondue avec de la rentabilité que distinguée, ce qui n’est sans inconvénient que là où les productivités sont à peu près égales.

3. Les chiffres du précédent tableau décrivent une situation initiale : celle dans laquelle les profitabilités directes des filles sont identiques ou faiblement différentes.

Plus généralement dit : situation dans laquelle les profitabilités directes de même appartenance sont identiques ou faiblement différentes. Cette situation est souvent initiale parce qu’en gestion d’entreprise les ratios les plus faciles à budgéter et à exploiter sont des profitabilités et non pas des rentabilités :

  1. Pour budgéter des taux moyens de profitabilité, la connaissance de prix de vente de la concurrence ou d’entreprises similaires et l’épure du compte de résultat (ex compte d’exploitation) suffisent, ce d’autant mieux que ce qu’a été ce compte sur les derniers exercices est connu et a fait l’objet de tirages de ratios de profitabilités (taux de marge brute, de marge demi-nette, de marge nette, dès lors qu’ils sont par rapport au chiffre d’affaires ou à un prix de revient des ventes, sont des profitabilités).
  2. Pour exploiter des objectifs de profitabilité moyenne, il suffit d’utiliser des coefficients multiplicateurs de prix d’achat ou de revient, autrement dit de coûts directs.

Dans l’illustration numérique, le coefficient multiplicateur de coûts directs est de 1,667 (ligne 7 ci-dessous) puisqu’une marge sur chiffre d’affaires (sur prix de vente) de 40 % est de 66,7 % sur coût (sur prix de revient) :

2

Chiffre d’affaires

500

400

900

3

Coûts directs

300

240

{540

4

Marge directe (2 – 3)

200

160

{360

7

Profitabilité directe (4/2, P’)

(4/3)

Coefficient multiplicateur (2/3)

40 %

67  %

1,667

40 %

67  %

1,667

{40 %

67  %

1,667

4. Supposons les eaux minérales, les jus de fruit et les sodas, les bières, les vins courants et les vins fins vendus par le commerce de gros et de détail à la même profitabilité — aux mêmes taux de marge sur prix.

Les productivités directes de ces articles sont, au stade de leur distribution, des rotations de stock. Les quantités vendues font que ces rotations, ou productivités (capacités d’1 € ou $ etc. de stock à produire n € ou $ etc. de chiffre d’affaires par an), sont inégales. Les plus hautes sont celles des eaux minérales. Les plus basses sont celles des vins fins. Les rotations des jus de fruit, sodas, bières et vins courants sont, elles, moindres que celles des eaux minérales mais nettement plus élevées que celle des vins fins (et des alcools).

Tant que pour toutes ces familles d’articles les profitabilités sont initialement égales ou très proches, les rentabilités sont inversement proportionnelles aux productivités, par effet mécanique de la relation RPP’. Il est alors nettement plus rentable de vendre de l’eau minérale que des vins fins, bien que ce soit tout aussi profitable. Mais qu’est-ce que la concurrence, d’autant plus étroitement qu’elle est centrée par le législateur sur la comparabilité des prix, oblige à faire baisser puis empêche de remonter sensiblement ? En tout état de cause, ce n’est pas la productivité !

5. D’autant plus vite que la fixation des prix est libre et l’ouverture de nouveaux commerces de boisson est elle aussi libre, ce sont les profitabilités qui tendent à devenir inversement proportionnelles aux productivités.

Si, au stade du commerce de gros et de détail, acheter et vendre de l’eau minérale est comparativement à une autre boisson nettement plus rentable, alors tôt ou tard un commerçant augmente ses ventes d’eau minérale en réduisant son taux de marge sur cette famille d’articles. Dans un premier temps, il se peut que la rotation de stock de cette famille — constituant principal ou unique de sa productivité directe — s’en trouve tellement accrue que la rentabilité directe s’en trouve accrue. Un nouveau palier s’en trouve établi : celui à partir duquel une augmentation des ventes et de la marge dégagée en valeur absolue peut être tentée en abaissant d’un cran la profitabilité — le coefficient multiplicateur moyen appliqué aux prix d’achat.

La liberté de l’offre, tant en matière d’assortiments que de prix, établit et entretient par essais successifs la dispersion des profitabilités directes de même appartenance en rendant ces dernières de plus en plus inversement proportionnelles aux productivités correspondantes. Bien entendu, certains de ces essais sont toujours susceptibles d’avoir été mal calibrés, mais ce sont ceux ayant réussi qui font la loi. Dans l’illustration numérique ici utilisée, dès lors que la concurrence influe l’évolution des profitabilités directes des filles 1 et 2 (des produits ou groupes de produits 1, 2, 3, etc.), ces dernières tendent à devenir inversement proportionnelles à leur productivité. En règle générale, qui n’a pour exception que des entraves à l’entrée en concurrence et à la comparabilité des offres à même fin (telle sorte de boisson, telle sorte d’isolant, telle sorte de véhicule, etc.), les plus hautes productivités (rapport entre les chiffres d’affaires et les actifs directs) vont de pair avec les plus basses profitabilités et les plus basses productivités avec les plus hautes profitabilités.

6. En faisant les profitabilités P’ inversement proportionnelles aux productivités P correspondantes, la concurrence sanctionne les refus d’égalisation des rentabilités de même appartenance.

Là où la comparabilité des offres des entreprises à leurs clients potentiels n’est pas obérée, l’économie de marché est régie par une loi naturelle (logique, systémique) de tendance à l’égalisation des rentabilités directes de même appartenance. Dès le niveau de comparaisons où se situent les entreprises juridiquement constituées de même nationalité ou internationalité (les constructeurs européens de voitures, les opérateurs nord-américains de télécommunication, les fabricants asiatiques d’ordinateurs, par exemple), cette loi de tendance et de sanction est à l’œuvre. Celles de ces firmes qui sont les plus hautement rentables voient la concurrence s’accroître sur leur cœur de métier. Elles n’évitent alors la sanction d’une trop grosse perte de part de marché qu’en acceptant une baisse de leurs profitabilités jusqu’à ce que leurs rentabilités soient ramenées à leur niveau suffisant — sur ce niveau, voir relation EPCE.

Au niveau de comparaisons où se trouve chacune des offres faite par une entreprise à ses clients — telle fourniture, qu’il s’agisse d’une machine ou de l’une de ses parties, d’une prestation de service, de consommable, etc. —, la même loi règne. Les décisions de prix de vente qui se tiennent plus près de l’égalisation des profitabilités que de celle des rentabilités sont sanctionnées par la concurrence : elles abaissent la compétitivité par rapport à ce qu’elle serait en prenant le parti contraire.

7. Le résultat des vérifications statistiques de l’existence de la loi de tendance à l’égalisation des rentabilités directes de même appartenance ne fait aucun doute.

Quand en industrie et en agriculture, en artisanat, en négoce, en assurance et autres fournitures de services financiers, les profitabilités de même appartenance sont-elles statistiquement plus dispersées que les rentabilités correspondantes ? Quand les profitabilités inférieures à leur moyenne sont-elles le plus souvent appariées à des productivités elles-mêmes supérieures à leur moyenne ? Et quand les profitabilités supérieures à leur moyenne sont-elles le plus souvent appariées à des productivités inférieures à leur moyenne ? Si ce n’est généralement pas quand la comparabilité des prix auxquels les entreprises vendent a été entravée ou quand ces prix sont ceux de fournitures par des monopoles, alors l’existence de la loi de tendance à l’égalisation des rentabilités directes de même appartenance est, aux conditions que sa théorie prédit, confirmée.

Cette confirmation ne fait aucun doute. Dans le secteur de la distribution de produits manufacturés, les taux moyens de marge sur chiffre d’affaires sont très généralement plus faibles pour les produits de grande rotation de stock que pour ceux qui se vendent moins vite. Dans l’industrie, ces mêmes taux moyens sont très généralement plus faibles pour les 10 à 20 % de produits qui font de 90 à 80 % des ventes. Que cela soit principalement dû à la psychologie des chalands et des vendeurs est fort improbable. Ce qui serait scandaleux et promptement redressé par la concurrence serait que les vélos fabriqués en grande série soient durablement vendus aux mêmes taux de marge que des voitures de luxe ; et que les taux de bénéfice final des supérettes, supermarchés et hypermarchés ne soient pas inférieurs à ceux des antiquaires et de la haute couture — et même aussi inférieures à celle des grands magasins parisiens entre autres. La réduction par la libre entrée sur les marchés de la dispersion des rentabilités des entreprises juridiquement constituées n’est que l’un des effets de la loi économique plus générale de réduction par la concurrence des rentabilités de même appartenance.

11.10. La répartition la plus compétitive des marges directes, et ce faisant des coûts communs, est souvent au prorata des actifs directs.

Les cas dans lesquels la répartition d’une marge au prorata des actifs directs est inutile ou impossible sont indiqués à partir du 5 ci-dessous. En calcul de prix de vente, un procédé de réduction de la dispersion des rentabilités directes de même appartenance a pour données par article sa quantité vendue et son coût unitaire, ainsi que pour l’ensemble des articles un objectif de taux moyen de marge sur chiffre d’affaires. Ce procédé est exposé à partir du 7 ci-dessous.

Matrice du tableau complet et ensemble de l’illustration numérique

1. Le tableau gigogne est utilisable en mode budgétaire.

Par « mode budgétaire », nous désignons l’utilisation de l’arborescence des tableaux gigognes de telle façon qu’elle puisse aller jusqu’aux calculs et décisions des prix de vente unitaires. Le point de départ de cette utilisation est un exemplaire du tableau le plus agrégé de l’arborescence considérée sur le modèle de celui-ci :

 

 

A

B

C

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

1

Actifs directs

100

200

450

2

Chiffre d’affaires

 

 

 

3

Coûts directs

300

240

{540

4

Marge directe (2 – 3)

 

 

{360

5

Rentabilité directe (4/1, R)

 

 

 

6

Productivité directe (2/1, P)

 

 

 

7

Profitabilité directe (4/2, P’)

 

 

 

 

8

Coûts communs

340

 

9

Marge directe (C4 – C8)

20

 

 

La mère étant l’entreprise contractuelle :

 

10

Rentabilité du capital, R (315/C9)

6,35 %

             

2. En mode budgétaire, le tableau est renseigné de bas en haut.

Comme dans l’illustration numérique ci-dessus, sont d’abord renseignés :

  1. Ligne 9 : un montant de marge à dégager :
  • Quand la mère est l’entreprise juridiquement constituée, un taux de rentabilité est d’abord introduit en ligne 10. Puis l’application de ce taux au montant du capital (315) donne la marge à dégager (20).
  • Aux niveaux suivants, le montant porté en ligne 9 est un report d’une marge directe d’une fille, cette marge directe ayant été déjà budgétée à un niveau plus agrégé.
  1. Ligne 8 : un montant de coûts communs (340
  2. Ligne 4, colonne C : la somme des montants se trouvant en lignes 9 et 8 (360)
  3. Ligne 3 : les coûts directs des filles (300, 240)
  4. Ligne 1 : les actifs directs des filles (100, 200)

3. Quand la marge augmentée des coûts communs est répartie au prorata des actifs directs des filles, les rentabilités directes des filles sont égales.

Les objectifs de profitabilités directes des filles sont alors inversement proportionnels aux productivités correspondantes :

 

 

A

B

C

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

1

Actifs directs

100

200

450

2

Chiffre d’affaires

420

480

900

3

Coûts directs

300

240

{540

4

Marge directe (2 – 3)

120

240

{360

5

Rentabilité directe (4/1, R)

120 %

120 %

{120 %

6

Productivité directe (2/1, P)

4,2

2.4

{3

7

Profitabilité directe (4/2, P’)

27 %

50 %

{40 %

 

8

Coûts communs

340

 

9

Marge directe (C4 – C8)

20

           

4. La réduction de la dispersion des rentabilités directes de même appartenance améliore la compétitivité.

Par cette réduction, les profitabilités sont d’autant plus abaissées et relevées que les productivités sont supérieures ou inférieures à leur moyenne (ligne 6, colonne C). Ce que la concurrence par la comparabilité des prix tend à établir est mieux anticipé. L’offre est plus compétitive parce que les produits les plus vendus sont à des prix qui subventionnent moins ou plus les produits les moins vendus.

Soit une entreprise juridiquement constituée dont tous les prix de vente sont en permanence ajustés de telle façon qu’il en résulte le moins possible d’inégalités des rentabilités directes de même appartenance. Alors pour la rentabilité de cette entreprise, il devient indifférent que la structure des ventes change. Il n’y a plus de ventes qui en subventionnent d’autres. Les prix de vente sont, au regard de la justice distributive, équitables, comme seraient équitables les prix de deux entreprises ne vendant chacune qu’une fourniture et dont les rentabilités respectives seraient égales entre elles et avec ce qui est nécessaire au rétablissement ou au maintien du plein-emploi.

5. La répartition d’une marge, ou même seulement de coûts communs, au prorata des actifs directs est inutile quand les productivités sœurs P sont égales.

Dans un tel cas, les rentabilités R et les profitabilités P’ de même appartenance sont toutes dans le même rapport, puisque par définition R = P x P’. Alors, répartir au prorata des actifs directs revient au même que de le faire au prorata des coûts directs.

Dans la durée, l’évolution des productivités P de même appartenance n’en est pas moins à surveiller, car elle est toujours susceptible d’être affectée par l’évolution de la structure des ventes, augmentant là où les ventes se concentrent et restant stables ou diminuant sur le reste de l’offre. La connaissance, même « à la louche », des actifs directs est indispensable à l’exercice de cette surveillance, faute de quoi les productivités de même appartenances sont inestimables.

6. Certaines ventes ont une profitabilité directe mais elles n’ont pas d’actifs directs et donc pas de rentabilité et de productivité directes.

Considérons, pour exemples, comment s’effectuent certaines ventes dans le commerce de médicaments et de pièces détachées ainsi qu’en règle générale les souscriptions de polices d’assurance et leurs paiements de primes. Elles font partie des transactions effectuées sans immobilisation d’un actif direct par le vendeur, parce que soit ce dernier répercute la commande d’un acheteur à un autre fournisseur et n’immobilise lui de ce fait aucun stock, soit la nature du service vendu a le même effet.

Des profitabilités directes de ces transactions existent sous la forme de taux de marges brutes ou de commissions, ces taux étant sur les montants vendus. Mais ces profitabilités P’ ne sont appariées ni à des rentabilités R ni à des productivités P tant que l’une de leurs agrégations ne fait pas apparaître l’immobilisation d’au moins un actif. Alors toute rentabilité R est le produite d’une productivité P par une profitabilité P’, il y a des profitabilités directes P’ qui ne sont pas appariées à une rentabilité R et une profitabilité P’.

7. La répartition du nombre de réapprovisionnements par article est rendue économiquement optimale par l’application d’un théorème.

Cette application optimise la valeur du stock moyen, et donc de la productivité (de la rotation de stock) d’un assortiment : pour n’importe quelle autre répartition du nombre total de réassorts entre les articles, le stock moyen est plus élevé et sa rotation d’un peu à beaucoup plus basse.

Soit une série de fractions N (numérateur) sur D (dénominateur). Les numérateurs N sont des nombres positifs et ces nombres sont connus. En revanche,  pour les dénominateurs D seule leur somme S, elle aussi positive, est  connue et chaque élément de cette somme doit lui-même être positif. Le problème consiste à déterminer chaque dénominateur D qui fait que la somme des fractions N / D est minimale. C’est le cas quand seulement la somme S est répartie entre les D proportionnellement au rapport entre la racine carrée de chaque N et la somme des racines carrées des N (attention : la somme des racines carrées des N et non la racine carrée de la somme des N). Ce théorème se démontre par des dérivés doubles, mais un tableur permet de constater facilement au moyen de séries numériques arbitraires qu’il y a bien là une loi de

répartition optimale[1].

8. La répartition optimale d’un nombre total de commandes entre les articles d’un même assortiment est une application du théorème ci-dessus indiqué.

Le nombre de fractions est égal au nombre d’articles. Pour chaque article, le numérateur N est le produit de sa quantité vendue (ou consommée) par le coût unitaire (le prix d’achat). S est le nombre total de commandes. Le rapport entre la racine carrée de N et la somme des racines carrées des N est la clé de répartition, article par article, de S.[2]

Pour calculer, à partir d’un objectif de marge, des prix unitaires qui tendent à égaliser les rentabilités directes de ces articles, il suffit d’utiliser le rapport entre la racine carrée de N et la somme des racines carrées des N. Pour chaque article, la marge en valeur absolue à lui affecter est égale à ce rapport appliqué à la marge totale, elle aussi en valeur absolue. De la sorte, les articles de plus grande rotation (productivité) sont ceux auxquels les plus petits taux de marge sur vente (profitabilités) sont affectés et, inversement, les articles de plus faible rotation sont ceux auxquels les plus forts taux de marge sur vente sont affectés. Il se vérifie expérimentalement que les prix ainsi calculés sont ceux que la concurrence tend à former. Autrement dit, il se vérifie expérimentalement que ces prix sont ceux qui tendent à égaliser les rentabilités (productivité fois profitabilité) article par article.

9. Au lieu d’utiliser la racine carrée de chaque N, produit de la quantité vendue (ou consommée) par le coût unitaire (le prix d’achat), on peut aussi bien utiliser la puissance 0,5 de ce montant, c’est mathématiquement équivalent.

En faisant de cette puissance un exposant e, avec e = 1 les profitabilités, c’est-à-dire ici les taux de marge sur prix de vente, sont identiques alors que la concurrence tend à les disperser – avec comme déjà remarqué les plus petites profitabilités pour les articles de plus grande rotation de stock, en règle générale. Avec e = 0,1, on obtient au contraire des profitabilités considérablement plus dispersées que la concurrence tend à les faire. C’est, le plus souvent, avec e compris entre 0,6 et 0,8 qu’on obtient la ligne de prix la plus proche de celle que la concurrence tend à faire prévaloir.

Et c’est aussi, le plus souvent, avec e = 0,5 qu’on obtient la ligne de prix qui anticipe le mieux les futures baisses de prix sur les articles de plus forte vente. Cela n’existerait pas si la concurrence ne tendait pas à égaliser les rentabilités directes de même appartenance, CQFD[3].



[1] Le modèle (la formule) de Wilson,  qui est d’autant plus un grand classique des manuels sur la gestion des stocks et de la recherche opérationnelle que sa représentation graphique est spectaculaire (voir page 7 de ce document), a pour fondement mathématique le théorème qui vient d’être énoncé sans que ses concepteurs puis ses utilisateurs s’en soient à notre connaissance rendu compte. Cela se déduit algébriquement. Notons qu’en matière d’approvisionnements et de stocks, les notions de coût d’acquisition et de coût de possession se prêtent à une erreur de gestion et plus largement de raisonnement économique. En cas de remise quantitative, rapprocher la baisse de coût d’acquisition du supplément de coût de possession n’indique pas quelle est la solution la plus rentable. Cette dernière est, en effet, celle qui procure le meilleur retour de marge par franc de stock investi. Très nettement moins de circonstances qu’il est généralement admis justifient un ralentissement de la rotation de stock, autrement dit de la productivité. En venir aux flux tendus est souvent un remède qui consiste à soigner un mal de tête en coupant ladite tête, avec les dommages commerciaux et environnementaux qui en résultent.

[2] Si cette clé est effectivement appliquée à la gestion des approvisionnements, le montant en stock de l’assortiment considéré est minimisé, toutes choses égales par ailleurs. La rotation de stock pour ce même assortiment étant de ce fait maximisée, il y a contribution à l’élévation de la productivité dont dépend in fine à l’échelle nationale le niveau des salaires — cette productivité-là et non pas celle dite du travail : pour faire des chefs d’entreprise mieux-disants en matière salariale, c’est d’abord leur formation économique de base qui est à revoir, tout le monde s’en portera mieux pour autant que cette révision sorte de l’ornière creusée par la vulgate mercantiliste à laquelle l’application « des sciences économiques » en vigueur se résume.

[3] Ce qui s’en trouve complètement démontré est la loi de tendance à l’égalisation de toutes les rentabilités directes de même appartenance, dès lors que sont tenues déliées des entraves à la concurrence par la comparabilité des rémunérations de même catégorie (salaires, dividendes, intérêts) et des autres prix ainsi que par des concentrations excessives. Cela va des secteurs d’activité entrepreneuriale jusqu’aux produits vendus à l’unité à leurs acheteurs finaux. Un peuple qui veut le plein exercice de cette loi  a fait le choix du capitalisme de maximisation des revenus du travail sous contrainte de revenus de placements suffisants au plein-emploi structurel plutôt que du mercantilisme de plus-value qui ne peut et ne veut contribuer à moins de sous-emploi structurel que par la réduction des plus bas salaires. En s’accordant sur cette préférence, un peuple œuvre efficacement à l’instauration de davantage de justice commutative et distributive. Tant qu’il ne prend pas le moyen économique de cette efficacité, comment se pourrait-il qu’il ne dissipe pas trop de son énergie en illusions qui le conduisent à désespérer de ses représentants élus par lui  puis, tôt ou tard, de sa propre souveraineté ? Où sont les autres traitements dont il dispose pour faire reculer le pourrissement moral que le mercantilisme inflige ? Certes l’éducation, mais très évidemment à condition qu’elle ne tienne pas l’économie de marché pour fatalement mercantiliste, comme presque tous nos citoyens le font quand la question « qu’est-ce qu’en règle générale une entreprise ? » leur est posée. La réponse prévalente est en effet du genre « un organe qui a pour but le maximum de profit et de plus-value », comme la réponse prévalente à la question « que maximise naturellement l’économie de marché » est du même tonneau — tonneau dont il est malséant d’envisager que son contenu provienne pour le plus gros du pressage de contrevérités élémentaires, elles-mêmes fruits d’une pseudoscience. Dans ces conditions, il est permis de considérer que la mise au jour de la loi de tendance à l’égalisation de toutes les rentabilités directes de même appartenance participe à la démonstration que le remplacement de l’économie politique en vigueur est possible et nécessaire, bien que ce remplacement ne puisse être que fort laborieux à fomenter alors que c’est le schéma à remplacer qui se respire dans l’air du temps au point que c’est son accréditation qui dans tous les milieux fait les belles carrières.

 

11.11. Les prix auxquels une entreprise vend sont suffisants quand, pour cette entreprise, les rentabilités directes de même appartenance sont égales.

1. Les concepts de rentabilité directe R, productivité directe P et profitabilité directe P’, tels que ci-dessus définis, sont univoques.

La relation RPP’ d’autant plus active qu’il y a moins d’obstructions à la concurrence par la comparabilité est précis, tout comme le sont ceux de productivité directe et de profitabilité directe. Il en résulte qu’il est factuellement faux, en règle générale, que les prix ou des prix auxquels une entreprise vend ne sont ni excessifs ni insuffisants quand les profitabilités directes de même appartenance sont égales.

En exception à la règle générale, des centres de production de marge de même appartenance peuvent avoir des productivités égales, ou bien sûr à peu près égales. En ce cas mais en ce cas seulement, des prix de vente sont à leur niveau suffisant quand des profitabilités de même appartenance sont égales.

2. Quand une entreprise est juridiquement constituée en société, la rentabilité effective de son capital est, année après année, le rapport entre les dividendes qu’elle fournit et le capital exploité — réalité différente du capital tel que coté en bourse notamment.

Ce qu’est cette rentabilité dans les entreprises en nom personnel se trouve en faisant comme si l’exploitant distinguait toujours ce qui lui revient en tant que travailleur d’une part et que propriétaire d’autre part.

J’ai dans mon patrimoine des actions de la société S cotées en bourse X. Est-ce x par action qui est exploité par S ? Oui si seulement la division des fonds propres (capital social + réserves) de S par le nombre d’actions donne un montant égal, ou à peu près égal, à X.

3. Les prix auxquels une entreprise juridiquement constituée vend sont excessifs ou insuffisants dès lors que :

  1. la rentabilité effective de son capital est insuffisante ou excessive par rapport à ce qui est en moyenne suffisant pour établir ou maintenir le plein-emploi dans le pays où elle est domiciliée, voir relation EPCE ;
  2. la totalité de son bénéfice (net tant que l’entreprise est redevable d’un impôt sur ses résultats) n’est pas distribuée pour une part en complément de salaire(s), pour une autre part en rémunération effective du placement en capital social.

4. L’autre condition principale est qu’au sein de l’entreprise les rentabilités directes de même appartenance soient identiques.

Plus ces rentabilités sont dispersées, plus dans les prix auxquels l’entreprise considérée vend certains sont excessifs et d’autres vraisemblablement insuffisants. On peut aussi dire : plus il y a de fait des subventions internes par inégalités des rentabilités directes de même appartenance.

Souvent, quand les prix qui sont de plus grande influence sur la compétitivité pourraient être baissés à condition que d’autres soient relevés, les prix à baisser sont moins nombreux que les prix à relever. C’est un effet de la loi dite des 20/80 : une petite proportion des ventes fait la plus grosse part du chiffre d’affaires et de la production de marge.

5. Des suppressions d’emploi sont évitables par la réduction volontaire des inégalités de rentabilité directe de même appartenance.

Faute de cette réduction volontaire, un centre de production de marge sur-rentable est de fait dispensateur de subventions consommées par un centre de production de marge sous-rentable ou plusieurs. Dès lors que la concurrence a pour effet la réduction de la sur-rentabilité et qu’il est trop tard pour relever de la sous-rentabilité, supprimer des emplois devient fréquemment inévitable.

Ce piège est d’autant plus redoutable que la production de marge la plus rentable est fréquemment la moins profitable. Une direction générale, faute de s’astreindre à pratiquer et faire pratiquer au sein de l’entreprise la distinction entre profitabilité et rentabilité, est exposée à faire de bonne foi le contraire de ce qui serait pour tous le plus salubre : investir davantage dans la production de marge la moins profitable mais la plus rentable, se dégager de la production de marge la plus profitable seulement après avoir cherché comment la rendre plus rentable.

6. L’évolution de la structure de ses ventes devient indifférente à une entreprise qui égalise ses rentabilités directes de même appartenance.

Que la clientèle de cette entreprise augmente ou réduise ses achats sur telle ou telle section de l’offre de cette entreprise devient alors, en effet, sans incidence sur la rentabilité de l’ensemble de l’offre.

Ce n’est qu’à cette condition que les qualités et les quantités de mises en vente par les entreprises sont des offres pleinement arbitrées par la demande. C’est aussi l’une des conditions principales auxquelles les entreprises respectent effectivement la liberté de choisir de leurs clients.

7. L’entreprenariat qui se veut équitable sans intégrer à sa gestion les conditions auxquelles les prix d’une entreprise sont suffisants se fie trop à ses bons sentiments.

Une entreprise verbalement gérée pour dégager le plus possible de bénéfice peut en fait l’être pour, exercice après exercice, atteindre au plus près l’objectif de résultat final mis par sa direction générale au départ de son processus de décisions budgétaires et de fixations d’objectifs. Si dans cette entreprise et ne serait-ce que très tacitement, les conditions principales qui rapprochent ses tarifs de vente de leurs niveaux suffisants sont admises, alors sa gestion est susceptible de se révéler pour tous (clients, salariés, détenteurs de parts de capital) plus équitable que là où les étendards de « l’économie sociale et solidaire » et du « commerce équitable » flottent à la proue et à la poupe du navire.

11.12. Tous les prix, salaires et profits compris, n’ont en commun que d’être des valeurs d’échange marchand.

1. Les rémunérations du travail ont leurs propres déterminants.

Les chapitres 8 et 9 ci-dessus, respectivement sur la répartition (de plus haut niveau, pays par pays) et le salaire (toute rémunération du travail), exposent quels sont pour l’essentiel ces déterminants. Certaines rémunérations du travail sont haussées par effet de rareté ou baissées par effet d’abondance. Ce n’est pas pour autant que l’ajustement par les prix entre l’offre et la demande se trouve être le principal déterminant des rémunérations du travail.

Sur le marché de l’emploi comme sur tout autre, les échanges sont par définition marchands. Les prix, s’ils n’ont tous en commun que d’être des valeurs d’échange marchand, n’ont alors aussi tous en commun de n’être que des valeurs d’échange économique[1].

2. Les rémunérations des placements ont leurs propres déterminants.

Les chapitres 6 et 10 ci-dessus, respectivement sur le profit (les bénéfices des entreprises) et les intérêts (quand leur taux directeur est de profit), exposent quels sont ces déterminants. Là encore ces prix sont susceptibles d’augmenter ou de baisser pour ajustements entre l’offre et la demande. Ce n’est cependant pas pour autant que ces ajustements sont la principale loi économique qui régit au mieux les marchés financiers.

L’utilité sociale des placements, donc celle des marchés financiers, est double. Ils allouent toute une part de l’épargne à la création et au maintien d’emplois. Ils procurent des revenus de substitution ou complémentaires à ceux du travail. Dans les lois économiques qu’une population a le plus intérêt à faire volontairement fonctionner, particulièrement lorsqu’il lui faut sortir des spirales des inégalités destructrices et du manque d’emplois, se trouvent :

  1. la relation entre l’emploi, le profit et le capital, ou relation EPCE, voir le chapitre sur l’emploi ;
  2. la maximisation du revenu total du travail sous contrainte de suffisance du revenu total des placements, voir le chapitre sur la répartition ;
  3. la distribution du revenu total du travail entre les emplois par la clé de partage que les égalités et inégalités d’appointements constitue[2], voir le chapitre sur le salaire ;

3. Les autres prix sont en fonction de la rareté pour certains seulement.

Quand les marchandises considérées sont autres que les services du travail fournis par des individus et les services des placements fournis par les mêmes et des associations à but non commercial, les faits obligent à tirer de la notion de rareté le concept de rareté économique (sur la décomposition de l’ensemble des marchandises en sous-ensembles économiquement homogènes, voir le chapitre 2).

3a. Ricardo a le premier tiré de la notion générale de rareté le concept de rareté économique.

Il l’a notamment fait dans le premier chapitre, On Value, de On The Principles of Political Economy, and Taxation, paragraphes 6 à 8 :

There are some commodities, the value of which is determined by their scarcity alone. No labour can increase the quantity of such goods, and therefore their value cannot be lowered by an increased supply. Some rare statues and pictures, scarce books and coins, wines of peculiar quality, which can be made only from grapes grown on a particular soil, of which there is a very limited quantity, are all of this description. Their value is wholly independent of the quantity of labour originally necessary to produce them, and varies with the variying wealth and inclinations of those who are desirous to possess them.

Il y a des marchandises dont la valeur d’échange n’est déterminée que par leur rareté. Nul travail ne peut augmenter la quantité de tels biens et leur valeur d’échange ne peut pas baisser par suite d’une augmentation de leur offre. Des statues et des peintures fameuses, des livres et des médailles rares, des vins de grande qualité qui ne peuvent être faits que de raisins cultivés sur des sols particuliers dont il n’existe qu’une très petite quantité, sont tous de cette sorte. Leur valeur d’échange est entièrement indépendante de la quantité de travail qui a été originellement nécessaire pour les produire et dépend des inconstantes fortunes et envies de ceux qui ont le désir de les posséder.

These commodities, however, form a very small part of the mass of commodities who are daily exchanged on the market. By far the greatest part of those goods which are the objects of desire, are procured by labour; and they may be multiplied, not in one country alone, but in many, almost without any assignable limit, if we are disposed to bestow the labour necessary to obtain them.

Ces marchandises, cependant, constituent une très petite part de la masse de celles qui sont quotidiennement échangées sur le marché. De loin le plus grand nombre des marchandises qui sont l’objet de nos désirs procèdent d’un travail [tel qu’elles] peuvent être multipliées, non  dans un seul pays mais en beaucoup, à peu près sans aucune limite assignable quand on est disposé à y consacrer le travail nécessaire à leur obtention.

In speaking then of commodities, of their exchangeable value, and of the laws which regulate their relative prices, we mean always such commodities only as can be increased in quantity by the exertion of human industry, and on the production of which competition operates without restraint.

En parlant donc des marchandises, de leur valeur d’échange et des lois qui régissent leurs prix relatifs, nous n’avons en vue que celles de ces marchandises dont la quantité peut être accrue par l’exercice de l’industrie humaine et sur la production desquelles s’exerce une concurrence sans entrave.

3b. Une marchandise est économiquement rare quand elle ne peut pas, définitivement ou temporairement, être produite à volonté par l’industrie humaine.

L’espace foncier, et plus généralement l’immobilier, dès lors qu’ils font l’objet de mises en vente et d’expropriations indemnisées par la force publique, constituent une marchandise rare dont l’importance sociale et les retombées économiques sont considérables.

Dans les autres ressources engendrant de la rareté économique, il y a bien sûr outre des pierres précieuses des minerais et des combustibles d’origine fossile. Leurs exploitations créent et entretiennent des mannes qui, elles, sont aux frais des acheteurs des produits tirés de ces ressources : qui de nos jours n’a jamais entendu parler de rente pétrolière et n’a jamais constaté à plusieurs reprises quelques-uns de ses effets ?[3]

Alors que le déterminant unique ou principal du prix d’une marchandise rare est le procédé de la vente au plus offrant ou au plus vite acceptant, les prix effectifs des marchandises de nature à être reproductibles à volonté sont ramenés vers leurs niveaux suffisants, à plusieurs conditions dont notamment par la levée des entraves à l’égalisation des rentabilités directes de même appartenance, voir dans ce chapitre de la proposition 11.3 à 11.11.

3c. À ces niveaux suffisants, les valeurs d’échange économique sont entièrement ou essentiellement en proportion de quantités de travail et d’investissements.

Une autre façon de constater la même réalité, qui n’est instaurée qu’à la condition ci-dessus rappelée, fait appel au normal et à l’objectif : les prix normaux des marchandises reproductibles à volonté par l’industrie humaine sont objectifs. Ces prix ne participent pas à la manipulation par les vendeurs des clients. En revanche, ils participent fort évidemment à davantage de justice et d’harmonie sociale. Un libéralisme et un socialisme qui ne veulent pas intégrer cette participation à leur doctrine contreviennent à l’obtention du mieux qu’ils promettent.

4. Donner pour cause à toute valeur d’échange marchand la rareté et pour instrument universel de sa détermination l’ajustement entre offre et demande entretient une erreur doublement préjudiciable.

Il est préjudiciable à la théorie économique de base de la bloquer dans des vues qui rendent impossible le franchissement du seuil à partir duquel elle sort de l’état d’une pseudoscience. David Ricardo a eu objectivement raison d’ajouter à la distinction entre valeur d’usage et d’échange l’observation de la différence entre marchandises rares et reproductibles à volonté par l’industrie humaine. Les néoclassiques ont contourné l’une et l’autre de ces distinctions, pensant ainsi faire avancer l’économie politique mais hélas sans voir qu’ils recouvraient sa rétrogradation du voile de son apparente mathématisation.

Il est préjudiciable aux sociétés humaines d’entretenir dans ses fondements une conception radicalement fausse de la manière dont l’économie de marché est orientable afin de fournir mieux, beaucoup mieux, que le mercantilisme et le dirigisme dont Adam Smith a montré qu’ils ne faisaient pas autant que possible « la richesse des nations », à savoir l’élévation des revenus et des patrimoines que la population tire des échanges économiques.



[1] Les échanges économiques sont, de fait, un sous-ensemble défini des échanges sociaux (renvoi aux deux première page de L’introduction à l’économie définie).

[2] Soient les qualifications professionnelles (il y en a toujours une dès qu’un emploi est rémunéré) Qx et Qy. Elles sont homogènes pour ce qui est du niveau des appointements, autrement dit des salaires tout compris, qu’elles procurent aux détenteurs de ces emplois. Mais il se trouve que ce niveau est pour les Qx des deux tiers du revenu médian individuel du travail alors qu’il est de trois fois ce même revenu pour les Qy. Ces proportions sont, au cas d’espèce, la clé de partage — de répartition, de distribution — du revenu total du travail. Il n’y a qu’en paroles que les salaires individuels sont aux hauteurs des productivités marginales des salariés. Les grandes masses salariales, à l’échelle d’un pays et à celle des plus gros employeurs, reste partageable différemment sans que la quantité et la qualité des services du travail échangés contre leurs rémunérations s’en trouve durablement altérées : ce n’est très évidemment pas parce que les écarts entre les plus hauts et les plus bas salaires du personnel de votre banque et d’autres de vos fournisseurs seront plus réduits que la qualité de leurs prestations se dégradera, c’est le moins qu’on puisse en dire. Dans une théorie des prix qui, reposant sur l’abstraction imaginaire de la « concurrence pure et parfaite » et le présupposé que tous les prix ont plus en commun que d’être des valeurs d’échange du fait d’une omniprésente « utilité marginale », la réalité du partage du revenu total du travail est par construction expulsée. Pour non-conformité avec les faits de haute importance civique, cette expulsion commande le remplacement par une autre de la théorie des prix prise en flagrant délit de non-conformité avec des faits de haute importance civique, pour ne pas dire civilisationnelle. Mais c’est lourd car il y a, logiquement indissociable d’une théorie des prix, il y en amont ses fondations méthodologiques ; en aval ses implications monétaires ; en abandon la prétention à ne fonder un idéal social que sur un système économique ou prétendu tel moyennant des imprécations pétries de pseudo-définitions.

[3] La rente tirée par un ménage de ses placements et la rente pétrolière, ou jadis la rente foncière des grands propriétaires de terres agricoles, n’ont en commun que d’être encore désignées au moyen du même mot. C’est malheureux. Dans la rente perçue par un ménage, il n’y a pas forcément de la plus-value ; au contraire bien des considérations conduisent à retenir qu’il est souhaitable qu’en moyenne il y ait dans ces gains de peu de plus-value à dans bien des cas aucune. Dans la rente pétrolière, comme dans d’autres rentes engendrées par de la rareté économique, il y a surtout ou exclusivement de la plus-value. Un moyen de distinguer ces deux sortes de rente consiste non pas à se faire stupidement partisan de l’euthanasie des rentiers — bonjour le chômage de masse ! — mais à parler plus volontiers de « manne pétrolière / boursière / immobilière / aurifère » que de rente afin que ce substantif redevienne étroitement apparié à un autre qui en est dérivé et dont le réel impose l’usage : rentabilité.

 

Chapitre 12 - La monnaie

12.1. Instrument empirique et ne pouvant que le rester, la monnaie est serve.

1. De quoi la monnaie-elle est un instrument ?

La monnaie, plus familièrement dit l’argent, [1] aussi bien dans sa forme métallique (pièces) que fiduciaire (billets) et scripturale (comptes en banque) est :

  • un instrument d’échanges et de transferts économiques : d’une part d’échanges de marchandises contre les marchandises par monnaie interposée en élimination des astreintes du troc, [2] d’autre part de transferts de pouvoir d’achat (dons, impôts, legs) alternativement ou complémentairement aux transferts d’objets qui ont une valeur d’échange marchand (immobilier et tout mobilier susceptibles de trouver un acquéreur) ;
  • un instrument de mesure des valeurs d’échange économique, expression strictement synonyme de « valeurs d’échange marchand », plus concisément dit des prix au sens économique de ce mot — prix dont ceux des fournitures individuelles de services du travail et de placements en échange de leurs rémunérations ;[3]
  • un instrument de stockage de pouvoir d’achat, cette fonction de réserve étant d’autant plus mal remplie que dans la durée l’unité monétaire perd vite de sa valeur d’échange — un dégonflement entraînant des hausses nominales de prix qui font parler d’inflation (du latin, par anglais interposé, inflatio : gonflement) alors qu’il s’agit bel et bien de dépréciation monétaire généralisée ou nichée (immobilier et autres actifs)

2. Il n’y a en matière monétaire aucune orthodoxie.

Ce jugement est de Jacques Rueff : « Contrairement à ce que croient les profanes, il n’est, en matière monétaire, aucune orthodoxie. On peut concevoir un grand nombre de systèmes, qui se distinguent par leurs vertus propres. C’est seulement en fonction des fins que l’on assigne à la société que l’un d’eux peut apparaître préférable aux autres. »[4]

Trois paragraphes plus loin, Rueff explique lumineusement : « Les types extrêmes de systèmes monétaires sont : le « réaliste », où chaque unité de monnaie a pour contrepartie dans le bilan de l’Institution émettrice un actif susceptible d’être vendu sur le marché pour une égale valeur, et le « nominaliste », où la monnaie n’est qu’un signe vide de substance. C’est entre ces deux modèles que s’échelonnent tous les systèmes qui ont été, sont ou seront en vigueur. »

Paul Fabra, dans Le meilleur système pour se débarrasser de l’or, note : « un système monétaire étant pas destination de nature empirique, il ne peut jamais être entièrement rationnel »[5] et conclut l’une de ses analyses par : « Dans un système monétaire rationnel, le signe est le plus abstrait possible mais la valeur qu’il représente est la plus réelle possible. »[6]

3. Une monnaie inspire d’autant plus confiance qu’elle est de fait arrimée à des points forts de politique économique.

C’est en ce sens aussi [7] que, comme Jacques Rueff l’a maintes fois répété, la monnaie est serve. Pour autant que dans un pays maintenir ou rétablir au plus vite des points forts de politique économique en vienne à s’imposer comme par mentalité innée, la protection contre l’inflation, la déflation et les récessions importées d’origine financière est portée dans ce pays à son plus haut.

L’histoire des peuples, jusque dans ses cours souterrains les plus difficiles à reconnaître, fait que certains pays sont par leurs mentalités ataviques plus aptes que d’autres aux pratiques économiques qui portent au plus haut la protection qui vient d’être dite et que ne procure pas le protectionnisme au sens attribué en ce mot en économie politique.

4. Ce plus haut de protection par la politique économique est doublement plafonné.

D’une part, qu’est  pour ce pays et ses alliés le poids des dépenses militaires et somptuaires, tant en investissements qu’en charges ? Il peut être si élevé que de telles dépenses sont devenues une source abondante de dépréciation monétaire — pour ce qui est des dépenses militaires, les plus grandes guerres en ont administré les exemples les plus retentissants.[8] La prévention de ces risques ne dépend que de subsidiairement à très subsidiairement d’accords internationaux sur les bonnes pratiques réciproques en matière d’échanges et de transferts économiques.

5. L’autre plafond est celui des manipulations de taux de change.

Le plus haut de protection contre l’inflation, la déflation et les récessions importées d’origine financière est également plafonné par ces manipulations, perturbatrices de courants commerciaux transcontinentaux et intercontinentaux. Mais réussir à surmonter cet obstacle se peut là où d’une zone monétaire à l’autre les valeurs d’échange marchand deviennent de fait étalonnées par des politiques toutes dotées des sept points forts que les propositions à suivre passent en revue.

Dans le cas d’une zone monétaire commune à plusieurs nations, telles celles qui font partie de la zone euro, ce sont toutes ces nations dont les politiques économiques doivent avoir ces points forts.

6. Parvenir à une telle unanimité ne peut être que très laborieux.

Redonner à chacune des monnaies les plus utilisées en commerce international un prix fixe d’un même produit du travail humain se révélera-t-il moins laborieux ? [9] En matière d’échanges et de transferts économiques, la durée d’émergence d’un changement d’idées directrices est susceptible de se compter en générations, pour beaucoup à cause des affects que la raison peine beaucoup à réduire dans tout ce qui touche à l’argent.

Sur les choses déjà dites et à dire en économie, il y en a désormais beaucoup plus de fausses que de vraies. Personne ne peut y avoir honnêtement la prétention de jamais y prendre une erreur pour une vérité et une vérité pour une erreur.



[1] Et encore plus familièrement ou en argot : blé, braise, flouze, fric, galette, grisbi, jonc, maille, oseille, pépètes, pèze, picaillon, pognon, rond, sou, thune, trèfle (Le Robert, entrée Argent, II).

[2] L’expression « échanges de marchandises contre les marchandises » ne rend assez complètement compte d’une réalité économique élémentaire quand seulement, comme rappelé à la fin du point suivant, les services du travail et des placements fournis en échange de leurs rémunérations respectives sont expressément reconnus être des éléments de l’ensemble fini des marchandises, voir chapitre 2 où il est exposé également pourquoi les monnaies ayant cours ne sont pas des marchandises, y compris quand elles sont dites « marchandise presque comme les autres ».

Du coup, il devient illogique de se refuser à  faire des expressions « échange économique » et « échange marchand » de stricts synonymes.

Notons également que le service du change d’une quantité de monnaie en une autre quantité d’une autre monnaie est marchand quand il donne lieu au prélèvement d’une commission alors que le change lui-même n’est pas un échange marchand : le marché des changes (de monnaie contre monnaie) n’en est un qu’à cause des commissions des changeurs et non pas par ce qui s’y change.

[3] Sur le fait que les échanges économiques, autrement dit les échanges marchands, sont un sous-ensemble fini des échanges sociaux, voir Introduction à l’économie définie / Le pari.

[4] La régulation monétaire et le problème institutionnel de la monnaie, publié pour la première fois en 1953 dans la Revue d’économie politique, section VIII — Le problème institutionnel de la monnaie, premier paragraphe. La citation suivante de Jacques Rueff est le cinquième paragraphe de ce même texte.

[5] Le meilleur système pour se débarrasser de l’or est le titre du chapitre 13 de l’Essai de réhabilitation de l’économie politique sur titré L’anticapitalisme (15 chapitres). Le membre de phrase cité se trouve sous, l’intertitre Qu’est-ce que l’étalon or ? - page 280 de l’édition Arthaud (1974), page 334 de l’édition Champs Flammarion (1979). Ce même chapitre 13 comporte, dans ses plus longs paragraphes, celui qui se termine (page 290 Arthaud,

[6] Page 290 Arthaud, page 345 Champs Flammarion où cette phrase, soulignée par sa mise en italique, est la dernière d’un paragraphe dont voici la première moitié ::

« À notre époque, l’idée que la référence à l’or est une survivance du passé est solidement ancrée dans la plupart des esprits. Ceux qui la soutiennent […] tirent d’un fait incontestable une conséquence qui lui est étrangère. J’appellerai ce raisonnement « l’illusion du professeur Triffin » car c’est le célèbre professeur de l’université de Yale qui en a fait l’exposé le plus systématique, consistant à « prouver » que l’or sera progressivement éliminé du système monétaire international de la même façon et pour les mêmes raisons qu’il l’a déjà été dans la circulation monétaire de chaque pays. Le fait incontestable sur lequel s’appuie le professeur Triffin est que les hommes se servent d’instruments de paiement de plus en plus abstraits. La monnaie métallique a été progressivement remplacée par les billets de banque, puis la monnaie fiduciaire a cédé la plus grande partie du terrain à la monnaie scripturale avec la généralisation des paiements par jeu d’écritures et l’usage plus fréquent, pour les dépenses courantes, des cartes de crédit. Cette évolution n’est certainement pas encore arrivée à son terme. Elle traduit de toute évidence un progrès de la rationalité économique. Mais cette même rationalité exige […] que le principe d’égalité soit respecté dans l’échange. Or, comment espérer que l’échange se fasse valeur pour valeur si l’instrument à travers lequel il s’opère normalement n’a pas une valeur objectivement déterminée ? »

La « valeur objectivement déterminée » dont Fabra a fait état est un prix figé, entre un plus haut et plus bas très rapprochés, d’un « quantum de la marchandise choisie comme étalon ». En faveur d’un tel amarrage aux conditions qui ont été remplies de 1870 à 1914, il y a un grand amoindrissement de la fluctuation des taux de change, ce qui a d’autant plus de retentissements que le commerce international est un gros pourvoyeur d’emplois et d’enrichissements. Ce n’est cependant pas le seul moyen de parvenir à moins de dépréciations monétaires et, ce faisant, à moins de perturbations monétaires des prix, de toute façon de proche en proche ancrés à ceux d’entre eux qui sont les salaires horaires minimums des pays d’où viennent ce qui est vendu.

Par refuge dans la propriété immobilière notamment, les fuites des placements les plus exposés aux dépréciations monétaires font des déperditions considérables dans le financement le plus sain de la création d’emplois, avec peine aggravée par l’enchérissement des coûts du logement qui résulte de ces fuites. Tant que c’est le cas, mieux vaut  faire avancer une solution de toute façon bénéfique même si elle se révèle à l’expérience encore trop partielle.

[7] Fabra : « Les « objectiviste »s pensent, selon la forte expression de Jacques Rueff, que la monnaie est « serve », en ce sens que sa demande est et doit être subordonnée aux impulsions de la vie économique. Les « subjectivistes » sont enclins, à l’instar de Keynes, à voir dans la monnaie un « élixir » qu’il convient d’injecter dans le corps économique pour en stimuler l’activité » (page 295 Arthaud, page 352 Champs Flammarion). L’objectiviste — Je veux la monnaie servante du bien économique parce qu’il est socialement bénéfique. Le subjectiviste — Je veux la monnaie émolliente des maux économiques parce qu’ils sont socialement dommageables.

[8] Et les dépenses somptuaires de Louis XIV à Versailles sans rapport avec ce qu’a été la genèse et le cours de la Révolution française ? Le Concorde, le paquebot France et le Plan Calcul sans rapport avec ce qu’a été l’échec final du général de Gaulle ?

[9] Pour plus à ce sujet, lire de Paul Fabra l’intégralité de son chapitre 13 (ouvrage cité ci-dessus), ou le chapitre 11 de Capital for Profit (1991, Rowman & Littlefield Publishers, Maryland) en tenant compte du fait que Fabra y a stipulé : « I now consider the English version (which incoroporates some changes) to be the more authoritative. »

 

12.2. La croissance d’abord par des placements directs en augmentations de capital social est un point fort.

12.3. L’activation de la relation EPCE par le plein échange actionnarial est un point fort.

12.4. La gestion du prélèvement public soumise à deux règles est un point fort.

12.5. Les taux d’intérêt, facturés aux entreprises par les entreprises, maintenus supérieurs au taux moyen de bénéfice sur capital est un point fort.

12.6. Le plein échange salarial est un point fort.

12.7. La répartition assumée du revenu total du travail par les égalités et inégalités de salaires est un point fort.

12.8. La concurrence faite réductrice de la dispersion des rentabilités de même appartenance est un point fort.

12.9. Les taux de change entre les monnaies A, B, etc. varient d’autant plus insensiblement que dans les pays ou zones monétaires A, B, etc. les points forts 12.2 à 12.8 sont établis.

Appendices

AP1 - L'entreprise de Paul Fabra

Vécue et vue par Dominique Michaut

La une du journal Le Monde du 9 novembre 1974 comporte sur trois colonnes un début, long au regard des pratiques actuelles de la presse française, d’un article à suivre en page intérieure. Signataire : Raymond Barre. Titre : L’économie objective. Objet : compte rendu de lecture de L’Anticapitalisme / Essai de réhabilitation de l’économie politique, 432 pages, éditeur Arthaud, auteur Paul Fabra.[1] Ce dernier est alors dans sa quarante sixième année et je suis, à cette époque lorrain d’adoption, dans ma trente deuxième. Quelques jours après avoir pris connaissance du compte rendu de Barre dont j’avais étudié le très utilisé manuel d’économie politique en deux tomes, je me rends à la plus grande librairie de Metz. Ne connaissant de Fabra que sa signature réputée de journaliste spécialisé en questions monétaires, je découvre d’abord, d’après la photographie imprimée en quatrième de couverture, un élégant quadragénaire au regard perçant. Ensuite, ce qui retient bien davantage mon attention d’insatisfait de la théorisation des prix et des marchés et de l’interventionnisme keynésien qui m’avait été enseignée, la lecture, avant même d’avoir payé mon achat, du texte de cette quatrième de couverture me confirme que je me trouve en présence d’unfort téméraire entrepreneur : « Ce livre ne vise à rien de moins qu’à un renversement de la perspective de la pensée économique actuelle. La société contemporaine est encore analysée selon les modèles abstraits qu’en avaient proposé à la fin du XIXe siècle, les économistes néo-libéraux. Leurs constructions artificielles forment aujourd’hui la base de la doctrine enseignée sous le nom de science économique dans toutes les universités d’occident. On a appelé hédonistes ces économistes parce que, pour eux, l’origine de la valeur se trouvait dans le besoin ou, si l’on préfère, dans le désir de consommation, ce qui les a amenés à poser l’axiome – sur lequel repose notre moderne « société de consommation » – que, dans l’échange, « le fait principal est la demande et le fait accessoire l’offre » (Léon Walras, 1874). Ce principe est contraire aux exigences de notre époque. Il est en train de s’écrouler sous les coups des évènements. Conceptuellement, il s’oppose du tout au tout à la tradition de l’école classique anglaise qui, avec le grand David Ricardo, fonda l’économie politique au début du XIXe siècle, en reprenant et en « critiquant » les idées exprimées par Adam Smith en 1776 dans La Richesse des nations. / Ce qui frappe depuis lors dans l’histoire de la pensée économique, c’est, à part quelques découvertes partielles, son caractère régressif qui fait songer à ce qui advint de la physique et de la biologie tant que les savants n’en revinrent pas « aux sources mêmes de la connaissance » (Jacques Monod). / C’est au nom de la théorie de la valeur-travail, reprise par Marx mais mal interprétée par lui (il faisait du travail la « substance » de la valeur), qu’on repousse ici l’explication marxiste du profit (et du salaire…). On ne devra pas s’étonner que les mêmes arguments permettent de réfuter le marginalisme des néo-libéraux, car ces derniers, en répudiant aussi l’héritage ricardien, sont à leur tour retombés dans les pièges tendus par la pensée préscientifique d’Adam Smith. C’est de fond en comble qu’il faut réviser l’économie politique, faute de quoi il sera difficile d’éviter que la société ne cède à la tentation de solutions imaginaires : la Révolution ou son contraire, la contre-Révolution. »

Bigre, bigre ! Mais encore ? Me voilà embarqué dans la lecture de ces 432 pages comportant une préface de l’auteur, quinze chapitres répartis en trois parties, sept appendices. Je dois à la vérité de confesser une impossibilité et une difficulté. L’impossibilité a été, dès la préface et les cinq premiers chapitres lus une première fois crayon en main, de m’en tenir à la conviction passive du bien fondé de cette entreprise de réhabilitation : je commençais à prendre conscience des origines de mon insatisfaction d’économiste en herbe. La difficulté a été de venir à bout d’un premier parcours complet, toujours crayon en main, de ce « livre foisonnant » (Barre). J’y ai trouvé trop à apprendre et à reprendre et à noter pour être capable de faire plus vite. Un échafaudage auxiliaire m’a gêné. Des questions me venaient à l’esprit et je ne trouvais pas la réponse assurée à bon nombre d’entre elles. Mais l’affinité était là ; ma conviction devenait de plus en plus active ; de moins en moins enclin aux conformités académiques, je ne voyais naïvement que des avantages aux appels du grand large. Au printemps 1976, j’écrivis à Paul Fabra et nous nous rencontrâmes pour la première fois à Paris le 21 octobre de cette même année.

Pourquoi, bientôt quatre décennies après la première parution de l’opus magnus de Fabra, « la base de la doctrine enseignée sous le nom de science économique » non seulement n’a pas été remplacée par une autre mais aussi ne semble pas encore en voie de l’être ? Une partie de la réponse tient au manque que le présent traité entreprend de combler. Une autre partie se trouve en usant d’une grille d’analyse fournie par Karl Popper (1902-1994), éminent expert en cette sorte d’affaire. Si le remplacement prescrit par Fabra avait fait l’objet de réfutations convergentes, la mise de côté de cette prescription serait épistémologiquement normale. Rien de tel jusqu’à présent : aucun texte ni même aucun propos oral visant à établir l’irrecevabilité de la refondation proposée. La démonstration que cette proposition n’est pas scientifique, faute de conforter une base doctrinale qui le serait, s’imposerait pour détourner d’un égarement et, en outre, son élaboration ne nécessiterait pas d’y consacrer beaucoup de temps. Mais cette démonstration devient totalement impossible en s’en tenant à une base doctrinale qui, elle, n’est pas scientifique. Voyons bien que ce constat prouve que cette base est ascientifique. Compte tenu du nombre d’années écoulées depuis 1975, de la notoriété de Fabra, des efforts faits par lui pour diffuser son Essai de réhabilitation et du nombre croissant de thèses et d’articles et de livres économiques, cette preuve est aujourd’hui expérimentalement validée. Une option foncièrement ascientifique continue à prévaloir dans cette discipline, avec ce que cela comporte non pas d’amoralité mais, ce qui ne revient pas du tout au même, de manquement à la moralité scientifique. L’objet du délit étant une part de la vie sociale et, de plus, une part très structurante de cette vie, ce manquement est aussi à la moralité civique, personne ne peut faire qu’il en aille autrement. Le corps social et chacun de ses membres en subissent les conséquences néfastes. L’entreprise de Paul Fabra, qui serait elle-même néfaste si les considérations cruciales qui la fondent étaient ascientifiques, ne pouvait pas échapper à ces difficultés. Elle ne doit pas rester sans suite à cause d’elles. Trop en dépend comme je vais m’efforcer de le faire un peu plus complètement apparaître.

Dans ce qui vient d’être observé, il n’y a rien, strictement rien, établissant que le concurrent Fabra a effectivement retrouvé la voie d’accès à la « science économique digne de ce nom ». Renseigner davantage sur les caractéristiques majeures de l’entreprise de ce concurrent n’en conduit pas moins à faire état de fortes présomptions de ce succès.

Cette entreprise est intellectuelle. Quand, dans les considérations suivantes, il est autrement question d’entreprise, il s’agit exclusivement de la seule organisation qui n’existe que par et pour la pratique des échanges marchands, l’entreprise commerciale.

Première phrase de la préface de L’Anticapitalisme (les soulignements sont mon fait) : « Ce livre n’est pas à proprement parler un livre d’économie politique bien qu’il propose, sur un certain nombre de points fondamentaux touchant cette matière, des solutions à des questions qu’on se posait depuis longtemps. » Autrement dit : je ne vous livre pas un cours de science économique mais des élucidations et des réfutations pour contribuer à « de fond en comble (…) réviser l’économie politique ». Commençons par le fond, le reste personne n’en verra jamais le bout, ce qui compte c’est l’essentiel qui fait le plus gros des résultats, me suis-je souvent répété depuis les premiers mois de 1975. Ce bon sens, conseillé avec vigueur par Peter F. Drucker, ne m’a pas empêché de divaguer mais m’a souvent aidé à revenir à du moins mauvais.

L’économie politique objective, produit de l’entreprise de Paul Fabra, comble complètement le fossé, parfois abyssal ainsi que de très nombreux praticiens l’ont souvent déploré (des livres entiers écrits à ce sujet), entre la théorie économique et la problématique de la vie d’entreprise. Ce n’est pas en soi une preuve que cette économie politique est fondamentalement véridique. C’est néanmoins une forte présomption que Fabra a bel et bien réouvert la bonne voie d’accès : une authentique science économique a forcément cette caractéristique car il n’y a très évidemment pas deux vérités, l’une théorique dans des manuels et l’autre expérimentale sur le terrain.

Après la première puis la seconde édition française de L’Anticapitalisme,[2] son auteur a poursuivi sa livraison en la combinant à celle d’éclairages de l’actualité économique, principalement sous la forme de chroniques – à l’heure où j’écris ces lignes, Paul Fabra est en train de travailler à la millième de la série, d’abord publiée, à partir du 26 mars 1985, par Le Monde puis, à partir du 30 avril 1993, par Les Echos. Les inflexions de cette œuvre de plusieurs milliers de pages parues sous cette forme et d’autres n’ont strictement rien changé à ce que son auteur a mis au jour d’essentiel en écrivant son Essai de réhabilitation de l’économie politique. Un renversement de ce qu’il y a de plus fondamental dans la conception de l’économie, qui fait autorité depuis l’accréditation quasi officielle de ses bases doctrinales, est possible et nécessaire. Sa condition sine qua non est une révolution épistémologique, libératrice de l’accès à une théorisation, dont l’assise soit enfin authentiquement scientifique, de l’économie de marché et, ce faisant, des lois objectives du capitalisme. L’Anticapitalisme,titre provenant du constat que ces lois ne font pas partie de « la doctrine enseignée sous le nom de science économique », démontre la possibilité et la nécessité de cette révolution libératrice au moyen, méthodologiquement[3] indispensable, d’une enquête critique sur l’histoire de la théorie économique. Critique et monumentale. Y sont réfutés, outre Marx (1818-1883) et le socialisme antilibéral ainsi que Walras (1834-1910) et l’économisme néoclassique, Keynes (1883-1946) et la macroéconomie étatiste à qui nous devons beaucoup du mauvais passif que le bilan d’ouverture du XXIe siècle comporte. Keynes a écarté, Fabra en fait bien sûr état, un point essentiel de réfutation de sa Théorie générale en arguant qu’à long terme nous serons tous morts, une désinvolture – après moi le déluge ! – qui mérite de passer à la postérité comme étant l’une des plus déshonorantes infractions à la moralité scientifique et civique ci-dessus évoquée.

Un fait relatif à cette enquête magistrale n’a jusqu’à présent pas encore assez retenu l’attention. Soit un journaliste solidement installé dans l’indépendance ainsi que rompu au rassemblement et au traitement scrupuleux des documents qui nourrissent son investigation. Cette indépendance et ce scrupule font très résolument partie de sa déontologie, comme c’est le cas, ô combien, de Paul Fabra. Ce journaliste est beaucoup mieux à même de réussir une enquête critique sur l’histoire de la théorie économique qu’un professionnel tacitement assermenté à une tradition doctrinale diplômante. Cette réussite est, en l’occurrence, d’autant plus remarquable que la manière jusqu’alors inédite de procéder à une telle enquête en fait une mine d’or didactique.

L’exploitation à ciel ouvert de cette mine ne commencera cependant qu’au moyen de la reconstruction qui est le but de l’entreprise de Paul Fabra : celle d’un enseignement positif d’une économie politique enfin fondamentalement objective et prenant appui, pour ce faire, sur des évitements des pièges de la conceptualisation préscientifique de l’économie. Il y a, par exemple, parmi ces évitements ceux qui sont relatifs à la demande et à la concurrence, deux notions dont tout le monde entend presque quotidiennement parler. Les deux paragraphes suivants traitent chacun de l’un de ces évitements parce que ces réglages conceptuels donnent un aperçu de ce qu’est la pensée économique s’efforçant d’en revenir « aux sources mêmes de la connaissance » et, ce faisant, renseignent sur le produit reconstruit par le téméraire entrepreneur.

L’usage de la monnaie et de façons de s’exprimer incitent à voir dans la demande une catégorie parallèle à l’offre, voire une catégorie primordiale par rapport à l’offre, voire l’inverse pour ce qui est de la primauté. Ce parallélisme, et partant l’une ou l’autre de ces primautés, sont des illusions d’optique. Toute demande est, dans la pratique de l’échange marchand, une offre en contrepartie. Il n’y a strictement aucune exception à cette règle dans toutes les sortes d’échanges marchands, dont celles qui procurent aux particuliers leurs revenus et aux entreprises leurs chiffres d’affaires. Le cœur marchand de l’économie est l’offre en échange de l’offre. Ou, comme l’on voudra et qui revient au même quant aux conclusions à en tirer, la demande en échange de la demande. La question même du quoi, entre l’offre et la demande, est primordial par rapport à l’autre n’a pas lieu d’être. Elle n’est pas plus sensée que de chercher quoi, de l’avers et l’envers d’une pièce de monnaie ou d’un billet de banque, est primordial par rapport à l’autre. Si, dans la manière de s’exprimer, l’usage est de faire plus souvent état de l’offre et de la demande que de la demande et de l’offre, y recourir ne présente aucun inconvénient pourvu qu’il soit bien gardé présent à l’esprit que la demande dont il s’agit n’est rien d’autre qu’une offre en contrepartie. Si l’usage le plus courant se trouvait avoir été inversé, il faudrait y recourir en gardant toujours présent à l’esprit que ce qui est alors le second terme énoncé, l’offre, n’est rien d’autre qu’une demande en contrepartie. Loi de Say (Jean-Baptiste, 1767-1832), explicitement approuvée par Ricardo (1772-1823) puis remise en cause par Walras et ensuite par Keynes : l’offre crée la demande. Cette loi s’énonce tout aussi bien en constatant que l’offre crée l’offre, un résumé en trois mots de l’évidence, qui n’a pas échappé à l’industriel et professeur français d’économie politique Jean-Baptiste Say, que la prospérité d’une population dépend avant tout de la quantité, de la diversité et de la qualité des entreprises que cette population fait fonctionner. Partant, cette prospérité dépend de la connaissance et du respect volontaire par cette population des lois objectives du capitalisme dont la mise au jour et l’exposé didactique, indispensable à ce respect volontaire, font la raison d’être de l’entreprise de Paul Fabra.

La pratique de la concurrence, c’est-à-dire de concours, est celle non pas d’un processus mais de deux, qui ne vont pas forcément l’un sans l’autre. L’un est d’élimination, avec les précarisations des perdants qui en résultent – fermeture –, l’autre d’émulation, avec les diversifications qu’elle suscite – ouverture. Un moyen de distinguer ces deux processus est de parler de concurrence sélective dans le premier cas, de concurrence créatrice dans le second. L’une et l’autre de ces sortes de concours coexistent dans les activités non seulement économiques mais tout autant politiques, scientifiques, artistiques, didactiques, etc. Quand, dans la mentalité collective et les mœurs qu’elle façonne, la concurrence sélective est dominante, c’est au détriment de la concurrence créatrice, moins de soins étant apportés à son enseignement et à son exercice. C’est aussi en résultat d’une manipulation qui a sa raison d’être : ne pas mettre en cause des pratiques plus pseudo libérales et pseudo démocratiques que ce serait le cas si la sélection éliminatrice des moins aptes à faire partie d’un effectif était moins souvent donnée pour être l’alpha et l’oméga de toute concurrence. Du côté de la théorie économique, le modèle de la concurrence pure et parfaite est de même facture imaginaire que la demande qui prime l’offre (Léon Walras dans les deux cas). Ses hypothèses irréalistes en font un modèle d’aconcurrence créatrice. Outre que fait partie du modèle, ce qui n’est déjà pas réaliste, la plus complète liberté d’entrée sur le marché d’un nouvel offreur – aucune entente, aucun corporatisme, aucun protectionnisme, aucune compétence, aucun obstacle financier –, l’atomicité et l’homogénéité de l’offre sont deux autres caractéristiques de ce modèle. La concurrence créatrice de diversifications et de captations de parts de marché très inégales s’en trouve exclue. L’économiste austro-américain Schumpeter (1883-1950) a justement remis en cause, cela fait partie des « découvertes partielles » dont la quatrième de couverture de l’édition Arthaud de L’Anticapitalisme évoque, les avantages présumés de la concurrence dite parfaite. Il l’a fait en montrant que, à supposer que cette prétendue perfection puisse exister, son efficacité serait moindre que celle de la concurrence réelle. Cela l’a conduit à mettre en avant et à rendre fameuse la « destruction créatrice »... mais créatrice aussi de trop de précarisations évitables si, comme c’est aujourd’hui le cas plus encore qu’hier, la doctrine en vigueur de la concurrence n’intervertit pas le primordial et le secondaire. La question suivante met sur la piste de ce « renversement de perspective ». Où veut-on en venir avec, dans les activités économiques, de la concurrence effective dont la caractéristique jugée primordiale est son imperfection par rapport à son modèle prétendu pur ? La caractéristique primordiale de toute concurrence, tant sélective que créatrice, est, dans tous les domaines d’activité, son degré de loyauté. Rendre cette caractéristique secondaire participe à la manipulation défavorable à davantage, voire à autant qu’avant, de pratiques faites plus authentiquement libérales et démocratiques, par élévation délibérée de leur degré de loyauté. L’un des résultats de cette manipulation est que trop d’exclusions en résulte. Au lieu de s’en porter mieux, l’économie et le reste de la vie sociale s’en portent plus mal. L’évitement de ce piège, grande trappe à précarisations en tous genres, est grandement facilité par la tournure d’esprit que l’économie politique réhabilitée par Paul Fabra conduit à cultiver et qui n’a rien, rigoureusement rien, d’ascientifique et, quoi qu’il puisse en sembler à première vue, d’utopique.

La pensée économique est périlleuse parce que son manque de perspicacité est réducteur de la qualité de la vie du corps social et de chacun de ses membres. L’effort permanent de prise en compte de ce danger de tous les instants est une caractéristique distinctive de l’entreprise de Paul Fabra et de son produit phare, l’économie politique objective. Elle est aussi une caractéristique inhérente à la moralité scientifique. Cet effort n’établit pas que cette économie politique est scientifique mais, là encore, il se trouve que cette prise en compte permanente est nécessaire à la reconstruction des fondations d’une science économique digne de ce nom.

Il faudrait tout un appareillage documentaire, qui n’ajouterait rien à l’utilité didactique du présent traité, pour exposer quelles élucidations, dans quel contexte et en quels termes, ont pour inventeur, comme cela se dit des trésors, Paul Fabra seul. Si un chercheur désire le faire, il le pourra en s’astreignant d’abord à la lecture inquisitrice de L’Anticapitalisme ou mieux, s’il maîtrise bien le latin moderne, de Capital for Profit / The Triumph of Ricardian Political Economy Over Marx and the Neoclassical,[4] dernière version révisée par son auteur. Capital for Profit mais dans le cadre de la mécanique des véritables échanges marchands, et non pas dans celui, fallacieusement libéral, d’offres déloyalement confiscatoires de pouvoir d’achat en contrepartie d’offres alors forcément dispensatrices des confiscations imposées. L’échange, rien que l’échange mais tout l’échange, entre aussi, et à bien des égards d’abord, le service du financement à proprement parler permanent d’une entreprise, son capital, et la totalité des profits périodiques de cette entreprise. Afin que cette dynamique produise pleinement ses effets normaux dont les principaux sont le plein emploi (chapitre 4 du présent traité, sur le capital, le profit et l’emploi) et la maximisation du revenu global non pas du capital mais du travail (chapitre 5, sur le salaire et la répartition). Succès finalement triomphal, tant scientifique que moral et social, de Ricardo ? Oui mais. Mais au moyen, fourni par Fabra, de deux « solutions à des questions qu’on se posait depuis longtemps » au sujet du travail salarié et du profit, l’un et l’autre tour à tour instruments d’abus de pouvoir et de contre-pouvoir. L’une de ces solutions consiste à éliminer enfin la confusion relative au travail, cette confusion ayant été formellement mal dissipée par Ricardo alors qu’elle est la clé de voûte sans laquelle aucune théorie économique ne tient logiquement debout (chapitre 2, sur la marchandise, du présent traité). L’autre solution consiste à constater enfin que le profit, rémunération d’une sorte de placement d’épargne, est le terme d’un échange marchand, ce alors qu’une typologie explicite des échanges marchands et de leurs termes (même chapitre 2), ainsi que d’autres précautions méthodologiques qu’il est préférable d’énoncer formellement (chapitre 1, sur l’économie), ne se trouvent pas dans les Principes de Ricardo (disparu prématurément) et ne font pas partie des « découvertes partielles » depuis lui. Ces deux solutions sont des évidences qu’un enfant ayant atteint l’âge de raison voit sans peine en tant que telles, quand on les lui fait observer, mais qui demandent à « nos cerveaux gris d’avoir trop lu » (Valéry) l’effort de se défaire de ce qui les obscurcit. Avant que des contre-enquêtes confirment que c’est bien, historiquement et logiquement, ces deux solutions qui ont permis à la pensée économique de retrouver enfin le chemin de la science, rendons à leur fournisseur ce qui lui revient dès maintenant. C’est lui qui a eu la très courageuse idée, somme toute radieuse ainsi que le lecteur approbateur du contenu du premier chapitre de ce livre en conviendra, de la possibilité et de la nécessité de reprendre pour point de départ un schéma abandonné. C’est lui qui, par un intense effort critique, a déblayé le terrain et entamé la reconstruction. C’est lui qui a pourvu à la diffusion urbi et orbi de l’invitation, très solidement argumentée et foncièrement optimiste, à se faire ouvrier sur le chantier de cette reconstruction.

L’économie politique objective. Ce dernier adjectif réserve une surprise qui découle on ne peut plus logiquement de la refondation opérée. Le capitalisme, le conservatisme, le libéralisme, le progressisme et le socialisme, dans cet ordre ou dans n’importe quel autre dont l’inverse, ne font qu’un quand ils sont tous les cinq objectivistes. Ce n’est pas tout. Cet un est positivement et congénitalement moral. Tant en théorie qu’en pratique, l’économie objective, l’économie raisonnable et, allusion à ce qui a été ci-dessus indiqué au sujet de la concurrence, l’économie loyale ne font qu’une. De plus, cette économie est économe parce qu’elle a retrouvé le bon sens : elle consiste aussi à faire des économies.

Ces quatre affirmations sont apparemment trop prometteuses d’un monde meilleur. Les démonstrations des deux premières font partie du chapitre lui aussi premier du présent traité et, pour les deux dernières, c’est l’ensemble du traité qui en produit la démonstration. Mais voici tout de suite des considérations, elles aussi au nombre de quatre, qui plaident en faveur du bon aloi de cette caractéristique majeure de l’entreprise de Paul Fabra.

Première considération. Xi se dit libéral. Xi prend pour de la science économique ce qui n’en est pas. Xi prête de son plein gré son concours aux menées stratégiques et tactiques de la guerre économique. Xi se ment et trompe son monde en disant qu’il est libéral. Il n’y a, en matière de libéralisme, que la vraie science économique et la vraie paix de même qualification qui, comme M. de la Palisse n’aurait pas manqué de le remarquer, sont véridiques. Deuxième considération. Xj se dit socialiste. Xj se méprend aussi sur ce qu’est et n’est pas la science économique. Xj prête aussi de son plein gré son concours aux menées stratégiques et tactiques de la guerre économique. Xj se trompe et ment à son monde. Il n’y a, en matière de socialisme, que la vraie science économique et la vraie paix de même qualification qui, comme M. de la Palisse n’aurait pas manqué de le remarquer, sont véridiques. Troisième considération. Les antisocialismes, les antiprogressismes, les antilibéralismes, les anticonservatismes et les anticapitalismes ont, eux, en commun d’être subjectivistes : d’abord et finalement des jugements de valeur moyennant, si possible du mathématisme, toujours du psychologisme, au besoin de la partialité moralisatrice, de toute façon la mise à l’écart des réalités objectives qui infirment ces jugements. L’économisme, le créditisme, l’étatisme et les utopismes ont, entre autres, la même caractéristique. Quatrième considération. La science, la vraie, c’est épatant mais il lui faut la paix, la vraie, pour que leur association libère. La révolution de l’économie politique objective passe certes par des dérangements d’habitudes conceptuelles et comportementales mais c’est afin d’engendrer les apaisements de mœurs dont elle est grosse.

N’en faisons pas vantardise, cela ferait obstacle. Ne négligeons néanmoins pas de faire de cette fécondité un très substantiel motif d’acharnement à la conspiration d’un « renversement de perspective de la pensée économique ». Et ne tenons pas pour accessoire une autre présomption de la réouverture par Fabra de la voie d’accès à la science économique épistémologiquement digne de ce nom. Le Karl Popper dont il a été ci-dessus question est plus particulièrement celui de La Logique de la découverte scientifique et de La Connaissance objective.[5] Il y a cependant aussi celui, dans les années 1960, de La Société ouverte et ses ennemis. Un temps marxiste, cette grande figure de la philosophie politique et de l’épistémologie scientifique en est venue à voir dans la Misère de l’historicisme un obstacle philosophique, scientifique et politique majeur. L’histoire des idées et des pratiques économiques, ainsi que plus largement politiques, est une recherche à tâtons des clés de « la société ouverte, contrôlée par la raison, où la volonté de l’individu peut librement s’exercer » (Popper) ; les avancées et les reculs de cette recherche ont leurs causes mais cette causalité n’est pas historiquement prédéterminée. Ce n’est pas un sens de l’histoire qui a fait se succéder Montesquieu (1689-1755), Smith (1723-1790), Ricardo (1772-1823), Tocqueville (1805-1859), Marx (1818-1883), Walras (1834-1910) et Keynes (1883-1946) mais c’est, pour ces trois derniers, leur croyance dans un sens de l’histoire qui a gauchi leurs œuvres. D’historicisme, il n’y a pas la moindre once dans l’entreprise de Paul Fabra et son produit. Cette absence ne prouve en rien la scientificité de cette entreprise et de ce produit. Mais la très argumentée démonstration de Popper lève tout doute à ce sujet. Il est épistémologiquement indispensable que l’économie politique soit foncièrement non historiciste pour être scientifique. En cette même matière, il est méthodologiquement nécessaire qu’une politique économique ne soit pas sous l’influence d’un sens de l’histoire, qui est une toute autre affaire que la connaissance de l’histoire, pour être aussi objective que possible et aussi favorable que possible au bien commun.

La révolution de l’économie politique objective, par ce qu’elle exige de faire on ne peut plus délibérément, ne se produira pas que « sous les coups des évènements ». Les expériences qui ne servent à rien sont légions et le bienfait des échecs est sévèrement conditionnel. En économie aussi, une crise ne prémunit de sa répétition qu’au moyen de la mise au jour et de l’accréditation de ses vraies causes. L’entreprise de Paul Fabra, c’est aussi cela : contribuer à cette mise au jour et plaider en faveur de cette accréditation. Pour faire exactement le point sur ce qu’a été, depuis la révolution industrielle, la grande pathologie économique, il faut des appuis eux-mêmes exacts dont les principaux sont aujourd’hui relégués aux oubliettes. L’économie qui va bien, mais est mal pensée, va mal et l’économie qui va mal, mais est bien pensée, va bien : dans les deux cas, le lendemain et le surlendemain le confirment.

Ce qu’exige de faire délibérément le « renversement de perspective » doit-il l’être d’abord entre les quatre murs de laboratoires de recherche et de salles de cours ? Ce d’abord n’est que l’un des scénarios parmi d’autres possibles. Y compris en périodes de basse conjoncture, – goodbye Mr Keynes, in the long term you are really dead and  we will only keep of you a few pieces of your writing. Y compris en périodes de basse conjoncture, les dépenses publiques de fonctionnement, tous octrois de subventions inclus, entièrement financées par tout ou partie des recettes fiscales, constituent un grand progrès dont il est impossible de prédire tous les effets sur la mentalité collective à cause du discours pétri de bon sens que l’adoption et le maintien de cette norme nécessitent. D’autres prescriptions susceptibles de figurer au programme d’un parti politique et dans la plateforme revendicative d’une confédération syndicale peuvent être une thérapie de choc. Cinq renonciations, étayées par des observations rapportées dans le corps du présent traité, font partie de la normalité économique et sont relatives aux entreprises. Renonciation, grosse de toute une série de conséquences positives, au but du maximum de bénéfice ; renonciation à l’imposition des bénéfices (ce qui ne veut pas dire des revenus) ; renonciation à la non distribution de l’intégralité de ces derniers (obligation légale de la distribution intégrale des bénéfices) ; renonciation à la fiction des cotisations patronales ; renonciation à toute subvention publique aux entreprises. Le premier gouvernement d’un pays de grand poids économique qui obtiendra des entrepreneurs de ce pays la première de ces renonciations en faisant entrer en vigueur les quatre autres contribuera à une réévaluation si radicale de ce qui est et n’est pas économiquement normal – objectif, raisonnable, loyal – que la révolution de l’économie politique objective s’en trouvera grandement avancée. Passer outre à ce que des groupes de pression veulent que des choix politiques ne soient pas est d’autant moins difficile que la cohérence et l’objectivité de ces choix proviennent d’une conception de l’économie ayant ces qualités. À condition d’être soutenue par des esprits que leur affinité rapproche et incite à prendre des initiatives de promotion positive d’une telle conception, la dissipation des fumées toxiques de l’économisme subjectiviste ne fait aucun doute et sa survenance est susceptible de se révéler après coup avoir été soudaine.

Les réformes qui viennent d’être évoquées ne sont pas les seules dont les principes sont exposés dans le corps du présent traité. Ce dernier, au demeurant, n’a pas pour ambition de dresser un inventaire exhaustif des plus importants travaux d’assainissement de l’infrastructure économique de la vie sociale. Ce qu’il expose suffit néanmoins à établir que l’économie politique réhabilitée par Paul Fabra ne porte non seulement pas au tout ou rien mais aussi, ce qui est encore plus important, ni au pessimisme sur la condition humaine ni au fatalisme. Les « constructions artificielles » qui « forment aujourd’hui la base de la doctrine enseignée sous le nom de science économique » contribuent à rendre la subjectivité des agents économiques conforme à l’image qu’elles en donnent et, fort malheureusement compte tenu de l’indigence de cette image, y parviennent, aggravant de grandes crises de confiance et favorisant à plus petite échelle une myriade d’autres troubles réducteurs de la qualité de vie de presque tout un chacun. Dont ceux de ces troubles qui proviennent de l’inaptitude des plus hautes autorités publiques à faire confiance à la population et à son industriosité vues, premièrement et finalement, selon ce que l’image indigente en décrit. Si, conformément à sa vocation, l’économie politique objective devient l’orthodoxie en vigueur, alors sa tutelle – toute conception dominante de l’économie en est une – aura forcément pour effet d’accroître sensiblement la proportion d’individus et d’organismes, privés et publics, ayant faits la bonne affaire de s’être faits durablement confiance. Il ne peut pas en aller autrement parce que plus d’objectivité économique fait notamment davantage de contrats d’échange marchand loyal et, partant, davantage de concurrences elles mêmes plus loyales dans tous les domaines d’activité.

Supposons, pour pourvoir à la diffusion du produit phare de l’entreprise de Paul Fabra, une campagne prenant pour arguments principaux que ce produit constitue un contrat de confiance rénovateur du contrat social et un projet de société optimiste. Ces arguments sont-ils mensongers ? Pour qu’ils le soient, il faudrait que l’économie, l’objectivité et la morale ne soient pas ce qu’en rappelle le premier chapitre du présent traité et qu’au moins un autre point clé de ce même traité soit un sophisme. La lucidité à laquelle ces vérifications poussent est de grande portée. La révision entreprise par Fabra de « l’origine de la valeur », sous-entendu d’échange dans une transaction marchande, est portée par, et augmente, un appétit de révision d’autres valeurs, extension dont on ne voit pas qu’une civilisation puisse faire l’économie afin de pourvoir à sa transformation en une autre de plus haute qualité.

Depuis le milieu des années 1970, le cours de la pensée économique dominante, d’occidentale devenue mondiale, n’est pas seulement resté régressif –adjectif utilisé dans la quatrième de couverture citée : « Ce qui frappe depuis lors dans l’histoire de la pensée économique, c’est … son caractère régressif ». Sous des couverts successifs dont le dernier en date est l’aujourd’hui omniprésente et déjà vacillante globalization, le cours de la pensée économique est devenu encore plus régressif. Si ce n’était pas le cas, notre société, très largement et très inévitablement sous la coupe de ses idées économiques et de leurs applications, ne connaîtrait pas une telle conjonction de dérives tant monétaires, financières, tarifaires, entrepreneuriales, salariales, fiscales que gouvernementales, électorales, environnementales, éditoriales, médicales, langagières, policières, juridiques, éducatives, sportives, administratives, notamment. Avec, en cause de ces déclins désespérants, le pseudo libéralisme des Xi et le pseudo socialisme des Xj. Pas question de haïr pour autant les Xi, les Xj et la modernité : c’est vain, c’est présomptueux quant à sa propre perspicacité, tout un chacun ne dispose au quotidien, depuis sa première inspiration jusqu’à sa dernière expiration, que d’une modernité. Mais bel et bien question, presque de jour en jour plus pressante, de trouver comment faire barrage à la prospérité de l’affairisme et à l’emprise de l’étatisme, l’un et l’autre beaucoup plus servis que desservis par la propension, qui n’en finit pas de renaître, à l’égalitarisme.

Ce tout contemporain fait un paquebot rutilant et qui prend l’eau. Le gigantesque bâtiment, dont l’équipage est fort pourvu en économistes et fort dépourvu en économes, n’est certes pas un dériveur facile à dévier de sa course. Parons quand même à la manœuvre, sinon pour nous au moins pour les suivants, sans nous contenter de déplorer que ce paquebot énorme, dont le sillage est maculé de pollutions colossales, a des soutes surchauffées dans lesquelles de modernes prolétaires transpirent jusqu’au sang et des plages abritées où beaucoup de ceux à qui la fortune a souri prennent des bains de soleil en jouant au poker menteur.

Ces figures de rhétorique sont-elles excessives ? Presque tout le monde juge aujourd’hui normal qu’il soit fait grand cas du « capital humain » au lieu des salariés ou du salariat, des « ressources humaines » au lieu des relations salariales, des expertises en « ingénierie sociale » au lieu de l’art de l’administration civile. Nous, enfants d’une ascendance qui en est venue au vrai progrès de l’abolition légale de l’esclavage, appartenons à des générations qui, comme nos façons de dire et d’agir en attestent, ont insidieusement conforté l’exploitation de l’homme par l’homme. Si ce n’était pas le cas, nous n’aurions pas fait deux choses dont l’une appelle l’autre. Nous n’aurions pas fait de l’humain le pendant d’un financement ou d’un équipement ou d’une ressource parmi les autres. Nous n’aurions pas fait des corps sociaux des objets de manipulations par des bêtes de concours sélectif qui, tels des médecins pensant voir mieux que leurs patients conscients ce que chacun d’eux ressent et pressent, ont l’outrecuidance de prétendre mieux connaître que ces corps sociaux quels sont leurs savoirs et leurs besoins en toute matière. Trop étant à l’encan de ces égarements calamiteux, la manœuvre qui s’impose n’est pas seulement une correction de cap mais un transbordement.

L’entreprise de Paul Fabra est une recherche aboutie sur la nécessité et la possibilité de ce transbordement. L’effort de lire jusqu’au bout au moins le premier chapitre du présent livre en vaut la peine. Oui, c’est vrai, plutôt grande est la probabilité que ce soit d’assez difficile à très difficile. Il se dit que c’est trop haut pour être accessible. Il ne se constate pas assez que nous sommes trop bas. Et que la facilité nous étouffe. L’évidence n’en est pas moins là. Ce n’est pas par plus de facilités et d’esbroufes que nous et les suivants réduirons les grandes difficultés qui obèrent la qualité du présent et du futur. Rejoindre Paul Fabra dans son entreprise est exigeant mais vaut le coup et le coût de s’en donner le mal. Au remplacement de l’orthodoxie économique par celle que cette entreprise prescrit, la science y gagne, la paix y gagne, trois pathologies, l’économique, la politique et l’écologique, y perdent beaucoup de leur virulence.

L’économisme ambiant n’est pas que le produit malsain d’un hédonisme et d’un empirisme vulgaires. Il est lui-même l’instigateur d’un narcissisme dans lequel toute une civilisation est en train de se perdre. Notre modernité, regorgeant de techniques appelées technologies et repue de prospérité en trompe l’oeil, a été diaboliquement rendue si éprise d’elle-même qu’elle s’est enfermée dans sa bulle à maints égards de plus en plus féodale, ce qui était le but du stratagème. Là, en effet, elle n’a pas besoin de renoncer à se complaire dans les hallucinations qu’un mélange d’affairisme, d’étatisme et d’égalitarisme lui procure. Or parmi ces hallucinations se trouve la pire qui soit : notre monde est en crise parce qu’il est en train d’accoucher d’une autre civilisation. Faux. Il est en crise sous l’effet d’une accumulation accélérée d’insalubrités dont personne ne sait quand, depuis quelques changements de lune jusqu’au terme d’une longue série de générations, les réactions qu’elle engendrera accoucheront d’une renaissance.

L’homme Paul Fabra, qu’on se rassure, n’a bien entendu pas que des qualités. Il n’empêche que, c’est ainsi – je peux, du fond de mes propres imperfections et néanmoins en toute tranquillité, mettre au défi qui que ce soit de prouver qu’il n’en va pas ainsi –, sa lucidité courageuse a ouvert une voie de sortie de la bulle. Hâtons-nous, nous le devons aux suivants.

DM, juin 2008

Novembre 2008. Paul Fabra m’a souvent dit qu’il s’était lancé dans l’enquête dont L’Anticapitalisme est le rendu pour trouver une réponse solide à la question : que vaut une unité monétaire ? Ce n’est qu’il y a peu de jours qu’une réponse à une autre question, en ce moment de retour sur le devant de la scène, m’est apparue : quel est l’un des systèmes monétaires international auquel l’économie politique objective conduit ?


[1] Premier tirage en mai 1974. En mai 1975 paraissait chez l’éditeur Dopersa à Barcelone, Anticapitalismo / Ensayo de rhabilitacione de la economica politica.

[2] Seconde édition, en format de poche, dans la collection Champs Flammarion, en 1979. Ces deux éditions sont complètement épuisées. Il est vraisemblable que des bibliothèques spécialisées continuent à procurer l’accès à l’une ou l’autre. Il y a, de toute façon, la Bibliothèque nationale française. Les références de l’édition américaine, en 1991, sont indiquées plus loin.

[3] L’usage devenu très courant de l’adjectif « méthodologique » et du substantif « méthodologie », en lieu et place de « méthodique » et de « méthode », fait partie des dérives en cours. Même remarquepour « technologique » et « technique ». Le synonyme de « méthodologie » est « épistémologie ».

[4]1991, Rowman & Littlefields Publichers, Inc. Avant-dernière phrase de la quatrième de couverture : « Fabra questions how long a society can last that believes in the primacy of consumption rather than the primacy of work ». Si le loisir nous en est donné, ce sera à une réédition en français et en anglais, possiblement via la toile (le web), de larges extraits de Capital for Proft à laquelle nous pourvoirons d’abord. PF & DM.

[5] Première parution française en 1982 de La Logique de la découverte scientifique chez Payot, en 1991 puis 1998 de La Connaissance objective respectivement chez Aubier puis dans la collection Champs Flammarion, en 1979 des deux tomes de La Société ouverte et ses ennemis aux Éditions du Seuil, en 1988 de Misère de l’historicisme chez Agora.

AP2 - Le chantier de l'économie politique objective

Ci-dessous, Atelier Paul Fabra : APF, Économie Politique Objective : EPO.

Économie politique objective ou bien, ultérieurement, l’appellation et l’éventuel acronyme que l’usage feront prévaloir pour désigner cette école de pensée économique pour l’heure hétérodoxe.
Le juste et indispensable « pas question d’adhérer à une école parce qu’elle est hétérodoxe » a pour pendant le tout aussi juste et indispensable « pas question d’adhérer à une école parce qu’elle est orthodoxe ». Les écoles de pensée économique et politique que leurs tenants disent libérales ou socialistes et qui sont de fait fermées à ce double « pas question » sont en réalité pseudo libérales et pseudo sociales.

Comprendre l’économie, ce n’est pas disposer d’un grand nombre d’informations et d’une riche panoplie de modèles informatisés censés rendre compte de la façon dont le système des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges fonctionne jusqu’au bout de ses terminaisons nerveuses. C’est avoir en tête ce qu’est, pour l’essentiel, le fonctionnement normal de ce système, ce qui est indispensable pour identifier les vraies causes de ses dérèglements et y remédier efficacement. Comme en entreprise le bon gestionnaire a gravé en tête le fonctionnement normal de l’entreprise en général et de cette entreprise en particulier.

Un chef, s’étant bien préparé à sa tâche notamment en choisissant en âme et conscience son école de prédilection, sachant par conséquent où, pour l’essentiel d’intérêt général, il veut en venir, n’a besoin que de quelques minutes pour recruter d’une main sûre un collaborateur qui va tirer la charrue dans le même sens que lui. L’EPO c’est aussi destiné à cela. Son chantier est à organiser en conséquence.

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AP3 - L’exception antilibérale française

L’exception antilibérale française

Raymond Boudon

Reproduction intégrale, intertitre et note de renvoi compris, d’un article paru dans le numéro d’avril 2008 de La Revue des Deux Mondes, pages 120 à 125. Sur l’auteur de cet article, voir page 11 la note attachée à son nom. Les soulignements sont notre fait. PF & DM

La France est le pays du monde occidental où l’antilibéralisme apparaît comme le plus prononcé, du moins jusqu’à une époque très récente, notamment auprès d’une bonne partie des élites intellectuelles et politiques. Il faut rechercher les raisons d’être de cet état de choses du côté de l’histoire des idées et des singularités de l’histoire de la France sur le long et le moyen terme.

S’agissant de l’histoire des idées, le libéralisme véhicule des conceptions qui varient d’un auteur libéral à l’autre, mais qui comportent des éléments communs. Il y a une conception libérale de la relation entre les inégalités sociales et la justice sociale, de la structure sociale, du rôle de l’État et de l’être humain. On la retrouve par exemple chez Tocqueville, Adam Smith ou Max Weber, par delà les différences qui les distinguent. Or, à partir du XIXe et surtout de la seconde moitié du XXe siècle, plusieurs mouvements d’idées influents ont érodé cette conception libérale et lui en ont substitué une autre, laquelle a séduit les intellectuels français, surtout dans les décennies séparant la fin de la Seconde Guerre mondiale de la chute de l’empire soviétique. Elle les séduit moins aujourd’hui.

Mais les intellectuels qui ont fait leurs études dans les années soixante-dix à quatre-vingt-dix et qui ont la quarantaine ou la cinquantaine au début du XXIe siècle ont toutes les chances d’avoir été nourris de tradition antilibérale, particulièrement s’ils ont été formés dans les disciplines relevant des sciences humaines, y compris dans les établissements les plus élitistes. Même si peu se déclarent marxistes, ils ont hérité des schémas de pensée véhiculés par la tradition antilibérale. Car, si l’on peut changer facilement d’idées sur les questions factuelles, il est presque aussi difficile de changer de schémas de pensée que d’apprendre à s’exprimer dans une langue nouvelle. J’évoquerai un peu plus loin les raisons pour lesquelles l’antilibéralisme s’est installé plus solidement en France que dans la plupart des pays proches d’elle. <..>

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C101 - Autres considérations initiales de méthode

1. Le principe de la recherche de la vérité est simple.

Une théorie est une suite d’énoncés qui expriment une relation entre plusieurs termes. Autrement dit, une théorie est une suite de propositions. Une proposition qui décrit un aspect du réel est vraie quand cette description est conforme aux faits. Une théorie, si partielle soit-elle, est elle-même complètement vraie quand aucune de ses propositions n’est contredite par une proposition vraie, que cette dernière fasse ou non partie de la théorie exposée.

Karl Popper a fait figurer Un complément à la critique du relativisme (1961) à la fin de La société ouverte et ses ennemis.[1] On y lit : « La principale maladie philosophique de notre temps est le relativisme intellectuel et le relativisme moral qui, au moins pour une part, en découle. Par relativisme, ou scepticisme si l’on préfère ce terme, j’entends la doctrine selon laquelle tout choix entre des théories rivales est arbitraire : soit parce que la vérité objective n’existe pas ; soit parce que, même si l’on admet qu’elle existe, il n’y a en tout cas pas de théorie qui soit vraie, ou (sans être vraie) plus proche de la vérité qu’une autre ; soit parce que, dans les cas où il y a deux théories ou plus, il n’existe aucun moyen de décider si l’une est supérieure à l’autre. / … / Certains des arguments invoqués à l’appui du relativisme découlent de la question même : « Qu’est-ce que la vérité », à laquelle le sceptique convaincu est sûr qu’il n’y a pas de réponse. Mais, à cette question, on peut répliquer d’une façon simple et raisonnable – qui ne satisferait probablement pas notre sceptique – qu une affirmation ou un énoncé sont vrais si, et seulement si, ils correspondent aux faits.[2] / Que veut dire « correspondre aux faits » ? Bien qu’un sceptique ou un relativiste puisse trouver aussi impossible de répondre à cette question qu’à la précédente, c’est en réalité aussi facile et même presque banal. Par exemple, tout juge sait bien ce qu’un témoin entend par vérité : c’est justement ce qui correspond aux faits. / … / Il faut distinguer nettement entre savoir ce que signifie la vérité et avoir un moyen, un critère, pour décider si un énoncé est vrai ou faux. / … / La plupart d’entre nous ne connaissent pas les critères qui permettent de savoir si un billet de banque est authentique ou faux. Mais, si nous trouvions deux billets portant le même numéro, nous aurions de bonnes raisons de déclarer que l’un des deux [au moins] est faux : assertion qui ne serait pas privée de signification par l’absence d’un critère d’authenticité. / … / C’est, à mon avis, l’exigence d’un critère de la vérité qui a fait croire à tant de philosophes qu’il était impossible de répondre à la question : « Qu’est-ce que la vérité ? ». Mais l’absence de ce critère ne rend pas la notion de vérité dénuée de sens, pas plus que l’absence d’un critère de la bonne santé ne rend dénuée de sens la notion de santé. En l’absence de tout critère, un malade peut chercher à retrouver la santé, et un homme qui s’est trompé rechercher la vérité. / Un des résultats directs des travaux de Tarski sur la vérité est le théorème logique : il ne peut y avoir de critère général de la vérité. Ce théorème est fondé, et il repose sur la notion même selon laquelle la vérité est la correspondance avec les faits : c’est-à-dire sur une notion pour laquelle nous n’avons pas de critère. L’exigence déraisonnable des philosophies du critère, si on l’avait respectée en l’occurrence, nous aurait empêchés à jamais d’aboutir à ce résultat logique – qui est d’une grande importance. / … / Certes, il y a dans le scepticisme et le relativisme un fond de vérité, à savoir qu’il n’existe pas – en effet – de critère général de la vérité. Mais on n’a pas le droit d’en conclure que le choix entre des théories rivales est arbitraire. Cela veut simplement dire que nous pouvons nous tromper dans ce choix : que nous sommes faillibles. / … / C’est une illusion de croire à la certitude scientifique et à l’autorité absolue de la science ; la science est faillible parce qu’elle est humaine. Mais cela ne donne pas raison au scepticisme ni au relativisme. Nous pouvons nous tromper, certes ; il n’en résulte pas que le choix que nous faisons entre plusieurs théories est [nécessairement] arbitraire, que nous ne pouvons apprendre, et nous rapprocher de la vérité. »

Début 2008, Raymond Boudon a enrichi la collection encyclopédique Que sais-je ? des Presses Universitaires de France par Le relativisme [3]. Le constat qu’il n’y a pas de critères généraux du vrai et de la scientificité y est exposé, avec une référence philosophiquement plus prestigieuse et didactiquement plus savoureuse à colporter que celle utilisée par Popper dans l’extrait ci-dessus cité. Boudon le fait dans un passage [4] qui vaut d’être complètement cité (les notes de bas de page sont des ajouts pour le besoin de la présente citation, les soulignements sont le fait de l’auteur de ce texte) :

« Deux arguments principaux peuvent être opposés au relativisme cognitif. [5]

1 / Comme l’indique Kuhn,[6] la sélection des idées scientifiques fait apparaître sur le court terme l’action de facteurs irrationnels. Cela n’exclut pas que, sur le long terme, cette sélection soit rationnelle. Lavoisier a objectivement raison contre Priestley, même si la discussion de la théorie du phlogistique [7] de Priestley fait apparaître que les prises de position des hommes de science impliqués dans le débat furent souvent inspirées par des motivations de caractère irrationnel. C’est donc seulement si l’on néglige la distinction entre le court et le long terme que l’on peut appliquer le principe du tiers exclu [8] et déclarer que la, discussion entre savants n’étant pas exclusivement rationnelle, la sélection des idées scientifiques doit être tenue pour irrationnelle. Mais, dès lors que l’on prend cette distinction